« Pin’has, fils d’Eléazar, fils d’Aaron haCohen, a détourné ma colère de dessus les enfants d’Israël, en se montrant jaloux de ma cause au milieu d’eux, en sorte que je n’ai pas anéanti les enfants d’Israël, dans mon indignation. » (Pin’has 25,11)

-> Rachi commente : Étant donné que les tribus se moquaient de lui : « Avez-vous vu ce fils de Pouti, celui dont le grand-père maternel, [Yithro], engraissait (pitém) des veaux pour l’idolâtrie, tuer le prince d’une tribu d’Israël ! », le texte retrace ici sa généalogie depuis Aharon.

Ainsi, pour faire taire ces railleurs, la Torah le présente d’après le côté qui remontait à Aharon et non à Yitro.

=> En quoi le fait de dire qu’il descendait d’Aharon ferait taire les railleurs, car ces derniers pourraient toujours continuer à dire qu’il était aussi descendant d’un ancien idolâtre, ce qui était réellement le cas.

-> De nombreux commentateurs expliquent que le culte idolâtre imprègne l’homme de cruauté. Cela se reflète par le fait d’engraisser des veaux, qui est en soi un acte cruel. Or, Pin’has venait de commettre un meurtre. Il venait de tuer Zimri, chef de la tribu de Chim’on.

Le meurtre est bien évidemment un acte cruel. Aussi, le peuple était tenter de suggérer que si Pin’has tua Zimri, cela provenait de gênes spirituels ancrés en lui de par son ancêtre Yitro, et qui le poussaient à la cruauté, du fait de ses origines idolâtres.

Dès lors, cela rabaissait Pin’has à avoir pratiquer un meurtre poussé par des tendances meurtrières, et non pas du fait d’un zèle sacré pur et désintéressé, comme ce fut réellement le cas.

Ainsi, pour corriger cette erreur, la Torah remonte Pin’has à Aharon. En effet, ce dernier est décrit par nos Sages comme un homme de paix, qui aime ses semblables. Ce que la Torah veut ainsi suggérer, c’est que Pin’has a agi sous l’influence de ses origines du côté d’Aharon.

Dans son acte, il ne recherchait que la paix et le bien-être du peuple. La faute d’immoralité commise par Zimri a entraîné une épidémie qui avait déjà décimé 24000 personnes. En tuant Zimri, Pin’has a mis fin à l’épidémie.

=> Pin’has, en tant que descendant d’Aharon, homme de bonté, ne cherchait en réalité qu’à obtenir le bien pour le peuple, et il n’a aucunement agi par la moindre trace de cruauté lui venant de son origine idolâtre, du côté de Yitro.

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-> Le Chem Michemouël quant à lui, rapporte un enseignement de nos Sages selon lequel dans sa débauche, Zimri avait de bonnes intentions.

Même si en surface, son acte paraissait comme impur et mal, mais en profondeur, il avait de bonnes intentions et cherchait à réaliser des réparations spirituelles. Et le peuple avait bien compris cela.

Quand Pin’has le mit à mort, le peuple commença à le critiquer en disant qu’il n’a pas cerné le fond de l’intention de Zimri. Il ne s’est arrêté qu’à la superficialité de l’acte et non à sa profondeur, qui était bonne.

Ce regard superficiel lui vient de son ancêtre Yitro, ancien idolâtre, car l’idolâtrie met en avant l’aspect extérieur des choses. Et la preuve, c’est qu’ils engraissent des veaux, pour les voir extérieurement plus gras et corpulents.

Or, cela n’est que superficiel. Pin’has, héritier de cette philosophie, n’a vu dans l’acte de Zimri, que l’aspect extérieur, qui semblait mal. Mais il n’était pas capable d’en voir la profondeur qui était bonne.

Pour faire taire ces rumeurs, la Torah remonte Pin’has à Aharon.

En tant que Cohen Gadol, il était le seul (à part Moché) à pouvoir pénétrer le saint des saints, qui était le lieu le plus sacré et le plus profond du Michkan. On l’appelle d’ailleurs aussi  »l’intérieur de l’intérieur ».

Par cela, la Torah veut souligner qu’en réalité, non seulement Pin’has ne s’est pas arrêté à la superficialité de l’acte de Zimri, mais il a vu encore plus en profondeur que le reste du peuple.

Pin’has a bien vu que Zimri avait de bonnes intentions, mais, en voyant encore plus en profondeur, il ressortait que ses motivations n’étaient en fait pas si bonnes.

=> Seul Pin’has, descendant d’Aharon, qui pénètre l’intériorité la plus profonde, a pu discerner cela.

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-> Le Sfat Emet explique que par l’acte de zèle qu’il réalisa devant tout le peuple, Pin’has a réussi à imprégner tout le peuple d’un feu sacré, pour rechercher à venger l’Honneur d’Hachem.

Cela est en allusion dans le verset : « Il vengea ma vengeance en leur sein » = c’est-à-dire que son acte imprima le désir de venger l’Honneur d’Hachem en eux. Dès lors, quand tous ressentirent cet ardeur en eux, ils se dirent qu’il convenait plutôt à eux de venger l’Honneur Divin et de tuer Zimri. Chacun se sentit poussé par cet élan.

Mais ils ne savaient pas que cet ardeur leur venait de par l’acte de Pin’has. Ainsi, ils pensèrent que cette vengeance sacrée ne revenait pas d’être faite par Pin’has, qui avait des ancêtres anciennement idolâtres.

Pour répondre à cet argument, la Torah remonte Pin’has à Aharon. En tant que Cohen Gadol, Aharon était l’émissaire de tout le peuple.

=> Ainsi, la Torah veut suggérer qu’à l’instar d’Aharon qui représente le peuple, Pin’has aussi est l’envoyé du peuple. La Torah vient révéler par là que si tout le peuple ressent à présent cet ardeur pour Hachem, au point que chacun veuille venger Son Honneur en tuant Zimri, cela leur venait en fait de Pin’has. C’est lui qui les représente et qui a imprégné en chacun ce feu sacré.

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-> Selon le Kli Yakar, la Torah rapporte les ascendants de Pin’has pour nous enseigner qu’en agissant pour rétablir le kavod de Hachem, Pin’has a mis de côté toute honte et insulte que cela pourrait engendrer. Quelqu’en soit le prix sur son honneur personnel, pour lui l’essentiel était l’honneur d’Hachem.
[le père de Pin’has avait épousé une des fille de Yitro, l’ancien prête de Midian]
Ainsi, Pin’ha savait que certains diraient : « Qui es-tu pour tuer Zimri qui a pris une femme de Midian? Ton père est marié avec la fille d’un idolâtre [Yitro] et elle a servi un idole, elle aussi.
Pourquoi es-tu si concerné par ceux qui pratique l’idolâtrie alors que ton propre grand-père [Aharon] a aidé à construire le Veau d’or! »

[par son geste Pin’has a sauvé de très nombreuses vies. Ainsi, pour souligner sa valeur, Hachem l’appelle « descendant de Aharon », un homme qui a excellé dans l’amour d’autrui et la poursuite de la paix.
Plus encore, D. le récompense (v.12 : « Je lui accorde Mon alliance de paix ») et fait de lui un Cohen ce qui témoigne d’une alliance de paix et non de mort (guémara Sanhédrin 82b).]

« Que Hachem, le D. des esprits de toute chair, assigne un chef sur la communauté » (Pin’has 27,16)

-> Rachi écrit que Hachem demanda à Moché de donner l’héritage de Tsélof’had à ses filles (v.7), Moché se dit : « Le moment est venu de m’occuper de mes propres intérêts et de demander que mes fils héritent de ma dignité ».
Hachem lui répondit : « C’est Yéhochoua qui mérite de recueillir la récompense de sa fidélité pour n’avoir pas quitté la tente ».

=> Que pensait Moché : si ses fils n’étaient pas aptes à hériter de sa dignité, pourquoi a-t-il cru qu’ils lui succéderaient? Et si au contraire, ils en étaient aptes, pourquoi Hachem le lui a-t-Il refusé?

Le rav Yossef Tsvi Diner explique que Moché, dans sa grande modestie, croyait que le niveau qu’il avait atteint ne provenait pas de son travail personnel, mais plutôt d’un cadeau que Hachem lui avait octroyé, pour qu’il puisse diriger les Bné Israël.
C’est pourquoi il pensait que, de la même manière, ses fils hériteraient de ce don et pourraient ainsi lui succéder.

Hachem fit alors comprendre à Moché que l’on n’arrive pas à un tel niveau à l’aide de cadeaux, mais uniquement par un travail personnel.
Ses fils, qui n’avaient pas atteint un niveau spirituel suffisant, n’étaient pas aptes à lui succéder, tandis que Yéhochoua, qui n’avait pas quitté la tente et avait fourni de nombreux efforts dans l’étude de la Torah, méritait de succéder à Moché.

« Le 8e jour, aura lieu pour vous une fête de clôture » (Pin’has 29,35)

-> Rachi enseigne : Comme pendant les 7 jours [de Souccot], les enfants d’Israël offrent des sacrifices en référence aux 70 nations et qu’ils s’apprêtent ensuite à partir, Hachem leur dit : « De grâce, faites-Moi encore un léger repas, que Je puisse profiter de votre présence. »

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-> A Souccot, nous offrons 70 taureaux, qui correspondent aux 70 nations du monde.
Le Gaon de Vilna développe cette notion de la façon suivante.

Les maîtres de la kabbale expliquent que l’humanité entière dépend de 2 peuples majeurs, et que tous les autres leur sont en quelque sorte rattachés.
Ces 2 nations dominantes sont : Ichmaël et Essav.

Cet état de fait apparaît allusivement dans ce passage énonçant les sacrifices de Souccot.
Le 1er, le 2e et le 4e jour de la fête, la Torah fait mention de : « ché’ir izim » (« bouc de caprins »), et pour les autres jours, il est simplement mentionné un : « ché’ir » (bouc) [bien qu’il s’agisse du même animal].
Or, selon la tradition, Ichmaël est désigné comme : « ché’ir izim », et Essav comme « izim ».

Il en découle que :
– En additionnant les taureaux offerts pendant les jours où la Torah parle de « ché’ir izim », on obtient : 13 (1er jour) + 12 (2e jour) + 10 (4e jour) = un total de 35 taureaux amenés au Temple. Cela correspond à la moitié des nations du monde (35 sur 70).

– de même pour les autres jours (où il est fait mention uniquement de : « ché’ir ») : 11 (le 3e jour) + 9 (5e jour) + 8 (6e jour) + 7 (7e jour) = 35 taureaux.

=> On voit ainsi en allusion que les nations du monde sont partagées en 2, car elles sont toutes rattachées aux 2 peuples dominants.
Si les taureaux sacrifiés le 1er jour sont ceux liés à Ichmaël, c’est parce qu’il est chronologiquement apparu avant Essav.

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-> Le rav Zalman Sorotskin (Oznaïm laTorah) note qu’il est écrit : « Le 8e jour, aura lieu pour vous une fête de clôture ».

Le 8e jour, les sacrifices qui y sont offerts sont exclusivement ceux des juifs, car nous ne sommes rattachés à aucune puissance, comme il est écrit : « un peuple vivant solitaire, qui ne se confondra pas avec les nations » (Bamidbar 23,9).

Nous ne sommes pas soumis aux lois de la nature, nous dépendons directement de la providence Divine, et notre lot est celui de la Torah, qu’ont refusé d’avoir Ichmaël et Essav.

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« Le 8e jour, aura lieu pour vous une fête de clôture » (Pin’has 29,35)

Le chiffre 7 fait allusion à ce monde (les 7 jours de la semaine), et le 8 renvoie au monde à venir.
« une fête de clôture » = la venue du machia’h va clôturer le fonctionnement actuel de ce monde, et cela va nous permettre de pouvoir se réjouir pleinement de la présence de notre papa Hachem, qui est malheureusement bien trop voilée actuellement.

=> A l’image de la Soucca (durant les 7 premiers jours de Souccot), nous devons avoir conscience et accepter le caractère éphémère de ce monde.
En effet, un moment de fête éternel nous attendant avec la venue imminente du machia’h!
[toute problématique matérielle devient alors secondaire, tandis que ce qui est spirituel devient primordial à nos yeux!]

=> De même que la Soucca est très fragile aux attaques du vent, de la pluie, … de même en tant que juifs, nous subissons (individuellement et collectivement) des turbulences dans ce monde.
Cependant, le 8e jour est imminent, et nous pourrons alors nous réjouir seuls en présence de notre papa Hachem.
[certes actuellement c’est les autres nations de ce monde qui gèrent (les sacrifices des 7 premiers jours les concernant), cependant seul le peuple juif est éternel, symbolisé par le fait qu’ils sont les seuls à sacrifier à Hachem le 8e jour!
Quiconque nous porte atteinte, ne peut le faire que parce que D. lui permet, il devra en rendre des comptes, et il disparaîtra contrairement à nous!]

« Moché fit comme Hachem lui avait prescrit : il prit Yéhochoua … il lui imposa les mains et lui donna ses instructions, comme Hachem l’avait dit par l’intermédiaire de Moché » (Pin’has 27,22-23)

-> Le Rambam (Hilkhot Sanhédrin 4,1) commente :
« Moché appuya ses mains sur Yéhochoua, comme il est écrit : « Il lui imposa les mains et lui donna ses instructions ».

De même, Yéhochoua appuya ses mains sur les 70 Anciens et la présence Divine reposa sur eux.
Ces mêmes anciens appuyèrent par la suite leurs mains sur leurs successeurs, et leurs successeurs sur les leurs.

Il s’avère que l’ordination a été transmise de génération en génération, remontant jusqu’au tribunal de Yéhochoua et celui de Moché notre maître. »

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-> Le rav Chlomo Wolbe (Alé Chour – tome 1 p.75) s’interroge : pourquoi le Rambam précise-t-il : « la présence Divine reposa sur eux »? Quel est le lien avec l’ordination?

Et de répondre : en réalité, c’est précisément de cette manière que la présence Divine (chékhina) repose sur les hommes = ce sont les maîtres de chaque génération qui investissent leurs élèves de leur capacité à accueillir la présence Divine.

-> « Un dignitaire est contrôlé par un supérieur, et au-dessus d’eux il est encore des dignitaires » (Kohélét 5,7)
Le Gaon de Vilna explique que chaque ange reçoit ses attributions d’anges supérieurs, et les transmet à son tour à ceux qui lui sont inférieurs.

Dans son Yalkout Léka’h Tov, le rav Beifuss affirme que ce même principe régit les êtres humains : la capacité à accueillir la présence Divine vient de leurs supérieurs respectifs, par l’acceptation du joug de la Royauté divine, qui doit se faire impérativement par son maître.
En effet, lorsqu’un homme devient l’élève d’un maître, il se lie ainsi à la chaîne ininterrompue remontant jusqu’à Moché, ayant lui-même reçu la Torah de la bouche de Hachem.

Même si de façon formelle, l’ordination (appuyer les mains) n’existe plus de nos jours, la chaîne continue.
C’est de cette manière que les plus profonds secrets de la Torah sont transmis en toute authenticité de génération en génération, et ce jusqu’à la fin des temps.

D’ailleurs, c’est sur ce principe que repose le devoir de « servir ses maîtres », au sujet duquel nos Sages enseignent : « Si un homme a étudié sans réviser, il demeure un parfait ignorant. S’il a étudié et révisé, mais qu’il n’a pas servi des érudits, il est comme quelqu’un ignorant les secrets de la Torah » (midrach Vayikra rabba 83,7).

[d’une certaine façon en s’abaissant pour servir et absorber la Vérité/Torah de son maître, nous lui permettons au fur et à mesure de poser ses mains sur nous, et d’ainsi pouvoir recevoir la présence Divine, suivant la chaîne : Hachem -> Moché -> Yéchochoua -> … -> notre maître -> nous-même!

De même que chaque maillon d’une chaîne est unique, de même nous devons cultiver notre unicité.
Par ailleurs, de même que chaque maillon reste continuellement attaché à la chaîne, de même nous devons toujours resté fidèle aux valeurs juives reçues.

=> En nous liant avec notre maître, nous faisons alors partie de cette chaîne, et ainsi nous venons à nous lier avec Hachem Lui-même, qui en est l’Origine.]

« Attaquez les midyanites et frappez-les! Car ils vous ont attaqués eux-mêmes […] au moyen de Péor et de Kozbi, la fille du prince Midyanite » (Pin’has 25,17-18)

-> Le midrach (Bamidbar rabba 21,4) enseigne :
« Attaquer les Midyanites », pourquoi cela? « Car ils vous ont attaqués ».
Nos Sages déduisent d’ici la règle suivante: Si quelqu’un vient te tuer, tue-le en premier.
Rabbi Chimon dit : D’où savons-nous que l’incitateur à la faute est pire que l’assassin?
Car celui qui tue autrui lui ôte la vie dans ce monde, sans le priver de son monde futur. Mais celui qui l’incite à la faute le prive de ce monde-ci et du monde futur.

2 nations sont venues à la rencontre des enfants d’Israël armées d’une épée, et 2 autres en les incitant à la faute.
– Les égyptiens et les édomites les ont approchés avec une épée, comme il est dit : « L’ennemi (égyptien) disait : courons, atteignons … tirons l’épée » (Chémot 15) ; « Edom lui répondit : Tu ne traverseras pas mon pays car je me porterais en armes à ta rencontre » (Bamidbar 20).
– 2 nations les ont incités à fauter : Moav et Amon.

Au sujet de celles qui les ont approchés avec une épée, il est écrit : « Tu abomineras pas l’égyptien » (Dévarim 23).
Mais s’agissant de celles qui ont voulu faire fauter Israël, il est écrit : « Un amonite ni une moavite ne seront admis dans l’assemblée de Hachem : même après la 10e génération, ils seront exclus … à perpétuité » (Dévarim 23). »

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-> Le Zikhron Méïr (rav Méïr Rubman) fait remarquer que la vision des hommes est totalement opposée à celle de la Torah.
A nos yeux ce qui est spirituel relève trop souvent de la théorie, tandis que les faits matériels sont perçus de manière sensible (je ne crois que ce que je vois!).

Nous sommes ainsi conciliant et indulgent lors d’une attaque envers la spiritualité d’une personne, mais lorsqu’on porte atteinte à autrui physiquement ou moralement, nous n’avons aucune clémence.

=> La Torah nous enseigne ici que la douleur de l’âme devrait être bien plus importante que celle du corps, « car celui qui tue autrui lui ôte la vie dans ce monde, sans le priver de son monde futur. Mais celui qui l’incite à la faute le prive de ce monde-ci et du monde futur ».

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+ Les « tueurs d’âmes » :

-> Le rav Yéhouda Leib ‘Hasman (rapporté dans le Marbitsé Torah ouMoussar – tome II (p.96) dit :
« Il existe différents types de meurtriers : il y a celui qui tue par inadvertance, et celui qui commet son crime délibérément. Certains assassins n’ôtent la vie qu’à une seule personne, certains en tuent beaucoup, et d’autres enfin perpètrent des génocides.
Le point commun à tous ces criminels est qu’une fois morts, leurs actions cessent avec eux.

Mais il n’en est pas ainsi du « tueur d’âmes » : même après sa disparition, ses actions lui survivent.
Je fais référence à ces écrivains et ces chanteurs, qui par leurs œuvres détournent leurs frères juifs de Hachem.
Même après leur mort, des hommes continueront de lire leurs œuvres et de lasser leur poison s’insinuer dans leur cœur. »

[Nous avons la possibilité de nous associer à des œuvres qui après notre mort vont continuer à nous générer du positif ou bien du négatif.]

« Tu lui communiqueras une partie de ta majesté » (Pin’has 27,20)

-> La guémara (Baba Batra 75a), que rapporte Rachi, explique : « Une partie et non pas toute ta splendeur!
Les anciens de cette génération ont dit que la visage de Moché était comme le soleil, et que celui de Yéhochoua était comme la lune.
Malheur pour une telle honte! Malheur à un tel déshonneur! »

=> En quoi le fait que le visage de Yéhochou brillait comme la lune est une source de honte et de déshonneur?

-> Le ‘Hafets ‘Haïm répond que les anciens de la génération ont pu se rendre compte de l’évolution de Yéhochoua, qui était à l’origine comme eux.
En profitant au maximum de la présence de Moché, il a atteint des sommets.
Ils pensaient : « Si seulement nous avions pu fréquenter davantage Moché, nous aussi nous aurions mérité une telle grandeur. C’est nous qui sommes à blâmer pour ne pas avoir accéder à ce niveau élevé! »

=> Il en est de même pour nous avec les Sages qui nous entourent.
Chaque fois que nous avons la possibilité de les fréquenter et que nous ne le faisons pas, nous perdons une occasion de grandir, de briller davantage!

Dans le Léka’h Tov, il est écrit : « C’est le même sentiment qui envahira celui qui cède à la paresse dans son étude et qui ne s’y consacre pas de toutes ses forces : du fait de son manque de volonté, il se prive de dimensions qu’il aurait pu atteindre.
Et lorsque [dans le monde éternel de Vérité], le visage de ses compagnons, qui auront su fournir les efforts nécessaires, sera illuminé par leur Torah, son extrême humiliation publique sera immense!
Mais à ce moment-là, il sera déjà trop tard pour réparer son tort, car dans les temps du machia’h, le yétser ara ne sera plus et chacun demeurera exactement au degré qu’il aura atteint. »

[Il existe une jalousie positive : celle qui nous pousse à nous améliorer en spiritualité (si lui agit ainsi, alors moi aussi!).
Nous ne devons pas hésiter à prendre exemple sur les bonnes attitudes d’autrui.
Sinon, à l’image des anciens nous serons à la fin de notre vie remplis de honte : Si seulement je m’étais comporté comme mon ami, j’aurai pu faire tellement mieux de ma vie! Quel dommage!! ]

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-> Le Gaon de Vilna dit que tout le peuple avait remarqué que Yehochoua était moins grand que Moché.
Cependant, les gens pensaient que la raison à cela est que Yehochoua était encore bien plus jeune que Moché, et que lorsqu’il vieillira, il deviendra comme Moché.
Seuls les anciens du peuple, qui avaient connu Moché dès sa jeunesse, pouvaient attester que même quand Moché avait l’âge de Yehochoua, il se distinguait déjà de lui.

La différence entre Moché et Yehochoua n’était donc pas une question d’âge.
Conscients de cela, les anciens pouvaient affirmer que la face de Moché était comme celle du soleil, et celle de Yéhochoua était comparable à celle de la lune.

Ce n’était pas leur écart d’âge qui faisait leur différence, car même au même âge, Moché dépassait déjà Yehochoua.

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-> Moché était celui qui reçut la Torah, tandis que Yéhochoua était celui qui fit entrer le peuple en Israël.

Certains commentateurs expliquent que Moché était comparable au soleil et Yehochoua à la lune.
En effet, le soleil donne de sa lumière à la lune, et tout l’éclat de celle-ci ne provient que du soleil.

De la même façon, toute la valeur de la terre d’Israël ne provient que de la pratique de la Torah.
Ce pays n’a pas une valeur indépendamment de la Torah, on ne peut pas imaginer de terre d’Israël sans la Torah.

En cela, le rapport entre Moché et Yehochoua, c’est-à-dire entre la Torah et la terre d’Israël, est comparable au rapport entre le soleil et la lune.

=> De même que la lune n’a de lumière que celle qu’elle reçoit du soleil, ainsi la terre d’Israël n’a de valeur que celle qu’elle puise de la Torah.

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-> Rabbi Nathan de Breslev explique que Moché qui est le symbole du Juste (tsadik) est comparé au soleil.
Cela signifie qu’à l’image du soleil que l’on ne peut observer et regarder du fait de son intensité, de la même façon, les hommes ne peuvent appréhender ni percevoir la splendeur du tsadik de par l’ampleur de sa sainteté.

En revanche, les gens peuvent cerner la lueur de son élève, en l’occurrence Yéhochoua, qui est donc comparé à la lune qui peut être observée.

C’est ainsi que le peuple avait peur de s’approcher de Moché et il dut mettre un « masque » sur son visage.

Il n’est réellement possible de percevoir la lumière du tsadik (Moché) qu’à travers le prisme de son élève (Yéhochoua), à l’image de la lueur de la lune qui peut certes être perçue, mais qui ne fait que refléter la lumière du soleil.

« De Yétser, la famille Yitsrite ; de Chilem, la famille Chilémite » (Pin’has 26,49)

Selon le ‘Hafets ‘Haïm, ce verset peut être compris de la façon suivante :

-> « De yétser » : celui qui succombe au yétser ara se trouvera immédiatement en compagnie de « la famille Yitsrite », dont les membres sont disponibles pour l’aider à avancer dans le chemin du mal.

-> « De Chilem » : mais celui qui se bat pour la perfection (chlémout) va se trouver en compagnie de « la famille Chilémite », dont les membres qui craignent le Ciel et qui on atteint la perfection spirituelle, vont l’aider sur le chemin de la droiture.

« Les fils de Yissa’har, selon leurs familles : Tola, la famille Tolaïte ; de Pouva, la famille Pounite ; de Yachouv, la famille Yachouvite ; de Chimron, la famille Chimronite. » (Pin’has 26,23-24)

Yissa’har a été béni par Yaakov : « Yissa’har est un âne aux os solides » (Vayé’hi 49,14), car il prend sur lui le joug de la Torah à l’image d’un âne portant une lourde charge.
Ainsi, ils étaient des érudits en Torah enseignant aux autres tribus les décisions en terme de loi juive.
Ils savaient faire les calculs permettant de déterminer les mois et l’année bissextile, comme il est dit : « Les enfants de Yissa’har, experts en la connaissance des temps » (Divré haYamim I 12,33).

Le Ohr ha’Haïm voit dans leurs noms des allusions à leur grandeur en Torah et à leur caractère raffiné.

-> « Yissa’har » : yéch cha’har (il y a une récompense).
La vraie récompense est donnée dans le monde à venir, et est réservée à ceux qui étudient la Torah et accomplissent les mitsvot.

-> « Tola » : la Torah ne reste que chez celui qui est humble et qui se fait petit comme un verre (tola’at).

-> « Pouva » : c’est similaire au mot « pé » (une bouche) : nous devons utiliser notre bouche pour parler de Torah, et éviter de l’utiliser pour des choses inutiles.

-> « Yachouv » : une personne doit s’asseoir (lachévét) dans une yéchiva et se retenir de s’occuper de choses vaines.

-> « Chimron » : une personne doit faire attention (léhichamèr) d’éviter de profaner le nom de Hachem.

« La terre sera partagée en héritage, selon le nombre de noms » (Pin’has 26,53)

Nous sommes dans le contexte du recensement sur lequel va se baser la répartition des territoires en terre d’Israël. En effet, seuls ceux ayant déjà 20 ans à ce moment vont y compter pour recevoir une part (cf.Rachi).

-> Le rav ‘Haïm Kanievsky s’interroge : Pourquoi n’est-il pas écrit : « selon le compte des têtes », comme cela l’est mentionné quasiment toujours dans la Torah, comme par exemple au moment du recensement dans le désert : « Faites le relevé … selon [le décompte de] leurs têtes » (Bamidbar 1,2).

Il répond en rapportant le midrach suivant (cité dans le Shita Mékoubétsét – Ména’hot 37a) :
Un homme a 2 têtes, insistait pour avoir une double part dans l’héritage de son père, clamant qu’il était comme 2 personnes.
Le cas a été amené devant le roi Chlomo, pour qu’il départage : est-il considéré comme 2 par ses 2 têtes, ou bien comme 1 car ayant un seul corps?

Le roi Chlomo a couvert une de ses têtes et a versé de l’eau chaude sur l’autre.
Les 2 têtes ont crié.
En conséquence, il a montré qu’en terme d’héritage ils étaient considérés génétiquement comme une seule personne.

Rav Kanievsky dit que nous pouvons alors comprendre pourquoi notre verset utilise : « les noms » plutôt que « les têtes », tout particulièrement lorsqu’il s’agit de la répartition des territoires en Israël.
En effet, celui qui a 2 têtes et un nom ne recevra qu’une part.

Cependant, dans le cas du rachat du 1er né, la Torah utilise le terme de « le nombre de tête », car on doit donner au Cohen 5 Sélaïm par tête.
Ainsi, pour une personne ayant un nom, mais 2 têtes, elle devra s’acquitter de : 2*5 = soit 10 Sélaïm.

=> Il est impressionnant de voir à quel point tout se trouve dans la Torah!!

« Au nombreux, tu accroîtras son héritage, au moins nombreux, tu réduiras son héritage : à chacun selon son dénombrement sera donné son héritage. C’est seulement au sort que sera partagée la terre [d’Israël], selon les noms des tribus de leurs pères, ils hériteront » (Pin’has 26,55)

-> Rachi commente : On a donné une plus grande part à la tribu dont la population était plus nombreuse.
Et bien que les parts fussent d’importance inégale, puisque le partage a été effectué selon l’importance de la population des tribus, tout a été fait par tirage au sort, et ce tirage au sort a été opéré sous la dictée de l’esprit saint, comme expliqué dans la guémara Baba Batra (122a).

El’azar le Cohen Gadol était revêtu des Ourim et des Toumim et annonçait sous l’inspiration divine : « Si telle tribu sort de l’urne, tel territoire sort avec elle. »

On avait écrit le nom des tribus sur 12 bulletins, et de même celui des 12 territoires.
On mélangeait les bulletins dans une urne, dans laquelle le prince introduisait la main et dont il retirait 2 bulletins.
Ainsi tenait-il en main le bulletin correspondant à sa tribu et un autre sur lequel était écrit le territoire qui lui était destiné.

Le sort lui-même disait à haute voix : « Moi, le sort, j’ai attribué tel territoire à telle tribu! »

-> Pour ce rendre compte à quel point cela était miraculeux, le rav Alport étudie les probabilités liées à cet événement.

Le prince (nassi) de la 1ere tribu avait une boîte avec 48 papiers, dont il devait retirer 2 papiers avec le nom de sa tribu et le nom d’un territoire, et que cela corresponde avec ce qu’avait annoncé auparavant El’azar.
=> La probabilité est de : 2/(24*23)

Puis, arrivé le prince de la 2e tribu, qui procédait de même en prenant 2 papiers dans une boîte où il en restait 22.
La probabilité est de : 2/(22*21)

Et ainsi de suite …
On a une probabilité de réussite de : 212/(24*23*22*…*2*1).

=> Si El’azar n’avait pas l’inspiration divine, il aurait une probabilité d’avoir fait les bonnes prédictions d’environ : 1 sur 151 476 000 000 000 000 000.

Cela est basé sur l’avis de Rachi.
Cependant, son petit-fils le Rachbam écrit dans son commentaire sur la guémara (Baba Batra 122a) qu’on y utilisait 2 boîtes distinctes : une avec les noms des tribus, et une autre avec les noms des territoires.

Dans ce cas, la probabilité pour le 1er prince de tribu était de : 1/122 ; pour le 2e : 1/112 ; …

On a une probabilité totale de : 1/(122*112*102*…*22*12).

=> Dans ce cas, El’azar avait 1 chance sur 229 442 532 802 560 000 de trouver les bonnes combinaisons, soit 660 fois plus probable que l’avis de Rachi.

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Sachant que la probabilité de gagner à un lotto est d’environ 1 chance sur 18 millions, El’azar avait :
-> selon l’avis de Rachi : 8 mille milliards de fois plus de chance de gagner au lotto!
-> selon l’avis du Rachbam : c’est 12 milliards.

=> Le partage de la terre d’Israël a été fait d’une manière totalement divine (défiant toute probabilité!).
Cela avait pour objectif d’éviter toute éventuelle dispute future concernant ces territoires.

Par ailleurs, on peut noter qu’un être humain normal ne jure qu’en terme de : « je veux gagner au loto », tandis qu’un juif se doit de viser beaucoup plus haut, en terme de mitsvot et de Torah, qui sont, à minima, des milliards de fois plus élevées.

=> Comment ne pas en être fou de joie? Comment peut-on parfois avoir les mêmes prétentions que les non-juifs?

Pour Hachem, quelle différence qu’une chose a 100% de chance de se produire, et qu’une autre n’en a que 0,00001%.
Il est Le Créateur de tout, Il peut tout, et nous en tant que Ses enfants nous n’avons aucune raison de nous inquiéter, car notre papa, c’est le plus fort!