« Leur offrande de farine et leurs libations » (Pin’has 29,18)

L’eau des libations étaient versée dans des orifices prévus à cet effet au sommet du coin sud-ouest de l’Autel, tous les matins des 7 jours de Souccot.
Tous les soirs, on célébrait la cérémonie du puisage de l’eau (Sim’ha beit hachoéva), par d’extraordinaires festivités nocturnes auxquelles s’associaient les plus éminents érudits et tsadikim d’Israël.
Ces fêtes (sur l’eau) étaient si magnifiques que la guémara (Soucca 53a) affirme : « Celui qui n’a pas assisté à cette fête n’a, de toute sa vie, jamais vu une véritable joie ».

=> Comment comprendre le sens de cette joie si importante concernant une simple offrande d’eau sur l’autel ?

Rabbi Moché Feinstein (Darach Moché) donne la réponse suivante.
En fait, c’est justement parce qu’on offrait simplement de l’eau que la joie était si grande ; car toute personne, même le plus pauvre, peut se procurer de l’eau.
Ainsi, cette mitsva vient enseigner que chacun, peu importe sa situation, qu’il soit riche ou pauvre, peut accomplir la volonté d’Hachem et s’approcher de la perfection.

Le fait de savoir que se rapprocher d’Hachem n’est pas réservé à une élite, mais que même le plus simple y a droit, cette leçon a de quoi emplir l’homme d’une grande joie.

« Tels sont les fils de Benjamin …45 600 […]
Telles sont les familles de Dan … 64.400″ (Pin’has 26,41-43)

On peut remarquer une curiosité.
-> A l’origine, Binyamin avait 10 fils (cf. Béréchit 46,21) et Dan un seul (‘Houchin), qui de surcroît, était sourd (cf. guémara Sotah 13a).

-> Lors de ce recensement, on a Binyamin qui a une famille de 45 600 personnes, tandis que celle de Dan est de 64 400 personnes, soit presque 20 000 de plus.

Selon le ‘Hafets ‘Haïm, cela vient nous apprendre qu’on ne peut se fier à aucune règle logique et naturelle : c’est uniquement Hachem qui dirige le monde comme Il le souhaite.
S’Il veut qu’une famille peu nombreuse ait une grande descendance, Il peut le faire, au point de dépasser une famille nombreuse.

=> Ainsi, si quelqu’un prévoit que logiquement, Il va avoir des préjudices, qu’il ne s’inquiète pas et qu’Il prie Hachem, car Il pourra le sauver même si cela ne semble pas faisable !

A ce sujet nos Sages ont dit : « Même si une épée tranchante est posée en travers de sa gorge, il ne doit pas se retenir de prier » [car Hachem a toujours un moyen pour nous sauver!]
[guémara Béra’hot 10a]

Rabbi Mendel de Kotzk posa un jour la question suivante : les 5 dernières parachiot du livre de Bamidbar sont : ’Houkat, Balak, Pin’has, Matot et Massei.
’Houkat+Balak sont parfois lues ensemble le même Shabbat.
Il en est de même pour les 2 parachiot : Matot+Massei.
Pourquoi est-ce que la paracha de Pin’has, qui se trouve au milieu de ce groupe de 5, est toujours lue seule ?

La réponse du Rabbi de Kotzk : Pin’has était un extrémiste. Un extrémiste est toujours à part.
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+ Petite précision qui n’est (au mieux) qu’une goutte dans l’océan, de la réponse qu’aurait pu donner (à mon humble avis – b »h) le Rabbi Mendel de Kotzk pour développer sa réponse.

Tout d’abord le terme « extrémiste » est à prendre dans son sens positif.
On peut aller au bout des choses dans le bien comme dans le mal.

Pin’has a été un des 7 dirigeants qui ont contracté une alliance avec D. : Avraham, Its’hak, Yaakov, Moshé, Aharon, Pin’has et David.
Dans le texte des Séli’hot, nous demandons à D. d’évoquer en notre faveur l’alliance contracté avec chacun d’eux.
Ainsi, au regard du nom des 6 autres personnes, on peut se rendre compte de la grandeur de l’acte de Pin’has.

+ « Pin’has fils d’Elazar, fils d’Aharon le Cohen » : il a mit fin par son acte au fléau qui avait déjà tué 24 000 personnes.
Dans la suite du verset il est dit : « avec zèle ».
Pinh’as avait en lui une forte inclinaison à faire la paix (cela venait d’Aharon haCohen) et était parmi ceux qui faisait le service divin, et n’avait pas de préparation à combattre, utiliser des armes, …
Malgré cela, il s’empara de la lance de Moshé, déjoua la ruse des gardes et les transperça avec la lance.
Ainsi, à son niveau, pour D., il alla au bout de lui-même et de sa nature.
D’ailleurs le Kétonot Or résume en disant que le zèle pour punir les méchants apparaît à priori comme le contraire de la paix, et semble être de la controverse.
Mais la Torah, nous dit que le zèle authentique mène justement à la paix.

+ Devant l’inertie de Moshé, d’Aharon, des 70 anciens, … Pin’has aurait pu décidé de ne pas agir (« Pourquoi devrais-je intervenir, je ne crains pas plus le Ciel qu’eux! »).
Non, Pinh’as a agit car il vivait SA Torah avec son D. (cf. « pour son D. » verset 13) entièrement, à l’extrême de ses capacités, et non pas une Torah passive/subie, où l’on agit parce que tout le monde le fait (v.11 il agit « parmi eux » : il vivait donc SA Torah parmi le peuple d’Israël sans s’en détacher car il agit par amour et non par la colère/haine).

+ « Pin’has fils d’Elazar, fils d’Aharon le Cohen vit » (Balak 24 ; 7)
Que vit-il?
Rashi : Il vit l’acte et se souvint de la loi … que les hommes zélés doivent tuer le coupable.
Nos Sages disent à propos de cette loi : « Telle est la loi mais on ne l’enseigne pas ».
Si un homme tue le coupable de sa propre initiative, il a respecté la loi mais s’il va poser la question hala’hique, on lui répond de ne pas tuer le coupable.
Le ‘Hidouchei HaRim explique : cette loi émane de l’indignation qui anime l’homme lorsqu’il voit un méchant commettre une telle faute. Ce sentiment le pousse à le punir immédiatement!
Mais s’il a le temps et la patience d’aller poser une question, c’est le signe qu’il n’est pas indigné par la faute à ce point-là et il ne devra pas tuer le coupable.

Pour finir, il est évident que ces événements nous dépassent : Zimri était très érudit (car chef de tribu à une époque où le peuple d’Israël avait un très haut niveau spirituel) et très âgé (250 ans!), et il est évident que nous devons pas, à notre niveau penser appliquer cette loi en allant tuer autrui (nous avons encore tant à faire pour s’améliorer et qui nous dit qu’à la place d’autrui nous aurions pas fait pire).

Yov devient Yashouv …

“Les fils de Yissa’har, selon leurs familles : … ; de Yachouv, la famille Yachouvite ; …” (Pin’has 26 ; 23-24).

Le ‘Hida explique que Yissa’har a appelé l’un de ses fils Yov (Vayikach 46;13 : “Fils de Yissa’har : Tola, Pouva, Yov et Chimon”).
Lorsque les juifs sont arrivés en Egypte, Yov s’est rendu compte que les égyptiens avait une idole ayant pour nom : “Yov”.
Il a fait part de cela à son père, qui lui a donné un ‘shin’ de son nom afin de changer son nom en “Yashouv” (d’où pour certains, la coutume de lire le nom Yssa’har avec 2 ‘shin’ uniquement avant ce passage de la paracha Pin’has).

Pourquoi lui a-t-il donné un ‘shin’ et pas une autre lettre de son nom?

Le Beit Yossef (Ora’h ‘Haïm 32) écrit qu’il y a un shin sur les Téfilin de la tête car la lettre ‘shin’ a une valeur numérique de 300.
En utilisant une inversion des lettres de l’alphabet (le alef (la 1ere) = taf (la dernière) ; le beit (la 2e) =shin (l’avant dernière) ; …), le Tétragramme, nom de D. (youd-hei-vav-hei) a alors une valeur de 300 (il devient alors : mem-tsadik-pei-tsadik).
Ainsi, Yov, nom d’une idole égyptienne, a reçu une lettre ayant une équivalence avec le nom de D., afin de devenir Yashouv.

Rashi : “Yashouv” est un dérivé du verbe s’asseoir, car les membres de cette famille s’asseyaient dans les salles d’étude en se consacrant totalement à la Torah.

Sources : Rabbi Ozer Alport et Rabbi Moshe Bogomilsky

Un dirigeant juif c’est …

“Un homme sur l’assemblée, qui sorte devant eux et rentre devant eux, qui les fasse sortir et les fasse entrer …” (Pin’has 27;17)

Rabbi Israël Salanter rapporte un enseignement de nos Sages : “A l’époque pré messianique, la face de la génération sera comme celle d’un chien” (Sota).
Que veut dire cette comparaison?

Un chien court toujours devant son maître mais, de temps en temps, il tourne la tête et regarde en arrière pour voir vers où son maître se dirige et prendre cette direction.
A l’époque du Machia’h, “la face de la génération”, c’est-à-dire ceux qui prétendent être les dirigeants et les représentants du peuple, sera “comme celle d’un chien”, car ils adopteront l’attitude du chien.
Ils marcheront devant le peuple et se tiendront à sa tête, mais n’auront aucune voie tracée devant eux et aucune influence sur le peuple.
Au contraire, de temps à autre, ils se retourneront pour entendre ce que dit “la rue” et connaître l’opinion des médias. En fonction de cela, ils dessineront leur programme afin de plaire au public.
Un vrai dirigeant juif doit conduire le peuple et lui enseigner la voie de D. même au risque d’être désapprouvé.

Le rabbi de Vorka a dit : “Qui sorte devant eux” = qui ira corps et âme pour le peuple juif.
Le ‘Hidouchei HaRim a dit :
– “Qui les fasse sortir” = qui les fasse sortir de la bassesse et de l’impureté
– “et les fasse entrer” = vers l’élévation et la sainteté.
Il conclut en disant : le dirigeant qui suit le peuple est entraîné vers la bassesse.

Source : « Mayana chel Torah » d’Alexander Zoucha Friedman