« Voici les paroles » (Dévarim 1,1 – אֵלֶּה הַדְּבָרִים)

Le ‘Hida dit que le mot : « hadévarim » peut aussi se lire : « hadabarim » (les chefs, les dirigeants).

De plus, la valeur numérique de : élé (אֵלֶּה) est de : 36, en allusion aux 36 tsadikim que Hachem place dans chaque génération et par le mérite desquels le monde continue d’exister.
En effet, nos Sages (guémara Soucca 45b) enseignent : « Il n’y a jamais moins de 36 tsadikim dans le monde qui accueillent la présence divine chaque jour ».

=> Qui sont ces « dirigeants » dont le verset fait référence?

Ces 36 tsadikim exceptionnels de chaque génération qui font tenir le monde.

-> « Les juifs sont comparés individuellement à une étoile, qui se dit en hébreu : ko’hav (כוכב).

Les lettres : כב (de valeur 22) représentent les 22 lettres de l’alphabet hébraïque, utilisées pour créer ce monde terrestre, tandis que les 2 autres lettres : כו (de valeur 26) renvoient à la guématria du nom divin (Tétragramme).

Nous sommes ainsi composés à la fois d’énergies terrestres et célestes. »

[le Sfat Emet]
-> Par exemple : « Vous voici aujourd’hui, en multitude, comme les étoiles des cieux. » (Dévarim 1,10)

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-> De la terre, une étoile semble minuscule, mais cela est uniquement dû à la grande distance nous en séparant.
Si on avait la possibilité d’en être assez proche, on se rendrait alors compte que sa taille réelle est immense.

De la même façon, aucun juif ne doit être rejeté, car même s’il apparaît insignifiant, lorsque que l’on se rapproche de lui, qu’on le connaît mieux, on se rend alors compte de son vrai potentiel et de sa veritable importance.

La remontrance

+ La remontrance (par le Rabbi ‘Haïm Chmoulevitch)

-> « Réprimande ton prochain et tu n’assumeras pas de péché à cause de lui » (Kédochim 19,17)

-> « Voici les paroles (de remontrances) que Moché adressa à tout le peuple d’Israël » (Dévarim 1,1)

Rachi sur ce verset : « Puisque ce sont des paroles de reproche, Moché a énuméré ici tous les endroits où les enfants d’Israël ont irrité Hachem et a dissimulé les faits reprochés en les rappelant par simple allusion, par égard pour le peuple d’Israël »

Moché prend soin de ne pas rappeler explicitement les fautes, dans un souci de ne pas offenser, déshonorer, tellement est important l’honneur dû à autrui.

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1°/ L’essence d’une remontrance :

Lorsque Yossef, 22 ans après avoir été vendu par ses frères, se fait reconnaître à eux, il est écrit :
-> « Il dit à ses frères : « Je suis Yossef » (Béréchit 45,3)
Rachi : « Ils étaient stupéfaits devant lui : de honte »

-> Rabbi Chimon ben Elazar dit : « Malheur à nous au jour du jugement (divin), malheur à nous au jour de la remontrance.

Si déjà les frères de Yossef n’ont pas pu répondre à leur jeune frère, tant ils étaient consternés (par sa réprimande), à plus forte raison pour chacun d’entre nous, lorsque D. viendra nous réprimander selon nos actions (au jour du jugement) seront-nous consternés »
[Yalkout Chimoni – Vayigach 152]

=> Faire une remontrance, ce n’est pas réprimander par des paroles sévères, c’est essentiellement placer le fauteur devant son erreur afin qu’il la reconnaisse et regrette son attitude.
C’est pourquoi, l’expression est concise : « Je suis Yossef ».

-> « Hachem viendra réprimander chacun de nous selon ses actions »
[Yalkout Vayigach 152]

On peut imaginer notre réaction, lorsque dans le monde de vérité, tout nous apparaîtra clairement, et que nous seront placés face à nos erreurs de jugement et d’attitude.
Quelle souffrance énorme!

Lorsque Its’hak prend conscience de son erreur de jugement depuis de nombreuses années sur le caractère de Essav, il ressent une remontrance de D., un instant de vérité lui est révélé.
Il écrit : « Its’hak fut saisi d’une immense frayeur » (Béréchit 27,33)

Au point que nos Sages disent : « Cette frayeur était supérieure à celle qu’il avait ressentie lorsqu’il avait été lié sur l’autel » (midrach Béréchit rabba 7,2)

La frayeur de la remontrance est plus importante que celle face à sa mort, où attaché, il voyait les anges pleurer.

=> Il n’y a pas plus grande déception que de voir tout l’édifice et toute l’oeuvre d’une vie, basée sur des idées fausses, s’écrouler.

Se réprimander ou réprimander autrui, c’est donner une claque de vérité, et ça peut faire très mal!
On se doit de tout faire pour qu’il en résulte de la téchouva, une amélioration de la personne, et non l’effet contraire.

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2°/ Risque en cas de non écoute :

-> « Lorsque Elicha a réprimandé les enfants d’Israël et qu’ils ne se sont pas repentis de leur mauvaise voie, leurs ennemis vinrent les tuer et c’est comme si c’était lui (Elicha) qui les avait fait mourir, car ils furent davantage sanctionnés après qu’il les ait prévenus (réprimandés) que s’il ne les avait pas prévenus. »
[le Radak – Méla’him I 19,17]

=> Faire une réprimande à une personne qui n’est pas prête à l’entendre lui cause du tort, car elle voit sa sanction aggravée.

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-> Yaakov lui dit : « Réouven mon fils, je vais te dire pourquoi je ne t’ai pas adressé de réprimande pendant toutes ces années (précédentes) : c’est que je craignais que tu me délaisses pour aller t’attacher à mon frère Essav » (Rachi – Dévarim 1,3)

Lorsqu’une personne est fortement perturbée et déçue, découragée ou désespérée, le yétser ara a le pouvoir de la faire basculer en un court instant, directement, depuis le sommet au fond du trou.

Si Réouven avait reçu la réprimande de son père juste après son action répréhensible, il aurait été fortement troublé et désemparé d’avoir perdu son monde futur.
Il aurait été alors en danger spirituel, et le yétser aurait pu accentuer ce désespoir et le faire basculer en un instant jusqu’à abandonner son père et ses valeurs pour s’attacher à Essav et son impiété.

=> Faire une réprimande, même par amour de l’autre, nécessite de peser ses mots et de savoir attendre la bonne occasion pour le faire.

A l’image d’un médicament, il faut mettre beaucoup de sucres (paroles positives) pour une faible dose de médicament amer (la réprimande), et s’assurer que la personne pourra l’avaler (parler au bon moment, garder l’honneur de l’autre intact, …).

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+ Sur ce sujet, b »h, à lire aussi : https://todahm.com/2015/03/17/reprimander-autrui

« L’incroyance est un lourd fardeau pour l’homme et une grande souffrance.
Au contraire, le croyant jouit d’un soutien fort et stable ; sa vie est plus légère, car chez lui, tout est fondé et renforcé par sa foi, alors que le non croyant traîne la charge de doutes et d’hésitations qui l’accablent sans cesse. »

[Rabbi Na’hman de Breslev – sur Dévarim 1,12]

« Voici les paroles que Moché adressa à tout Israël » (Dévarim 1,1)

-> Le Rabbi de Lelov disait que chaque personne avait le sentiment que les paroles de Moché n’étaient destinées qu’à elle et à nulle autre.

-> Le Rabbi de Kassov disait : « Chaque fois que je parle à un groupe d’individus, je ne m’adresse à personne en particulier.
Toutefois, si quelqu’un a le sentiment que mes paroles le concernent tout spécialement, c’est qu’elles lui étaient réellement destinées. »

-> Le rav Avraham Twerski de nous dire :
« Nous n’avons plus le privilège d’avoir des prophètes pour nous communiquer des messages de D.
Aujourd’hui D. nous parle à travers diverses personnes.

Lorsque nous entendons quelqu’un parler de défauts de caractère, de la nécessité de s’élever, de s’affiner spirituellement et que nous avons le sentiment que ces paroles s’adressent à nous en particulier, nous pouvons être sûrs que c’est bien le cas.

Quelque part, tout au fond de nous, nous avons bien conscience de ce qui nous manque sur le plan spirituel. »

« Celles-ci sont les paroles (דברים). » (Dévarim 1,1 – élé aDévarim)

Rachi fait remarquer que le discours d’adieu adressé par Moché aux enfants d’Israël (avant sa mort), qui commence dans la présente paracha, passe en revue tous les événements au cours desquels ils ont irrité D. dans le désert.

Par respect pour le peuple, Moché ne parle qu’allusivement de ces péchés, même si l’intention de notre dirigeant était, par ses remontrances, de l’inciter à améliorer sa conduite.

Le rav Michaël Dov Weissmandel note que si la nation juive prend à cœur ces admonestations et observe fidèlement la Torah et les mitsvot, les calamités décrites dans les sections de Ki Tavo, Vayélé’h et Haazinou seront transformées en bénédictions.

Si l’on compte 613 lettres à partir du ב (bét) de דברים (dévarim), on aboutit à un ר (réch).
Si l’on compte 613 lettres à partir de celui-ci, on atteint un כ (kaf), puis 613 lettres plus tard, un ה (hé).

C’est ainsi que le mot ברכה (bénédiction) est épelé par « bonds » successifs de 613 lettres, correspondant aux 613 mitsvot de la Torah.

Source (b »h) : dvar Torah issu « Talelei Orot » du rav Yissa’har Dov Rubin

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-> Les paroles de remontrance de Moché ont un but.
Si les juifs accomplissent la Torah et les mitsvot comme il convient, alors ils mériteront la bénédiction, et les malédictions se changeront elles aussi en bénédictions.
La bénédiction qui est attachée à l’observance de la Torah et des mitsvot se trouve en allusion ici dans Dévarim, où par intervalle de 613 lettres, se forme le mot : béra’ha (bénédiction).
[Massé ‘Hémed]

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+ « Voici les paroles qu’a dites Moché à tout Israël » (Dévarim 1,1)

Le rav Chlomo Levinstein (dans son Oumatok haOr) fait remarquer que l’on trouve dans ce verset une allusion aux noms des parachiot du livre de Dévarim :
Moché dit au peuple juif : Voici les « Dévarim », les paroles que je prononce.
« Vaét’hanan » = je vous en supplie (mit’hanèn) de m’écouter.
« Ekev » = parce que, « Réé » = tu verras (tiré) la situation : il y a des « Choftim », des juges, D. nous jugera sur tout, si bien que : « Ki Tétsé », quand tu sortiras (tétsé) de ce monde, et « Ki Tavo », quand tu viendras (tavo) dans le monde à Venir, tu devras payer pour tes actes.
C’est pourquoi : « atem nitsavim hayom », vous vous tenez tous aujourd’hui, mais demain, vous connaîtrez : « Zot haBéra’ha), cette bénédiction.

« Et vous voici aujourd’hui, en multitude, comme les étoiles des cieux. » (Dévarim 1,10)

-> Dans la guémara (Yoma 22b), nos Sages posent la question suivante :
Il est écrit (Ochéa 2,1) : « Le nombre des enfants d’Israël sera comme le sable de la mer … », ce qui laisse entendre qu’ils pourront être recensés, puis ce verset se poursuit : « … [il] ne pourra se mesurer ni être compté ».
Comment résoudre cette apparente contradiction?

Nos Sages de répondre que la dernière partie du verset s’applique à l’époque où Israël accomplit la volonté de D., tandis que la 1ere vise celle où il ne la respecte pas.

-> Le ‘Hida de nous donner l’explication suivante :
Quand Israël se soumet à la volonté de D., chacun de ses membres est considéré comme constituant plus d’une personne.

C’est ainsi que Yaïr ben Ménaché était considéré comme valant à lui seul tout le Sanhédrin (selon la guémara Sanhédrin 44a).

=> Lorsqu’un peuple se compose d’être vertueux, il n’existe plus aucun moyen de le recenser car on ne dispose pas des instruments permettant de jauger la véritable valeur de chacun de ses membres.

Source (b »h) : dvar Torah issu « Talelei Orot » du rav Yissa’har Dov Rubin