"La plus grande bénédiction de la vie est la capacité d'entretenir une relation avec le Maître du monde."

[Déguél Ma'hané Efraïm - Toldot 27,28
- "Et Il te donnera (véyiten lé'ha) : aElokim"]

"Avraham a engendré Its'hak" (Toldot 25,19)

-> Avraham représente la émouna et Its'hak représente la joie.
[Avraham a passé sa vie à amener dans ce monde la notion d'émouna, et le nom Its'hak signifie : rire]

C'est le sens du verset : "La émouna donne naissance à la joie".
En effet, lorsqu'on croit que tout est pour le bien, alors nous sommes toujours joyeux.

[Avodat Pnim]

"Essav devint un homme sachant chasser, un homme des champs, et Yaakov était un homme intègre, demeurant dans les tentes [de la maison d'étude]" (Toldot 25,27)

=> Pourquoi à l'image d'Essav "un homme sachant chasser", n'est-il pas écrit sur Yaakov : "un homme sachant la Torah" (ich yodéa Torah)?
Pourquoi ne mentionner que le fait "demeurant dans les tentes "?

-> Le rav Wosner explique que la plus grande louange est d'être : "demeurant dans les tentes [de la Torah]" = étudier et peiner encore et encore dans la Torah.
En effet, notre tâche est d'investir tous nos efforts, nos capacités (ex: assister aux cours), mais la réussite dans la Torah c'est un cadeau d'Hachem.

<--->

-> Le Targoum Yonathan (v.25,27) commente : "Essav était une personne qui gaspillait son temps".

=> C'est là toute la différence entre Essav et Yaakov : le fait de ne pas perdre son temps.

<-------------->

+ 'Yaakov était un homme intègre, demeurant dans les tentes [de la maison d'étude]" (Toldot 25,27)

-> [Le simple fait ] d'être assis dans une maison d'étude (beit midrach) est une mitsva, comme il est écrit : "Heureux ceux qui résident dans Ta demeure" (achré yochvé bété'ha - Téhilim 84,5).
[Choul'han Arou'h 151,1]

-> Même si on ne comprend pas ce qu'on étudie, néanmoins le temps passé dans un beit midrach est une mitsva.
[michna Broura (6)]

-> De tous les mérites que Yaakov avait (sa Torah, ses très nombres excellentes actions), la Torah n'en mentionne aucun autre que : "demeurant dans les tentes" (yochev ohalim) = c'est-à-dire qu'il s'asseyait dans le beit midrach.
C'est parce que le fait d'être assis dans une synagogue et un beit midrach est quelque chose de très grand, et ce même si on y est assis sans étudier la Torah ou prier.
[le Rama de Pano]

-> Evidemment que nous devons faire attention aux lois, et à honorer de tels endroits (synagogue, beit midrach).
Mais nous devons également réaliser que le simple fait d'y être est un mérite énorme, au point où parmi tous ses mérites, la Torah caractérise Yaakov de "demeurant dans les tentes [synagogue, maison d'étude]"...

Cela se retrouve en allusion :
- achré yochvé bété'ha (Heureux ceux qui résident dans Ta demeure [même s'ils ne font que y être assis (yochev)]) ;
- od = à plus forte raison ;
- yéallélou'ha séla (Te louer sans cesse) = encore bien plus heureux sont ceux qui y louent Hachem (par leurs prières, études).
[rav Elimélé'h Biderman]

<---------------->

-> Rabbi Chimon dit : Celui qui marche sur la route en étudiant et interrompt son étude pour s'exclamer : "Que cet arbre est beau!", "Que ce champ est beau!", le verset le considère comme passible de mort.
[Pirké Avot 3,7]

=> Comment comprendre cela?

Le rav Elimélé'h Biderman explique que nous devons nous imaginer dans un avion en plein vol, et que tout à coup nous entendons un des passagers s'exclamer : "Regardez cet arbre magnifique! Regardez ce magnifique champ!"
Tout le monde dans l'avion commencerait à paniquer car s'il est possible de voir des arbres et des champs d'aussi près, c'est un signe que l'avion vole très bas, et qu'il va très probablement s'écraser.

De même, lorsque nous étudions la Torah, nous ne devrions pas pouvoir remarquer les arbres.
Si tel est le cas, cela signifie que l'on n'est pas pleinement plongé dans la Torah, et c'est pourquoi il est si grave d'en arriver à discuter des arbres et des champs (de toute chose non nécessaire à l'étude) en plein milieu de notre étude de Torah.

[l'idée est la même au moment de notre prière : si des pensées étrangères peuvent se développer dans notre esprit, c'est que nous n'avons pas suffisamment conscience de la réalité : nous sommes en rendez-vous privé face à face avec Hachem, qui peut tout nous accorder, ... ]

<--->

-> "J'ai une 'havrouta (binôme d'étude) pour étudier la Torah.
Il est toujours très ponctuel, et il est également extrêmement intelligent. Je suis impressionné par son ingéniosité.
Est-ce que vous savez qui est ma 'havrouta?
Il s'agit du yétser ara"
[paroles d'un Sage]

[souvent notre yétser ara se déguise en grand tsadik, qui donne de bons conseil d'ami, afin de pouvoir nous dérober sans que l'on s'en rende compte ce que nous avons de plus précieux : notre temps.]

Hachem dit : "Si vous sentez que Essav vient contre vous, échappez-vous vers la Torah"

[midrach Dévarim rabba 1,19]

<--->

-> "La voix est la voix de Yaakov et les mains sont les mains de Essav" (Toldot 27,22)

Le Gaon de Vilna interprète ainsi ce verset :
Quand la voix est celle de Yaakov (par l'étude de la Torah et la prière), alors les mains, sous-entendu ses mains, c'est-à-dire les mains du peuple juif, seront les mains de Essav.
Le peuple d'Israël aura alors le droit de ''subtiliser'' les mains de Essav pour les utiliser pour se défendre et se protéger.

Ainsi, cela revient à dire que "les mains ne seront plus les mains de Essav" = Tous les ennemis d'Israël n'auront plus leurs mains pour faire du mal au peuple juif, puisque leurs mains c'est-à-dire leurs forces seront neutralisées pour être transférées au profit d'Israël en vue de se défendre et de se protéger.

<--->

-> Un conférencier disait : "la Torah est comme l'oxygène. De même que nous ne pouvons vivre sans oxygène, nous ne pouvons vivre sans Torah".
Le rabbi 'Haïm de Brisk n'est pas d'accord avec cela, car pour lui : "l'oxygène aide les gens à vivre, mais la Torah c'est la vie elle-même."

<--->

-> Le Kédouchat Yom Tov dit que lorsque nous étudions la Torah nous nous éloignons des impuretés de ce monde, et ainsi nous nous sauvons de devenir impurs par les influences [mauvaises] de l'exil.

"Ils le quittèrent en paix" (Toldot 26,31)

-> Ce verset dit que les Pélichtim (Philistins), qui avaient Avimelé'h comme roi, quittèrent Its'hak en paix, c'est à dire avec sérénité.
Cela montre une différence entre un non juif et un juif.
En effet, seul un non juif est capable de quitter un homme Juste (tsadik) sereinement, c'est-à-dire sans en être remué ni propulsé intérieurement, et en restant le même qu'avant.
En revanche quand un juif rencontre un Juste (tsadik) et a le mérite de le côtoyer, au moment de le quitter, il en est remué.
Il ne peut pas le quitter, serein, sans que rien ne change en lui.

[Rabbi Bounim de Pchis'ha]

"Yaakov dit à son père : Je suis Essav, ton premier né ; J'ai fait comme tu m'as dit" (Toldot 27,19)

-> Apparemment, Yaakov dit ici un mensonge à son père, puisque ce dernier a parlé à Essav, et non pas à lui.

En réalité, Its'hak a toujours eu l'habitude d'encourager ses enfants à écouter leurs parents. Bien plus, pour conforter l'harmonie dans son couple, Its'hak disait constamment à ses enfants de bien respecter leur mère et de lui obéir.
C'est d'ailleurs ainsi que doit se comporter tout père de famille.

Or là, même si Its'hak parla à Essav pour lui demander de lui préparer un repas en vue de se faire bénir, malgré tout, Rivka demanda à Yaakov de prendre la place de Essav et d'aller lui recevoir les bénédictions.
=> Yaakov, qui écouta fidèlement les paroles de sa mère, pouvait donc affirmer à son père : "J'ai fait comme tu m'as dit" = c'est-à-dire j'ai appliqué ce que tu m'as toujours dit, à savoir d'écouter et d'obéir à ma mère.

[Ben Ich 'Haï]

"La voix, c'est la voix de Yaakov et les mains sont les mains de Essav" (Toldot 27,22)

Le midrach (Béréchit rabba 65) interprète : Lorsque la voix de Yaakov est entendue, celle de la prière et celle de l'étude de la Torah, les mains d'Essav n'ont aucun pouvoir sur les descendants de Yaakov.

C'est pourquoi, se basant sur cette bénédiction d'Its'hak, les opposants aux sages de l'époque de la destruction du 2e Temple, étaient assurés que par le mérite de l'étude de la Torah de leur génération, les juifs pourraient vaincre les romains par la guerre.

Cependant, les sages (rabbanan) ont prévenu les opposants qu'ils ne réussiraient pas à vaincre militairement les romains qui assiégeaient Jérusalem, car la voix de Torah de Yaakov n'a plus de pouvoir dans une génération qui pratique le lachon ara qui vient réduire à néant la voix de la Torah.

La guémara (Guitin 56a) dit : "L'empereur envoya Vespassien (en remplacement de Néron) qui assiégea Jérusalem durant 3 ans."
Pourquoi cela?
A part l'exil, les juifs ont dû subir un siège de 3 ans, avec les souffrances de la famine, parce la faute de la génération était la haine "gratuite" ou lachon ara qui est compté au moins autant que [la réunion] des 3 transgressions (idolâtrie, inceste et meurtre) qui ont conduit eux à la destruction du 1er Temple [alors que le lachon ara seul a suffit à provoquer la destruction du 2e Temple, avec un exil très long qui dure encore!].

[d'après le Ben Ich 'Haï - guémara Guitin 56a]

<--->

+ Contexte :

[Avant la destruction du 2e Temple, cette guémara rapporte que 3 hommes très riches avaient les moyens de nourrir tous les habitants de Jérusalem pendant 21 ans, permettant au rabbanim de négocier la paix (car en raison du lachon ara les juifs ne pouvaient pas gagner militairement).

Cependant, ceux qui voulaient combattre empêchaient les sages de sortir de la ville pour négocier, et ils ont mis le feu aux réserves de blé et d'orge (et autres ressources) et se fut la famine. En effet, ils désiraient obliger le peuple à prendre les armes.

Selon le Sforno, si les opposants avaient obéi à rabbi Yo'hanan ben Zakaï et aux Sages de leur génération, le 2e Temple n'aurait pas été détruit par les romains, et il n'y auraient pas eu l'exil du peuple d'Israël.]

"Its'hak aimait Essav" (Toldot 25,28)

=> Pourquoi Its'hak aimait-il tant Essav?

En réalité, Its'hak vivait déjà comme dans les temps futurs. Or, si Hachem voudrait ensuite rejeter le peuple juif du fait de ses fautes, Its'hak pourra à présent plaider en sa faveur en disant : "Les juifs sont malgré tout moins mauvais que Essav. Et pourtant, moi j'ai aimé Essav! Toi aussi, malgré leurs fautes, Tu ne dois pas les rejeter et Tu dois continuer à les aimer!"

[rabbi Meïr de Prémichlan]

[Lorsque Rivka apprit qu'Essav prévoyait de tuer son frère Yaakov, elle lui dit de fuir à 'Haran, chez son frère Lavan. Elle dit, ] "Tu resteras chez lui quelque temps, jusqu'à ce que s'apaise la fureur de ton frère. Lorsque l'animosité de ton frère ne te menacera plus et qu'il aura oublié ce que tu lui as fait, je t'enverrai ramener de là bas : pourquoi m'exposer à vous perdre tous 2 à la fois?" (Toldot 27,44-45)

=> Il est étonnant que Rivka prononce la même phrase à 2 reprises : "jusqu'à ce que s'apaise la fureur de ton frère. Lorsque l'animosité de ton frère ne te menacera plus".
Qu'essayait-elle de dire à Yaakov?

Le Panim Yafot (rabbi Pin'has Horowitz) répond :
La traduction littérale de la déclaration de Rivka est : "jusqu'à ce que la colère de ton frère se calme de ta part" (ad shouv af a'hikha mimé'ha => mimé'ha = de toi!).

Rivka dit à Yaakov : "Fuis 'Haran et restes-y jusqu'à ce qu'Essav s'apaise de sa fureur contre toi, et abandonne son plan de te tuer".
Mais comment allait-il savoir que la fureur d'Essav s'était calmée et qu'il serait en sécurité pour rentrer à la maison?

La réponse est : "de ta part" (mimé'ha) = de toi, en examinant tes propres sentiments.
Lorsque le jour viendra où tu ne ressentiras plus de colère envers lui, alors tu pourras être certain qu'il ne portera plus de rancœur à ton égard.
En effet, les émotions humaines suscitent un réponse mutuelle : la bienveillance engendre la bienveillance, la haine engendre la haine.

[tu veux qu'autrui t'aime, alors commence par l'aimer, par avoir un regard positif sur lui dans ton cœur!

A l'image de l'eau qui reflète ton visage, le cœur d'autrui reflète les émotions qui sont dissimulées dans ton cœur à son égard.
Si tu as l'impression qu'autrui ne t'apprécie pas, alors développe beaucoup d'amour dans ton cœur, et il en viendra à t'apprécier d'avantage!]

<------------->

-> "Comme le reflet du visage dans l'eau, tel le cœur de l'homme pour l'homme" (Michlé 27,19)

-> "Notre maître [le rav 'Haïm de Volozhin] a enseigné qu'il existe un remède certain pour celui qui aurait des ennemis : il s'efforcera de penser qu'ils sont des tsadikim parfaits et il les jugera favorablement.
Ils se transformeront alors sur le champ en amis".
[rav Its'hak de Volozhin - dans son Pé Kadoch]

A partir de cela le rav Its'hak de Volozhin dit que l'on peut également apprendre l'inverse : si quelqu'un désire vérifier si untel le hait, il faudra qu'il examine s'il n'entretient pas lui-même un ressentiment à son égard dans son cœur.
C'est ce que Rivka dit à Yaakov : comment sauras-tu que la colère de ton frère s'est estompée?
Lorsque disparaîtra "la colère ... de toi", c'est-à-dire lorsque tu feras disparaître la colère que tu éprouves à son égard.
Rav Its'hak ajoute que ce n'est pas seulement un signe mais également une raison : si un homme extirpe de son cœur tout ce qu'il reproche à son prochain, alors ce dernier cessera lui aussi de le haïr.

[en ce sens les 'hassidiques mettent en pratique ce concept : en inondant d'amour autrui, il va forcément en venir à avoir des liens d'affection, des sentiments positifs réciproques.]

"Its'hak se remit à creuser les puits que l'on avait creusés du temps d'Avraham son père et que les Philistins avaient comblés après la mort d'Avraham. Il leur imposa les mêmes noms que leur avait imposés son père." (Toldot 26,18)

-> Le Chem miChmouël commente :
Il est écrit : "Telles des eaux profondes, les idées abondent dans le cœur humain : l'homme avisé sait y puiser" (Michlé 20,5).

Avant qu'un puits ne soit creusé, l'eau du puits est présente, mais elle est cachée et enfouie profondément dans les entrailles de la terre.
L'homme avisé est celui creuse le puits, enlève la terre et met l'eau à découvert.

Sur un plan spirituel, cela signifie que dans la profondeur cachée du cœur et de l'esprit de l'homme, il y a la connaissance de Hachem. Mais cette conscience est recouverte par des couches de matérialité et de désirs.
Pour ramener l'étincelle de sainteté à la surface, il est nécessaire d'enlever cette couche de matérialité.

Le creusement du puits représente l'influence d'Its'hak pour enlever la couche de matérialité et d'indifférence qui couvre notre cœur, mettant à jour la crainte et le respect pour Hachem qui sont présents dans le cœur de chaque juif.

<------------------->

+ "Il (Its'hak) creusa des puits d’eau"

=> Pourquoi la Torah se rallonge-t-elle tant pour parler des puits que creusa Its'hak?

Une des leçons que la Torah veut transmettre par ce récit est que quand quelqu'un réalise une action, si cette action échoue, il ne doit pas s’empresser d'en conclure que cela prouve qu'Hachem ne veut pas qu’il fasse cette chose-là.
En effet, Its'hak creuse un premier puits. Cela lui cause des ennuies. Et là, il ne se dit pas que cela montre qu’Hachem n’approuve pas son entreprise. Et au contraire, il creuse un deuxième puits. Cela lui cause encore des ennuies. Mais au lieu de baisser les bras, il creuse un troisième puits, qui est une réussite.

=> Cela nous apprend que même si ce que l’on fait se confronte à des difficultés, on ne doit pas se décourager et renoncer. Mais on doit se renforcer et continuer. Peut-être qu’Hachem veut simplement tester combien il est prêt à se battre pour son projet!
[Rav Aharon Bakchat]

<------------------->

+ "Its'hak se remit à creuser les puits"

=> Pour quelle raison Its'hak a-t-il fait le sacrifice de revenir pour creuser des puits qui l'avaient déjà été par son père Avraham? Pourquoi n'a-t-il pas fait une pause en attendant de trouver un puits non revendiqué par les Philistins?

-> Le Zohar nous en explique la signification de cette attitude :
Les Patriarches ont creusé des puits afin que tout un chacun puisse en boire. Ainsi, des gens viendraient chez eux et ils pourraient leur enseigner la Torah.
C'est d'ailleurs pour cette raison que les Philistins avaient comblé les puits et s'étaient battus pour eux : ils étaient les émissaires du mauvais penchant, qui lutte contre l'enseignement de la Torah et tente de l'annuler.
Mais Its'hak ne s'est pas laissé impressionner par les embûches du mauvais penchant.

Au contraire, "il se remit à creuser les puits ... Ils ont creusé un autre puits ... Il a creusé un autre puits" = Its'hak n'a pas interrompu sa mission, mais il a poursuivi son chemin malgré tous les obstacles, comme il est écrit : "Le juste tombe 7 fois, et se relève" (Michlé 24,16).

Puis une fois qu'il a creusé le 3e puits, il est écrit : "On ne le disputa pas, il le nomma Ré'hovot" = Cela nous enseigne que si quelqu'un surmonte les obstacles du mauvais penchant, ce dernier finira par l'abandonner et il pourra servir Hachem dans la tranquillité (Ré'hava).

<------------------->

+ Il leur donna les mêmes noms que leur avait donnés son père"

-> Tous les puits qu'avait creusés Avraham et auxquels il avait donné un nom, bien que les Philistins les aient bouchés et que Its'hak les ait de nouveau creusés, il ne leur a pourtant pas donné un nouveau nom, mais a gardé les noms donnés par son père. Pourquoi cela?
A cause de sa modestie, et à cause de l'honneur dû à son père.

Quelle récompense cela lui a-t-il valu?
Que le nom de tous les Patriarches a été modifié : Avraham s'appelait d'abord Avram puis Avraham, Yaakov s'appelait d'abord Yaakov puis Israël.
Mais Its'hak avait été nommé Its'hak par Hachem avant même sa naissance, et son nom n'a jamais été modifié.
[midrach haGadol]

<--->

+ "Tous les puits creusés par les serviteurs de son père, du temps de son père Avraham, les Philistins les comblèrent en les remplissant de terre" (Toldot 26,15)

-> Its'hak refit creuser ces puits et leur attribua les mêmes noms qu'Avraham leur avait donné (v.26,18). [pour honorer son père]
Ceci nous enseigne qu'il nous faut conserver les coutumes de nos parents, sans les modifier.
Même s'agissant d'une chose aussi triviale que la nomination de puits, Its'hak ne changea pas la coutume instaurée par son père.

Ces puits font également allusion aux nouveaux convertis par Avraham. Ils devinrent les réceptacles de la foi, au même titre que les puits sont des réserves d'eau.
Après la mort d'Avraham, les Philistins les incitèrent à retourner vers l'idolâtrie, ainsi "ils les emplirent de terre". Its'hak les "recreusa" en leur enseignant à nouveau les voies de Hachem.
[rabbénou Bé'hayé - rapporté dans le Méam Loez - Toldot 26,15]

-> Selon le rav Elimélé'h Biderman, essayer d'adopter des actions vertueuses de ses parents fait partie de la mitsva de kiboud av vaém.
Rabbénou Béha'yé conclut son enseignement ci-dessus ainsi : "C'est peut être pour cette raison que le nom d'Its'hak n'a pas été changé, contrairement aux autres Patriarches".
[Avram a été modifié en Avraham ; Yaakov en Israël. Mais Its'hak a gardé le même nom, car il n'a pas voulu changer même les noms des puits choisis par son père.
Nos Patriarches symbolisent cette notion de fidélité à la tradition, tout en développant chacun ses capacités uniques (chacun est considéré un Patriarche a part entière, car il a fait son chemin personnel, tout en restant fidèle aux valeurs de son père, d'Hachem. [l'eau représente la Torah, ainsi en puisant l'eau dans un puit au nom inchangé, témoigne de l'importance de toujours s'abreuver chez nos Sages, nos anciens])]

-> Il est écrit dans la paracha : "il amena (à manger) à son père (vayavé léaviv - וַיָּבֵא לְאָבִיו) " (Toldot 27,31).
On constate que ces mots peuvent se lire de manière identique dans les 2 sens (palindrome).
C'est une allusion au fait que tout ce que l'on donne à ses parents nous revient ensuite.
Il y a aussi l'idée que si l'on honore son père et sa mère, alors de même nos enfants vont nous honorer en retour.

-> Le 'Hayé Adam (67) écrit :
"Honorer [ses parents] doit se faire avec ses pensées, ses actions et ses paroles.
Les honorer avec ses pensées signifie ... que son cœur doit considérer ses parents comme des gens importants ...
On ne doit pas considérer ses parents comme des personnes médiocres, même si on agit respectueusement envers eux et qu'on leur parle avec révérence.
Chacun a le devoir de considérer ses parents comme des personnes honorables et dignes, même si tous les autres les considèrent comme des personnes tout à fait ordinaires.
Voilà l'aspect le plus important de la mitsva d'honorer ses parents".

-> Essav est connu pour l'exemplarité de l'honneur et du respect qu'il témoignait à son père Its'hak.
Le Yaarot Dvach dit que cet honneur était en réalité loin d'être parfait, car il honorait son père Its'hak uniquement par ses actions et ses paroles, mais pas par ses pensées. Il ne respectait pas Its'hak dans son cœur.

Pour prouver cela, on peut considérer le fait qu'Essav voulait offrir à son père de la viande de chien.
En effet, le Targoum Yonathan (27,31) écrit : "Hachem a empêché Essav de trouver du gibier casher. Il a trouvé un chien, l'a tué, et en a fait avec un appétissant repas, et il l'a amené à son père.
Il a alors dit : "Père, lève-toi et mange du plat de ton fils"."

Ainsi, bien qu'Essav est loué pour le respect à son père (kiboud av), il est évident de cet épisode qu'il n'avait pas dans son cœur une forte admiration pour son père (ce n'est qu'un chien, alors je peux lui donner du chien à manger!).
Tout ce qu'il faisait n'était qu'extérieur, et ainsi nous avons le potentiel d'annuler son mérite.

Le rabbi Yonathan Eibshitz (Yaarot Dvach) écrit : "La puissance d'Amalek vient des mérites d'Essav, du fait qu'il honorait son père Its'hak. D'ailleurs : "Its'hak aimait Essav" (v.22,28).
Essav avait une langue trompeuse, mais en son cœur il n'honorait pas Its'hak.
Aucun de ses actes pour son père ne venait de son coeur, mais seulement de sa bouche."

Le Yaarot Dvach poursuit que c'est pourquoi nous pouvons annuler les mérites d'Essav en servant Hachem avec sincérité, avec notre cœur, avec amour, crainte et joie.
En agissant ainsi nous témoignons que le cœur est le principal, et non les actions/paroles, et nous réduisons d'énormément les mérites qui donnent de la force à Essav.
Mais si nous servons également Hachem uniquement par nos actions, sans y mettre notre cœur, cela implique que nous considérons que les actions et les paroles sont principales.
Tant que nous servons D. extérieurement (paroles, actes), alors le mérite de kiboud av d'Essav reste.

=> Lorsque Its'hak a gardé les noms des puits inchangés, c'est une allusion à cette notion que la source d'eau (la Torah, les larmes/postillons de prière), à la tradition (nos parents qui sont un rang plus proches du don de la Torah, de nos Sages), doit provenir des profondeurs (de notre cœur), et non de la surface (extériorité).

Le Yaarot Dvach dit que nous ne devons pas servir Hachem par routine, nos lèvres bougeant machinalement et notre cœur restant immobile.
La prière est dénommée : "le service du cœur" (avoda chébalev), car l'essentiel provient des sentiments du cœur (ex: la conscience et la joie d'être en rendez-vous privé en face à face avec papa Hachem, qui peut tout nous donner, qui peut tout changer positivement en un instant ...).

Le Yaarot Dvach écrit :
"Cependant en raison de nos nombreuses fautes, les gens sont habitués à marmonner leurs prières, téhilim, ... Les lèvres et la langue bougent sans s'arrêter par la force de l'habitude, et dans le cœur il y a des pensées étrangères ... [ex: physiquement on est à la synagogue, mais notre vrai nous-même à la tête qui voyage bien loin]
Honte à nous le jour du jugement! Lorsqu'on nous montrera toute notre vie et qu'on n'aura que 2 ou 3 prières vraiment prononcées avec kavana, d'un cœur humble, comme si l'on se tenait face au Roi des rois Hachem, sans y mélanger des pensées étrangères et des sujets non liés à la prière ...
Une telle conduite donne des forces à nos ennemies, car nous sommes en exil sous la domination du domaine d'Essav, qui provient de leur ancêtre [Essav] dont sa force était sa bouche. [ex: il excellait dans le kibud av par ses paroles]
Si nous servons Hachem avec notre cœur, il perdra de sa force. Mais si nous nous comportons comme lui, en servant Hachem que par notre bouche, alors le mérite d'Essav reste en place."

"La voix, c’est la voix de Yaakov et les mains sont les mains d'Essav" (Toldot 27,22)
Selon le Yaarot Dvach, cela signifie que si nous avons la voix de Yaakov (kol Yaakov), c'est-à-dire que nous disons des paroles de Torah et que nous prions, c'est certes bien mais tant que nous ne mettons pas notre cœur, alors dans ce cas : "les mains sont les mains d'Essav" (véayadayim yédé Essav) = Essav aura toujours du pouvoir sur nous.
Cependant lorsque nous servons Hachem avec notre cœur, alors le mérite d'Essav est annulé, et Amalek n'a plus aucun pouvoir sur nous.

=> Nous devons retirer la pierre (c'est un des noms du yétser ara) qui empêche de pouvoir extraire du puits de nos profondeurs notre prière, à l'image de nos ancêtres, de nos Patriarches (ils ont institué les 3 prières journalières).

<-------------------------------------->

+ Its'hak se remit à creuser les puits qu'on avait creusés du temps d'Avraham ... Il délogea de là et creusa un autre puits qu'on ne lui disputa pas, il le nomma Réhovot, disant : "Pour le coup, Hachem nous élargis, et nous prospérons dans la contrée". (Toldot 26,18-22)

=> Pourquoi la Torah nous informe-t-elle qu'Its'hak creusa des puits? Cette indication ne présente à priori aucun intérêt.

En réalité, ces puits se réfèrent aux temps futurs.
- Le 1er puits fut nommé : Essék (défi - עֵשֶׂק), en référence au premier Temple. [Sa destruction représenta le plus grand défi imposé au peuple juif].
- Le 2 puits : "Sitna" (שִׂטְנָה), correspond au 2e Temple.
Hachem provoqua sa destruction à cause du péché de la haine gratuite, qui incite les hommes à servir la cause du Satan, qui incite les hommes à se quereller sans aucune raison.
- Le 3e puits (du nom de : Ré'hovot - רְחֹבוֹת -> ré'hava = tranquillité), autour duquel il n'y eut aucune dissension, se réfère au 3e Temple dont la construction interviendra lors de l'époque du machia'h, qui sera une période de paix et d'amour, très bientôt avec l'aide de D.
[Méam Loez - Toldot 26,18-22]

<--->

+ "Il monta de là à Béer Chéva" (Toldot 26,23)

-> A Béer Chéva, Its'hak creusa encore 4 puits, correspondant aux 4 campements que les juifs dressèrent dans le désert.
[Avec les 3 puits déjà creusés et ces 4 autres, nous obtenons un total de 7. Ce qui explique le nom de Béer Chéva, signifiant : "le 7e puits".]
Selon une autre opinion, il creusa 5 puits en comparaison aux 5 livres de la Torah.
En effet, les épreuves traversées par nos Patriarches ont une valeur symbolique pour leurs descendants, se référant à certains événements futurs.
[Méam Loez - Toldot 26,23]

<-------------------------------------->

-> Le 'Hafets 'Haïm écrit :
"Les puits d'eau que Its'hak a creusés nous enseignent qu'une personne ne doit jamais arrêter les efforts qu'il a commencés à déployer. Le désespoir et l'échec ne doivent pas le stopper.
Si Its'hak creusait un puits et n'y trouvait pas d'eau, il en creusait un autre.
Et si les gens se battaient pour le puits et clamaient qu'il leur appartenait, alors il en creusait un autre.
Its'hak continuait de creuser jusqu'à finalement trouver un puits, que personne ne contestait, et il l'a appelé : Ré'hovot.
Nous devons agir de même dans nos efforts spirituels ou matériels.
Si une personne étudie la Torah et ne réussit pas, elle ne doit pas s'arrêter d'étudier la Torah, car à la fin elle réussira. Même si au début nous avons du mal à comprendre, au final nous comprendrons bien."

[l'idée est de ne jamais désespérer, de sans cesse repartir de l'avant avec une vigueur renouvelée, et ce jusqu'à réussir.
Aux yeux d'Hachem ce qui compte c'est cet état d'esprit d'investir le meilleur de soi-même, et ce chacun à notre niveau, selon nos capacités.]