Le Korban Toda (sacrifice de remerciement) était apporté comme moyen pour remercier Hachem après avoir vécu personnellement une délivrance miraculeuse.

Mais si quelqu’un a une vie normale : lui et sa famille sont en bonne santé, bénis en subsistance et en joie, n’en devrait-il pas moins être redevable en remerciements à Hachem pour toute la souffrance dont Il le dispense?

[Rabbi El’azar Mena’hem Mann Shach]

[ex: au lieu d’attendre des années pour avoir un enfant, tu l’as eu tout de suite! Soit on se dit c’est la nature, c’est normal ; soit on remercie encore davantage D. de ne pas nous avoir fait attendre longtemps en souffrances!

=> On doit certes remercier Hachem lorsqu’Il nous sort de galère, mais nous devons encore plus le remercier lorsque tout va bien!]

« Je place de nombreuses photos de mes enfants et de mes petits-enfants sur les murs de ma maison. Je souhaite pouvoir constamment les observer, et me rappeler les grandes bontés que Hachem m’a accordées! »

[rabbi Moché Schwab]

« Chacun d’entre nous devrait être reconnaissant pour la lumière du soleil, mais nous ne le sommes pas tous.
La raison est que la nature humaine est telle, qu’elle est uniquement reconnaissante envers ce dont seule elle profite et pas les autres.
Si quelque chose est appréciée par tout le monde, alors nous avons tendance à ne pas l’apprécier pleinement. »

[Rav Israël Salanter]

-> Quelles sont les 7 merveilles du monde? [les pyramides, la muraille de Chine, …]
Rabbi David Hoffman rapporte la réponse d’une fille à son enseignant :
« Il y en a tellement que je n’arrive pas à décider lesquelles … Je pense que les 7 merveilles du monde sont de pouvoir :
1°/ toucher ;
2°/ goûter ;
3°/ voir ;
4°/ entendre ;
5°/ courir ;
6°/ rigoler ;
7°/ aimer.

=> Les êtres humains ont tendance à se focaliser sur ce qui apparaît comme extraordinaire, considérant comme normal/dû tous les miracles ordinaires de la vie dont Hachem nous fait bénéficier à chaque instant.
En réalité, ce n’est pas parce qu’une chose se produit fréquemment et chez tout le monde, que sa grandeur s’en trouve amoindrie.
Nous devons garder ce pouvoir d’émerveillement même envers ce qu’il y a de plus ordinaire, et y voir plutôt un signe de l’abondance de l’amour et des bontés de Hachem à notre égard.

« Imaginez un instant comment vous vous sentirez si vous donniez par pure générosité un cadeau à quelqu’un, et qu’immédiatement après il se plaindrait de ne pas avoir reçu 2 fois plus.
Vous regretteriez certainement de lui avoir offert ce présent.

Ne pas savoir apprécier ce que Hachem nous octroie, c’est agir exactement de la même manière! »

[le Maguid de Doubno]

« Hachem est conscient d’absolument tout ce qui se passe dans ce monde, cependant Il nous permet de bouger nos membres, bien qu’ils se rebellent activement contre Lui.
[…]
Lorsqu’une personne faute, elle va créer une créature destructrice, un Accusateur (katégor).
Cet Accusateur se doit d’être nourri, et Hachem pourrait à juste titre s’exclamer : « Je ne donne pas à manger aux créatures destructrices! Vas chez celui qui t’a amené à exister, et prends ta subsistance de lui. »
Cette entité nuisible descendrait alors immédiatement et prendrait la vie du fauteur, ou bien la couperait de sa source spirituelle …

A la place de cela, Hachem donne lui-même « à manger » à ces créatures dangereuses (fruits de nos fautes), attendant que nous fassions téchouva.

[le Néfech ha’Haïm affirme que lorsque nous faisons téchouva, une lumière est générée et elle va éliminer les anges destructeurs qui proviennent des fautes sur lesquelles nous avons fait téchouva.]
[…]

C’est Hachem Lui-même qui lave nos fautes … [et puisque] c’est Hachem qui en est personnellement impliqué, la faute [nous] est totalement retirée. »

[Ram’hal – Tomer Dévora]

=> Combien nous nous devons être reconnaissants envers Hachem!

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« Bien qu’une personne persiste à fauter, Hachem ne persiste pas dans Sa colère.
Il ne dit pas : « Je suis en colère contre toi. Lorsque tu changeras, Je vais changer ».

[Mais plutôt,] Hachem attend avec espoir et compassion que le fauteur se repente.

Tout en patientant, Hachem cherche le meilleur moyen pour provoquer un changement [positif] chez [celui qui a fauté], se comportant à la fois avec de la tendresse et à la fois avec de la dureté, en fonction de ce qui est le plus productif, au profit d’Israël. »

[Ram’hal – Tomer Dévora – 5e Attribut]

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« Avec la téchouva, les anges Accusateurs sont transformés en de bons anges.
Lorsqu’une personne purifie son penchant au mal et le transforme en bien, elle se fixe alors solidement à la sainteté d’En-Haut. »
[Ram’hal – Tomer Dévora – chap.4]

 

La reconnaissance

+ La reconnaissance :

-> La gratitude est la raison principale pour laquelle nous avons été créés.
[Ramban – paracha Bo]

-> Une personne doit servir Hachem, non pas dans le but de recevoir une récompense, mais pour même un seul des milliers et des milliers de bonté qu’Il nous a gratifié, et en raison de la grandeur du Maître.
[Rabbénou Yona – Avot 1,3]

-> En maîtrisant l’attitude d’être reconnaissant, on devient une personne plus spirituelle.
[‘Hovot haLévavot]

La reconnaissance redirige nos pensées vers Celui à qui l’on doit tout.
Le Shita Mékoubétzét dit que plus nous avons conscience de tout le bien dont Hachem nous comble en permanence, plus nous essayerons d’éviter de faire quelque chose qui risque de l’énerver.
[cela pousse à faire des mitsvot, et à se retenir des avérot (et c’est la moindre des choses!)]

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-> « Qui s’élèvera sur la montagne de Hachem? … Celui dont les mains sont propres, le cœur pur … » (Téhilim 24,3-4)

Le Sar Shalom de Belz explique que cela fait référence à ceux qui réalisent que tout provient de Hachem, et non pas résultant de ses actions.

=> Ainsi, la gratitude est ce qui permet de s’élever « sur la montagne de Hachem ».

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-> Ce qu’il te manque, n’est rien en comparaison de ce que tu as déjà dans ta vie.
En ayant conscience de cela, nous devons ressentir une obligation d’aimer Hachem.
[Séfer ‘Hassidim 31]

Ne pas regarder la vie avec gratitude, c’est ne jamais être content, puisqu’il nous manquera toujours quelque chose (en mieux, en différent, …).
Ne pas regarder la vie avec gratitude, c’est ne pas être convaincus que Hachem nous a donné ce qu’il y a de mieux pour nous.

Ne pas prendre quelques minutes chaque jour pour apprécier tout ce que Hachem fait pour nous, c’est s’empêcher d’infuser en nous un grand amour pour D., de donner du sens à notre vie (je suis forcément quelqu’un de bien pour que le Maître du monde m’accorde la vie et tellement de bonté en permanence!).

-> « [Hachem] mon bonheur ne vient de nul autre que Toi »
[le roi David – Téhilim 16,2]

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-> Si la reconnaissance cessait d’exister, alors comment le monde pourrait-il continuer à exister?
[Rabbi It’s’hak ben Moché Arama – le Akédat Its’hak – paracha Ki Tissa]

-> Nous avons une tendance naturelle à dissimuler les faveurs d’autrui, et à exposer leurs mauvaises actions.
[le Roch]

Les être humains n’aiment pas se sentir endettés, aspirant à avoir une indépendance de l’égo.

Le rav Wolbé (Alé Chour) enseigne :
– il faut faire l’effort d’exprimer verbalement nos remerciements aux gens qui nous ont aidé d’une quelconque façon, même à ceux qui sont payés pour cela.
En agissant ainsi, nous regardons alors le monde comme plein de bontés, dans une quantité que nous aurions jamais rêvé pouvoir exister.

– après avoir fait une bonté à autrui, il est bien de ne pas abuser de sa situation de supériorité (j’ai fait, et il me doit!). C’est également une bonté que de lui permettre de diminuer ce sentiment de redevabilité, en lui demandant une petite faveur.
Un exemple est celui d’un accompagnateur d’une personne non voyante, qui va lui demander à la fin d’allumer la lumière, et ce afin de lui retirer ce sentiment d’avoir une dette envers lui pour le service réalisé.

De même, dans le désert, Hachem a demandé aux juifs d’allumer la Ménora pour éclairer, même s’Il n’en a pas besoin puisque fournissant de la lumière à toute l’humanité (dont cette Ménora!).

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-> Après avoir réalisé une mitsva, le Chla haKadoch remerciait Hachem et demandait d’avoir l’opportunité de pouvoir faire encore pleins de mitsvot.
Il remerciait en permanence Hachem pour le succès spirituel de ses enfants et de ses élèves, et il priait pour qu’ils continuent à réussir.

-> Lorsqu’une bénédiction est dite suite à une expression de remerciement, elle possède beaucoup plus de poids.
[Rav ‘Haïm Kanievsky]

-> Une personne qui a attendu des années pour avoir un enfant va énormément remercier Hachem lorsque celui-ci finira par arriver.
Pourquoi ne remercions nous pas Hachem encore davantage que cela, lorsqu’Il ne nous fait pas atteindre pour cela?

Nous ne devons pas uniquement remercier D. dans le cadre d’une intervention dramatique (merci de m’avoir sauvé d’une très grave maladie, d’une mort assurée, …).
[‘Hidouché haRim]

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-> « Ne lance pas une pierre au fond du puits duquel tu as bu » [guémara Baba Kama 92b]

=> La Torah nous demande de respecter notre environnement, et de témoigner de la gratitude même à ce qui est inanimé.

-> Moché a été sauvé par l’eau du Nil (dans son panier) et par la terre (où il a pu enterrer l’égyptien qu’il avait tué), c’est pour cela qu’il a laissé son frère Aharon être à l’origine des 3 premières plaies, pour ne pas porter atteinte à ce qui l’avait auparavant assisté.

De même, Moché ne s’est pas battu personnellement contre les Midyanim, car il a vécu parmi eux pendant plusieurs années (après avoir fui l’Egypte). Il a ainsi demandé à Pin’has de mener le combat.

Lorsqu’il a libéré le peuple juif d’Egypte, Moché n’a pas quitté Midyan avant d’avoir reçu l’approbation de son beau-père Yitro.
[à ses yeux, cela était plus important que de courir faire sortir ses frères de leurs atroces souffrances de l’esclavage]

D’ailleurs, c’est ce comportement, qui va encourager Yitro a tout quitter pour les rejoindre par la suite dans le désert, certain que Moché l’accueillerait avec chaleur.

-> Pourquoi est-ce que Moché n’a pas prié Hachem pour qu’Il le guérisse de son fort défaut de prononciation?

Le Ramban (Chémot 4,10) explique qu’il préférait garder son handicap afin de pouvoir se rappeler toute sa vie des miracles que D. a fait pour lui dans sa jeunesse.

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-> Nous devons exprimer notre gratitude à un endroit duquel nous avons pu tirer profit, en faisant quelque chose pour son bien-être.
[midrach Béréchit rabba 79,6]

A ce sujet, la guémara (Shabbath 33b), nous rapporte les 2 faits :
-> 1°/ Lorsque Yaakov a campé proche de la ville de Che’hem (vayichla’h 33,18), il a fait quelque chose pour le bien de cette ville :
– selon Rav = il a frappé des pièces de monnaie ;
– selon Chmouël = il a établi des marchés ;
– selon Rabbi Yo’hanan = il a installé des bains publics pour les habitants de la région.

-> 2°/ Après avoir passés 13 années enterrés dans le sable, Rabbi Chimon bar Yo’haï et son fils El’azar en sont sortis avec la peau séchée et gercée. Ils se sont alors baignés dans les sources chaudes de Tibériade, et leurs blessures ont été guéries.
Par gratitude, Rabbi Chimon a montré aux habitants de la ville où se trouvaient enterrés des corps (dans la région), afin qu’ils puissent les indiquer correctement.

-> Rav Israël Zev Gustman avait l’habitude d’arroser les plantes de sa yéchiva, en reconnaissance du fait qu’il a pu survivre à la 2e guerre mondiale en mangeant des plantes comestibles, lorsqu’il se cachait des nazis dans la forêt.

-> Le rabbi de Klausenbourg était peiné de voir des piles de livres posées au hasard sur les tables de sa yéchiva.
Il disait à ses élèves qu’il est bien d’exprimer sa reconnaissance à un livre duquel on a pu profiter, en le rangeant.

-> On a demandé au rav Ben Tsion Abba Chaoul pourquoi il s’imposait de recevoir un nombre important de personnes chaque matin.
Il a répondu : « Lorsque j’étais malade, tellement de personnes ont prié pour moi.
J’ai été sauvé par le mérite de ces prières, et c’est ma façon d’exprimer ma reconnaissance à ces innombrables individus. »

-> Le rav ‘Haïm Chmoulévtich exprimait sa gratitude en se rendant autant que possible aux fêtes familiales majeures de ses élèves (naissance, bar mitsva, …), disant : « Si lui n’était pas venu, alors peut être qu’un autre ne serait pas venu, et un autre … et à qui aurais-je alors donné cours? Aux murs? Je suis donc obligé d’exprimer ma reconnaissance. »

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-> La gratitude est la base de la paix entre des voisins, et entre un mari et sa femme.
[Rav Wolbe – Alé Chour]

-> Une des raisons faisant que les anges ont demandé à Avraham : « Où est Sarah, ta femme? », était pour souligner l’importance de l’appréciation et de la reconnaissance envers sa femme.

[même à 99 ans, même lorsqu’il s’agit de notre Matriarche Sarah, une telle attitude est toujours nécessaire pour encore plus cimenter le couple!]

« Elle (Léa) conçut encore et enfanta un fils, et elle déclara : « Cette fois, je rends grâce à D. » ; c’est pourquoi elle le nomma Yéhouda ; puis elle cessa d’enfanter. » (Vayétsé 29,35)

-> Le Sforno nous enseigne que le nom Yéhouda (יהודה) contient d’une part, les lettres du nom de D., le Tétragramme (יהוה), et d’autre part, le radical הדה, signifiant : « gratitude » et « louange » ; ce nom connote donc la louange et le remerciement adressé à D.

-> Le ‘Hidouché haRim note que les juifs ont finalement reçu le titre de Yéhoudim, dérivé de Yéhouda, parce que c’est cette attitude qui les caractérise : éprouver toujours de la reconnaissance envers D. et être conscients qu’Il nous donne plus que notre part légitime.

-> Le Maharam Shick fait remarquer qu’en réalité, Léa n’a pas juste dit : « cette fois je remercie Hachem », mais plutôt elle l’a fait sous forme interrogative : « [Est-ce uniquement pour] cette fois que je dois remercier Hachem? Non! Je me dois de Le remercier constamment et continuellement! Je dois toujours me souvenir des bontés que Hachem me fait, comme les 4 enfants qu’Il m’a accordé, et qui sont plus que ma part! »

=> C’est pour cela qu’elle l’a appelé Yéhouda : afin que durant toute sa vie, lorsqu’elle dira ou pensera au nom de son fils, cela sera pour elle comme un rappel à remercier Hachem pour Sa grande bonté permanente.

-> D’ailleurs, la guémara (Béra’hot 7b) enseigne qu’en nommant son fils Yéhouda pour exprimer sa gratitude, Léa est devenue la 1ere personne de l’histoire à remercier Hachem.

Le rav Berel Povarsky (Bod Kodech) dit que certainement auparavant les Patriarches et Matriarches avaient déjà remercié D., cependant Léa en nommant son fils a introduit la notion de remerciement éternel.
Yéhouda sera pour elle une assurance de toujours pouvoir être reconnaissante envers D.

Nous sommes appelés les Yéhoudim pour cette même raison, car un juif se doit de toujours se rappeler de remercier Hachem pour les millions de bonté qu’il reçoit chaque jour (et encore ce n’est que ce dont nous avons conscience!).

Dans notre routine quotidienne, il est facile d’oublier, et d’avoir la tête dans le guidon de nos préoccupations.
Cependant, si nous prenions du recul, et faisions d’un côté la liste de nos problèmes, et de l’autre la liste de toutes les bonnes choses de notre vie, nous verrions que nous avons beaucoup plus de raisons de le remercier que de se plaindre!

-> Le rav Shlomo Zalman Auerbach recommandait ainsi de noter dans un cahier toutes les bontés dont nous bénéficions durant la journée, même les plus petites, et ensuite de dire : « Merci Hachem! »
Il ajoutait : « Cela a la capacité de changer notre vie. Non seulement car nous sommes alors plus heureux et reconnaissant, mais également car le plus nous remercions Hachem, le plus Il nous déverse Sa bonté sur nous! »

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-> Léa s’est montré particulièrement reconnaissante cette fois, car en mettant au monde un tiers des 12 fils de Yaakov, elle avait reçu plus que sa part (Rachi).

Suite à cela, elle a cessé d’enfanter car elle a remercié pour le passé, mais elle n’a pas prier pour le futur.
En effet, la guémara (Béra’hot 54a) enseigne qu’il faut : « Remercier pour le passé et prier pour le futur ».

=> Après avoir exprimés notre gratitude, nous devons continuer par prier afin de témoigner pleinement que tout vient de Hachem.
Par ailleurs, même si nous pensons que tout vient totalement de D., nous ne devons pas rester les bras croisés, dans l’attente. En effet, il nous faut également prier, car telle est la façon de fonctionner du monde.
[si tu pries, alors tu peux recevoir toutes les bénédictions divines qui étaient jusque là en attentes pour toi!].