Yaakov dit à Lavan : "Donne-moi ma femme, car mon temps est accompli et je veux m’unir à elle" (Vayétsé 29,21)

=> Ce verset est difficile à comprendre car il parait évident qu’il est assez grossier de parler de la sorte, surtout pour Yaakov.

-> Le Ben Ich 'Haï (Vayétsé) explique :
En fait, le sens caché de cette phrase est beaucoup plus profond et il nous permet de comprendre un autre niveau d’union dans le couple.
Il est dit que lorsque un homme (ich - איש) et une femme (icha - אישה) le méritent, le Youd de ish et le Hé de isha s’unissent et forment le nom Ya’h (י’ה), ce qu’on traduit par le fait que la Présence Divine (Chékhina) réside avec eux.
S’ils ont ensuite un garçon, ils y rajoutent la lettre Vav, puis une fille et c’est pour finir la lettre Hé qui vient clôturer le nom Havaya (י-ה-ו-ה).

C’est justement l’allusion de notre verset, dans les mots : "et je veux m’unir à elle (véavoa éléa - ואבואה אליה) on peut lire en changeant les lettres de place :"j’amènerai le Vav et le Hé au Youd et au Hé" (ואבא ו’ה אל י’ה) c’est-à-dire, maintenant que mon temps de travail est finit, et qu’elle est devenue de fait ma femme (car le temps de travail était une condition aux Kidoushin - fiançailles), je veux enfin me marier et en ayant des enfants avec elle, amener l’union complète des lettres du Saint Nom Divin Havaya (י-ה-ו-ה).

"Yaakov sortit de Béer Shéva et alla vers 'Haran" (Vayétsé 28,10)

-> Le verbe employé pour dire que Yaakov "sortit" est : vayétsé (ויצא) qui est l'acronyme de la phrase : "vayéra Yaakov tsourat Aleph" (Yaakov voyait la forme du Aleph - וירא יעקב צורת אלף).

Le Mégalé Amoukot explique que c'est une allusion au fait que dans toutes ses tribulations, Yaakov ne vit jamais ni épreuve, ni souffrance, ni Essav, ni Lavan, ni Dina, ni Yossef, mais seulement la forme de la lettre Aleph (guématria = 1) qui évoque l'Unique : le Maître du monde (le Aloufo [אלופו] chel Olam).

Dans tout ce qui lui arriva, il sut qu’il n’existait rien d’autre que Lui, que tout était uniquement pour son plus grand bien, et de ce fait, Hachem était effectivement avec lui pour le protéger partout où il allait.

-> La lettre aléph (א) est composé d'un vav et de 2 youd, ce qui fait une valeur de 26, soit celle du Nom D. (יהוה) dans son Attribut de miséricorde.
Le roi David écrit : "Je mets constamment Hachem devant moi" (chiviti Hachem lénegdi tamid - Téhilim 16,8).
Ainsi quoiqu'il m'arrive je suis certain que cela vient d'Hachem, qui le fait dans Sa miséricorde totale.

-> Le Baal haTanya enseigne :
On observe dans cette lettre un point en haut, un point en bas et une ligne qui les relie (א) = c'est pour nous apprendre que nous devons relier le Haut avec le bas, en ayant conscience que chaque chose qui arrive ici-bas est précédé d’un décret En-Haut.
[Hachem est plein de miséricorde, tout est donc pour notre bien ultime!]

=> Comment parvenir à faire ce lien ?

Grâce à la ligne de la émouna qui doit nous rappeler à chaque instant que le moindre événement dans ce monde, fut-il le plus insignifiant, ne peut se produire sans qu’il ait été proclamé En-Haut.

-> Dans le Séfer Torah, la paracha Vayétsé a la particularité de ne comporter aucun espace entre les paragraphes.
[d'habitude les paragraphes de la Torah qui représentent un sujet en soi sont séparés les uns des autres par des espaces appelés "Pétou'ha" ou "Stouma", et ils sont signalés dans nos 'Houmachim par les lettres פ ou ס. La Paracha Vayétsé ne comprend aucune séparation de ce type]

Le Sfat Emet explique cette particularité par le fait que ces interruptions nous ont été transmises au mont Sinaï afin de nous donner le temps de réfléchir entre chaque sujet écrit dans la Torah.

Néanmoins, la paracha Vayétsé étant une succession ininterrompue d’épreuves affrontées par Yaakov, il n’était pas souhaitable de s’arrêter pour réfléchir entre chaque épreuve tout le temps où elles se succédaient. Il était plutôt préférable d’aller de l’avant armé d’une émouna simple et sans calcul.
C’est seulement après qu’elles soient toutes passées que l’homme pourra réfléchir à toutes les difficultés affrontées, et s’apercevoir alors que tout était pour son plus grand bien.

[le aléph renvoie à cette paracha qui est d'un bloc : nos bonheurs et nos malheurs viennent d'une seule et même source : notre papa Hachem!
On apprend également que lorsque la mer de notre vie est agitée, il faut savoir baisser la tête, laisser passer sans interruption la difficulté, plutôt que de se faire violence en essayant de comprendre ici dans ce monde le raisonnement d'Hachem. (il y aura le monde éternel de Vérité pour cela!)]

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-> Le Michméret El'azar nous enseigne :
Il existe une règle : tout celui qui a une confiance inébranlable que tout ce qu’Hachem accomplit est pour le bien, alors tous les décrets rigoureux le quitteront.

D’après cela, on peut expliquer ce qui arriva à Yaakov :
il se trouva dans l’adversité la plus totale jusqu’à parvenir au stade où la Torah dit à son sujet : "Il se coucha dans cet endroit", ce qui vient évoquer allusivement qu’il était comme incapable de bouger et sans espoir.
Du Ciel, il eut alors une vision : "Voici qu’une échelle était dressée sur la terre", lui signifiant que même si un homme est couché à terre cependant, "sa tête atteignait le Ciel" (il est en mesure de s‘élever).
Tout cela parce que "voici que des anges de Elokim" (Nom Divin lié à la Rigueur) "montaient et descendaient", que la rigueur domine l’homme ou bien qu’elle le quitte, cela ne dépend que de lui-même.
Il est écrit ensuite : "Et voici que Hachem se tenait au-dessus de lui et lui dit la terre sur laquelle tu es couché, Je te la donnerai à toi et à ta descendance", évoquant par cela que l’endroit même où tu pensais avoir perdu espoir (la terre sur laquelle tu es couché) est précisément ce qui te prépare à recevoir tout le bien que Je te destine.

La Torah conclut alors : "Yaakov se réveilla de son sommeil", il se réveilla de cette torpeur (due au manque d’espoir) et il dit : "De fait, Hachem (Nom Divin lié à la miséricorde) réside dans cet endroit et je ne le savais pas", signifiant ainsi que même ce qui semble être le comble du malheur pour un homme se transformera aussi en bien éternel.

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-> Le midrach (rabba, au début de Vayétsé) met en rapport le verset : "Yaakov sortit de Béer Chéva et alla (vayélé'h - וַיֵּלֶךְ) à ‘Haran" (Vayétsé 28, 10) avec celui : "Alors tu iras (télé'h - תֵּלֵךְ) sur ton chemin confiant"(Michlé 3, 23).

Le Sfat Emet explique que, bien que ce départ de Béer Chéva soit une fuite devant Essav, que Yaakov accomplisse par cela l’ordre de sa mère : "Lève-toi et fuis vers Lavan mon frère" (koum béra'h lé'ha él Lavan a'hi - Toldot 27, 43) et que la Haftara témoigne : "Yaakov prit la fuite" (vayivra'h Yaakov - Ochéa 12,13), il n’est toutefois pas écrit dans le verset de notre paracha : "Yaakov fuit de Béer Chéva" mais "Yaakov sortit de Béer Chéva".
Il n’est pas non plus écrit : "Il courut à ‘Haran", mais seulement "il alla à ‘Haran".

Cela pour nous enseigner que, même lorsqu’il fuyait la mort, Yaakov ne perdit pas son sang-froid et il alla en toute sérénité, tranquille et confiant, car il alla s’attacher à son Créateur avec une foi intègre.
Il gardait à l’esprit que cette marche vers ‘Haran n’était que la part d’effort personnel qu’il était tenu d’accomplir, mais sa pensée était constamment tournée vers le Ciel.

[Vayétsé : Yaakov voyait la forme du Aleph, que même si nous sommes en apparence entourés de problèmes, tout n'a qu'une origine première : Hachem, car rien ne peut se passer sans son accord.]

En effet, car de toute façon, rien ne pouvait lui arriver qui n’avait pas été décrété d’En-Haut et, à l’inverse, rien de ce qui avait été décrété sur lui d’En-Haut ne manquerait de s’accomplir.
Dès lors, que pouvait lui apporter de fuir dans la panique?

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-> "Et voici, Je suis avec toi ; Je te garderai partout où tu iras" (Vayétsé 28,15)

-> Le Yétev Lev explique que tant que nous sommes persuadés que Hachem est avec nous (abordant la vie avec émouna), alors nous sommes protégés, et rien de mal ne peut nous arriver.

-> Le rabbi 'Haïm de Volozhin (Néfech ha'Haïm - Chaar 3, Chap.12) écrit :
"Il existe un moyen miraculeux pour un homme de se débarrasser de tous les mauvais décrets et de les annuler, et d’empêcher également une personne de vouloir lui nuire, de telle sorte qu’elle ne puisse avoir aucune emprise sur lui ni lui faire subir son influence : qu’il fixe dans son cœur les pensées suivantes : ''Hachem est le D. véritable et il n'existe aucune autre force au monde ni dans les mondes. Tout est rempli seulement de Son Unicité la plus simple". Il doit également annuler entièrement toute force et volonté au monde pour se soumettre et attacher la pureté de sa pensée au Maître Unique Béni-Soit-Il uniquement.
Alors, Hachem lui apportera la réussite, et de fait, toutes les forces et les volontés qui pesaient sur lui s'annuleront et ne pourront pas le moins du monde agir à son encontre."

-> Vayétsé : Yaakov voyait la forme du Aleph.
En toute situation, plus nous sommes capables d'y voir Hachem, qui n'est que bontés, plus nous avons la capacité d'adoucir la Rigueur qui est sur nous : en allégeant nos souffrances, voir en les faisant disparaître.

Le Noam Elimélé'h (Vayichla'h) enseigne que le "Din" (le jugement, la punition, Rigueur) peut se transformer en compassion lorsque nous ajoutons devant toute chose le aleph.
En effet, le דין avec un א devant correspond au Nom Divin : אדני.

=> Mettre Hachem dans sa vie, c'est dissoudre la Rigueur qui nous est destinée et la transformer en Miséricorde.

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-> Sur la mézouza il y a le nom Divin Sha-daï, et c'est l’acronyme de : "Shomer Daltot Israël" (Gardien des portes d’Israël).

A chacun de nos passages, cela doit être un rappel que Hachem nous protège en permanence.
Il est écrit : "Donnez de la force à Hachem" (ténou oz lélokim - Téhilim 68,35) = ainsi plus nous consolidons notre confiance en Hachem, plus nous Lui donnons de la capacité de nous sauver, garder de tout mal!

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-> "Le matin arriva et voici que c’était Léa" (Vayétsé 29,25)

Suite à cette tromperie de Lavan, il n’est pas mentionné alors que Yaakov s’irrita (alors que la tromperie était énorme, et d'autant plus émotionnellement, au regard du très fort amour qu'il avait pour Ra'hél).
D'ailleurs lorsqu’il s’adressa à Lavan, ce fut en ces termes : "Il lui dit : pourquoi m’as-tu trompé?"
Le mot employé pour exprimer qu’il lui "dit" (vayomer - וַיֹּאמֶר) est un langage de parole douce, comme si sa question concernait une tierce personne et ne le touchait pas personnellement.

Cela ne fut possible que parce qu’il était convaincu que ce n’était pas Lavan qui se tenait devant lui qui avait interverti Ra’hel avec Léa, mais le Hachem Lui-même.
Vu que tout est pour le bien, il était donc certain qu’un bien immense allait naître de cette situation dans l’avenir.

Et c'est ce qui se passa car cette tromperie entraîna que Ra’hel fît don de sa personne en allant contre sa nature et transmit les signes à sa sœur pour lui éviter un terrible affront. C’est ensuite précisément par ce mérite qu’elle put elle-même donner 2 fils à Yaakov, comme il est écrit : "Et D. se souvint de Ra’hel ... et ouvrit sa matrice." (Rachi explique : Il se souvint qu’elle avait transmis les signes à sa sœur).
[sans cela elle n'aurait peut-être pas eu d'enfants, aucune tribu à la base du peuple juif ...]

De plus, ce mérite intercédera en faveur de sa descendance, lors de la Délivrance finale, puisque D. lui promit grâce à cela : "Tes fils reviendront dans leurs frontières" (Yirmiyahou 31,15)
Il s’avéra donc qu’il n’y avait aucune raison de s’irriter contre Lavan, car par sa tromperie, ce dernier ne faisait qu’accomplir le dessein bénéfique du Créateur pour son peuple et toute sa descendance après lui.

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[Selon le Néféch Yéhoudi, Ra'hel dit à Hachem : voici que moi, j'ai mis de côté ma volonté, j'ai eu pitié pour ma sœur (lui évitant toute honte), j'ai sacrifié ma vie et accepté de voir une autre à côté de mon mari en prenant même le risque de ne jamais l'épouser.

Hachem lui répond : c'est là un mérite qui m'oblige à accepter la situation et à revenir résider parmi les juifs malgré leurs attirances étrangères.
Ce mérite permet à toute époque d'apaiser la "jalousie" d'Hachem, et de lui demander d'être proche de nous, même si nous nous éloignons de Lui.]

"Yaakov eut très peur et fut angoissé" (Vayétsé 32,8)

-> Le Daat Zékénim miBaalé haTossefot explique que l'angoisse de Yaakov était due au fait même qu'il avait éprouvé de la peur [apprenant la venue d'Essav avec une armée imposante prête à l'attaquée] et qu'il ne s'était pas reposé sur la promesse d'Hachem : "Je serai avec Toi et te protègerai partout où tu iras" (v.28,15).
En effet, celui qui se repose sur Hachem bénéficie en retour de Sa protection.
Comme il est écrit (Téhilim 27,3) : "lo yira libi im takoum alaï mil'hama" = mon cœur n'aura pas peur lorsqu'il m'arrivera une guerre. [Comment cela?] ; "bézot ani botéa'h" = en cela [Hachem] je crois [grâce à cette confiance, alors Hachem me soutiendra et me viendra en aide.]

Le Daat Zékénim lit ainsi le verset : "Yaakov eut très peur", et cela a provoqué qu'il "fut angoissé", car il aurait dû avoir une confiance totale dans la promesse d'Hachem.

-> Le Ibn Ezra écrit : Saches que toute faute est d'autant plus grande que celui qui la commet est grand. Une faute légère chez un grand homme s'appelle une grande faute.

Yaakov a eu peur d'avoir fait une erreur dans la pensée de façon involontaire, et à cause de ce manque de perfection dans sa pensée, peut-être qu'Hachem ne sera pas avec lui lors de sa rencontre contre Essav.

Par exemple, le midrach (Béréchit rabba 75,11) dit que Yaakov sera puni d'avoir appelé 8 fois Essav : "son maître", et de s'être appelé lui-même : "ton serviteur".
En effet, Hachem avait béni Yaakov par la bénédiction : "le plus âgé servira le cadet".
Pour les 8 fois où Yaakov a dit "mon maître", il y aura 8 rois chez Essav avant même qu'il y ait un roi en Israël.

-> Par exemple le rav 'Haïm de Volozhin (Néfech ha'Haïm - chaar 3, chap.12) enseigne que si l'on fixe dans notre cœur que : ''Hachem est le D. véritable et il n'existe aucune autre force au monde ni dans les mondes. Tout est rempli seulement de Son Unicité la plus simple", alors Hachem lui apportera la réussite, et de fait, toutes les forces et les volontés qui pesaient sur lui s'annuleront et ne pourront pas le moins du monde agir à son encontre."

[Ainsi, plus Hachem est grand à nos yeux (même dans nos épreuves), plus nous Lui donnons les moyens de faire de grandes et belles choses dans notre vie!]

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-> Rabbi Its'hak de Volozhin explique que Yaakov a dit : "katonti" = ma émouna et mon bita'hon ont diminué.

Il y a 20 ans lorsque je suis venu à 'Haran, j'ai traversé le Yarden uniquement avec mon bâton, et j'étais certain que Hachem allait me sauvé.
Mais maintenant, je divise mon troupeau en 2 groupes, car j'ai peur d'Essav.

[Yaakov se réprimande car (à son niveau de confiance en D.), il ne devrait avoir absolument aucune peur d'Essav, venant le tuer avec une grande armée équipée.]

[En effet, lorsque Yaakov a reçu les bénédictions, et qu'il a fui Essav, il est écrit :
- dans la haftara de Vayétsé : "Yaakov s'est enfui vers le champs d'Aram" (vayivra'h Yaakov - Ochéa 11,13) ;
- mais lorsque la Torah aborde ce même épisode, elle décrit : "Yaakov est sorti de Béer Chéva et alla à 'Haran" (Vayétsé Yaakov - Vayétsé 28,10).
=> Comment comprendre cette apparente contradiction?

Le Sfat Emet explique que la Haftara décrit comment Yaakov était en apparence, extérieurement on le voyait comme fuyant un grand danger.
La paracha nous parle des sentiments à l'intérieur du cœur de Yaakov : il était calme et baignait dans une parfaite confiance en Hachem.]

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-> Quelques versets après, il est écrit : "Yaakov resta seul" (Vayétsé 32,25).
Le Rachbam explique que Yaakov essayait de fuir, pour éviter de rencontrer Essav.

Dans la suite de ce verset : "un [ange] lutta avec lui".
Le Rachbam explique que l'ange se bagarrait avec lui pour le retarder et éviter qu'il ne s'échappe, afin qu'il puisse voir la réalisation de la promesse d'Hachem qu'Essav ne lui causera aucun mal.

-> En apprenant qu'Essav venait à sa rencontre avec son imposante armée pour l'attaquer : "Yaakov eut très peur et fut angoissé" (v.32,8)

Le Ritva commente que cette crainte déplacée va se terminer par une conséquence : "le creux de la hanche de Yaakov se luxa tandis qu'il luttait avec lui" (v.32,26).
C'est une punition pour ne pas avoir mis toute sa confiance dans les paroles d'Hachem : "Je suis avec toi, Je te garderai partout où tu iras" (ouchmarti'ha bé'hol acher télé'h).

=> Le Ritva affirme que les craintes et la peur attirent sur l’homme la manifestation de la rigueur.

-> "Il vit qu'il ne pouvait le vaincre et frappa aux creux de sa hanche" (v.32,26)
Le rabbi de Zoutchka explique que l'ange ne pouvait faire aucun mal à Yaakov, car Hachem avait promis à Yaakov de le protéger.
Que fit alors l'ange d'Essav, puisqu'il n'avait pas la possibilité/droit de nuire à Yaakov?
Il enserra Yaakov très fort sans lui faire le moindre mal (car il ne lui avait pas été défendu de l'enserrer de la sorte).
Si Yaakov l'avait compris, il n'aurait alors subi aucun préjudice.
Néanmoins, il pensa combattre l'ange et répondit à son geste. Ce faisant, il se luxa la cuisse.

=> C'est pour cela qu'il est écrit : "La cuisse de Yaakov se luxa dans sa lutte avec lui" (v.32,26), car c'est précisément à cause de sa lutte et des mouvements qu'il accomplit, que sa cuisse se compressa et qu'il se provoqua lui-même ce dommage.

[évidemment que nous n'avons aucune conscience du niveau phénoménal de Yaakov et à aucun moment nous ne pouvons émettre un avis sur l'attitude de Yaakov. Cependant, à notre niveau cela doit nous inciter à toujours tendre à avoir 100% confiance en Hachem, et alors nous n'aurons plus rien à craindre quoiqu'il puisse se passer dans notre vie.
En effet, plus nous avons de la émouna, plus nous "donnons" de la force à Hachem d'agir en notre faveur! ]

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-> b'h, davantage sur le fait qu'avoir des pensées négatives, entraîne des choses négatives dans notre vie : http://todahm.com/2020/03/31/13093-2

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-> Le Sforno écrit : "Grâce à son attachement permanent à Hachem, aussi bien dans sa pensée que dans ses paroles, Yaakov était préservé même de l'ange d'Essav.
Dès lors, comment fut-il blessé à la cuisse?

L'ange lui dévoila la faute des dirigeants de son peuple (il lui révéla que ses descendants, ainsi que leurs dirigeants, allaient fauter), et à cause de l'inquiétude qu'il en éprouva, son attachement fut interrompu, et l'ange en profita pour luxer la hanche de Yaakov."

[cela est une autre illustration du fait que Yaakov, "paya" chaque faille de émouna, à son niveau.
De même, la tâche principal de notre yétser ara est d'introduire en nous du désespoir, du manque de émouna en nous (je suis nul, je ne vaux rien), de la manque de émouna en Hachem, ... car ainsi Hachem a alors moins de force pour venir nous aider (que D. nous en préserve). ]

+ En quoi consiste l'humilité de Ra'hel?
Il est écrit : "Et Yaakov raconta à Ra'hel qu'il était le frère de son père et le fils de Rivka" (Vayétsé 29,12).
[Rachi commente ce verset : Si Lavan se comporte avec ruse, je saurai moi aussi être son "frère" en ruse ; et s'il se comporte honnêtement, moi aussi je serai honnête, car je suis le fils de Rikva sa sœur qui a toujours été une femme honnête.]

N'est-ce pas qu'il était le neveu du père (Lavan) de Ra'hel (et non pas le frère de son père)?
En fait, Yaakov demanda à Ra'hel de l'épouser ; elle accepta, mais (elle ajouta) : Mon père est rusé et tu ne pourras pas (le vaincre).
Yaakov dit à Ra'hel : A quelle tromperie (fais-tu allusion)?
Elle répondit : J'ai une sœur (Léa) plus âgée que moi et il ne me mariera pas avant elle.
Yaakov lui dit : "Je suis le frère (l'égal) de ton père" (Vayétsé 29,12).

Ra'hel dit alors : "Est-il permis aux tsadikim d'agir avec ruse?"
Yaakov répondit : Oui, cela est permis, d'après ce verset (Chmouël II 22,27) : "Avec l'homme honnête, sois honnête, mais avec l'homme tortueux, sois rusé".

Il donna alors à Ra'hel un code (pour le jour de leur mariage). Lorsque (Lavan) s'apprêta à faire entrer Léa (sous le dais nuptial), Ra'hel s'est dit : Ma sœur va être humiliée (en public, si elle ignore le code) et elle lui révéla le code convenu, en accord avec le verset : "Lorsqu'arriva le matin, voici qu'il s'agissait de Léa" (Vayétsé 29,25), ce qui prouve que jusqu'au matin, Yaakov ignorait que c'était Léa, car il se fiait au code qu'il avait transmis à Ra'hel et qu'elle avait dévoilé à Léa.
[guémara Baba Batra 123a]

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=> Quels signes Yaakov a-t-il transmis à Ra'hel et pourquoi?

-> Les 3 signes (simanim) que Yaakov a transmis à Ra'hel, pour qu'elle les répète sous le dais nuptial ('houpa) afin d'être assuré que c'est bien Ra'hel qui est à ses côtés, sont : nida, 'hala, et hadlakat haner qui sont les 3 mitsvot fondamentales que doit respecter une épouse et mentionnées dans la michna (le respect des lois de pureté, le prélèvement de la pâte et l'allumage des lumières la veille de Shabbath) .
[le Ritba]

-> Yaakov a demandé à Ra'hel 3 signes : saisir le lobe de l'oreille droite, le pouce de la main droite et l'orteil du pied droit.
Pourquoi ces 3 signes?

C'est parce que dans ces 3 membres sont localisées des forces liées au désir. De plus, c'est dans ces 3 membres que le Cohen doit mettre du sang du sacrifice sur le lépreux afin de le purifier de son impureté.
[Yalkout Réouvéni]

-> Le Ben Ich 'Haï enseigne :
Yaakov a choisi ces 3 signes afin de faire 3 allusions :
- Le pouce de la main droite vient faire allusion au fait que les Bné Israël sortiront d'elles, car ils sont comparés au pouce.
- L'orteil (bohen - בהן) de la main droite fait allusion au fait que sortiront d'elles une élite désignée : Adam (אדם), car les lettres bét, hé et noun du mot בהן suivent respectivement dans l'alphabet les lettres : aleph, dalét et mem du mot אדם.
- Le lobe de l'oreille droite fait allusion à la Torah orale que recevront par audition ses descendants.

De plus, ces 3 signes correspondent aux 3 membres : la main (yad - יד), l'oreille (ozen - אוזן) et le pied (réguel - רגל) dont les initiales : youd, aleph et réch forment le mot : "yaer" (qui éclaire - יאר), ce qui constitue un bon présage (siman tov).

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=> Pourquoi Yaakov ne s'est-il pas fié à la voix de Ra'hel pour la distinguer de Léa?
En effet, la transmission des signes de Ra'hel était inutile, car Yaakov aurait pu reconnaître la voix de Ra'hel et la distinguer de celle de Léa.
On peut citer les 2 réponses suivantes :

-> Selon le Iyoun Yaakov :
La pudeur de Ra'hel et de Yaakov était telle, durant les 7 années où Yaakov travaillait chez Lavan avant d'épouser Ra'hel, qu'il ne la reconnaissait pas par sa voix.
De plus, Yaakov, qui se méfiait de Lavan, craignait que ce dernier entraîne sa fille Léa à avoir une voix ressemblante à celle de sa sœur Ra'hel.

-> Selon le Razid haZahav :
Si dans la paracha Vayétsé (chapitre 29), il est signalé que Lavan avait 2 filles et que Ra'hel était "yafat maré" (belle de visage), c'est pour nous enseigner que la seule différence entre les 2 sœurs était l'apparence physique, mais en tous les autres points, elles étaient semblables, et en particulier elles avaient le même timbre de voix.
C'est pourquoi Yaakov a transmis des signes à Ra'hel, afin de la distinguer sous la 'houpa.

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=> Pourquoi Yaakov a-t-il gardé Léa comme épouse?

-> Puisque Yaakov ignorait jusqu'au matin que Léa s'était substituée à sa sœur Ra'hel sous la 'houpa, ce mariage erroné était nul et non avenu. Cependant, après que Yaakov ait su que c'était Léa, il a agi envers elle noblement, sans lui faire le moindre reproche, et l'a réépoussée.
['Hizkouni - Vayétsé 29,25]

-> Le Ritba enseigne :
Malgré les signes communiqués à Ra'hel, Yaakov craignait la tromperie de Lavan à son égard. Il a alors envisagé les 2 options :
- si c'est bien Ra'hel qui est avec lui sous le dais nuptial ('houpa), il aura donc épousé Ra'hel ;
- si Lavan place Léa sous la 'houpa, il acceptera Léa comme épouse, afin que dans les 2 cas, sa liaison soit sanctifiée.

-> Le midrach (Béréchit rabba 70,19) rapporte :
Durant la nuit de noces, Yaakov l'appelait plusieurs fois Ra'hel et elle (Léa) répondait comme si elle était Ra'hel. Au matin, après avoir reconnu que c'était Léa qui était à ses côtés, Yaakov lui reprocha son mensonge.
Léa répondit : N'as-tu pas, toi-même, agi ainsi avec ton père Its'hak lorsque tu es entré auprès de lui pour recevoir la bénédiction destinée à Essav et lui as dit : "Je suis (Essav)"?
Ainsi, mesure pour mesure, de même que tu as agi avec ruse sur ordre de ta mère afin de recevoir la bénédiction de ton père, j'ai agi seulement avec ruse sur ordre de mon père afin de te bénir par les nombreuses Tribus d'Israël qui naîtront de moi.
Ces arguments ont convaincu Yaakov qui conserva Léa comme épouse.

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=> Yaakov n'a rien reproché à Ra'hel et l'a même aimée davantage?

-> Le Kli Yakar enseigne :
Yaakov aurait pu naturellement en vouloir à Ra'hel pour l'avoir trahi et avoir transmis les signes convenus à sa sœur Léa.
Non seulement Yaakov n'a eu aucune rancœur envers Ra'hel et ne lui a fait aucune réprimande, mais de plus il a considéré l'attitude noble de Ra'hel comme une vertu et un acte admirable de tsédaka.
[Yaakov a compris que l'intention de Ra'hel dans cette transmission des signes était un sacrifice personnel en l'honneur d'Hachem (léchem chamayim), afin que sa sœur ne soit pas humiliée en public sous la 'houpa, mais le but de Ra'hel n'était pas de trahir Yaakov. Ce dernier apprécia cette attitude exceptionnelle de Ra'hel. Cette attitude bienveillante de Yaakov envers Léa et Ra'hel prouve, de plus, les qualités remarquables du père de la Nation d'Israël.]

Yaakov a alors aimé Ra'hel davantage, et même plus que Léa dont il avait déjà apprécié les qualités, comme le souligne le verset : "Et il aima aussi Ra'hel, plus que Léa" (Vayétsé 29,30).
Ce verset vient signifier que l'amour naturel de Yaakov pour Ra'hel a été amplifié, paradoxalement, par le fait que Ra'hel avait donné les signes à Léa.

"Lavan embrassa ses fils et ses filles, et les bénit" (Vayétsé 32,1)

-> La Torah nous dit que Lavan a béni ses filles pour nous enseigner que lorsqu'un père bénit ses enfants avec une grande sincérité, alors cela se réalisera certainement.
[Sforno]

[si c’est vrai avec Lavan, le racha, alors à plus forte raison chaque parent juif a un pouvoir énorme de bénir ses enfants.]

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-> Par leurs prières et leurs mots purs, les tsadikim ont la capacité de nous amener la subsistance et d'autres bontés.
Lorsque nous prions des profondeurs de notre cœur, il est certain que nous avons alors le même pouvoir de prière.
[Noam Elimélé'h - Haazinou]

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-> "Qu’est-ce qui est considéré comme un moment propice [afin que nos prières soient acceptées]?
C’est lorsque la communauté prie." [guémara Béra'hot 8a]

Le Beit Aharon commente : "Je suis certain qu'on peut accomplir autant avec une prière en communauté (tsibour) qu'avec les prières du plus grand tsadik de la génération."

=> Il est évident que les prières des tsadikim sont nécessaires et énormes, mais nous ne devons pas prendre à la légère nos prières venant du plus profond de notre cœur, celles de nos parents, ainsi que les prières faites en tsibour.

"Le D. de ton père m'a dit hier : ''Prends garde de ne pas parler pas avec Yaakov ni en bien ni en mal'' (Vayétsé 31,29)

=> Pourquoi Lavan a-t-il eu besoin de dire à Yaakov qu'Hachem lui est apparu pour lui dire de ne pas lui faire de mal? Yaakov n'avait pas besoin de savoir cela.

En réalité, Lavan voulait simplement se vanter devant Yaalov qu'Hachem est venu lui parler, à lui aussi. Et cela, bien qu'Hachem s'était adressé à Lavan uniquement au profit de Yaakov, pour lui dire de ne pas lui faire de mal.
Cette révélation ne venait absolument pas grâce à un quelconque mérite de Lavan le racha. Mais Lavan se réjouissait simplement de communiquer à Yaakov que lui aussi est un prophète et qu'Hachem lui a parlé.
Telle est l'habitude des réchaïm. Ils commettent les pires méfaits, mais dès qu'ils ont l'occasion de révéler aux autres leur ''grandeur'', ils ne s'en privent pas.
[rabbi Bounim de Pshischa - Kol Sim'ha]

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-> ''Prends garde de ne pas parler pas avec Yaakov ni en bien ni en mal''

En écoutant ces paroles de Lavan, Yaakov a pensé : "Pourquoi Hachem a-t-il uniquement dit à Lavan de ne pas me parler en bien (bénir) ou en mal (maudire)? Pourquoi Hachem ne lui a pas interdit de me poursuivre, et de me causer un sentiment constant de peur?"
Yaakov a compris que Hachem voulait qu'il continue à avoir de la frayeur, car cela le conduirait à prier avec ferveur.
Il a compris que Hachem désirait ardemment un attachement avec lui qui se fait par la prière venant des profondeurs du cœur.
[adaptation personnelle issue du rav Elimélé'h Biderman]

[ainsi parfois Hachem peut laisser un vide, des manquements dans notre vie, et ce n'est pas un signe de désamour, au contraire!
Hachem désire terriblement que nous nous tournions vers Lui, et qu'ainsi nous développement notre attachement à Lui, que nous nous rapprochions de Lui par nos prières sincères.]

Ce que Léa a obtenu en pleurant ; Ra'hél l'a obtenu en souriant.

[rabbi Na'houm de Tchernobyl]

Les Doudaïm – les mandragores

+ Les Doudaïm - les mandragores :

"Je t’ai retenu pour les mandragores de mon fils" (Vayétsé 30,16) :

-> Quand Réouven apporta des mandragores à Léa, sa mère, Ra’hel les lui demanda.
Léa les lui donna en échange du fait que Yaakov passe cette nuit avec elle, et non avec Ra’hel, comme c’était prévu.

Les mandragores sont une plante qui a la vertu de pouvoir rendre fécond et d'avoir des enfants. C’est pourquoi Ra’hel en voulait tant.

Mais c'était le cas également de Léa, qui avait cessé d’avoir des enfants depuis un certain temps,et elle en avait aussi besoin, et c’est pour cela que son fils lui en apporta.
Malgré tout, elle accepta de les céder à sa sœur. En effet, elle voulait garder dans son cœur la conviction que seul Hachem peut donner des enfants. Elle ne voulait pas faire dépendre sa fécondité à des causes naturelles, comme la consommation de mandragores. Et c’est par cette foi, dont elle fit preuve en cédant les mandragores à sa sœur et en y renonçant pour elle-même, qu’elle mérita de concevoir cette nuit-là.
En effet, Hachem est la cause de toutes les causes, et c’est Lui qui fait tout, sans avoir besoin de se plier à aucune règle de la nature. Et le meilleur moyen d’obtenir ses besoins [personnels] est uniquement de placer fortement sa confiance en Lui.

[d'après le 'Hidouché haRim]

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-> Ra'hel et Léa avaient des intentions pures :

- Léa voulait que Ra'hél soit heureuse de son sort, sans avoir d'amertume, et elle lui dit qu'elle a de quoi se réjouir, certes elle n'a pas d'enfants mais Yaakov est meilleur pour elle que 10 fils.
Elle a mérité l'amour du plus grand de la génération, de Yaakov, l'homme parfait installé dans les tentes, et que donc elle participe à sa part dans le service de Hachem et à sa Torah.
[d'une certaine façon, Léa voulait à tout prix passer la nuit avec Yaakov, pour montrer à Ra'hel l'importance qu'elle avait d'être si aimée aux yeux de Yaakov, même au prix de ne pas avoir d'autre enfant (par le fait de donner à Ra'hél les mandragores)!
De plus elle désirait pour sa sœur des enfants, afin que celle-ci n'est pas honte d'en avoir moins que les servantes.
=> En ce sens, le mot "doudaïm" (mandragores) a pour racine "dodim" (les amours), car elles ont un pouvoir de réveiller l'amour.]

- Ra'hel elle voulait montrer à Léa qu'elle aussi devait se réjouir de sa part, de ses enfants, et ne pas penser que Yaakov ne l'aimait pas.
C'est pourquoi elle a renoncé à la présence de Yaakov pour cette nuit-là, afin de montrer à Léa que la part qui lui était échue: les enfants, était meilleure pour elle que Yaakov.

=> Ainsi, tout ce qu'elle ont fait provenait de leur grand amour l'une pour l'autre.
Il n'y a pas non plus une absence de satisfaction de leur sort, car chacune a compris que c'est ce que D. voulait. Chacune d'elle se contentait de la part qui lui avait été destinée par le Créateur du monde.

Lorsque chacune a vu sa sœur, elle a craint que ce soit elle qui ne soit pas heureuse et qui soufre de son sort, et l'épisode des doudaïm montre l'encouragement que chacune a donné à l'autre.

[d'après le Béer Mayim 'Haïm]

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-> Nos Sages ont des opinions différentes sur la nature des doudaïm :

Le Chir haChirim (7,14) rapporte qu'elles ont une odeur agréable.

Selon Rachi, il s'agit : des fleurs parfumées, espèce végétale que les arabes appellent "jasmin".

Pour le Ibn Ezra, le Ramban et de nombreux autres commentateurs, c'est une plante ayant, dans ses racines, une silhouette ressemblant à un être humain avec une tête et des bras.
D'ailleurs, le Baal haTourim fait remarquer que la guématria du mot "doudaïm" est la même que : "ké-Adam" (comme un homme).

Le Rachbam et le 'Hizkouni affirment qu'il s'agit de figues.

Rabbénou Bé'hayé et le Ramban nous apprennent qu’ils favorisent la conception.

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-> Le Zohar rapporte que :
"Depuis le début de la Création, Hachem voulait faire descendre une lumière de bonté ('hessed) dans ce monde, et il l'a ainsi cachée dans les doudaïm.

Lorsque Léa les a donné à Ra'hel, elle a témoigné à Hachem qu'elle était méritante pour être le véhicule diffusant la lumière de Hachem au travers ce monde.
Hachem l'a récompensé avec la naissance de Yissa'har, qui représente le plus haut niveau de l'étude de la Torah.
L'étude de la Torah de Yissa'har prend la lumière que Hachem a caché dans les doudaïm et la répand partout dans le monde."

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+ "Réouven est allé aux temps des moissons et il trouva des mandragores dans le champ" (v.30,14)

=> Pourquoi la Torah précise que c'était le temps des moissons? (cf.Rachi)

En fait, la suite de l'histoire c'est que Léa donne les mandragores à Ra'hel en échange de son tour pour se retrouver avec Yaacov. De là, Léa a conçu un enfant et a enfanté Issa'har, qui est celui qui symbolise par excellence l'investissement dans l'étude de la Torah.
Or, la fête de Shavouot qui célèbre le don de la Torah c'est la fête des moissons. Ainsi, ce jour où Réouven a trouvé les mandragores et où Issa'har a été conçu était Shavouot, jour du don de la Torah dont l'étude est la particularité de cette tribu.
['Hatam Sofer]

Yaakov séjourne chez Lavan

+ Yaakov séjourne chez Lavan :

-> "A l'égard d'un juste, tu agiras avec sainteté, avec un escroc, tu agiras avec ruse" (Chmouël II 22,27).
Yaakov dit donc : "Si Lavan tente de me duper, j'agirai en conséquence. Mais s'il me traite avec équité, je serai honnête envers lui."
[Rachi - Vayétsé 29,12]

-> Lavan pensait que Yaakov était chargé d’argent, puisque Eliézer, le serviteur de la maison, était venu autrefois au même endroit accompagné de 10 chameaux chargés de cadeaux.
Voyant Yaakov les mains vides, Lavan le serra dans ses bras, palpant ses poches pour voir s'il ne transportait pas des pierres précieuses. Ne trouvant rien, il l'embrassa sur les 2 joues, essayant de savoir s'il ne cachait pas de bijoux dans sa bouche.
Face à sa perplexité, Yaakov lui raconta qu'il fuyait son frère et que tous ses biens luis avaient été volés en chemin.
[Rachi - Vayétsé 29,13]

-> Yaakov déplaça d'une main une pierre lourde et immense, qui nécessitait les efforts conjugués de plusieurs bergers.
Les eaux du puits s'élevèrent et débordèrent pendant les 20 années de son séjour à 'Haran.

Lavan accepta de loger Yaakov chez lui pendant un mois [suivant son arrivée], mais il ne lui accorda rien gratuitement. Yaakov devait conduire le troupeau de son oncle, qui le paya la moitié de ce que recevait un autre berger.
Yaakov accepta car pendant cette période il voulait s'assurer que Ra'hél et Léa craignaient Hachem.
[Méam Loez - Vayétsé 29,13]

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-> Bilha et Zilpa étaient également les filles de Lavan, ... [elles] avaient été engendrées par les concubines de Lavan. Par contre, Ra'hél et Léa étaient les filles de ses épouses.
C'est pourquoi Bilha et Zilpa étaient considérées comme des servantes.

Ra'hél est nommée la "cadette" (littéralement "la plus petite" - akétana - v.29,16) car Yossef et Shaül, les 2 rois de sa postérité, ne régnèrent pas longtemps.

Léa est l'aïeule du roi David et de tous les rois de Yéhouda, ainsi que de Moché, Shmouël et Yéchayahou. Ainsi, elle est appelée "l'aînée" (littéralement "la grande" - aguédola), ses descendants ayant eu une influence durable.
[Méam Loez - Vayétsé 29,16]

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+ "Lavan réunit tous les habitants du lieu, et donna un festin. Le soir venu, il prit Léa sa fille et la lui amena, et Yaakov s'unit à elle" (Vayétsé 29,22-23)

-> Lavan dit aux hommes de la ville que tant que Yaakov était là, l'eau ne manquait pas de jaillir du puits. Il leur expliqua son stratagème de donner Léa à la place de Ra'hél, entraînant que par amour Yaakov travailler encore 7 années supplémentaires pour elle.

L'assemblée fut séduite par cela. Mais Lavan était si malhonnête qu'il voulait également tromper ses amis de la ville.
Il demanda à chacun d'amener en gage de confiance un aliment de valeur (ex: de la bonne viande, du vin ...). Quand tous ses gages furent réunis, Lavan "offrit" un grand festin, sans dépenser le moindre sou.
C'est pourquoi la Torah écrit : "Lavan réunit tous les habitants du lieu et donna un festin".
En principe, on prépare le festin et ensuite les invités arrivent. Lavan fit le contraire : il réunit d'abord les hommes, et quand ils apportèrent leur part, il ordonna que l'on festoie.
[Méam Loez - Vayétsé 29,22]

-> Le mariage eut lieu le vendredi soir, à l'heure de l'accueil du Shabbath.
Lorsque les habitants de la ville prirent place, ils commencèrent à chanter : "Hi Léa, Hi Léa" (voici Léa, voici Léa).
Intentionnellement, ils articulèrent mal les mots, afin que Yaakov pense qu'ils entamaient une mélodie anodine.
Lavan, en agissant de la sorte, se prémunissait contre la plainte que Yaakov n'allait pas manquer de lui faire le lendemain matin. Il pourrait alors lui affirmer : "Mais les invités t'ont dit qu'il s'agissait de Léa, et tu semblais heureux".
Après l'accomplissement de son plan, Lavan accompagna Léa dans la chambre de Yaakov.
[Méam Loez - Vayétsé 29,23]

Comment Yaakov a-t-il pu épouser 2 sœurs?

Il est écrit : "N'épouse pas une femme avec sa sœur ... de son vivant" (A'haré Mot 18,18).

=> Comment Yaakov a-t-il pu épouser 2 sœurs (Ra'hél et Léa)?

-> Les Patriarches n'accomplissaient les préceptes de la Torah que lorsqu'ils séjournaient en terre sainte.
Quand ils en sortaient, ils n'en observaient aucun, excepté les 7 lois universelles. Puisque le don de la Torah n'était pas encore intervenu, cette rigueur était inutile.
[...]

Ra'hél est morte sur le chemin, à l'entrée de la terre d'Israël. Par son mérite, elle n'est pas morte dans un pays étranger, et par son mérite à lui il n'est pas resté en terre d'Israël avec 2 sœurs, or c'est elle qui avait été épousée alors qu'elle était interdite en tant que sœur.
[Ramban]

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-> Selon une autre opinion, seul Avraham observa toute la Torah.
Par son statut du plus grand des Patriarches, D. lui en donna la permission.
Néanmoins, les autres Patriarches furent enjoints de respecter au moins les 7 commandements universels.

D. désirait l'accomplissement de la Torah que lorsqu'elle serait donnée en présence de 600 000 témoins, afin que le monde tout entier reconnaisse sa gloire.

[le Yéfé Toar - rapporté dans le Méam Loez - Vayétsé 29,28-30]

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-> Avant le don de la Torah, les Patriarches ont observé toute la Torah, mais chacun devait prendre la Torah sur lui à la façon d'un converti.
Or, nous savons qu'un converti est semblable à un enfant qui vient de naître.
[le Réem - rabbi Eliyahou Mizra'hi]

=> Quand Yaakov a épousé 2 sœurs, il les a certainement converties avant de les épouser, et comme elles étaient converties elles n'étaient plus considérées comme 2 sœurs, et n'étaient pas du tout interdites à Yaakov.

-> Le 'Hatam Sofer transmet la même idée, en expliquant le fait que Yaakov consulte ses épouses avant de s'enfuir de la maison de Lavan d'après l'ordre de Hachem.
En effet, dans ces circonstances, qu'avait-il besoin de consulter ses épouses?

Mais il a voulu leur faire connaître l'interdiction d'avoir 2 épouses sœurs en terre d'Israël, et elles lui ont répondu : "Avons-nous encore une part et un héritage à la maison de notre père" = c'est-à-dire "un converti est semblable à un enfant qui vient de naître", par conséquent tu auras le droit de nous garder toutes les 2 même en pays de Canaan.

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-> De même le Maharcha (guémara Yoma 28b) enseigne
Lorsque Léa et Ra'hel, les filles de Lavan, ont épousé Yaakov, elles se sont converties.
Elles ont ainsi rompu leur lien familial et n'étaient donc plus considérées comme 2 sœurs. Bien que plus tard, nos Sages interdiront également le mariage avec 2 sœurs converties, cette loi ne s'appliquera que dans le cas où elles ont la même mère. Or Ra'hel et Léa avaient certes le même père Lavan, mais n'avaient pas la même mère.
Pour toutes ces raisons, Yaakov avait la permission de les épouser toutes deux.

-> Selon le commentateur Torat haOlam, il n'y avait aucun interdit d'épouser 2 sœurs à l'époque de Yaakov. Mais, en conséquence de ces 2 mariages et de la rivalité entre les enfants des 2 sœurs, la famille de Yaakov a dû descendre en Egypte. C'est pour cette raison que la Torah interdira dorénavant d'épouser 2 sœurs de leur vivant, mais Yaakov lui-même n'a commis aucune transgression.

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-> Hachem organisera pour les tsadikim dans le futur un banquet, le jour où Il comblera de bienfaits les enfants d'Its'hak.
Après avoir mangé et bu, les participants donneront à Avraham la coupe de vin pour le birkat hamazone ; Avraham répondra : "Je ne suis pas digne de bénir, car j'ai eu un fils (indigne) comme Ichmaël.
On présentera alors la coupe à Its'hak qui répondra : "Je ne suis pas digne de bénir, car j'ai eu un fils (indigne) comme Essav".
On présentera ensuite la coupe à Yaakov qui répondra : "Je ne suis pas digne de bénir, car j'ai épousé 2 sœurs (Léa et Ra'hel) de leur vivant, ce qui plus tard sera interdit par la Torah."
On dira alors à Moché : "Prends la coupe et bénis!" ; Moché répondra : "Je ne suis pas digne de bénir, car je n'ai pas eu le mérite d'entrer en Terre d'Israël, ni vivant ni mort".
Ils diront alors à Yéhochoua [bin Noun] : "Prends la coupe et bénis!" ; Yéhochoua répondra : "Je ne suis pas digne de bénir, car je n'ai pas eu le mérite d'avoir un fils"
[d'après la guémara (Méguila 14b), il n'a eu que des filles. En effet, d'après la guémara (Erouvin 63b), rabbi Abba bar Papa dit qu'il n'a pas eu de fils parce qu'il a empêché tout Israël de procréer durant une nuit, lors du siège de la ville de Yéricho.] ...
On dira enfin à David : "Prends la coupe et bénis!". David répondra : "Oui, je bénirai, et il convient que ce soit moi", comme il est dit : "Je lèverai la coupe des délivrances et je proclamerai le Nom de Hachem" (Téhilim 116,13).
[guémara Pessa'him 119b]

=> Pourquoi Yaakov refuse-t-il la coupe de vin pour bénir?

-> Bien que Yaakov ait épousé 2 sœurs converties de mères différentes, et qu'à ce titre il n'ait commis aucune transgression, il a quand même refusé de bénir sur la coupe pour éviter des apparences trompeuses (mar'it ayin), car aux yeux du public, il s'agissait bien de 2 sœurs.
[Pirouch rabbi 'Haïm Paltiel]

-> L'esprit prophétique (roua'h hakodech) de Yaakov l'a autorisé à épouser Ra'hel après Léa. Cependant, du fait que lorsque la Torah sera donnée plus tard, l'interdiction d'épouser 2 sœurs sera absolue (sans aucune dérogation), ce double mariage constituait pour Yaakov un déshonneur.
C'est pourquoi, malgré la permission suggéré par son esprit prophétique, il a refusé de lever la coupe de la délivrance, car il s'en est senti indigne à son niveau de Patriarche.
[Maharal - Gour Arié - Béréchit 46,10]

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-> Selon le Oh ha'Haïm haKadoch, avant le don de la Torah, les Patriaches n'avaient l'obligation que des 7 mitsvot des bné Noa'h, mais ils recevaient une récompense pour toutes les mitsvot qu'ils prenaient sur eux, sans être punis du tout pour celles qu'ils n'observaient pas.

Cependant, il souligne que là où les Patriarches voyaient quelque chose d'utile pour eux qui réussissait, comme Yaakov a connu la réussite en épousant 2 sœurs, alors il renonçait à la récompense qu'il aurait eue s'il avait observé cette mitsva, parce qu'il n'était pas puni de ne pas l'accomplir.

=> Ce qu'il a fait suivait un ordre de Hachem, et il n'a pas transgressé l'interdiction d'épouser 2 sœurs, c'était une mesure temporaire d'un prophète.

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-> "Son père l'appela Binyamin" (Vayichla'h 35,18)

La traduction de ce prénom Binyamin est : "Le fils de la droite".
Le Ramban explique que cela signifie : "Le fils de la force", car la droite fait référence à la force.
=> Mais de quelle force est-il ici question ?

-> En fait, le Ramban explique par ailleurs que les Patriarches respectaient toutes les mitsvot en terre d'Israël, mais pas en dehors de ce pays. Or, il est interdit par la Torah d'épouser deux soeurs. Certes Yaakov était marié à deux soeurs, mais cela n'était pas problématique car il habitait alors à 'Haran, hors de la Terre Sainte.
Mais quand il était sur le point d'entrer en Israël, il ne pouvait plus vivre avec 2 sœurs. C'est pourquoi Ra'hel mourut. D'autre part, si Yaakov a pu se marier avec Léa sans s'en apercevoir, c'était du fait de la grandeur d'âme de Ra'hel qui transmit à sa soeur les signes que Yaakov lui avait donné, pour ne pas qu'elle ait honte.
Cela permit le mariage de Yaakov avec Léa et provoqua, quand Yaakov épousa ensuite Ra'hel, que Yaakov était marié à deux soeurs. Et c'est cela qui engendra la mort de Ra'hel, qui rendit l'âme à la naissance de Binyamin.
Yaakov appela donc l'enfant ainsi, en référence à la force morale de Ra'hel, qui révéla les signes à sa soeur permettant le mariage de celle-ci avec Yaacov, ce qui entraîna à présent la mort de Ra'hel à l'entrée de la Terre Sainte, en enfantant justement cet enfant.
[le 'Hatam Sofer]