Les bikourim = avoir conscience de la grandeur de chaque juif

+ Les bikourim = avoir conscience de la grandeur de chaque juif :

-> La Michna (Bikourim 3,3) enseigne que lorsque ceux qui apportaient leurs prémices (bikourim) arrivaient à proximité de Jérusalem, ses habitants envoyaient alors une procession afin de parer les prémices de toutes sortes d'ornements. Les gens importants sortaient alors afin d’accueillir les arrivants suivant leur rang, et tous les artisans de Jérusalem se tenaient devant les pèlerins et demandaient de leurs nouvelles ("Frères de tel endroit, êtes-vous en paix ?", disaient-ils).

-> Le Yisma'h Israël demande : pourquoi accordait-on autant d'honneurs à ceux qui apportaient leurs prémices?
Et il répond de la manière suivante :
"Car grâce à cette mitsva chacun pouvait être témoin de la bonté d'Hachem. Car même une 'petite' mitsva qu'un paysan accomplissait dans son champ, ne serait-ce qu’en pensée en songeant à la toute jeune figue fraîchement sortie pour la consacrer à Hachem, avait une importance telle pour Hachem qu'Il ordonnait au juif qui apportait ces prémices de sa terre au Temple, de lire devant le Cohen un passage de la Torah marquant sa reconnaissance.
C'est pourquoi l'accueil des arrivants se faisait en ''grande pompe'', afin de montrer que la mitsva la plus 'simple' du juif le plus simple, qu'il accomplissait de la manière la plus simple possible (par une simple pensée), était agréée par Hachem avec amour et miséricorde, et que tous les anges du Ciel ornaient cette mitsva de plusieurs couronnes.
Chacun pourra y puiser un réconfort, car quelle que soit sa situation, s'il avait mérité de n'accomplir qu'une seule mitsva et de n’avoir qu'une seule bonne pensée au cours de toute son existence, cela aurait néanmoins valu la peine qu'il vienne dans ce monde."

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-> Le rav Elimélé'h Biderman enseigne :
cela signifie que, dans cette période [d'Elloul] où Hachem nous appelle au réveil spirituel et au repentir, il peut arriver à l'homme de penser à tort : "Pourquoi commencerais-je à travailler sur moi-même et à me rapprocher? De toute façon, je n'arriverai jamais au sommet!"
La réponse à cette (fausse) question est que la moindre petite action qu'un homme accomplit en l'honneur d'Hachem, suivant son niveau personnel, est considérée dans le Ciel comme un acte d'une immense envergure.
Et petit à petit, il méritera de parvenir au but souhaité.

"Hachem t’a glorifié à son tour en te conviant à être Son Peuple privilégié ... Il veut que tu deviennes la première de toutes les Nations qu’Il a faites, pour la louange, pour le nom et pour la splendeur ; et pour que tu sois un Peuple consacré à Hachem, ton D., comme il l’a déclaré" (Ki Tavo 26,18-19).

-> Le Baal HaTourim explique ainsi l’expression : "pour la louange, pour le nom et pour la splendeur" = "Autant que les juifs louent et glorifient le Nom, autant cela sera splendeur pour eux".
Ainsi, cite-t-il la guémara (Méguila 15b) : Dans le futur, Hachem sera une couronne sur la tête de chaque tsadik, comme il est dit : ‘En ce jour, Hachem sera une couronne de gloire et un splendide diadème’ (Yéchayahou 28, 5)."
Le Baal Hatourim explique alors : "Cette couronne par laquelle ils ont couronné Hachem lors de leurs prières, leur reviendra sur eux. En revanche, celui qui prononce des paroles profanes à la synagogue, verra son corps entouré de ronces."

Elloul = inverser la rigueur Divine en miséricorde absolue

+++ Elloul : inverser la rigueur Divine en miséricorde absolue :

"Elle se dépouillera de son vêtement de captive, elle demeurera dans ta maison, et pleurera son père et sa mère un mois entier" (Ki Tétsé 21,13)

-> Le Zohar ('Hadach 72b) commente ce verset au sujet de la téchouva : "Elle pleurera son père et sa mère un mois entier" = c'est le mois d'Elloul où Moché est monté sur la montagne pour demander miséricorde devant Hachem.

-> Le rav 'Haïm Vital (Ets Ha Daat) explique ce commentaire du Zohar de la manière suivante :
"Le temps le plus propice où cette téchouva est acceptée est le mois d'Elloul qui est appelé "le mois des jours redoutables".
Car alors ta prière est entendue et les portes du repentir sont grandes ouvertes, comme il est écrit : "Invoquez-Le lorsqu'Il est proche."
C'est le sens profond de l'allégorie : "ani lédodi védodi li" (Je suis à mon Bien-aimé et mon Bien-aimé est à moi - ודודי לדודי אני לי), dont les initiales forment le mot : Elloul (אלול), car alors Hachem devient proche et s’éprend d'amour pour l'homme qui se repent."

-> Le Gaon de Vilna commente le verset : "Je restai prosterné devant Hachem pendant 40 jours et 40 nuits" (Ekev 9,25). Il explique qu'il s'agit des 40 jours entre Roch 'Hodèch Elloul et Yom Kippour durant lesquels Moché ne fit rien d'autre que de se répandre en prières pour intercéder en faveur des Bné Israël.
Le Gaon de Vilna ajoute : c'est pour cela que ces 40 jours furent institués comme jours de prières et de supplications, et qu'à Yom Kippour, Hachem agréa leur repentir.

-> Le Chaar Hamélekh (1,5) explique le thème des 40 jours à l'aide de l'enseignement de nos Sages (guémara Béra'hot 60a) selon lequel : "Pendant les 40 jours de la formation du fœtus, les parents peuvent prier pour que ce soit un garçon", car il est encore possible de le transformer (grâce à la
prière) d'une fille en garçon.
Ces 40 jours entre le début d'Elloul et Yom Kippour, eux aussi, sont assimilés aux jours de "formation du fœtus" de l'année prochaine. L'homme est alors encore en mesure de solliciter la miséricorde Divine afin d'inverser "l'attribut féminin" qui représente (dans la kabbale) la Midat Ha Dine, la rigueur, en "attribut masculin" qui symbolise l'émanation de la miséricorde absolue.

-> Le rav Elimélé'h Biderman ajoute :
Le bon sens exige qu'au lieu de se fatiguer et de travailler difficilement pour sa subsistance durant toute l'année, ce qui de toutes façons ne changera rien, il est préférable d'investir tous ses efforts (en lisant
des Téhilim, en priant, ...) durant tous ces jours et de se préparer ainsi à l'approche du ''Yom Hadine Hagadol'' (le grand jour du jugement : Roch Hachana), où le lot de chaque créature sera fixé.
[par exemple, le Rachab de Loubavitch déclara un jour : "La saison du mois de Elloul, c'est le livre des Téhilim!"]
Grâce à cette préparation, l’homme pourra récolter de confortables bénéfices pendant toute l'année qui s'annonce. Il ne s'agit d'ailleurs pas seulement de sa subsistance, mais de tous les domaines de l'existence.
Combien un homme peut-il influencer sur sa situation en investissant toute son énergie et toutes ses forces à prier convenablement pendant cette période, et combien il s'épargnera ainsi de tracas et d'efforts superflus durant toute l'année à venir!

-> Selon le Maguid de Douvno :
Il y a celui qui se prépare durant tout le mois d'Elloul, jusqu’à Roch Hachana, qui multiplie les efforts pour se repentir, qui supplie de sortir méritant du jugement. Dès lors, le moment venu, il suscite la miséricorde d'Hachem et il est légitime que l'on ait pitié de lui.
A l'inverse, certains traversent tout le mois d'Elloul sans aucune préparation convenable. Et lorsqu'arrive Roch Hachana, ils se souviennent brusquement de demander miséricorde car "juste" maintenant, ils ont rendez-vous avec le Roi et ouvrent largement leur bouche pour prier!

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-> b'h, également sur ce verset : http://todahm.com/2018/10/10/7412-2

"Vois, je place aujourd'hui devant vous la malédiction et la bénédiction" (Réé 11,26)

-> Rabbi Avraham Yaakov de Sadigora explique que le mot "aujourd’hui" fait allusion à Roch Hachana (comme cela est enseigné dans le Zohar 2,32b).
La raison en est qu’il existe un jour particulier dans l’année duquel dépendent tous les événements de celle-ci et ce jour est celui du jugement de Roch Hachana. C’est pour cela que la Torah nous met en garde en disant "Vois" : ce jour s’approche dont va dépendre toute "la bénédiction ou la malédiction".

-> Le Saba de Kelm (Kitvé Ha Saba Mi Kelm Yamim Noraïm p.88) écrit :
"Nous croyons tous que Roch Hachana est le Yom Ha Din (le jour du jugement), et que toutes les créatures comparaîtront alors devant Lui comme des moutons devant leur berger.
Cependant, les tsadikim ont un niveau plus grand que cela : ils possèdent le pouvoir de se représenter les choses. Cela signifie que leur émouna est tellement forte qu’ils voient réellement l’image du Yom Ha Din dans leur esprit, et qu’il s’agit d’un jour terrible et redoutable.
Alors que chez les autres personnes, cette perception n’est pas aussi sensible. Pour cette raison, ils ne s’y préparent pas suffisamment comme le font les tsadikim."

=> A cette fin, le verset dit "Vois" = enracine-le en toi au point qu’il soit comme si tu le voyais en face de toi! C’est de cette manière que tu dois considérer ce jour qui arrive à grands pas.

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-> Le rav Elimélé'h Biderman enseigne :
On peut comprendre ainsi le midrach bien connu selon lequel les 4 espèces qui composent le Loulav sont associées aux membres de l’homme : le Loulav représente la colonne vertébrale, le Etrog, le coeur, le myrte, les yeux et la branche de saule, la bouche.

A priori, on est en droit d’objecter : certes, il est normal que l’on ne prenne qu’un Etrog, puisque l’homme ne possède qu’un coeur, de même qu’un Loulav, puisqu’il n’a qu’une colonne vertébrale.
=> Mais pourquoi prend-on 3 branches de myrte puisque l’homme ne possède que 2 yeux?
Par ailleurs, le verset : "Le Sage a ses yeux dans sa tête et le sot chemine dans les ténèbres" (Kohélet 2,14) peut nous sembler étonnant. Est-ce que seul le sage a des yeux?

En fait, les termes du verset suggèrent que le sage possède un autre oeil que le sot ne possède pas, à l’exemple de ce qu’enseigne la guémara (Tamid 32a) : "Quel est le sage? Celui qui voit ce qui va naître (des événements présents)".
Dès lors, le sage possède bien 3 yeux : 2 yeux d’origine, plus un oeil lui permettant de voir les conséquences futures d’une situation présente. C’est pour cela que l’on prend trois feuilles de myrte.
Il nous incombe donc d’être comme le sage qui voit déjà l’avenir, et de voir ainsi l’année qui s’annonce devant nos yeux et qui dépend entièrement de Roch Hachana. Dès lors, notre préparation sera complétement différente.

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-> Le Sfat Emet (année 5625) dit dans un appel au renforcement :
"Mes amis bien-aimés, chers à mon âme : [à partir de] Roch ‘Hodèch Elloul, il n’est pas convenable de dormir et de se laisser engourdir dans la torpeur du monde matériel."

-> Le Sfat Emet dit à l'un de ses disciples :
"Vois-tu, toute l’année nous parlons affaires. Ce mois-ci [Elloul], l’affaire la plus rentable est celle de la téchouva, car celui qui investit ses forces à revenir vers Hachem durant ce mois fait de gros bénéfices tant spirituels que matériel durant toute l’année à venir. Heureux est celui qui sait être prévoyant!"

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+ "Reviens Israël jusqu’à Hachem ton D." (Ochéa 14,2)

-> Le midrach (Yalkout Chimoni Hochéa 14) commente ce verset : "Tant qu’Il est miséricordieux".

-> Et le 'Hatam Sofer (drachot - Nitsavim 5595) explique que cela signifie que les Bné Israël se repentent pendant Elloul, avant que n’arrivent les jours de jugement.

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-> Le Chaar haMélé'h (1,1-20) écrit :
il nous est accordé 30 jours avant que le Roi Juge Suprême fasse comparaître le monde entier devant Lui et examine chacune de Ses créatures, une par une. Il [Hachem] nous témoigne une immense bonté en "disant ses paroles à Yaakov, ses lois et ses préceptes à Israël" (Téhilim 147,19), en nous faisant savoir dans Sa grande miséricorde, dès le début du mois, qu’un jugement aura lieu, afin que nous puissions nous y préparer comme il se doit et y obtenir un verdict favorable ...
Il n’en a pas fait de même pour tous les peuples à qui Il n’a pas dévoilé son jugement.

Grâce à notre confiance en D., nous bénéficions de toutes sortes de délivrances et bénédictions

+ Grâce à notre confiance en D., nous bénéficions de toutes sortes de délivrances et bénédictions :

"Lorsque tu sortiras en guerre contre tes ennemis et que tu verras des chevaux et des chars, un peuple plus nombreux que toi, ne les crains pas" (Choftim 20,1)

-> Rabbénou Yona (Chaaré Téchouva 3,32) explique qu’à travers ce verset, la Torah donne l’ordre suivant : "Si un homme voit un malheur s’annoncer, il devra penser que la délivrance est proche et il aura confiance en elle, comme il est dit : "La délivrance de ceux qui Le craignent est proche" (Téhilim 85, 10)."
[Ce verset renferme également un enseignement à propos de la stratégie à adopter afin de vaincre ses ennemis au combat : en effet, il est écrit à cette fin "ne les crains pas", car l’arme la plus efficace est la confiance en D.]

D’après Rabbénou Yona, cette stratégie ne concerne d’ailleurs pas seulement la guerre mais aussi toute épreuve qu’un homme s’apprête à affronter pour laquelle la Torah lui ordonne "ne les crains pas". Ce faisant, elle l’enjoint à la vaillance et au courage associés à la confiance que D. le délivrera.

-> Outre le mal qu’il se cause à lui-même, celui qui donne libre cours à sa crainte porte également préjudice à son entourage en le contaminant du virus de la peur. Il est en effet écrit un peu plus loin (verset 8 ) : "Qui est l’homme qui a peur et dont le coeur est lâche? Qu’il se retire et retourne chez lui, pour que le coeur de ses frères ne défaille point comme le sien."

Rav ‘Haïm Chmoulévitch (Si’hot Moussar 5731) explique que le propos n’est pas seulement de décrire celui qui doit sortir en guerre mais qu’il semble que l’on puisse apprendre de cette loi que celui qui a peur et fait fi de la confiance en D., est susceptible d’ébranler le coeur de ses frères comme le sien et il devra donc s’en éloigner, retourner chez lui, afin que personne ne voit sa faiblesse (il est évident que cela ne signifie pas de vivre isolé, mais au contraire, de se renforcer dans sa foi et sa confiance en D. afin de corriger sa peur et son inquiétude chronique et de devenir à l’inverse un exemple pour les autres).

-> Selon le rav Elimélé'h Biderman :
l’inquiétude et la crainte éloignent l’homme de son but et, au contraire, la foi et la confiance en D. l’en rapprochent et suscitent la délivrance et la miséricorde. Grâce à eux, même face à une épreuve, il méritera rapidement de sortir des ténèbres vers la lumière et son salut s’en verra hâté.

-> Le Yisma'h Israël (paracha Vayichla’h 5) écrit :
"lorsque l’homme pense à quel point sa situation est misérable ..., le remède essentiel est la foi, à savoir croire en Hachem ..., et plus l’obscurité s’intensifie, plus il lui sera nécessaire d’enraciner en lui cette force de la foi. Grâce à elle, il méritera d’acquérir la vertu de Bita’hon (confiance en D.) qui découle de cette foi, comme il est expliqué dans le Zohar (2,22a).
Et même si, d’après ce que l’intelligence humaine conçoit, il n’existe plus aucun refuge ni remède à son mal, cependant, il aura confiance dans la bonté infinie et sans limite et dans la grandeur du Créateur. Il sera aussi convaincu que dans Son immense miséricorde, Il peut même venir en aide à une créature aussi misérable que lui ..., et ceux qui placent leur confiance en Hachem et en Sa délivrance ne seront pas déçus, comme l’exprime le roi David : "J’ai placé ma confiance en Toi, que je ne sois pas déçu" (Téhilim 25,1).
Sachons que la Emouna et le Bita’hon adoucissent tout et transforment toute rigueur en miséricorde".

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-> La paracha Choftim (v.20,3-8) détaille l’ordre dans lequel les Bné Israël sortaient en guerre, et la manière dont le Cohen, oint à cette fin, appelait les combattants à livrer bataille.
Il est écrit : "Ecoute Israël, vous êtes prêts aujourd’hui à sortir en guerre contre vos ennemis, et Rachi de rapporter à ce sujet l’enseignement de la guémara (Sota 42a) : "Même si vous ne possédez que le mérite de la lecture du Chéma Israël, cela vaut la peine qu’Il vous délivre".

-> Le rav Mendel de Kotsk explique
"Si l’homme est fort et courageux, au point de penser que grâce au seul mérite du Kriyat Chéma, Hachem le sauvera, et que sa confiance en D. est à ce point forte, il est certain qu’il sera préservé.
Car cela signifie qu’il n’a aucune crainte et grâce à la force de son Bita’hon, Hachem le sauvera par le mérite du Kriyat Chéma (déclaration de foi de l'Unicité de D.).
["Qui est l’homme qui a peur et dont le coeur est lâche? Qu’il se retire" v.20,8]
Mais, celui qui n’est pas convaincu intérieurement que ce seul mérite le sauvera et qui "a peur et le coeur lâche" (Choftim 20,8) est tenu de se retirer du bataillon sauf s’il est exempt de toute faute."

[il en est ainsi dans chaque bataille de notre vie (petite comme grande), l'essentiel est d'y aller courageusement et sans peur car remplit de émouna, et alors grâce à cela on aura la victoire.]

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-> Lorsque le Cohen annonçait la sortie en guerre aux combattants, il disait : "Quel est l’homme qui a construit une nouvelle maison et ne l’a pas inaugurée ... ; qu’il se retire et s’en retourne à sa maison.
Les gardes adresseront de nouveau la parole au peuple et diront : s’il est un homme qui a peur et dont le coeur est lâche, qu’il se retire et retourne chez lui pour que le coeur de ses frères ne défaille pas comme le sien!" (Choftim 20,5-8)

-> Et la Michna (Sota 44a) de rapporter la suite des versets : "Alors, les gardes ayant fini de parler au peuple, on placera des officiers de légions à la tête de l’armée", et de commenter : "Sur les flancs des combattants, on place des gardes devant eux et derrière eux munis de gourdins en fer et ils ont le droit de briser les pieds de ceux qui cherchent à déserter, car le début de la défaite est la fuite".

=> A priori, il faut comprendre : au début, le Cohen s’exprimait de manière avenante et proposait à tout celui qui le désirait de se retirer. En revanche, à la fin, on employait un langage sévère, au point de permettre de briser les pieds des déserteurs.

-> L’explication est la suivante :
Avant qu’un homme s’engage à partir au front, il a le droit de faire son propre examen afin de juger s’il est capable de partir en guerre ou non et si son coeur est trop faible pour cela, il peut retourner chez lui. Mais après avoir accepté de livrer bataille contre l’ennemi, il est tenu de respecter cette décision courageusement.
Car s’il a accepté, il est certain qu’il possède les forces nécessaires pour mener à bien sa mission.

[il en est ainsi dans tous nos projets (en accord avec la halakha). A partir du moment qu'on a décidé de la validité et du souhait de le faire, c’est en soi la preuve que nous avons la force de le réaliser, et Hachem ne nous abandonnera pas, ni ne nous laissera tomber.
Le yétser ara veut nous faire douter, nous retirer notre émouna, car alors on perd cette aide d'Hachem dans les combats de notre vie ]

"Tu seras intègre avec Hachem ton D." (Choftim 18,13)

-> Rachi commente :"Marche avec Lui en étant intègre et espère en Lui. Ne sonde pas l'avenir, mais tout ce qu'Il t'amènera, accepte-le avec intégrité. Tu feras alors partie de Son peuple et tu seras Son partage."
[ce Rachi est incroyable! Il nous donne la définition d'un membre du peuple d'Hachem ("tu feras alors partie de Son peuple" - az tiyé imo). ]

-> "Car ces peuples que tu dépossèdes, ils écoutent les prédicateurs et les oracles ; or toi, ce n'est pas ce qu'Hachem ton D. t'a départi" (Choftim 18,14)
Le Maharitz (rav Yossef Tsvi Doushinsky) explique :
A priori, il aurait dû être écrit dans le verset : «"r toi, il t'est interdit d'aller après eux", car puisque la Torah vient interdire de s'en remettre aux prédicateurs et aux oracles, cela aurait dû être exprimé explicitement.
C'est, qu'en fait, les nations du monde ne croient pas en Hachem, et c'est pourquoi toute leur existence est remplie d’anxiété et de la crainte du lendemain. Ainsi, ne cessent-ils de consulter les prédicateurs et les oracles, pour entendre quel sera leur avenir.
C'est ce que le verset vient exprimer allusivement : toi, juif, tu sais que, même lorsque les choses ne se déroulent pas selon ta volonté (ce qui est suggéré allusivement par les mots du verset "ce n'est pas"), c'est néanmoins : "ce qu'Hachem ton D. t'a départi".
Dès lors, que l'on soit dans une bonne ou une mauvaise posture, tout est le fait d'un décret Divin et tout est pour le bien.

-> Le 'Hafets 'Haïm (Chem Olam - chaar chmirat haShabbath 3) écrit :
Puisque la connaissance de l'homme, est tellement réduite, il ne nous est pas donné de sonder les desseins du Roi des rois, Hachem. L'homme doit donc marcher avec lui avec intégrité et être convaincu que tout ce qu'Il accomplit est pour le bien, car de la bouche d'Hachem, rien de mal ne peut sortir. De cette manière, il est certain qu'il méritera de voir finalement que ces choses elles-mêmes sont sources de bien et de bienfaisance.

-> Rabbinou Bé'hayé, pour sa part, explique que le verset : "Intègre, tu seras avec Hachem ton D." (Choftim 18,13) vient enseigner à l'homme qu' "Intègre, tu seras" et grâce à cela : "tu seras avec Hachem ton D." (l'expression "tu seras" étant lue avec les termes qui la précèdent comme avec ceux qui la suivent). Et lorsqu'il méritera d'être "avec Hachem", il jouira de la lumière des mondes supérieurs, comme il est mentionné : "Et une lumière résidait avec lui" (Daniel 2,22).
Notre verset vient donc t'enseigner la valeur de l'intégrité et la grandeur de sa récompense.
C'est ce que signifient les paroles du roi David : "Et moi dans mon innocence (en vivant avec intégrité), Tu m'as soutenu et Tu m'as maintenu devant Toi" (Téhilim 41,13) : car par le mérite de l'intégrité, l'homme se tient devant Hachem en permanence.

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-> Rabbi Its'hak Eïzik de Zoutchka enseigne :
"Un homme doit se conduire avec simplicité, intégrité et confiance en D., et se réjouir de la part qu'Hachem lui a octroyée, sans convoiter celle des autres.
Il doit être convaincu que s'IL ne lui a pas accordé plus que ce qu'il possède, c'est le signe que c'est pour son bien.
Il est possible que s'il avait reçu richesse et honneurs, il aurait dû supporter en contrepartie de terribles épreuves, que ce soit dans le domaine de la santé ou celui de l'éducation de ses enfants. Et Hachem lui a évité tout cela dans Sa grande miséricorde et Son immense bonté."

-> "Et n'érige pas de stèle chez toi, chose odieuse à Hachem ton D." (Choftim 16,22).
Le Imré Emet explique allusivement de la manière suivante : "Ne fait pas preuve d'obstination en t'érigeant comme une stèle contre, ce qu'Hachem ton D. déteste". Car si telle est la volonté d'Hachem, il n'est pas bon de s'ériger contre, mais on doit au contraire annuler sa propre volonté devant la Sienne.

-> Le rav Elimélé'h Biderman écrit :
il est préférable d'accepter avec amour les décisions du Créateur qui ne sont que bonté et bienveillance, de la part de Celui qui ne désire que nous préserver du mal véritable.
Certes, la prière est bonne pour annuler ce qui a été décrété, et en outre, l'homme est tenu de prier sans cesse. Néanmoins, s'il n'est pas exaucé, qu'il sache que, du Ciel, on ne désire que son bien le plus absolu.

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-> "Sois intègre avec Hachem ton D." (Choftim 18,13)

-> Ce verset enjoint de se comporter avec simplicité vis-à-vis d'Hachem, sans trop se poser de questions et chercher à comprendre des choses qui pourraient faire douter et éloigner de Son Service et de Sa foi.
On raconte que Rabbi Naftali de Ropshitz se distinguait par son intelligence particulière et sa vivacité d'esprit remarquable. Un jour, son Maître, le 'Hozé de Loublin lui dit : "Tu sais Naftali, dans toute la Torah, il n'est jamais dit qu'un juif doit être futé et particulièrement intelligent. Au contraire, il est dit : "Sois intègre avec Hachem", ce qui implique simplicité voire même naïveté!"
Alors, Rabbi Naftali lui répondit sur place : "Certes, mais pour savoir comment réellement être simple et intègre avec Hachem, sans que cela tombe dans de la sottise, de l'insouciance ou autre dérive, un juif a besoin d'une bonne dose d'intelligence et de vivacité".

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-> "Sois intègre avec Hachem, ton D."

Rachi : on doit accepter ce que Hachem nous donne sans tenter de prédire le futur. Il faut tout accepter avec amour et intégrité.

Le ‘Hafets ‘Haïm faisait la déduction suivante à partir de ce verset : il est écrit que la personne doit agir avec intégrité devant Hachem, mais pas à l’égard d’autrui. Dans les relations avec les autres, la personne doit faire preuve de beaucoup de sagesse et de réflexion et ne doit pas se laisser duper par quelqu’un de douteux.

L’exemple qu’il ramène est celui de Yaakov, appelé "ich tam" et qui pourtant, fit preuve de beaucoup de ruse dans ses relations avec Lavan.
Un jour, plusieurs Bné Thora se plaignirent au ‘Hafets ‘Haïm d’avoir été escroqués par des commerçants malhonnêtes, sur une large somme d’argent. Il leur cita ce verset et remarqua qu’ayant passé plusieurs années en yéchiva, ils s’étaient habitués à se conduire avec témimout envers Hachem. Leur erreur, en revanche, fut de penser qu’il était possible de se comporter avec témimout avec autrui également.

Comment concilier cela avec la nécessité de juger toute personne favorablement?
Le rav Its’hak Berkovits explique que la mitsva de juger l’autre favorablement ne signifie pas qu’il y a une obligation de considérer chaque action de manière positive, irrationnellement, mais elle nous demande de juger l’autre de façon logique, raisonnable et équitable ; on peut avoir tendance à juger autrui durement, injustement. Or la Torah nous rappelle que cela est erroné, sans toutefois nous charger de rendre un jugement illogique.

Par exemple, en ce qui concerne le tsadik, même s’il fait quelque chose qui semble être une avéra, il est tout à fait normal de supposer qu’il n’a rien fait de mal.
À l’opposé, quand un racha fait quelque chose de positif, il paraît logique qu’il existe une façon négative d’interpréter son comportement.
Lorsque le bon sens veut que l’on juge l’autre favorablement, la Torah nous ordonne de le faire, mais quand ce n’est pas le cas, il n’y a aucun impératif de la Torah d’accorder le bénéfice du doute et il y a même parfois une obligation de juger son prochain négativement.

Le rav Yéhonathan Geffen explique : La Torah ne nous demande pas d’être naïf, mais plutôt d’être réaliste et elle nous dit parfois que nous devons juger l’autre défavorablement. C’est pourquoi, lorsque, par exemple, nous commerçons avec les gens, la mitsva de "betsédek tichpot" nous enseigne qu’il ne faut pas être naïf, mais plutôt qu’il faut considérer l’autre justement (avec tsédek) et avec exactitude.
Il est important de se souvenir qu’agir de la sorte n’est pas une mince affaire, notre tendance naturelle peut être de juger l’autre injustement. C’est une erreur, nous dit la Torah ; il faut tenter de traiter les gens équitablement.

[notre yétser ara nous fait mélanger les choses. Mais il doit être clair à nos yeux qu'avec Hachem nous devons lui donner 100% de notre confiance, même si tout semble contre nous.
Avec l'humain, il faut faire preuve de réalisme, de justesse.]

"Apprendre /Interroger des morts" (doréch él amétim - Choftim 18,11)

-> Il y a un concept d’avancer (ol'éh -הולך) ou de rester statique (oméd - עומד). Un הולך est en mesure de grandir spirituellement, comme nous dans ce monde. A l’opposé, un עומד reste statique. Aussi l’ange est-il qualifié d'un עומד, ne pouvant évoluer spirituellement.

Après la mort, on ne peut plus être un הולך. [ce qu'on aura fait dans ce monde déterminera notre position fixe pour l'éternité. ]
Nos Sages (guémara Shabbath 30a) à partir de "bamétim 'hofchi" (Téhilim 88,6), enseignent qu’un défunt est quitte des mitsvot et de la Torah.
Le terme "niftar" (un défunt - נפטר) vient de la racine "patour" (dispensé - פטור) puisqu’une personne décédée est dispensée des mitsvot. Et ce par opposition aux vivants : le mot " 'haï" (vivant - חַי) est lui de la même racine que " 'hayav" (חייב) qui renvoie à l’obligation d’accomplir les préceptes de la Torah.

Par exemple, le Gaon de Vilna (en 1797), agonisant, pleurait sur son lit. Interrogé, il saisit alors ses tsitsit et dit que dans ce monde, pour quelques kopecks, on pouvait acquérir des franges rituelles pour le port permanent desquelles, nous recevons une récompense. Mais une fois au ciel, aucune somme d’argent ne permet plus d’acquérir une mitsva.
[d'une certaine façon, dans ce monde un sourire, une petite pièce à la tsédaka, se retenir de dire un mot de lachon ara, ne pas voir une chose interdite, ... ne coûte rien et permettent de gagner un énorme mérite éternel, mais après notre mort même pour tout l'argent du monde, on ne peut avoir aucune mitsva supplémentaire.
Par exemple également, les morts ne peuvent pas chanter de louanges à Hachem, comme il est dit : "Ce ne sont pas les morts qui loueront Hachem" (lo amétim yéalélou ya - Téhilim 115,17).]

"Apprendre des morts" (doréch él amétim - Choftim 18,11). Le sens simple est que l’on ne devra pas trouver parmi nous de nécromanciens.
Mais à la lumière de ce que l'on vient de voir ces mots renvoient à la juste perspective de la vie et à la nécessité de l’optimiser. Comme le disent certains : "Seulement quand on songe que l’on va mourir, on commence alors vraiment à vivre".

Le rav Moché Feinstein explique que le mot "matséva" (une stèle - מצבה) vient de נצב, se tenir debout. Car après le trépas, on reste statique (sur le plan spirituel).
Voir une מצבה (stèle funéraire) doit donc nous dynamiser : "Et le vivant le prendra à coeur" (Kohélét 7,2). On se sentira galvanisé, réalisant que nous avons toujours une capacité d’ascension spirituelle.
[tout qu'il y a de la vie, il y a moyen de réparer et d'accumuler des mérites pour notre éternité! ]
[d'après le rav Yéhochoua Alt]

+ "Ne pense pas que la mitsva de la bienfaisance ne concerne que le pauvre qui a besoin de manger et de se vêtir, car la Torah choisira toujours la voie de la bienfaisance et nous ordonne de satisfaire la volonté de nos coreligionnaires, à la mesure de nos possibilités.
Le principe général est que prodiguer du bien à notre prochain, qu'il s'agisse d'argent, de nourriture, d'autres besoins et même de paroles réconfortantes, fait partie de la mitsva de bienfaisance et sa récompense est immense".
[Séfer ha'Hinoukh - mitsva 479 (mitsva du maaser)]

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-> Le rav Elimélé'h Biderman ajoute :
Dès lors, nous pouvons en tirer une conclusion également au sujet de la mitsva du Maasser : cette mitsva inclut aussi le fait de prélever une partie conséquente de nos propos, à l'intention d'autrui, qu'il s'agisse de paroles réconfortantes, encourageantes, redonnant goût à la vie, ou encore de paroles de Torah, en consacrant une partie de notre temps à étudier avec quelqu'un.

Le rav Moché Feinstein stipule à ce sujet que "tout érudit en Torah, bien qu'il doive étudier pour lui- même, ce qui est très important, est tenu de consacrer une partie de son temps aux autres, même si c’est sur le compte de son étude personnelle ...
Je pense logiquement qu'il s'agit aussi de la mesure du Maasser, soit le dixième de son temps qui doit être consacré à étudier avec autrui. Et il est même possible que l'on puisse aller jusqu'au cinquième, cela demande à être approfondi."

[cela ouvre la réflexion sur la notion de donner le Maaser de nos paroles (en mots d'appréciation, de conseil, ...), de notre sourire/joie, de notre temps (ex: en écoutant autrui), ...
De même que la charité nous enrichit, de même à donner à autrui nous enrichit moralement, émotionnellement, spirituellement, ... ]

-> Le 'Haïm 'Hafets enseigne que de même que l'on devra rendre des comptes pour les paroles de lachon ara (paroles négatives selon la Torah) que nous avons pu prononcer, de même nous devrons rendre des comptes pour les paroles positives que l'on aurait pu dire à autrui et que l'on a pas dites.

Le boss c’est papa Hachem : alors pourquoi s’inquiéter?

+ Le boss c'est papa Hachem : alors pourquoi s'inquiéter?

"Vous êtes les enfants d’Hachem votre D. ne vous tailladez point le corps, ne vous rasez pas entre les yeux, en l’honneur d’un mort. Car tu es un peuple consacré à Hachem ton D." (Réé 14,1-2)

-> Le Ibn Ezra écrit :
"Sachant que vous êtes les enfants d’Hachem et qu’Il vous aime plus qu’un père n’aime son fils, ne vous tailladez point le corps sur tout ce qu’Il amènera sur vous, car tout ce qu’il amène sur vous est pour votre bien.
Et si vous ne Le comprenez pas, cela ressemble à des petits enfants qui ne comprennent pas les agissements de leur père et qui (malgré tout) se reposent sur lui, vous aussi reposez-vous sur Hachem.
Car tu es un peuple consacré à Hachem, et c’est vous qu’Hachem a choisi comme peuple, c’est pourquoi ayez confiance de tout votre coeur et de toute votre âme que tout est soigneusement calculé d’En-Haut pour votre bien et votre profit."

-> Tossefot (Daat Zékenim 14,1) suit le même esprit :
" "Vous êtes les enfants d’Hachem votre D." = c’est pourquoi si vos pères de chair et de sang décèdent, ne vous tailladez point le corps, car ce n’est pas pour autant que vous êtes orphelins puisque vous possédez un Père vivant et éternel, Béni-Soit-Il.
Ce n’est pas comme les idolâtres qui, lorsque décèdent leur père, ont une raison de se taillader le corps puisqu’à part lui, ils n’ont rien d’autre que du bois et des pierres qui ne peuvent les réconforter, comme l’exprime le prophète : "Ils disent au bois : tu es mon père, et à la pierre, tu nous as enfantés"."(Yirmiyahou 2,27).

-> Le rav Elimélé'h Biderman enseigne :
celui qui se souvient en permanence qu’il est un enfant de son Père Céleste ... acceptera avec amour et joie tout ce qui lui arrive et ne dira jamais : "Malheur au sort qui est le mien!" Car il sera toujours confiant dans le fait que tout ce que son Père prévoit lui sera finalement bénéfique.
Cette conviction l’aidera à se sentir toujours joyeux et satisfait de son sort, et tous les mauvais décrets qui pesaient sur lui s’annuleront et seront transformés en bien. Il assistera à un déversement de bénédictions.
En résumé, il incombe à chaque juif de placer son entière confiance en Hachem, d’accepter à chaque instant avec amour tout ce qui lui arrive, et de savoir qu’il existe une raison qui dépasse notre entendement à chaque évènement de son existence, qu’il soit bon ou mauvais.

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-> Le Machguia’h Rabbi Yérou’ham de Mir, après le décès du 'Hafets 'Haïm, lorsque tous ressentirent que les ténèbres s’étaient abattus sur le monde, est connue : "Certes, dit-il, le 'Hafets ‘Haïm nous a quitté, mais Celui qui a fait le ‘Hafets 'Haïm est encore vivant et présent!"

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+ Plus je considère Hachem comme mon Père, plus ma vie devient un gan Eden :

-> Le Gaon Yaakov (rapporté dans le Ein Yaakov) enseigne sur l’histoire que rapporte la guémara (Taanit 22a) : Rav Broka rencontra le prophète Eliyahou sur le marché de Léfèt et lui demanda : "Y a-t-il ici quelqu’un ici qui a droit au monde futur?"
Eliyahou lui désigna 2 hommes. Rav Broka alla s’enquérir auprès d’eux des bonnes actions qui leur donnaient droit à un tel mérite. Ils répondirent : "Nous sommes 2 amuseurs, et nous réjouissons les gens tristes. Et aussi, lorsque nous voyons que 2 personnes se disputent, nous nous efforçons de les réconcilier."

Le Gaon Yaakov pose sur cette guémara plusieurs questions : pourquoi Rav Broka ‘Hozaa avait-il besoin de savoir qui avait droit au monde futur? Etait-il intéressé à trouver un bon parti pour ses enfants?
Plus difficile encore à comprendre est la réponse d’Eliyahou qui lui désigna en effet des gens encore vivants. Il est pourtant dit explicitement (Job 15,15) : "Même en Ses Saints, Il n’a pas confiance" = tant que le mauvais penchant est en l’homme, peut-on savoir quelle sera sa fin? Au sujet des Patriarches, on voit que pour la même raison, Hachem n’associa pas Son Nom au leur de leur vivant (cf. midrach Tan’houma Toldot 7).

Il répond : Par sa question, Rav Broka désirait savoir s’il existait quelqu’un dans ce monde qui pouvait avoir un avant-goût du monde futur. Il voulait ainsi apprendre comment y goûter lui-même. Car aucun plaisir de ce monde n’est a priori exempt d’une quelconque peine.
Par exemple, quelqu’un qui mangerait à satiété de tous les meilleurs mets du monde finirait par se lamenter des maladies qui en découleraient, sans compter de l’absence de ses amis ou de la perte d’argent, ou encore des disputes qu’il pourrait engendrer. Tandis que le plaisir du monde futur, lui, est entier et associé à aucune peine. C’est le plaisir véritable.
[souvent on a plus de plaisir dans l'anticipation d'une chose. Tout plaisir est éphémère. A l'inverse, la conscience de savoir que Hachem nous aime bien plus qu'un papa, cela nous procure une joie, une plénitude, constante.]

Celui qui voudrait en avoir un avant-goût tout en étant encore dans ce monde le pourrait à condition d’être joyeux à chaque instant de sa vie, et d’accepter tout ce qu’Hachem lui a préparé, avec joie, sans jamais s’affliger de ce qui lui arrive, sachant que tout provient d’Hachem.
Et s’il voyait d’autres personnes être peinées ou se disputer, il s’efforcerait de faire régner la paix entre elles et tenterait de les rendre heureuses. Ce serait alors un reflet du monde futur dans lequel n’existe ni peine ni colère, où l’on éprouve une paix et un plaisir parfaits.
C’est, ajoute le Gaon Yaakov, le sens profond de la bénédiction mentionnée dans la guémara (Béra'hot 17a) : "Tu verras ton monde de ton vivant", à savoir que déjà de son vivant dans ce monde, l’homme pourra avoir une idée du plaisir éprouvé dans le monde futur dans la sérénité, la joie et l’allégresse.

Et c’est ce que Rav Broka demanda à Eliyahou : "Y a-t-il dans ce monde des gens qui peuvent appréhender quelque peu le plaisir du monde futur afin de pouvoir en concevoir l’essence?"
Et il lui montra ces 2 comédiens qui étaient toujours joyeux et qui, en outre, faisaient régner la paix entre l’homme et son prochain.

[ => il en résulte que plus nous vivons et ressentons le fait que Hachem est notre papa, qu'Il nous aime et veut notre meilleur indépendamment de ce que nous faisons, alors plus nous abordons la vie avec un sentiment de sérénité, de joie profond. Et même si notre vie est mouvementée, on est confiant car c'est papa Hachem qui est derrière cela (un décret céleste détermine la durée, l'intensité, le type, ... de douleur que nous avons).
De plus, si Hachem est notre père, alors chaque juif est un enfant unique adoré, et donc nous devons également développer notre amour et la paix entre nous. (aimer un juif c'est aimer son père [Hachem])

==> Bien que l'obscurité du monde et notre naturalité nous empêchent d'avoir devant les yeux cette réalité, lorsque nous faisons l'effort de vivre avec une telle vision, alors nous méritons de vivre une vie avec un goût de gan Eden.
Naturellement on aime bien avoir le sentiment de tout maîtriser (ex: le rav Pinkous dit que nous regardons beaucoup les infos en période de trouble pour combler cette envie), nous avons alors notre humeur qui est fluctuante au gré du temps, mais si nous faisons de notre mieux et que nous mettons tout ce qui se passe dans les mains d'Hachem, alors nous sommes zen. Certes je comprends pas tout, certes cela peut même être inquiétant/douloureux/injuste ... en apparence, mais puisque c'est papa Hachem qui est derrière toute chose pour l'ultime meilleur, alors tout va bien. [comme un bébé joyeux et tranquille dans les bras de ses parents, alors que c'est pleine tempête! ]
En ce sens, plus je considère Hachem comme mon Père, plus ma vie devient un gan Eden.]

+ La tsédaka :

"Tu lui donneras (au pauvre), sans mauvais cœur en lui donnant, car de la sorte, Hachem ton D. te bénira dans tout ce que tu feras et dans toutes tes entreprises" (Réé 15,10)

-> Le Séfer Ha'hinoukh écrit sur ce verset :
"Celui qui comprend les voies de la Torah et qui perçoit un tant soit peu sa valeur, sait pertinemment qu'un homme qui dépense son argent pour les nécessiteux verra ses biens augmenter. Parce qu'Hachem juge la personne selon ses actes et lui accorde Sa bénédiction suivant la manière dont il se rapproche d'elle (c'est-à-dire suivant la manière dont l'homme se rapproche de la bénédiction qui se trouve dans les mains d'Hachem).
Le défaut de l'avarice constitue une paroi de fer entre l'homme et la bénédiction, alors que la générosité fait partie de cette bénédiction.
Il en ressort que celui qui se comporte avec générosité prend lui-même une part dans la bénédiction d'Hachem. C'est à ce sujet que nos Sages (guémara Taanit 9a) enseignent : "donne la dîme afin que tu t'enrichisses" (se basant sur le verset : " assèr téasser - Réé 14,22)."

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-> "Or, il ne manquera pas de pauvres dans le pays, c’est pourquoi Je t’ordonne en disant : ouvre, ouvre-lui ta main, à ton frère, au pauvre, à l’indigent qui sera dans ton pays!" (Réé 15,11)

-> Le Ktav Sofer explique que l'expression "c'est pourquoi" est une forme employée par Hachem lorsqu’il s'adresse à l'homme : "Je ne laisserai jamais le pauvre disparaître de la Terre et mourir de faim (à D. ne plaise), et il trouvera constamment de quoi pourvoir à ses besoins.
Mais Je sais que toutes sortes de malheurs sont prêts à s'abattre sur toi à l'avenir, et Je désire t'en préserver, c'est pourquoi Je t'ordonne "ouvre ta main", car grâce à cela tu seras préservé de tout mal.
C'est pour cela qu'il est écrit "Tu ouvriras ta main vers lui", comme si c'était toi qui ouvrais ta main pour lui demander une faveur et non le contraire.
C'est en tant que présent que Je te l'ai envoyé afin que tu lui donnes, et que tu sois ainsi préservé de tout mal."

-> Le Zohar (1,104 a) enseigne : "Viens et vois combien Hachem est bon avec Ses créatures et à plus forte raison avec ceux qui vont dans Ses voies : même au moment où Il juge le monde, Il fait en sorte que celui qui L'aime soit acquitté en lui envoyant comme présent un pauvre qui lui fait mériter d’accomplir la mitsva de la charité et qui l'acquitte lors du jugement."

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-> "Donner la dîme tu donneras la dîme" (Réé 14,22)

Nos Sages expliquent la redondance de ce verset en disant : "Donne la dîme et tu t’enrichira (tit’acher)", le terme "téasser" (tu donneras la dîme) pouvant aussi se lire en hébreu : t(it)acher (tu t’enrichiras).
=> Mais une question peut légitimement se poser. La réalité montre que beaucoup de personnes qui donnent la tsédaka ne s’enrichissent pas. Et inversement, des gens qui ne donnent aucun sou, bénéficient d’une grande richesse!

-> Le ‘Hatam Sofer explique cela en se basant sur le verset : "C’est la bénédiction d’Hachem qui enrichit et elle n’ajoute pas de tristesse avec elle". En effet, il est dans la nature des biens matériels de ne jamais rassasier ceux qui les possèdent. Selon le dicton : « Celui qui a 100 veut 200, et celui qui a 200 veut 400".
C’est que la matérialité en elle-même ne remplit pas l’homme intérieurement. C’est pourquoi, ceux qui en bénéficient se rendent compte après coup qu’ils n’ont pas été rassasiés. Aussi, ils se remettent à la recherche d’autres profits matériels, espérant enfin trouver leur bonheur. Mais ils ne pourront pas l’atteindre, car par nature les propriétés matérielles ne remplissent pas le vide, ils ne font que l’amplifier. Ils ressentent donc constamment vide intérieur, frustrations, déceptions… La richesse est donc souvent accompagnée de tristesse. Il est bien clair que ce n’est pas cette pseudo-richesse que la Torah promet en récompense. Seule la Bénédiction Divine enrichit véritablement. Car Hachem accorde à l’homme qui mérite Sa Bénédiction, la capacité extraordinaire de pouvoir se satisfaire et se contenter de ce qu’il a.
Ainsi, seule une telle richesse mérite d’être considérée comme telle, car elle n’est pas accompagnée de tristesse. Comme le dit la Michna : "Qui est l’homme riche? C’est celui qui se réjouit de ce qu’il a".
Et c’est cette richesse que la Torah promet à ceux qui donnent la tsédaka. Ils mériteront d’être heureux et pleinement satisfaits de leurs biens. Ils seront ainsi réellement riches, sans frustrations, ni insatisfactions et se sentiront pleins et épanouis.

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-> Le midrach (Béréchit rabba 59,1) raconte que Rabbi Méir se rendit une fois dans la ville de Mamela et y constata que l’on y décédait jeune, avant même d’avoir des cheveux blancs.
Il demanda à ses habitants : "Peut-être êtes-vous de la descendance de Eli haCohen à propos duquel il est écrit : "Ton âme se désolera en voyant tout espoir de ta race s’éteindre à l’âge d’homme?" (Chmouël I 2,33)
-Rabbi, priez pour nous !, le supplièrent-ils.
- Allez prodiguer la charité, leur répondit-il, et vous mériterez la vieillesse!"

Et il leur rapporta le verset suivant à l’appui : "La couronne d’une splendide vieillesse, tu la rencontreras sur le chemin de la charité" (Michlé 16,31) : un homme mérite d’autant plus la longévité qu’il prodigue de ses propres biens à autrui.

-> Le rav Elimélé'h Biderman ajoute :
On peut apprendre de là que plus un homme s'efforcera dans ce domaine, plus il méritera la longévité.

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-> Nos Sages (Vayikra rabba 34,8) commentent à ce sujet ce que Ruth dit à Naomie à propos de Boaz (qui lui prodigua l’aumône en lui donnant à manger) : "le nom de l’homme à qui j’ai fait du bien aujourd’hui est Boaz".
Il n’est pas écrit "qui m’a fait du bien", mais "à qui j’ai fait du bien" : car le pauvre prodigue davantage au riche que celui-ci prodigue au pauvre.

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-> Le Rambam (Lois des dons aux pauvres - 10] écrit sur l’importance de la tsédaka :
"Il est un devoir d’être attentif au précepte de la tsédaka plus qu’à tous les Commandements positifs, car la tsédaka est le signe du tsadik, descendant d’Abraham ...
Le Trône d’Israël et la foi authentique ne subsistent qu’en vertu de la tsédaka… Et les juifs ne seront délivrés que par la tsédaka".

[dans la suite, le Rambam (Halakhot 7-14) va rapporter les différentes manières d'accomplir la mitsva de tsédaka du niveau le plus élevé. Il est intéressant de noter que le 8e et niveau le plus inférieur est lorsqu'on donne la tsédaka en étant triste de donner son argent aux autres. D'ailleurs, le 7e niveau est lorsque l'on donne moins que ce que l'on doit donner, mais qu'on le donne avec un visage enthousiaste. ]

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-> "Tout celui qui détourne ses yeux de la tsédaka, est considéré comme un idolâtre!"
[guémara Kétouvot 68a]

-> La guémara (Bétsa 32b) enseigne : "Les riches de Bavel iront tous au guéhinam (en enfer), car ils ne voulaient pas donner la tsédaka et se comporter avec bonté envers les autres".

-> C'est par le mérite de la tsédaka, nous accueilleront machia’h, comme l'affirme le Rambam (Lois de
Pauvres 10,1) : "Israël ne sera délivré que par tsédaka".

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-> "A Moi appartient l'argent, à moi l'or, dit Hachem" ('Hagaï 2,8), car " tout vient de Toi" (Divré haYamim I 29,14).
On peut comparer cela à un convoyeur de fonds. Nul ne pense que le conducteur est riche et que l’argent transporté lui appartient. Il est uniquement responsable de son acheminement. Nous sommes tous comparables à un convoyeur de fonds au regard de l’argent dont on dispose.
"Hachem enrichit et appauvrit" (Hachem morich oumaachir - Chmouël I 2,7).

-> La charité est vecteur d’enrichissement selon nos Sages (guémaraTaanit 9a) : Donnez le maasser afin de vous enrichir (acher bichvil chétit'acher).
Il y a une allusion à cela : en prenant les lettres précédant celles du mot “כסף = argent” on trouve “עני = un pauvre”. Le י avant le כ, le נ avant le ס et le ע avant le פ. Cela suggère que l’argent viendra justement après avoir donné au pauvre, donc que la charité enrichit.

A quoi est-ce comparable?
Au gardien d’une cassette remplie d’argent. S’il s’acquitte bien de sa tâche de surveillance, on pourra alors lui confier la garde d’un trésor bien plus conséquent. De même, si l’on donne la dîme, Hachem nous donnera alors plus d’argent (acher bichvil chétit'acher).
[Hachem a d’infinies possibilités de faire parvenir de l’argent à un pauvre . Il fait d’une personne le dépositaire d’un argent qu’elle devra donner au pauvre.]

-> De même, le 'Hida (Pné David), au nom du Alchikh haKadoch, rapporte que celui à qui Hachem a accordé une grande richesse doit savoir qu'il n'en est que le "tuteur".

-> Le midrach (Vayikra rabba 34,8) révèle que le pauvre fait plus pour celui qui lui donne que ce dernier ne fait pour lui.
Nous pouvons le comprendre d’après l’affirmation de nos Sages (Beitsa 16a) selon laquelle la subsistance d’une personne est fixée à Roch Hachana.18 Dès lors, mieux vaut par exemple gagner des mérites et donner 50 euros à un pauvre, que de les perdre d’une façon ou d’une autre car la dépense de ces 50 euros avait été décidée à Roch hachana.
La charité permet d’engranger tous les bénéfices d’une mitsva éternelle ("la tsédaka sauve -notamment- de la mort" [Michlé 10,2;11,4], ...).
En résumé, le décret de perte d’argent peut être rempli via la mitsva de tsédaka. C’est là très certainement préférable à une perte sèche, sans aucun bénéfice.
[rabbi Yéhochoua Alt]

-> Aucun mal ne résulte de la charité qui ne génère jamais l’appauvrissement ni aucune conséquence nuisible (Yoré Déa 247:2).

-> De même qu’on implore Hachem d’écouter nos suppliques, nous devons nous tourner vers les exhortations des indigents (Yoré Déa 247:3).