« Voici les paroles que Moché a adressé à tout Israël » (Dévarim 1,1)

-> Rachi (v.1,1) : « Etant donné que ce qui va suivre est constitué par des remontrances, et que le texte énumère ici tous les lieux où ils ont irrité Hachem, il les dissimule et ne les cite que par allusions, afin de ménager l’honneur d’Israël. »

=> Moché ne voulait pas être trop dur avec le peuple et il ne les réprimanda que par allusion, pour leur honneur. Ainsi on peut se demander pourquoi dans la suite du livre de Devarim, on trouve que Moché revient sur ces réprimandes et les explicite de façon très claire, et pas seulement de façon allusive.

-> Le Mizra’hi explique que le problème d’expliciter les réprimandes ne se situe qu’au début de la paracha, où Moché réprimande (par allusion) le peuple pour toutes les fautes commises. Et effectivement, ce serait trop dur et trop humiliant que de réprimander clairement le peuple, pour toutes ces fautes, une après l’autre, sans interruption.
En revanche, dans la suite du texte de la Torah, les réprimandes explicites ne s’enchaînent pas. Le fait qu’il y ait des interruptions entre une réprimande et l’autre, sans que les paroles de morale s’enchaînent, cela est bien moins humiliant.
=> Ainsi, dans la suite du texte, Moché s’est donc permis de formuler des réprimandes explicites, parce qu’elles ne sont pas successives. Ce n’est que lorsqu’il a enchaîné toutes les remarques, qu’il les a formulées par allusion.

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-> Le Gour Aryé explique que Moché ne voulait pas commencer son discours, au début du livre de Dévarim, par des réprimandes explicites, car il convient toujours de débuter ses propos par des paroles positives et pas par des critiques.
Ainsi, pour ne pas commencer le livre de Dévarim justement par des réprimandes, Moché trouva donc bon de voiler et dissimuler ses réprimandes et les exprimer par allusion, au travers de la mention des différents lieux.
En revanche, par la suite, Moché reprit les réprimandes et les formula de façon explicite. Car dès lors qu’on se trouvait au milieu du livre, et non à son début, il n’y avait donc plus de problème à exprimer des paroles dures de morale.

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-> Selon le Maskil léDavid, lorsque Moché parla trop durement au peuple, notamment lorsqu’il leur dit : « Écoutez rebelles! », lors de l’épisode du rocher, il en fut sévèrement puni.
Dès lors, Moché redouta de réprimander le peuple avec sévérité, de peur de  »se brûler » une nouvelle fois.

Quand avant sa mort il se devait de les réprimander, il prit peur et ne le fit que par allusion. Hachem, Qui remarqua cela, le rassura et lui dit que cette fois-ci il est bon de réprimander le peuple, et même de façon explicite.
En effet, comme il se trouvait juste avant sa mort, le peuple serait réceptif et ses propos pourront avoir toute leur efficacité. Il était bon désormais, compte tenu de la situation, de réprimander clairement le peuple.
=> C’est ainsi que Moché se permit par la suite de formuler des propos de réprimandes clairs et explicites.

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-> Le rav Moché Feinstein dit que pour avoir son effet, la réprimande doit être comprise par l’auditoire.
Ainsi, comme l’élite du peuple, les personnes les plus élevées, étaient en mesure de comprendre les allusions de Moché. Pour eux Moché se permit de formuler des réprimandes allusives, car pour eux, même de telles réprimandes auront leur impact, car ils les comprendront.
En revanche, les gens simples du peuple ne comprirent pas ce message crypté de Moché. Ainsi, c’est pour qu’eux aussi puissent comprendre le message et que celui-ci ait toute son efficacité, que Moché dût reprendre les réprimandes et les exprimer clairement. Car sinon, le message n’atteindrait pas son but, car les gens simples ne le comprenaient pas.

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-> Celui qui donne une remontrance doit parler à chacun d’une manière qui lui est adaptée.
On ne doit pas faire un reproche adressé qui englobe tout le monde.
C’est pourquoi, lorsque Moché commença ses mots de réprimande aux Bné Israël, il démarra par le érev rav, qui les a rejoint en Egypte et qui était particulièrement entêté. Ainsi, il leur a parlé : « bamidbar » = mot qui est la combinaison de 2 mots : « bédibour mar »(d’un ton vif, critique).
Cependant, au restant du peuple, il a parlé : « bé’arava » (agréablement).
Moché a réprimandé le reste de la nation juive d’une manière gentille et agréable, afin que son message puisse entrer dans leur cœur et susciter l’engagement et le dévouement souhaités.
[Sifté Cohen]

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-> Le Imré Elimelekh rapporte l’enseignement des Sages qui dit que quand une personne se repent de ses fautes par amour d’Hachem, alors ses fautes se retrouvent transformées en mérites.
Ainsi, au départ Moché a réprimandé le peuple en allusion pour les fautes commises, car eut égard à l’honneur du peuple, il ne voulait pas expliciter leurs fautes.
Comme ils comprirent le message, ils se repentirent sincèrement de toutes ces fautes et les regrettèrent par amour pour Hachem. Dès lors, toutes ces fautes devinrent des mérites.

=> Moché se mit alors, par la suite, à détailler et expliciter tous ces péchés. Car à présent que les fautes étaient devenues des mérites, détailler et s’allonger sur le détail de ces fautes revenait en fait à s’étendre et à développer les mérites du peuple.
Il convenait donc bien d’en parler clairement.

« Voici les paroles que Moché adressa à tout Israël » (Dévarim 1,1)

-> Le Ohr ha’Haïm haKadoch interprète ce verset allusivement.
« Voici les paroles que Moché adressa » = Moché n’a jamais tenu de paroles vaines, et tous ses propos concernaient uniquement la Torah et étaient empreints de sainteté, en accord avec l’affirmation de nos Sages (guémara Yoma 19b) selon laquelle : « Quiconque entretient une conversation profane transgresse une mitsva positive, comme il est écrit : « Et tu en parles » (védibarta bam) = tu parleras [de Torah] et non pas de paroles vaines, inutiles (dévarim bétélim).

-> Le Tiférét Chlomo s’étonne : Moché était âgé de 80 ans avant le don de la Torah, et selon l’enseignement de nos Maîtres, il était roi en Ethiopie (après avoir fui l’Egypte).
=> Comment dire qu’il a tenu durant toute sa vie des propos de Torah, et qu’il n’a jamais discuté d’autre chose?

En réalité, lorsque nous tendons et aspirons à servir D., même le reste de nos préoccupations concernant nos besoins matériels entrent dans le cadre de la « Torah ».
=> Si nous sommes animés uniquement par le désir d’accomplir la volonté de D., tous nos gestes quotidiens (même le plus banal!) entrent alors dans une catégorie des paroles de la Torah.

« Ce qui sera trop difficile pour vous, approchez-le de moi et je l’écouterai » (Dévarim 1,17)

-> Le ‘Hatam Sofer dit que dans ce passage se cache une allusion aux paroles de la guémara (Taanit 7a) : « J’ai appris beaucoup de mes maîtres, de mes collègues plus que de mes maîtres, et de mes élèves plus que tous ».
Rachi explique : « De mes élèves plus que tous » = parce que les élèves soulèvent des objections et posent des questions.

Au début, la vérité est cachée même aux yeux du maître, mais quand il donne des explications à l’élève, celui-ci trouve matière à interroger et objecter, et par ce processus le maître se rapproche de la vérité, qui lui était cachée auparavant.

C’est ce que dit le verset : « ce qui sera trop difficile pour vous », au moyen des difficultés que vous objecterez, « approchez-le de moi », la chose se rapprochera de moi, « et je l’écouterai » dans ma tête pour le comprendre parfaitement.

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+ « Ce qui sera trop difficile pour vous, approchez-le de moi et je l’écouterai » (Dévarim 1,17)

-> A ce sujet, le Ramban donne l’explication suivante :
Voici le principe en ce qui concerne toute chose dont on ne sait pas si elle est permise et convenable ou non : nous pourrons l’analyser en nous éloignant du plaisir que cette chose procure. Alors, nous envisagerons le sujet de manière juste et saurons si telle est la volonté de D.

C’est la signification du verset :
– « Ce qui sera trop difficile pour vous » = une chose dont vous ignorez si elle est autorisée,
– « approchez-le de moi » = afin que toutes vos actions et vos considérations soient uniquement pour le Nom Divin.

« Il y a 11 journées depuis le ‘Horév » (Dévarim 1,2)

La majorité des commentateurs sont d’avis que le mont ‘Horév est un autre nom pour le mont Sinaï.

-> Le Kli Yakar trouve une allusion dans ces 11 jours : ils sont à mettre en parallèle avec les 11 jours de l’année où nous prenons le deuil pour la destruction du Temple.
Il s’agit des 9 jours du mois de Av, du 17 Tamouz, et du 10 Tévét.

[sans le Temple, nous ne pouvons pas accomplir la totalité des mitsvot de la Torah. Ainsi, ces 11 jours de destruction du Temple, symbolisent notre éloignement avec la Torah entière comme reçue au mont Sinaï.]

« Voici les paroles (élé aDévarim) adressées par Moché à tout Israël » (Dévarim 1,1)

-> Le Sfat Emet disait : le livre de Dévarim est comme les « téfilin chél yad » (téfilin du bras), dont toutes les parachiot sont rassemblées dans un seul boitier, alors que les 4 autres livres de la Torah sont comme les « téfilin chél roch » (téfilin de la tête), où les 4 parachiot sont disposées dans 4 boîtiers.

Le 5e livre de la Torah s’appelle : « Dévarim » (paroles), parce qu’en son début et à sa fin on trouve beaucoup de paroles de remontrance, dont le but est de rapprocher et d’attacher les cœurs des juifs à la Torah, comme les téfilin du bras, avec lesquels nous accomplissons : « vous les attacherez » en face du cœur.

« Voici les paroles que Moché a adressé à tout Israël » (Dévarim 1,1)

-> Rachi (v.1,1) : « Etant donné que ce qui va suivre est constitué par des remontrances, et que le texte énumère ici tous les lieux où ils ont irrité Hachem, il les dissimule et ne les cite que par allusions, afin de ménager l’honneur d’Israël. »

-> Rabbi Lévi Its’hak de Berdichev enseigne que devant le peuple juif (« à tout Israël »), Moché a fait des remontrances de façon allusive et en toute intimité.
Cependant, lorsqu’il parlait avec Hachem, Moché ne mentionnait pas les fautes du peuple.
Au contraire, il faisait des éloges et parlait beaucoup de leurs traits de caractère élevés, afin de susciter la miséricorde de D. sur Sa nation.

-> Ainsi, Moché nous apprend que la meilleure façon de faire des remontrances consiste en des allusions, amenées avec respect et en lui préservant son honneur.
A ce moment-là, elles peuvent avoir une influence sur la personne à qui l’on s’adresse.

Le mot « remontrances » (tokhé’ha) provient de la racine : « tokh » (intérieur), car son rôle est de faire pénétrer les paroles à l’intérieur du cœur de l’homme.
[l’essentiel n’est pas : « c’est bon j’ai fait ma part en le lui disant », mais plutôt l’essentiel est de faire le maximum pour que cela ait des chances de pénétrer en cette personne!]

Le Gaon de Vilna (michlé 9,8) compare la remontrance à un miroir, qui reflète le visage de l’homme et au moyen duquel il peut distinguer toutes les tâches et tous les soupçons de saleté présents sur son visage, et ainsi s’en débarrasser.
[on doit mettre la personne à l’aise, afin qu’elle soit dans de telles conditions qu’elle n’aura pas honte à se voir imparfaite dans le miroir. Le but est qu’elle soit encore plus magnifique, et non pas de lui causer publiquement de la honte!]

La remontrance est si importante que nos Sages l’ont comptée parmi les 48 qualités par lesquels on acquiert la Torah (« Celui qui aime les remontrances » – Pirké Avot 6,6).
Malgré son niveau incroyablement élevé, le Gaon de Vilna n’a pas hésité à demander et 0 payer son ami le Maguid de Doubno, pour qu’il lui fasse des réprimandes, lui adressant constamment des critiques sur ce qu’il devait corriger.
C’est uniquement ainsi qu’un homme peut se construire spirituellement, et ajouter de la perfection à sa perfection.
En effet, comme l’homme ne se voit à lui-même aucune imperfection, il a besoin d’entendre les paroles de critique d’autres personnes, qui seules peuvent distinguer ses défauts (que l’on peut même en venir à considérer comme des qualités!).

-> La guémara (Shabbath 119) affirme qu’une des raisons qui a provoqué la destruction du Temple, est que les gens ne se réprimandaient pas mutuellement.
On a l’habitude de lire la paracha Dévarim juste avant le 9 Av, pour nous apprendre qu’on peut construire Jérusalem par la mitsva de la remontrance, qui doit se manifester avec la plus grande douceur et gentillesse.

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-> « Ne réprimande pas le railleur, car il te haïrait ; fais des remontrances au sage, et il t’en aimera davantage » (Michlé 9,8)

Le Chla haKadoch (sur le verset v.1,13 : « des hommes distingués, sages, doués de discernement ») rapporte que le roi Chlomo veut dire : « Ne réprimandez pas une personne en se référant à lui comme à un railleur ; mais plutôt, réprimande-le d’une telle façon qu’il puisse penser qu’on le considère comme une personne intelligente, sage, et que c’est indigne de son haut rang d’agir ainsi.
De cette façon, il va t’aimer et accepter tes mots.

=> Faire de l’autre une personne importante, c’est l’encourager à agir en adéquation avec cela.

-> Par exemple, le rabbi Avraham Twerski rapporte que trop souvent les parents crient sur leurs enfants : « Tu n’es qu’un bon à rien! Comment peux-tu être aussi bête et paresseux? »

Un enfant qui va grandir en entendant de façon répétée de telles remarques, va petit à petit les absorber jusqu’à être persuadé d’être un sot et un paresseux, et va donc prendre des décisions dans sa vie qui reflète la faible image qu’il a de lui.
Il pourra même devenir totalement dépendant aux marques d’honneur, de respect, que l’environnement pourra lui témoigner, pour dépasser ce manque d’estime de soi.
[il vit alors pour le regard des autres, et plus pour lui-même!]

A l’opposé de cela, le père de rabbi Twerski lui disait : « Ce que tu as fais n’est pas approprié pour quelqu’un d’aussi formidable et extraordinaire que toi. »
Le message était : qu’il est un enfant incroyable avec un énorme potentiel, qui doit juste se concentrer à utiliser son énergie comme il le faut.

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-> Un jour le rav Eliyahou Lopian a dit à l’un de ses élèves qui arrivaient souvent en retard à la prière :
« Cela me fait tellement de peine de voir ton manque d’enthousiasme envers la prière. Si seulement tu pouvais savoir combien je t’aime et à quel point je m’inquiète pour toi, alors je t’aurai puni.
Mais je vois que tu es inconscients de mon amour et de ma préoccupation pour toi, donc je ne me sens pas à l’aise de te punir ».

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-> b’h, Nous allons voir un développement du rabbi Yérou’ham Lébovitch (‘Hokkhma ouMoussar).

A de nombreuses reprises, Moché a réprimandé le peuple d’Israël, mais à chaque fois il a terminé ses propos par une bénédiction.
En effet, celui qui rappelle aux gens leurs fautes ne doit pas les désespérer en les accablant et en les enfermant dans leurs péchés.

L’objectif de la réprimande est de les aider à se corriger et à se repentir. Il faut que tout le reproche soit orienté dans l’esprit de s’améliorer, mais jamais de ne montrer que le mal et la faute.
Il est fondamental d’ouvrir la porte au repentir.
L’issu doit être positive et lumineuse.

[par la téchouva tu peux effacer tout le « mal », et vu que tu es quelqu’un d’exceptionnel, il ne restera alors que de l’exceptionnel.]

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-> Il est écrit : « Réprimande ton prochain et ne fais pas porter la faute sur lui » (Kédochim 19,17).
=> Que signifie : « Ne fais pas porter la faute sur lui »?

Comme on vient de le voir, toute la réprimande doit être dirigée vers le repentir et l’amélioration du fauteur.
Le but est qu’il finisse par prendre le dessus sur sa faute et s’en dégager.

[il est quelqu’un d’exceptionnel, c’est uniquement sa faute qui est détestable, qui fait tâche, et il doit s’en s’en débarrasser, faire téchouva.]

Jamais une réprimande ne doit accabler et désespérer une personne.
Certes, tu dois réprimander ton prochain, mais surtout : « ne fais pas porter la faute sur lui », c’est-à-dire : ne lui suggère jamais que la faute est au-dessus de lui, qu’elle est trop lourde pour lui et que finalement, il ne s’en dégagera jamais.

=> Montre que c’est lui qui est au dessus de la faute, et qu’il pourra la maîtriser et s’en dégager.
C’est cela l’objectif de toute réprimande.

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+ « Voici les paroles que Moché a adressé à tout Israël » (Dévarim 1,1)

-> « Cela nous enseigne qu’ils étaient capables de supporter les réprimandes »
[midrach Yalkout Chimoni sur le v.1,1]

-> Rachi (v.1,3) : « Yaakov n’a adressé des remontrances à ses fils qu’à l’approche de sa mort. Il a dit : « Reouven, mon fils! Je vais te dire pourquoi je ne t’ai pas adressé de remontrances pendant toutes ces années : C’est pour que tu ne me quittes pas pour aller t’attacher à mon frère Essav ».  »

=> Nous devons beaucoup nous inspirer de ce Rachi.
Avec nos proches, et en particulier nos enfants, nous avons certes un devoir de réprimander ce qui ne va pas, mais nous devons savoir nous tempérer et ne pas être trop dur.
En effet, parfois pour se soulager la conscience nous « vidons notre sac » (c’est bon, je le lui ai dis, je ne peux pas faire plus!).
Mais cependant, si nous voulons réellement le bien de l’autre, ce n’est pas toujours la meilleure stratégie à adopter.

Le silence peut être plus bénéfique que la parole.
Beaucoup d’amour, beaucoup de valorisation de l’enfant, font beaucoup plus dans notre génération qu’une multitude de réprimandes.

-> Un midrach rapproche le terme « Dévarim » (les paroles de réprimande), du terme « dévorim » (דבורים), signifiant : « des abeilles ».
=> Nous devons faire en sorte que la piqûre inévitable dans une réprimande soit la moins douloureuse possible (on pique là où ça fait mal chez l’autre, sur son mauvais comportement).

Nous devons également nous assurer que de notre démarche, il n’en ressorte que du miel, et pas de l’aigreur (voir pire).

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-> « Que Hachem, le D. de vos pères, vous ajoute comme vous un millier de fois » (Dévarim)

-> Le rav Leibele Eiger de Lublin (petit-fils de rabbi Akiva Eiger) explique ce verset : Quand Moché a vu que le cœur des juifs se brisait à cause de ses remontrances, il a eu peur qu’ils tombent dans la tristesse, c’est pourquoi il leur a immédiatement dit : « Que Hachem vous ajoute comme vous un millier de fois », c’est-à-dire bien que je vous ai réprimandés, je voudrais qu’il y en ait beaucoup comme vous, des juifs droits, pendant toutes les générations … »

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-> Au sujet de la réprimande, b’h, voir aussi : https://todahm.com/2019/07/07/9477

« J’ai ordonné à vos juges, en ce temps là, en leur disant : « Ecoutez vos frères et jugez équitablement ». » (Dévarim 1,16)

-> Le Kédouchat Lévi explique l’emploi des termes « en ce temps là » (baét ha’i), de la façon suivante :

Dans nos générations, avant la venue du machia’h, un juge doit bien écouter les arguments des plaignants pour rendre la justice.
Mais, dans les temps futurs, nos Sages enseignent que le machia’h ne jugera pas en écoutant les différents arguments, mais il jugera par l’odorat.
Il sentira la justice et la vérité.

Ainsi, c’est seulement « en ce temps là » : c’est-à-dire dans nos générations avant le machia’h, que Moché donna ordre aux juges d’écouter pour juger.
Cependant, dans le futur, le machia’h ne jugera pas en entendant, mais en sentant.

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+ « Ecoutez vos frères et jugez équitablement » (Dévarim 1,16)

-> De ce verset, nos Sages (guémara Sanhédrin 7b) tirent qu’un juge ne doit pas entendre le témoignage d’une des parties avant que l’autre ne soit arrivée.
Un jugement ne doit pas se faire à la hâte, et aucune préférence ne doit être accordée à l’une des partie.

-> « Un homme ne peut fauter que si un esprit de folie pénètre en lui »
[guémara Sotah 3a]

-> « La stupidité (ou la folie) de l’homme fausse (ou déforme) sa voie, et contre Hachem, son cœur s’emporte » (Michlé 19,3)

Rabbénou Yona d’expliquer :
« L’homme stupide ne réfléchit pas avant d’agir, ne surveille pas les voies qu’il emprunte, et qui peuvent l’amener à fauter.
Il n’a pas l’habitude de faire un examen de conscience de ses actions et n’examine pas ses voies, ce qui empêche tout repentir.
De plus, lorsqu’il est sanctionné, il critique Hachem pour les malheurs qui le frappent, car il pense n’avoir aucune faute à se reprocher. »

=> Nous devons éviter d’agir sur un coup de tête, sur un vent de folie.
« Jugez équitablement » = Nous devons attendre que les 2 parties : le yétser ara et le yétser atov soient là, et pouvoir choisir ce qu’il convient de faire en fonction de la question : « Qu’est-ce que D. attend de moi? Qu’est-ce que je gagne, qu’est-ce que je perds en agissant de la sorte? »

Le yétser ara est là depuis notre naissance, le yétser atov arrive à nos 13 ans (bar mitsva).
De plus, le yétser ara propose des choses en apparence très intéressantes sur le moment, mais aux conséquences dramatiques pour notre futur.

« Hachem me parla en disant » (Dévarim 2,17)

-> Rachi explique que durant les 38 années où Israël a été en disgrâce (suite à la faute des explorateurs), D. n’a pas parlé [directement, en face à face] à Moché, avec tout Son amour, dans l’intimité et la sérénité.
Cela nous apprend que la présence Divine ne repose sur les prophètes que pour le peuple d’Israël, et elle s’en retire lorsqu’il n’est pas méritant.

=> Comment Hachem a-t-il communiqué avec Moché pendant cette période?

-> Selon Rachi (guémara Taanit 30b), Hachem lui parlait toujours avec amour, mais d’une façon indirecte : au travers des visions nocturnes.

-> Selon le Rachbam (guémara Baba Batra 121b), la communication se faisait régulièrement par des moyens indirects : comme un ange ou bien les Ourim véToumim du Cohen Gadol.
De plus, il écrit que Hachem ne parlait à Moché que pendant des moments où un incident nécessitait l’intervention Divine.

-> Rabbénou Bé’hayé est d’avis que durant cette période, Moché continuait à recevoir les prophéties, mais elles lui étaient transmises avec une clarté imparfaite à l’image des autres prophètes, et à l’opposé de la clarté absolue que Moché était habitué à recevoir.

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-> Sur ce verset, Rabbénou Bé’hayé (Dévarim 2,17) enseigne également que chaque année, Moché lui-même s’endeuillait pour ceux qui mouraient le 9 Av.

[Chaque année, la nuit du 9 Av, tous les hommes de la tranche d’âge destinée à mourir (de 20 à 60 ans au moment des faits des explorateurs) creusent des tombes et s’y allongent pour la nuit. Certains ne se réveillent pas.
Lorsque ceux qui sont encore en vie se réveillent le 9 Av au matin, ils entendent une voix proclamer : « Que les vivants se séparent des morts! »
A ce moment, ils se lèvent et quittent leur tombe.
Ce cérémonial se répète tous les ans à la même date pendant les 38 années suivantes jusqu’à ce que les 600 000 hommes de cette tranche d’âge soient morts, soit une moyenne de 15 000 hommes par an! – selon le Sifté Cohen]

=> Ainsi, même s’il était assuré de ne pas mourir, Moché ressentait tellement la douleur de son peuple, que le 9 Av, il s’endeuillait et ressentait la même douleur/appréhension que celui qui avait le plus de probabilité de mourir en cette nuit du 9 Av.

« Le cas qui sera trop difficile pour vous, vous me l’apporterez et le l’entendrai » (Dévarim 1,17)

Logiquement, Moché aurait plutôt dû dire que ce qui vous sera difficile : « je l’expliquerai », et non pas : « je l’écouterai ».

Il arrive qu’une personne se rende chez un Rav (Maître) pour lui parler d’un sujet qui lui est difficile, comme par exemple un souci personnel qui le perturbe. Mais en réalité, cette personne n’attend pas de réponse du Rav.
En effet, le simple fait de savoir que le Rav l’a écouté, même sans rien lui répondre, lui suffit déjà.
Cet homme ne raconte son souci au Rav que pour qu’il l’écoute, sans rien de plus.

=> C’est à cela que Moché fait allusion en disant que ce qui vous sera difficile : « je l’écouterai ».
Cela vous apaisera et vous contentera, puisque le simple fait de savoir que le Rav a entendu est souvent déjà suffisant.

[le Imré Emet]

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[d’une certaine façon, on peut étendre cela à une femme qui a besoin d’exprimer ses « préoccupations » quotidiennes à son mari.
Plus que d’obtenir une solution (qu’elle peut déjà avoir!), ce qu’elle désire c’est recevoir de l’attention, de la compassion, avoir l’oreille grande ouverte de son mari bien-aimé.]

« Hachem ton D. est avec toi, tu ne manques de rien » (Dévarim 2,7)

Ce verset peut s’expliquer de 2 façons :

-> 1°/ Si tu places ta confiance en Hachem et que tu vis avec Lui au point de ressentir que : « Hachem ton D. est avec toi », alors « tu ne manqueras de rien », car rien n’est impossible pour Hachem et il ne manque rien dans les trésors du Roi.
=> Ainsi, Hachem en qui tu as confiance remplira tous tes manques.

-> 2°/ Une lecture dans l’autre sens est également vraie.
Si tu es heureux de ce que tu as et que tu ressens que rien ne te manque, alors Hachem fera résider Sa présence avec toi.
=> Si « tu ne manques de rien » et que tu te réjouis de ta part, alors tu mériteras que : « Hachem ton D. est (sera) avec toi ».

[selon le Rabbi Moché Midner – petit-fils du Yessod véChoréch ha’Avoda et élève de rabbi ‘Haïm Soloveitchik]