« Toute l’assemblée s’approcha et se tint devant Hachem » (Chémini 9,5)

-> Le Ari zal avait l’habitude de dire qu’avant d’accepter sur nous la souveraineté de Hachem, on doit tout d’abord accepter sur nous la mitsva : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ».

On trouve une allusion à cela dans le verset : d’abord « Toute l’assemblée » unifiée, et c’est seulement ensuite qu’elle « s’approcha et se tint devant Hachem ».

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-> Dans cette nécessité d’aimer son prochain comme soi-même, le Ari zal a institué un court passage à lire avant même de commencer notre prière du matin.
On y trouve : « Je prends sur moi de recevoir la mitsva positive d’aimer mon prochain comme moi-même, et je vais aimer tout un chacun (du peuple) d’Israël (comme moi-même) …, et je prends sur moi de venir prier devant le Maître de tout, Hachem. »
[aréni mékabel alaï mitsva assé shél véaavta léréa’ha kamo’ha …]

=> On voit le même schéma : l’amour de mon prochain est la condition préalable à pouvoir venir me rapprocher de Hachem (ici par la prière).

« Parlez aux enfants d’Israël, en disant : Voici les bêtes que vous pouvez mangez parmi tous les animaux de la terre. » (Chémini 11,2)

-> A partir des mots : « voici les bêtes » (zot a’haya), nous apprenons que Hachem a pris chacune des espèces animales et qu’Il a montré à Moché ce qui est permis et ce qui est interdit à la consommation.

=> Pourquoi était-il nécessaire de les montrer, plutôt qu’une simple énonciation du nom des animaux cashers?

Nos Sages enseignent qu’Adam n’avait pas le droit de manger de la viande. Ce n’est qu’à l’époque de Noa’h, après le déluge, qu’elle est devenue permise à l’homme.
Pourquoi cela?

Hachem souhaite que l’homme libére les étincelles de sainteté qui sont emprisonnées dans la viande d’un animal.
Adam avait la capacité de libérer ces étincelles uniquement en nommant les animaux, et c’est pourquoi il n’avait pas besoin de les manger.
Cependant, après sa faute, le niveau spirituel d’Adam a chuté, entraînant qu’il n’avait plus la possibilité de libérer les étincelles contenues dans la matière.

Noa’h qui était un « ich tsadik », ne pouvait libérer les étincelles uniquement en mangeant les animaux. C’est pourquoi Hachem a alors rendu permise la viande pour Noa’h, ainsi que pour toutes les générations suivantes.

Si Hachem avait énoncé à Moché les noms des animaux, cela aurait certainement effectué la réparation totale de ces animaux, en libérant toutes les étincelles de sainteté qui étaient contenues en eux.
Par conséquent, puisqu’il n’y aurait alors plus d’étincelles chez les animaux, leur consommation en aurait été de nouveau interdite.

=> Pour éviter cela, D. a montré à Moché les animaux, au lieu de les énumérer.

[Ben Ich ‘Haï – Ben Yéhoyada – guémara ‘Houlin 42a]

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« Vous ne souillerez pas vos âmes par toute créature grouillante (chéréts -שֶּׁרֶץ ) qui rampe sur la terre » (Chémini 11,44)

-> Eliyahou haNavi a demandé à Rav Néhoraï pourquoi Hachem a-t-Il créé les créatures grouillantes (les « chératsim »)?

Rav Néhoraï lui expliqua qu’elles ont été créées comme défense pour le peuple juif.
En effet, lorsque quelqu’un faute, Hachem dit : « De même que les « chératsim » n’ont pas d’utilité et cependant Je subviens à leurs besoins, alors il est certain que Je me dois de soutenir une personne qui a un but/utilité. »

Cependant, si les juifs mangent les « chératsim », alors les « chératsim » ont un but (servir de nourriture!).
Il en découle que les juifs perdent alors le raisonnement (kal va’homer) des « chératsim » qui permet de les sauver lorsqu’ils fautent.
=> C’est la raison pour laquelle manger des « chératsim » est si préjudiciable pour un juif.

[Ben Ich ‘Haï – Ben Yéhoyada – guémara Baba Métsia 61b]

« Ceux-là vous écarterez parmi les oiseaux » (Chémini 11,13)

-> La Torah prend la peine d’énumérer tous les oiseaux interdits, car ils sont moins nombreux que les oiseaux permis, les autres étant interdits.
En revanche, en ce qui concerne les animaux, c’est l’inverse, les espèces interdites sont plus nombreuses.

En effet, les animaux proviennent de la terre, qui est ce qui a de plus matériel. De ce fait, elle produit surtout des espèces interdites.
En revanche les oiseaux émanent surtout de l’air (c’est pourquoi ils peuvent voler), qui est plus raffiné et plus pur que la terre, et c’est pourquoi, la majorité des oiseaux est autorisée.

[Kli Yakar]

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« Mais celui-ci vous ne pourrez pas » (Chémini 11,4)

-> Lorsque la Torah mentionne les animaux non cacher, elle commence par indiquer le signe qu’ils possèdent au lieu de dire simplement qu’ils ne sont pas casher à cause du signe qu’ils ne possèdent pas.
Cela suggère que la présence d’un seul signe de casherout (ruminant ou sabot fendu) est pire, car elle symbolise l’hypocrisie de certaines personnes qui tentent de faire connaître leurs rares bonnes actions ou les qualités qu’elles possèdent, au lieu de s’appliquer à se débarrasser de leurs défauts.
[Kli Yakar]

[ainsi, les mitsvot sont pour eux comme des déguisements à leur service, agissant comme des faire-valoir dans leur entourage!]

Le rabbi Nathan Scherman dit que de telles personnes agissent comme le porc qui a l’habitude de s’allonger sur le sol, pattes en avant, comme s’il voulait montrer ses sabots fendus et tromper les gens en faisant croire qu’il est casher.

[ils sont totalement dépendants du regard des autres (regardez mes beaux sabots!), oubliant que ce que désire Hachem, c’est leur cœur!]

-> Le Yashresh Yaakov fait remarquer que pour exister un bon mensonge doit forcément reposer sur de la vérité, et c’est là tout le problème avec ces animaux ne possédant qu’un seul des 2 signes. En effet, ils ont une base pour faire un beau mensonge/illusion, ce qui n’est pas le cas des animaux n’ayant aucun des signes (il n’y a alors pas à discuter!).
Par exemple, le gamal (chameau), peut être traduit par : « gomel » (celui qui accorde des bontés), alors qu’en réalité il n’en est rien.
De même le chafane (שָּׁפָן), possède les mêmes lettres que : « néfech » (l’âme), ce qui laisse penser qu’il fait preuve de gentillesse envers les âmes opprimées, mais cela n’est que de façade.
=> Ces animaux sont non seulement non-cashers par nature, mais également trompeur.

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« Le chameau, car il rumine mais son sabot n’est pas fendu … le chafane, car il
rumine mais son sabot n’est pas fendu … la arnévét car elle rumine mais son sabot n’est pas fendu … le porc car son sabot est fendu et son sabot est complètement séparé, mais il ne rumine pas sa nourriture » (Chémini 11,4-7)

-> Rabbi ‘Haïm Yossef Kofman fait remarquer que la Torah expose d’abord la qualité (il rumine, sabot fendu), et seulement ensuite le défaut.
C’est une importante leçon d’éducation pour une critique constructive : il faut d’abord exprimer beaucoup de positifs, et seulement ensuite faire une petite remarque (c’est dommage, tu frôles l’excellence, il faudrait juste que tu perfectionnes cette petite chose!).
Sinon le risque est qu’autrui pour se protéger de son imperfection découverte, va se braquer et refuser de la prendre en compte, voir vouloir faire le contraire (c’est moi qui est raison! je fais ce que je veux!).

-> Le rav Israël Salanter fait remarquer que dans le texte les mots décrivant le « défaut » : « son sabot n’est pas fendu », sont écrits :
– pour le chameau au présent (oufarssa énénou mafriss) ;
– pour le chafane au futur (oufarssa lo yafriss) ;
– pour la arnévét au passé (oufarssa lo yafriss).
=> Nous devons juger autrui favorablement car nous ne connaissons pas toute l’histoire.

Rabbi Guttman dit que le Nom Divin (Tétragramme) représente la miséricorde et il renvoie à : « qui est (aya), qui a été (ové), qui sera (yiyé) », puisque Seul Hachem n’est pas limité par la notion de temps, et grâce à cela Il est infiniment miséricordieux.
Nous devons essayer de suivre le comportement de D., en se disant que puisque nous ne possédons pas tous les éléments, alors nous avons certainement une mauvaise vision de l’intégralité des choses.
Le fait de juger positivement autrui est la base de la miséricorde et de la bonté, que nous devons nous témoigner l’un l’autre.

-> On a pu voir précédemment que ce verset fait allusion aux hypocrites : ceux qui s’efforcent de dissimuler leur véritable nature, et affichant une pseudo honnêteté pour tromper leur entourage.
D’ailleurs, le midrach (Vayikra rabba 13,5) commente :
– le chameau = symbolise l’empire de Babylone « parce qu’il rumine », car il éleva Daniel à la dignité ;
– le chafane = symbolise l’empire perse « parce qu’il rumine », car il éleva Modé’haï à la dignité ;
– la arnévét = symbolise l’empire grec « parce qu’il rumine », car il honore les tsadikim : lorsque Alexandre le Grand vit apparaître Chimon haTsadik, il se leva devant lui ;
– le porc =symbolise l’empire romain « parce qu’il ne rumine pas », car il n’honore pas les tsadikim, mais au contraire il les assassine. »

=> Durant leur règne respectif, chacun de ces empires s’efforça de paraître bienveillant à l’égard des juifs, alors qu’en leur for intérieur, ils ne songeaient qu’à les détruire.
Ils élevaient et exposaient des tsadikim à la dignité, qu’afin de servir leur propre intérêt.
==> La société environnante peut nous séduire par des choses qui paraissent bénéfiques/cashères (1 signe sur 2) mais sans l’accord de nos Sages, et nous devons encore plus être vigilants car cela est pire que des concepts clairement non cashers.
[on est dans un exil où le juif n’est pas détruit physiquement, mais spirituellement, en le faisant se comporter sur certains points comme les non-juifs!]

-> Le rav Yoël Schwatz fait remarquer :
– les descendants d’Essav, c’est-à-dire le monde chrétien et les tenants de la culture occidentale sont représentés par le porc.
Cet animal doté d’un sabot fendu, symbolise le progrès et l’évolution de la société. De fait, cette civilisation fait bien peu cas du passé, qu’elle relègue systématiquement au second plan (il faut vivre avec son temps!).
Ainsi, les jeunes, qui sont détenteurs du progrès, méprisent leurs aînés, incarnation d’un temps révolu et dépassé.

– à l’opposé, les descendants d’Ichmaël, c’est-à-dire la culture arabe, se glorifient essentiellement de leur passé.
[Le Yalkout Réouvéni dit que les enfants d’Ichmaël on le symbole du chameau (à l’image du chameau qui traîne sa bosse de souvenir avec lui tout le temps!)]
Les anciens ressassent sans cesse les exploits de leurs ancêtres et l’âge d’or de leur civilisation, comme au temps de Saladin.
Cette tendance est incarnée par la nature ruminante du chameau : cette culture reconnaît l’importance du passé, mais elle nie tout espoir futur, car le « pied corné » leur fait défaut.

– face à ces 2 civilisations se dresse le peuple juif, symbolisé par la brebis (« Israël est une brebis pourchassée » – Yirmiyahou 50), qui est à la fois « ruminant » = fidèle aux valeurs véhiculées par le passée ; et également le « sabot fendu » = ses yeux étant continuellement tournées vers l’avenir.
Pour les juifs, tous les événements de l’histoire sont comme d’innombrables maillons, reliant la Création du monde à la venue du machia’h.

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Nous allons voir ci-dessous, b’h, une vision ‘hassidique sur ces 2 signes de casherout :
-> Le pied d’un animal est le membre le plus près de la terre. Mais lorsqu’il possède un sabot se crée alors entre lui et la terre une séparation (le mot hébreu : parsa, qui signifie « sabot, a pour racine un mot qui signifie : « séparer »).
La terre symbolise ici le monde matériel, tandis que le sabot symbolise la distance qu’un juif doit installer entre lui et ses préoccupations matérielles.
Une adhésion véritable au judaïsme n’est possible qu’en réduisant un attachement excessif à la matérialité.

-> La Torah nous enseigne qu’un juif doit « ruminer » les idées qui l’entourent pour pouvoir (selon les critères de la Torah) déterminer ce qui est du domaine de la sainteté de ce qui ne l’est pas. A l’image du ruminant qui pour bien assimiler sa nourriture la régurgite plusieurs fois pour qu’elle puisse être dirigée facilement par la suite.
[il faut faire attention à l’effet de masse/mouton, l’influence extérieur (besoin d’être comme les autres), …]

[extrait d’un divré Torah du rav Gérard Touaty]

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« Hachem parla à Moché et à Aharon pour leur dire » (Chémini 11,1)

En général, la Torah dit : « Hachem parla à Moché (et à Aharon) pour dire (lémor) ».
Pourquoi ici écrit-elle : « pour leur dire (lémor aléhém) » ?

-> Ce verset introduit le passage des animaux cashers. Or, nos Sages disent sur Moché, que comme il sera amené à parler avec Hachem, il ne devait pas, même nourrisson, consommer du lait d’une égyptienne.
De même, comme tous les juifs seront amenés, dans les temps futurs, à parler avec Hachem, il convient déjà dans ce monde de se purifier et de ne pas introduire des aliments non cashers dans leur bouche.

Cela est en allusion dans ce verset :
– « Hachem parla à Moché et à Aharon » = en vue de leur transmettre les lois de casherout de sorte à ce que les juifs préservent leur bouche ;
– « pour leur dire » = pour pouvoir leur parler dans les temps futurs.

[Kedouchat Levi]

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-> « Si vous vous rendez impurs sur terre [en mangeant des aliments interdits], Je (Hachem) vous traiterai, Moi aussi, comme impurs dans le monde à venir et dans le séjour dans l’au-delà. »

[Rachi (Chémini 11,43) – citant la guémara Yoma 39a]

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« Vous vous sanctifierez et vous serez saints, car Je suis saint ; et vous ne souillerez pas vos âmes par toute créature … car Je suis saint » (Chémini 11,44)

-> Si vous faites un effort sincère pour vous sanctifier, D. vous aidera en vous protégeant contre le risque toujours présent de consommer involontairement des aliments interdits.
[Ohr ha’Haïm haKadoch]

-> D., qui est Saint, désire que Son peuple accède à la sainteté et à l’éternité, en apprenant à connaître le Créateur et en suivant Ses voies, ce qui n’est possible que s’ils s’abstiennent de tout aliment interdit.
[Sforno]

-> « Hachem, l’essence de la pureté et de sainteté, est tellement repoussé par les aliments non-cashers, qu’Il prend distance avec ceux qui en consomment. » [Mizra’hi al aTorah]

-> « Bien que dans ce monde l’impact négatif [de manger des aliments non-cashers] apparaît minimal, du Ciel il est considérable. »
[le Maharal – sur Yoma 39a]

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-> « La Torah interdit certains aliments, car même si la médecine ne reconnaît aucun mal latent en eux, ne te questionne pas à leur sujet, car le « Médecin Fidéle » (Hachem) qui nous en a averti est de loin plus Sage que toi et qu’eux (les docteurs).
Combien idiot et insensé est celui qui pense qu’il n’y a aucun mal ou but, dans ce qu’il ne comprend pas. »

[Séfer ha’Hinoukh – mitsva 73]

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-> « Qui vous ai fait monter du pays d’Egypte » (Chémini 11,45)

Selon Rachi, le choix du terme : « aalé » (monter, litt. élever), indique que les lois de la casherout ont été données pour élever le niveau du peuple d’Israël, l’évitant de devenir impur par le biais d’aliments.

Le rabbi Nathan Scherman commente que la consommation d’aliments interdits réduit l’aptitude d’une personne à s’élever et à se sanctifier, elle souille l’âme sans qu’il soit possible de s’en rendre compte et dresse une barrière qui l’empêche de percevoir D.

D’ailleurs, le Rama (Yoré Déa 81,7) écrit que l’on doit également empêcher les enfants de consommer des aliments interdits pour éviter que leur potentiel spirituel en soit affecté [et ce alors qu’ils n’ont pas encore l’obligation d’accomplir les mitsvot!]

-> b’h, également à ce sujet : https://todahm.com/2015/02/16/la-cacherout

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-> La guémara (Béra’hot 29a) rapporte que Yo’hanan Cohen Gadol, après avoir été Cohen Gadol durant 80 années, a ensuite quitté la religion juive en devenant Sadducéen.

Le Arizal affirme que Yo’hanan a mangé des aliments qu’il n’aurait pas dû, et c’est cela qui entraîna sa chute spirituelle.

=> On apprend de là que le fait de manger non-casher cause des dommages tels, que l’on chute dans les profondeurs de l’impureté.
D’ailleurs si les juifs n’avaient pas été vigilants avec cette mitsva pendant leur esclavage en Egypte, ils auraient atteint le 50e et dernier niveau d’impureté, et n’auraient pas mérité d’être délivrés.

[le Béré’h Moché]

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+ Est-ce que si une personne se doit obligatoirement de manger de la nourriture non cachère pour des raisons de santé, cela lui cause quand même une impureté spirituelle?

-> Rav ‘Haïm Soloveitchik (cité dans Torat ‘Haïm) explique que ce n’est pas la nourriture qui entraîne un dommage spirituel, mais plutôt son interdit de la manger.
Ainsi, selon son fils, rav Yits’hak Zev Soloveitchik, une personne qui doit manger de la nourriture non cashère afin de sauver sa vie, ne sera pas négativement impactée.

-> Le ‘Hatam Sofer (Chout ‘Hatam Sofer, Ora’h ‘Haïm 1,83) et le Messé’h Hokhma (Dévarim 6,11) ne sont pas d’accord, et sont d’avis que toute nourriture non cashère a en elle des qualités spirituelles négatives qui vont automatiquement entraîner des dommages après consommation.

-> Le rav ‘Haïm Kanievsky (Or’hot Yochère 13) enseigne que s’il n’y a absolument aucun autre moyen de sauver une vie que de consommer du non-cashère, alors une personne qui en consommera sera négativement impactée, mais le mérite de la mitsva de sauver une vie va protéger cette personne de tout préjudice spirituel.

« Moché dit à Aharon : Approche de l’Autel et accomplis le service de ton offrande de faute et de ton offrande d’élévation et obtiens la réparation pour toi-même et pour le peuple » (Chémini 9,7)

-> Aharon voyait l’Autel comme un taureau, et il craignait de l’approcher.
[Torat Cohanim]

-> Comme Aharon était un homme entièrement voué à D., et qu’il n’avait sur la conscience aucune autre faute que d’avoir contribué à l’édification du Veau d’or, cet acte le hantait à tout instant, comme il est dit : « Ma faute est constamment sous mon regard » (Téhilim 51,5).
C’est pourquoi l’image d’un veau, décidé à repousser ses sacrifices, lui apparaissait à la place de l’Autel (mizbéa’h).
C’est pourquoi Moché lui dit : « Reprends confiance en toi et ne sois pas si humble, car Hachem a déjà agréé tes actions. »
[Ramban]

-> Selon Rachi : Aharon était rempli de honte et craignait de s’approcher de l’Autel [en raison de son rôle dans l’affaire du Veau d’or]
Moché l’a encouragé en disant : « Pourquoi as-tu honte? C’est pour cela [pour occuper la fonction de Cohen Gadol] que tu as été choisi! »

-> Le Déguél Ma’hané Efraïm commente : « C’est précisément parce que tu possèdes une telle humilité que tu as été choisi ; D. hait les orgueilleux ».

-> Le Ari zal enseigne également : Non seulement c’est parce que Aharon a été choisi qu’il ne doit pas avoir honte (comme le sens simple), mais c’est aussi parce qu’il a honte qu’il a été choisi.
En effet, Hachem affectionne les personnes modestes et humbles, et c’est eux qu’Il choisit pour diriger Son Peuple.

=> Selon la vision juive, plus une personne va rechercher de la grandeur, plus elle va s’en éloigner.
De plus, elle va perdre toute proximité avec Hachem, avec tout le flux de bénédictions que cela implique.
[celui qui veut être au-dessus des autres, sera en réalité en-dessous car il n’a pas D. comme associé dans sa vie!]

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+ « Obtiens la réparation pour toi-même et pour le peuple » (v.9,7)

-> Puisque le peuple devra également apporter des sacrifices pour son expiation, en quoi ceux de Aharon viendraient aussi « pour le peuple »?

Nos Sages (guémara Baba Métsia 107b) enseignent que celui qui veut purifier et améliorer les autres doit d’abord être pur lui-même.
Ainsi, avant que Aharon n’apporte les sacrifices du peuple pour leur expiation, il doit tout d’abord se purifier lui-même par ses propres offrandes.

=> La Torah dit que Aharon devra apporter ses sacrifices non seulement pour son expiation personnelle, mais aussi comme préalable pour se purifier dans le but d’apporter ensuite les offrandes des juifs pour leurs expiations.

[Agra déKala ; Ibn Ezra]

=> Avant de faire des remarques à autrui, il faut d’abord s’interroger si l’on a fait ces mêmes remarques à nous-même, et quel est notre exemplarité actuelle à ce sujet.

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-> Le Nétsiv (v.9,7) se basant sur le Yalkout, enseigne que Aharon a agit 100% léchem chamayim, et qu’il était ainsi totalement irréprochable concernant la faute du Veau d’or.
Il a apporté un sacrifice sur le fait qu’au regard de son attitude extérieure, certaines personnes pouvaient s’interroger et suspecter qu’il s’était impliqué dans la création du Veau d’or (seul Hachem ayant conscience de la pureté de ses pensées/intentions).
Puisque cela est assimilable à une faute, Aharon besoin d’expiation par un korban.

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« Moché dit à Aharon : C’est cela dont avait parlé Hachem, en disant : ‘Je serai sanctifié par ceux qui Me sont les plus proches et Je serai glorifié devant tout le peuple’, et Aharon se tut » (Chémini 10,3)

-> Le feu qui les a consumés était un décret Divin ; c’était le message silencieux de la volonté Divine. [Ramban]

-> Selon Rachi, Moché a dit à Aharon : « Je savais que le Michkan serait sanctifié par quelqu’un sur qui la gloire de D. repose, et je pensais qu’il s’agirait de toi ou de moi. Je vois à présent qu’ils étaient plus grands que toi et moi. »

-> Rabbi ‘Haïm Palagi (Kaf ha’Haïm) rapporte que Moché a perdu le droit d’être Cohen au bénéfice de son frère Aharon, lorsqu’au buisson ardent il a refusé à plusieurs reprises d’être celui qui allait libérer le peuple juif.
Ainsi, Moché dit à Aharon : « Ne refuse pas ou n’aie pas honte de faire le Service Divin, car c’est pour cela que tu as été choisi, et si tu refuses alors tu perdras une opportunité en or, comme j’ai pu le faire! »

-> Aharon pleurait à haute voix, mais en entendant les paroles consolatrices de Moché, il s’est arrêté (Ramban), réconforté de savoir que ses enfants avaient sanctifié le Nom de D. (Sforno).
Selon la guémara (Zéva’him 115b) : « lorsqu’Aharon s’est rendu compte à quel point ses fils étaient proches de D., il se tut ».

-> Le ‘Hatam Sofer explique que si Aharon a tout d’abord pleuré, mais ce n’était nullement en protestation contre Hachem, mais plutôt car il pensait être responsable de leur mort par son implication dans la faute du Veau d’or.
Moché l’a alors réconforté en lui disant que leur mort était un moyen de sanctifier le Michkan, et qu’elle avait amené un énorme kidouch Hachem.
Dès qu’il a su que leur mort n’avait pas été entraînée par ses fautes, mais en l’honneur du Ciel, alors il est resté silencieux.

De plus, Aharon voulait remercier Hachem de lui avoir donné de tels enfants, mais par humilité de ne pas avoir le niveau de remercier D. dans la tragédie, et par peur d’en venir à émettre une protestation, il est resté silencieux.
[le ‘Hatam Sofer]

-> « il se tut = vayidom (וַיִּדֹּם). Le ‘Hafets ‘Haïm dit que ce mot est similaire à : « domèm » (objet inanimé – דומם), en allusion à Aharon qui était de marbre en ayant accepté la nouvelle de la mort de ses 2 enfants.

[Aharon a accepté la décision de Hachem avec amour et joie.
En effet, tout de suite après en récompense de son attitude, D. s’est adressé directement et personnellement à lui. Or selon la guémara (Shabbath 30b), la Présence Divine ne repose uniquement sur celui qui est joyeux.]

-> Le Ménorat haMaor enseigne qu’en récompense de la grande humilité démontrée par Aharon (telle est la volonté de D., et j’accepte avec amour de ne pas comprendre), il a mérité (ainsi que ses descendants) de pouvoir bénir tout le peuple juif par la bénédictions des Cohanim (birkat Cohanim), qui contient 60 lettres, comme la guématria du mot : « il se tut » (vayidom – וַיִּדֹּם).

-> Les tsadikim ont l’habitude d’accepter que Hachem les traite avec rigueur … Moché a dit à Aharon : « Aharon, mon frère, tes enfants sont morts uniquement en l’honneur de Son saint Nom ». …
Aharon resta silencieux et il a été récompensé pour son silence. D’ici, il est dit : « Quiconque accepte [son décret] et se tait, cela augure de bonnes choses pour lui ».
[midrach Yalkout Chimoni]

-> Lorsqu’un juif manifeste sa foi en D., D. le récompense par toutes sortes de bénédictions.
[Rabbi Aharon Kotler – Chémini 9,5]
[nos moments difficiles sont des occasions en or pour prouver la valeur réelle de notre émouna. C’est le thermomètre de notre foi, de notre attachement à D.!]

-> Par exemple, Rachi rapporte qu’en récompense de son silence devant le décret Divin, Aharon a eu le privilège de recevoir seul et directement de D. l’enseignement interdisant aux Cohanim d’accomplir le service et de rendre une décision halakhique en étant ivre.

[Rabbi Bounem de Pschischa enseigne que D. veut que Ses serviteurs trouvent leur joie dans la Torah et l’accomplissement de Ses commandements, et non grâce à des stimulants extérieurs comme l’alcool.
Si un Cohen accomplit le service du Temple sans aucune joie, c’est qu’il est déficient.]

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-> La guémara (Nidda 31b) dit que nous attendons 8 jours pour faire une brit mila qu’afin que les invités ne se réjouissent pas, alors que les parents sont tristes.
Pourquoi seraient-ils tristes?

C’est parce que la femme est impure (tamé) durant les 7 premiers jours suivant la naissance, et que le mari et la femme ne peuvent ainsi pas avoir de contact physique.
Lorsque le 8e jour arrive tout le monde peut être pleinement joyeux.
[Précision: à cette époque la femme était interdite durant seulement 7 jours après l’accouchement d’un garçon].

=> Aharon aurait pu tenir cette plainte, alors que le peuple juif était en train de célébrer une fête historique : l’inauguration du Michkan.
En effet, si Hachem souhaite que tout le monde soit heureux à une brit mila, alors ne doit-il pas en être de même pour cette énorme joie? Est-ce que les enfants de Aharon n’auraient-ils pas pu mourir ultérieurement?
Cependant, Aharon est restait silencieux, et il n’a nullement remis en question Hachem.
[le Gaon de Vilna]

« Pourquoi n’avez-vous pas mangé l’offrande de faute à l’endroit saint » (Chémini 10,17)

-> Même si ce verset vient juste après que Moché : « s’irrita contre El’azar et Itamar » (v.16), malgré tout il leur formula cette réprimande avec un amour total.

Cela est en allusion dans les initiales de ce verset. En effet, dans la Torah ce verset s’écrit : « מדוע לא אכלתם את החטאת במקום הקודש » (mdaoua lo a’haltém ét a’hatat bimkom akodéch), dont les initiales forment les mots : « מלא אהבה » (malé aava), c’est-à-dire « rempli d’amour ».

Car quand une remontrance sort de la bouche de Moché, elle est remplie d’amour et ne vise qu’à apporter du bien à autrui.

[Rabbi Israël Its’hak d’Alexander]

« Aharon éleva ses mains vers le peuple et les bénit » (Chémini 9,22)

-> Bien qu’il soit écrit dans la Torah : « yadav » (ses mains – יָדָו), on doit le lire : « yado » (sa main).
Pourquoi cela?

C’est peut être l’origine de l’habitude des Cohanim de joindre leurs mains en une seule au moment de bénir.
[Tossafot Bra’ha]

-> Cela nous enseigne que la bénédiction ne vient sur les juifs que lorsqu’il y a de l’unité parmi eux.
[Rabbi Yonathan Eibshutz – Néfech Yonathan]

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-> Après avoir achevé son premier service sacrificiel, Aharon a béni le peuple dans la joie et récité pour la 1ere fois la bénédiction des Cohanim (birkat Cohanim).

Aharon, dont la nature ainsi que celle de ses descendants, se caractérise par une profonde générosité et un grand amour du prochain, éprouvait un désir ardent de bénir le peuple.
Pour le récompenser, D. a accordé aux Cohanim la mitsva et le privilège de transmettre au peuple la birkat Cohanim.
[Sfat Emet]

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-> Le Zohar (Nasso 147b) enseigne qu’au moment où les Cohanim lèvent les mains pour bénir le peuple juif, la Présence Divine repose sur leurs doigts et Hachem accorde leurs bénédictions.
Le Zohar dit que cela génère un moment de compassion Divine pendant lequel : « on peut prier pour que nos problèmes soient soulagés, et la sévèrité du jugement changée en clémence. »

-> « [La birkat Cohanim] est le plus grand moment de « ét ratson » (moment très propice pour que nos prières soient agrées) que nous possédions en ce monde. C’est le moment où les portes du Ciel sont ouvertes que demander de plus? »
[rav Pinkous – Néfech Chimchon sur Téhilim (p.135)]

« Les fils de Aharon, Nadav et Avihou … apportèrent devant Hachem un feu étranger (ésh zara) qu’Il ne leur avait pas ordonné [d’apporter]. » (Chémini 10,1)

Nous pouvons citer quelques explications de ce qui a pu entraîner leur mort :

-> 1°/ Nadav est Avihou sont morts car ils ont offert une offrande de Kétoret (l’encens) sans en avoir reçu l’ordre, comme il est écrit dans le verset : « [Hachem] ne leur avait pas ordonné [d’apporter] » (v.10,1).

[cf. le ‘Hidouché haRim ci-dessous]

-> 2°/ La guémara (Sanhedrin 52a) rapporte qu’un jour Moché et Aharon marchaient ensemble, et Nadav et Avihou marchaient juste derrière eux.
Nadav dit à Avihou : « Quand est-ce que ces 2 vieillards vont mourir et toi et moi allons diriger la génération? »

-> 3°/ La Sifra explique que Nadav et Avihou sont entrés dans le Saint des Saints, le lieu ayant le plus de sainteté du Michkan.
En ce lieu, uniquement leur père Aharon le Cohen Gadol, pouvait y entrer, et encore que durant un moment limité le jour de Kippour.
Il est à noter qu’au moment où ils sont entrés, leur père n’avait pas encore reçu cette permission d’y entrer.

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-> 4°/ Le midarch (Vayikra rabba 12,1) rapporte que leur faute a été de rentrer dans le Sanctuaire en ayant consommés du vin.

[Rabbi Guttman dit que par cette attitude (vu leur niveau élevé), ils transmettaient à tous la fausse idée qu’une véritable joie peut venir de l’extérieur, et non uniquement de notre pratique des mitsvot.
Si un juif désire le plus grand bonheur, il ne doit pas aller rechercher des moyens étrangers (ex: alcool), mais plutôt dans les mitsvot et la Torah qui nous permettent de nous rapprocher de Hachem, de faire ce qu’il y a de mieux de notre vie. C’est cela la plus grande des joies!
Nous affirmons dans notre prière que par amour Hachem a multiplié la Torah et les mitsvot (irba lahem Torah oumitsvot). En effet, ce n’est pas une charge, mais autant d’occasions de nous générer de la joie et des mérites! (je fais la volonté de D., alors que les autres nations investissent leur temps dans du vide!)]

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-> 5°/ La guémara (Erouvin 63a et Yoma 53a) enseigne qu’ils ont pris des décisions dans la halakha devant leur enseignant (Moché), et c’est pour cela qu’ils ont été tués.

La guémara (Erouvin 63a) rapporte que Rabbi Eliézer avait un élève, qui enseigna un jour une loi en sa présence.
Rabbi Eliézer dit alors à Ima Shalom, sa femme : « Je serais très étonné que cet élève vive jusqu’à la fin de l’année. »
Et de fait, il mourut dans l’année.
Ima Shalom lui dit alors : « Es-tu donc prophète? »
Il lui répondit : « Je ne suis ni prophète ni fils de prophète. Mais on m’a transmis le principe suivant : Quiconque enseigne une loi en présence de son maître est passible de mort« .
=> On peut imaginer qu’un maître pardonnera toujours avec joie l’attitude effrontée de son élève (surtout s’il risque de mourir!). Comment alors comprendre que la conséquence est si extrême?

Le rav ‘Haïm Chmoulévitch explique qu’à partir du moment où l’on manque d’apprécier et d’avoir recourt à nos anciens/Sages, alors l’existence même du peuple juif est en péril. [nos anciens sont nos ailes qui nous permettent d’avancer! Sans eux, le peuple juif se meurt!]
C’est pour cela qu’un rav ne peut pas pardonner à son élève d’établir une loi en sa présence, car il n’a pas fauté uniquement envers son maître, mais également il retire à toute la nation juive le pouvoir d’être guidé.

-> « Rabbi Akiva dit : Le peuple juif est comparé à un oiseau, de même que l’oiseau ne peut voler sans ses ailes, ainsi le peuple juif ne peut rien faire sans Ses Anciens » [midrach Vayikra rabba 11,8]

[De même, nous devons respecter nos parents et notre rav, car plus on les respecte, plus les paroles de Torah qu’ils vont nous transmettre auront de la valeur à nos yeux. C’est la base de la pérennité du peuple juif, chaque maillon transmettant le flambeau au suivant grâce à ce respect. [ce que j’ai reçu a une valeur énorme/vitale, je me dois donc de le transmettre!]
Le rabbi Kaminetsky disait que si nos parents sont pour nous des hommes descendants des singes, alors ils nous sont détestables car ils sont plus proches que nous d’une génération, de ces singes. [nous sommes alors plus évolués, humains qu’eux!]
Par contre, s’ils sont des juifs, nous devons les respecter car nos parents sont plus proches du don de la Torah d’une génération par rapport à nous. A nos yeux, ils sont alors magnifiques, et nous devons profiter de cet avantage de proximité qu’ils ont d’avoir rencontrés en face à face Hachem au mont Sinaï! (de plus, chaque génération est plus basse que la précédente, nos parents/rabbanim sont donc une occasion d’échanger avec des plus grands!).
Par ailleurs, étant plus âgés, ils ont un nombre de mitsvot tellement plus élevé que nous, et c’est également admirable.
=> Ainsi, les respecter, c’est respecter la Torah qui est en eux, et c’est la base pour permettre sa transmission future! A l’inverse, toute diminution de ce respect participe, dans une certaine mesure, à la mort du judaïsme.]

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-> 6°/ Il est écrit : « Nadav et Avihou moururent … et ils n’avaient pas eu d’enfants » (Bamidbar 3,4)
La guémara (Yébamot 64a) enseigne que s’ils avaient eu des enfants, ils ne seraient pas morts.

A ce sujet, selon le midrach (Vayikra rabba 20,9-10), ils ne se sont pas mariés car ils pensaient que personne ne pouvait être assez bien pour eux.

-> « Nadav et Avihou moururent … et ils n’eurent pas d’enfants » (Bamidbar 3,4)
Le ‘Hatam Sofer de commenter :
L’homme vit dans ce monde pour s’approcher d’Hachem, et après cette mission, il peut remonter vers Lui. Nadav et Avihou ont atteint leur objectif en s’approchant énormément d’Hachem, au point que leur mission était achevée, et qu’ils en moururent.
Cependant, quelqu’un qui a des enfants, même s’il a fini sa mission dans ce monde, Hachem peut le laisser encore vivre, pour qu’il s’occupe encore d’eux, matériellement comme spirituellement.

=>Ainsi, certes Nadav et Avihou moururent, une fois leur mission achevée. Mais, ils ne bénéficièrent pas d’un supplément, car « ils n’eurent pas d’enfants », et n’avaient donc pas de raison de rester encore sur terre, une fois leur perfectionnement personnel atteint.

[même si un décret de mort plane sur nous, par le mérite de nos enfants on peut nous accorder de nombreuses années de vie supplémentaires!]

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-> 7°/ Le midrach (Vayikra rabba 20,10) rapporte qu’ils ont regardé la présence divine durant Sa révélation au mont Sinaï, d’une façon qui était trop familière et inappropriée.

Il est écrit : « Contre les nobles des enfants d’Israël … ils contemplèrent D. et ils mangèrent et burent » (Michpatim 24,11).
Le midrach Tan’houma (Béaaloté’ha 16) explique les termes « les nobles des enfants d’Israël » comme faisant référence à Nadav et Avihou, qui ont mangé et bu pendant qu’ils regardaient la présence divine.

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8°/ « Ils apportèrent devant Hachem un feu étranger » (v.10,1)
Nadav et Avihou apportèrent du feu en offrande. En effet, le feu symbolise la rigueur, et ces 2 tsadikim étaient tellement grands qu’ils pensèrent pouvoir se dispenser de toute Bonté Divine. Et que même si on les jugeait avec la plus stricte rigueur, ils allaient être méritants, tellement ils étaient persuadés de n’avoir aucune faute ni aucune faille.

D’ailleurs, en réalité, ils avaient raison. Ils étaient tellement irréprochables qu’ils pouvaient sortir méritants même si on les jugeait avec la plus stricte sévérité.
Cependant, leur faute était que malgré tout, ils ne devaient pas avoir autant confiance en eux. Même s’il est totalement méritant, un homme doit néanmoins se considérer comme étant quelque peu manquant et ayant besoin de la Bonté Divine pour subsister.
=> Cette si grande confiance en soi qu’ils avaient contenait une fine part d’orgueil, et cela était leur faute.
[Rabbi Eliyahou Dessler – Mikhtav méEliyahou)

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-> Selon la guémara (Sanhedrin 52a), ils sont morts par un feu provenant du Saint des Saints, qui est rentré en eux par leur nez, et qui a brûlé leur âme.
De façon étonnante, leur corps est resté intact.

-> La Torah parle de : « un feu étranger » (ésh zara)
Le feu représente l’enthousiasme qu’ils avaient pour être au plus proche de D., cependant ce feu était « étranger » car il entraînait des actions contraires à la volonté de D.

Il faut faire attention à ce que de bonnes attentions n’entraînent pas des actes regrettables : la fin ne justifie pas les moyens.

[Ils avaient beaucoup d’amour de D., et pas assez de crainte.]

Puisque c’est uniquement leur âme bien-intentionnée (avec un enthousiasme mal placé) qui devait être punie, alors c’est seulement elle qui a été brûlée, laissant le corps (non fautif) intact.

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+ « Un homme qui prendra sa sœur … et il verra sa nudité et elle verra sa nudité, c’est une honte (en hébreu: ‘hessed ou) et ils seront retranchés … » (Kédochim 20,17)

-> D’après le Radak, le terme ‘hessed a 2 sens : « bonté » et « honte ».

Les 2 sont liés, car la honte liée à l’immoralité est la conséquence d’une trop grande bonté.
Celui qui se soucie trop de donner du plaisir et n’arrive pas à discipliner sa personne ou son entourage, risque de sombrer dans l’immoralité.

=> A leur niveau extrêmement élevé, on peut imaginer que Nadav et Avihou avaient un tel désir de se lier à Hachem, qu’ils ont été aveuglés par cette recherche au point d’en venir à fauter.

[la frontière est fine entre le zèle et l’enthousiasme souhaitables dans notre relation avec D., et une attitude avec trop de proximité, de familiarité et pas assez de crainte]

=> Il faut faire attention que sous couvert d’actes plein de bons sentiments, de bonté, nous n’en arrivons à agir de façon déplacée.

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-> « Adorez Hachem avec crainte, et réjouissez-vous [en D.] avec tremblement » (Téhilim 2,1 – ivdou ét Hachem béyir’a, véguilou bir’ada)
Il y a 2 façons de se rapprocher de Hachem : par la crainte (yira) et par l’amour (aava).
Le Zohar enseigne qu’il faut tout d’abord servir Hachem avec crainte, et ensuite avec amour.
Le fait de servir Hachem comme il le faut avec crainte, est ce qui va permettre à une personne de pouvoir le servir avec amour.
[la crainte doit être la base, ce qui va canaliser dans la bonne direction le développement d’un amour débordant/infini pour D.]

Le Torat Cohanim (Chémini) dit que Nadav et Avihou ont : « ajouté de l’amour à de l’amour ».
Ils sont morts car ils ne se sont pas rapprochés de D. de la bonne façon : plutôt que d’utiliser la crainte pour parvenir à l’amour, ils ont voulu y arriver en n’utilisant que de l’amour.
[le Béer Moché]

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+ « [Nadav et Avihou] apportèrent devant Hachem un feu étranger qu’Il ne leur avait pas ordonné [d’apporter] » (Chémini 10,1)

-> Lorsqu’un tsadik accomplie une mitsva, il le fait avec une telle ardeur et un tel enthousiasme, qu’il investit toute son énergie et toute sa vitalité dans cette mitsva.
C’est ainsi que suite à la mitsva, il ne lui reste plus de force au point que naturellement, il devrait mourir. Seulement, Hachem a mis dans chaque mitsva un potentiel de vie, comme il est dit concernant les mitsvot : « Il vivra par elles » (‘haï bahem), et ne mourront donc pas à cause d’elles.
Un tsadik se donne tellement pour une mitsva qu’il doit normalement en mourir, mais cette mitsva possède le pouvoir de recharger de vie, ce qui le maintient en vivant.

Nadav et Avihou eux-aussi (au regard de leur très haut niveau spirituel), quand ils ont offert ce feu, il l’ont fait avec toutes leurs forces et toute leur vitalité, comme si c’était une mitsva. Seulement, la Torah atteste « que Hachem ne leur avait pas ordonné [d’apporter] », entraînant que cela n’était pas une mitsva de D., qui a ce potentiel de vitalité.
=> Ainsi, après avoir fait leur acte de dévotion avec toute leur âme, ils ne disposaient pas de la recharge de vitalité liée à la mitsva, et c’est ainsi qu’ils en moururent, purement et simplement.
[‘Hidouché haRim]