« [Le roi d’Israël] écrira pour son usage, dans un livre, une copie de cette Torah … Elle sera avec lui et il y lira tous les jours de sa vie … pour les accomplir » (Choftim 17,18-19)

-> Selon Rachi : 2 livres de la Torah : l’un que l’on dépose parmi les trésors, et l’autre qui part en guerre et en revient avec lui.

-> La guémara enseigne que les rois d’Israël accomplissaient ce commandement en se faisant écrire un Séfer Torah à petites lettres.
Sa taille réduite leur permettait de le porter sur eux constamment.
Lorsque le roi David disait : « J’ai placé D. devant moi continuellement et [D. me protège] à ma droite, je ne trébucherai pas » (Téhilim 16,8), il faisait référence au rouleau de la Torah qu’il gardait toujours attaché à son bras.
Son 2e Séfer était déposé dans son trésor.

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+ Quel en est le sens?

-> D’après le Ramban : ce n’est pas seulement le rouleau de parchemin qui doit accompagner le roi toute sa vie, mais également son contenu et ses valeurs.

-> Le Ktav Sofer écrit que pour tout roi d’Israël, il faut qu’il y ait 2 Torah : l’une qui se trouve dans son trésor, pour lui-même, afin qu’il veille à observer la Torah dans tous ses détails, avec une grande exactitude.
Et l’autre avec laquelle il sort vers le peuple, c’est-à-dire que vis-à-vis du peuple il doit se comporter avec douceur et sans sévérité.

-> Il existe de nombreuses lois afin d’établir le respecter et la crainte de la royauté, comme par exemple le Rambam (Hilkhot Méla’him chap.2) qui écrit : « On manifeste un grand respect envers le roi, et on met sa crainte dans le cœur de tout homme, ainsi qu’il est dit : « Tu mettras sur toi un roi » = dont la crainte sera sur toi. »

Rabbi Eliezer Schoulwtiz dit que la concrétisation vivante des 2 Séfer Torah a servi d’exemple au roi David, qui quant il étudiait la Torah, devenait doux comme un ver, et quant il sortait à la guerre il se durcissait comme le bois (guémara Moed Katan 17).

C’est cela les 2 Séfer Torah en même temps : extérieurement les rois juifs doit respecter la loi juive en permettant que le peuple le craigne, mais cela ne doit pas déteindre sur son intériorité, où celui-ci doit garder toute son humilité, toute sa conscience de sa totale dépendance à Hachem.

[on retrouve cela avec certains de nos Sages qui entraient dans une synagogue avec un livre de Torah à la main. Ainsi, ils avaient conscience que tout l’immense respect, affection que les juifs pouvaient leur témoigner n’était pas destiné à leur propre personne, mais plutôt à la Torah de Hachem.

La Torah extérieur était un rappel de la nécessité de permettre à autrui de respecter la Torah, mais surtout c’est un rappel de la Torah interne : celle dont la finalité est de prendre conscience de notre petitesse, de notre ignorance, … face à l’infinité Divine!]

-> Ces rouleaux de Torah doivent rappeler à tout moment au roi que malgré sa situation élevée, il reste soumis à la Torah.
La Torah était dans le trésor royal, car sa richesse peut facilement lui faire perdre le sens de ses responsabilités.
[rabbi Nathan Scherman]

-> Même si le roi a hérité des rouleaux de Torah de son père, il doit en réécrire une copie pour lui-même ; si son père ne lui en a pas laissé du tout, il doit en écrire deux.
[Rambam]
[on peut éventuellement commenter que quelque soit son ascendance, tout roi se doit d’internaliser, de travailler en permanence pour vivre selon la Torah (et non de se reposer sur les lauriers de ses ancêtres), symbolisé par la nécessité d’écrire au moins un Séfer Torah. ]

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-> Le ‘Hatam Sofer explique qu’en toute occasion, le roi doit prendre ses décisions en consultant la Torah.
La loi de la Torah sera le code de toute sa vie : dès qu’il aura le moindre problème et la moindre situation à régler, il la solutionnera uniquement en fonction de la loi et de l’esprit de la Torah.

Par conséquent, « il y lira tous les jours de sa vie » : Il y trouvera la manière d’agir dans chaque situation qu’il vivra dans sa vie et appliquera la décision de la Torah à chaque mouvement.

[il a beau être LE roi, la loi qui compte, le chemin à suivre est celui de la Torah!]

« Pardonne à Ton peuple que Tu as racheté » (Choftim 21,8)

-> Nos Sages dans la Pessikta disent : « c’est une allusion aux morts qui peuvent être pardonnés grâce à l’aumône donnée par les vivants. »

Nous apprenons de là que les morts tirent profit de l’argent que les vivants consacrent à la charité en leur faveur …
Cela s’applique également à quelqu’un qui récite le kadich ou toute autre bénédiction en public, …

[Rabbéou Bé’hayé – Choftim 21,6]

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-> Le Chla Hakadoch nous dit au nom de nos sages que celui qui fait un acte de Tsédaka entraîne une véritable délivrance pour le défunt et lui procure apaisement et réconfort. (cf. Choul’han Aroukh Yoré Déa fin du chap. 249)

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-> Nos sages n’ont décrété de dire le Kaddich qu’à cause des ignorants, mais le fait d’étudier la Torah, aura sept fois plus d’effet sur l’élévation de l’âme.
En particulier, si le fils fait des ‘hidouchim (interprétation originale des textes) dans la Torah, l’honneur dont bénéficiera son père, dans l’assemblée d’en haut (yéchiva chel ma’ala), sera incommensurable
[Séfer ‘Haïm va’héssèd (p.155)]

« C’est Moi, c’est Moi (ano’hi ano’hi) celui qui suis votre consolateur » (début Haftara Choftim – Yéchayou 51,12)

=> Apparemment le mot : « celui » (ou – הוּא) est superflu, et il aurait suffi de dire : « Je suis votre consolateur ».

-> [Moché] dit : « Car la main est sur le Trône de D. (עַל-כֵּס יָהּ – al késs ya) : Hachem entretient une guerre contre Amalek, de génération en génération » (Béchala’h 17,16)

Rachi commente : Moché désigne le Trône sous une forme abrégée : késs (כֵּס), et il emploie le Nom Divin de 2 lettres (ya – יָהּ) au lieu du Nom complet (יהוָה).
Cela nous enseigne que le Nom et le Trône de D. ne sont pas complets tant que subsiste Amalek.

Ainsi, nous avons le « Trône de D. » qui est incomplet : כֵּס יָהּ, et
– pour avoir le mot « kess » en entier, il manque un « aleph » pour parvenir à : kissé » (כסא) ;
– pour avoir le Nom d’Hachem complet, il manque le « vav » et le « hé » [יָהּ + וה soit : יהוָה].

=> C’est à cela que fait allusion le verset : « c’est Moi celui (ou – הוּא) qui suis votre consolateur » = Hachem nous consolera dans l’avenir au moyen du הוּא (celui), pour compléter Son Nom divin et Son Trône comme ils étaient au commencement.

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-> Un jour le ‘Hafets ‘Haïm dit à l’un de ses élèves :
« Je te lance un défi, fais le tour de la ville et cherche parmi tous les pauvres, même les plus démunis, un pauvre qui n’ait pas de chaise chez lui!
L’élève assidu releva le défi ; il chercha dans toute la ville et se rendit compte du grand nombre de pauvres et de la misère qui pouvait sévir ; ce qui fut déjà une leçon pour lui.
Et en plus, il constata que tous avaient, au moins une chaise chez eux.
Il revint vers le ‘Hafets ‘Haïm et lui dit : Le Rav a gagné, je n’ai pas trouvé.
Le ‘Hafets ‘Haïm lui dit : J’ai doublement gagné car non seulement tu n’as pas trouvé ce que tu cherchais, mais il y a un pauvre qui n’a pas de chaise chez lui!
C’est la Présence Divine (Chékhina) qui est « pauvre » et sans chaise ; comme il est écrit : « ki yad al kess ka mil’hama lamalek dor dor » (car il a la main sur le kess (Trône) d’Hachem ; la guerre contre Amalek perdure de génération en génération! »).
Pourquoi il n’est pas écrit le mot kissé (chaise) en entier?
Pour te dire que la Présence Divine n’a plus de chaise à cause des forces du Mal.

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-> Rabbi Chlomo Elkabets a écrit une lettre où il rapporte une révélation de la Présence Divine, à laquelle il a assisté pendant une veillée de Shavouot :
« Une voix se fit entendre dans la bouche du ‘Hassid (il s’agit de rabbi Yossef Caro), une voix forte et claire mais sans que la bouche du ‘Hassid ne bouge.
La voix s’est adressée à nous en ces termes : « Écoutez mes Chéris, ceux qui embellissent l’embellissement, mes Aimés, que le Shalom soit sur vous!
Heureux de vous et heureux vos mères qui vous ont enfantées, heureux de vous dans ce monde-ci et vous serez heureux dans le monde futur …
Depuis de nombreuses années Ma couronne est tombée. Je n’ai personne qui vient me consoler. Je suis jetée dans la poussière ; Je jonche les poubelles.
[…]
Et si vous saviez un millième, de millième de millième, ou un dizaines de milliers, de dizaines de milliers, de la souffrance que je ressens et dans laquelle je me trouve, il n’y aurait plus de joie dans vos cœurs, plus de rires sur vos lèvres et vous n’auriez même plus de goût pour la nourriture, en vous rappelant que c’est à cause de vous que je suis dans cette situation.
Alors, renforcez-vous, et continuez à m’aider et à me couronner comme vous le faites … »

Rabbi Chlomo Elkabets conclut : « Nous avons tous pleuré ce soir-là de tristesse et de joie, d’entendre la Voix de la Présence Divine et de nous rendre compte combien Elle souffre par nos fautes, alors nous sommes renforcés dans l’étude de la Torah et jusqu’au petit matin, la guémara n’a pas quitté nos bouches dans la crainte et dans la joie. »

=> On voit que par nos fautes, la Présence Divine est « jetée à la poussière », et que c’est à nous de : « renforcez-vous, et continuez à m’aider et à me couronner comme vous le faites » (le Trône Divine [kess ya] redevenant alors complet!).

« Il a témoigné à faux contre son frère. Vous lui ferez comme il a projeté de faire à son frère et tu détruiras le mal de ton sein » (Choftim 19,18-19)

-> On appliquera aux faux témoins (édim zomémim) la peine qu’ils ont voulu imposer à la tierce personne.
Ainsi, par exemple, si leur témoignage avait entraîné que l’on condamne à mort une autre personne, alors les faux témoins seront exécutés.
Cependant, nos Sages expliquent que l’on exécute les faux témoins que si la tierce personne a uniquement été condamnée à mort, mais n’a pas encore été tuée du fait de leur témoignage.
Mais, si le tribunal a déjà mis à mort l’accusé, alors les faux témoins ne seront pas exécutés. En effet, la Torah dit : « On lui fera (au témoin) comme il a voulu faire à son frère », et la Torah orale explique : « Comme il a voulu faire mais pas comme il a fait. »

Cette loi paraît très étonnante. Si déjà quand l’accusé a simplement été condamné à mort, alors les témoins seront tués, quand il a été effectivement mis à mort suite au témoignage, la logique voudrait qu’à fortiori les témoins soient tués!
=> Comment comprendre cela?

Nous allons voir b’h quelques réponses de nos Sages.

-> Le Ramban explique que Hachem siège avec les Sages dans le tribunal rabbinique.
Ainsi, si un homme a été exécuté par le tribunal suite au témoignage de 2 témoins, et qu’il s’avère par la suite que les témoins ont été confondus, si le Juge Suprême (Hachem) a laissé faire une telle chose que le tribunal mette à mort un individu, c’est qu’Il a trouvé bon que l’accusé soit tué.

En effet, ce dernier avait certainement commis des actions qui le condamnaient par le Tribunal d’En-Haut. Hachem a donc entraîné que celui-ci soit exécuté.
Ainsi, si le tribunal rabbinique exécute un homme c’est que cela a été décidé par Hachem.

C’est pourquoi, les témoins, même s’ils ont été confondus, ont permis de réaliser la Décision Divine, et ne seront donc pas exécutés.
En revanche, si l’accusé a été condamné à mort, puis les témoins ont été démentis avant l’exécution de l’accusé, alors on mettra à mort les témoins, car le Ciel n’a pas décidé que l’accusé mérite la mort.
En effet, les témoins ont donc réellement mis en place un plan pour tuer un véritable innocent, c’est pourquoi ils seront exécutés.

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-> Le Maguid de Doubno apporte une parabole pour expliquer ce sujet.

Réouven fait convoquer Chimon au tribunal parce que ce dernier l’a giflé.
Le juge tranche alors que Réouven doit rendre une gifle à Chimon, et Réouven proteste : « Voilà que Chimon m’a giflé alors que je ne lui avais rien fait. En revanche, moi je vais lui donner un coup alors qu’il le mérite. La punition ne correspond donc pas à la faute ! »

Si les faux témoins ont simplement cherché à entraîner la mort de quelqu’un d’innocent sans être parvenus à leur fin, alors quand on les met à mort, cette punition est équitable. En effet, ils seront tués sans avoir non plus réussi à commettre de faute concrètement.

Mais, si l’accusé est exécuté suite à leur témoignage, alors le fait de tuer les témoins n’est pas une punition équitable. En effet, ils ont entraîné la mort d’un innocent alors qu’eux seront tués suite à un réel crime.
Ainsi, cette punition n’est pas suffisante par rapport à leur si grave faute et ne pourra donc pas réparer cette faute. Or, puisque les peines de la Torah ne viennent que afin de réparer la faute commise (et non pas en tant que vengeance, que D. préserve), quel est donc l’intérêt de tuer ces faux témoins si cette peine ne suffit pas pour compenser et réparer leur faute.

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-> Le Maharal de Prague explique que tant que le mauvais projet des faux témoins n’a pas encore été réalisé et que l’accusé n’a pas encore été exécuté, alors cette volonté sinistre de tuer leur prochain continue toujours a être « collée » à leur âme. Ils restent toujours attachés à cette idée et cherchent encore éperdument à réaliser leur plan.
=> C’est pourquoi, la Thora décrète qu’il faudra tuer les témoins, pour supprimer le mal du sein du peuple juif. En effet, ce mal brûle dans le cœur des témoins et il faut le supprimer.

Mais, si leur mauvais dessein a été réalisé et que l’accusé a été mis à mort, alors le mal et le désir du crime se trouvent séparés du cœur des témoins.
En effet, quand quelqu’un désire commettre une faute, tant que la faute n’est pas réalisée, cette personne « brûle » pour celle-ci. Mais une fois que la transgression a été commise, la personne se « refroidie », se calme, et son mauvais penchant le laisse seul avec sa conscience.

C’est pourquoi, nos Sages enseignent que « les réchaïm sont remplis de regrets », car une fois la faute commise, le mal se détache de leur cœur et les regrets commencent à prendre la place.
=> De ce fait, si les témoins ont entraîné la mort de l’accusé, la Torah tranche qu’on ne les tue pas, étant donné que le mal s’est détaché de leur personne, les tuer ne reviendrait donc pas à supprimer ce mal.

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-> Rabbénou Bé’hayé rapporte une réponse plutôt technique. Il dit que si l’accusé a été exécuté, il se trouve que les 2 témoins confondus s’opposent aux 2 autres témoins qui les ont démentis.
Ainsi, il n’y a que 2 personnes (à savoir les 2 autres témoins) qui s’opposent aux dires des 2 témoins confondus. C’est la parole de 2 personnes contre 2 autres personnes.
Puisqu’il n’y a pas de majorité contre les témoins confondus, on ne peut donc pas les exécuter.

En revanche, si l’accusé n’a pas été exécuté, alors lui aussi s’ajoute aux deux autres témoins pour s’opposer aux témoins confondus et dire qu’ils ont menti.
Ainsi, il y a 3 personnes (les 2 autres témoins et l’accusé) qui s’opposent aux 2 témoins confondus. Du fait d’une majorité qui s’opposent à eux, on peut donc mettre à mort les 2 faux témoins.

[Source : issu d’un dvar Torah du rav Mikaël Mouyal]

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-> Le châtiment infligé par le beth din fournit une expiation pour le fauteur même dans l’au-delà.
Par conséquent, lorsque les Edim zomémim (faux témoins) ont comploté la mort d’un innocent, ils sont condamnés à mort, et cette sentence suffit à expier leur faute.
Cependant, si les faux témoins ont réussi à faire exécuter l’accusé, leur crime est trop grave pour être pardonné.
Nous attendons donc que le beth din céleste administre un châtiment approprié pour le crime effroyable d’avoir calomnié un innocent et d’avoir causé sa mort.
[Méam Loez]

« Ils diront tour à tour : Nos mains n’ont pas versé ce sang-là, et nos yeux ne l’ont pas vu se répandre. » (Choftim 21,7)

-> Rachi : Est-il envisageable que les Anciens de la ville soient des meurtriers?
Les Anciens sous-entendent : « Nous ne l’avons pas vu ni laissé repartir sans provisions et sans escorte ».
=> S’ils avaient effectivement laissé partir cet homme sans provisions et sans l’avoir raccompagné, ils auraient été responsable de ce meurtre.

-> Le Saba de Kelm explique que si ce voyageur a quitté la ville dans l’indifférence générale de ses habitants, il a certainement éprouvé un abattement moral.
Cette tristesse n’aura pas manqué de l’affecter profondément, et l’aura assurément empêché de pouvoir se défendre contre un éventuel agresseur.

En revanche, s’ils avaient fait preuve de considération à son égard, cette marque d’attention l’aurait renforcé et il aurait pu tenir tête à son meurtrier.
C’est pourquoi les Anciens doivent témoigner, lors de cette confession qu’ils ne sont pas responsables de la mort de cet homme.

=> Cette réalité attribue une immense responsabilité à toute personne représentant D., et qui a la possibilité de réchauffer le cœur, de témoigner de l’amour et de l’estime à autrui.

[Nous pouvons transposer cela dans la vie de tous les jours.
En effet, si nous ne réchauffons pas le cœur de notre entourage, alors ils auront moins de forces pour faire face à leur yétser ara, et risqueront par notre faute de tomber morts sous les attaque du yétser ara.
N’oublions jamais les paroles du Zohar (Tazria 46,2) : « De même qu’un juif est puni pour avoir dit du lachon ara, de même il est puni s’il avait une opportunité de dire quelque chose de positif à autrui, et qu’il ne l’a pas fait. »]

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-> Le Divré Yoël (rabbi Yoël Teitelbaum de Satmar) enseigne sur ce verset :
La guémara (Sotah 45b) demande pourquoi les Anciens doivent déclarer leur innocence. Il est certain que personne ne les suspecte d’avoir commis ce crime.
La guémara répond qu’en lavant leurs mains, ils déclarent qu’ils n’ont pas envoyé cet homme consciemment sans lui donner de provisions et de protection pour son voyage.
=> Pourquoi les Anciens doivent-ils demander pardon en disant : « Pardonne à Ton peuple Israël que Tu as racheté, Hachem! » (Choftim 21,8)?

Il est tout à fait vrai que les Anciens sont innocents du crime, car ils ont fourni au voyageur des aliments et une protection, mais ils sont coupables d’avoir permis qu’une atmosphère de manque de respect de la loi s’installe dans la cité.
Ils auraient dû faire plus attention à l’attitude morale générale de la population.
C’est ce manque qu’ils doivent expier.

En effet, lorsqu’ils déclarent : « Nos mains n’ont pas versé ce sang-là, et nos yeux ne l’ont pas vu se répandre », ils veulent dire : « Nous n’avons pas été attentifs. Nous n’avons pas pris de mesures préventives pour renforcer la stricte obéissance à la loi. Si nous avions créé un esprit de respect de la loi, ce meurtre ne se serait pas produit. »

« Quand tu t’approcheras d’une ville pour lui faire la guerre, tu déclareras pour elle la paix » (Choftim 20,18)

-> La ville fait référence à l’homme qui ressemble à une ville dont tous les membres sont les rues.
De plus, la guerre en question représente la guerre que l’homme doit mener contre son mauvais penchant.

On peut remarquer que les termes : « Tu t’approcheras », qui se disent ici dans la Torah : « תקרב « (tikrav), ont la valeur numérique de 702, la même que celle du mot « שבת » (Shabbat).
Ainsi, la Torah vient faire allusion au fait que si une personne souhaite s’approcher de cette ville, c’est-à-dire de son corps, et vaincre le mauvais penchant qui la hante, il doit essentiellement s’attacher au respect du Shabbat.

De la sorte, il vaincra son penchant et atteindra même la paix avec lui.
D’ailleurs, c’est pourquoi, on se souhaite « Shabbat shalom », c’est-à-dire : « Shabbat de paix », car par le respect, la joie et la délectation du Shabbat, on en vient à obtenir la paix avec son mauvais penchant.

[Rabbi Mendel de Vizhnitz]

« La justice la justice (צֶדֶק צֶדֶק) tu rechercheras » (Chotim 16,20)

-> Pourquoi la Thora répète-t-elle le terme « justice » (tsédek) ?

Un homme doit poursuivre la justice [mais uniquement par] la justice.
La fin ne justifie pas les moyens : on ne doit rechercher la droiture que par des moyens honorables.

Pour la Torah, la finalité, aussi sacrée soit-elle, ne justifie pas de recourir à des procédés malhonnêtes.

[Rabbi Bounim de Pchis’ha]

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-> Le Sfat Emet émet la même idée que la justice doit être poursuivie par la justice.
En effet, à de nombreuses reprises, les gens vont se battre pour une cause juste, mais ils ne choisissent pas les bons moyens pour cette cause.

Ils passent alors d’un état de victime à celui d’impitoyable poursuivant.
[or, il existe la règle suivante : Hachem prend toujours la défense de ceux qui sont poursuivis!]

Ceci est une perversion de la justice, plutôt qu’un accomplissement de la justice.

-> Le rav Israël Salanter a une fois dit à une personne voulant se battre pour une cause juste : « Souviens-toi, si ton motif est convenable (au début), tâche qu’il le reste par la suite! »

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-> Selon Rachi : La nomination de juges intègres suffit à garantir la vie d’Israël et la continuité de son maintien sur sa terre.

-> Une explication de la répétition du mot : tsédek (justice) est pour nous enseigner que nous devons rechercher la justice dans tout les cas : qu’on y gagne ou qu’on y perde.

Une autre explication est que nous devons la rechercher continuellement, à chaque fois (tsédek après tsédek  » tu rechercheras »).
[Ibn Ezra]

-> Dans un monde de mensonges, la vérité et la justice sont des biens rares.
Nous pouvons atteindre la vérité et la justice uniquement si nous les poursuivons sans cesse.

En recherchant la vérité dans ce monde (1er tsédek), une personne se créée sa propre part dans le monde à venir (2e tsédek) : le monde de Vérité.
[le Sfat Emet]

-> La double expression de « justice » nous enseigne que nous devons être juste avec Hachem, et également avec notre prochain.
[le ‘Hida – חדרי בטן]

-> La double expression de « tsédek » fait allusion à la nécessité d’avoir les deux : la crainte et l’amour de Hachem.
[Rabbi Zvi Hirsch Friedman – Akh Pri Tévoua]

-> Cette double expression nous enseigne que nous devons être juste dans nos actions, et également dans nos mots.
[Rabbénou Bé’hayé]

-> La signification de cette redondance du mot : « tsédék » (justice) est : ne pensez pas que vous avez atteint la justice parfaite, et qu’il ne vous reste plus rien à améliorer. La justice et la droiture sont atteintes seulement en les poursuivant constamment.
Ne vous reposez pas sur vos lauriers, ne soyez pas satisfait de votre propre piété.
La justice est atteinte en la poursuivant, jour et nuit.
[le ‘Hozé de Lublin – Or ha’Hokhma]

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-> Selon le midrach (Dévarim rabba 5,7), par le mérite du peuple juif rendant des jugements justes, Hachem va accomplir de la justice pour le peuple juif, et Il fera reposer Sa présence divine parmi eux.

Un autre midrach (Yalkout Chimoni – Téhilim 889) dit qu’à chaque fois qu’une personne prend sa respiration, son âme souhaite quitter son corps et retourner au Ciel.
Cependant, l’âme voit que Hachem repose sur une personne, et elle fait le raisonnement que si Hachem peut être sur une personne alors elle peut en faire de même.

C’est ce que nous enseigne le verset : le peuple juif doit se comporter avec « justice/droiture », car ainsi Hachem fera reposer sa présence parmi nous, et c’est ainsi que nous pourrons vivre : puisque notre âme à la vision de la présence Divine choisira de rester également avec nous.
[Rabbi Yaakov Tenenbaum – שמן אפרסמון]

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-> La téchouva est grande, puisqu’elle atteint le Trône de D. (kissé hakavod). [guémara Yoma 86a]

Faire téchouva implique de pleurer, de s’inquiéter, et d’être triste de nos fautes.

Nous savons que la présence Divine ne peut résider sur une personne que lorsqu’elle est joyeuse.
=> Comment la téchouva peut-elle dans ce cas permettre d’amener une personne auprès de Hachem, du Trône de D.?

Le midrach (Dévarim rabba 2,2) dit que le mot « tsédek » (צֶדֶק) dans ce verset fait allusion à la téchouva.
En le répétant 2 fois, le verset nous enseigne comment accomplir une bonne téchouva.

Nous devons réaliser notre téchouva de 2 manières :
– Tout d’abord, il faut pleurer et être plein de chagrin sur nos fautes ;
– Ensuite, il faut faire une autre téchouva, où l’on cherchera à se lier soi-même avec Hachem, tout en restant au même moment à distance des fautes.
Cette téchouva est faite avec énormément de joie, et c’est cette forme de téchouva qui va atteindre le Trône de D.

[le ידי ישראל]

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-> Selon la guémara (Baba Métsia 30a), Jérusalem a été détruite car le peuple juif a suivi la stricte justice, et qu’il n’est pas allé au-delà de la loi.

La guémara (Sanhédrin 32b) dit que le verset contient 2 fois « tsédék » (צֶדֶק) : un concernant la justice, et le 2e concernant la nécessité de savoir faire des compromis (arrangements pour éviter d’être trop strict).

Lorsque la Torah fait référence aux juges, elle dit : « ils devront juger le peuple selon la justice (michpat tsédék – Choftim 16,18).
Ce verset ne contient qu’une seule mention de « justice », car les juges doivent se conformer à la loi, qui est transmise de génération en génération.

Cependant, lorsque la Torah parle à tout le peuple juif, il est dit : « tsédek » à 2 reprises, pour enseigner que nous devons rechercher le compromis afin de préserver la paix.

[Rabbi Eliezer David Gruenwald – Kéren léDavid]

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+ « La justice, la justice, tu poursuivras, afin que tu vives »

Le Ramban écrit, au nom de rabbi Né’hounia ben Akana : le secret de ce verset est le suivant : tsédek (la justice) signifie : la rigueur Divine : poursuis donc la rigueur Divine et grâce à cela tu vivras. En effet, celui qui agit ainsi vivra par le mérite qu’Hachem ne le jugera pas et n’utilisera pas de rigueur envers lui. Il se l’est déjà appliquée personnellement.

[avec soi-même on doit être exigeant, souhaitant exploiter le maximum de notre potentiel/capacités ; par contre, concernant autrui, nous devons être plus conciliant, le jugeant favorablement.]

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+ « La justice la justice tu poursuivras »

Pourquoi la Thora répète-t-elle les termes « la justice » (tsédek)?
On peut expliquer que cela fait allusion à l’enseignement de nos Sages selon lequel une mitsva entraîne une autre mitsva.
Quand quelqu’un accomplit une mitsva, Hachem lui en présente une autre à accomplir. Cela est comme une sorte de récompense pour la première mitsva réalisée.
Ainsi, si quelqu’un poursuit la justice, c’est à dire qu’il recherche ce qui est juste et droit en s’efforçant d’accomplir une mitsva, alors Hachem lui présentera une autre occasion de poursuivre la justice et une autre mitsva se présentera à lui.
La recherche de la justice appelle la recherche de la justice.
[‘Hatam Sofer]

« N’accepte pas de présent corrupteur, car la corruption aveugle les yeux des sages et fausse la parole des justes » (Choftim 16,19)

Nous trouvons dans la guémara Kétouvot (105b) quelques récits concernant la corruption :

-> 1°/ Lors d’un voyage, le Sage Chmouël dut traverser un pont. Un homme lui proposa alors son bras pour y prendre appui.
Il lui raconta ensuite qu’il devait se rendre le jour même à son tribunal pour y régler un litige.
Le Sage déclara aussitôt : « Je m’invalide moi-même pour juger cette affaire! »
En effet, à ses yeux, il avait désormais pris parti dans ce procès.

-> 2°/ De la même manière, Mar Oukva se récusa pour démêler l’affaire d’un homme qui avait, un peu plus tôt, dégagé de son chemin un détritus qui l’incommodait.

-> 3°/ Chaque vendredi, celui qui exploitait la terre de rabbi Yichmaël bar rabbi Yossi, en échange d’une partie des récoltes, avait coutume d’apporter à son maître un panier rempli de fruits, correspondant à la part qui lui revenait.
Une fois, il dérogea à la règle et amena la corbeille de fruits dès le jeudi.
Il s’en expliqua ainsi au Sage : « Je devais de toutes les façons venir en ville ce jeudi, jour où les Tribunaux rabbiniques siègent, à cause d’un différend que je dois régler. C’est pourquoi je suis venu en même temps vous apporter votre corbeille. »

Non seulement rabbi Yichmaël refusa la corbeille de fruits, mais il se récusa pour cette affaire, craignant d’être désormais sous l’effet d’une tentative de corruption. Il nomma donc 2 autres érudits pour trancher ce litige à sa place.

De plus, pendant tout le temps que dura le procès, rabbi Yichmaël se tint dans la pièce attenante, et il se surprit lui-même à chercher des arguments en faveur de son exploitant : « Pourvu qu’il dise ceci! Et qu’il dise cela! … »
Dès qu’il prit conscience de sa réaction, le Sage déclara : « Que soit broyée l’âme des juges coupables de corruption! Si déjà moi, qui n’ai pas accepté de présent corrupteur et qui, même si je l’avais accepté, n’aurais reçu qu’un bien me revenant de droit, je réagis ainsi, dans quelles proportions doivent être influencés ceux qui reçoivent de véritables pots-de-vin! »

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+ « Car la corruption aveugle les yeux des sages et fausse la parole des justes (חֲכָמִים) » (Dévarim – Choftim 16,19)

+ « Car la corruption trouble la vue des clairvoyants et fausse la parole des justes (פִּקְחִים) » (Chémot – Michpatim 23,8)

-> Selon le rav Aharon Kotler (Michnat rabbi Aharon), à cause de la corruption, le juge sera incapable de découvrir la vérité des faits et de formuler l’analyse halakhique adéquate.

-> Le Gaon de Vilna explique la différence entre ces 2 versets.
Dans Chotfim, il s’agit d’un Sage en Torah ; tandis que dans Michpatim, il s’agit de quelqu’un qui est intelligent dans les affaires matérielles de ce monde.
Nous pouvons ainsi voir que ces 2 types de connaissance sont automatiquement faussées par l’acceptation d’un pot-de-vin.

Le Gaon de Vilna (Michlé) enseigne également que lorsqu’un juge accepte un pot-de-vin, toutes les affaires similaires, même celles pour lesquelles il n’a reçu aucun présent, seront également affectées par la corruption, car sa capacité de jugement s’est altérée suite à la première affaire.

-> Rabbi Avraham de Sochatchov disait :
« Lorsqu’une personne vient me voir pour un jugement sur un certain sujet, et qu’elle en arrive à pleurer sur ses malheurs, je ne suis pas apte à juger cette affaire. En effet, les larmes sont une forme de corruption. »

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-> Selon le ‘Hafets ‘Haïm, même le plus grand des tsadik ne peut résister à l’impact négatif de la corruption.

Sur ce constat, le rav El’hanan Wassermann nous enseigne : si une simple pièce peut aveugler un juge (même celui qui est juste et qui ne recherche que la vérité), à plus forte raison que les plaisirs de ce monde-ci peuvent nous aveugler.
C’est pour cela que nombreux ont des difficultés de ressentir Hachem.

Un simple regard sur la création aurait dû permettre de comprendre et sentir qu’elle n’a pas été crée toute seule et qu’il y a un Créateur à l’Univers. Comment ne pas être impressionné du fonctionnent du corps humain? De la nature toute entière? Et de la capacité de réflexion humaine? …

Ainsi, tout pousse à admettre l’existence d’un Créateur, mais cela nous obligerait à l’écouter et à vivre avec des limites. Or, ceci est contraire à la nature humaine, qui est attiré par son yétser ara et par vivre sans contrôle.
L’homme est donc aveuglé par tous ses désirs et c’est ce qui l’empêche de voir la vérité.
Comme il est écrit : « Car la corruption aveugle les yeux » …

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+ « Hachem … qui ne prend pas de présents corrupteurs » (Ekev 10,17)

=> Peut-on penser corrompre D.?

-> Selon le Graz, cela fait référence à ceux qui sont très zélés dans l’approfondissement de la Torah et quelque peu négligents dans d’autres domaines.
Ils s’en justifient en mettant en avant leur assiduité dans l’étude, ce qui revient à tenter de « corrompre Hachem » en proclamant ses mérites.

-> Le Ktav Sofer dit que l’on ne doit pas justifier ses carences dans un domaine en montrant du doigt d’autres secteurs où l’on manifeste une conduite louable.
Par exemple, le fait de faire plein d’acte de charité ne doit pas minimiser l’importance des obligations de l’homme envers Hachem.
Présenter de belles mitsvot en cadeau à Hachem, ne pourra jamais Le corrompre afin qu’Il « ferme les yeux » sur d’autres mitsvot que nous avons négligées.

=> Nous ne devons pas nous corrompre nous-même en pensant que quelques belles actions peuvent corrompre Hachem de nous accorder un passe droit nous autorisant à ne pas faire certaines mitsvot.

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-> b’h, Voir également le divré Torah sur Michpatim (v.23,8) : https://todahm.com/2018/02/19/6181

-> b’h, un divré Torah précédant à ce sujet : https://todahm.com/2015/10/24/3805

« Sois entier avec Hachem ton D. » (Choftim 18,13)

-> « Croire que D. seul connaît le futur et a pouvoir sur toute chose, [comme] ne pas consulter d’astrologue pour chercher à percer les mystères de l’avenir, car D. modifie les décrets Célestes à sa guise.

Plus nous nous élèverons vers D., et plus il sera susceptible de modifier le cours naturel des choses en notre faveur. »
[Ramban – Choftim 18,13]

-> « Si tu ne cherches pas à sonder le futur, même par des voies licites, mais que tu te confies seulement en Hachem, alors Il veillera à ce que l’avenir te réserve les plus heureuses destinées. »
[Malbim – Choftim 18,13]

-> « Si nous croyons que tout ce qui advient est le fait de D., et que nous faisons téchouva, alors Il changera pour nous le mal en bien. »
[Rabbénou Yéhouda (fils du Roch) – Zikrone Yéhouda 91]

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-> Il faut s’habituer à dire : « Tout ce que D. désire s’accomplira ».
Ne pas chercher à sonder l’avenir, comme nous l’enseigne la guémara (Béra’hot 10a) : « Qu’as-tu donc à te mêler des secrets du Miséricordieux (Hachem)? »
[Smak – Choftim 18,13]

« Tu supprimeras le mal de ton sein » (17,7)

Ce verset a été dit concernant la peine de mort imposée à l’idolâtre.
Le verset qui vient juste après est : « Si une chose t’échappe au sujet d’une loi », qui a été dit à propos du fait d’écouter les Sages quand ils tranchent une question dont on ignorait la façon de procéder.

On peut expliquer le lien entre ces deux versets ainsi :
Quand une personne est éloignée de la Torah et vit dans l’impureté, alors il est clair qu’elle ne se posera même pas la question de savoir si ce qu’elle fait est convenable ou pas.
Quand on baigne dans la faute, on ne se rend même plus compte que ce que l’on fait est mal. C’est seulement quand on décide de se purifier et que l’on se repent de ses fautes que commencent à se poser ce genres de questions.
Seul celui qui veut éradiquer le mal en lui commencera à envisager que peut-être son comportement n’est pas correct et se demandera si ce qu’il fait est bien.

Ainsi tout d’abord, « tu supprimeras le mal en toi » (v.7), et seulement alors : « Si une chose t’échappe au sujet d’une loi » (v.8), tu commenceras à t’interroger sur ta conformité à la loi.
Mais tant que tu vis dans le mal, tout ce que tu fais te paraîtra bien et tu n’auras pas ces questions.
[Tiféret Avot]