La destruction du Temple = une perte pour les non-juifs

+ La destruction du Temple = une perte pour les non-juifs :

-> "A quoi correspondent ces 70 taureaux [offerts pendant Souccot]? Aux 70 nations [non-juives ]...
Rabbi Yo'hanan dit : 'Malheur aux nations, car elles ont perdu [une chose de grande valeur) et ne savent même pas ce qu'elles ont perdu! Lorsque le Temple existait, l'autel faisait expiation pour elles. Que fera expiation pour elles à présent?'"

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-> Selon le prophète (I Melakhim 8.65), c'est à Souccot que fut inauguré le Temple.

-> Le midrach (Avot d'Rabbi Nathan - chap.5) enseigne :
"Tant que le service du Temple se poursuivait, il y avait la bénédiction dans le monde, les prix étaient bas, du blé et du vin en abondance. Les gens mangeaient et étaient rassasiés, les animaux mangeaient et étaient rassasiés ...
Une fois le Temple détruit, la bénédiction a quitté le monde".

-> Les Drachot HaRan (drouch 8 ) disent :
"Lorsque le Temple existait, cette demeure sacrée était un lieu préparé pour recevoir le flux de prophétie et de sagesse, au point que, par l'intermédiaire de cet endroit, le flux se déversait sur tous les Bné Israël".

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-> Selon le midrach (Bamidbar rabba 1,3) si les nations du monde avaient pu apprécier combien de bénédictions elles recevaient du Temple, elles auraient envoyé des bataillons entiers pour veiller à ce que personne ne vienne perturber le Temple.

-> Le midrach Tan'houma (Bé'houkotaï 2) de nous dire que lorsque les juifs fautent et sont punis, les non juifs en souffrent aussi.
[or le Temple avait cette possibilité de nous laver de l'impact de nos fautes ... ]

D'ailleurs, Rabbi Yéhochoua ben Lévi enseigne que si les nations du monde savaient que la raison de leurs souffrances est : les fautes des juifs, elles affecteraient 2 soldats à chaque juif, afin de s'assurer que la Torah soit scrupuleusement respectée.

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-> b'h, voir également : quelques pertes suite à la disparition du Temple : http://todahm.com/2018/08/08/quelques-pertes-suite-a-la-disparition-du-temple

+ Un jour, Raban Gamliel, Rabbi El'azar ben Azaria, Rabi Yéhochoua et Rabi Akiva étaient en voyage. Ils entendirent le bruit de la foule (qui fêtait la puissance de Rome qui avait détruit le 2e Temple) depuis la place de Rome, à une distance de cent vingt mille (120 kilomètres).

Les trois premiers Sages se mirent à pleurer, mais Rabi Akiva riait. Ils dirent à Rabi Akiva : "Pourquoi ris-tu?". Il répondit : "Et vous, pourquoi pleurez-vous?"

Ils lui dirent : "Ces hérétiques, qui se prosternent devant les idoles et brûlent de l'encens pour les idoles, vivent en sécurité et dans le calme, alors que le Temple, qui était le piédestal de notre D., a été brûlé dans le feu ; n'y a-t-il pas de quoi pleurer?"

Rabi 'Akiva répondit : C'est justement pour cela que je ris : Si tel est le sort de ceux qui transgressent Sa volonté, a fortiori un meilleur sort sera accordé (à l'avenir) à ceux qui respectent Sa volonté.
[guémara Makot 24a-24b]

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=> Comment les 4 Sages ont-ils pu entendre le bruit de la foule à une distance de 120 kilomètres?

-> Le Maharal (Nétsa'h Israël, chap.26) explique :
La distance de cent vingt mille (environ 120 km) correspond à la distance que peut parcourir un homme durant trois jours, à raison d'environ 40 km (ou 10 parsaot) de marche par jour. On retrouve cette distance de 120 km à propos de Lavan qui mit une distance de trois journées entre lui et Yaakov (voir Vayétsé 30,36), ou bien à propos de la demande de Moché à Pharaon roi d'Egypte : "Nous voudrions aller à trois journées de chemin, dans le désert, pour offrir des sacrifices à Hachem notre D." (Chémot 3,18).

Cette distance de 120 km ou plus définit une zone éloignée. Comment les 4 Sages Raban Gamliel, Rabi El'azar, Rabi Yéhochoua et Rabi Akiva ont-ils pu entendre le bruit de la foule romaine à 120 km, alors qu'il est impossible à une oreille humaine d'entendre des sons à une distance aussi éloignée?
En fait, ils ont "entendu" les rumeurs de réjouissance des Romains qui avaient détruit le second Temple, avec leur intuition prophétique (roua'h hakodech), grâce à leur sagesse.

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=> Comment comprendre la tranquillité des idolâtres dans ce monde et la détresse de ceux qui accomplissent la volonté d'Hachem?

-> La réussite et la tranquillité des idolâtres, dans ce monde-ci (olam azé), qui font le contraire de la volonté d'Hachem, peut surprendre. En fait, à propos de ce verset : "Hachempaie ceux qui Le haïssent à leur face, en les faisant périr" (Vaet'hanan 7,10), Rachi fait ce commentaire : "Durant leur vie sur terre, Il leur paie les récompenses qu'Il leur doit pour les éliminer du monde futur où ils ne recevront aucune récompense"

[le roi David développe la même idée : "si les réchaïm croissent comme l'herbe ... c'est pour finir ruinés à jamais" (Téhilim 92,8)]

-> Selon le Arou'h Laner :
Hachem sanctionne les Bné Israël dans ce monde-ci (olam azé), bien qu'ils fassent Sa volonté, afin de leur faire payer les quelques fautes commises, de façon à ce qu'ils obtiennent dans le monde futur (olam aba) leur récompense totale.
Rabi Akiva a vu la récompense des idolâtres dans ce monde-ci et il a vu simultanément avec son regard rou'hani (spirituel) la récompense cachée qui attend les Bné Israël dans le monde futur.

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=> Comment Rabi Akiva peut-il se réjouir à un moment où il devrait se lamenter sur la destruction du Temple?

-> Selon le Maharcha
Certes, Rabi Akiva reconnaît qu'il y a lieu de se lamenter de la destruction du Temple, d'autant plus que nos Sages (guémara Taanit 30b) disent : "Quiconque prend le deuil sur Jérusalem aura le mérite de la voir dans sa joie".
Cependant, sur le fait que les idolâtres qui ont détruit le Temple vivent en sérénité et en toute tranquillité, Rabi Akiva dit à ses compagnons qu'il y a lieu de se réjouir sur la récompense future des Bné Israël.

-> Le Iyoun Yaakov explique :
Rabi Akiva était à la fois attristé par la destruction du Temple devant lequel il a déchiré ses vêtements en signe de deuil et joyeux (traduit par son rire) sur l'avenir de son Peuple.
Il a ainsi appliqué ce verset de Téhilim : "Réjouissez-vous avec tremblement" (Téhilim 2,11), comme dit Rav Adda ben Matana (guémara Béra'hot 30b) : "Là même où vous vous réjouissez, c'est là qu'il faut trembler devant Hachem".

-> Le Arou'h Laner enseigne :
Les 3 Sages Rabi Gamliel, Rabi Yéhochou'a et Rabi El' azar ont pleuré essentiellement pour la grande peine de ne plus pouvoir servir Hachem au Temple, comme il se doit, alors que ces idolâtres, qui ont fauté encore plus que n'a fauté le peuple d'Israël, vivent en toute sérénité et continuent leurs actes hérétiques dans leurs maisons d'idolâtrie non détruites.
A cela, Rabi Akiva répond par un sourire optimiste : la destruction du Temple est pour le bien d'Israël, afin de sauver ce Peuple et de le favoriser dans l'avenir, tandis que ces nations se maintiennent provisoirement dans la tranquillité et leurs temples idolâtres ne sont pas détruits, car ils vont à leur perte.

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-> Dans la suite, la guémara (Makot 24b) il est également écrit :
Une autre fois, (les 4 Sages cités précédemment) montèrent à Jérusalem. Arrivés au Har Hatsofim (Mont Scopus), ils déchirèrent leurs vêtements. Arrivés au Har Habait (Mont du Temple), ils virent un renard sortir du Sanctuaire.
(Trois des quatre Sages) éclatèrent en sanglot tandis que Rabi Akiva se mit à rire. Ils lui dirent : "Pour quelle raison ris-tu?". Rabi Akiva répondit : "Et vous, pour quelle raison pleurez-vous?".

Ils lui dirent : "Cet endroit dont il est écrit : "L'étranger qui en approchera mourra" (Bamidbar 1,51), et à présent, les renards le foulent et nous ne pleurerions pas?".
Rabi Akiva répondit : C'est justement pour cela que je ris ... fait dépendre la prophétie de Zékharia' de celle d'Ouria.
Dans (la prophétie d') Ouria, il est écrit : "C'est pourquoi, à cause de vous, Tsion sera labourée comme un champ" (Mikha 3,12) et dans la prophétie de Zéhharia, il est écrit : "De nouveau, des vieux et des vieilles s'assiéront dans les rues de Jérusaem" (Zéhharia 8,4).
Tant que la prophétie d'Ouria ne s'était pas accomplie, je craignais que celle de Zékharia ne s'accomplisse pas non plus. A présent que la première prophétie (d'Ouria) est réalisée, je sais que la seconde prophétie (de Zékharia) se réalisera".
Les (trois) compagnons de Rabi Akiva lui dirent alors : "Akiva, tu nous as consolés! Akiva, tu nous as consolés!"

Le bitoul Torah & la destruction du Temple

+ Le bitoul Torah & la destruction du Temple :

-> Le Ram'hal (Déré'h Ets 'Haïm) écrit que toutes les souffrances juives ont pour cause à leur racine : un relâchement dans l'étude de la Torah.
Lorsque le peuple juif est engagé comme il le faut dans l'étude de la Torah, alors les tragédies sont tenues en suspens et peuvent être complètement annulées.
Bien que le prophète Yirmiyahou mentionne le manque d'étude de la Torah comme la cause de la destruction du 1er Temple, tandis que la destruction du 2e Temple provenait de la haine gratuite (comme l'enseigne la guémara Yoma 9b), le Ram'hal comprend qu'en réalité notre exil actuel est principalement causé par le bitoul Torah.
Dans les mots du Ram'hal : "il en ressort que toute la colère d'Hachem s'est enflammée sur Son peuple juif uniquement à cause du manque d'étude de Torah" (nimtsa kol akaas chékaas Hachem al amo Israël, ou bichvil aTorah).

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-> La guémara (Yérouchalmi 'Haguiga 1,7) enseigne : "Nous constatons que Hachem a renoncé pour Israël (à lui tenir rigueur) au sujet de l’idolâtrie, de l’inceste et du meurtre (les fautes qui ont conduit à la destruction du Temple) mais pour leur rejet de la Torah, il n’a pas renoncé".

-> Nos Sages enseignent : "Viens et vois combien est considérable la force de la faute de la Torah (la négligence de l’étude). En effet, Jérusalem n’a été détruite, ainsi que le Temple, uniquement par la faute de la Torah" [voir Tana déBé Eliyahou rabba 18,29]

-> "Jérusalem a été détruite seulement à cause du mépris vis-à-vis de l’étude de la Torah" (midrach Ei'ha 20).
[en étudiant moins que ce qu'on pourrait, on exprime qu'il y a mieux, plus intéressant que la Torah]

-> Le rav Shach enseigne que la nation juive est considérée comme une même entité. Si une partie du peuple juif étudia la Torah sérieusement, l'apprenant dans la pureté et sans péché, alors cela est comme une musique pure et enchanteresse pour Hachem. Et même si ce n'est pas toute la nation qui étudie la Torah, néanmoins, l'entité du peuple d'Israël produit des mélodies "magiques" qui captivent Hachem.
Cette étude est si douce et agréable pour Hachem, qu'Il va ignorer les fautes du reste des juifs. Il fera tout ce qui est nécessaire pour préserver cette magnifique musique, même si cela signifie fermer le yeux sur les autres fautes commises par le restant de la communauté juive.
C'est comme cela que le 1er Temple n'a pas été détruit malgré le fait que les 3 péchés capitaux étaient réalisés.

Par contre, si ceux qui sont sérieusement engagés dans l'apprentissage de la Torah devaient s'arrêter, alors le bouclier serait perdu.
A ce moment-là, Hachem n’ignorerait plus les fautes du reste de la communauté, et la nation entière en subirait les terribles conséquences.

Ainsi, pendant les siècles menant à la destruction du Temple de nombreux juifs ont choisi de quitter le chemin de la Torah, et s'engageaient dans des fautes (avérot) comme les péchés capitaux. Hachem a ignoré cela grâce aux douces mélodies de la Torah, permettant au Temple de tenir et aux juifs de rester en terre d'Israël.
Cependant, finalement la situation a changé. Ceux qui étudiaient la Torah se sont relâchés dans leur étude. [d'une certaine façon, la mélodie jouée n'était alors plus si agréable, ... ]
Lorsque l'étude comme il le faut de la Torah a diminué, Hachem n'était plus incité à ignorer les péchés commis par le restant du peuple. Sans la protection de la Torah, alors plus rien n'arrêtait la destruction du Temple, et le peuple juif a reçu sa punition pour avoir violé les 3 péchés capitaux.

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Sur ce sujet, on peut rapporter une autre raison de la destruction du Temple liée à la Torah :
-> "[le Prophète s’interroge]… Pourquoi le pays (Jérusalem) a-t-il été perdu et dévasté comme un désert, de sorte que personne n’y passe? (Yirmiyahou 9,11) ...
Rabbi Yéhouda a dit au nom de Rav : Parce qu’ils n’ont pas récité de bénédiction sur la Torah avant [de l’étudier]" [voir guémara Baba Metsia 85b]

-> A ce propos, le Ran explique au nom de Rabbénou Yona que la Torah n’était pas importante à leurs yeux au point de mériter une bénédiction ; ils n’étudiaient pas dans une intention pure et en conséquence de cela ils négligeaient la bénédiction qui précède l’étude.
-> Le Ba’h [Tour Ora'h ‘Haïm Siman 47] explique quant à lui qu’ils étudiaient pour leurs intérêts matériels et personnels, et non pas pour s’attacher à la dimension spirituelle et divine de la Torah d’où la conséquence logique du retrait de la Chékhina.

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-> La guémara (Yoma 69b) nous dit qu'à l'époque du 1er Temple, nos Sages ont aboli le yétser ara de la tentation pour l'idolâtrie (avoda zara). Ils ont réussi à l'éliminer, et un lion a alors été vu sortant du Temple.

La guémara (Makot 24b) nous apprend qu'après la destruction du 2e Temple, Rabbi Akiva se promenait parmi les ruines du Temple avec quelques Sages, et ils ont vu un renard gambader parmi les décombres (il sortait du Saint des Saints.).

Le Arou'h laNer (Makot 24b) explique la symbolique des 2 animaux qui ont été vus sur le mont du Temple au moment de leur destruction respective.
Le 1er Temple a été détruit principalement à cause du péché flagrant de l'idolâtrie, qui est une tentation puissante et dévorante. Elle était donc représentée par le puissant lion.
Le renard n'est pas particulièrement grand ou puissant, mais il est intelligent et sournois. Cela symbolise la cause principale de la destruction du 2e Temple.
Un yétser ara intelligent et sournois a détruit le 2e Temple : il s'agit de l'inclinaison à être inflexible envers les autres, à se chamailler entre les membres de la communauté et aves ses amis, sans raison importante. La "sinat 'hinam" (haine gratuite, sans fondement) est le stratagème astucieux du yétser ara, symbolisé par le renard, qui a causé la destruction du 2e Temple.

Le 'Hatam Sofer (dans ses Drachot - daf 61) propose une explication différente.
[ la guémara (Béra'hot 61b) rapporte que lorsque les Romains interdirent l’étude de la Torah, Rabbi Akiva continua d’enseigner en public. Un juif qui était sorti du chemin, et qui se nommait Papous Ben Yéhouda, lui demanda : "Akiva, n’as-tu pas peur des Romains?"
Le Rav lui répondit : "Voilà à quoi cela ressemble : un jour, un renard vit des poissons qui fuyaient dans tous les sens. Que faites-vous? demanda-t-il. Nous évitons les filets des pécheurs! Pourquoi ne venez-vous pas sur la terre à côté de moi, au moins vous ne serez plus embêtés par les pièges des pécheurs?
Les poissons lui répondirent : imbécile que tu es! Si nous sommes en danger dans notre environnement naturel, alors à plus forte raison si nous allons dans un endroit où la mort nous est promise. Pareil pour nous : tant que nous étudions, nous sommes en vie comme il est écrit: ‘Car elle est ta vie...’ mais si nous arrêtons de l’étudier, nous sommes déjà morts". ]

Ainsi, Rabbi Akiva disait à ses détracteurs que si sa vie était en danger pendant qu'il étudiait la Torah, alors qu'il nageait dans l'océan de Torah (yam chel Torah) où il est censé s'épanouir, alors à combien plus forte raison sa vie serait-elle en danger s'il abandonnait les propriétés vivifiantes de l'étude de la Torah.

Dans la parabole de Rabbi Akiva, le renard représente la tentation du bitoul Torah, le fait de ne pas s'engageait dans l'étude de la Torah alors qu'on pourrait le faire.
["L’eau ne fait référence qu’à la Torah" - guémara Avoda Zara 5b – én mayim ella Torah]
Le renard exhorte le poisson de quitter l'eau, ce qui est analogue aux romains essayant de persuader Rabbi Akiva et ses étudiants de cesser leur étude de la Torah.

Le 'Hatam Sofer ajoute que le renard, que Rabbi Akiva et les Sages qui l'accompagnaient, ont vu se promener dans les ruines du 2e Temple était une vision symbolique, dépeignant que la grande tragédie de la destruction du 2e Temple trouve son origine dans le bitoul Torah.
Indépendamment des autres facteurs en jeu, la racine ultime du problème était le ralentissement de l'étude de la Torah.

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+ Avoir conscience de l'importance du fait d'étudier la Torah :

-> "A l'époque qui précédera l'arrivée du machia'h, l'effronterie grandira ...
Les Sages de la Torah seront dédaignés et l'on méprisera ceux qui craignent le péché. La vérité sera bannie. Les jeunes outrageront les vieillards et les adultes se lèveront devant les plus jeunes. Le fils méprisera son père, la fille se dressera contre sa mère, la belle-fille se dressera contre sa belle-mère, le père de famille sera haï dans son foyer. La face de la génération sera celle d'un chien. Le fils n'éprouvera aucune honte devant son père.
Sur qui peut-on s'appuyer désormais, sinon sur notre Père Céleste?" (guémara Sota 49b)

-> La michna nous décrit ce que sera le monde à la période précédent la venue du machia'h, énumérant malédiction après malédiction.
La dernière chose de la liste est que le peuple juif jettera son regard au Ciel, reconnaissant qu'il n'y a personne sur qui compter si ce n'est Hachem.

=> En quoi ce dernier élément de la liste est-il une malédiction? Au contraire, cela montre que nous continuerons à avoir foi en Hachem, même lorsque le monde qui nous entoure s'effondre et que nos valeurs sont bafouées. Etant fidèles à notre émouna, certains de ne dépendre que de Lui pour la guéoula : pourquoi est-ce une mauvaise chose? Pourquoi est-elle inclus dans cette michna?

-> Le rav Mordé'haï Gifter et le rav El'hanan Wasserman (Kovets Maamarim) expliquent qu'il s'agit en fait de la tragédie ultime, parce qu'en réalité nous avons sans équivoque quelque chose d'autre sur lequel nous appuyer : nous avons l'étude de la Torah.
Apprendre la Torah pourrait nous sauver, nous protéger et nous garder de tous les maux du monde.
La plus grande tragédie qui devrait se produire dans les jours qui précéderont la venue du machia'h sera que le peuple juif croisera les bras dans un désespoir total, criant : "Que pouvons-nous faire? Tout est entre les mains d'Hachem".
Ceci est la pire ligne de conduite : jeter nos yeux vers le Ciel, croyant qu'il n'y a pas d'autre option qui s'offre à nous. C'est une honte pour la Torah!

Au contraire, Hachem désire que nous comprenions qu'étudier la Torah a le pouvoir de modifier le cours des événements mondiaux. Toutes les situations auxquelles les juifs sont confrontées peuvent être grandement améliorées et résolues si nous nous engageons dans l'étude de la Torah.
Abandonner et placer notre sort uniquement entre les mains d'Hachem est la plus grande catastrophe de toutes (de la liste de la guémara ci-dessus), car cela est une insulte pour la Torah.
La Torah est la source de vie (mékor 'haïm), et en ce sens l'élément de fin de la liste de la guémara ci-dessus est en réalité la pire des tragédies qui se produira avant la venue du machia'h.

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-> Le rav 'Haïm de Volozhin était le disciple principal du Gaon de Vilna. Il ne s'engageait pas dans de la narration d'histoires, et ses livres ne contiennent généralement pas d'anecdote ou de récit. Cependant, à une rare occasion il va rapporter l'incident suivant concernant le Taz. (dans son Roua'h 'Haïm - Pirké Avot 1,1)
Une femme est venue au Taz, pleurant à propos de son fils qui était très malade, et elle avait peur qu'il ne décède, elle implorait donc le Taz de l'aider à sauver la vie de son fils.
La femme a répondu qu'elle ne voulait pas que le Taz intercède personnellement, mais plutôt elle implorait que la Torah qu'il étudiait vienne intervenir pour son fils, puisque : "Hachem et la Torah ne font qu'un" (koudcha bri'h hou véOraïta 'had hou).

Le Taz a ensuite dédié la Torah qu'il apprendrait à ses élèves ce jour-là en tant que mérite pour le garçon malade. La fièvre de l'enfant est immédiatement retombée et il s'est complètement rétabli.
Le rav 'Haïm de Volozhin écrit que cela est valable également à notre époque, et que tout celui qui étudie sérieusement la Torah, son étude a la capacité de ramener les morts à la vie. La Torah peut protéger et sauver le peuple juif.
[libre arbitre oblige, on ne s'en rend pas compte actuellement, mais dans le monde à Venir on nous montrera l'impact incroyable de notre Torah. A quel point on a sauvé des vies (cela est valable aussi spirituellement parlant, en donnant de la vie morale et spirituelle à autrui, et aussi moralement en redonnant de la joie et davantage d'envie de vivre, ainsi que matériellement, ... ).]

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-> Le rav Moché Feinstein était en train d'étudier dans un beit midrach de sa yéchiva lorsque quelqu'un est entré en courant. Il a informé le rav Moché Feinstein qu'un adolescent d'environ 14 ou 15 ans venait d'être renversé par une voiture et avait été transporté à l'hôpital dans un état critique.
Il a demandé au rav Feinstein s'il pouvait interrompre l'étude dans la yéchiva et demander à tout le monde de réciter des Téhilim au nom du garçon blesssé.
Le rav Feinstein a refusé, disant à l'homme que l'étude de la yéchiva continuerait sans interruption.
Lorsque l'homme a insisté sur la question, le rav Feinstein l'a informé qu'il était sûr que l'adolescent blessé n'était pas de notre peuple et qu'ils ne pouvaient pas arrêter d'apprendre la Torah pour prier.
L'homme a été choqué par les paroles du rav Feinstein : "J'ai vu que l'enfant blessé avait une kippa!"
Le rav Feinstein dit à cet homme de lui faire confiance.

Finalement, les détails entourant l'événement sont devenus connus. Un enfant juif marchait sur le trottoir quand soudain un adolescent non-juif est passé par là, lui a arraché la kippa de la tête et a couru dans la rue sans regarder s'il y avait des voitures qui arrivaient. Il a été renversé par une voiture et a été grièvement blessé.

L'homme qui avait initialement demandé la lecture de Téhilim exprima son incrédulité : "Comment le roch Yéchiva aurait-il pu le savoir?"
Le rav Feinstein lui a répondu : "au moment où le garçon a été heurté par la voiture, j'étais en train d'étudier intensément [la Torah]. Mon étude était d'une telle intensité qu'elle offrait une protection à tout juif dans le voisinage. Il serait impossible qu'un enfant juif soit blessé à une telle proximité de l'endroit où j'apprenais avec tant d'efforts".

-> Le 'Hazon Ich est réputé pour avoir dit que tant que le rav Borou'h Ber et le rav Shimon Shkop étaient vivants, Hitler ne pouvait pas perpétrer les atrocités de la Shoa en Lituanie. En effet, la Torah que ces 2 guédolim étudiaient, protégeait la communauté juive lituanienne, et c'est ainsi que la destruction des communautés juives de Lituanie a été retardée jusqu'à ce que ces 2 gédolim soient décédés et que leur étude de la Torah ait cessé.

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-> "Voici les choses dont l'homme jouit des fruits dans ce monde et dont le capital demeure entier dans le monde futur : le respect des parents, la bienfaisance, ramener l'entente entre l'homme et son prochain" (guémara Yérouchalmi Péa 1,1).

=> Normalement, la véritable récompense d'une mitsva ne peut être reçue que dans le monde à Venir (le monde matériel étant limité), pourquoi est-ce différent pour ces mitsvot?

Le Rambam (Pirouch haMichnayot) explique que certes Hachem n'accorde pas la récompense des mitsvot dans ce monde, mais il y a une exception pour des mitsvot spécifiques.
Quand Hachem voit quelqu'un faire du bien aux autres, accomplir des actes de bonté envers autrui, alors Il répond en faisant également du bien à cette personne dans ce monde. Celui qui est magnanime envers les autres recevra la générosité d'Hachem dans ce monde-ci.

Le rav El'hanan Wasserman (Kovets Maamarim) interroge sur la présence de la dernière mitsva dans la liste de la michna (l'étude de la Torah). En effet, c'est une mitsva entre l'homme et Hachem. Pourquoi alors serait-elle inclues dans la liste des mitsvot pour lesquelles on recevra un certain degré de rémunération dans ce monde?
A priori, l'étude de la Torah ne profite qu'à la personne qui l'étudie, en quoi est-elle inclue dans une liste de mitsvot avec autrui?

Le rav El'hanan Wasserman explique que lorsqu'une personne étudie la Torah, elle fait effectivement profiter autrui, car elle protège ainsi le peuple juif, elle soutient le monde entier.
Il ajoute : "L'étude de la Torah d'une personne est le plus grand acte de bonté que l'on puisse accomplir, car il profite à l'ensemble du peuple juif".
[libre arbitre oblige on ne s'en rend pas compte, mais telle est la réalité. Tous les juifs étant liés les uns aux autres, lorsqu'un juif étudie la Torah il injecte du positif qui bénéficie à tous les juifs. ]

On peut citer par exemple :
-> "Plus l’étude de la Torah est répandue, plus on s’évite des temps difficiles, et plus on annule les accusations portées contre Israël."
[le ‘Hafets ‘Haïm – dans son livre : "chem Olam I" – chapitre 22]
-> "Une personne qui étudie assidûment [la Torah] réalise un acte de bonté pour tous les juifs, en leur donnant un mérite protecteur"
['Hazon Ich - Kovets Igros 'Hazon Ich 1,63]

-> Notre engagement dans l'étude de la Torah est un poison pour les forces du mal (sitra a'hra).
Et pour le peuple juif, l'étude de la Torah est un élixir de vie (sam ha'haïm).
[Ram'hal - Dére'h ets 'Haïm]

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-> "A l'époque où le Tempe fut détruit, les Sages de cette génération décrétèrent ... que l'on doit laisser une place [sur le mur], d'une coudée carrée, en face de l'entrée sans peinture" (Choul'han Aroukh - Ora'h 'Haïm - siman תקס).

Ainsi, lorsque l'on construit une maison, nous avons l'obligation de laisser un espace d’une ama carrée inachevé en souvenir de la destruction du Temple.
Le Pri Mégadim s'empresse de souligner que cette halakha ne s'applique qu'au domicile d'une personne. Lorsqu'une synagogue ou un beit hamidrach est construit, il n'est pas nécessaire de faire un "zé'her lé'Hourban" (un souvenir pour la destruction [du Temple]).

Le rav Shlomo Zalman Auerbach explique la raison de l'exemption d'une synagogue : "dans un endroit où il y a de l'étude de la Torah, il n'y a pas de destruction" (bémakom chéyech Torah én 'hourban).

=> Tant que le peuple juif étudiait la Torah dans la pureté le Temple n'a pas été détruit. Il en est de même dans nos institutions de Torah, où c'est comme si le Temple se tenait toujours "debout" dans un bâtiment où l'étude de la Torah a lieu.

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-> Pendant la période des 9 jours de deuil précédant le 9 Av, lorsque l'on participe à un siyoum on peut se réjouir, en mangeant par exemple de la viande.
Quelle est la raison derrière cette possibilité de sortir momentanément du deuil?

Le rav Lazer Gordon (le rav et roch Yéchiva de Telz) explique que lorsque quelqu'un termine un traité du Talmud, lorsque son engagement dans l'étude de la Torah l'amène à terminer une partie de la Torah (un traité), il n'y a plus de 'hourban (destruction [du Temple]).
Là où l'étude sérieuse et dévouée de la Torah a lieu, il n'y a pas de destruction.

Le siyoum ne crée pas une occasion joyeuse d’échapper à l'aveilout (endeuillé). Mais plutôt, il va rendre comme s'il n'y avait plus rien à pleurer, puisqu'il n'y a plus de 'hourban.
Comme le dit le rav Zalman Auerbach : "dans un endroit où il y a de l'étude de la Torah, il n'y a pas de destruction".

Diminution de la Torah suite à la destruction du Temple

+ Diminution de la Torah suite à la destruction du Temple :

-> "Le monde tient sur 3 choses : la Torah, le Service Divin (Avoda), et les actes de bonté (guémilout 'hassadim)" (Pirké Avot 1,2).

-> Il y a une tradition rapportée par le Sfat Emet (sur Pirké Avot 1,2), de rabbi Elimélé'h de Lizhensk : dans les jours passés, le monde tenait sur l'étude de la Torah, mais à partir de l'époque du Arizal, il tient sur les actes de bonté.
D'une façon similaire, le rabbi Mena'hem Mendel de Kotsk dit que la véritable Délivrance ne viendra que par le mérite de la tsédaka, comme le prophète Yéchayahou l'écrit : "Sion sera sauvée par la justice, et ceux qui retournent vers elle par la tsédaka" (Yéchayahou 1,27).

=> Cela est difficile à comprendre car on sait que la Torah est "kénéged koulam" (équivalente à toutes [les mitsvot]), et donc qu'elles dépassent toutes les autres mitsvot. Alors, comment la tsédaka et le 'hessed peuvent devenir des piliers du monde plus élevés que la Torah, au point de devenir les piliers sur lesquels le monde va tenir et qu'ils vont permettre de faire mériter la Délivrance?

-> Le Gaon de Vilna (dans son commentaire Chir haChirim 6,4) enseigne que tandis que la Avoda (Service Divin) a cessé avec la destruction du Temple, la Torah a également été significativement réduite à cause de la destruction du Temple, et le 'hessed lui est resté dans sa forme originelle.
C'est pourquoi, le pilier du 'hessed qui n'a jamais été affaibli et compromis par l'exil (galout), continue de soutenir le monde comme il l'a toujours fait.

-> Cela peut être ce que le Séfer 'Hassidout veut nous signifier : ce n'est pas tant que les mérites de la tsédaka et du 'hessed sont plus grands que le mérite de la Torah. L'étude de la Torah restera toujours "kénéged koulam" et la mitsva suprême de l'observance juive. Cependant, les mitsvot de tsédaka et de 'hessed sont uniques en ce qu'elles restent de nos jours sous la même forme pure qu'ils ont toujours été.

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=> On comprend logiquement que le Service Divin (Avoda) a diminué avec la destruction du Temple. Mais en quoi cela est-il également valable pour la Torah?

-> "Car l'homme de la maison n'est pas chez lui, il est parti pour un voyage lointain. Il a emporté la bourse d'argent avec lui ; il rentrera à l'heure dite" (Michlé 7,19-20).
Le Gaon de Vilna (Biour haGra sur ce passage) interprète que le roi Shlomo s'adresse au talmid 'hakham : "car l'homme de la maison". Le Temple a été détruit, et Hachem ne réside plus dans Sa maison, le lieu d'où émane toute la Torah.
"Il a emporté la bourse d'argent avec lui" = cela fait référence à la Torah elle-même qui est regroupée et fermée. Elle est scellée et inaccessible.
Le Gaon de Vilna ajoute : même si quelqu'un devait fournir des efforts considérables, il serait incapable d'acquérir une connaissance adéquate de la Torah, comme le verset l'affirme : "son roi et ses princes vivent au milieu des nations, il n'y a pas de Torah" (malka vécharéa bagoyim, én Torah - Eikha 2,9).

=> Que veut signifier le Gaon de Vilna en déclarant que nous n'avons plus de Torah après la destruction du Temple?
On a depuis les 6 ordres de michna, la guémara Bavli et Yérouchalmi, un nombre énormes de livres de Torah, des juifs qui sont engagés dans la Torah tout autour du monde, ...
Quel est le sens de : "[les juifs] vivent au milieu des nations, il n'y a pas de Torah"?

-> Rabbénou Chimchon méKinon (1260-1330), un des Baalé Tossefot [Kinon = en français : Chinon, dans la vallée de la Loire], dans son Séfer haKéritout, décrit la période des Tanaïm.
Hillel et Chamaï ont été les premiers destinataires de la Torah Orale, et ceux qui ont appris d'eux ont été les piliers de la michna.
Jusqu'à l'époque de Hillel et Chamaï, il y avait 600 ordres de michna (Sidré Michna), et à l'époque de Hillel et Chamaï ce nombre a été drastiquement diminué à 6 ordres de michna.
Hillel a vécu 100 années avant la destruction du 2e Temple (décédant en 32 avant l'ère vulgaire).
A l'époque de Hillel et Chamaï, période menant à la destruction du Temple, la grande majorité de la michna a été perdu au début de l'exil.

-> Le Séfer Séder Tanaïm vaAmoraïm (imprimé au dos du Ma'hzor Vitri), enseigne de même que depuis les jours de Moché jusqu'à ceux de Hillel, il y avait 600 ordres de michna.
La michna complète (tous les 600 sédarim) a été donnée à Moché sur le mont Sinaï.

A partir d'Hillel, le monde a été laissé sans ressources dans le sens où l'immensité de la Torah a été sévèrement réduite et la gloire de la Torah affaiblie, puisque seulement 6 de ces ordres ont été transmis aux générations futures.

-> On trouve une référence à cela dans la guémara.
Le traité 'Haguiga (14b) décrit une dispute (makhlokét) entre Rav Papa et les Sages (Rabbanan).
Un était d'avis qu'il y avait 600 ordres de michna, tandis qu'un autre soutient qu'il y avait en fait 700.
Rachi s'empresse de souligner que ces chiffres étonnants (600 ou 700) étaient le nombre d'ordres à cette époque.
Nous n'avons cependant plus accès à la plupart de ces sédarim (ordres).

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+ Les "shin" des téfilin de la tête :

-> Le Ben Ich 'Haï (Ben Yéhoyada 'Haguiga 14b) enseigne :
la couronne des juifs est la michna, et ses commentaires la guémara.
Les 2 lettes "shin" (ש) qui sont présents sur les téfilin de la têtes font allusion aux 600 sédarim de michna.
La lettre "shin" a une guématria de 300, et les 2 "shin" font un total de 600.
Un des "shin" a 4 branches (au lieu de 3) par respect pour l'opinion de la guémara affirmant qu'il y avait en fait 700 sédarim de la michna.

De nos jours, nous n'avons plus les 600 ordres de michna, qui équivalent à la guématria des 2 "shin", mais plutôt nous avons le nombre qui serait lu si nous placions les 2 "shin" l'un à côté de l'autre, et lu comme le mot : "שש" (chéch = soit 6 en hébreu).

Il y a une notion que 1/100 est annulé, est considéré comme inexistant.
En comparaison des 600 ordres de michna que nous possédions initialement, les 6 que nous avons actuellement, nous laissent relativement comme si nous n'avions plus de Torah. Ceci explique le verset : "[ils] vivent au milieu des nations, il n'y a pas de Torah (én Torah)" (Eikha 2,9).

-> Le Chla haKadoch fait référence au Séfer haKéritout, lorsqu'il avance également l'idée que les 600 sédarim de michna ont été réduit à 6.
Cependant, le Chla diffère légèrement en écrivant que ce n'était pas à l'époque de Hillel et Chammaï que les 600 sédarim ont été réduit à 6, mais cela a plutôt été 310 ans plus tard, à l'époque de Rabbi Yéhouda haNassi.

-> Rabbi Avigdor Kara (Séfer haPliya), qui est décédé à Prague 1439, donne une explication sur la réponse souvent utilisée par la guémara : il y a des mots ou des phrases qui manquent, et ceci est comment la michna devrait être lue.
Rabbi (Rabbi Yéhouda haNassi, le compilateur de la michna) n'a pas omis accidentellement des mots de la michna. Il n'y a pas d'erreur dans le texte que nous avons.
La guémara nous dit :
- "il y a des mots ou des phrases qui manquent" ('hatouré mi'hasra) = dans notre michna actuelle, il manque des mots du texte orignal.
- "et ceci est comment la michna devrait être lue" (vé'hakhi katané) = cela signifie en réalité : "et ceci est ce que la version originale de la michna a effectivement dit".

Rabbi a délibérément consolidé la michna sous une forme abrégée. Il n'a fait aucune erreur dans la rédaction des 6 ordres de la michna. Il a été capable de réduire la michna de 100 fois le contenu orignal, sans perdre aucun des composants essentiels.
"ceci est comment la michna devrait être lue" = la guémara nous révèle qu'il y a un texte manquant.

-> Le rav Shlomo Algazi explique la différence entre :
- une michna = c'est ce qui a toujours été dans le corpus de la michna de tout temps, et qui le reste de nos jours ;
- une braïta = c'est un enseignement tanaïque qui était parmi la majorité des michnayot qui a été perdue lorsque Rabbi a rédigé uniquement 6 ordres (au lieu de 600).
Les braïtot commencent par les mots : "tanou Rabbanan" (nos Rabbi enseignent). Quand est-ce qu'ils ont enseigné la braïta?
Dans la version originale de la michna, qui contenait 600 sédarim.
[le Shvilé Pin'has fait remarquer que l'initiale de "tanou Rabbanan" est ת"ר, a une guématria de 600. C'est une allusion au fait qu'une braïta était une partie des 600 michna d'origine.]
- une tossefta = c'est une information complémentaire qui n'apparaissait pas même dans les 600 michna d'origine.

-> Le rav 'Haïm de Brisk dit qu'il y a une différence entre la Torah enseignée dans les 600 ordres et la Torah enseignée dans les générations suivantes.
Tout ce qui est enseigné dans la michna ou la guémara est soumis au principe : "élou vaélou divré Elokim 'haim" (celui-là et celui-là sont tous deux les mots du D. vivant). Même si en apparence il y a plusieurs points de vue (parfois très différents), en réalité chacun est considéré comme correct et comme une partie de la Torah que nous avons reçue au mont Sinaï.
Le rav de Brisk ajoute que cependant, lorsque 2 Roché Yéchiva débattent, par exemple sur le sens simple d'un Rambam, nous n'appliquons pas ce même principe. Alors que tout est définitivement considéré comme de la Torah, il ne peut y avoir qu'une seule interprétation correcte du Rambam.
Le principe de "élou vaélou" ne s'applique pas de la même façon au mots des Géonim, Richonim et A'haronim, comme il s'applique à la Michna et au Talmud.
[il en découle que la destruction du Temple, a conduit à une réduction par 100 de la michna (notre Torah Orale), et que nous avons beaucoup d'incertitudes quant à retrouver le texte originel.
(sans le "élou vaélou" + voir les paroles du Gaon de Vilna : actuellement la Torah est scellée et inaccessible par rapport à avant la perte du Temple.)]

-> [b'h, j'ai pu voir l'enseignement précédent, rapporté de la façon suivante ] :
Lorsque le ‘Hafets ‘Haim et Rabbi ‘Haim de Brisk séjournaient dans la même auberge, ils discutèrent de ces 594 sédarim perdus de michnayot (passant de 600 à 6). Le ‘Hafets ‘Haim souligna les efforts des Richonim et des A’haronim, rachei Yechiva, Rabbanim des nombreuses générations depuis l’époque d’Hillel et Chamaï. Leurs délibérations, leurs ‘hidouchim et leurs explications faisaient tous partie des 600 Sédarim originaux. Par exemple, les commentaires de Rachi, des Tossafot, du Rif, du Roch, du Rambam, du Maharcha, de Rabbi Akiva Eiger, Rav Baroukh Ber et ainsi de suite servirent tous à restaurer les sedarim manquants. Chaque sefer de ‘hidouchim remplit le contenu manquant qui faisait partie des michnayot perdues. Toutes les idées de la Torah développées et présentées au cours des siècles depuis que les Chicha sidrei Michna ont été ‘expurgées’ font partie des 600 sedarim originaux.
Le rav ‘Haim de Brisk ne fut pas d’accord et dit qu’il y avait une distinction fondamentale entre les 6 sedarim originaux et la Torah enseignée dans les générations suivantes. Tout ce qui est enseigné dans la michna ou la guémara est soumis au principe de "élou vé'élou divré Elokim 'haïm" (ואלו אלו דברי אלהים חיים - littéralement : ceux-ci et ceux-ci sont les paroles du D. vivant - guémara Erouvin 13b), où même face à de multiples points de vue, chacun est considéré comme correct et fait partie de la Torah que nous avons reçue sur le Sinaï.
Cependant, lorsque 2 Raché Yechiva débattent par exemple de ce que dit le Rambam, nous n’appliquons pas cela. Bien que ce soit incontestablement considéré comme la Torah, il ne peut y avoir qu’une seule interprétation correcte du Rambam.

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-> Le Beit Yossef (Kalé haGuémara) est d'avis, comme le Chla haKadoch, qu'il y avait 600 sédarim de michna jusqu'à ce que Rabbi les a condensés.

-> Le Rama de Pano (Guilgoulé Néchamot) révèle que Rabbi (Rabbi Yéhouda haNassi) était la réincarnation (guilgoul) de Métouchéla'h.
Métouchéla'h a enseigné 600 sédarim, tandis que Rabbi a rédigé 6 sédarim de michna, avec chaque ordre (séder) englobant 100 des ordres initiaux.
[le Yalkout Chimoni (Béréchit - remez 42) cite un avis que Métouchéla'h a en réalité enseigné 900 sédarim de michna.]

-> Le Yalkout Réouvéni (Yitro) est d'accord avec le Séfer haKéritout, indiquant que les 600 sédarim ont existé uniquement jusqu'à Hillel, qui a réduit la michna en 6 sédarim.

-> Le 'Hida présente également l'idée que la michna a été réduite de 600 à 6 sédarim, en citant les 2 points de vue quand à savoir quand cela s'est passé : à l'époque de Hillel et de Chamaï (soit en -32 avant l'ère vulgaire) ou bien 310 ans plus tard, lorsque Rabbi a rédigé la michna.

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-> On a vu précédemment l'enseignement du Gaon de Vilna que suite à la perte du Temple : même si quelqu'un devait fournir des efforts considérables, il serait incapable d'acquérir une connaissance adéquate de la torah, comme le verset l'affirme : "son roi et ses princes vivent au milieu des nations, il n'y a pas de Torah" (malka vécharéa bagoyim, én Torah - Eikha 2,9).
Ainsi, dans la prière nous disons : "chéyibané beit haMikdach bim'éra béyaménou véten 'helkénou béTorata'h" (que le Temple soit reconstruit rapidement de nos jours, et donnes-nous notre part dans Ta Torah) = nous lions le Temple et la Torah. En effet, puisque nous avons perdu la majorité de la Torah avec la destruction du Temple, lorsque nous demandons à Hachem de reconstruire le Temple nous Lui demandons simultanément de restaurer toute la Torah qui a été perdue.

Le Gaon de Vilna a écrit un commentaire de michnayot (Chénot Eliyahou), et son élève principal, le rav 'Haïm de Volozhin a écrit une introduction à cet ouvrage où il écrit que la barrière protectrice de la Torah et ses principaux concepts sont contenus dans la Torah Orale.
"son roi et ses princes vivent au milieu des nations, il n'y a pas de Torah" (Eikha 2,9) = nous n'avons plus la Torah Orale. Le rav 'Haïm de Volozhin se lamente sur le fait que nous avions 600 ordres de michna, mais la plupart d'entre eux a été perdus et il nous en reste que 6.
Il ajoute que cependant, lorsque Rabbi a rédigé les 6 ordres de michna que nous avons actuellement, il a inclut en eux le contenu des ordres (sédarim) perdus.

Ainsi, le rav 'Haïm de Volozhin, élève du Gaon de Vilna, nous dit clairement que la tragédie de "son roi et ses princes vivent au milieu des nations, il n'y a pas de Torah", qui a eu lieu au moment de notre exil suite à la destruction du 1er Temple, est synonyme du fait que nos 600 ordres de michna ont été réduits à 6.
[d'une certaine façon de même que le Temple a été détruit, de même notre trésor qu'est la Torah Orale a fondu par 100 fois moins.]

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-> "Il [l'ange] me dit: "Que vois-tu?" Je répondis: "Je vois un rouleau qui vole ; sa longueur est de 20 coudées et sa largeur de 10 coudées" (Zé'haria 5,2)
Le rouleau dans la vision de Zé'haria était composé de 200 amot au carré, mais lorsqu'il était étalé il avait 400 amot au carré (20 amot de longueur et 20 amot en largeur). [guémara Erouvin 21b]

Qu'était-il écrit sur ce rouleau volant? Le traité Erouvin révèle que la Torah Orale était écrite sur ce document.
Le Gaon de Vilna fait alors le calcul suivant.
Le document original de la Torah Orale qui contenait 600 ordres de michna, avait une taille 400 amot au carré.
Actuellement, réduit à 6 ordres de michna, plus que 4 amot au carré sont nécessaires pour l'écrire.
Le Gaon de Vilna écrit que c'est ce que signifie l'enseignement de la guémara (Béra'hot 8a) : "Depuis le jour où le Temple a été détruit, la seule chose que Hachem a dans ce monde est les 4 amot de la Halakha".
[Péninim miChoul'han haGra]

-> Ainsi les 4 amot de la halakha ne font pas référence à un espace occupé par une personne étudiant la Torah, mais plutôt cela fait référence au document d'à peine 4 amot, qui est tout ce qu'il nous reste du document original qui faisait une taille de 400 amot.
4 amot est tout ce qu'il est nécessaire pour contenir l'entièreté de ce qu'il reste de la Torah Orale.
Le Gaon de Vilna affirme clairement que la réduction de la michna en 100 fois moins de sa taille initiale a eu lieu au temps de la destruction du Temple.
Dans un cours le rav Daniel Glatstein dit qu'il est possible que ce processus de perte de la michna a été graduel, commençant au moment de la destruction du Temple et se terminant au moment de Rabbi, et cela permet de réconcilier les 2 points de vue abordés précédemment.
Ce processus a eu comme fait générateur la destruction du Temple, et au final nous nous retrouvons avec une perte de 594 ordres de michna. Ainsi, la Torah a subi un coup terrible au moment du 'hourban du Temple, résultant d'une perte si importante.
Ainsi, pour véritablement connaître et comprendre la Torah, nous avons besoin du Temple, et sans lui c'est comme si la Torah n'existe pas.
[voir les paroles du Gaon de Vilna : actuellement la Torah est scellée et inaccessible par rapport à avant la perte du Temple]

Avoir un regard bienveillant sur autrui

+++ L'importance d'avoir un regard bienveillant sur autrui :

"Comment donc supporterai-je seul votre labeur, et votre fardeau et vos disputes" (Dévarim 1,12)

-> Le Imré Noam rapporte ce verset en expliquant que Moché annonça aux Bné Israël : "Tout ce qui concerne la destruction (future) du Temple et la délivrance, j’en supporterai tout seul le joug, et il ne vous incombe que de réparer les disputes, la discorde et la haine gratuite qui règne parmi vous".
C’est ce qui est suggéré par les mots : "votre labeur et votre fardeau et vos disputes" = "votre labeur et votre fardeau consistent à réparer vos disputes, alors viendra le libérateur!"

-> Le ‘Hidouché haRim (Likouté haRim - Ben Hamétsarim) :
"Il faut s’efforcer durant cette période (entre le 17 tamouz et le 9 Av) de se débarrasser de la haine gratuite, ce qui signifie du regard malveillant que l’on porte sur les autres. Et même lorsque quelqu’un n’a pas un oeil bienveillant sur son prochain, cela aussi s’appelle la haine gratuite.
Tant que le Temple n’a pas été reconstruit de notre vivant, c’est comme s’il avait été détruit de notre vivant (guémara Yérouchalmi Yoma 1,1), et c’est grâce à un regard bienveillant sur chaque juif qu’il sera reconstruit".

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-> Le Maharal de Prague (Nétiv Guémiloute 'Hassadim, 3) rapporte l’enseignement de la guémara (Baba Metsia 30b) : "Rabbi Yo’hanan dit : Jérusalem ne fut détruite que parce qu’on jugea les litiges selon la stricte justice sans accepter de renoncer à son droit".

Et il l’explique de la manière suivante :
"Bien qu’ils transgressaient d’autres fautes, la destruction ne serait cependant pas arrivée, et Hachem les aurait punis d’une autre manière. Mais puisqu’ils désiraient juger uniquement selon la stricte justice, ce fut donc la stricte justice Divine qui s’exerça, afin de les détruire.
Parce que s’ils s’étaient comportés avec indulgence, Hachem Lui aussi aurait été bienveillant à leur égard ...
Dès lors, s’ils avaient renoncé à revendiquer leur droit strict, le verset témoigne : "J’ai dit ‘la bonté construira le monde’" (Téhilim 89,3).
On peut d’ailleurs apprendre de là que s’éloigner de la bonté, c’est détruire le monde."

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-> Le Tana De Bé Eliyahou (Rabba 28) enseigne :
"Hachem dit à Israël ... : "Mes enfants bien aimés ..., que vous demandai-je si ce ne de vous aimer les uns les autres et de vous respecter les uns les autres".

9 Av = reflet des larmes d’en-Haut

+ Le 9 Av = un reflet des larmes d'en-Haut :

-> Le jour du 9 Av, le coeur de chaque juif souffre.
Le rav Moché Wolfson écrit que même les gens ordinaires qui ne saisissent pas pleinement la gravité d'avoir perdu le Temple sont capables de pleurer de véritables larmes sur le 9 Av.
D'où cela vient-il? Comment se fait-il que chaque juif peut ressentir si intensément la douleur de la destruction du Temple en ce jour précisément?

-> Le Haflaa (Nétsa'h Israël - pérek 8 ), le rabbi du 'Hatam Sofer, dit qu'un phénomène incroyable se passe : "l'âme de chaque juif est connectée et est en phase avec ce que Hachem ressent envers nous".

Le roi David déclare : "Mon coeur a soif d'Hachem, du D. vivant" (tsaméa nafchi l'Elokim lékel 'haï - Téhilim 42,3).
=> Que veut dire le roi David par l'expression : "le D. vivant"?

Le Haflaa explique : lorsque le roi David se réfère à Hachem comme D. vivant, il fait référence au fait que Hachem a activement des sentiments de profond désir et d'amour envers chacun d'entre nous.
Le verset affirme : "Comme dans l'eau, le visage reflète le visage, ainsi le cœur de l'homme reflète le cœur de son prochain" (Michlé 27,19).
Nous reflétons alors ces émotions, et nos âmes ont soif d'Hachem, d'une relation avec Lui.
Nous apprenons ainsi un principe important : l'âme d'un juif est au diapason avec Hachem.

Le midrach (Eikha 1,1) nous dit que lorsqu'un roi humain est en deuil, il s'assoit et pleure.
De même, dit Hachem, Je pleure en deuil sur la perte du Temple. Comme le verset le dit : "Mon Seigneur Hachem/Elokim, Maître des légions, a déclaré que ce jour était pour pleurer et se lamenter, à vous raser la tête, à ceindre le cilice" (Yéchayahou 22,12).

Si nous devions monter au Ciel et voir comment Hachem passe Son temps le 9 Av, pour ainsi dire, nous trouverions Hachem et tout Son entourage pleurant des larmes amères, prenant le deuil sur le Temple et le peuple juif en exil.
Mais en réalité nous n'avons pas besoin de Le voir pour savoir que c'est ce qui se passe.

En effet, l'âme [de chaque juif] le ressent, nous sentons le deuil qui a lieu en-Haut, et nous répondant réciproquement : nous nous joignons à Hachem dans les pleurs et le deuil.
Le rav Moché Wolfson dit que nous pleurons parce que notre âme perçoit les pleurs d'Hachem.
Hachem pleure pour nous, et réciproquement nous versons de véritables larmes, en languissant et en aspirant à Lui.
[la condition est d'ouvrir notre coeur, et de lui donner la parole pour qu'il exprime ce que notre âme perçoit d'Hachem! ]

Le midrach (Eikha 1,1) décrit ensuite comment Hachem reflète le deuil d'un roi humain, qui s'asseoit par terre dans une réflexion silencieuse. De même, Hachem est assis par terre dans un silence de deuil, pleurant le peuple d'Israël.

Nous rejoignons Hachem sur le sol, prenant le deuil avec Lui.
"Répands ton cœur comme de l'eau à la face d'Hachem" (sif'hi kamayim libé'h no'hakh péné Hachem - Eikha 2,19) = nous déversons notre coeur directement en face d'Hachem. Nous n'avons pas à envoyer nos prières, nos cris, nos larmes jusqu'au Ciel. Hachem est juste là sur le sol avec nous.

Même le plus simple des juifs est capable de pleurer sur le 9 Av parce qu'il sent Hachem pleurer, et il pleure avec Lui.

"Sur les rives des fleuves de Babylone, là nous nous assîmes, et nous avons aussi pleuré au souvenir de Sion" (al naarot Bavél cham yachavnou, gam ba'hinou ... - Téhilim 137,1).
Qu'est-ce que le verset veut dire par : "GAM ba'hinou" (nous avons AUSSI pleuré)?
Le rav Wolfson explique qu'en plus de nos pleurs, Hachem pleure aussi avec nous.
Ainsi, le "AUSSI" fait référence à Hachem qui pleure avec nous.

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-> Le fait que Hachem pleure toujours pour nous après que plus de 2 000 ans se soient écoulés [depuis la destruction du Temple], nous donne un certain niveau de consolation. Il ne nous a pas oubliés.
Si nous sommes capables de verser des larmes amères sur la destruction du Temple, c'est uniquement parce que Hachem pleure toujours désespérément sur nous, aspirant à ce que nous retournions à Jérusalem [et que nous retrouvions cette incroyable relation de proximité apparente que le Temple permet]. Son amour et Son désir pour chaque juif n'a pas faibli d'un iota au cours des millénaires passés.

Une autre source de consolation réside dans le fait que nos âmes sont à l'écoute des pleurs d'Hachem.
Ainsi souillés, salis et recouverts que soient par nos fautes, quels que soient les fautes que nous avons pu commettre, et quelque soit la distance qui s'est créée entre nous et Hachem à cause de nos fautes, nous restons toujours connectés à Hachem.
Nos âmes sont loin d'être parfaites, et pourtant nous restons attachés à Hachem, et Ses émotions se reflètent en nous.
Nous restons connectés à jamais avec notre Père céleste.

Nous continuons à ressentir envers Hachem ce qu'il ressent envers nous. Ce lien ne s'est pas rompu, ni diminué du tout. Cela est aussi une consolation pour nous, alors que nous pleurons et s'endeuillons pour le Temple.

Notre D. est aussi notre Père!

+ La consolation : être persuadé que notre D. est aussi notre Père!

"Consolez, consolez Mon peuple, dira votre D." (Yéchayahou 40,1)

-> Le midrach (Yalkout Chimoni Yéchayahou 245) rapporte à propos de ce verset l’enseignement de Rabbi 'Hanina Bar Papa :
"Les Bné Israël dirent au prophète Yéchayhou : ‘Rabbénou Yéchayhou, se pourrait-il que tu ne sois venu consoler que la génération dans laquelle le Temple fut détruit?’
Il leur répondit : "Je suis venu consoler toutes les générations", car il n’est pas dit : "Consolez Mon peuple, dit votre D.", mais "consolez Mon peuple, dira votre D."

Ce midrach signifie que, chaque année, après les jours de deuil sur la destruction du Temple et l’exil du peuple juif, une voix céleste retentit dans les hauteurs et proclame : "Consolez, consolez Mon peuple", et Hachem fait souffler un vent de consolation pour Son peuple et Ses fils bien-aimés.
Il les console, raffermit leurs coeurs endoloris et panse les blessures de leurs âmes.
Ce n’est pas tout : Hachem s’adresse à nous par cet appel : "Consolez, consolez Mon peuple", voulant nous dire : "Je vous demande de vous consoler et de vous ressaisir".

-> Le Beit Avraham (lettre 26) écrit à ce sujet que ce verset vient suggérer que si réellement le peuple juif accomplit l’ordre "Consolez (vous), consolez (vous)", alors Hachem, Lui, accomplit (la fin du verset) : "((Il) dira (Je suis) votre D".
Cela signifie que si un juif se console en acceptant avec amour le châtiment Divin et prend conscience que cela aussi est un décret d’Hachem, alors Hachem déclare : "Je suis son D."
Ce qui procure à ce juif l’occasion de s’élever considérablement.

-> Le ‘Hatam Sofer (sur le Choul'han Aroukh, 551) rapporte au nom de la guémara (Yérouchalmi - fin de Taanit) qu’après le 9 Av, débute un autre mois. Il explique ainsi le verset (que l’on lit dans la Haftara de Roch ‘Hodech) : "vayéhi midé 'hodech bé'hodech" (והיה מידי חודש בחודשו - litt. "Et il arrivera que le mois dans son mois" que l’on traduit habituellement "Et il arrivera qu’à chaque mois") : cela suggère en allusion qu’il existe un mois qui se renouvelle à l’intérieur d’un mois, "et il me semble, écrit-il, que pour cette raison, on a l’habitude d’appeler le mois d’après le 9 Av, Ména’hem Av.
Et c’est ce qui est écrit : "le mois dans son mois", pour signifier que jusqu’au 9 Av, c’est un premier mois appelé ‘Av’, et après cette date c’est un 2e mois nommé "Ména’hem".
Le ‘Hatam Sofer poursuit que c’est aussi, l’allusion contenue dans (la suite du verset) : "oumidé Shabbath béShabbato" (ומידי שבת בשבתו - "un Shabbat dans le(s) Shabbat") qui fait référence au Shabbat Na’hamou où, alors : "chaque chair viendra se prosterner sur la montagne de la Maison d’Hachem’’ (fin du même verset).

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-> Dans sa prophétie (lu dans la haftara du Shabbath suivant le 9 Av), Yéchayahou (40,1) exhorte les Bné Israël à la consolation : "Consolez, consolez mon peuple, dit votre D." (na'hamou na'hamou ami yomar Eloké'hem).

-> Le Sfat Emet (5656) commente ce verset de la manière suivante : "Comment vous consolerez-vous, mon peuple Israël? Par le fait même de savoir qu'Hachem est votre D.", en d'autres termes, en prenant conscience que la conduite du monde entier est uniquement entre Ses mains, ce qui inclut également tous les malheurs et les exils que subit notre peuple.
Néanmoins, le prophète Yéchayahou redouble son appel : "Consolez, consolez", afin de suggérer qu’outre cette prise de conscience qui en elle-même procure un réconfort, panse l'âme blessée et en soulage les souffrances, s'ajoute une autre consolation : celle qui provient de la émouna que tout est pour le bien. Car il arrive parfois que Hachem retire le voile qui dissimule la vérité et nous le montre. Et même lorsque ce bienfait nous demeure encore caché, nous avons néanmoins la émouna qu'il en est ainsi.
Ces deux pensées constituent l'élixir qui soulage l'âme et l'empêche de souffrir lorsque les épreuves surgissent.

C'est ce qui doit nous apporter la consolation après les 3 semaines et les jours de deuil. Seul le fait d’être convaincu que, même en exil, son sort repose entre les mains du Ciel et qu'Hachem ne l'a pas abandonné peut consoler l’homme de son exil et de ses malheurs, tant au niveau individuel que communautaire. Et même lorsque le Maître du monde se recouvre d’un double voile et inflige des coups à Ses enfants, tout cela ne provient que de Sa miséricorde et de Sa bonté, et tout ce qu'Il accomplit est pour leur bien.

Sans le Temple, notre vie est obscurcie …

"Yéhouda est allé en exil, accablé par la misère et une dure servitude ; il demeure parmi les nations, sans trouver de repos" (Eikha 1,3)

-> Le Méam Loez commente :
En exil, le juif désire ce que possède les non-juifs et s'évertue à l'obtenir. Il court sans cesse pour obtenir ces satisfactions, et les ayant trouvées, en recherche d'autres.
Les juifs vont de l'avant et peinent sans répit, incapables de trouver le repos.
Ce sont l'absence de paix et de satisfaction spirituelle qui causent cette fébrilité. En effet, lorsque les juifs sont en exil, la Présence Divine souffre et cette souffrance crée un ferment dans l'âme du juif.

Le midrach Eikha (1,28) met en parallèle l'exil du juif et celui des autres nations : "Les nations du monde ne partent-elles pas parfois, elles aussi, en exil? Pourtant, bien qu'elles soient hors de leur terre, elles ne connaissent pas [les affres de] l'exil. Elles peuvent manger le pain et boire le vin [de leurs nouveaux compatriotes] ... Israël ne peut manger leur pain ni boire leur vin .. et il ressent l'exil."

En exil, un non-juif peut rapidement adopter les normes sociales de son nouveau pays.
Pour sa part, un juif ne parvient pas à se mêler si facilement à la population. Parfois, les obstacles proviennent de l'extérieur car les non-juifs ne nous permettent pas de nous assimiler à eux.
Cependant, les réels obstacles à l'assimilation sont internes. Comme le juif est différent, comme ses valeurs et son but sont tout à fait différents de ceux des non-juifs, il ne peut trouver de repos dans leur société.
Bien qu'il ne comprenne pas toujours la cause profonde de ce phénomène, le fait que son désir le plus profond soit de retourner à une société de Torah l'empêche de se sentir en sécurité ou en paix en exil.

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[l'idée est très puissante : au-delà d'une souffrance physique que peuvent nous imposer les nations du monde, lorsque nous sommes en exil nous subissons en nous une souffrance interne spirituelle. En effet, nous aspirons à minima à une vie telle qu'elle était à l'époque du Temple, et c'est pour cela que nous pleurons car nous ne pouvons pas être épanouis dans la vie sans cela.
Et même si Hachem fait que notre exil est confortable et que l'environnement est plutôt agréable avec nous, la réalité intérieure est qu'on : "demeure parmi les nations, sans trouver de repos".]

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-> Le Méam Loez (Eikha 1,7) enseigne également :
Même lorsque Israël est en exil, il considère son existence comme une vie de "misère et souffrance".
Le succès matériel, le confort physique et la richesse ne représentent pas le vrai plaisir du juif ; ils ne lui apportent jamais de réelle satisfaction.
Ce qu'un juif désire ardemment, c'est la reconstruction de Jérusalem et l'occasion de retrouver un lien intense avec D. grâce au service dans le Temple.

Au moment de notre plus grande joie, nous devons nous souvenir de Jérusalem ("si je ne place Jérusalem au sommet de toutes mes joies" - Téhilim 137,6).
Nous rappeler Jérusalem découle naturellement de la conscience qu'aucun plaisir ne peut se rapprocher de la satisfaction spirituelle que nous éprouvions à l'époque du Temple.

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[d'une certaine façon, au comble de la joie le jour d'un mariage nous récitons ces mots et brisons un verre, en ayant à l'esprit que certes nous sommes à un summum de joie de ce monde, mais la réalité c'est que cela n'est rien par rapport à ce que nous avions en permanence avec le Temple.
De même qu'un fiancé(e) est fou de joie d'être lié pour la vie avec sa moitié, de même à chaque instant avec le Temple nous étions fortement liés avec papa Hachem, et il n'y a pas de plus grande joie que cela.
"Si je ne place Jérusalem au sommet de toutes mes joies" = nous pleurons d'en venir à pleurer pour des choses de ce monde qui sont sans valeur par rapport à l'infinie plaisir d'être à une époque où Jérusalem est doté du Temple!

D'ailleurs, pour illustrer le fait que depuis la destruction du Temple, Hachem nous "a relégué dans les ténèbres" (Eikha 3,6), nous avons la coutume de baisser les lampes de la synagogue la nuit du 9 Av.
Cela doit nous pousser à réaliser que notre vie est dans l'obscurité totale en comparaison de celle à l'époque du Temple!]

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-> "Toute joie est bannie de notre cœur" (Eikha 5,15)

Le Méam Loez commente :
"La joie de notre cœur" désigne le service au Temple. [Depuis] sa destruction, le peuple juif a senti un grand vide au fond de son cœur et sa joie a cessé".

Quelques enseignements liés à la destruction du Temple

+ Quelques enseignements liés à la destruction du Temple :

1°/ La force de l'unité :

-> Le midrach (Eikha rabba 1,20) rapporte que Avraham est rentré dans le Saint des Saints la veille de la destruction du Temple [le 1er Temple].
Hachem l'a pris par la main et ils se sont promenés ensemble dans sa longueur et largeur.
Hachem lui a demandé : "Que fait Mon bien-aimé dans Ma maison?"
Avraham a répondu : "Mon Maître, où sont mes enfants?"
Hachem a répondu : "Ils ont fauté, ainsi Je les ai exilés parmi les nations".
Avraham a demandé : "N'y a-t-il aucun justes parmi eux [qui seraient capables de protéger toute la nation]?"
Hachem a répliqué : "Ils ont tous fauté intentionnellement".
Avraham a demandé : "Pourquoi ne regardes-Tu pas le bien parmi eux?"
Hachem a répondu : "La majorité est mauvaise ... qui plus est, chacun se réjouirait de la chute de son prochain".

-> Le rav Ayeh Leib Heller (Shev Shemaitsa) demande : une fois qu'on a dit à Avraham qu'il n'y avait aucune personne juste (tsadik) en Israël, pourquoi a-t-il quand même demandé : "Tu dois regarder le bien parmi eux"? En effet, Hachem vient juste de lui dire qu'il n'y avait aucune bonne personne parmi eux!

Il existe un principe dans le judaïsme que les juifs peuvent être vus comme une seule entité, et les qualités réparties entre eux peuvent venir ensemble pour former un "tsadik" complet.
Cependant, le seul moyen pour les juifs en tant qu'ensemble de posséder cette qualité, c'est lorsqu'il y a de l'amour et de l'unité entre tous les juifs.

[le rav Mendel Kaplan disait que les juifs sont appelés : "chochanat Yaakov" (la rose de Yaakov). Pourquoi sont-ils comparés à une fleur?
Tout comme de nombreux petits pétales ne sont beaux que lorsqu'ils sont liés ensemble pour former une fleur, il en va de même pour la pleine beauté des juifs qui n'émerge que lorsqu'ils sont tous liés ensemble.

Le midrach (Vayikra rabba 26,2) rapporte que les soldats du roi Shaül tombaient au combat (perdant les guerres) car il se trouvait des diffamateurs qui fomentaient des querelles en son sein. A l'inverse, à la génération du roi A'hav, les soldats étaient victorieux au combat (gagnant les guerres) en dépit du fait que le peuple se livrait à l'idolâtrie, ceci parce que la paix et l'harmonie régnaient en son sein.
En effet, ils ressentaient tellement d'amour et d'unité, qu'il n'y avait pas de diffamateur (et autre lachon ara). Grâce à ces bonnes qualités le corps [collectif] du peuple juif était uni, et alors personne ne pouvait leur faire le moindre mal. ]

Avraham a supplié Hachem de ne voir que les bonnes qualités parmi les juifs, et de toutes les combiner pour former un "tsadik" parfait.
Hachem a dit à Avraham : "chacun se réjouirait de la chute de son prochain". Ainsi, puisque les juifs manquaient d'amour et d'unité, alors le bien en chacun d'eux ne pouvait pas être combiné avec celui de son prochain.

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2°/ Sur quoi prendre le deuil de Jérusalem :

-> Les juifs qui ont vécu à Jérusalem à la suite de la destruction du Temple étaient extrêmement justes, et la guémara (Guittin 57a) rapporte de nombreux exemples de leur piété.
La guémara demande : "S'ils étaient si exceptionnellement justes, pourquoi méritaient-ils d'être punis? C'est parce qu'ils n'ont pas pleuré la destruction de Jérusalem".

Cela est difficile à comprendre. Si la guémara les considérait comme pieux, ils devaient certainement aussi remplir leur obligation de pleurer correctement la destruction de Jéruslem!

Rabbi Yaakov Kamenetsky répond qu'ils ont certainement pleuré la destruction du Temple et leur incapacité à apporter des sacrifices à Hachem.
Le fait que la terre d'Israël soit dévastée et que la population [juive] soit décimée leur a également causé un chagrin sans fin.
Mais toute leur douleur, leurs espoirs et leurs prières pour la construction du Temple étaient entièrement concentrés sur ce qui leur manquait.
Puisqu'il leur manquait un sentiment de douleur pour la Présence Divine (Chékhina) qui est en exil, et pour l'honneur d'Hachem qui est diminué [à cause de la perte du Temple], alors pour cela ils ont été punis.

[cela doit nous servir de leçon, et nous devons également prendre le deuil en pensant à notre papa Hachem]

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3°/ Estime de soi et guéoula :

-> Le 2e Temple a été détruit à la suite du péché de la haine gratuite (sinat 'hinam).
=> Quelle est la raison sous-jacente pour laquelle une personne déteste son prochain?

Rabbi Nathan Wachtfogel (Kovets Si'hot) présente une réponse surprenante : c'est souvent parce qu'une personne se déteste elle-même.
Comme l'affirme la michna des Pirké Avot (4,1) : "Qui est une personne honorable? Celui qui honore les autres". Cela veut dire qu'il est impossible d'honorer les autres tant qu'on ne se sent pas nous-même comme étant distingués et honorables.
["tu aimeras ton prochain comme toi-même" = travaille sur l'estime de toi, comme cela tu pourras estimer au mieux autrui.]
Nos Sages (guémara Kidouchin 70a) présentent également un corollaire à ce principe : "Tout celui qui trouve des fautes en autrui, le fait en se basant sur ses propres fautes" (kol aposhél, bémoumo poshél).
Ainsi, ce qu'une personne dit des autres est en fait le reflet de ce qu'elle pense d'elle-même. Si une personne ne voit que ses défauts et se considère comme défectueuse et indigne, elle ne pourra également voir que le négatif chez les autres. [le rav Wachtfogel rapporte cela au nom du rav Eliyahou Lopian]

Le rav Wachtfogel ajoute :
C'est seulement une personne avec une bonne estime de soi, et qui voit le bien qui est en elle, qui est capable de voir également le bien chez les autres.
=> Le 2e Temple a été détruit à cause de la haine gratuite. Par conséquent, la manière de rectifier la faute de sinat 'hinam est en s'efforçant de se considérer comme quelqu'un qui possède de nombreuses qualités nobles et distinguées.

[de plus, le Temple permet de révéler la grandeur d'Hachem. Or, chaque juif a en lui un partie Divine (son âme). Ainsi en ayant conscience de la grandeur et du caractère élevé de notre âme, nous permettons à Hachem de reconstruire le Temple. La condition est que nous fassions le premier pas en appréciant la valeur de la Divinité en nous (et par ricochet en notre prochain juif).
Selon nos Sages, de la même façon que nous devons avoir confiance en D., nous devons avoir confiance en nous.]

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-> La première haftara que nous lisons pendant les 3 semaines, commence par Hachem confiant au jeune Yirmiyahou d'être son prophète auprès des nations.
Yirmiyahou a protesté qu'il n'était pas digne d'une mission aussi noble : "Hélas, mon Seigneur ... voyez je ne sais pas parler, car je ne suis qu'un jeune (naar anokhi)".
Hachem lui répondit : "Ne dis pas: Je suis un jeune. Mais tous ceux où je t'enverrai, tu iras les trouver, et tout ce que je t'ordonnerai, tu le diras. Ne les crains point, car je serai avec toi pour te protéger" (Yirmiyahou 1,6-7).

=> Pourquoi nos Sages ont-ils établi cette haftara particulière comme une introduction appropriée aux 3 semaines de deuil (du 17 Tamou au 9 Av)?

Rabbi Nathan Wachtfogel (Kovets Si'hot) répond que c'est pour transmettre le message que la racine de la destruction du Temple réside dans la croyance erronée d'une personne : "je ne suis qu'un jeune" et inapte à la grandeur.
Lorsqu'une personne pense qu'elle est incapable de grandes réalisations [spirituelles], elle se retient d'actualiser (de rendre réel) son incroyable potentiel.

En tant que machguia'h de la yéchiva de Lakewood, Rabbi Wachtfogel se lamentait auprès de ses étudiants :
"Qui sait combien de livres n'ont pas été écrits à cause de cette attitude? Si des grands du passé avaient entretenu ces pensées, ils nous manqueraient leurs oeuvres monumentales. Qui sait combien de yéchivot n'ont pas été construites, combien de Torah a été perdue et combien d'institutions n'ont jamais vu le jour à cause de l'attitude d'effacement personnelle du "je ne suis qu'un jeune" (naar anokhi)".

[chaque juif a en lui un "Temple" où Hachem peut résider. Lorsque nous n'avons pas d'estime de nous-même, c'est comme si l'on détruisait ce Temple interne. Ainsi, cette période menant au 9 Av est une période de deuil sur toutes les potentialités magnifiques que nous avions et que nous n'avons pas exploité, car croyant aux paroles de notre yétser ara : "je ne suis rien, je ne suis qu'un jeune dans la spiritualité, c'est pas pour moi (c'est pour les grands en Torah, comme je suis petit Il [Hachem] comprendra que je ne le fasse pas)!"
Ainsi, on doit sortir du 9 Av en étant motivé de vouloir être à notre niveau une grande version de nous-même, qui par ses actions va contribuer à construire le Temple et permettre de révéler le plus largement la grandeur de papa Hachem.]

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4°/ L'attitude de Rabbi Zé'haria ben Avkoulas :

-> Rabbi Yo'hanan a dit : l'humilité de Rabbi Zé'haria ben Avkoulas a détruit notre Temple, a brûlé notre Sanctuaire et nous a exilé de notre terre. [guémara Guittin 56a]

-> Juste avant, cette guémara rapporte que Bar Kamtsa est allé dire à l'empereur romain que les juifs se rebellaient contre lui, et lui demanda de les tester en envoyant un sacrifice en l'honneur du gouvernement, et de voir s'ils allaient le sacrifier.
L'empereur a envoyé un veau de 3 ans, et alors que Bar Kamtsa allait avec le veau au Temple, il a fait un défaut selon certains à la lèvre supérieur et selon d'autres à sa paupière. A un tel endroit cela est considéré comme un défaut chez les juifs [empêchant de pouvoir sacrifier l'animal], mais chez les non-juifs cela n'est pas considéré comme un défaut.
Malgré le défaut, les Sages ont pensé sacrifier l'animal en raison de l'impératif de maintenir la paix avec le gouvernement.
Rabbi Zé'haria ben Avkoulas leur a dit : si les Cohanim font cela, les gens diront que les animaux avec un défaut peuvent être sacrifiés comme korban sur l'autel du Temple. Les Sages ont dit : si nous ne le sacrifions pas, alors nous devons empêcher Bar Kamtsa de faire son rapport à l'empereur. Les Sages ont pensé le tuer afin qu'ils ne puissent pas aller et parler contre eux.
Rabbi Zé'haria leur a dit : si vous le tuez, les gens vont dire que celui qui fait un défaut à un animal qui doit être sacrifié, doit être tué. En conséquent, ils n'ont rien fait, Bar Kamtsa a dit du mal auprès des authorités (les juifs se rebellent la preuve ils refusent de sacrifier le korban de l'empereur), et à la suite de cela la guerre entre les juifs et les romains a commencé [menant à la destruction du Temple].

-> 1ere approche : une piété mal placée :
Le 'Hatam Sofer (paracha Kédochim) enseigne :
Même si une personne est totalement engagée à accomplir la Torah et les mitsvot, elle doit toujours veiller à ce que les mitsvot qu'elle accomplisse ne soient pas faites d'une manière trop stricte qui pourrait entraîner un effet négatif.
Le Shibolé haLéket (Hilkhot Shé'hita) donne l'exemple d'un cho'hét qui serait beaucoup trop strict passant beaucoup de temps dans son abattage (pensant par là exceller dans sa crainte d'Hachem), mais qui va en contrepartie causer une perte d'argent aux juifs.
[cette notion de piété déplacée s’applique à son haut niveau spirituel à Rabbi Zé’haria, mais est surtout une leçon pour nous]

-> 2e approche : un vrai humble n'est pas critiqué :
Le 'Hazon Ich explique la guémara ainsi :
"L'intention de nos Sages n'est pas de critiquer Rabbi Zé'haria ben Avkoulas. En effet, est-ce que l'humilité est un trait négatif? Comment quelqu'un peut-il être critiqué pour être humble?
L'intention de nos Sages est différente. Rabbi Zé'haria n'est pas blâmé pour son humilité. Au contraire, la guémara relate simplement comment Hachem a utilisé une personne humble pour atteindre son but en détruisant le Saint Temple".

[à notre niveau, on apprend de cela : l'importance de faire les mitsvot avec intelligence en ne portant pas atteinte à autrui (à l'image de celui qui met son talith plein de concentration et qui va taper de ses fils autrui) ; et également l'importance de la magnifique qualité d'être un vrai humble.]

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5°/ Hachem prépare le remède avant le mal :

-> Le 'Hida écrit que la fondation du 1er Temple n'a jamais été détruite, depuis que le roi David l'a construite.
S'il avait été autorisé à construire le Temple lui-même, Hachem n'aurait jamais pu détruire le temple, lui aussi, aurait résisté à jamais.
Lorsque David a eu 70 ans, il est venu le moment de construire le 1er Temple, mais Hachem a refusé que David le construise car Il avait vu que dans le futur les juifs fauteraient et mériteraient d'être anéantis.
Hachem a préféré que Sa colère soit déversée sur un édifice de pierre et de bois, épargnant ainsi la nation juive.
Si le Temple aurait été indestructible, toute la fureur d'Hachem aurait été mise sur les juifs, que D. nous préserve.

Bien que le roi David était destiné à vivre 140 années, Hachem l'a pris de ce monde à l'âge de 70 ans, et le travail du Temple a été laissé à son fils, Shlomo.
[le Zohar (vol.1, 168a) dit que David ne serait pas né si Adam ne lui avait pas donné gracieusement 70 années de sa vie. Le même Zohar ajoute que Avraham, Its'hak et Yaakov ont également contribué a 70 ans supplémentaires, faisant que David aurait dû vivre au total 140 ans.]

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6°/ Le message de l'absence du Aron :

-> Pendant les derniers jours du 1er Temple, le Aron (l'Arche sainte) a été cachée afin qu'il ne tombe pas entre les mains de l'ennemi lors de la destruction du Temple.
A l'époque du 2e Temple, il n'y avait pas de Aron dans le Saint des Saints.

=> Pourquoi les constructeurs du 2e Temple n'ont-ils pas fait un autre Aron? En effet, ils ont du refaire une nouvelle Ménora, une nouvelle Choul'han et un nouveau Autel, alors pourquoi pas un nouvel Aron?

-> On peut citer la réponse sublime suivante :
Dans les Chir haChirim, il est écrit : "Détourne de moi tes yeux, car ils me submergent" (Chir haChirim 6,5).
Rachi (sur ce verset) explique qu'au moment de la construction du 2e Temple, Hachem a dit au sens figuré : "Vous êtes aussi beaux pour moi maintenant que vous ne l'étiez auparavant pendant la période du 1er temple. Cependant, dans ce Temple, Je ne rendrai pas l'Arche et les Chérubins (kérouvim).
Ces éléments M'ont poussé à vous couvrir d'un amour excessif, ce qui vous a amené à vous rebeller contre moi."

[par exemple : la guémara (Baba Batra 99a) enseigne que lorsque les chérubins se font face, cela signifie que les juifs agissent selon la volonté de D., et dans le cas contraire, ils se tournent le dos.
(ainsi d'une certaine façon voir les chérubins s'enlacer était comme si Hachem enlaçait concrètement d'amour chaque juif. Cela a pu d'une certaine façon monter à la tête du peuple ...)]

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7°/ Une génération plus grande que celle qui est sortie d'Egypte :

-> La Torah appelle Nissan : "le premier mois" de l'année, et les mois suivants sont appelés : "le second" mois, le troisième" mois ; ... tous sont comptés à partir de la référence qu'est Nissan.
La Torah fait cela afin de rappeler que la sortie d'Egypte a eu lieu en Nissan.
Lorsque les juifs sont retournés en Israël après leur exil à Bavèl, les Sages ont institué que les mois devraient désormais être appelés par leurs noms babyloniens afin de rappeler comment Hachem a fait revenir Israël de sa captivité dans l'exil babylonien. [Ramban - Bo 12,1]
Le fait que le souvenir de cet événement doit remplacer le souvenir de la délivrance l'Egypte est basé sur la prophétie de Yirmiyahou : "En vérité, des jours viendront, dit Hachem, où l'on ne dira plus : "Vive Hachem qui a fait monter les enfants d'Israël du pays d'Egypte!" mais "Vive Hachem qui a fait monter, qui a ramené les descendants de la maison d'Israël du pays du Nord [Bavél]" (Yirmiyahou 23,7-8)

=> Pourquoi le souvenir de la délivrance de l'exil de Bavél doit-il être si important qu'il en vient à éclipser les incroyables miracles ouverts qui se sont produits pendant la sortie d'Egypte?

Rabbi Avraham Grodzinsky (Torat Avraham) répond que les juifs qui sont retournés en Israël après l'exil de Bavél étaient, sous certains aspects, plus grands que la génération qui a quitté l'Egypte. En effet, tandis que les juifs ont accepté la Torah au mont Sinaï par la peur, pendant l'exil babylonien ils l'ont acceptée par la joie.

=> Si la génération du 2e Temple était vraiment spirituellement supérieurs à leurs prédécesseurs (d'Egypte), pourquoi la présence Divine a-t-Elle diminuée pendant l'époque du 2e Temple, comme cela est évident par manque de l'Arche (Aron), des Chérubins (Kérouvim), Ourim véToumim, et de la prophétie, qui étaient tous présents durant la période du 1 er Temple (guémara Yoma 21b)?

Rabbi Avraham Grodzinsky commente que c'est spécifiquement la chaude proximité Divine qui s'est manifestée pendant la période du 1er Temple, qui a engendré un sentiment de contentement de soi et d'arrogance parmi la population, qui les a finalement conduits au péché.
Hachem a voulu épargner à la génération de l'époque du 2e Temple ce danger, en minimisant leur capacité à éprouver le même degré de proximité avec la Présence Divine.

[on peut parfois avoir l'impression que Hachem ne nous aime pas en ne nous octroyons pas certaines choses, mais en réalité c'est une preuve de Son amour, sachant que cela ne serait pas positif à notre vie. ]

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8°/ Qui est plus grand?

-> La guémara (Yoma 9b) demande : qui était plus grand, les générations précédents qui ont été pendant la période du 1er temple, ou les générations suivantes qui ont vécu pendant la période du second temple?
Elle répond que le Temple lui-même démontre que les générations précédentes étaient supérieures, car le temple a été restauré aux plus anciennes après une période de 70 ans, mais il n'a toujours pas été restauré pour les plus récents.

=> Comment les générations précédentes, qui ont transgressé les 3 péchés capitaux, peuvent être considérées comme supérieures aux générations ultérieures de la période du 2e Temple, qui ont peiné dans la Torah bien qu'étant soumis à des royaumes étrangers?

-> Le Gaon de Vilna (Even Chéléma - Likouté haGra 3,2) observe que ce n'est pas une simple coïncidence si le 1er Temple a été détruit par Bavél et le 2e Temple par Rome (Edom).
La midrach (Vayikra rabba 13,5) compare l'exil de Bavél à un chameau, et l'exil actuel, l'exil d'Edom, a un cochon.
Le chameau et le cochon sont tous les deux des animaux impurs qui possèdent un signe cashère.
La différence entre eux est que le signe non cashère du chameau (ses sabots non fendus) est extérieur, tandis que le signe non cashère du cochon (qu'il ne rumine pas) est intérieur.

Les juifs qui vivaient à l'épode du 1er Temple étaient comme le chameau, bien qu'ils étaient extérieurement mauvais, leur coeur était bon et rempli de bita'hon et de confiance en Hachem.
Ces défauts ont pu être corrigées dans une période relativement brève, et ils ont donc pu retourner en Israël après 70 ans.
La génération du 2e Temple était l'opposée : ils étaient pieux extérieurement, mais dans leur coeur il y avait de la jalousie e de la haine, qui sont l’antithèse du bita'hon.
[le Séfer ha'Hinoukh (241) enseigne qu'une personne qui a une confiance ferme en Hachem n'aura pas de mauvais sentiments à l'égard de son prochain, puisqu'elle réalise que toute douleur causée par la main de l'homme a été au préalable ordonnée au Ciel.]
Cela est comparable au cochon, qui dissimule son signe non cashère mais qui affiche fièrement ses sabots fendus "cashère" à la vue de tous.
Un tel défaut est beaucoup plus difficile à éradiquer, et c'est la raison pour laquelle le 2e Temple n'a toujours pas été restauré.

[on voit l'importance d'entretenir son coeur pour qu'il soit bon, rempli de bita'hon et d’émouna en Hachem. ]

Quelques enseignements liés aux lois du 9 Av

+++ Quelques enseignements liés aux lois du 9 Av :

+ 1°/ Diminution des lumières :

La raison pour laquelle nous diminuons les lumières dans la synagogue la nuit du 9 Av est basée sur le midrach (Eikha rabba 3,10) suivant : Après avoir détruit le Temple, Hachem a convoqué Ses anges et leur a demandé : "Quand un roi humain est en deuil, comment se comporte-t-il?" Les anges répondirent : "Il éteint les lampes de son palais". Hachem a dit : "Je ferai de même", comme il est écrit : "le soleil et la lune se sont noircis et les étoiles ont retiré leur éclat" (Yoel 2,10).

Puisqu'une synagogue est un sanctuaire miniature et la demeure de la Présence Divine (Chékhina), elle est considérée comme le palais du roi, et il convient de tamiser ses lumières.
Sur la base de ce qui précède, il ne serait pas nécessaire d'éteindre les lumières de sa propre maison la nuit du 9 Av. Cependant, certains ont la coutume de maintenir au minimum l'éclairage de leur propre maison, en accomplissement du verset : "Il m'a placé dans les ténèbres" (Eikha 3,6).
[Chalmé Moéd]

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+ 2°/ Visite au cimetière :

Il y a une coutume de visiter un cimetière le jour du 9 Av (Tossafot Taanit 16a, rapporté dans le Rama OH 559,10).
On peut citer les raisons suivantes :
1°/ c'est comme dire que nous sommes considérés comme des cadavres (guémara Taanit 16a). Cela permet de générer [en nous] des sentiments d'humilté.
[Méïri - Taanit 16a]

2°/ afin que le défunt implore la miséricorde en notre faveur. [guémara Taanit 16a]

3°/ le midrach affirme que les justes pleurent Jérusalem même dans leur tombe.
[Maharil - Hilkhot Ticha béAv 14]

4°/ le midrach raconte que tout au long du séjour de 40 ans dans le désert, des milliers d'hommes âgés de plus de 20 ans creusaient leur propre tombe et s'y retiraient la nuit du 9 Av.
Le jour suivant ceux qui étaient restés en vie se levaient de leur tombe, tandis que ceux qui étaient morts pendant leur sommeil restaient à cette même place.
Puisque les proches des défunts visitaient ensuite les tombes de ceux qui étaient morts pour assister à leur enterrement, alors dans un but de rappeler cet événement nous faisons une visite au cimetière le 9 av.
[Yichma'h Lev 179]

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+ 3°/ Ablution des mains au lever :

Tout au long de l'année, une personne est obligée de se laver les mains jusqu'aux poignets en se levant (à 3 reprises : une fois à droite, une fois gauche, ..).
La raison en est de laver l'esprit impur qui descend sur une personne pendant qu'elle dort la nuit.
Une exception est faite pour 2 jours de l'année : à Yom Kippour et le 9 Av, où il est permis de se laver à 3 reprises que jusqu'à l'extrémité des articulations.
=> Pourquoi ne nous soucions-nous pas d'enlever entièrement l'esprit impur qui repose sur nos mains en ces 2 jours?

Le Kaf ha'Haïm (Ora'h 'Haïm 4,14) explique qu'une personne est si pure à Yom Kippour que les forces d'impureté ne s'emparent pas d'une personne dans la même mesure qu'elles le font habituellement, et il suffit donc de simplement se laver jusqu'aux articulations pour éliminer l'esprit d'impureté.
Le 9 Av, c'est le contraire qui est vrai. L'essence du 9 Av est de passer la journée à se concentrer sur nos graves fautes qui ont causé la destruction du Temple. [à nos yeux on serait tenté de se dire qu'elles sont pas si graves, mais elles détruisent encore de nos jours le Temple (puisqu'il n'est pas reconstruit).]
A un moment où une personne se vautre dans ses nombreuses fautes, une petite mesure supplémentaire d'esprit impur qui reste sur nos mains devient une affaire insignifiante sans intérêt.

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+ 4°/ Le Talit et les Téfilin :

Il y a un débat parmi les décisionnaires pour savoir si l'obligation de s'abstenir de porter le talit et les téfilin le jour du 9 Av, est jusqu'à 'hatsot (midi juif), ou jusqu'à ce qu'on termine de réciter les kinot, ce qui peut être même avant 'hatsot. [voir Choul'han Arou'h, Ora'h 'Haïm 555,1 ; Rama OH 559,3]

Rabbi Yossef Ber Soloveitchik (Hararé Kedem) explique la raison d'être de chacunce de ces positions :
-> Après 'hatsot, l'édifice du Temple a été incendié (Michna Broura 555,3).
C'est en fait une source de réconfort pour le peuple juif, puisque Hachem a déchaîné Sa colère contre le bois et les pierres, épargnant ainsi à Israël davantage de châtiments. Ce signe de réconfort diminue quelque peu la sévérité de notre deuil et nous permet de revêtir notre talit et nos téfilin, ainsi que de nous asseoir sur une chaise.

-> Selon l'autre point de vue, lors de la récitation des kinot, on obtient le statut d'endeuillé dont le parent décédé repose devant lui (onen). Tout comme un "onen" est dispensé de toutes les mitsvot en raison de sa préoccupation de s'occuper des exigences funéraires du défunt, de la même façon on doit être si complètement absorbé par les pleurs et l'éloge de la perte du Temple, au point d'être dispensé de la réalisation des autres mitsvot.
Après l'achèvement des kinot, le niveau de deuil est rétrogradé d'un cran, et l'on accède alors au statut d'une personne en deuil qui a achevé l'inhumation de son proche (avél).
Puisqu'à ce stade, il assume le statut d'avél, il devient obligé de mettre sont talit et ses téfilin, comme c'est le cas avec un avél ordinaire.