"Les jours d'Israël [Yaakov] approchant de leur terme" (Vayé'hi 47,29)

-> Le Ohr ha'Haïm haKadoch enseigne :
Chaque juif a une âme pure et divine qui est divisée en une multitude d'étincelles correspondant exactement au nombre de jours de la vie de l'homme dans ce monde ici-bas.
Ainsi, chaque jour de la vie d'un juif incarne précisément une de ces étincelles.
L'homme a le devoir d'accomplir la réparation de chacune des étincelles de son âme par l'intermédiaire de l'étude de la Torah et de l'accomplissement des mitsvot jour après jour.
En agissant ainsi, il répare chaque jour l'étincelle relative à la journée en cours. Par contre, s'il ne s'affaire pas dans l'étude de la Torah et l'accomplissement des commandements une journée entière, l'étincelle de l'âme relative à ce jour est endommagée.

De plus, le Ohr ha'Haïm haKadoch explique la raison pour laquelle Hachem créa le sommeil.
Durant la nuit, l'étincelle d'âme de la journée passée s'élève et réintègre les mondes supérieurs.
C'est le secret des paroles de nos Sages (guémara Béra'hot 47b) : "Le sommeil représente 1/60e de la mort".
Hachem, dans Son infinie bonté, donne à l'homme l'opportunité de ne plus jamais risquer de détériorer cette étincelle spécifique qui a réintégré les mondes supérieurs, s'il faute les jours suivants.
Ainsi, il pourra en réaliser intégralement la réparation (tikoun) si toutefois elle s'était détachée sans avoir été réparée entièrement, par une téchouva sincère et complète à n'importe quel moment de sa vie.

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-> Dans le Shéma Israël que nous récitons avant de dormir, nous disons : "Dans Ta main je confie mon âme" (Téhilim 31,6).
Nos Sages expliquent : c'est-à-dire que nous déposons entre les mains d'Hachem l'étincelle de notre âme de la journée que l'on vient de passer afin qu'elle puisse rester dans les mondes supérieurs auprès du Créateur jusqu'à la résurrection des morts. Alors, se rassembleront toutes ces étincelles incarnant tous les jours de la vie de l'homme, qui furent réparées par la Torah et les mitsvot, et retourneront dans le corps pour le faire revivre.

-> La première parole qu'un juif dit le matin est : "Je suis reconnaissant devant toi, ô Roi vivant, d'avoir rendu en moi mon âme" (modé ani léfanéa'ha ...).
Rabbi Its'hak Ayzik (élève du Gaon de Vilna) écrit : Hachem nous restitue chaque matin une étincelle nouvelle pour la journée à venir.
C'est aussi le sens du midrach (Béréchit rabba 78,1) sur le verset : "Elle se renouvelle chaque matin, infinie est Ta bienveillance" (Eikha 3,23) = "Rabbi Chimon bar Aba explique : Tu nous renouvelles tous les matins, nous savons que Tu es de grande confiance pour nous faire revivre, ainsi que tous les morts".
Ainsi, en nous donnant une nouvelle étincelle d'âme, nous jouissons chaque matin d'une véritable résurrection des morts par la bonté divine.
De plus, l'étincelle de l'âme du jour étant neuve, elle n'a jamais accompli de mitsvot. Ainsi chaque jour, l'étincelle de l'âme qui nous anime, va prier pour la première fois les 3 prières quotidiennes, mettre les téfilines, lire le Shéma Israël et accomplir tous les commandements quotidiens.

+ "Jusqu'à (l'époque) d'Avraham, les signes de vieillesse n'existaient pas. Ainsi, celui qui voulait parler à Avraham, parlait (par erreur) à Its'hak (qui lui ressemblait) et celui qui voulait parler à Its'hak parlait à Avraham.
Alors, Avraham pria et les traits de vieillesse apparurent (afin de distinguer un vieillard d'un jeune) sur son visage, d'après le verset : "Avraham était devenu vieux, avancé dans la vie" ('Hayé Sara 24,1).

Jusqu'à (l'époque de) Yaakov, la maladie qui précédait la mort n'existait pas. Alors Yaakov pria et la maladie apparut, selon le verset : "On vint dire à Yossef : Voici, ton père est malade"(Vayé'hi 48,1).

Jusqu'à (l'époque de) Elicha, toute personne malade ne guérissait jamais. Elicha (tombé malade) pria et il guérit.
[guémara Baba Métsia 87a]

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=> Comment interpréter au sens figuré le fait que la vieillesse n'existait pas jusqu'à Avraham?

-> Le Maharal enseigne :
Le mot "zikna" (זקנה) dont le sens habituel est "la vieillesse", peut prendre le sens de "sagesse" ('hokhma) d'après l'enseignement de la guémara (Kidouchin 32b) : "On désigne "zaken" (זקן) celui qui a acquis de la sagesse" (zé kana 'hokhma).
En effet, lorsqu'un homme vieillit, son corps s'affaiblit, et corrélativement ses "forces" de l'âme se renforcent.
La guémara (ci-dessus - Baba Métsia 87a) a donc voulu nous enseigner que jusqu'à l'époque d'Avraham, les gens n'avaient pas de sagesse, car ils n'avaient pas reconnu leur Créateur qui dirige le monde.
"Celui qui voulait parler à Avraham parlait par erreur à Its'hak et vice-versa" = l'intention est d'enseigner que jusque-là, les gens mettaient au même niveau le vieux sage et le jeune qui n'a pas de sagesse.
Par sa prière, Avraham, qui désirait que la matérialité s'affaiblisse et la sagesse remplisse le monde, obtint que le monde renforce son niveau d'intelligence et accède à un niveau de sagesse sur le plan spirituel, même si tout le monde n'accédait pas à cette sagesse.

-> Le Na'halat Yaakov écrit :
La guémara (Baba Métsia 97b) enseigne que les pièces de monnaie à l'époque d'Avraham, portaient gravées un homme âgé et une femme âgée (Avraham et Sarah) sur une face, un jeune homme et une jeune fille (Its'hak et Rivka) sur l'autre face de la pièce, ce qui traduisait l'équivalence des 2 faces de la même pièce.
Avant qu'Avraham ne prie, les gens pensaient que de même que le corps périt après la mort, l'âme aussi ; d'après leur opinion, plus l'homme vieillit, plus il perd de son importance, car son corps et son âme s'affaiblissent et vont vers leur disparition.
Ainsi, ils portaient plus de considération aux jeunes qu'aux vieux : c'est le sens de l'expression : "la vieillesse n'existait pas".
Avraham a alors prié pour "ouvrir" les yeux de ses contemporains et leur dire que l'âme des vieux se renforce, et donc, au contraire, il faut honorer davantage les vieux que les jeunes, et c'est le sens de "la vieillesse a été instaurée" après la prière d'Avraham qui a été exaucée.

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=> Pourquoi Yaakov a-t-il demandé l'instauration de la maladie?

-> Yaakov a demandé la maladie, afin que chacun de ses enfants, notamment Yossef, ait le temps de se déplacer et d'être présent à ses côtés au moment de sa mort, afin de leur communiquer ses dernières volontés et de les bénir.
[Rachi]

-> Depuis la Création du monde et jusqu'à la fin de la vie de Yaakov, personne n'était malade [avant de mourir].
Qu'une personne soit à son domicile ou dans la rue, elle éternuait simplement et mourait soudainement.
Yaakov intervint et pria ainsi : "Maître du monde, ne reprends pas mon âme avant que je n'aie eu le temps d'exprimer mes dernières volontés à tous mes enfants et de faire pénitence" et il fut exaucé : la maladie l'a frappé quelques jours avant sa mort.
La coutume est demeurée de dire à celui qui éternue : lé'haïm (pour la vie) ou "labriout" (à ta bonne santé).
[Pirké déRabbi Eliézer - chap.52]

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-> Selon le Maharil Diskin, Yaakov est tombé malade 5 jours avant sa mort.

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=> Comment peut-on interpréter au sens figuré le fait que la maladie n'existait pas jusqu'à Yaakov?

-> D'après la guémara (Shabbath 12b), la Présence Divine est présente au-dessus de la tête du malade et le soutient d'après ce verset : "Hachem soutiendra (le malade) au-dessus de son lit de douleur" (Téhilim 41,4).
Lorsque le malade souffre, ses fautes sont pardonnées dans ce monde-ci, afin de recevoir la récompense complète de ses bonnes actions dans le monde futur.
De plus, parfois Hachem éprouve une personne qui n'a presque pas de faute à expier, par des souffrances induites par l'amour d'Hachem à son égard (yissourim chel aava), afin d'augmenter sa récompense dans le monde futur.

Ainsi : "Jusqu'à Yaakov, il n'y avait pas de maladie" = les hérétiques, jusqu'à l'époque de Yaakov ne croyaient pas qu'un homme frappé de souffrances ou d'une maladie bénéficierait de ces privilèges : Présence Divine, expiation des fautes, affection d'Hachem.
Ils pensaient donc que la maladie ou une épreuve n'apportait aucun avantage, et ils n'y voyaient que des souffrances "pour rien".
Cependant, à l'époque de Yaakov, ils ont reconnu sa droiture et sa sainteté exemplaires.
Ils ont compris qu'il était "aimé" par Hachem, et pourtant il a été fortement éprouvé durant sa vie.
De plus, lorsque Yaakov a demandé lui-même à Hachem de créer la maladie, ils ont compris les "bénéfices" que l'homme peut tirer des épreuves et d'une maladie.
[Ora'h Yacharim]

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=> La maladie n'existait-elle pas déjà avant Yaakov?

-> Le Tossefot (guémara Baba Batra 16b) enseigne :
Selon la guémara (Baba Batra 16b), une pierre précieuse était suspendue au cou d'Avraham, et tout malade qui l'observait guérissait.
Donc la maladie existait déjà à l'époque d'Avraham, le grand-père de Yaakov, contrairement ce qu'affirme notre guémara.
On pourrait répondre qu'à l'époque d'Avraham, la pierre précieuse guérissait une blessure ou un coup, mais une véritable maladie interne n'existait pas.
Rabbénou Tam répond autrement : même si la maladie existait au temps d'Avraham, elle n'entraînait pas la mort et la pierre d'Avraham avait un pouvoir de guérison.
Lorsque Yaakov pria pour la maladie, il s'agissait d'une maladie qui précédait la mort, sans possibilité de guérir, afin que le malade se prépare à quitter ce monde.
D'ailleurs, plus tard, Elicha réclama la guérison de maladies mortelles.

Les 2 niveaux de téchouva

"Réouven, tu es mon aîné, ma force et les prémices de ma vigueur ; le premier en dignité, le premier en puissance. Impétueux comme l’eau, tu ne seras plus en première place ! Car tu es monté sur le lit paternel, tu as profané Celui Qui réside au-dessus de ma couche." (Vayé'hi 49,3-4)

-> Le Livre de Beréchit se termine par les bénédictions que Yaakov donna à ses fils ; certaines de ces "bénédictions" apparaissent en réalité comme de fortes réprimandes.
C’est le cas de Réouven, l’aîné des 12 tribus ; Yaakov lui reproche l’impétuosité qu’il manifesta en déplaçant la couche de son père. [cf. Vayichla’h 35,22 pour le récit de cet incident]
Les commentateurs expliquent qu’en tant que fils aîné, Réouven aurait dû bénéficier de privilèges spéciaux tels que la malkhout (royauté), la kehouna (sacerdoce) et le droit d’aînesse (double part réservée au premier-né). Or, en raison de son attitude impulsive, Yaakov lui retira ces 3 avantages.
Cette sévère sanction semble difficile à comprendre ; nos Sages (cf. guémara Sota 7b) font l’éloge de Réouven qui a fait techouva de sa faute.

En effet, Rachi (Vayéchev, 37,29) note que Réouven n’était pas présent lors de la vente de Yossef, parce qu’il jeûnait et s’isolait, vêtu de toile à sac, parce qu’il avait délocalisé le lit de son père. La vente se déroula plusieurs années après l’incident en question, et Réouven se repentait continuellement sur son méfait.
=> Après une téchouva si sincère de la part de Réouven, pourquoi Yaacov n’accepta pas ses regrets, pourquoi cette faute eut-elle encore des conséquences fâcheuses?

La clé pour répondre à cette question semble figurer dans les Hilkhot Techouva du Rambam. Après une analyse profonde sur la façon dont il faut se repentir de ses fautes, le Rambam ajoute qu’il existe un autre aspect fondamental concernant la téchouva.
Le Rambam (Hilkhot Techouva 7,3) écrit : "Et ne crois pas que la techouva n’est nécessaire que pour les actes, comme l’immoralité, le vol, ...
De la même manière que l’on doit se repentir pour ces actions, il faut sonder ses défauts et s’en défaire ; il s’agit par exemple de la colère, de la haine, de la jalousie ... Et ses fautes sont plus nuisibles que celles qui sont accompagnées d’un acte, parce que quand une personne en est imprégnée, il lui est très difficile de s’en débarrasser."

Nous apprenons de ce Rambam qu’en plus du repentir concernant les mauvaises actions, nous devons faire téchouva sur les traits de caractère (midot).
De plus, le Rambam note qu’il est plus laborieux de se repentir des mauvais traits de caractère que des mauvaises actions.
Le Gaon de Vilna (Even Chléma) précise que chaque faute résulte d’une mida négative ; donc, quand quelqu’un transgresse un interdit, il fait preuve d’un mauvais trait de caractère.
Ainsi, chaque faute nécessite 2 niveaux de téchouva : l’un pour l’acte et l’autre pour la mida qui en est à l’origine.

=> Il semble que Réouven se soit repenti de l’acte lui-même, mais qu’il n’ait pas réussi à effacer complètement le mauvais trait de caractère qui l’entraîna à faillir.
Cette réponse est cautionnée par l’explication du rav ‘Haïm Chmoulewitz (Si’hot Moussar - maamar 53) concernant la réprimande que Yaakov adressa à Réouven. Sur la base du commentaire de Rachi, il souligne que Yaakov critiquait particulièrement la précipitation de Réouven qui l’entraîna à déplacer le lit de Yaakov, plutôt que la faute même. C’est cette irréflexion qui fit démériter Réouven de la royauté et du sacerdoce.

Le rav Chmoulewitz ajoute l’exemple d’un illustre personnage biblique qui se repentit de la faute commise, mais pas du trait de caractère (mida) incarné par l’action : le roi Chaoul se vit retirer la royauté parce qu’il ne respecta pas l’ordre d’Hachem d’anéantir Amalek. Le prophète Chmouel lui reprocha d’avoir cédé aux instances des gens qui l’incitèrent à avoir pitié d’Amalek : c’était preuve d’une modestie déplacée, c’est-à-dire qu’il n’était pas assez ferme et fort de caractère pour défendre ses propres convictions.

Après la longue réprimande de Chmouel, Chaoul avoua son erreur et se repentit.
=> Dans ce cas, pourquoi lui retira-t-on la royauté?
Le rav Chmoulewitz explique qu’il ne fit techouva que sur la faute, mais qu’il n’éradiqua pas le trait de caractère négatif. Cette mauvaise modestie l’empêcha d’être un véritable roi.

Les exemples de Réouven et de Chaoul sont très pertinents dans nos vies, dans le monde contemporain.
Il est très louable de vouloir se repentir sincèrement sur les fautes passées, mais si l’on ne détecte pas le trait de caractère (mida) qui se cache derrière notre mauvais comportement et qui est l’origine de nos fautes, on ne pourra pas éviter de trébucher à nouveau.

Le reproche adressé à Réouven nous enseigne également que le fait de ne pas améliorer ses midot a une autre grave conséquence sur la réussite spirituelle.
Réouven était destiné à la grandeur : il était censé représenter la malkhout (la royauté) et la kéhouna (le sacerdoce) dans le peuple d'Israël, mais son impétuosité l’empêcha de réaliser son plein potentiel dans ces domaines.
Nous en déduisons que les mauvais traits de caractère ne nous entraînent pas seulement à fauter, mais ils font aussi obstacle à notre élévation spirituelle.

Entreprendre la tâche difficile d’améliorer notre caractère demande beaucoup de réflexion et de discussion, mais la première étape doit être de repérer la mida qui nous freine.
Il se peut que plusieurs défauts nous portent préjudice, mais il y a souvent un trait de caractère (mida) principal qui est la base de plusieurs mauvais comportements et il est l’élément clé qui nous empêche de réaliser notre plein potentiel.
On peut, pour essayer de localiser et de comprendre ce trait de caractère destructeur, discuter avec son rav ou son ami, ou bien étudier des livres de moussar qui évoquent ces diverses traits de caractère. Une fois que la personne apprend à mieux s’analyser et se connaître, elle peut commencer à parfaire ses qualités de manière efficace et sincère.

Le mois d’Eloul est généralement une période propice à la téchouva et au perfectionnement de soi. Cependant, si l’on ne travaille sur soi que pendant un mois par an, on ne réussira jamais à vraiment se parfaire.
La seule façon d’éviter la faute et de retirer les obstacles qui nous empêchent de grandir est de travailler constamment sur le perfectionnement personnel, de manière profonde et sincère.

[d'après le rav Yéhonathan Gefen]

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-> Après la mort de Ra'hél, Yaakov choisissait son lit chaque nuit en fonction de celui au-dessus duquel résidait la Présence Divine, mais sa couche permanente se trouvait dans la tente de Bil'a, la servante de Ra'hel.
Considérant ce geste comme une insulte à l'égard de sa mère Léa, Réouven a déplacé le lit de son père pour l'installer dans la tente de Léa.
[voir guémara Shabbath 55b avec Rachi et Maharcha ; midrach Béréchit rabba 98]

-> D'après certaines opinions, la réprimande de Yaakov ne porte pas tant sur l'acte de Réouven mais sur la hâte avec laquelle il a pris sa décision.
Le manque de réflexion et de patience de Réouven ont contrarié Yaakov.
D'après cette opinion, comme tout le monde commet de fautes et que personne n'est parfait, c'est surtout pour ses mauvais traits de caractère qui l'entraînent à commettre des fautes et à les répéter qu'il faut réprimander l'individu.
[rav Yossef Deutsch]

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-> Yaakov dit à Chimon et Lévi :
"Maudit soit votre emportement car il est violent, et votre courroux, car il est implacable. Vous vous laissez dominer par vos impulsions, et en particulier, par votre colère. C'est ce qui vous a conduits à des gestes aussi malheureux. Ni l'un ni l'autre ne pourrez remplacer Réouven et assumer la royauté, car votre colère impétueuse s'oppose à la patience que doit posséder un monarque pour bien gouverner. Je maudis cette colère dans l'espoir qu'elle diminuera et que vous parviendrez à vous en libérer ..."
[rav Yossef Deutsch]

-> Selon le Yalkout midrach Témani, cité par Torah Chéléma, lorsque cette malédiction est sortie de la bouche de Yaakov, la terre a tremblé et les anges de service se sont écriés : "De grands malheurs vont survenir parce que Yaakov ne bénit pas ses enfants!"
Mais une voix céleste (bat kol), a proclamé : "Ne désespérez pas! C'est le mauvais trait de caractère qui est maudit, et non la personne!"

[cela illustre également la nécessité de travailler nos fautes à la racine : le trait de caractère principal qui en est la cause! ]

"Yaakov appela ses fils et leur dit : rassemblez-vous et je vous dévoilerai ce qui vous arrivera dans les temps futurs" (Vayé'hi 49,1)

-> La guémara (Pessa'him 56a) commente ainsi ce verset : "Yaakov voulut dévoiler la fin des temps à ses fils, mais la Présence Divine se retira de lui à ce moment."

-> Le Sfat Emet (Vayé'hi 5631) explique que Yaakov désira dévoiler à sa descendance que Hachem est présent même dans l'exil et que tout ce qui advient dans le monde est toujours dirigé par Lui, à la seule différence que Sa conduite est dissimulée.
Néanmoins, si l'on parvenait à ce niveau de compréhension, le décret de l'exil serait de fait annulé, car lorsque l'on voit Hachem à chaque étape de l'existence, l'exil n'existe plus.
Lorsque l'on prend conscience que tout n'est qu'un voile, la lumière Divine se révèle alors et la rigueur disparaît brusquement.

Pour cette raison, la Présence Divine se retira de Yaakov à cet instant, car Hachem désirait que les juifs traversent cet exil.
Néanmoins, le Zohar (part.1, 234b) témoigne que Yaakov dévoila bien ce qu'il désirait dévoiler mais de manière dissimulée.
D'après le Sfat Emet, la signification du Zohar est la suivante : il n'existe dans le monde aucune autre force que celle d'Hachem, mais celle-ci est dissimulée.
Cependant, grâce à la émouna, on peut percevoir la vérité quand bien même on ne peut la distinguer avec les yeux.
Lorsque les juifs se renforcent dans la croyance que rien n'arrive sans que cela n'émane d'une décision Divine, la "fin des temps", ce but ultime, se révèle et l'exil disparaît.

Il en est ainsi dans tous les domaines.
Un juif doit savoir que son sort est uniquement entre les mains d'Hachem et non dans celles des hommes, comme l'exprime le verset : "Ne craignez rien ... vous avez pensé de moi en mal et D. a pensé en bien" (Vayé'hi 50,19-20).

"Naftali est une biche qui s’élance, il apport d’heureuses nouvelles" (Vayé'hi 49,21)

-> Le rabbi Chmouël Chamaï explique ce verset d'une manière allusive :
"Naftali" (נַפְתָּלִי) est formé des mêmes lettres que téfilin (תפילין).
Et "ayala" (une biche - אַיָּלָה) est formé des lettres de Eliya (אליה). [Elya est un diminutif de Eliyahou]
Cela nous enseigne que celui qui observe la mitsva des téfilin en accord avec la halakha, mérite de voir le visage du prophète Eliyahou.
Non seulement cela, mais il mérite également la fin du verset : "il apporte d’heureuses nouvelles", tout le monde a du plaisir à écouter ses paroles et elles sont acceptées, ainsi qu’il est dit : "le tsadik décrète et Hachem accomplit".

"Yissa'har est un âne osseux" (Vayé'hi 49,14)

-> On peut expliquer ce verset de la façon allusive suivante :
Quand un homme accomplit une mitsva, Hachem lui donne une récompense. Cette récompense vient essentiellement du fait des efforts qu'il a dû investir pour accomplir cette mitsva.
En effet, l'homme a un corps physique et matériel, qui est pesant et rend difficile l'accomplissement des mitsvot. Pour les réaliser, il faut se renforcer sur son corps.

Ce verset : Yissa'har est un âne osseux", qui se dit "Yissa'har 'hamor garèm" ( יששכר חמור גרם), peut aussi se traduire par "Il y a une récompense (yéch sa'har - יש שכר) la matière ('homer - חומר) entraîne (gorèm - גורם )", c'est-à-dire que s'il y a une récompense pour les mitsvot, c'est essentiellement en raison de la matière de l'homme qu'est entraînée cette récompense.
En effet, pour réaliser les mitsvot, il faut se battre contre cette aspect de matérialité et dépasser la lourdeur, la pesanteur et les envies du corps.
[Kédouchat Lévi]

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-> "Yissa'har est un âne osseux, qui se couche entre les collines"

Rabbi Ye’hezkel Penat a dit : "Je n’ai mérité le peu de Torah que je sais que par un seul quart d’heure. Comment?
On a l’habitude de dire : il y a encore un quart d’heure jusqu’à midi, il n’y a pas le temps d’étudier. Encore un quart d’heure d’ici minh’a, et un quart d’heure d’ici Arvit. Alors que moi, j’étudiais pendant tous ces quarts
d’heure."

C’est ce qui est dit : "Yissa'har est un âne osseux qui se couche entre les collines" = il étudiait et
profitait de tous les "petits" moments que les gens ont l’habitude de négliger.

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-> "Yissa'har est un âne musculeux (des os solides avec peu de chair) qui se couche entre les collines" (Vayé'hi 49,14)

La comparaison de Yissa'har avec un âne demande quelques explications :

1°/ Rachi commente : "Un âne qui a des os = il porte le joug de la Torah à la manière d’un âne vigoureux que l’on charge d’un lourd fardeau. Qui se couche entre les collines = Comme un âne qui voyage de jour et de nuit, sans jamais se mettre à l’abri (ainsi, Yissa'har étudie jour et nuit)"

[En effet, Yissa'har incarne le "pilier de la Torah", comme le fait remarquer Rachi sur le verset : "Et toi, Yissa'har, dans tes tentes" (Vézot haBéra'ha 33,18) : "Puisses-tu réussir en Torah en étant assis dans tes tentes, en étant assis à calculer le calendrier et à fixer les néoménies, comme il est écrit: ‘Et les fils de Yissa'har, instruits à connaître les dates afin de savoir ce que doit faire Israël, leurs chefs (du Sanhédrin) au nombre de deux cents’ (I Divré Hayamim 12,33)".]

2°/ L’âne symbolise la Klipa (écorce du Mal) de la froideur envers les sujets de sainteté, comme l’indique en allusion l’enseignement de la guémara (Shabbath 53a) : "L'âne, même dans la saison de Tamouz (l’été), est frileux".
Aussi, la chaleur dans l’étude de la Torah comparée au feu et incarnée par Yissa'har, permet-elle d’anéantir la Klipa de la "froideur" qui s’apparente sensiblement à l’hérésie (Kéfira)
[voir Hayom Yom du 16 Chevat].

3°/ Yissa'har désigne les maîtres de la Torah qui, comme "l’âne" dénudé d’intelligence propre, doivent se conduire avec humilité, crainte et tremblement face aux paroles divines de la Torah, afin de ne pas s’en écarter d’un iota [Lev Baroukh].

Ainsi, disons-nous, à la fin de la prière (Amida) : "Et mon âme est comme la poussière pour tous. Ouvre mon cœur dans Ta Torah" = c’est parce que je m’annule dans un grande humilité ; "comme la poussière pour tous" que s’ouvre mon cœur à la compréhension authentique de Ta Torah.
[rabbi de Loubavitch - Likouté Si'hot]

4°/ Interprétant le message de Yaakov transmis à Essav : "J’ai acquis un taureau et un âne" (Vayichla'h 32,6), le midrach [Tan’houma] enseigne : "Un âne, c’est Machia’h Ben David, comme il est : '[Voici, ton roi vient à toi ; Il est juste et victorieux,] Il est humble et monté sur un âne' (Zé'haria 9,9)".
Par ailleurs, le Baal HaTourim y voit une allusion à Yissa'har, comparé aussi à l’âne, étudiant la Torah et faisant entendre sa voix dans les maisons d’étude pour annuler "les mains d’Essav".
Ainsi, voyons-nous une indication au lien étroit qui existe entre la venue du machia’h et le mérite de l’étude de la Torah [voir Or HaHaïm haKadoch - Testavé].

5°/ Le nom יִשָּׂשכָר (Yissa'har) se décompose en יש שכר (Yéch Sakhar - il y a une récompense).
Le mot חֲמרֹ ('Hamor – âne) s’apparente au mot חומר (‘Homer – matière: le corps).
Le mot גָּרֶם (Garem – musculeux) s’apparente au mot גורם (gorem – cause).
Ainsi, pouvons-nous déceler dans notre verset le moussar suivant : le côté physique (‘Homer) de l’homme est la cause (gorem) qui l’attire vers le Mal.
Lorsque l’homme domine l’aspect corporel de sa personne et fais le Bien, il mérite alors une récompense (Yissa'har – Yéch Sakhar) [voir Kédouchat Lévi - l'explication est ci-dessus].

6°/ Le guémara (Nidda 31a) enseigne : "[A propos du verset :] 'Yaakov revenant des champs, le soir, Léa sortit à sa rencontre et dit : C’est à mes côtés que tu viendras, car je t’ai retenu pour les mandragores (doudaïm) de mon fils. Et il reposa près d’elle cette nuit-là' (Vayétsé 30,16).
Rabbi Yo’hanan a déclaré : Que signifie: 'Et il reposa près d’elle cette nuit-là'?
Cela enseigne que Hachem a aidé dans cette affaire. Car il est dit: 'Yissa'har est un âne musculeux (garem)' ; c’est l’âne qui a provoqué (garam) la naissance de Yissa'har."

Et Rachi d’expliquer : "Lui, Hachem l’a aidé, en détournant l’âne de Yaacov vers la tente de Léa".
Le Targoum Yonathan Ben Ouziel nous précise : "‘Yaakov revenant des champs, le soir’ : Yaacov vint, depuis le champ, le soir ; Léa entendit le braiement de l’âne, elle sut que Yaakov venait. Elle sortit à sa rencontre et lui dit : ‘C’est à mes côtés que tu viendras’" [voir aussi le Baal HaTourim sur notre verset].

"Israël (Yaakov) dit à Yossef : "Je n'espérais plus jamais voir ton visage. Mais maintenant D. m'a même permis de voir ta descendance" (Vayé'hi 48,11)

-> Il est possible de voir si un individu a commis un péché ou non par la couleur de son visage, [grâce à l'inspiration prophétique].
Suite au péché, le visage prend une teinte jaunâtre, comme la cire d'abeille.
Il existe un remède, connu sous le nom d'Ikarine, dérivée de racines diverses et dotée du pouvoir de faire disparaître cette coloration jaunâtre, mais elle rend stérile.

Yaakov avait redouté que Yossef n'avait su s'opposer au mal lors de ces longues années en Egypte.
C'est pourquoi Yaakov dit :
"Je n'espérais plus voir ton visage, tel qu'il était auparavant. J'étais certain qu'il avait pris la teinte jaunâtre de ceux qui ont péché. En voyant que ton visage était normal, je doutais encore de ta pureté, pensant que tu avais utilisé l'Ikarine. Mais si tel était le cas, tu aurais dû être stérile.
A présent que je vois aussi tes enfants, je suis certain que tu n'as ni consommé ce remède, ni péché.
Si tu n'as point péché après avoir atteint un tel pouvoir, je suis assuré que tu n'as pas non plus péché lors de ta période d'esclavage et lors des multiples épreuves [que tu as traversées]."
[Méam Loez - Vayé'hi 48,11]

Quand les Bné Israël sont arrivés à la caverne de Ma'hpéla (pour enterrer Yaakov), Essav voulut empêcher l'enterrement de Yaakov.
Essav cita le verset : "Dans la plaine de Mamré à Kiryat Arba qui est 'Hévron" (Vayichla'h 35,27), où le nom de Kiryat Arba est justifié par rabbi Its'hak par le fait que 4 couples y sont enterrés : Adam et 'Hava, Avraham et Sarah, Its'hak et Rivka, Yaakov et Léa.
Essav (dit aux fils de Yaakov) : Yaakov y a enterré Léa, et donc la (8e) place restante est la mienne.
Les fils de Yaakov répliquèrent : Mais tu as vendu mon droit d'aînesse (ma part double), ai-je vendu ma part simple (d'héritage)?
Les enfants de Yaakov lui dirent : Oui, car notre père avait dit à Yossef : "(Tu m'enterreras) dans la sépulture que j'ai acquise au pays" (Vayé'hi 50,5).
Essav demanda : Montre-moi le contrat de vente ; ils répondirent : Ce contrat se trouve en Egypte. Qui ira le chercher? C'est Naftali, rapide comme la biche, selon le verset : "Naftali est une biche qui s'élance ; il apporte de beaux messages (Imré Shafer)" (Vayé'hi 49,21).
Selon rabbi Abahou, ne lis pas "Imré Shafer", mais "Imré Shéfer", c'est-à-dire le contrat de vente.
'Houchim fils de Dan, était sourd ; il demanda (aux fils de Yaakov) : "Que se passe-t-il?"
Ils répondirent : "Essav empêche l'enterrement jusqu'au retour de Naftali." Il dit : "Mon grand-père resterait déposé (sur le sol) sans respect?"
Il prit un gros bâton et frappa Essav à la tête ; les yeux de Essav se détachèrent et tombèrent sur les pieds de Yaakov.
Yaakov ouvrit alors ses yeux et sourit, en accord avec le verset : "Le tsadik se réjouira quand il verra la vengeance ; il baignera ses pieds dans le sang des réchaïm" (Téhilim 58,11).
A cet instant, s'est réalisée la prophétie de Rivka : "Pourquoi devrai-je vous perdre tous 2 le même jour?" (Toldot 27,45).
Bien que Yaakov et Essav ne soient pas morts le même jour, ils ont été enterrés le même jour.
[guémara Sota 13a]

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-> Yaakov n'a pas ordonné à ses fils de se munir du contrat de vente du droit d'aînesse, afin que 'Houchim tue Essav le jour-même de l'inhumation de Yaakov, contribuant ainsi que la prophétie de sa mère Rivha se réalise.
[Or ha'Hama]

-> Les fils de Yaakov, devant le refus d'Essav de laisser enterrer son frère Yaakov à Makhpéla, négocient avec Essav en espérant le convaincre avec leurs arguments.
De parole en parole, de question en réponse, alors que Yaakov était déposé sans respect sous le soleil de 'Hévron, ses fils se sont peu à peu habitués à cette situation et ils se sont ainsi désensibilisés jusqu'à ne plus pouvoir ressentir l'outrage fait à leur père, et ils ont ainsi perdu le pouvoir de réagir.
Par contre, 'Houchim qui était sourd, et qui n'avait pas participé à ces négociations, croyait qu'on faisait encore des prières ou des hespédim pour son grand-père.
Dès qu'il apprit soudainement la situation, il réagit avec toute sa sensibilité demeurée intacte : "Mon grand-père va rester déposé là et subir cet outrage jusqu'au retour de Naftali?"
'Houchim frappa aussitôt Essav à la tête pour faire cesser cette situation inadmissible.
[rabbi ‘Haïm Chmoulévitch – Si’hot Moussar (si’ha 97)]

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=> A quoi font allusion les yeux d'Essav qui se détachent et qui tombent sur les pieds de Yaakov?

-> Essav, par ses yeux hautains et malveillants envers son frère, a provoqué le départ de Yaakov qui a dû fuir chez Lavan en "courant" à pied.
En allusion à ceci, les yeux d'Essav sont sortis de leur orbite et sont tombés sur les pieds de Yaakov.
[Ein Eliyahou]

-> C'est à cause des 2 larmes qui ont coulé des yeux d'Essav, lorsque Yaakov l'avait devancé pour recevoir la bénédiction de son père Its'hak, que le 2e Temple a été détruit par les descendants d'Essav.
Que tombe Essav l'accusateur d'Israël et que ce dernier retrouve sa couronne.
C'est en allusion à cela que les yeux d'Essav se sont détachés.
De plus, les faits rapportés font allusion aux 70 nations qui tomberont aux pieds de Yaakov à l'époque du machia'h.

Celui qui a frappé Essav est 'Houchim (חשים), dont les lettres réarrangées forment le nom du : machia'h (משיח).
[Ben Ich 'Haï]

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=> Comment expliquer que Yaakov se "réjouisse" du malheur d'Essav?

-> Bien que la vengeance constitue un acte de justice dans ce monde, il y a lieu de distinguer 2 types de vengeance :
- la vengeance personnelle contre son prochain, qui nous aurait humilité ou frustré, interdite par la Torah :"Ne te venge pas" (Vayikra 19,18), car il faut faire confiance à la Justice Divine ;
- et la vengeance exercée par le Ciel, qui grandit la Gloire d'Hachem et qui consolide Son Trône, dont le tsadik peut se réjouir.

Ainsi, Yaakov ne s'est certainement pas réjoui, après sa mort, de la mort tragique de son frère, au titre d'une vengeance personnelle sur le comportement odieux de son frère à son égard.
Mais il est "réjoui" de la vengeance Divine effectuée par l'intermédiaire de son petit-fils 'Houchim, ce qui a grandi la Gloire d'Hachem (kavod Chamaïm) ; c'est de cette vengeance de haut niveau, qui a rétabli la Justice dans le monde, que Yaakov s'est "réjoui", et c'est pourquoi il a souri.
Cette vengeance est approuvée même par l'Ange de la mort qui a permis au tsadik Yaakov d'ouvrir ses yeux, un court instant, pour lui donner le mérite d'assister à la vengeance d'Hachem à l'encontre de son frère.
[rabbi ‘Haïm Chmoulévitch – Si’hot Moussar (si’ha 27)]

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-> Selon Tossefot (guémara Guitin 55b), 'Houchin n'a pas tué Essav : il l'a bien frappé à la tête et les yeux d'Essav sortirent de leur orbite, mais c'est finalement Yéhouda qui a achevé et tué Essav.

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-> Le caveau de Makhpéla ne peut contenir que 4 couples, soit 8 emplacements, or il y avaient déjà 7 personnes inhumées, ne laissant plus qu'une place.

Essav argumente que Léa y est enterrée :
- selon Rachi, c'est pour dire que Yaakov avait déjà utilisé sont droit en inhumant son épouse, lui laissant le droit d'être enterré dans la dernière place disponible.
- le Kéren Ora apporte l'explication suivante :
L'intention d'Essav était de dire qu'il tenait à être inhumé auprès de Léa, qui devait être initialement son épouse (cf. guémara Baba Batra 123a).
Mais c'est en raison des prières et des pleurs (jusqu'à abîmer ses yeux et perdre ses cils) de Léa, qu'elle a finalement épousé Yaakov.
Et maintenant, Essav demande à être réuni à Léa après sa mort, s'il n'a pas eu le mérite de l'avoir comme épouse de son vivant.
Essav a donc porté ses yeux sur Léa qui était l'épouse de Yaakov pour l'éternité (contrairement aux biens matériels, le lien entre mes 2 âmes du couple est éternel), et 'Houchim lui a retiré ses yeux et la vie, car quiconque convoite ce qui n'est pas à lui n'obtient pas ce qu'il désire et il perd même tout ce qu'il possède.

Malgré sa venue en Egypte, Yaakov bénéficia d'un avantage spécial. Là où Yaakov allait, la Présence Divine se trouvait toujours à ses côtés. Quel que fut l'endroit où il vivait, l'air était pur et clair.

Cette situation est semblable à celle des juifs durant les 40 ans dans le désert, ils offrirent des sacrifices et érigèrent le Michkan, bien qu'il soit en principe interdit d'en offrir en-dehors de la Terre sainte.
Puisque tout Israël était rassemblé dans le désert, alors il équivalait à la Terre sainte.

Il en va de même : Puisque Yaakov et ses fils (toute la descendance d'Avraham), vivaient en Egypte, on ne pouvait considérer que Yaakov était mort hors de la Terre sainte.
L'air que Yaakov respirait en Egypte était pur et saint.
Cependant, dès qu'Israël quitta l'Egypte, la sainteté disparut, et l'impureté revint comme auparavant.

Ainsi, puisque Yaakov savait que ses descendants allaient quitter l'Egypte, il ne désira pas y être enterré.

[le Chné Lou'hot haBrit - rapporté par le Méam Loez (Vayé'hi 47,31)]

Questions/Réponses – Paracha Vayé’hi

+ Questions/Réponses - Paracha Vayé'hi :

1°/ "S'il te plaît, ne m'enterre pas en Egypte" (Vayé'hi 47,29)

Une des 3 explications de Rachi est : les morts ensevelis hors de la terre d'Israël "vivent" dans la souffrance des migrations souterraines.
[Ils sont obligés d'endurer la souffrance de rouler à travers des tunnels pour atteindre la terre d'Israël pour la résurrection des morts]

Par ailleurs, la guémara (Kétoubot 111b) enseigne qu'au moment de la résurrection des morts, les tsadikim vont jaillir et se lever à Jérusalem.

=> Quel est l'intérêt de l'enterrer à 'Hevron, si Yaakov devra quand même subir des souffrances pour atteindre Jérusalem?

-> Le Mérafsin Igri répond que ceux qui sont enterrés en dehors d'Israël devront rouler dans le sol jusqu'à atteindre Jérusalem, et là ils ressusciterons.
Par contre, ceux qui sont enterrés ailleurs qu'à Jérusalem, vont d'abord revenir à la vie là où ils sont enterrés, et ensuite ils pourront marcher normalement jusqu'à Jérusalem.
Cette cette 1ere douleur (rouler dans le sol) que Yaakov voulait éviter.

-> Le Arizal écrit qu'il existe une cavité souterraine qui relit directement la grotte de Ma'hpéla ('Hebron) au Kotel. D'ailleurs, c'est par ce trajet que chaque veille de Shabbath, après le midi juif, nos Patriarches vont au Kotel.
On comprend mieux pourquoi, Yaakov ne s'est pas préoccupé d'être enterré à 'Hebron.

-> Rav Dovid Twerski (le 1er Rabbi de Tolna) rapporte les paroles de nos Sages que si une personne est méritante, des anges Célestes vont amener sont cercueil jusqu'en terre d'Israël, au moment de la résurrection des morts, lui évitant ainsi les douleurs liées au déplacement.
De même, les anges vont retirer d'Israël ceux qui ne méritent absolument pas d'y être ressusciter.

=> Yaakov a insisté pour être enterré en terre d'Israël, car dans son énorme humilité, il ne se considérait pas comme un tsadik, ne méritant pas que les anges viennent l'apporter en Israël.

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=> Pourquoi Yaakov veut-il à tout prix éviter d'être enseveli en Egypte?

-> Rachi donne 3 raisons : Car sa terre sera un jour vermine, qui s’agiterait sous mon corps. De plus, les morts ensevelis hors d’Erets Israël "vivent" dans la souffrance des migrations souterraines. Je ne veux pas, enfin, que les Egyptiens me rendent un culte idolâtre.

-> Yaakov a vu prophétiquement que l'Egypte sera frappée par la plaie des poux et que son sol sera criblé de vermine. S'il est enterré dans ce pays, cette vermine grouillera sous son corps.
Selon le Michnat rabbi Eliézer, c'est aussi l'unique raison pour laquelle Yossef a voulu que son cercueil soit immergé dans le Nil plutôt que d'être enseveli dans la terre.
De nombreux commentateurs objectent que c'est un fait connu : les plaies n'ont jamais sévi dans le pays de Gochen (par conséquent, Yaakov ne se souciait sans doute pas tant de cette plaie).
D'après certaines opinions, la plaie des poux a touché Gochen mais n'a pas affecté les Bné Israël.
Selon d'autres encore, compte tenu du prestige de Yaakov, les égyptiens auraient tenu à l'enterrer parmi les nobles du pays, hors de Gochen.

-> Yaakov redoute que sa sépulture ne devienne un lieu de pèlerinage où les égyptiens jugeront opportun de lui rendre un culte et de le considérer comme une divinité.
Il ne veut pas qu'ils viennent prier sur sa tombe ni pour la guérison des malades ni pour d'autres problèmes ou pour être délivrées des plaies qui affligeront la population dans le futur.
Il tient à éviter que les égyptiens, si leurs prières sont exaucées, ne l'attribuent à ses mérites, et au contraire, que cela diminue la gloire de D. si elles ne le sont pas.

-> Yaakov, qui vit que 70 ans en Egypte avec sa famille, est également conscient de l'influence qu'un long séjour dans ce pays risque d'avoir sur ces descendants. C'est pour lui un motif suffisant pour souligner, avec un sérieux solennel, son souhait que ses enfant ne l'enterrent pas en Egypte mais le portent dans le pays de leur ancienne et véritable patrie.
En voyant que Yaakov refuse même de se laisser inhumer dans ce pays, ils réaliseront combien il est important qu'ils n'adoptent pas l'Egypte comme patrie de remplacement.

-> De plus, comme il faudrait alors prendre de la terre autour de son corps pour le réinhumer, Yaakov serait resté en contact avec la terre impure d'Egypte pour toute l'éternité et il ne pouvait supporter cette idée.

-> Yaakov redoute que s'il est inhumé en Egypte, c'est de donner à penser qu'il n'a pas eu le mérite d'être enterré avec ses ancêtres dans le Caveau de Makhpéla. Il craint en outre que Essav, en voyant que sa dépouille est restée en Egypte, n'en profite pour usurper sa place dans le Caveau de Makhpéla.

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-> "Ne m’ensevelis pas, je te prie, en Egypte"

En voyant que ses enfants étaient bien installés en Egypte, Yaakov craignit qu’ils la prennent pour leur patrie, oublient qu’ils naquirent en Israël et substituent le Yarden par le Nil.

Le rabbi Shimshon Raphaël Hirsch explique que ce soucis préoccupait Yaakov en tant que chef de famille ; il désirait renforcer dans le cœur de ses descendants l’espoir de retourner en Terre promise.
Par sa demande de ne pas être enseveli en Egypte, il leur signifia que, même de manière posthume, il ne voulait pas y reposer et qu’il n’y avait donc pas de quoi aspirer à demeurer dans ce pays.

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-> "Les jours d'Israël (Yaakov) s'approchèrent pour mourir" (Vayé'hi 47,29)

=> Que signifie l'expression que les jours se rapprochent pour mourir?

En fait, au moment où le tsadik est prêt à quitter le monde, il bénéficie de perceptions spirituelles très élevées qu'il n'a jamais eu de sa vie. C'est pourquoi, il arrive que le tsadik attende et espère toute sa vie d'arriver à ce jour-là, pour bénéficier de cette lumière extraordinaire.
C'est ce qu'il en fut pour Yaakov. Tous les jours de sa vie, il attendait d'arriver au jour de sa mort, où il recevrait ces connaissances si hautes.
C'est ainsi que tous les jours de sa vie "s'approchèrent", c'est-à-dire qu'il espérait se rapprocher du jour où il allait mourir. Tout au long de sa vie, il avait une proximité avec ce jour-là, espérant et désireux qu'il arrive.
[Agra déKala]

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+ Yaakov quitte ce monde :

-> "Yossef mourut âgé de 110 ans; on l'embauma et il fut déposé dans un cercueil en Egypte" (Vayé'hi 50,26)

-> Comme Yaakov a demandé à être enterré en Canaan, il faudra plusieurs semaines, voire plusieurs mois, jusqu'à ce qu'on puisse porter son corps en terre. Durant ce laps de temps, la décomposition aura sans doute fait des ravages, ce qui sera un déshonneur pour Yaakov.
Par conséquent, Yossef juge préférable de l'embaumer. [Tossefot, Haémek Davar - Vayé'hi 50,2]
Selon le Yalkout Réouveni, c'est-à-dire qu'on ne pouvait s'en remettre à un miracle et supposer que le corps de Yaakov resterait intact pendant plus de 70 jours.

De plus, Yaakov ayant été un tsadik pur et sans faute, la libération de son âme ne dépend pas de l'état de son corps. [Malbim - Vayé'hi 50,2]
D'après une opinion, Yossef n'aurait pas dû faire embaumer son père mais avoir confiance que D. préserverait le corps de la décomposition.
Cette erreur a fait perdre à Yossef 10 années de sa vie (midrach Béréchit rabba 100,3).
D'après d'autres opinions, Yossef a perdu 10 ans de sa vie parce qu'il a gardé le silence en entendant son père se présenter à lui comme "son serviteur".
D'après le Yalkout Ner Sikhlim, Yossef a perdu 8 ans pour avoir gardé le silence lorsque son père se présenta à lui ainsi et 2 ans parce qu'il a embaumé son père.

C'est ainsi que Yossef ordonne aux médecins du roi, spécialisés dans l'art d'embaumer les défunts d'enseigner cette science à ses frères et de les guider dans ce travail, sans autrefois toucher eux-mêmes au corps de son père ; ses frères seuls s'en chargeront. [rabbénou Bé'hayé - Vayé'hi 50,2 ; Séfer 'Hassidim 533]

L'embaumement lui-même prend 40 jours. [Zohar Vayé'hi 250b ; Abarbanel]
Après avoir achevé cette tâche, les égyptiens rendent hommage au souvenir de Yaakov par une seconde période de deuil de 30 jours.
Depuis que Yaakov s'est installé dans leur pays, les égyptiens ont acquis une grande vénération pour Yaakov, non seulement parce qu'il est le père du vice-roi mais aussi parce qu'il est un sage et un véritable saint.
Son arrivée à mis un terme à la terrible famine et sa présence, saluée par le débordement du Nil a apporté la bénédiction à tout le pays. L'Egypte tout entière s'attriste de sa disparition et honore sa mémoire.
[...]

Yossef n'épargne aucun effort pour organiser un enterrement royal. Le cercueil d'or pur, serti de pierres précieuses a été drapé de pourpre.
Des petites bassines remplies de charbons ardents et posées sur des trépieds répandent le parfum capiteux des épices et du vin qui se consument. [Sefer haYacher, Targoum Yonathan - Vayé'hi 50,1]
Une foule compacte de dignitaires de haut rang, d'officiers, de sages, d'érudits, d'aristocrates, de gens du peuple, et même de domestiques accompagnent le convoi (voir Sforno, Ibn Ezra), plus de 100 000 personnes et 43 000 voitures en tout (Tossefot, midrach ha'Héfets - Vayé'hi 50,9).
Tous sont venus parce que Pharaon leur a expressément fait comprendre que telle était sa volonté et par respect pour le Sage hébreu. [Sforno, Haémef Davar - Vaéy'hi 50,7]
Quelques agent royaux disséminés avec pour mission de s'assurer que les Hébreux reviendront en Egypte après l'enterrement. (voir Hadar Zékénim, Tsor haMor)

Les messagers célestes qui ont autrefois escorté Yaakov jusqu'à 'Haran lorsqu'il a dû quitter la maison de son père, se joignent au convoi. [Rabbénou Bé'hayé]
La Présence Divine elle-même ainsi que les créatures célestes vont l'accompagner jusqu'à l'endroit où il trouvera le repos éternel. [voir midrach Béréchit rabba 100,5 ; Tsor hamor - Vayé'hi 50,9]

Devant le convoi, des serviteurs aspergent la route de myrte, d'épices et d'autres essences odoriférantes. [Séfer haYachar]
A la fin du convoi se trouve le cercueil, escorté par Yossef et ses frères qui avancent en phalange selon les instructions que leur avait laissées Yaakov.

Les honneurs accordés à Yaakov seront largement récompensés.
Yossef a ignoré son propre honneur et son statut de vice-roi pour s'occuper personnellement de tous les détails des funérailles. Par une juste mesure de retour, D. le bénira et à sa mort, sa dépouille sera portée en Canaan par les soins personnels de Moché, le plus grand dirigeant que le peuple d'Israël ait jamais connu.
Quant aux égyptiens, ils sont également récompensés d'avoir accordé des honneurs à Yaakov. Après le passage de la Mer Rouge, leur corps sur le rivage ne sera pas laissé en proie à la décomposition et tous seront ensevelis dans la terre.
[rav Yossef Deutsch]

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-> Yaakov sera enterré le 1er jour de Souccot, 77 jours après que Yossef lui ait fermé les yeux, et a été la dernière personne qu'il ait vue avant de mourir. [Yalkout Réouvéni]
D'ordinaire la Torah dit : "vayigva vayamot" (il a expiré et il est mort), mais pour Yaakov elle dit uniquement : "vayigva" (il a expiré), ce qui implique qu'il n'est pas mort (voir Rachi & Ramban sur Vayé'hi 49,33).
[Rachi : Le terme de "mort" n’est pas employé à son sujet, de sorte que nos maîtres ont enseigné : "Notre patriarche Yaakov n’est pas mort!" (Yaakov avinou lo mét - guémara Taanith 5b)]
=> Qu'est-ce que cela signifie, exactement?

-> Certains prennent le verset au sens littéral : bien que Yaakov ait été embaumé et inhumé, il était dans un état comateux. En fait, comme on le verra plus loin, lorsque Essav a contesté le droit de Yaakov d'être enterré au Caveau de Makhpéla, Yaakov a ouvert les yeux et a souri en voyant la vengeance de D. à l'encontre de son frère.
Ceci constitue une preuve supplémentaire que Yaakov a continué à vivre.

-> D'après d'autres commentateurs, ce passage est à prendre dans un sens symbolique.
Yaakov est resté spirituellement vivant car tous ses enfants, sans exception, étaient des tsadikim.
Pour la même raison, la Torah nous dit que Yaakov reviendra à la vie pour rejoindre ses enfants en exil et sera délivré avec eux.
[Voir Rachi sur Téhilim 78,12, où il dit que les Patriarches se sont joints aux Bné Israël lors du passage de la mer Rouge.]

-> D'autres disent que Yaakov n'est pas mort car il n'en a pas du tout ressenti les effets (rabbénou Bé'hayé).
[rabbénou Bé'hayé (49,33) décrit la mort de Yaakov et explique en quoi elle est similaire à celle d'Eliyahou haNavi]

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2°/ Lesquelles des 12 tribus meurent avec davantage de maladies que les autres?

-> Rachi (v.49,22) commente : la descendance de Yossef est invulnérable au mauvais œil (guémara Béra'hot 20a).

De même, lorsque Yaakov a béni [les enfants de Yossef : ] Menaché et Efraïm (v.48,16), il a souhaité qu’ils se multiplient comme les poissons, sur lesquels le mauvais œil n’a aucune prise.

La guémara (Baba Métsia 107b) enseigne que sur 100 morts, 99 sont causées par le mauvais œil (ayin ara), et une seule l'est suite à des causes naturelles.
Les Tossefot font remarquer que puisque les descendants de Yossef sont protégés contre le mauvais œil, on aurait pu penser qu'ils vivent beaucoup plus longtemps que le restant des juifs, car étant immunisés contre 99% des causes de mort.
Cependant, dans la réalité nous ne constatons pas de différence de durée de vie entre les différentes tribus du peuple juif.

=> Les Tossefot suggèrent que lorsque le temps de mourir est venu pour un descendant de Yossef, Hachem le frappe alors d'une maladie qui lui sera fatale. C'est ainsi que ces derniers meurent beaucoup plus fréquemment de maladie que les autres tribus.

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-> En se plaçant devant Ra'hel pour éviter que Essav ne la voie, Yossef a mérité une bénédiction le protégeant du mauvais œil comme les poissons qui se trouvent dans l'eau, cachés du regard des hommes.
De plus, Yaakov lui a souhaité que, comme les poissons, ses descendants ne puissent vivre sans la Torah qui est comparée à l'eau.
[cf. midrach Béréchit rabba 97,3 ; midrach Tan'houma Vayé'hi 6]

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[selon nos Sages, toutes les femmes égyptiennes regardaient Yossef, et lui ne les regardait pas.
Ainsi, pour se protéger du mauvais œil, il ne faut pas utiliser ses yeux négativement (choses interdites, jalousie, ...), à l'inverse il faut avoir un regard positif (sur autrui, sur ce que l'on a dans la vie, ...)]

-> b'h, dvar Torah sur la jalousie et le ayin ara : https://todahm.com/2018/12/09/jalousie-et-mauvais-oeil

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3°/ Combien de fois Yaakov a-t-il était enterré?

-> La michna dans Nazir (9,3) nous enseigne que si une personne transfert un corps qui a déjà été enterré, elle doit également prendre avec un peu de la terre qui est autour.

La guémara (Nazir 65a) déduit ces lois de la demande de Yaakov : "tu me transporteras hors de l'Egypte" (Vayé'hi 47,30), commentant que Yaakov a dit à Yossef de prendre également de la terre environnante avec son corps.

=> Selon le sens simple de cette guémara, Yaakov a d'abord été enterré immédiatement en Egypte après sa mort, et 70 jours plus tard, il a été déterré et ré-enterré à 'Hevron.

-> Cependant, le Moshav Zékénim (et le Rambam) affirme que Yaakov n'a jamais été enterré en Egypte.
La guémara peut être comprise comme Yaakov demandant à Yossef de ne surtout pas l'enterrer en Egypte, car après il devront prendre de la terre de ce pays, ce qui leur donnera inutilement du travail supplémentaire.

-> Dans la Torah, d'abord les frères se sont assis en deuil pour leur père (v.50,10), et c'est seulement ensuite que "ses fils le portèrent au pays de Canaan et l'ensevelirent dans le caveau" (v.13).
Or, selon la loi juive (Choul'han Aroukh - Yoré Déa 375,1), la période de deuil débute au moment où l'on procède à l'inhumation et après la fermeture de la sépulture avec la terre. Dès cet instant, les proches doivent se conformer aux lois des endeuillés.

Selon le Panéa'h Raza, cela est en accord avec les paroles du 'Hizkouni, qui maintient que Yaakov a été enterré d'abord en Egypte. En effet, cela explique pourquoi ils ont pu prendre le deuil sur sa mort avant de l'enterrer en Israël.

["L'Egypte le pleura 70 jours" (v.50,3), après cette période Yossef demanda à Pharaon de lui permettre de réaliser sa promesse de l'enterrer en terre d'Israël.]

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-> Parmi les égyptiens qui se joignirent aux funérailles de Yaakov aucun ne mourut, ne tomba malade ou endura des souffrances durant cette année-là.
Ils eurent le mérite immense de porter le deuil d'un saint tel que Yaakov.
En effet, participer à de telles funéraires (d'un tsadik de la génération) revêt une importance considérable.
[Yalkout Réouvéni - rapporté par le Méam Loez (Vayé'hi 50,11)]

[en participant à l'enterrement d'un grand Sage de notre génération, nous méritons également d'énormes bénédictions.]

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-> "Yossef tomba à la face de son père et pleura sur lui" (Vayé'hi 50,1)

=> On peut se demander pourquoi Yossef n'a-t-il pas aussi prononcé un éloge funèbre (Hesped) pour son père, après sa mort? C'est seulement en Canaan qu'on prononça des élégies!

En fait, Yaakov a insisté pour ne pas être enterré en Egypte. Il ne voulait pas que son corps repose dans ce pays impur. Or, nos Sages enseignent que quand on prononce un Hesped sur une personne, c'est comme si on l'enterrait à cet endroit. C'est pourquoi, Yossef n'a pas prononcé de Hesped sur son père en Egypte, pour ne pas même que l'on puisse considérer qu'il ait été enterré en Egypte par l'entremise de ce Hesped.
[Kérem haTsvi]

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-> "Ils arrivèrent jusqu'à l'Aire des ronces (Guoren Haatad)" (Vayé'hi 50,10)

=> Pourquoi est-ce précisément à cet endroit que l'on prit le deuil pour la mort de Yaacov?

En fait, l'Aire des ronces fait allusion à la malédiction que reçut Adam pour la faute originelle qu'il commit. En effet, suite à cette faute, la terre fut maudit de produire des "ronces" et des mauvaises herbes.
Or, Yaakov a amené la bénédiction en Egypte. Ainsi par exemple, par sa venue, la famine cessa. Il apporta donc autour de lui la protection contre la malédiction causée par la faute originelle. En effet, selon nos Sages, il répara, à titre individuel, la faute de la consommation de l'arbre de la connaissance.
En arrivant dans l'Aire des ronces et en voyant les "ronces" qui s'y trouvaient, tout le monde perçut un message qu'à présent que le Juste s'en est allé, sa protection s'arrête et la malédiction peut se rétablir.
C'est donc là que l'on prit le deuil pour sa disparition, comprenant l'impact de son départ de ce monde.
[Panim Yafot]

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+ L'impact de la venue de Yaakov en Egypte :

-> Selon certaines opinions (ex: rabbénou Bé'hayé), la sécheresse a repris après la mort de Yaakov et a duré ensuite 5 terribles années, prouvant de façon éclatante que son arrivée avait interrompu la famine.
Le 'Hatam Sofer explique que Yaakov désirait rester en Egypte car : il était conscient que son absence déclencherait de nouveau la famine. Il ne servait donc à rien de quitter l'Egypte tout en sachant qu'ils devraient y revenir pour s'approvisionner.

L'arrivée de Yaakov à mis un terme à la terrible famine et sa présence saluée par le débordement du Nil a apporté la bénédiction à tout le pays d'Egypte.

Selon d'autres (ex: Ramban), la sécheresse a cessé en Egypte uniquement, mais elle a sévi partout ailleurs sans aucun répit. Tous ont donc pu constater que la prédiction de Yossef était exacte, et que l'Egypte n'a échappé au fléau avant son échéance que grâce à la bénédiction de Yaakov.
[...]
Après son arrivée en Egypte, Yaakov a vécu encore 17 années en Egypte, période durant laquelle Yaakov et sa famille vont mener une vie calme et prospère au pays de Gochen, dans la plus grande pureté.
Le mérite de Yaakov n'a pas seulement apporté la bénédiction à sa propre famille mais à tout le pays.
Son arrivée en Egypte a mis fin à la famine et sa présence a continué à protéger la vie de toute la population. En ce sens, on ne note aucun avortement ni chez les femmes ni chez les bêtes, et dans toute l'Egypte, personne ne souffre plus de maux de dents.
Quant à Yaakov et sa famille au pays de Gochen, ils se sentent en présence de D. qui veille sur eux et les protège.

La vie des Bné Israël paraît dans un 1er temps idyllique, mais après la mort des fils de Yaakov, la situation se dégradera peu à peu et le souvenir des bienfaits de Yaakov et Yossef envers le royaume d'Egypte s'effacera de la mémoire collective.
[rav Yossef Deutsch]

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4°/ Quelles sont les 4 personnes qui ont été enterrées dans cette paracha?

La Torah rapporte que Yaakov a été enterré à 'Hevron (v.50,13).

Le midrach (Pirké déRabbi Eliezer 38) rapporte que Essav a essayé d'empêcher que Yaakov soit enterré dans la Méarat haMakhpéla, et qu'à un moment 'Houchim ben Dan lui a coupé la tête, qui a roulé dans le caveau et y a été enterrée.

La paracha Vayé'hi se termine par la mort de Yossef (v.50,26), qui selon la quémara (Sotah 13a) son cercueil a été plongé dans le Nil.

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-> "Yossef retourna en Egypte, lui et ses frères, et tous ceux qui étaient montés avec lui pour enterrer son père, après qu'il eut enterré son père" (v.50,14)

=> Que vient nous ajouter : "après qu'il eut enterré son père" ?

Selon le Choul'han Arou'h (Yoré Déa 242,17), si 3 personnes marchent ensemble, la personnes la plus respectable doit être au milieu, la 2e plus respectable doit être à droite, et la 3e à la gauche.

Le Birké Yossef y ajoute que dans le cas où il n'y a 2 personnes marchant ensemble, celui qui est le plus honoré doit marcher à la droite, et l'autre personne à sa gauche.

La guémara (Yérouchalmi Taanit 4,2) rapporte que nos 3 Patriarches sont enterrés de cette manière, avec Avraham au milieu, Its'hak à sa droite, et Yaakov au gauche. Cependant, les Patriarches ne sont pas morts en même temps.
Lorsque Its'hak y a été enterré, ils n'étaient que 2, et ainsi il a été positionné à gauche de Avraham.

Cependant, dans notre paracha suite à la mort de Yaakov, ils étaient 3 personnes
Le Rogatchover Gaon explique qu'on a tout d'abord exhumé Its'hak de sa place, pour le faire passer de la gauche à la droite d'Avraham.
Ce n'est qu'ensuite, qu'ils ont pu enterrer Yaakov dans la parcelle qu'occupait avant Its'hak.
C'est ce que vient nous apprendre la répétition de : "pour enterrer son père, après qu'il eut enterré son père"" = il y a eu 2 enterrement : celui de Its'hak et de Yaakov.

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5°/ Pourquoi bénissons-nous nos enfants d'être spécifiquement à l'image de Efraïm et Ménaché, et pas d'autres tribus?

-> Rabbi 'Haïm Yossef Kofman rapporte que selon nos commentateurs c'est la 1ere fois depuis la Création du monde, que tous les frères d'une famille s'entendent bien ensemble.
En effet, il y a eu : Caïn et Evel, Its'hak et Ichmaël, Yaakov et Essav, Yossef et ses frères.

Durant toute sa vie, Yaakov a pu se rendre compte des terribles conséquences de la haine et de la jalousie entre frères, et c'est ainsi lorsqu'il a vu l'amour profond et pur entre Efraïm et Ménaché, il a ressenti que c'est la bénédiction ultime que peut utiliser un juif pour ses propres enfants.

D'ailleurs, on peut noter que les noms : "Efraïm Ménaché" (אפרים מנשה) a une guématria de 726, qui est exactement égale à : "שים שלום" (Fais reposer la paix - shim shalom).

-> Yaakov a changé ses mains, en plaçant sa droite sur la tête de Efraïm, à la place de Ménaché qui est l'aîné, au point que Yossef dise : "Pas ainsi, mon père! Puisque celui-ci est l’aîné, mets ta main droite sur sa tête." (48,18).

Yaakov va quand même mentionner le nom du plus jeûne avant celui de Ménaché, proclamant même : "son jeune frère sera plus grand que lui (l'aîné)" (48,19).

En tant qu'aîné et connaissant l'impact des paroles de Yaakov, Ménaché aurait pu bondir à ce moment, et protester : "Grand-père, ce n'est pas juste! C'est moi qui dois mériter cette bénédiction! Je veux ta main droite sur ma tête!"

Cependant, Ménaché n'a rien dit, et Efraïm ne s'est à aucun moment vanter de sa supériorité.
=> C'est ce type de relation que Yaakov souhaite à chaque famille juif dans le futur, au point qu'au moment de mourir Yaakov nous laisse comme héritage l'idée suivante : la plus grande source de plaisir des parents est de voir ses enfants vivre en paix et en harmonie l'un avec l'autre, à l'image de Efraïm et Ménaché.

-> De même le rabbi Avraham Zalmans de Novardok enseigne : la jalousie est l’un des 3 défauts qui font sortir l’homme du monde. Or voilà que Ménaché, l’aîné de Yossef, constate que Yaakov a croisé ses mains pour faire passer Efraïm, le plus jeune, avant lui, et pas seulement pour un petit moment, mais à jamais.
L’humiliation était terrible. [il avait conscience du pouvoir phénoménal et éternel des bénédictions de Yaakov!]
Et pourtant, Menaché lui-même ravale son chagrin, son jeune frère restera à jamais plus grand et plus important que lui, alors que de son côté il n’éprouve ni haine ni jalousie.
Devant pareille grandeur, on comprend pourquoi Yaakov a fixé comme bénédiction pour tout Israël et pour les générations : "Que D. te place comme Efraïm et comme Menaché".

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-> La main est posée sur la tête pour faire passer les forces spirituelles de la bénédiction sur la personne à laquelle elle est donnée.
De même le Cohen étend les mains vers la communauté pour la bénir.
[Sforno - Vayé'hi 48,18 ; Rabbénou Bé'hayé - Vayé'hi 48,14]

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-> Le rav Zalman Sorotskin (Oznaïm laTorah) explique que toutes les autres tribus ont vécu de nombreuses années en terre sainte, dans un environnement de sainteté, tous ensemble, auprès de Yaakov.
En revanche, Efraïm et Ménaché sont nés et ont évolué en Egypte, dans ce pays dévoyé/impur, entourés de réchaïm.
L'Egypte symbolise l'exil par excellence. Mais l'assimilation ne les a pas touchés. Malgré tout, ces 2 enfants restèrent fidèles à la tradition de leur père, Yossef, et ne se fondirent pas dans la masse.
Or, nos sages disent qu'à la fin de sa vie, Yaakov vit, par prophétie, la date de la fin des temps, de la fin de l'exil. Quand il vit la longueur de l'exil et du fait que pendant de très nombreuses années, ses descendants devront vivre en diaspora, dans des pays hostiles à la Torah, il souhaita à tous ses descendants de ressembler à Efraïm et Menaché.
Même s'ils vivent dans des pays d'exil et d'impureté, il leur souhaita de parvenir malgré tout à conserver leur spécificité, et ne pas s'assimiler.
L'exemple type de celui qui évolue parmi les nations tout en restant fidèle à sa tradition, c'est l'exemple d'Efraïm et Ménaché, l'exemple à suivre pendant toutes les longues années d'exil.

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-> Le 'Hatam Sofer explique que Efraïm et Menaché ont chacun une particularité.
En effet, nos Sages enseignent que Efraïm était le plus proche de Yaakov, après sa descente en Egypte. C'est lui qui étudiait tout le temps la Torah avec son grand-père. Ainsi, Efraïm symbolise celui qui se consacre à l'étude.
Par contre, Ménaché était plus proche de son père, Yossef, il l'aidait dans la gestion de l'état et s'occupait des richesses de l'Egypte. Ainsi, Ménaché symbolise celui qui s'implique dans le monde, à travers un travail, et qui
s'enrichit.

Yaakov savait que chaque parent souhaite ces deux caractéristiques pour ses enfants : qu'ils réussissent dans la Torah, mais aussi qu'ils réussissent professionnellement et qu'ils aient une bonne situation.
Cependant, l'essentiel de la bénédiction de Yaakov, ce qu'il voulait que chaque père transmette à ses descendants, c'est qu'il "place Efraïm avant Ménaché." Certes, chaque père souhaite la orah et la richesse à ses enfants, mais l'essentiel, c'est que son ambition soit qu'en priorité, ses enfants soient des grands en Torah.
=> La richesse oui, pourquoi pas, mais la Torah c'est la priorité : Efraïm avant Ménaché!

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-> Le Rav Chlomo Bloch se rapporte à un principe selon lequel il existe une descente dans les générations (yérida adorot).
Plus les générations passent et plus la grandeur spirituelle diminue. La 2e génération étant moins grande spirituellement que la première.
Malgré tout, 2 personnes ont échappé à cette règle : ce sont Efraïm et Ménaché. En effet, Yaakov dit à leur propos : "Efraïm et Ménaché seront pour moi comme Réouven et Chimon" = c'est-à-dire que bien que Efraïm et Ménaché appartiennent à la génération suivante, par rapport aux tribus, malgré tout Yaakov les élève et les place au niveau des tribus, comme Réouven et Chimon, comme s'ils appartiennent à la génération précédente, puisqu'ils n'ont pas subi la diminution des générations.

=> C'est cela que chaque parent souhaite à ses enfants. Chaque père souhaite que son fils soit au moins aussi grand que lui, voire même plus.
Un parent désire profondément que ses enfants échappent à la règle de la diminution des générations et que tout au moins, ils l'égalent, et ce à l'image d'Efraïm et Ménaché.

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-> Le Ohr ha'Haïm haKadoch dit que Yaakov bénit Efraïm et Ménaché de tellement de bénédictions au point qu'il ne puisse y avoir de bénédictions supplémentaires.
=> Par conséquent, chaque parent qui souhaite toutes les bénédictions pour ses enfants, voudra les bénir à l'image de Efraïm et Ménaché, qui ont été bénis de toutes les bénédictions possibles.

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=> Pourquoi Yaakov a-t-il béni le plus jeune Efraïm avant son frère Ménaché?

-> Yossef avait épousé Osnat qui était la fille de Dina et du prince de Chékhem.
Osnat avait donc une moitié de sainteté (kédoucha) du côté de sa mère Dina, fille de Léa, et une moitié d'anti-sainteté du côté de son père.
Ménaché, le fils aîné de Yossef (totalement kadoch) et de Osnat, a pris du côté de sa mère sa moitié d'anti-sainteté et du côté de son père Yossef la moitié de sa sainteté.
Quant à son frère Efraïm, il a pris de sa mère Osnat la moitié de sainteté dont elle avait hérité et de son père Yossef l'autre moitié de sainteté.
Ainsi, contrairement à son frère aîné Ménaché, Efraïm était totalement saint (kadoch).

C'est pourquoi, lorsque Yossef amena ses 2 fils Ménaché et Efraïm auprès de son père Yaakov pour les bénir, en plaçant l'aîné Ménaché à la droite (en position prioritaire) de Yaakov, ce dernier permuta ses mains en posant sa main droite sur la tête d'Efraïm, le fils qu'il savait plus kadoch (saint) que son aîné.
De plus, c'est pour cette même raison que seule la moitié de la tribu de Ménaché est entrée en terre d'Israël et l'autre moitié est demeurée de l'autre côté du Jourdain ; par contre toute la tribu d'Efraïm a eu le mérite d'entrer en terre d'Israël.
[Ben Ich 'Haï]

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-> "Il les bénit en ce jour en disant : Israël bénira par toi en disant : que D. te place comme Efraïm et comme Menaché, et il mit Ephraïm avant Menaché" (Vayé'hi 48,20)

-> Le Targoum Yonathan dit que le jour de la circoncision, on bénit l’enfant en disant : "Que D. te place comme Efraïm et comme Menaché".

=> En quoi cette bénédiction est-elle liée à la circoncision?

-> Nous savons que les 2 fils de Yossef avaient des rôles très différents ; le plus âgé, Ménaché était très impliqué dans le monde matériel, il assistait Yossef, mais parvint à maintenir son niveau de piété.
En revanche, Éfraïm, le plus jeune, était plongé dans l’étude de la Torah.
Le Ktav Sofer souligne qu’Éfraïm est considéré comme plus vertueux, du fait de son érudition.
=> Dans ce cas, pourquoi YaacKov commence-t-il sa bénédiction par Éfraïm, pour ensuite ajouter Ménaché, qui, en dépit de sa grandeur, n’était pas au niveau d’ÉFraïm? Généralement, on commence une bénédiction par le plus petit niveau, puis on continue en s’élevant ...

Le Ktav Sofer explique que le juif peut choisir 2 voies différentes dans sa vie. Il peut consacrer ses journées à l’étude de la Torah, ou bien travailler pendant une grande partie de la journée, tout en fixant des temps d’étude, en effectuant des actes de bonté, ou en soutenant financièrement des personnes qui étudient toute la journée.
La 2e option convient à la plupart des gens ; rares sont ceux qui peuvent se consacrer entièrement à l’Étude.
Le Ktav Sofer affirme par ailleurs que seul un millième de ceux qui entrent dans le beit hamidrach (pour étudier toute la journée, quotidiennement) deviendra apte à trancher la Halakha. Toutefois, chaque père doit élever ses fils, en leur donnant la chance de réussir dans la Torah, d’atteindre les plus hauts niveaux, bien que la probabilité qu’ils les atteignent soit faible, et qu’ils choisiront certainement de travailler pour gagner leur vie et d’étudier quelques heures par jour "seulement".
Ceci, car si l’on ne donne même pas la possibilité à notre enfant de devenir un Talmid ’Hakham, il n’aura aucune chance de réussir dans la voie de la Torah.

Pour revenir au rapport entre la bénédiction et la brit mila, le Ktav Sofer explique que cette dernière représente le début de l’éducation de l’enfant, la première étape de l'éducation ('hinoukh). Il est donc important de bénir le bébé, à ce moment, et de lui souhaiter de devenir comme Éfraïm (c’est-à-dire d’exprimer notre intention de lui donner une chance d’émuler Éfraïm, l’érudit en Torah) et ensuite de lui souhaiter de devenir comme Ménaché (on exprime ainsi l’espoir, s’il n’est pas capable de devenir un grand érudit en Torah, de le voir agir comme Ménaché, qui resta vertueux tout en étant impliqué dans la matérialité).

-> Le ’Hazon Ich soulignait ce point, et disait souvent que chacun doit avoir la possibilité de devenir un grand Talmid ’Hakham (érudit en Torah), bien que la plupart des gens n’atteindront pas cet objectif.
Dans ces mots : "Chacun doit avoir l’opportunité de devenir "le millième", peu importe la probabilité du résultat."
Il ajoutait qu’on ne peut pas être sûr qu’un individu ne pourra pas devenir un grand érudit, dès son jeune âge.
Il raconta que l’un des Grands de la génération n’était pas doué dans l’Étude, il était même considéré comme un vrai cancre, à 18 ans encore. Pourtant il devint l’un des Rabbanim les plus respectés de son temps. Si on l’avait traité avec cette approche, à savoir qu’un élève faible n’a aucune chance de devenir un Grand en Torah, il aurait reçu une plus médiocre éducation et ceci aurait privé le monde d’un Gadol.
[bien évidemment, il peut parfois s’avérer négatif que certains jeunes homes continuent d’étudier intensivement la Torah. Ce sujet est complexe et chaque cas est à traiter isolément, en fonction des circonstances et il convient de s’adresser à un Rav compétent en ce domaine.]

=> Ainsi, nous bénissons nos fils et leur souhaitons, dès leur brit mila, de s’efforcer de devenir de grands érudits en Torah. Comme l’enseignent le Ktav Sofer et le ’Hazon Ich, il nous incombe de leur donner la chance de réussir.

-> De son côté, le rav Eliyahou Dessler dit qu’il y a un Menaché qui ressemble à Efraïm et un Efraïm qui ressemble à Menaché.
On peut être installé au Beit HaMidrach (maison d'étude) comme Efraïm alors que la tête est dans les affaires de ce monde comme Menaché, et on peut être installé dans une boutique comme Menaché alors que la tête se trouve dans les problèmes du Talmud et les sujets portant sur la crainte du Ciel comme Efraïm.

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-> Comment Efraïm a-t-il acquis un statut supérieur alors qu'il était le plus jeune des 2 frères?
Par le fait qu'il s'est toujours conduit modestement et a servi son grand-père de façon désintéressée, de la même façon que Yéhochoua, son descendant, servira ensuite Moché.
Nos Sages font souvent remarquer que plus une personne se conduit modestement, plus elle est digne d'être élevée.