« Moché envoya des émissaires depuis Kadéch auprès du roi d’Edom : « Ainsi a dit ton frère Israël Tu connais toutes les tribulations qui nous ont accablés. » (‘Houkat 20,14)

=> Comment le roi d’Edom pouvait-il savoir (« tu connais ») que le peuple d’Israël a rencontré de grandes difficultés ?

En fait, nos Sages rapportent que les frères Yaakov et Essav, ont une relation semblable à des vases communicants. Quand l’un s’élève, l’autre tombe.
Ainsi, quand Israël a éprouvé des souffrances sur leur chemin, il est sûr qu’à ce moment Edom (descendant de Essav) connaissait une période de grandes réussites.

De la sorte, Moché dit au roi d’Edom que du fait qu’il a pu constater une grande élévation pour son peuple, il peut en déduire et savoir par cela qu’Israël a alors rencontré des moments difficiles.

[le ‘Hatam Sofer]

« Mais si Hachem créé un prodige et si le sol ouvre et les engloutit avec tout ce qui est à eux » (Kora’h 16,30)

-> Rachi citant la guémara (Sanhedrin 110a) rapporte les paroles de Moché : « S’il a été créé, lors des 6 jours de la création, une ouverture de la terre, c’est bien. Sinon, que « Hachem la crée » maintenant. »

-> « 10 choses furent créés la veille du Shabbat [de la Création] au crépuscule. Ce sont : l’ouverture de la terre [qui engloutit Kora’h] … » (Pirké Avot 5,6)

=> Le ‘Hatam Sofer demande : Comment se peut-il que Moché avait un doute sur le fait que l’ouverture de la terre a été créée la veille du 1er Shabbath, alors que cela l’est clairement écrit?

Dans ce même Pirké Avot, il est écrit : « certains mentionnent également : le tombeau de Moché notre Maître »

Le tombeau de Moché, qui nous est inconnu, est une des choses créées la veille du 1er Shabbath.
Ainsi, selon le ‘Hatam Sofer, Hachem a fait oublier ces 10 choses à Moché pour qu’il n’entende rien sur sa propre mort.

« Toute l’assemblée s’approcha et se tint devant Hachem » (Chémini 9,5)

-> Le Ari zal avait l’habitude de dire qu’avant d’accepter sur nous la souveraineté de Hachem, on doit tout d’abord accepter sur nous la mitsva : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ».

On trouve une allusion à cela dans le verset : d’abord « Toute l’assemblée » unifiée, et c’est seulement ensuite qu’elle « s’approcha et se tint devant Hachem ».

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-> Dans cette nécessité d’aimer son prochain comme soi-même, le Ari zal a institué un court passage à lire avant même de commencer notre prière du matin.
On y trouve : « Je prends sur moi de recevoir la mitsva positive d’aimer mon prochain comme moi-même, et je vais aimer tout un chacun (du peuple) d’Israël (comme moi-même) …, et je prends sur moi de venir prier devant le Maître de tout, Hachem. »
[aréni mékabel alaï mitsva assé shél véaavta léréa’ha kamo’ha …]

=> On voit le même schéma : l’amour de mon prochain est la condition préalable à pouvoir venir me rapprocher de Hachem (ici par la prière).

« Hachem parla à Moché dans le désert du Sinaï » (Bamidbar 1,1)

-> Le midrach rabba cite les paroles de nos Sages :
« Avec 3 choses la Torah a été donnée : avec le feu, avec l’eau et avec le désert … et pourquoi cela?
De même que ces 3 choses sont gratuites, libres pour tout le monde, de même les mots de la Torah sont libres pour tous. »

-> Le Maguid de Doubno fait remarquer que le feu, l’eau et le désert, sont 3 qualités nécessaires pour toute personne souhaitant grandir en Torah :
– le feu = nous devons être enflammés dans notre service divin ;
– l’eau = nous devons être assoiffés de mots de Torah, comme nous pourrions l’être [de l’eau] en plein désert ;
– le désert : nous devons savoir se satisfaire de peu et se libérer du matérialisme, comme le désert (lieu vide et à l’écart de tout).
Chacun en fonction des besoins qui lui sont véritablement nécessaires : « Telle est la voie qui mène à la Torah : de pain et de sel tu te nourriras, de l’eau avec mesure tu boiras, sur le sol tu dormiras, une existence de peine tu vivras, et dans [l’étude de] la Torah tu te dépenseras. » (Pirké Avot 6,4)

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-> Rabbi Méïr Shapiro dit que Hachem nous a donné Sa Torah à la condition que nous continuons à accomplir Ses mitsvot même si cela nécessite des sacrifices personnels.

En ce sens :
– le feu : c’est une allusion au sacrifice d’Avraham, qui a été prêt à se jeter dans la fournaise ardente ;
– l’eau : c’est une référence à l’acte exceptionnel de Na’hchon ben Aminadav, qui a été le 1er à oser se jeter dans la mer Rouge avant qu’elle ne s’ouvre ;
– le désert : c’est une allusion aux sacrifices de nos ancêtres, qui avec un foi parfaite en Hachem sont restés 40 ans dans le désert.

« Les fils de Kora’h ne moururent pas » (Pin’has 26,11)

-> Selon Rachi : « Il faisaient partie du complot à son début, mais au moment de la révolte ils se sont repentis. C’est pourquoi une place élevée leur a été attribuée au guéhinam où ils ont pu rester. »

=> Puisqu’ils ont fait téchouva : Pourquoi n’ont-ils pas totalement été sauvés? Et si leurs « pensées de téchouva » n’étaient pas suffisantes pourquoi ne sont-ils pas morts?

-> La guémara (Yoma 87a) enseigne que celui qui a entraîné plusieurs autres personnes à fauter n’aura pas la possibilité de faire téchouva, afin qu’il ne puisse pas être au paradis (gan Eden), alors que ceux qu’ils a poussé à fauter se trouvent en enfer (guéhinam).

Au départ, les fils de Kora’h étaient totalement impliqués dans la dispute, et influençaient les autres à les rejoindre.
En raison du fait qu’ils ont poussé les autres à la faute, ils ne pouvaient pas faire une téchouva complète.
Puisque à cause d’eux, des personnes étaient en enfer, ils ne pouvaient pas éviter d’y être également.
Cependant, leur désir de faire téchouva a permis qu’ils soient à une haute place du guéhinam.
[le Ktav Sofer]

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-> Le verset dit qu’ils ne sont pas morts, mais il ne dit pas qu’ils ont vécu.
Cela implique qu’ils étaient entre les 2, car ils n’ont pas fait une téchouva totale.
[le Gour Aryé]

-> Il y a 3 lieux en hauteur dans le Guéhinam : un pour chacun des fils de Kora’h, afin qu’ils ne ressentent pas la chaleur de l’enfer.
Ils ont cependant été séparés du restant du peuple juif.
[le Barténoura]

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-> Le midrach (Yalkout Chimoni 5752) rapporte :
« Lorsque les fils de Kora’h étaient assis et ont vu Moché, ils se sont dit : « Si nous nous levons pour Moché, nous montrerons de l’irrespect envers notre père, et la Torah dit que nous devons honorer notre père.
Mais comment pouvons-nous ne pas nous lever, puisque selon la Torah nous devons nous lever devant un érudit en Torah.
Il vaut mieux pour nous de nous lever pour Moché, malgré l’affront à notre père. »

A ce moment, des pensées de téchouva sont entrées dans leur cœur. »

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-> Lorsque les fils de Kora’h ont vu d’un côté le trou énorme en dessous d’eux, et d’un autre côté les feux de l’enfer, ils ont été incapables d’ouvrir leur bouche pour réciter le vidouï (la confession de leurs fautes).
Cependant, des pensées de téchouva sont entrées dans leur cœur, et ont été acceptées par Hachem.
[midrach Cho’her Tov]

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-> « Peut être que les fils de Kora’h ont été au Guéhinam pendant une certaine durée, et qu’ils ont ensuite été autorisés à en sortir.
Ils sont allés en terre d’Israël, et sont devenus des Névi’im (prophètes). »
[Divré David – Rabbi David de Chortkov]

« Kora’h, fils de Yichtar, fils de Kéhat, fils de Lévi, prit [parti] avec Datan et Avrim » (Kora’h 16,1)

-> Kora’h prit = Reich Lakich enseigne : « Il a pris une mauvaise affaire pour lui-même ».
[guémara Sanhédrin 110a]

=> Comment comprendre que Kora’h qui était quelqu’un d’extrêmement riche et intelligent, a pu en arriver à faire une mauvaise affaire?

-> Selon le ‘Hovot haLévavot (Chaar haKnia – chap.7), les mitsvot accomplies par une personne qui dit du lachon ara sont portées au crédit de sa victime, et les péchés de sa victime lui sont attribués.
Puisque cette personne avait pour objectif de se donner de l’importance en rabaissant sa victime, alors sa punition est infligée mesure pour mesure : le niveau spirituel de sa victime est rehaussé par les mérites du médisant, et le niveau spirituel du médisant est abaissé par les méfaits de sa victime.

-> « Il est permis de dire du lachon ara à propos d’un baal ma’hlokét (une personne qui amène des disputes) »
[Dérékh Erets Zouta]

=> Il en découle que normalement toute personne peut bénéficier du lachon ara dit sur elle afin de se débarrasser de toutes ses fautes (tout en obtenant les mitsvot de l’autre!).
Cependant, Kora’h « a pris une mauvaise affaire pour lui-même » = puisqu’en choisissant le chemin de la controverse, il a décidé de devenir un baal ma’hlokét, et par là il s’empêche toute possibilité de pouvoir retirer ses fautes.
[puisque lorsqu’on dira du lachon ara sur lui, cela sera considéré comme permis!]

[déjà qu’il est difficile de ne jamais dire de lachon ara, alors évitons en plus d’être un causeur de disputes, car sinon cela risque de nous coûter vraiment très cher.
En effet car dans ce cas, durant toute notre vie, on ne fera que prendre les fautes des autres, et donner nos mérites, sans occasion que ne se produise l’inverse!]

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-> Rachi (16,7) enseigne : Comment Kora’h, qui était pourtant un homme intelligent, a-t-il pu commettre pareille absurdité?

Et de répondre : C’est son œil qui l’a trompé. Il a vu [par prophétie] qu’une illustre descendance serait issue de lui : Chmouël, qui était l’égal de Moché et Aharon.
Il s’est dit : « Par le mérite [de Chmouël] je serai sauvé … »

-> Le Béer Yossef (rav Yossef Salant) rapporte les propos d’un des grands maîtres de Jérusalem :
Pourquoi le mérite des descendants de Kora’h n’est-il pas intervenu effectivement en sa faveur, pour lui épargner tous ces tourments?

En réalité, Kora’h a eu droit à cette prestigieuse lignée précisément « grâce » à la faute qu’il a commise.
En effet, bien que son initiative de s’opposer à Moché et de mettre en doute l’authenticité de ses prophéties fût extrêmement grave, ces mêmes faits entraînèrent pourtant une conséquence hautement bénéfique : après que la terre eut englouti Kora’h, le pouvoir prophétique de Moché s’en est trouvé confirmé et renforcé aux yeux du peuple juif.

Or, Hachem ne prive jamais personne d’une récompense qui lui revient. C’est pourquoi Kora’h, du fait des conséquences suscitées par sa démarche, a mérité que Chmouël soit issu de lui.

=> Certes, Kora’h a tiré indirectement avantage de sa rébellion, puisqu’une prestigieuse descendance est née de lui, mais cela n’en reste pas moins une : « mauvaise affaire pour lui-même », parce qu’elle lui a causé des maux indicibles : il subit le châtiment de l’Enfer (guéhinam) pour l’éternité (cf.guémara Baba Batra 74b).

[b’h, voir également : https://todahm.com/2017/03/10/5513 ]

+ « Une terre qui dévore ses habitants » (Chéla’h lé’ha 13,32 – ארץ אוכלת יושביה היא)

« Ses habitants » = « yochvéa » (יושביה), qui littéralement peut signifier : « ceux qui y sont assis » (du verbe lachévét – לשבת).
En effet, la terre d’Israël dévore ceux qui uniquement : « y sont assis ».
Un juif ne doit pas se relâcher et s’asseoir en se reposant sur ses lauriers, mais il doit toujours s’efforcer de s’améliorer et de monter davantage sur l’échelle de la sainteté.

[Rabbi Its’hak de Vorka]