« Ce fut au bout de 2 années, Pharaon eut un rêve » (Mikets 41,1)

-> Contexte : La paracha débute 2 ans, jour pour jour, après la libération du maître échanson, soit 12 ans après que Yossef a été jeté en prison.
Il a maintenant 30 ans, et son père Yaakov 120 ans.

Le Ohr ha’Haïm fait remarquer que la paracha commence par : « vayéhi » (וַיְהִי), qui est un terme impliquant des événements douloureux, car ce verset représente le début pour les juifs de leur exil en Egypte.

Selon le Dorché Aggadaot, c’est parce que le jour où Yossef est sorti de prison, a eu lieu un événement douloureux : notre Patriarche Its’hak est mort, à l’âge de 180 ans.

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-> Nos Sages expliquent que le début du verset fait référence aux 2 années supplémentaires que Yossef est resté en prison. Cette peine lui a été imposée pour avoir placé son espoir sur le Maître échanson, car après lui avoir interprété son rêve positivement, il lui dit : « Tu te souviendras de moi … et tu me rappelleras devant Pharaon »(v.40,14).
Pour avoir utilisé ces 2 expressions, il fut puni et resta 2 années de plus en prison.

Il est écrit littéralement : « 2 années de jours » (chénatayim yamim).
Pourquoi cela?

-> Le Sifté Cohen enseigne que Yossef a accepté le décret divin (rester 2 ans de plus en prison) avec joie et amour, et c’est pourquoi le temps lui est paru à ses yeux comme 2 jours (yamim), et non 2 années (chénatayim).

Ces 2 années, en apparence une punition, vont lui permettre de devenir vice-roi d’Egypte.
Ainsi, ce qui nous semble être de l’obscurité peut en réalité être de la lumière, dont nous nous en rendrons compte que bien plus tard!

[ainsi, tâchons de suivre l’exemple de Yossef en regardant la vie avec confiance et positivisme, plutôt que de nous inquiéter à tord sur ce que nous ne pouvons pas comprendre, car n’étant pas à la place de D.]

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-> b’h, également à ce sujet : https://todahm.com/2018/12/09/7732

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-> La guémara (Roch Hachana 11a) rapporte que Yossef a été libéré de prison à Roch Hachana.
Cela implique que les rêves du chef des bouchers et du maître panetier, ainsi que ceux de Pharaon ont eu lieu à Roch Hachana.

Le Maharcha (guémara Béra’hot 18b) écrit qu’un rêve fait pendant Roch Hachana est plus véridique qu’un rêve fait le restant de l’année, puisque l’âme d’une personne va au Ciel pour y être jugée et qu’elle voit et entend ce qui se passe dans les Mondes Supérieurs.

Le Oznayim laTorah poursuit en expliquant que si on révèle aux personnes ordinaires ce qui va se passer dans le futur, alors il est certain que pour un roi aussi grand que Pharaon, régnant sur de très nombreuses nations, on a pu lui révéler les décrets qui vont s’appliquer sur le monde. C’est pour cela que Pharaon a pris si au sérieux ses rêves.

Le verset nous précise que ces rêves ont bien eu lieu précisément à Roch Hachana, par l’emploi inhabituel de : « 2 années de jours » (exactement jour pour jour!).

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-> Yossef est sorti de prison à Roch Hachana.
Chaque juif possède profondément à l’intérieur de lui un noyau inaltérable d’intégrité, que le yétser ara ne pourra jamais engloutir.
Chaque jour de l’année, ce point intérieur d’intégrité irréductible, appelé : « Yossef hatsadik (le juste) », se trouve en prison parmi les forces physiques et les désirs du corps.
Lorsque Roch Hachana arrive, le juif rejette tous ses désirs physiques et accepte le joug de la royauté céleste. A ce moment-là, ce noyau intérieur de judaïcité sort de prison et se relève.

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-> Selon le rav Méir de Prémichlan, la Torah nous enseigne que : « Ce fut au bout de 2 années de jours » = une personne peut vivre de nombreuses années jusqu’à arriver à son terme. Cependant, en arrivant au Ciel, elle découvre alors que sa vie entière a été longue en années, mais courte en actions selon la volonté de D. (Torah et mitsvot).
=> Ce qui est en temps des années, ne devient alors que quelques jours!

[notre véritable âge dans ce monde n’est pas une donnée passive (je tues le temps qui passe!), mais plutôt active (qu’est-ce que je me suis tué à faire pour Hachem!)]

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+ Yossef et la hichtaldout :

La Torah elle-même demande à l’homme d’un côté de placer sa confiance en Hachem, mais d’un autre d’intervenir pour créer une cause en apparence naturelle pour obtenir la réussite (la hichtadlout).
=> En quoi Yossef a-t-il fauté?

-> Le rav Chlomo Wolbe s’appuie sur les paroles de Rachi à ce sujet, qui dit : « Puisque Yossef a dépendu du maître échanson, pour qu’il se souvienne de lui, c’est pourquoi il a dû rester encore 2 ans en prison ».

Certes l’homme doit faire une hichtadlout naturelle, mais il ne doit pas compter dessus, car il doit entièrement dépendre d’Hachem.
La hichtadlout ne doit être considérée que comme une dette à payer (un impôt résultant de la faute d’Adam et ‘Hava), mais la confiance ne doit être tournée que vers Hachem.

Son erreur n’a donc pas été d’avoir fait une hichtadlout, car cela est normal et même recommandé, mais d’avoir dépendu et compté sur sa hichtadlout.

[dans le cadre du libre arbitre, nous devons faire des actes nécessaires afin de dissimuler l’intervention divine, et le risque est d’oublier cela en s’accorder tout le crédit de ce qui a été fait, et ce au détriment de Hachem]

-> Selon le rabbi ‘Haïm de Brisk, la faute de Yossef a été d’avoir utilisé 2 expressions.
En effet, à son niveau spirituel, il n’aurait dû employer qu’une seule parole et alors il aurait fait son devoir de hichtadlout, et il n’en aurait pas du tout été puni, même pas d’une année de prison en plus.
Mais comme il a « exagéré » (toujours selon son niveau) et a prononcé 2 paroles, alors il fut puni.

Le rav Shimon Shkop a fait remarquer au rav ‘Haïm Soloveitchik, que lorsque Yossef a émis une demande supplémentaire par rapport à ce qui était nécessaire dans sa situation (soit : une seule requête), alors cela a révélé rétroactivement que même sa demande initiale n’avait pas une motivation convenable (à son niveau), et il a alors été puni pour les 2 demandes qu’il a pu faire (par 2 ans de prison en plus).

Le Bét haLévi explique, dans le même sens, que plus quelqu’un est grand dans sa confiance en Hachem (bita’hon), plus sa hichtadlout doit être faible. Là fut l’erreur de Yossef.

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-> Le ‘Hazon Ich explique qu’un homme doit user d’une hichtadlout valable et fiable, c’est-à-dire qui peut l’aider naturellement à réussir.
Mais, le maître échanson étant un racha, qui assurément n’allait pas l’aider, en plaçant sa confiance en lui, c’est comme si un homme qui est en train de se noyer s’appuierait sur une paille pour se sauver. En cela, Yossef a fait preuve d’un comportement en quelque sorte désespéré (pour son niveau). C’était cela son erreur.

-> Le Pardes Yossef rapporte une opinion selon laquelle Yossef avait effectivement compris le message d’En-Haut comme quoi il serait libéré et que tout avait été préparé en ce sens (on lui envoie avec lui en prison le Maître échanson qui se mit à rêver, et qu’il devait lui interpréter son rêve comme quoi il serait libéré).
Son erreur a été que malgré cela, Yossef a quand même fait une hichtadlout.

Le manquement a été que quand on perçoit le début d’un processus qui enclenche la réussite, alors dans ce cas, la hichtadlout ne doit pas avoir lieu.

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-> Le Rabbi de Loubavitch explique que toute la raison de la nécessité de la hichtadlout provient du fait que l’homme vit dans un monde matériel, la nature a donc une certaine emprise sur lui. C’est pour cela qu’il doit donc intervenir en faisant une hichtadlout naturelle.

En revanche, Yossef vivait dans ce monde sans en être nullement affecté. Il pouvait se trouver dans un pays où la matérialité a une prise énorme, comme en Egypte et être totalement attaché à Hachem sans le moindre tracas du fait de la matérialité.
Yossef n’était pas du tout touché par la nature, et de ce fait, pour lui, une hichtadlout naturelle était de trop. Il fut donc puni pour cela.

=> Il en résulte que Yossef a été puni pour une erreur très fine d’appréciation, d’un manque de bita’hon très subtil.
D’ailleurs, le Beit haLévi enseigne que c’est en voyant la grande punition pour une faute si fine, que nous pouvons en déduire le niveau très élevé de confiance en D. (bita’hon) que Yossef avait pu atteindre.

De plus, le Rabbi de Kotsk fait remarquer qu’en général, la punition pour une faute ne vient pas immédiatement après la faute.
Ici, le fait que Yossef fut puni tout de suite après son erreur, puisque les 2 années de prison en plus ont suivi sa faute, cela vient montrer que son bita’hon était si grand qu’on lui a montré immédiatement quel a été son manquement, à travers sa punition, ce qui n’est pas habituel.

Ces 2 années ont été le moyen pour Yossef de corriger son erreur, c’est-à-dire de travailler sur son bita’hon pour le corriger et le parfaire.
De sorte qu’à la fin de cette période, Pharaon a rêvé, et Yossef était tellement complet dans sa confiance en Hachem que même lorsqu’on l’a appelé d’urgence pour expliquer les rêves de Pharaon, malgré le stress et l’urgence, il a pu garder son calme et conserver son bita’hon intact. C’est ainsi qu’il put introduire son interprétation en disant : « C’est au-dessus de moi ; c’est D. qui répondra du bien-être de Pharaon » (41,16).
D’ailleurs, le midrach Tan’houma commente que suite à cette réaction d’humilité : « Hachem dit : Puisque tu ne t’es pas vanté pour toi-même, Je jure que pour cela tu monteras à la grandeur et à la royauté! »

=> Ainsi, cette punition fut pour Yossef le plus grand bien puisqu’en l’exploitant pour corriger son bita’hon, cela le conduisit à la plus grande réussite.
==> Lorsque Hachem punit l’homme, en fait la sanction contient le potentiel de réparer la faute et le prépare à sa réussite.

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« Ce fut au bout de 2 années, Pharaon eut un rêve » (וּפַרְעֹה חֹלֵם)

-> Le Ohr ha’Haïm nous enseigne que Pharaon a fait ce même rêve, tout les jours pendant 2 ans.
Cependant, chaque matin en se réveillant, il oubliait totalement ce dont il avait pu rêver, et ce n’est qu’au moment où Yossef devait sortir de prison, qu’il s’en ai souvenu à son réveil.
Le rêve a été le premier pas menant à la libération de Yossef.

-> Le rav ‘Haïm Yossef Kofman fait remarquer qu’il n’est pas écrit : « Pharaon a eu un rêve » (ouPhar’o ‘halam), mais plutôt : « ouPhar’o ‘holem » (Pharaon rêve – au temps présent).
Qu’est-ce que cela vient-il nous apprendre?

Une vision extérieure des événements être : c’est uniquement parce que Pharaon a eu ses rêves que Yossef a pu sortir de prison.
On a ainsi : la cause = les rêves de Pharaon -> la conséquence = sa sortie de prison.

Cependant, un juif doit comprendre que chaque événement est orchestré par Hachem avec une précision totale.
Puisque Yossef devait sortir précisément ce soir là, au bout des 2 années supplémentaires, alors D. a fait en sorte que Pharaon fasse son rêve, puis que Yossef soit nommé vice-roi d’Egypte, en accord total avec le plan Divin.

=> Ainsi, le verset peut se lire : la cause = « ce fut au bout de 2 années » -> la conséquence = Pharaon est en train de rêver.

==> Nous devons transposer cela à notre vie, et remarquer que souvent nous avons tendance à inverser les causes et les conséquences, que c’est bien papa Hachem qui est le pilote aux commandes de l’avion!

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-> Nos Sages font également remarquer que les conseillers de Pharaon étaient convaincus que le monde ne peut fonctionner qu’en se conformant aux lois de la nature, qu’au final les plus forts l’emportent toujours sur les plus faibles.
En effet, comment se peut-il que : « les vaches de mauvaise apparence et maigres de chair mangèrent les 7 vaches belles d’aspect et robustes » (v.4)) et que « les épis maigres engloutirent les 7 épis sains et pleins » (v.7).
C’est pourquoi, ils ne pouvaient pas interpréter correctement les rêves.

De son côté, Yossef avait pleinement compris que les lois de la nature sont gouvernées à tout moment par Hachem, et qu’Il peut librement les modifier selon Sa volonté.
[le monde n’est pas en pilotage automatique avec un dieu distant ; D. n’est pas dépendant des lois de la nature qu’il a pu instituer par le passé, bien au contraire …]

[d’ailleurs, c’est ce que nous célébrons à ‘Hanoucca, la victoire militaire où : l’armée la plus nombreuse a perdu face aux moins nombreux (vérabim béyad méatim).
C’est un moment où nous devons nous déconnecter de la vision de la société environnante, et voir la vie en tant que juif : Hachem est impliquée dans Sa création, Il contrôle chacun des aspects du monde et Il aime Ses enfants : le peuple juif.
A partir d’un miracle dévoilé (la fiole d’huile), nous réapprenons à apprécier qu’en réalité tout dans notre quotidien n’est que miracle divin dissimulé dans la naturalité (ex: je peux voir, je peux entendre, je peux bouger, …)]

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rak kol26. Tous unique, tous unis!

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  1. Ping: Aux délices de la Torah

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