L’attirance pour l’argent, un esclavage

+ L'attirance pour l'argent, un esclavage :

Hachem parla à Moché en disant : "Ordonne (tsav) à Aharon et à ses fils et dis : ‘Ceci est la loi de la Olah’ " (Tsav 6,1-2)

-> Au début de la paracha Tsav, Hachem demande à Moché de prescrire aux Cohanim les différentes lois concernant le korban Olah (l’holocauste).
Nos Sages attirent l’attention sur l’utilisation du mot "tsav". La Torah aurait pu utiliser la formule habituelle : "Parle à Aharon et à ses fils". Pourquoi emploie-t-elle un terme plus fort, "Ordonne"?
Rachi rapporte le midrach qui note que "tsav" laisse sous-entendre un zèle, un empressement supplémentaire, particulièrement nécessaire pour le korban de Olah.
Rabbi Chimon explique que ce sacrifice implique une certaine perte financière [étant entièrement brûlé, le Cohen ne peut donc en profiter] ; les Cohanim risquent de se montrer hésitants à accomplir cette mitsva. Il fallait donc employer un terme plus fort pour les éveiller à ce zèle additionnel requis pour la Olah.[3]

-> Le rav Yé’hezkel Levinstein zatsal tire une importante leçon de ce midrach.
Le Cohen Gadol était, dans la plupart des cas, l’homme le plus vertueux et le plus saint de la génération. [à l’exception des Cohanim de l’époque du 2e Temple qui obtenaient souvent ce titre par corruption ou grâce à des affiliations politiques.]
La guémara (Yoma 18a) nous informe par ailleurs que pour devenir Cohen Gadol, ce dernier devait obligatoirement être très riche.
=> Compte tenu de la vertu et de l’aisance du Cohen Gadol, pourquoi faut-il se soucier d’un éventuel manque d’empressement à cause d’une perte financière relativement minime!
On déduit de cette remarque que même le Cohen Gadol est enclin au yétser hara de l’argent!

-> A plusieurs reprises, nos Sages mettent l’accent sur la force de l’attrait pour l’argent.
L’un des exemples est la guemara (Baba Batra 165a) qui parle des fautes les plus communément transgressées. Rav Yéhouda dit au nom de Rav : "La plupart des gens [trébuchent] dans le vol ; la minorité, dans l’immoralité".
Selon Rachi, la guemara ne notifie pas que les gens volent de façon éhontée, mais qu’ils trouvent toutes sortes de justifications, dans leurs affaires, pour escroquer de l’argent que d’autres méritent. Elle nous indique que chacun risque d’être incité par le yétser ara de l’argent et tente de légitimer cette attitude malhonnête qui est, d’après la Torah, considérée comme du vol.

-> Les plus grands tsadikim ressentaient la force du yétser ara pour l’argent.
Le rav Israël Salanter rendit un jour visite à un homme très riche. L’hôte dut quitter la pièce quelques instants, et laissa le rav Salanter seul. Quand il revint, le rav Salanter n’était plus là. Il le trouva debout, à l’extérieur de la maison.
Le rav Salanter déclara qu’il y avait dans la salle une grosse somme d’argent qui n’avait pas été comptée et il ne voulait pas rester seul avec ces espèces.
Il s’expliqua en énonçant la guemara précitée. Nous connaissons l’interdit de yi’houd (le fait, pour un homme, de s’isoler avec une femme) de peur qu’il ne parvienne pas à se contrôler et qu’il se livre à la débauche. Le rav Salanter conclut que s’il existe un interdit de yi’houd à cause de l’immoralité, infraction que seule une minorité de gens commet, il devrait y avoir, à plus forte raison, une interdiction de s’isoler avec de l’argent, étant donné qu’une majorité de personnes trébuche dans ce domaine.
Il ne voulut donc pas rester seul, dans la même pièce que cet argent non compté.
[le rav Yérou’ham Leibowitz (Daat ‘Hokhma ouMoussar,) raconte que le rav Salanter ne restait jamais seul avec de l’argent qui n’avait pas été compté. Le rav Leibowitz ajoute qu’il ne voulait même pas être seul avec de l’argent compté, malgré les grands risques d’être pris sur le fait].

-> Rabbi Yéhonathan Gefen enseigne :
Si un homme comme le rav Israël Salanter ressentit un besoin de se surprotéger de l’attrait pour l’argent, chacun doit être très vigilant quant à ce puissant yétser ara.
Cette attention est nécessaire dans plusieurs cas. Tout d’abord, nous apprenons de la paracha Tsav que la crainte de perdre de l’argent ne doit pas affecter l’accomplissement des mitsvot. De nombreux commandements impliquent des dépenses significatives et il faut tenter de garder la même diligence pour exécuter ces mitsvot que celles qui sont moins coûteuses.
Il faut également faire attention à ne pas dépenser beaucoup plus d’argent pour notre confort matériel que pour l’accomplissement des mitsvot. Si l’on débourse de grosses sommes pour les vacances, la maison, la voiture, ..., nous devons manifester le même désir et le même zèle pour les dépenses nécessaires aux mitsvot, de façon générale et à la tsedaka en particulier.

L’attirance pour l’argent peut aussi inciter la personne à "arrondir" les lois de la Torah, et ainsi, entraver sa avodat Hachem. Un homme qui craint D. peut ainsi être tenté de ne pas poser des questions de halakha concernant des affaires d’argent.

Il semble que l’origine de cette tentation pour l’argent soit liée à l’esclavage que nous tentons d’éradiquer à Pessa’h. Les commentateurs soulignent que la liberté ne se limite pas à la capacité de faire ce que bon nous semble. La liberté, selon la Torah, c’est de ne pas être trop attaché au monde matériel. L’attrait pour l’argent est l’une des manifestations principales de cette forme d’ "esclavage", cette quête nuit à notre capacité d’accomplir les mitsvot, parce que l’on a du mal à s’en défaire, même quand la Torah nous y enjoint.

Pessa’h est le moment où l’on met l’accent sur notre liberté, notre indépendance quant à la matérialité. Ceci est symbolisé par la mitsva de manger de la matsa, le soir du Séder.
La matsa est plate et sans ajouts. À Pessa’h, nous revenons à notre essence pure, sans "ajouts" [accessoires], les biens matériels qui nous empêchent de servir Hachem correctement.

"Tel est le rite relatif à l’holocauste, à l’oblation, à l’expiatoire et au délictif, à l’offrande inaugurale et au sacrifice rémunératoire" (Tsav 7,37)

=> Dans ce verset, les premiers sacrifices sont évoqués au singulier [en hébreu], alors que les é derniers le sont au pluriel. Pourquoi cette différence?

Rabbi Yossef Caro (Ohr Tsadik) explique que Hachem ne désire pas que Ses enfants fautent, aussi la Torah mentionne-t-elle au singulier les sacrifices apportés pour obtenir l’expiation d’un péché, laissant entendre le souhait qu’ils soient inexistants ou le moins nombreux possible.
Par contre, l’offrande inaugurale et le sacrifice rémunératoire figurent au pluriel, afin d’exprimer le vœu que ces sacrifices, apportés pour procurer de la satisfaction à Hachem et se plier à Sa volonté, soient le plus nombreux possible.

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-> "Tel est le rite relatif à l’holocauste (Ola - עֹלָה), à l’oblation (min'ha - מִּנְחָה), à l’expiatoire ('hatat - חַטָּאת) et au délictif (acham - אָשָׁם)" (Tsav 7,37)

-> Le ‘Hida (‘Homat Anakh) souligne que les initiales en hébreu des noms de ces sacrifices sont les mêmes que celles des mots avone (faute), mach’hit (ruine), ‘héma (courroux) et af (colère), allusion au fait que les sacrifices annulent ces forces malfaisantes.

-> Ceci explique également ce qu’écrit le Tour (Ora’h ‘Haïm, 237) : la raison pour laquelle nous disons "véhou ra’houm" dans la prière d’Arvit et non dans celles de Cha’harit et de Min’ha est que, pour ces dernières, on apportait un sacrifice perpétuel pour l’expiation des fautes du peuple juif, si bien que, comme le soulignent nos Sages, il n’arrivait pas qu’un homme dorme à Jérusalem avec un péché en main.
Concernant la prière d’Arvit, elle n’était pas accompagnée par l’apport d’un sacrifice, aussi nos Maîtres ont-ils institué qu’on y récite "véhou ra’houm".
D’ailleurs, le verset commençant par "véhou ra’houm" énumère ensuite toutes les forces malfaisantes précitées : "Mais Lui, plein de miséricorde, pardonne les fautes (avone), pour ne pas consommer des ruines (yachrit) ; bien souvent, Il laisse Sa colère (apo) s’apaiser et n’a garde de déchaîner tout Son courroux (‘hamato)".
=> Du fait qu’à Arvit on n’apportait pas de sacrifice, on prie Hachem d’annuler ces forces malfaisantes.

-> Le premier verset du Shéma commence par un Chin (ש) et se termine par un Dalet (ד), ce qui forme le mot chèd (démon - שד), allusion au pouvoir de la récitation du Shéma de détruire les démons.
En ôtant ces 2 lettres des premiers (שמע) et dernier mots (אחד) du verset, il leur reste les lettres Mèm, Ayin, Aleph et ‘Hèt, initiales de : mach’hit, avone, af et ‘héma, allusion supplémentaire au fait que la récitation du Shéma nous permet, tout comme les sacrifices, d’annuler les forces malfaisantes.
[d'après le Séfer Ets ha'Haïm]

"Tout ustensile d’argile où il aura bouilli sera brisé" (Tsav 6,21)

-> Si un ustensile absorbe le goût d'un aliment non casher, il prend le même statut halakhique que l'aliment absorbé. Toutefois, s'il est possible extraire ce 'goût' interdit des parois de l'ustensile (ex: en métal), on pourra "cachériser" cet ustensile et son utilisation redeviendra permise.
Cependant, il est impossible d'extraire le 'goût' absorbé par un ustensile en argile ; par conséquent, il n'y a aucune façon de rendre son utilisation possible.
[même trempé dans un mikvé, il ne devient pas pur]

-> Le Kli Yakar explique que l’homme plongé dans la faute, tel l'ustensile d’argile qui absorbe en lui le goût de l’interdit, n’a aucune réparation possible et doit briser son cœur et ses habitudes de faute.
C’est seulement avec un cœur brisé qu’il pourra en arriver à la pureté et la perfection véritables.
Selon le rabbi de Kotzk, il n’y a rien de plus entier qu’un cœur brisé.

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+ "Tout ustensile en argile où y tomberait (quelque chose d'impur), tout ce qui sera à l'intérieur sera impur, et vous le briserez" (Chémini 11,33)

-> Rachi : Un récipient en argile ne devient impur que de son intérieur [et non de sa partie extérieure] (guémara ‘Houlin 25a).

=> Pourquoi en est-il ainsi?

Rabbi Mena'hem Mendel de Kotsk explique :
En fait, l'argile c'est de la terre. Et la terre n'a pas de valeur et d'importance intrinsèque.
Ainsi, toute la valeur d'un ustensile en argile n'est pas de par sa matière, mais uniquement de par sa fonction qui est de pouvoir contenir autre chose.
Or, un ustensile peut contenir dans son espace intérieur. C'est pourquoi, un ustensile en argile ne contracte l'impureté que dans son espace intérieur, car c'est là que réside toute la valeur d'un tel objet.
Il en est de même pour l'être humain, qu'Hachem a créé à partir de la terre. Un homme n'a d'importance que s'il a de l'intériorité. C'est ce qu'il a à l'intérieur de lui qui lui donne de la valeur.

"Observez les gardes de Hachem et vous ne mourrez pas" (Tsav 8,35)

Le souvenir de la mort et la peur du jugement céleste est l’un des moyens assurés que nous conseillent les Sages pour veiller constamment aux gardes de Hachem, et s’éloigner de la faute.
Par exemple : "Regarde 3 choses et tu n’en viendras pas à la faute ... et où tu vas".

=> Alors pourquoi l’homme est-il si loin de ressentir le jour de la mort, et de la connaissance concrète que la vie doit s’arrêter un jour?

Rabbi Yossef Chlomo de Poniewitz répond que c'est parce que l’âme qui se trouve dans le corps est éternelle et vivra toujours, et elle n’a pas la possibilité de ressentir cette réalité que la vie s’arrêtera un jour.
C’est pourquoi nous trouvons que le Roch (Or’hot ‘Haïm) écrit : "Souviens-toi toujours de la mort, et prépare des provisions pour la route", car l’âme ne sent pas le passage du temps, elle est au-dessus de lui, et c’est seulement par une réflexion perpétuelle que l’homme est capable de comprendre et d’assimiler cette idée.

"Voici la loi du acham (l'offrande délictive), il a une sainteté supérieure" (Tsav 7,1)

-> Si quelqu’un s’imagine qu’il n’a pas de défaut et qu’il est net de toute faute, cela signifie qu’il n’a pas pris sur lui-même le joug du Royaume des Cieux.
Le Nézer Yossef (rabbi Yossef Lalzar) dit que cela se trouve en allusion dans le verset : "Voici la loi du acham" = qu’est-ce qui provoque que l’homme faute et soit coupable (achem)?
La pensée qu’"il a une sainteté supérieure" = cette idée qu’il est un juste parfait, c’est elle qui provoque la faute.

"La Torah qui n’est pas étudiée avec crainte et amour ne s’envole pas vers le haut"
[Tikouné Zohar]

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-> Le Ben Ich ‘Haï rapporte l’histoire d’un grand sage qui est entré au beit hamidrach et y a vu beaucoup d’élèves en train d’étudier par le "pilpoul" de façon acérée, mais il a compris que tous étudiaient la Torah avec un but ultérieur.
Il leur a dit : Je vois le beit hamidrach rempli de Torah jusqu’à ras bord, et les élèves se réjouirent de ces paroles, car ils pensaient qu’il parlait pour leur faire un compliment.
Quand le sage vit qu’ils n’avaient pas compris ses paroles, il leur dit : Sachez que le souffle de l’étude monte devant Hachem, car la Torah s’appelle "feu" et la nature du feu est de monter. Mais si l’étude a des raisons intéressées, le souffle de la Torah n’a pas la force de monter, car d’en haut on le repousse, et il reste dans le beit hamidrach.
C’est pourquoi j’ai dit que je vois le beit hamidrach rempli de Torah ...

Le Ben Ich 'Haï dit que ceci se trouve en allusion dans le verset (Tsav 6,2) : "voici la loi (Torah) sur l’offrande de l'élévation" (Torat aOla - תּוֹרַת הָעֹלָה - litt. la Torah qui monte), c’est-à-dire que la Torah de la meilleure qualité "c'est l'offrande d'élévation" qui monte (olé) immédiatement en haut et n’est pas repoussée vers le bas. A une condition, qu’elle soit "sur le feu de l'Autel" = que l’étude se fasse avec enthousiasme et pour l’amour du Ciel uniquement.

"Ordonne à Aharon et à ses fils ce qui suit : Voici la loi (litt. Torah) de l'offrande de l'élévation (aola - litt. qui monte) : c'est l'offrande d'élévation sur le feu de l'Autel" (Tsav 6,2)

-> Quand Hachem demande à Moché de transmettre à Aharon et ses enfants l'ordre concernant le sacrifice de la Ola (l'holocauste), Il introduit Ses propos par le terme Tsav (ordonne).
Rachi explique que ce terme vient suggérer un empressement, un zèle. Moché doit empresser Aharon à ce sujet. Et Rachi ajoute que cet empressement est renforcé du fait d'une perte d'argent ('hesron kiss).

=> Les commentateurs se demandent en quoi le sacrifice de la Ola était lié à une perte d'argent?

-> L'explication la plus basique et la plus simple à cette question est que la Ola était le seul sacrifice qui était brûlé intégralement, dont même les Cohanim n'avait aucune part à consommer.
Seule la peau leur revenait. Alors que pour les autres sacrifices, ils bénéficiaient de certaines parts qui leur revenaient pour les consommer. Ainsi, les Cohanim pourraient penser perdre des bénéfices en s'occupant de la Ola alors qu'ils pourraient ce temps-là s'occuper d'autres sacrifices qui leur rapporteraient plus.
[rapporté par le rav Mikaël Mouyal]

-> Le rav Moché Feinstein explique que l'holocauste, qui était brûlé complètement pour Hachem, vient enseigner que l'homme doit consacrer toute sa vie au Service Divin. Toutes ses occupations et ses activités ne doivent pas servir à ses besoins personnels, mais à se rapprocher d'Hachem.
En poussant cette réflexion, l'homme pourrait en conclure que toutes les affaires de ce monde sont néants et vaines, puisque seul le Service d'Hachem a de l'importance. A la suite de cette prise de conscience, l'homme pourrait en venir à s'écarter de ses activités et à ne plus s'occuper de sa subsistance et à ses occupations matérielles.
C'est cela la perte d'argent liée au sacrifice de Ola. C'est la prise de conscience suggérée par la Ola qui pourrait mener à se retirer des occupations de ce monde, ce qui finirait par lui entraîner une perte d'argent.
Et c'est pourquoi, il fallait empresser à ne pas se retirer complètement de la matérialité et à continuer de s'occuper de ses affaires et de sa subsistance, tout en sachant que l'objectif de tout cela est de se renforcer dans le Service d'Hachem.
L'homme doit s'occuper de sa subsistance pour encore mieux s'atteler à accomplir la Volonté d'Hachem.

-> Le Ktav Sofer rapporte le midrach qui relie le terme Ola à sa traduction littérale, "celle qui monte".
Ainsi, la Ola est le sacrifice qui venait en réparation de l'orgueil, quand l'homme se surélève et monte en hauteur dans son esprit. Or, même si l'orgueil est un lourd défaut, il est moins grave de s'enorgueillir quand on est riche que quand on est pauvre. Car l'homme riche a des raisons de s'enorgueillir de sa richesse, mais le pauvre n'a pas de réelle raison d'être orgueilleux.
De plus, Aharon et ses enfants n'avaient pas de part dans les activités terrestres. Les Cohanim étaient consacrés au Service Divin et n'avaient pas de moyens à eux. Ils recevaient leur subsistance exclusivement des dons et prélèvements du peuple.
Ainsi, puisque les Cohanim n'avaient pas réellement d'argent, il fallait encore plus les empresser à ne pas s'enorgueillir, car la gravité de l'orgueil est encore plus importante quand la personne n'a pas de moyens.
Et comme le sacrifice d'holocauste venait pour la faute de l'orgueil, il était apte d'encore plus empresser Aharon et ses enfants à ce sujet. Car puisqu'ils n'avaient pas de moyens et de richesse à eux, l'orgueil est encore plus grave pour eux. Il fallait donc encore plus les encourager et les mettre en garde concernant l'orgueil, faute que la Ola venait expier.

-> Enfin, le 'Hidouché haRim explique cela du point de vue de l'allusion.
Il rapporte un midrach qui dit que quand un homme avait une mauvaise pensée, il apportait une Ola pour expier cela. Cela est également suggéré par le terme Ola, signifiant "celle qui monte", allusion aux pensées qui montent dans l'esprit de l'homme.
Or, toutes les forces de l'homme ont la possibilité d'être freinées et stoppées. On peut fermer la bouche pour ne plus parler. Il en est de même pour les yeux, les oreilles, le nez. L'homme peut donc plus facilement avoir une maîtrise sur ces facultés, en agissant sur les membres qui les appliquent.
En revanche, il n'en est pas de même pour la pensée. L'homme n'a pas la possibilité de ne pas penser. Il est donc bien plus difficile d'agir et de maîtriser ses pensées.
La perte d'argent dont il est ici question, se dit dans le texte (de Rachi) : "hesron kiss", qui signifie littéralement "un manque de poche". Si chaque force de l'homme a une "poche" pour l'enfermer et l'empêcher d'agir, la pensée, elle, n'a pas de "poche". L'homme n'a pas de moyen de l'arrêter et de la bloquer.
C'est pourquoi, concernant la Ola, qui venait expier les mauvaises pensées, il fallait ajouter un empressement pour veiller encore plus à préserver ses pensées, car il y a là un "manque de poche" ('hesron kiss).
Le fait qu'on ne puisse pas agir sur la pensée, qu'aucune "poche" ne puisse l'enfermer, implique à redoubler d'empressement pour les maîtriser.

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-> Le mot tsav (ordonne [à Aharon]) indique un encouragement. Rabbi Chimon a dit: Le verset doit particulièrement encourager là où il y a une perte financière (Rachi).

Selon le Sfat Emet :
Ces paroles sont dites à propos de certaines époques, les exils les plus difficiles, où les antisémites réduisent les juifs à la pauvreté et les empêchent de gagner leur vie. Alors, la pratique de la Torah et des mitsvot s’accompagne de rudes épreuves extrêmement amères, parce que les soucis de subsistance et la lutte continuelle pour un morceau de pain rendent très difficiles l’observance du judaïsme.
C’est pourquoi l’homme doit s’encourager au maximum dans ces moments-là et se renforcer en son âme pour pouvoir surmonter l’épreuve.

["Voici la loi (litt. Torah) de l'offrande de l'élévation (aola - litt. qui monte)" se dit : "zot Torah aOla" (זֹאת תּוֹרַת הָעֹלָה).
Ainsi dans ces moments difficiles de l'exil nous avons particulièrement besoin de nous renforcer, de maintenir allumer notre feu d'amour, d'enthousiasme, pour la Torah et les mitsvot.]

"Et voici la loi de l'offrande de festin de paix (aChélamim) ... s'il l'offre comme offrande de remerciement" (Tsav 7,11)

-> Nos Sages enseignent qu'après la venue du machia'h, le monde atteindra un degré de perfection dans lequel les offrandes de réparation deviendront inutiles, car les hommes ne commettront plus de fautes.
En revanche, selon le midrach (Vayikra rabba 9,7), les offrandes de remerciement continueront pour l'éternité, ce qui souligne combien il est important d'exprimer notre reconnaissance.

La guémara (Pessa'him 50a) nous apprend qu'aux temps du machia'h, les hommes béniront Hachem même pour ce qui peut sembler mauvais car ils réaliseront que tous Ses actes sont des bienfaits (tout est pour notre ultime bien, même si cela peut être momentanément désagréable).

-> Le sacrifice de remerciement (Toda), est un sacrifice apportait par une personne qui a été dans une situation dangereuse, et qui en a été sauvée.
[la guémara (Béra'hot 54) illustre 4 types de dangers : un voyage dans le désert [ou tout autre voyage comportant des risques], un emprisonnement présentant un danger, une maladie grave, et un voyage en mer.]

En lien avec ce sacrifice, le midrach (Vayikra rabba 9,2) cite le verset : "Quiconque offre un sacrifice de remerciement m’honore" (Téhilim 50,23).
Le midrach fait alors remarquer que : "m'honore" (yé'habédanéni - יְכַבְּדָנְנִי) est bizarrement écrit avec un double "נ", au lieu d'un seul comme d'habitude, et cette répétition implique : "un honneur après un honneur" (כבוד אחר כבוד).

=> Qu'est-ce que cela veut dire?

-> Selon le midrach (Vayikra rabba 9,1), on n'amène pas ce sacrifice afin d'obtenir le pardon de nos fautes, mais uniquement dans un but d'honorer Hachem.
[la valeur de la lettre "noun" est de 50 => 2x50= 100, comme le fait qu'on apporte le sacrifice à 100% pour Hachem, et non en partie pour nous : pour expier nos fautes!]

-> Le Ktav Sofer donne la réponse suivante :
Lorsqu'une personne est sauvée d'un danger, qu'elle reconnait que c'est grâce à Hachem, alors elle va remercier D. pour cela.
Cependant, on doit également réaliser que tout ce que fait Hachem est pour le bien. Même ce qui nous est paru comme une mauvaise situation était en réalité une bonne chose.
C'est pour cela que celui qui amène un sacrifice de remerciement, se doit d'exprimer un double merci à Hachem : un portant sur la situation difficile qui a été traversée, et un autre sur le fait d'en avoir été sauvée.

[plus on développe les occasions de remercier Hachem, et de reconnaître qu'absolument tout est pour notre bien, plus on permet à notre émouna de se répandre en nous, de devenir vivante et non uniquement théorique! La vie est alors tellement plus agréable!!]

-> Si une personne exprime sa gratitude à Hachem, alors Hachem lui fournira davantage de délivrances et d'opportunités de témoigner sa gratitude et d'amener de tels sacrifices.
[Rabbi Akiva Eiger - Drouch vé'Hidouch - Tsav 7,12]

["un honneur après un honneur" => dire merci à D., c'est enclencher une spirale positive, où les occasions de Le remercier vont s'enchaîner!]

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-> "De ses propres mains, il l'apportera" (Tsav 7,30)
Rachi commente que le propriétaire et le Cohen participent tous les 2 au service.
Pendant le balancement, le propriétaire tient les morceaux entre ses mains et le Cohen place ses mains sous les siennes.

Le Panim Yafot enseigne : si un fauteur veut apaiser Hachem, il apporte un sacrifice par le biais des Cohanim, car si c'était lui-même qui le ferait, cela serait de l'insolence ('houtspa), car il a fauté envers D.
Cependant, si quelqu'un apporte un cadeau à Hachem, il l'amène lui-même, sans les Cohanim comme intermédiaires.
C'est pourquoi, lorsqu'on amène son Chélamim (offrande de paix : comme celui de remerciement), qui est un cadeau, alors il participe au service avec ses mains.

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-> Le sacrifice Chélamim est une exclusivité du peuple juif.
Un idolâtre ne peut amener qu'un sacrifice Ola, qui est complètement brûlé sur l'Autel, mais pas un Chélamim qui lui est mangé.
=> Pourquoi cela?

Un idolâtre ne peut pas comprendre que le fait de manger peut être un acte de sainteté.
Ainsi, pour lui le sacrifice est saint, mais pas la partie consistant à le manger.

Cependant, les juifs ont reçu la Torah, et ils sont ainsi conscients que l'acte le plus simple, matériel, peut devenir spirituel.
Ainsi, le fait de manger la viande matérielle du sacrifice est un acte spirituel de mitsva, et cela témoigne du lien exclusif qu'il y a entre les juifs et Hachem.
[Béer Moché]

[le midrach Tan'houma Tsav (4) rapporte que le korban Ola est complètement brûlé ; le korban 'Hatat est en partie brûlé et en partie donné aux Cohanim ; et le korban Chélamim est en partie brûlé, en partie donné aux Cohanim et en partie au juif qui l'a apporté.
Ainsi, ce dernier est le seul sacrifice qui apporte la paix aux 3 éléments : le mizbéa'h, les Cohanim et les juifs, chacun en recevant un morceau.]

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-> La guémara (Béra'hot 54b) enseigne que 4 personnes doivent apporter un Korban Toda :
- celui qui a été libéré de prison ;
- celui qui a traversé un désert ;
- celui qui a traversé une mer ;
- celui qui s'est rétabli d’une maladie.

Rabbénou Yoël dit que l'on trouve une allusion à cela à la fin de la amida : "vé'hol a'haïm yodou'ha chéla" (Tous les êtres vivants te remercieront - וכל החיים יודוך סלה).

En effet, le mot : 'haïm (חיים) est l'acronyme de :
-> le ח ('hét) = חבוש ('havouch = le prisonnier) ;
-> le י (Youd) = ים (yam = la mer) ;
-> le י (Youd) = יסורין (yissourim = les souffrances physiques du malade) ;
-> le ם (Mem) = מדבר (midbar = le désert).

De nos jours, on récite la bénédiction du Gomel, en présence d'un minyan.

-> Le 'Hatam Sofer enseigne qu'il n'est pas suffisant de remercier Hachem pour avoir été sauvé d'un moment difficile. Même en plein milieu de la douleur, nous devons avoir la confiance (bita'hon) que Hachem va nous sauver, et réaliser que tout ce que fait D. est pour le bien.

Il conclut : C'est uniquement celui qui est capable de remercier Hachem pendant la difficulté qui peut renforcer sa émouna, et qui croient réellement en Hachem.

[nos épreuves sont des occasions de témoigner concrètement de notre émouna, elles sont le thermomètre mesurant notre niveau de confiance en D.]

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-> Le Ménorat haMaor enseigne :
"Dans les 4 cas mentionnés ci-dessus, il est obligatoire de remercier D. en public, comme le texte le demande.
Mais nous devons constamment Lui être reconnaissants en privé pour les bontés qu’Il nous accorde à chaque instant, et prendre conscience qu’Il nous protège de tous les malheurs susceptibles de survenir dans le monde.
Il faut également implorer Sa miséricorde pour l’avenir, car ce n’est ni par notre force ni par l’épée que nous serons sauvés. Or toute la protection vient de Lui, et s’Il ne protège pas une ville, le gardien aura monté la garde en vain.
Nous devons donc placer notre confiance uniquement dans le Maître du monde Qui a tous les pouvoirs et L’implorer, car tout dépend de Lui et de Ses ordres."

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-> Une personne qui était en danger de mort et a survécu apporte une offrande de remerciement (toda), pour exprimer sa gratitude envers D. et reconnaître que c'est D. qui l'a sauvé.
Ce sacrifice de remerciement est une forme d'offrande de paix (chélamim), mais elle diffère sur 2 points : il doit être consommé pendant un jour et une nuit alors que l'on dispose, pour le chélamim, d'une journée supplémentaire.
De plus il doit être accompagné de 40 pains (30 matsa et 10 pains).

=> Comment la Torah peut-elle nous ordonner de consommer ce sacrifice (qui pouvait être une vache, un mouton ou une chèvre), accompagné de 40 pains, et ce en uniquement 24 heures?

-> Le Nétsiv (Haémek Davar 7,13) répond qu'en réalité cela était pratiquement impossible, et que la personne qui avait apporté l'offrande était alors obligée d'inviter sa famille et ses amis pour prendre part au repas.
Ce repas devenait alors l'occasion d'expliquer au plus grand nombre ce qui s'était passé, et de reconnaître publiquement à quel point Hachem nous vient en aide dans nos moments difficiles (un juif n'est jamais abandonné! S'Il a aidé mon prochain, alors moi aussi Hachem m'aidera!).

Par ce récit de 1ere main, tout le monde est très touché et sensible à la bienveillance permanente de D. à notre égard.
Lorsque quelqu'un de proche remercie D., alors cela nous pousse à regarder dans notre vie et à également en venir à Le remercier pour Ses bontés!

-> Selon le Imré Emet, si nous devons manger en un seul jour le korban de remerciement, c'est parce au cours du jour suivant Hachem nous fera tellement de nombreux miracles que nous devrons apporter un nouveau sacrifice.
=> C'est une reconnaissance du fait que Hachem nous comble miraculeusement de bonnes choses absolument tous les jours.

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-> "Racontez tous Ses prodiges" (Téhilim 105,2)
Le Malbim explique qu’il faut relater ses miracles personnels.
Rabbénou ‘Hananel nous enseigne que lorsqu’une personne vit un fait extraordinaire, elle doit le partager avec le plus de gens possible.

-> Rabbi Yéhonathan Gefen écrit :
Cette Mitsva de clamer les prodiges s’inclut dans la mitsva déOraïta (imposée par la Torah) de Ahavat Hachem (d’aimer Hachem). Le Ramban (Séfer Hamitsvot - mitsva 3) écrit que cette mitsva s’accomplit essentiellement en éveillant chez les autres l’amour d’Hachem. L’une des façons d’y parvenir est de partager ses expériences personnelles en montrant Sa grandeur et de Sa bienveillance.

Cela ne se limite pas aux grands miracles, même les "petits" exemples de Hachga’ha peuvent être racontés à notre entourage pour décrire davantage à quel point Hachem nous aime et nous protège.
Puissions-nous tous mériter de vivre et de partager de nombreux miracles.

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-> Rabbi Its'hak Hutner enseigne que la racine du mot : "toda" est "odaa", qui signifie à la fois : "remercier", et "admettre" (modé).
En effet, pour remerciement pleinement une personne, il faut d'abord admettre que nous avions besoin de son aide.
Cela va à l'encontre de la nature humaine, car nous préférons penser que nous pouvons tout faire par soi-même (j'ai besoin de personne! je contrôle tout!), et que nous n'aimons pas être en situation de dettes de gratitude envers autrui.

-> Rabbi 'Haïm Yossef Kofman fait remarquer que dans la prière nous disons d'abord : "modim ana'hnou la'h" (par cela nous admettons qu'il est D., et donc nous avons besoin de Lui pour tout), et ensuite : "nodé lé'ha ounéssaper téhilaté'ha" (on le remercie alors pour toutes Ses bontés permanentes).

Cela explique aussi pourquoi dans la répétition de la Amida, chacun doit réciter lui-même ce passage du modim, sans compter sur la lecture de l'officiant comme pour le restant de la Amida.
En effet : le fait d'admettre en nous-même notre totale dépendance à Hachem, est un processus que personne ne peut faire à notre place!

[une fois que cette rampe de lancement est construite dans notre cœur, on peut pleinement lancer les remerciements à proprement parler! (et chacun en a des uniques à lui!)]

-> Le Ets Yossef affirme qu'il n'y aura plus de maladie, ni de danger de mort à l'époque du machia'h, faisant que l'on apportera un Korban Toda non par obligation, mais volontairement comme moyen d'exprimer notre appréciation totale pour tout ce que fait Hachem.

[En effet, c'est la nature même des juifs, que de pouvoir remercier, apprécier les bienfaits reçus.
Dans la répétition de la amida, dans Modim, nous remercions Hachem de pouvoir le remercier (modim ... al chéana'hnou modim la'h).
En effet, la capacité de remerciement nous oblige à se focaliser sur ce que l'on a, et notre vie devient alors tellement plus belle!
Ce que l'on pense être manquant est en réalité tellement minime face à l’immensité de ce que l'on a!
Plutôt que de passer ma vie à courir après ce que je n'ai pas, j'apprécie tout ce que j'ai, et qui est déjà énorme!

Hachem n'a pas besoin de nos remerciements.
Naturellement D. semble caché dans ce monde, et à chaque fois que nous le remercions, cela est un moyen de reconnaître, d'admettre Sa présence permanente (et notre dépendance totale à Lui), repoussant la tendance humaine à croire en la naturalité des choses.
Chaque occasion (même petite) de remercier D., et un moyen de renforcer concrètement notre émouna en l'illustrant de faits personnels et réels.]

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-> Le roi David dit dans son Téhilim 100 :"Psaume pour le sacrifice de reconnaissance : Acclamez Hachem, toute la terre! Servez D. avec joie, présentez-vous devant Lui avec des chants d’allégresse ... Entrez dans Ses portes avec des actions de grâce, dans Ses parvis, avec des louanges."
=> Quel est le rapport entre la joie de servir D. et le sacrifice de reconnaissance?

"Acclamez" se dit en hébreu "hari’ou" et vient du mot "ra" qui signifie "mal" : l’homme qui considère l’attachement au matérialisme comme mauvais s’en détourne, s’éloigne de la faute et éprouve, par conséquent, de l’allégresse. Ainsi, il se dirige vers le Temple pour y offrir des sacrifices de remerciement à D., Qui lui a permis de se détourner de la transgression et de Le servir dans la joie.
[rabbi David Pinto - la voie à suivre n°618]

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-> b'h, également sur l'offrande de paix : http://todahm.com/2020/03/06/13200

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+ Tsav : voir les miracles qui se produisent dans notre quotidien

-> La paracha Tsav parle des lois du Korban Toda (sacrifice de gratitude).
Rachi explique que le Korban Toda était apporté par celui qui avait vécu un miracle, puis il rapporte les exemples donnés par nos Sages : celui qui traverse la mer, celui qui traverse le désert, celui qui sort de prison et celui qui recouvre la santé après une maladie.
=> Le rav Yossef ’Haïm Zonnenfeld souligne que presque tous les sacrifices individuels sont évoqués dans la paracha Vayikra, à l’exception du Korban Toda. De plus, le fait d’en parler précisément dans la parachat Tsav est surprenant ; toute cette section est réservée au service des Cohanim et s’adresse à ces derniers. Elle ne concerne pas les autres, étant donné que le reste du peuple n’approchait pas les offrandes. Or, le Korban Toda concerne tous les juifs. Alors pourquoi en parle-t-on au milieu d’une Paracha qui touche les Kohanim?
=> Le rav Zonnenfeld pose une autre question à propos des termes employés par Rachi quand il évoque les événements qui exigent un Korban Toda. Il les décrit comme des miracles, alors qu’il s’agit de phénomènes naturels qui impliquent, certes, un certain risque ou un danger, mais que l’on ne considère pas vraiment comme des prodiges (ex: traverser la mer), alors pourquoi les décrire de la sorte?

Le rav Zonnenfeld répond en enseignant un principe fondamental. Quand on emploie le mot "miracle", on fait généralement allusion à un événement où les lois de la nature sont défiées. Il est alors clair que le miracle provient d’Hachem. En revanche, les événements qui ont lieu régulièrement semblent normaux et n’ont pas l’air de provenir d’en Haut. En réalité, la nature n’est pas moins prodigieuse qu’un miracle exceptionnel et dévoilé, mais puisqu’on y est habitué, on ne la considère pas comme tel. Les cas qui exigent une Korban Toda sont tous "naturels" mais ils restent, malgré tout, miraculeux.

On retrouve cette idée de remerciement pour les "miracles naturels" lors de la naissance de Yéhouda.
La guémara (Béra'hot 7b) raconte que quand Léa eut son 4e enfant, elle le nomma Yéhouda, déclarant : "Cette fois, je remercierai Hachem" (Vayétsé 29,35), et elle précise que c’est la première fois de l’Histoire qu’une personne exprima sa gratitude à Hachem.
Cette guémara surprend plusieurs commentateurs, étant donné que dans plusieurs épisodes antérieurs à celui de Léa, des personnes exprimèrent leur reconnaissance, par exemple, quand Noa’h apporta des sacrifices à Hachem en sortant de l’Arche. En réalité, jusqu’alors (jusqu’au moment où Léa fit ce remerciement), les gens apportaient des Korbanot ou exprimaient leur gratitude pour des miracles dévoilés et exceptionnels (comme la survie de Noa’h dans l’Arche durant le déluge). Léa remercia pour la naissance de son 4e enfant, chose qui ne correspond pas à un miracle dévoilé. Elle remercia toutefois comme s’il s’agissait d’un véritable prodige et c’est en ce sens qu’elle fut la première, la précurseur. C’est aussi la raison pour laquelle Rachi parle des personnes apportant un Korban Toda comme ayant vécu des miracles.

=> Le rav Yissa'har Frand explique pourquoi on parle du Korban Toda dans la paracha Tsav et non dans la paracha Vayikra (avec les autres korbanot individuels) :
"Les Cohanim ont besoin d’une exhortation particulière concernant les "miracles naturels". La michna (Pirké Avot 5,5) affirme qu’il y avait des miracles tous les jours au Temple. Les mouches ne s’approchaient jamais des animaux abattus, le vent ne faisait jamais vaciller la colonne de fumée montant de l’Autel, ...
Ils vivaient dans les miracles. Or, quand on voit des prodiges quotidiennement, on s’y habitue, le miracle devient une routine, il fait partie de la vie. Et l’on risque de ne même plus les apprécier.
C’est la raison pour laquelle les lois du Korban Toda se trouvent dans la paracha de Tsav. Nous avons tous besoin de ce rappel, de nous souvenir que la Providence divine est un miracle, une véritable Intervention Divine, quand bien même elle est manifeste au jour le jour. Et les Cohanim qui en voyaient tous les jours avaient d’autant plus besoin de ce rappel. Voilà pourquoi le Korban Toda est mentionné dans la paracha Tsav, qui vise principalement les Cohanim".

-> Le récit suivant illustre bien cette idée.
Un homme vint voir le rav Chakh un an après son mariage, juste après la naissance de sa première fille, lui demandant s’il devait organiser un kiddouch pour célébrer l’événement.
Le rav Chakh lui répondit : "Supposons que vous ayez été mariés depuis 8 ans et que pendant toute cette période, ta femme était restée stérile ; qu’après toute cette attente, elle soit tombée enceinte et qu’elle ait eu une petite fille! Auriez-vous organisé un Kiddouch dans ce cas de figure? Bien évidemment! Et là, Hachem vous a épargné 7 ans d’attente et de frustration, d’angoisse et de soucis! Ne devriez-vous pas exprimer votre immense gratitude?"
=> Le rav Chakh enseignait par là une leçon de taille : il ne suffit pas de voir le miracle quand une femme a un enfant après plusieurs années d’attente, même un an après son mariage, la naissance d’un enfant est prodigieuse.

[ainsi sachons remercier Hachem : certes pour les miracles apparents qui nous arrivent, mais surtout lorsque pris dans la routine de la vie nous bénéficions de miracles "cachés" dans la routine, dans la "normalité" de la vie.
D'une certaine façon les miracles "anormaux" ne sont là que pour nous réveiller aux miracles "normaux", et alors notre vie devient tellement plus belle car on apprécie la "main" d'Hachem, Sa Présence, derrière toute chose.
Plus on a d'occasion de remercier Hachem, plus Il nous donne d'occasions nouvelles de le remercier.
En ce sens, dans le modim de la répétition de la Amida, nous disons : "modim chéana'hnou modim la'h" (nous Te remercions de pouvoir Te remercier!).]

"Ne mangez pas quelconque de sang, que ce soit d'un mammifère ou d'un oiseau, où que vous viviez.
Toute personne qui mangerait du sang, son âme sera retranchée de son peuple" (Tsav 7,26-27)

-> L'interdiction du sang est l'une des plus faciles à observer car la tentation est faible.
Si telle est la récompense pour un commandement facile, on peut imaginer celle que l'on reçoit lorsqu'on se garde des relations interdites et d'autres fautes pour lesquelles on éprouve un grande désir.
L'homme qui se garde de ces péchés sera largement rétribué car leur observance exige une lutte acharnée contre ses désirs.

Hachem nous a interdit de consommer du sang pour 4 raisons :
1°/ Les parties du sacrifice offertes sur l'autel étaient la graisse consumée et le sang aspergé sur ses parois. Etant donné que ces parties "appartiennent" à l'autel, Hachem a ordonné qu'elles ne soient pas consommées.

2°/ Le sang représente l'âme, comme il est écrit : "Car le sang est l'âme" (Dévarim 12,23).
Hachem nous a permis de consommer le corps et non l'âme d'un animal.
Il avait ordonné à Adam de ne pas manger de créatures vivantes mais de se nourrir de végétaux.
Cependant, comme Noa'h sauva toutes les créatures de la destruction, Hachem lui permit de manger leur chair.
L'âme de l'animal reste interdite, et donc son sang également.

3°/ La vie du corps dépend du sang. Par conséquent, si un homme en consomme, son corps devient semblable à celui d'un animal.
Il devient grossier et insensible. Il risque d'adopter les mauvaises tendances des bêtes et de ne pas avoir pitié de ses prochains.

Hachem nous a donné la Torah pour purifier notre âme afin d'être capables de comprendre les mystères de la Torah et d'avoir pitié de nos semblables.
C'est pourquoi il nous est interdit de manger le sang d'un animal ...

4°/ A leur sortie d'Egypte, les juifs étaient plongés dans les pratiques occultes des égyptiens.
Par exemple, ils emplissaient un bol de sang autour duquel se rassemblaient des démons (chédim).
Lorsqu'ils voulaient prédire l'avenir, ils buvaient de ce sang.

On trouve ainsi juxtaposer ces 2 commandements : "Ne faites point de repas près du sang ; ne vous livrez pas à la divination ni aux présages" (Kédochim 19,26)
Pour nous séparer des pratiques païennes, Hachem nous interdit de consommer le sang et nous enjoint de l'asperger sur l'autel pour expier nos fautes.

[Méam Loez - Tsav 7,26-27]

Le Korban Toda (sacrifice de remerciement) était apporté comme moyen pour remercier Hachem après avoir vécu personnellement une délivrance miraculeuse.

Mais si quelqu'un a une vie normale : lui et sa famille sont en bonne santé, bénis en subsistance et en joie, n'en devrait-il pas moins être redevable en remerciements à Hachem pour toute la souffrance dont Il le dispense?

[Rabbi El'azar Mena'hem Mann Shach]

[ex: au lieu d'attendre des années pour avoir un enfant, tu l'as eu tout de suite! Soit on se dit c'est la nature, c'est normal ; soit on remercie encore davantage D. de ne pas nous avoir fait attendre longtemps en souffrances!

=> On doit certes remercier Hachem lorsqu'Il nous sort de galère, mais nous devons encore plus le remercier lorsque tout va bien!]