« Ra’hel avait pris les térafim (sorte d’idole), les avait placés dans la selle du chameau et s’était assise dessus » (Vayétsé 31,34)

On peut se demander pourquoi Ra’hel s’assit-elle sur les idoles. N’y avait-il pas d’autre solution pour les dissimuler?

En fait, les idoles ont une certaine force provenant du mal, et c’est ainsi que Lavan pouvait connaître des informations cachées grâce à ses térafim.

Cependant Ra’hel voulait neutraliser leur pouvoir, et c’est pourquoi elle s’assit dessus. Par cela, elle les humilia et les méprisa, puisque c’est très dégradant de s’asseoir sur quelque chose.

Or, toutes les forces obscures n’ont d’existence que si on leur accorde de l’importance. Dès lors qu’on les méprise, toutes leurs forces disparaissent.

Ainsi, quand on place sa confiance uniquement sur Hachem et qu’on méprise le mal, automatiquement les forces du mal disparaissent. Telle était l’intention de Ra’hel en s’asseyant sur ces idoles.

[le Zohar]

La force de nos pensées

« Au moment de la nuit de noces, le cœur de Yaakov était orienté vers Ra’hel, car il pensait avec certitude être avec elle.
De cette pensée et de cette volonté profonde, Léa tomba enceinte.
Mais malgré cela, cette pensée initiale retrouva sa place dans la réalité : puisque le cœur de Yaakov était entièrement tourné vers Ra’hel, c’est l’aîné de cette dernière, Yossef qui reçut le droit d’aînesse ».
[Zohar – chap.1,p.176]

Le fils aîné de Yaakov était Réouven, fils de Léa.
Mais concrètement, c’est Yossef, le fils aîné de Ra’hel, qui reçut un héritage double, puisque ses 2 fils (Ménaché et Efraïm) furent considérés comme 2 tribus à part entière quant au partage de la terre d’Israël.
Yossef a eu ainsi 2 parts d’Israël, en accord avec la loi juive statuant que l’aîné d’une famille reçoit un héritage double par rapport à ses frères.

=> Nous voyons ici un exemple que la force de la pensée, est plus puissante que l’acte même, avec des conséquences mêmes de nombreuses années plus tard!

<————->

+ La force de nos pensées :

-> « Lorsqu’un bateau en percute un autre, si le bateau touché est plus robuste que le premier, c’est le premier bateau qui se brisera par la puissance du choc.

Il en est de même de la pensée, qui lorsqu’elle ne se concrétise pas, revient en force vers son émetteur.
C’est ce qui se passa pour Haman : il désira anéantir les juifs et on l’en empêcha. Mais puisque sa pensée avait déjà été conçue et qu’elle n’atteignit pas son but, elle se rabattit sur lui.

De la même manière, si l’on jette une balle et qu’elle n’est interceptée par aucun obstacle, elle suit sa trajectoire. Mais si un mur l’intercepte, elle rebondit de plus belle vers celui qui l’a lancée.
Il en va exactement de même de la pensée : lorsqu’un élément la stoppe dans sa course, elle revient en force vers celui qui l’a conspirée. »
[le Sifté ‘Haïm – Moadim]

-> « Il en est ainsi de la pensée pourtant si volatile. Sa fin est de se retourner contre celui qui l’a conspirée quand elle ne prend pas forme dans la réalité. »
[Maharal – Méguila 9,25]

-> « Rech Lakich dit : Celui qui suspecte à tort reçoit des coups » (guémara Shabbath 97a)
En effet, sa pensée négative n’a ici aucune prise et elle n’a pas non plus sur quoi se fonder, elle va lui retomber forcément dessus de manière négative.

-> Il est permis d’être « jaloux » des érudits et d’envier leur vaste connaissance de la Torah car cela stimule et inspire à étudier davantage.
[Zohar ; guémara Baba Batra 21a]

Les autres formes de jalousie sont négatives, car quand l’homme les éprouve, il désire au fond de son cœur que son ami perde son bien. La réussite de l’autre est douloureuse pour l’homme ; il souhaite qu’il lui arrive du mal.
Or, comme on a pu le voir, une telle pensée revient vers celui qui en est la source.

=> Ainsi, être jaloux n’aide en rien à atteindre ce qui est jalousé, mais en plus d’être triste de sa situation, cela nous amène des conséquences négatives suite à nos pensées négatives sans fondement réel (autre qu’un aveuglement lié à notre jalousie).

<——————->

-> « La manière dont l’homme agit se répercute sur lui » (guémara Baba Métsia 33a)

Le Maharal (‘Hidouché Haggadot sur cette guémara) enseigne que lorsqu’un homme éprouve une crainte particulière pour quelque chose, il donne à cette chose la possibilité d’agir contre lui.
Comme le précise Iyov (3,25) : « C’est que tout malheur dont j’avais peur fond sur moi, ce que je redoutais vient m’assaillir ».

Ainsi, ce dont je m’inquiétais par avance vient justement m’assaillir parce que je m’y suis inquiété.

Le Maharal ajoute :
« Et même si cette crainte était celle d’une chute, comme le disent les Richonim, c’est cette même crainte qui entraînera justement sa chute.
En effet, si un homme prenait une planche de bois et la plaçait au-dessus des eaux d’un fleuve afin de le traverser, il aurait de fortes chances de tomber lorsqu’il marcherait sur cette planche.
Par contre, s’il la posait au sol, son pied n’en dévierait pas d’un millimètre.
Pourquoi en est-il ainsi?

Car dans le premier cas, l’homme pense qu’il va tomber et l’élément le plus actif et le plus influent est véritablement le cerveau.
Il en va de même lorsque l’homme a peur de la pauvreté, il laisse son cerveau agir dans ce sens et il finit par être effectivement affligé par la pauvreté. »

-> « L’homme est sa pensée » (Sifté ‘Haïm – Moadim)

-> « La pensée exerce un grand impact sur l’homme et même une simple intention ou un éveil aussi minimes soient-ils sont déjà une très grande chose »
[Rav Eliyahou Dessler – Mikhtav méEliyahou]

-> Cela peut éclairer l’interprétation de certaines paroles de nos Sages, comme :
– « Quand la tête est saine, tout est sain » (Zohar haKadoch – chap.3,135) ;
– « Le corps suit la tête » (guémara Erouvin 41a) ;
– « Un esprit abattu dessèche les membres » (Michlé 17,22)
– « Une bonne nouvelle est une sève bienfaisante pour le corps » (Michlé 15,30)

=> Le fait d’avoir des pensées positives, nous fait regarder la vie pleine de bonne humeur, mais également cela va contribuer à changer positivement notre réalité (et inversement).

<——————->

-> « L’homme est conduit vers le chemin qu’il veut emprunter »
[guémara Makot 10b]

-> « Celui qui veut se corrompre est aidé dans ce sens, comme celui qui veut se purifier »
[guémara Shabbath 104a]

Le Maharcha de commenter : « Selon la volonté et la pensée de l’homme, des anges l’orientent, ceux-ci ayant été créés justement par cette volonté. »

=> C’est ainsi que notre pensée, expression de notre volonté, va véritablement créer des anges, qui vont conduire l’homme vers le lieu de son désir.

<——->

-> « Lorsque l’homme désire de tout son cœur et de tout son être quelque chose, cela se réalise. »
[Gaon de Vilna – Michlé 23,12]

-> « Sache que la pensée a un impact extrêmement puissant.
Un homme qui concentre sa pensée sur quelque chose de précis peut ni plus ni moins actionner cette chose. Et même si l’objet de sa pensée était d’acquérir de l’argent, c’est certain qu’il y parviendrait!

Il en va de même pour n’importe quel domaine, à condition que sa pensée soit dénuée de tout sentiment ou affect (c’est-à-dire qu’il est déconnecté de tout ce qui l’entoure, totalement absorbé par sa pensée précise). »
[Rabbi Na’hman de Breslev – Likouté Moharan 193]

=> La pensée a une telle puissance qu’un homme pourrait acquérir tout ce qu’il désire par son biais!

-> Rabbi Na’hman de Breslev enseigne également (Si’hot haRan 62) :
« Sache que des forces inouïes sont recelées en l’homme, car il peut véritablement donner forme à la réalité par le biais de sa pensée. Mais pour cela, il faut qu’elle soit exclusivement tournée et concentrée sur un jet précis, c’est-à-dire que chaque strate de la pensée, aussi bien intérieure qu’extérieure soit orientée vers ce point précis.

Et lorsque la pensée dans toutes ses dimensions est actionnée et que vient s’allier la conviction que l’objet de la pensée se réalisera, sans qu’aucune autre pensée ne vienne troubler la pureté de la pensée initiale, alors la réalité prend la forme selon cette pensée. »

<————>

-> « L’excès de pensée de l’homme empêche la réalisation de son projet, fut-ce même dans le domaine de la Torah. »
[guémara Sanhédrin 26]

Rachi commente : « Lorsqu’un homme pense : je ferai ceci ou cela, j’acquerrai ceci ou cela, la chose est vouée à ne pas se faire, même s’il s’agissait d’un projet spirituel, comme terminer en un temps précis une étude particulière ».

-> Le Ben Ich ‘Haï explique :
« S’il est fixé à Roch Hachana que l’homme jouira de telle réussite, de telle abondance, mais qu’il a fait une prière détaillée (iyoun téfila) négative, en imaginant toutes les actions dont il serait l’auteur et qui lui apporteraient la réussite, comment ces simples pensées peuvent-elles modifier ce qui a été fixé pour lui à Roch Hachana?
[« Tous les gains d’une personne sont prédéterminés d’un Roch Hachana à l’autre. » – guémara Beitsa 16a]
Comment peut-il perdre les bienfaits qui devaient lui revenir au cours de cette année et qui étaient de surcroît écrits dans le grand Livre du Ciel?

La réponse est la suivante : il visualise déjà dans son esprit la réussite qui sera la sienne, la manière dont il l’atteindra et même le plaisir qu’il en retirera.
Il jubile déjà, se croyant détenteur et maître de cette satisfaction, mais sa pensée est erronée à sa source, puisqu’il fait dépendre sa réussite de la force de son bras et non de Hachem.

Il recevra donc sa punition, mesure pour mesure, du Tribunal céleste qui déclarera que puisque la simple pensée de sa réussite lui a procuré du plaisir, la réussite n’a pas besoin de se concrétiser dans sa réalité. »

=> Ainsi, un homme peut provoquer sa perte par sa propre pensée.
Lorsque cette dernière est dénuée de émouna, elle ne peut être le réceptacle de la bonté de Hachem, et les sentiments de joie ressentis en plaçant sa confiance en ses propres actes, vont lui service de rétribution.

-> En ce sens, il est écrit au sujet des rêves plausibles : « Rabbi ‘Hida a dit : lors d’un mauvais rêve, la peine suffit, lors d’un bon rêve, la joie suffit » (guémara Béra’hot 55a).

Cela signifie que :
– la peine éprouvée par la personne qui fait un mauvais rêve est une punition suffisante.
Par exemple, la pauvreté n’aura plus besoin de venir l’accabler.
– la joie qu’elle éprouve au moment de son rêve remplace la véritable joie qui devait lui être octroyée dans la réalité.

-> Le Ben Ich ‘Haï (Od Yossef ‘Haï – Ki Tissa) rapporte que : « L’homme doit être pleinement conscient que ces pensées fictives qui lui viennent à l’esprit ne sont ni plus ni moins l’oeuvre du yétser ara, dont le but est de lui faire perdre son vrai bien. L’homme s’empressera donc de chasser ces pensées stériles de son esprit dès qu’elles surgiront. »

[on peut programmer le futur dans un but nécessaire et constructif, mais pas dans un but de renforcer la conviction que sa réussite dépend uniquement de notre force et de nos capacités.]

« Elle (Léa) conçut encore et enfanta un fils, et elle déclara : « Cette fois, je rends grâce à D. » ; c’est pourquoi elle le nomma Yéhouda ; puis elle cessa d’enfanter. » (Vayétsé 29,35)

-> Le Sforno nous enseigne que le nom Yéhouda (יהודה) contient d’une part, les lettres du nom de D., le Tétragramme (יהוה), et d’autre part, le radical הדה, signifiant : « gratitude » et « louange » ; ce nom connote donc la louange et le remerciement adressé à D.

-> Le ‘Hidouché haRim note que les juifs ont finalement reçu le titre de Yéhoudim, dérivé de Yéhouda, parce que c’est cette attitude qui les caractérise : éprouver toujours de la reconnaissance envers D. et être conscients qu’Il nous donne plus que notre part légitime.

-> Le Maharam Shick fait remarquer qu’en réalité, Léa n’a pas juste dit : « cette fois je remercie Hachem », mais plutôt elle l’a fait sous forme interrogative : « [Est-ce uniquement pour] cette fois que je dois remercier Hachem? Non! Je me dois de Le remercier constamment et continuellement! Je dois toujours me souvenir des bontés que Hachem me fait, comme les 4 enfants qu’Il m’a accordé, et qui sont plus que ma part! »

=> C’est pour cela qu’elle l’a appelé Yéhouda : afin que durant toute sa vie, lorsqu’elle dira ou pensera au nom de son fils, cela sera pour elle comme un rappel à remercier Hachem pour Sa grande bonté permanente.

-> D’ailleurs, la guémara (Béra’hot 7b) enseigne qu’en nommant son fils Yéhouda pour exprimer sa gratitude, Léa est devenue la 1ere personne de l’histoire à remercier Hachem.

Le rav Berel Povarsky (Bod Kodech) dit que certainement auparavant les Patriarches et Matriarches avaient déjà remercié D., cependant Léa en nommant son fils a introduit la notion de remerciement éternel.
Yéhouda sera pour elle une assurance de toujours pouvoir être reconnaissante envers D.

Nous sommes appelés les Yéhoudim pour cette même raison, car un juif se doit de toujours se rappeler de remercier Hachem pour les millions de bonté qu’il reçoit chaque jour (et encore ce n’est que ce dont nous avons conscience!).

Dans notre routine quotidienne, il est facile d’oublier, et d’avoir la tête dans le guidon de nos préoccupations.
Cependant, si nous prenions du recul, et faisions d’un côté la liste de nos problèmes, et de l’autre la liste de toutes les bonnes choses de notre vie, nous verrions que nous avons beaucoup plus de raisons de le remercier que de se plaindre!

-> Le rav Shlomo Zalman Auerbach recommandait ainsi de noter dans un cahier toutes les bontés dont nous bénéficions durant la journée, même les plus petites, et ensuite de dire : « Merci Hachem! »
Il ajoutait : « Cela a la capacité de changer notre vie. Non seulement car nous sommes alors plus heureux et reconnaissant, mais également car le plus nous remercions Hachem, le plus Il nous déverse Sa bonté sur nous! »

<————–>

-> Léa s’est montré particulièrement reconnaissante cette fois, car en mettant au monde un tiers des 12 fils de Yaakov, elle avait reçu plus que sa part (Rachi).

Suite à cela, elle a cessé d’enfanter car elle a remercié pour le passé, mais elle n’a pas prier pour le futur.
En effet, la guémara (Béra’hot 54a) enseigne qu’il faut : « Remercier pour le passé et prier pour le futur ».

=> Après avoir exprimés notre gratitude, nous devons continuer par prier afin de témoigner pleinement que tout vient de Hachem.
Par ailleurs, même si nous pensons que tout vient totalement de D., nous ne devons pas rester les bras croisés, dans l’attente. En effet, il nous faut également prier, car telle est la façon de fonctionner du monde.
[si tu pries, alors tu peux recevoir toutes les bénédictions divines qui étaient jusque là en attentes pour toi!].

3 Questions/Réponses – Paracha Vayétsé

+ 3 Questions/Réponses – Paracha Vayétsé :

1°/ Après s’être réveillé et avoir pris conscience de la sainteté du lieu où il avait dormi, Yaakov « prit la pierre qu’il avait mise autour de sa tête et l’érigea en stèle ; il versa de l’huile à son sommet » (Vayétsé 28,18).

Rachi (29,11) enseigne que sur le chemin : Elifaz, le fils de Essav, l’avait en effet poursuivi, sur l’ordre de son père, pour le tuer, et il l’avait rattrapé. Mais comme Elifaz avait grandi « dans le giron » de Its’hak, il avait renoncé à son projet meurtrier. Il lui avait dit : »Comment vais-je faire pour obéir à mon père? » Yaakov lui avait répondu : « Prends tout ce que je possède car, comme dit le dicton : « Le pauvre est considéré comme mort » (guémara Nedarim 64b). »

=> Si Yaakov a été volé de toutes ses possessions, d’où a-t-il trouvé ensuite l’huile qu’il a versé sur la stèle?

Le Panéa’h Raza répond que le seul objet que Yaakov n’a pas donné à Elifaz était son bâton (cf. Rachi Vayichla’h 32,11).
Cependant, ce n’était pas un bâton ordinaire.

En effet, Yaakov était si impliqué dans son étude de la Torah, qu’il avait creusé un espace dans son bâton pour y stocker de l’huile, afin de toujours avoir à portée de main de l’huile lui permettant d’étudier tard la nuit.
C’est cette même huile qui est restée avec lui après sa rencontre avec Elifaz, et qu’il a utilisé sur la stèle.

<—>

+ Petit bonus (b’h) :

-> Le Torat Moché rapporte qu’une autre raison faisant que Yaakov a donné tout son argent à Elifaz est que : c’était la veille de Shabbath.
Or selon la loi juive, une personne qui est sur la route une veille de Shabbath doit donner son argent à un non-juif.
C’est pour cela que Yaakov était forcé de donner son argent à Elifaz.

C’est une des raisons pour lesquelles, Yaakov a érigé ensuite une stèle et y a versé de l’huile dessus.

En effet, la guématria pleine de : « chémen » (huile), est identique à la guématria (classique) de : « shomèr » (celui qui garde).
Par ailleurs, la guématria pleine de »matséva » (une stèle = une pierre dressée) est la même que la guématria (classique) de : « Shabbath ».

=> De même qu’à son levé tôt le matin, il était un : Shomer + Shabbath, de même, il a versé la : chèmen + matséva (de l’huile sur la stèle).

Le détail de la guématria pleine de l’huile (שמן) est :
– la lettre shin s’écrit : שין (soit 360) ;
– la lettre mém s’écrit : מם (soit 80) ;
– la lettre noun s’écrit : נון (soit 106).
=> Total de : 546, ce qui est équivalent à la valeur de : shomèr (שומר).

En faisant de même avec le mot : matséva (מצבה), on obtient : 702 (mém : 80 ; tsadik : 204 ; bét : 412 ; hé : 6), qui est la même valeur que : Shabbath (702).

<—————————–>

2°/ Il est écrit :
-> « Il prit les pierres de l’endroit et [les] disposa autour de sa tête » (Vayétsé 28,11) ;
-> « Yaakov se leva tôt le matin et il prit la pierre qu’il avait mise autour de sa tête et l’érigea en stèle » (Vayétsé 28,18).

-> 1- D’où provenaient ces pierres?
Selon le midrach Yalkout Chimoni, Yaakov prit 12 pierres de l’autel qu’avait utilisé Avraham pour la Akédat Its’hak, correspondant aux 12 tribus.
Il a ensuite placé ces pierres sous sa tête.

-> 2- Comment expliquer ce passage de « les pierres » à « la pierre »?
Rachi dit que Yaakov a pris plusieurs pierres et qu’elles se sont disputées, chacune disant : « C’est sur moi que ce juste reposera sa tête! »
D. les a donc réunies pour en faire une seule pierre.

Le Eliyahou Rabba précise que ces pierres ont choisi de cesser leur dispute, et se sont unies entre elles pour n’en former plus qu’une seule.

Selon nos Sages, ces 12 pierres incarnent les 12 tribus, chacune unique en son genre et dotée d’une mission spécifique, mais s’unissant néanmoins en un seul et même peuple.

Les juifs ne sont des entités distinctes qu’en apparence physiquement, mais au niveau spirituel, ils sont chacun un membre d’un corps global (kol Israël arévim).
C’est ainsi que quand un juif fait une mitsva, c’est tout le peuple juif qui en profite, et inversement.

[Le spirituel unit, la matérialité divine.
Au début les pierres se sont bagarrées sur le plan matériel : « Non c’est moi qui aura le mérite d’avoir la nuque de Yaakov reposant le plus sur moi! ; et pourquoi elle en a plus que moi!
Ensuite, elles ont pris conscience qu’en réalité elles ont toutes un objectif commun dans la vie : faire la volonté de Hachem. C’est ainsi que : « D. les a donc réunies ».

Il est intéressant de noter que cela se déroule sur l’emplacement du Temple, lieu de présence accru de Hachem dans ce monde, où tous les juifs viennent se rassembler comme « un seul homme, d’un seul cœur ».

Nous sommes tous les fils/filles et soldats de D., et comme dans une armée, il y a des unités différentes et tout le monde est indispensable à la réussite collective. ]

<———->

-> 3- Pourquoi est-ce que Yaakov a pris spécifiquement 12 pierres à l’autel de la Akéda (mont Moriah), et pas ailleurs?

Le Beit Its’hak donne la réponse suivante.
Yaakov a quitté la source de la sainteté (kédoucha) : la maison de son père Its’hak, et ainsi que la yéchiva de Chem et Ever dans laquelle il venait d’étudier 14 années consécutives.
Maintenant, il était sur le chemin vers la source de l’impureté (touma) : la maison de Lavan, escroc et idolâtre notoire.

Lorsque Yaakov est passé par le lieu où son père et son grand-père ont fait un sacrifice d’eux-même exemplaire afin de réaliser la volonté de Hachem (avec la Akédat Its’hak), il a alors décidé de se renforcer et de rester fort face aux influences étrangères.
C’est dans cet objectif, qu’il a pris quelques pierres qu’il a placé sous sa terre, afin d’établir dans son cœur et dans sa tête, sa volonté d’également se sacrifier pour Hachem dans tous les choix de sa vie future.

[En tant que père des futurs 12 tribus, ces 12 pierres étaient également des rappels de sa responsabilité de toujours agir au mieux, car sinon cela aura un impact négatif sur le futur de tout le peuple juif.]

<———->

-> 4-
Rachi (28,11) dit qu’il a placé des pierres autour de sa tête car :  » il avait peur des bêtes féroces ».
Pourquoi un tsadik comme Yaakov avait-il peur particulièrement des bêtes sauvages?

Le Ktav Sofer apporte la réponse suivante.
Lorsque Essav a vendu son droit d’aînesse à Yaakov, Yaakov l’a fait juré qu’il ne changerait pas d’opinion à ce sujet.
Cependant au final Essav est revenu sur cet accord, en réagissant avec violence au fait qu’Its’hak a pu recevoir une bénédiction et pas lui, complotant même de le tuer, et agissant comme si cette vente n’avait jamais eu lieu.

Selon nos Sages (guémara 39a), lorsqu’une personne fait jurer une autre personne, si celui qui a juré rompt son serment, alors les 2 parties sont considérées comme fautives.
Et c’est ainsi que Yaakov et Essav étaient considérés comme ayant tous les 2 violés le serment du droit d’aînesse.

Quelle en est la punition?
Il est écrit dans les Pirké Avot (5,9) : « Les bêtes sauvages surviennent dans le monde à cause du faux serment »
D’où l’inquiétude de Yaakov.

<———->

-> 5- En quoi quelques pierres autour de la tête peuvent-elles suffire?

Le rav Shloma Margolis (Darké haChlémout) explique qu’une personne qui met totalement sa confiance en Hachem, comprend qu’une fois qu’elle a fait tout ce qui est réalistiquement faisable dans sa situation, alors les conséquences futures sont dans les mains de D., et il n’y a pas de raison de s’inquiéter.

Dans le cas de Yaakov, évidemment les pierres offraient une protection totalement inadaptée, mais c’est absolument tout ce qu’il avait à proximité pour se protéger. Ainsi, à partir du moment où il avait réalisé tout ce qui était en ses capacités, il est parti dormir, plein de confiance dans la protection de Hachem.

<———->

+ Petit bonus (b’h) :

-> Les Tossafot (sur guémara Kétoubot 112a) rapportent que lorsque rav ‘Hanina a voyagé vers la terre d’Israël, et qu’il voulait savoir s’il avait déjà atteint les frontières du pays, il prenait une pierre et la pesait.
Si elle était légère, il savait qu’il n’était pas encore arrivé en Israël, où les pierres sont plus lourdes.
C’est ainsi qu’à partir du moment où il a trouvé que les pierres étaient plus lourdes, il les a alors embrassé pour montrer son amour pour la terre d’Israël.

-> La guémara (‘Houlin 91b) rapporte que Yaakov a quitté ses parents à Béer Shéva et qu’il est parti à ‘Haran, qui est en dehors d’Israël.
En y arrivant, il a été préoccupé par le fait d’avoir passé le lieu où ses ancêtres priaient (à Jérusalem, le mont Moriah, lieu de la Akéda et lieu futur du Temple), sans s’y être arrêté pour exprimer ses demandes à Hachem.
Dès l’instant où il a pris cette résolution de revenir sur ses pas à Jérusalem, il a profité d’une « kéfitsat hadéré’h » (une contraction miraculeuse de la distance) le faisant arriver immédiatement au mont Moriah.

-> En se basant sur ces 2 guémarot, le rav Yonathan Eibeshutz explique que la « kéfitsat hadéré’h » a embrouillé Yaakov, le laissant dans un état où il ne savait plus où il était.
C’est pourquoi, il a pris les pierres qui étaient autour de lui, et lorsqu’il s’est rendu compte à quel point elles étaient lourdes, alors il a eu la certitude d’être de retour en terre d’Israël.

<—————————–>

3°/ Rachi (29,25) commente : Yaakov avait donné à Ra’hel des signes de reconnaissance. Lorsque celle-ci a vu qu’on lui amenait Léa, elle s’est dit : « Ma sœur va subir une humiliation! ». Elle lui a donc transmis ces signes.

Même si Léa connaissait les signes, pourquoi est-ce que Yaakov n’a-t-il pas reconnu sa voix comme n’était pas celle de Ra’hel?

-> Le ‘Hizkouni répond que Yaakov était si saint que même durant sa nuit de noce, il a parlé à sa femme si peu, qu’il n’était pas capable de reconnaître que sa voix était différente de celle de Ra’hel.

-> Selon le Bé’hor Shor, bien qu’à ce moment Yaakov avait déjà travaillé pendant 7 ans pour Ra’hel et qu’il vivait en grande proximité avec elle, il a intentionnellement limité au maximum ses rencontres avec elle, faisant qu’il n’était pas suffisamment familier avec sa voix pour discerner que ce n’était pas la bonne.

-> Le midrach (Eikha rabba 24) dit que Ra’hel s’est cachée sous le lit de Yaakov durant la nuit suivant le mariage, et lorsqu’il lui parlait, Léa restait silencieuse et Ra’hel répondait, afin que Yaakov ne puisse pas reconnaître sa voix.

-> Le Maharcha (guémara Bava Basra 123a) explique cela en faisant un lien avec la tromperie de Yaakov avec son père Its’hak.
De même que Its’hak a été trompé par Yaakov, de même Yaakov a été trompé par Ra’hel et Léa.

Il explique que le fait que Léa connaissait les signes que Yaakov avait pu transmettre à Ra’hel, a contribué à le tromper, ne l’identifiant alors plus en se basant sur sa voix. De façon identique, Its’hak a remarqué les mains velues de Yaakov, et cela lui a suffit pour identifier son fils.
[Il est écrit : « La voix est la voix de Yaakov, mais les mains d’Essav »… Il ne le reconnut pas, parce que ses mains étaient comme les mains d’Essav … il dit : « Tu es bien mon fils Essav! » – v.27,22-24]

-> Selon le Ben Ich ‘Haï (Séfer Birkat haRéa’h), citant le midrach Yalkout Chimoni, Ra’hel et Léa étaient des jumelles, ayant 22 ans lorsqu’elles se marièrent.
C’est pour cela que le Mérafsin Igri est d’avis que les voix de Ra’hel et Léa étaient tellement similaires que Yaakov était incapable de faire la différence entre les 2.

<——————————>

+ Bonus (b’h) :

-> Le rav américain Na’hman Bulman fait remarquer que la maison blanche, lieu où réside le président américain, se dit en hébreu : beit Lavan (בית לבן).

Lavan avait une attitude où en façade il était extrêmement honnête (tout blanc!), plein de bienveillance, mais derrière cette belle façade, son objectif était de réaliser un maximum de profits au détriment de Yaakov, voir même de le tuer.

De même la société environnante nous vend en apparence beaucoup de rêves, nous faisant oublier que nous sommes juifs, et de surcroît en exile.
[le yétser ara utilise cela afin de réduire le feu spirituel qui brûle en nous, entraînant à terme notre mort spirituelle. Nous restons alors insensibles, croyant à tord qu’un juif, à l’image des non juifs environnants, peut vivre que physiquement]

De même que chez Lavan Yaakov a pratiqué les 613 mitsvot (im lavan garti), de même nous devons toujours être sur nos gardes afin de maintenir en nous ces 613 mitsvot, essence vitale d’un juif.

<———–>

-> En arrivant chez Lavan, Yaakov s’est proposé de travailler 7 années pour pouvoir se marier avec Ra’hel, et Lavan accepta ce deal.
Après 7 ans de travail, Lavan a trompé Its’hak en lui donnant Léa à la place de Ra’hel.
Suite à cela, Lavan lui a accordé d’avoir immédiatement Ra’hel en échange d’un travail futur de 7 années.

Comment comprendre l’attitude de Its’hak qui rendre dans le jeu de Lavan en acceptant de faire 7 années supplémentaires?
En effet, il a rempli la part de son contrat, vient de se faire escroquer 7 années de sa vie, et au final il donne raison à Lavan en disant oui!!

En réalité, bien qu’il n’en avait pas l’obligation légale, il a choisi d’accepter de faire 7 années supplémentaires uniquement car sinon Léa en aurait été dévastée.
En effet, comment mon mari Its’hak est capable de donner 7 années de sa vie pour ma sœur Ra’hel, tandis que pour moi il ne souhaite en faire aucune!

Ainsi, même si ces 7 années de travail supplémentaires se sont faites au détriment de son étude de Torah et de la possibilité de fuir l’influence mauvaise de Lavan, cela en valait le sacrifice pour ne pas blesser les sentiments de sa femme Léa.

[Les 2 vont de pair : « Sans Torah, point de savoir-vivre ; sans savoir-vivre, point de Torah » – Pirké Avot 3,17]

« Lavan dit : [Il vaut] Mieux que je te la donne, que de la donner à un autre homme » (Vayétsé 29,19)

-> Ce verset se situe lors de l’arrivée de Yaakov auprès de Lavan, et celui-ci accepte de lui donner la main de sa fille à l’issue de 7 années de travail.

Le rav Yéhouda Assad dit qu’en se basant sur ce verset, nous pouvons affirmer que Lavan n’a pas totalement pris par surprise Yaakov en échangeant ses filles, l’ayant déjà exprimé en allusion à son arrivée.
Comment cela?

Dans la guématria, il existe une façon de procéder s’appelant : « mispar katan ».
Cela consiste à prendre la valeur de chaque lettre d’un mot sans tenir compte de ses éventuels 0.
[ex: 40 devient 4]

-> Lavan dit d’abord : « je te la donne » (titi ota la’h), dont le verbe : « donne » (תִּתִּי) a une guématria en mispar katan de : 9 (400+400+10 =4+4+1).

On peut constater que la guématria en mispar katan de Léa (לֵאָה) est également de : 9 (30+1+5 =3+1+5).

-> Ensuite, il dit : « que de la donner » (mititi ota), dont l’expression : « que de donner » (מִתִּתִּי) a une guématria en mispar katan de : 13 (40+400+400+10 =4+4+4+1).

On peut constater que la guématria en mispar katan de Ra’hel (רָחֵל) est également de : 13 (200+8+30 =2+8+3).

=> Lavan faisait allusion à Yaakov : il vaut mieux que je te donne « titi » (Léa), mais « métiti » (Ra’hel) je vais la donner à quelqu’un d’autre, pas à toi.

« Yaakov vit un puits dans les champs et là, 3 troupeaux de menu bétail étaient couchés aux environs … Quand tous les troupeaux y étaient réunis, on faisait glisser la pierre de dessus des rebords du puits et l’on abreuvait le bétail, puis on replaçait la pierre sur les rebords du puits » (Vayétsé 29,2-3)

Le midrach (Béréchit rabba 70,8) enseigne :
-> « Un puits dans les champs » : il s’agit du mont Tsion (lieu du Temple) ;
-> « 3 troupeaux de menu bétail étaient couchés » : ce sont les 3 fêtes de pèlerinage ;
-> « Car ce puits servait à abreuver les troupeaux » : on puisait de Jérusalem l’Esprit de sainteté ;

-> « Quand tous les troupeaux étaient réunis » : les juifs venaient à Jérusalem depuis Lavo ‘Hémat jusqu’au fleuve d’Egypte ;
-> « On faisait glisser la pierre » : pour qu’on puisse s’imprégner de l’Esprit de sainteté ;
-> « Puis on replaçait la pierre » : en prévision de la fête suivante. »

Le rav Yaakov Israël Beifuss (Yalkout Léka’h Tov Réé) enseigne à ce sujet :
« Lors des fêtes de pèlerinage, Jérusalem était semblable à une station thermale, vers laquelle affluent des personnes du monde entier pour profiter de ses bienfaits thérapeutiques, et guérir de toutes sortes de maux. Quelques semaines passées dans ces lieux suffisent à rétablir la santé des patients tout au long de l’année, voire même plus.

C’est ainsi que l’on doit comprendre le principe du pèlerinage … à l’occasion de ces 3 fêtes, il suffisait de pénétrer dans l’enceinte du Temple pour s’imprégner profondément de l’atmosphère de sainteté qui y régnait.
L’impression ressentie persistait pendant longtemps, bien après qu’on s’éloignait du Temple. »

« D. se souvint (vayizkor Elokim) de Ra’hel, D. l’exauça et ouvrit sa matrice. Elle conçut et enfanta un fils » (Vayétsé 30,22-23)

-> Le rav Avraham Pam s’interroge sur l’utilisation du nom : Elokim, qui représente l’Attribut divin de rigueur.
En effet, dans le cadre de ce verset, n’aurait-il pas été plus approprié d’utiliser : Hachem, qui représente l’Attribut de miséricorde?

Le rav Pam explique que Ra’hel était stérile, et selon les lois de la nature elle n’aurait dû avoir aucun enfant.
Cependant le jour de son mariage, qu’elle attendait depuis 7 années (durée du travail de Yaakov pour « l’acquérir »), elle a appris que son père la remplacerait par sa sœur aînée Léa.
Dans un moment de total altruisme, elle a placé les sentiments de sa sœur au-dessus des siens, et lui a partagé les signes que Yaakov lui avait transmis dans le but d’éviter toute tromperie venant de Lavan.
[cf. Rachi (29,25) : elle s’est dit : « Ma sœur va subir une humiliation ! ». Elle lui a donc transmis ces signes.]

En agissant ainsi (éviter une humiliation au prix de se priver d’enfants qui seront à la tête d’une tribu d’Israël, et du fait d’être une Matriarche!), elle a généré un mérite énorme pour elle-même, faisant que la notion de justice divine a été contrainte de changer la nature, et de la récompenser avec un enfant qu’elle n’aurait sinon jamais eu.

-> Le rav Elya ber Watchfogel précise qu’au moment de cet incident, Ra’hel devait être certaine que ses actes auraient pour conséquence inévitable de la condamner à ne jamais se marier avec Yaakov, et donc à ne pas avoir d’enfant avec lui.

La réalité dans cette situation, si elle avait choisi de poursuivre tranquillement son mariage avec Yaakov, comme elle en avait le droit, aurait fait qu’elle aurait vécu certes un magnifique mariage, mais sans le savoir elle était stérile et n’aurait jamais eu aucun enfant.

=> Ainsi, c’est uniquement par cet acte, qui en apparence semblait détruire toutes ses chances d’avoir un enfant, que Ra’hel a produit le mérite qui a changé son destin, et donc celui de tout le peuple juif.

<———————->

-> Nos Sages enseignent qu’au moment où Its’hak était ligoté sur l’autel avec son père Avraham tenant le couteau prêt à l’égorger, il a été pris de peur au point que son âme l’a littéralement quitté, et c’est uniquement un miracle qui l’a ramené à la vie.
Le Zohar enseigne que Its’hak est né avec une âme féminine, qui était incapable de se reproduire.
Lorsqu’il a été ramené à la vie, la nouvelle âme qui est venue en lui était masculine, lui permettant alors d’avoir des enfants.

-> Le Chla haKadoch dérive d’ici une belle leçon.
Lorsque Avraham allait vers la Akéda, il pensait sincèrement qu’il était sur le point d’anéantir le futur des juifs, par le fait de sacrifier son unique descendance juive.
Cependant, il était prêt à le faire puisque telle était l’épreuve que Hachem lui avait donné, même si la conséquence de cela serait qu’il n’y aura pas de juif.

Or, en réalité Hachem savait que sans la Akéda, si Its’hak se mariait, il aurait été incapable d’avoir des enfants, et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle Rivka est née au moment de la Akéda.

=> Ce qui devait être pour sûr la fin du peuple juif, en a été le mécanisme permettant sa continuation.

<———————->

« Et après, elle [Léa] enfanta une fille et la nomma Dina » (Vayétsé 30,21)

-> Rachi observe que ce nom « Dina » vient de Din (jugement), parce que Léa s’est imposée à elle-même un jugement.
Elle s’est dit : « Yaakov doit engendrer 12 tribus. J’en ai déjà mis 6 au monde et chacune des servantes 2, ce qui fait un total de 10. Si l’enfant que je porte est un garçon, ma sœur Ra’hel ne sera même pas égale à l’une de ses servantes. »
Pour lui épargner cette humiliation, Léa a prié pour qu’un miracle se produise et que l’enfant qu’elle portait soit changé en fille.

-> Le Targoum Yonathan ben Ouziel écrit que le mécanisme permettant la naissance de Dina a été un transfert utérin.

Au moment où Léa attendait un garçon, Ra’hel était également enceinte mais d’une fille.
En réponse aux supplications de Léa pour que sa sœur puisse avoir au moins autant de fils que les servantes, Hachem a miraculeusement échangé les 2 fœtus, faisant que Ra’hel a donné naissance à Yossef, et Léa à Dina.

Lorsque Léa implorait Hachem de ne pas avoir un garçon afin d’éviter une humiliation à sa sœur Ra’hel, elle était prête à faire le sacrifie de ne pas être la mère d’une tribu supplémentaire parmi les 12 du peuple d’Israël.

-> Le rav Shimshon Pinkous fait le développement suivant, en expliquant qu’en réalité elle a obtenu bien plus que ce pour quoi elle a été prête à renoncer.

Le Daat Zékénim (41,45) écrit que Dina a été souillée par Che’hèm (Vayichla’h 34,2 : « il la vit, cohabita avec elle et lui fit violence »).
Suite à cela, elle a été enceinte et a donné naissance à une fille.
Cette fille a été envoyée au loin, et suite à des miracles de la providence divine, elle s’est mariée en Egypte à son oncle : Yossef.

Et c’est ainsi que Yossef et sa femme Osnat ont eu 2 enfants : Ménaché et Efraïm, qui sont comptés parmi les 12 tribus d’Israël.

=> En renonçant à être la mère d’une tribu supplémentaire pour l’honneur de sa sœur, Léa a en réalité gagné le mérite d’être la mère non pas d’une, mais de 2 tribus supplémentaires.

Le rav Pinkous fait remarquer que la Torah prescrit : « Si l’objet du vol a été trouvé en sa possession … il paiera le double » (Michpatim 22,3).
Ainsi, si la Torah demande une double punition pour un méfait, la récompense pour une mitsva doit sans aucun doute être également le double, ce qui est illustré par Léa et Dina.

==> Nous pouvons apprendre de ces différents exemples, que parfois nous avons l’impression de perdre beaucoup si nous accordons du mérite à autrui, mais la réalité est que nous en ressortirons toujours gagnant.
En effet, comme nous n’avons pu le voir, l’existence même du peuple juif est le fruit d’une telle attitude!

<———————————————>

-> « Demain, vous vous lamenterez des choses qui vous font rire aujourd’hui.
Et demain, vous vous réjouirez de ce qui vous a fait pleurer aujourd’hui! »
[le Gaon de Vilna – dans une de ses lettres]

-> « Souviens-toi que les voies de D. sont mystérieuses : tout ce qui paraît bon ne l’est pas nécessairement, et tout ce que nous considérons comme mauvais ne l’est pas forcément. »
[Eliyahou haNavi à Rabbi Yéhochoua ben Lévi – rapporté par Rabbénou Nissim Gaon au nom du midrach]

=> Comment pouvons-nous faire dépendre notre bonheur de notre perception faussée de la réalité?
Puisque Hachem fait tout pour le bien, alors nous devons nous réjouir avec ce que l’on a, comme étant le top du top pour nous!