"Lorsqu’un homme n’aura personne pour le racheter, et qu’il trouve de quoi se racheter" (Béhar 25,26)

-> Le 'Hatam Sofer commente :
"Cela signifie que celui qui s’imagine réellement qu’aucun homme ne peut le racheter et qui s’en remet entièrement à Hachem peut être certain qu’il trouvera finalement la délivrance".

-> Le rav Elimélé'h Biderman explique :
Sachons que c’est précisément le fait de se sentir dépendant d'Hachem et de penser que ‘sans Ton aide aucune délivrance n’est possible’ qui apporte la bénédiction.
Lorsqu’un homme ressent réellement que personne n’est en mesure de l’aider, Hachem le délivre de toutes ses épreuves.

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[Il est écrit : "Donnez de la force à Hachem" (ténou oz lélokim - Téhilim 68,35) = d'une certaine façon, plus nous donnons de la force, de l'importance à Hachem à nos yeux (au point que rien d'autre peut nous aider/sauver que Lui), alors plus nous donnons de la force à Hachem, qui pourra ainsi nous sortir de toute difficulté et nous combler de bénédictions. ]

"Et qu'un homme n'offense pas son prochain, et tu craindras ton D. car Je suis Hachem ton D." (Béhar 25,17)

A partir de ce verset, la guémara (Baba Métsia 58b-59a) nous enseigne :

-> "Et qu'un homme n'offense pas son prochain" = "il s'agit ici de l'offense causée par la parole" ;

-> Rabbi Yo'hanan (au nom de Rabbi Chimon Bar Yo'haï) dit : "L'offense causée à autrui par la parole est plus grave qu'un dommage occasionné dans ses biens". En effet, il est écrit à son sujet [dans le même verset] : "Tu craindras ton D." ;

-> Rabbi El'azar enseigne : "Pour toutes (les fautes), Hachem se fait payer par l'intermédiaire d'un émissaire, à l'exception de l'offense". La Chita Mékoubetset nous explique cette guémara : "Car parfois l'ange (chargé d'appliquer la sentence) se trouve au loin, comme il est enseigné (guémara Béra'hot 4b) : 'Mikhaël en une (enjambée), Gavriel en deux, Eliyahou en quatre', et il ne peut pas voler en une seule fois. En revanche, en ce qui concerne l'offense [à autrui], Hachem se fait payer Lui-même, et le châtiment se hâte d'arriver".

-> Rav 'Hisda enseigne : "toutes les portes (de la prière sont fermées) sauf celles de l'offense", celui qui est blessé et humilié, au point de crier sa souffrance vers le Ciel, voit sa plainte atteindre le trône Céleste.
Selon Rachi : "Celui qui crie parce qu’il a été offensée, la porte ne se ferme pas devant lui"
Rabbénou Bé'hayé explique que du fait que la personne offensée éprouve beaucoup de peine et de désespoir, cette détresse le pousse à se soumettre au Créateur, et sa prière, qui jaillit d’un cœur chagriné, est prononcée avec ferveur et exaucée.

-> Rav Abbaou dit : il existe 3 choses devant lesquelles le rideau (la séparation entre Hachem et l'armée céleste - Rachi) n'est pas fermé : l’offense, le vol et l'idolâtrie.
Rachi explique : "(le rideau de séparation avec Hachem n'est pas fermé) pour faire disparaître les preuves (de leur bien-fondé) devant D., mais Hachem les voit constamment pour se faire payer".

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-> "Ne vous lésez point l’un l’autre" (Béhar 25,17)
Rachi commente : "Ici, on interdit le préjudice par des paroles : qu’il ne blesse pas son prochain".

-> Rabbi Eliézer de Metz (Séfer Yiréïm - 51) écrit : "Tel qu'il existe l'offense par la parole, il existe aussi l'offense par une mauvaise conduite, lorsqu'il montre à autrui un mauvais visage".

-> "Tu ne monteras pas sur mon autel avec des marches afin de ne pas dévoiler ta nudité" (Yitro 20,23)
Rachi commente : "(si tu montes avec des marches) il s'avère que tu te conduits avec dédain ; et un raisonnement a fortiori s'impose : si envers ces pierres, qui n'ont aucune intelligence pour ressentir l'affront qui leur est fait, la Torah a ordonné, parce qu’elles ont une utilité, de ne pas se conduire avec dédain, à plus forte raison
envers ton prochain qui est à l'image de ton Créateur, et qui ressent l'affront".

-> Le Séfer ha'Hinoukh (mitsva 348) écrit :
"Combien nos Sages nous ont-ils mis en garde et incités à ne causer, sous aucun prétexte, de la peine aux créatures, ni à les humilier ... Et il est juste également, de veiller à ne pas insinuer un quelconque dédain (même par des gestes) envers elles.
Car la Torah est très sévère en ce qui concerne l'offense, du fait que celle-ci leur cause beaucoup de peine. Et nombre d'entre elles en seront plus blessées qu'à cause de l'argent, comme ils ont enseigné (guémara Baba Métsia 58b) : "L'offense due à la parole est plus grave que celle due à l'argent, car il est écrit à son sujet : "Tu craindras Hachem ton D."."

A propos de la bénédiction octroyée à ceux qui respectent les lois de la Chemita, la Torah affirme : "La terre donnera ses fruits, dont vous vous nourrirez abondamment, et vous y résiderez en toute quiétude. Mais si vous dites : Que mangerons-nous la septième année, puisque nous ne pouvons ni semer, ni rentrer nos récoltes? Je vous octroierai Ma Bénédiction dans la sixième année, tellement qu’elle produira la récolte de trois années" (Béhar 25,19-21)

=> Pourquoi la bénédiction divine est-elle liée au questionnement des Bné Israël: ‘Que mangerons-nous’?

On peut citer les explications suivantes :
1°/ Le premier verset ("La terre donnera ses fruits, dont vous vous nourrirez abondamment, et vous y résiderez en toute quiétude") promet que quelle que soit la quantité de nourriture disponible, celle-ci suffira grâce à la Bénédiction divine.
Cependant, si votre foi n’est pas assez forte pour vous satisfaire de cette promesse et que vous vous demandez comment une seule récolte pourra suffire si longtemps, Hachem promet d’assurer une bénédiction telle, que vous serez tranquillisés en voyant l’abondance de la récolte. [Sforno]

En revanche, le ‘Hazon Ich [Cheviit 18,4] enseigne : La Torah ne garantit pas que chacun jouira d’une grande prospérité d’une nourriture abondante malgré les restrictions de la Chemita. Elle promet seulement à Israël que, contrairement à la nature apparente des choses, le repos de la terre ne provoquera pas forcément un manque de nourriture ; il y aura une bénédiction générale pour ceux qui observent ces Lois. Cependant, comme c’est toujours le cas, les fautes de certains peuvent annuler la bénédiction et des particuliers souffriront peut-être à cause des actes de leurs prochains.

2°/ Puisqu’ils demandent "Que mangerons-nous?", il sera nécessaire de leur accorder la bénédiction.
Mais s’ils avaient une foi parfaite, et n’avaient pas posé de questions, la bénédiction aurait déjà été présente. [Noam Eliméle'h]

3°/ Que signifie la question : "Que mangerons-nous"? Celui qui donne la vie ne donne-t-il pas la subsistance. Etant donné que toutes les générations ne méritent pas que D. leur fasse des miracles, elles veulent savoir comment leur subsistance leur viendra de façon naturelle. La réponse est que la bénédiction reposera sur la récolte de la 6e année, phénomène qui ressemblera à un "évènement naturel".
Mais l’homme doit savoir qu’en réalité, il n’y a pas de différence entre la nature et le miracle. La nature est le miracle le plus grand et le plus extraordinaire qui soit. Si l’on comprend les choses ainsi, la question "Que mangerons-nous?", n’a pas de raison d’être. Pendant toute l’année, avoir de quoi manger est un miracle.
Pourquoi demander comment et de quelle façon ce miracle se produit? Si les Enfants d’Israël posent cette question, cela signifie qu’ils voient une différence entre la nature et le miracle. Il faudra donc que "Ma Bénédiction" se manifeste sous une apparence naturelle. [Sfat Emet]

A ce sujet, on peut citer un enseignement du rav Elimélé'h Biderman :
Si l’homme est véritablement convaincu que c’est Hachem qui conduit le monde et s’il comprend que rien ne se fait tout seul, il saura aussi qu’il n’y a aucune différence entre la nature et le miracle mais que tout est le fruit de la Parole Divine. Il comprendra alors que même après qu’il laboure et ensemence (les autres années), il est encore nécessaire que Hachem fasse germer la récolte et les fruits de la terre et il se gardera de se glorifier en disant : "Voilà l’oeuvre de mes mains!" [certes on doit faire une hichtadlout nécessaire, mais sans un décret d'Hachem rien n'est possible]
C’est ainsi que le ‘Hatam Sofer explique que la génération du désert à la sortie d’Egypte avait été habituée de tout temps à ce que la récolte et la subsistance poussent du sol. Dès lors, lorsqu’ils virent qu’Hachem accomplissait le verset "Voici que Je vais vous faire descendre le pain du Ciel", ils n’en crurent pas leurs yeux. Avait-on déjà entendu pareille chose? La nourriture qui tombe du Ciel pour tout le peuple d’Israël!
Ce transport de la manne attisa en eux la conscience que le Créateur existe. En revanche, leurs enfants, qui naquirent sur le chemin de la sortie d’Egypte, ne s’étonnèrent nullement de ce phénomène car ils y avaient été habitués depuis leur naissance. A quel moment furent-ils saisis de surprise?
Lorsqu’ils entrèrent en terre d'Israël et qu’ils virent de leurs propres yeux que l’on enfonçait des graines de semence dans le sol et que, des profondeurs de la terre, apparaissait soudain une pousse, qui fleurissait, bourgeonnait et finissait par donner naissance à un fruit. Quel grand miracle!
Mais en réalité, la tombée de la manne ne constitue pas un prodige plus extraordinaire que ce qui pousse de la terre et ce qui pousse de la terre n’est pas plus prodigieux que la tombée de la manne (mais seulement l’étonnement de l’homme est fonction de l’habitude). Le travail de chacun consiste à percevoir le miracle d’Hachem dans chaque détail de son existence et la multitude de Ses bienfaits.
Par ailleurs, en réfléchissant aux événements inhabituels qui surviennent parfois, il prendra conscience que la Royauté Divine s’étend sur le monde entier et qu’Hachem peut modifier à Sa guise les lois naturelles.
Il se rendra ainsi à l’évidence que ‘la nature’ elle aussi est gérée selon une providence prodigieuse jusque dans
ses moindres détails ...
Seule la force de l’habitude empêche l’homme de s’émerveiller lorsqu’il voit le même phénomène chaque jour.
C’est pourquoi le véritable croyant devra s’efforcer en permanence de réfléchir et de voir dans chaque chose les merveilles de la Providence Divine.
[d'une certaine façon la Chemita (tous les 7 ans), fonctionne comme le Shabbath (tous les 7 jours), où l'on arrête tout et où l'on doit prendre du recul sur notre train-train quotidien, et y mettre plus fortement le "je place Hachem en face de moi en permanence" (chiviti Hachem lénegdi tamid).]

4°/ Rabbi Leib ‘Harif disait dans le même sens, quelque peu différemment : Si un juif se décharge de son fardeau sur D., s’il éprouve une confiance parfaite en Lui, sans poser de question, il n’a nul besoin d’une bénédiction d’abondance. Il n’est pas nécessaire que son champ de blé produise une récolte abondante, ce qui lui demandera un gros travail de moissonnage, battage et mouture. Il se suffira de peu, alors "que vous mangerez à satiété" = c'est-à-dire : il mangera peu et ce peu lui suffira.
Lorsque les Bné Israël demandent "Que mangerons-nous?", cela montre qu’ils ne sont pas animés d’une foi très intense. Il leur faut donc que "J’accorderai Ma Bénédiction" soit tangible: que le blé soit abondant dans le champ et que le travail soit abondant lui aussi.
Cependant, lorsqu’ils le mangeront, la bénédiction ne sera pas présente et, de ce fait, ils n’éprouveront pas une sensation de satiété.

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-> "Et si vous dites : Que mangerons-nous la 7e année" (Béhar 25,20)

-> La Torah rapporte que si l'homme s'interroge sur ce qu'il mangera lors de l'année de la Chemita, où tout travail agricole lui est interdit, alors Hachem lui répond : "J'ordonnerai Ma Bénédiction la 6e année et la terre produira alors assez de récolte pour les 3 années suivantes ».
Apparemment, Hachem vient ici rassurer ceux qui doutent sur Sa capacité de les nourrir suite à la Chemita et Il promet de leur envoyer Sa Bénédiction. Seulement, Hachem bénira bien-sûr aussi, et même encore plus, ceux qui ont confiance en Lui et ne se posent pas de question.
=> Pourquoi donc relier cette bénédiction à une interrogation qui semble exprimer un certain doute?

-> En fait, pour le 'Hatam Sofer, cette question n'exprime pas un manque de confiance. Bien-sûr qu'Hachem peut nourrir chacun même sans passer par le travail de la terre. Dans Sa Toute-Puissance, Il peut réaliser un miracle et les nourrir en envoyant même de la Manne ou autre. Seulement, nos Sages disent que l'essentiel de la joie qu'un homme éprouve de ses biens provient de l'effort qu'il a investi pour les obtenir. Un bien obtenu sans effort ne procure pas autant de profit que ceux qu'on a peiné pour acquérir.
De ce fait, même s'il sait avec certitude qu'Hachem peut le nourrir même miraculeusement, l'homme pourrait encore se demander : "Que mangerons-nous la 7e année?". Dans la vision de la Torah, ''manger'' ce n'est pas seulement consommer, mais c'est profiter pleinement de ce que l'on consomme. Et si Hachem réalise un miracle et que l'on vit la 7e année en consommant une nourriture miraculeuse, que l'on n'aura pas obtenue par notre effort, on n'en profitera pas pleinement.
C'est exactement cela le sens de la question : "Et si vous dites : Que mangerons-nous la septième année, mais voici que nous ne sèmerons pas et nous n'engrangerons pas notre récolte". Même si Hachem nous entretient miraculeusement, mais que mangerons-nous, c'est-à-dire qu'en profiterons-nous vraiment? Si on n'a pas semé et investi des efforts pour obtenir cette subsistance et que nous n'engrangerons pas notre récolte, obtenue par nos efforts, quel profit en tirerons-nous?
Et Hachem de répondre qu'Il bénira les fruits de la 6ème année, qui auront eux été obtenus par son effort et ils suffiront pour les 3 années suivantes, de sorte que même pendant la Chemita, on profitera de ses efforts.
Hachem souhaite nous donner un bien parfait, qui nous procurera un profit total. C'est aussi pour cela qu'Il nous a donné toutes les mitsvot a accomplir, pour mériter leurs récompenses et recevoir Ses Bénédictions par nos efforts et non gratuitement. C'est seulement ainsi, que nous pouvons profiter pleinement de Ses Bienfaits.

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b'h, d'autres commentaires sur ce verset :
-> http://todahm.com/2020/03/11/13346-2

-> http://todahm.com/2021/05/23/31747
-> http://todahm.com/2020/05/23/13504-2
-> http://todahm.com/2015/06/23/3325-2

Si ton frère s'appauvrit et qu'il est vendu à un idolâtre (Béhar 25,47)

-> Le terme Eker (עקר) qu'emploie le verset et que l'on a traduit par "idolâtre", signifie plus précisément "l'idolâtrie". C'est que l'esclave d'un idolâtre, devient en même temps esclave de son idolâtrie, car il sera contraint de réaliser des tâches qui serviront à cette idolâtrie. Les commentateurs expliquent que l'idolâtrie est exprimée par le terme "Eker" (עקר) qui signifie littéralement "déraciné", car l'idolâtrie est amenée à être déracinée du monde et à disparaître définitivement.
=> Mais pourquoi définir l'idolâtrie par un terme qui évoque sa disparition finale dans le futur et non par un terme qui la définit en elle-même, le temps de son existence?

-> Le Rabbi de Loubavitch explique qu'en fait, toute la raison pour laquelle Hachem a créé l'idolâtrie, et plus généralement le mal dans son ensemble, c'est pour le déraciner du monde. Hachem a créé le mal pour donner à l'homme la mission de nettoyer le monde et le purifier de cette impureté et ainsi recevoir la récompense de ce travail.
Le mal n'a aucun but en soi, aucune raison d'être intrinsèque. Il n'existe et n'a été créé que pour disparaître, pour que l'homme s'évertue par ses efforts à le déraciner, apportant par là au monde sa réparation.
Ainsi, l'homme ne doit pas chercher à vivre et s'adapter avec le mal en lui donnant une place dans sa vie. Car toute sa place ne se résume que par son annulation, il n'a aucune autre raison d'être. Ce n'est que quand l'homme s'efforce de l'écarter de sa vie et de le supprimer, sans compromis, qu'il l'élève et le répare, car il lui permet ainsi d'atteindre son objectif et la raison pour laquelle il a été créé, qui est justement le fait d'être déraciné.
On comprend donc pourquoi l'idolâtrie est appelé "Eker", car c'est bien là toute son identité.

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"Car les Bné Israël sont pour Moi des serviteurs" (Béhar 25,55)

-> Ce verset conclue le thème de l'esclave Hébreu. La Torah reproche à un juif de s'être vendu en esclave, même s'il se vend à un juif, "car les Bné Israël sont Mes serviteurs", et comme l'expliquent nos Sages
"et ils ne sont pas les serviteurs de Mes serviteurs", c'est-à-dire d'un autre homme.
Il en ressort qu'un juif qui devient serviteur d'un autre homme, ne peut plus être considéré comme serviteur d'Hachem, mais il n'est que serviteur du serviteur. Pourtant, l'esclave Hébreu est soumis à l'accomplissement des 613 Mitsvot, il peut parallèlement à sa servitude être un très bon juif, accomplissant toutes les lois de la Thora dans les moindres détails.
=> Pourquoi ne peut-il pas être un parfait serviteur d'Hachem, malgré sa servitude?

-> On apprend de là, constate le Saba de Kelem, que pour être un serviteur d'Hachem, il ne suffit pas d'accomplir toute la Thora dans sa totalité. Un serviteur, c'est celui qui n'est assujetti qu'à la volonté de son maître, rien ne compte et n'a d'existence pour lui, si ce n'est la volonté de son Maître, exclusivement.
Or, l'esclave Hébreu, même s'il accomplit toute la Torah et se conforme à la Volonté d'Hachem dans tous les détails, mais il doit parallèlement à cela, se soumettre également à la volonté de l'homme dont il est esclave. Sa volonté également compte et a de l'importance pour lui, il se doit de la remplir.
Certes, il peut être un très bon juif, mais pas un serviteur d'Hachem. Car pour en être un, l'homme ne doit avoir aucun autre centre d'intérêts, aucune autre priorité ou autre chose qui n'a d'existence pour lui, si ce n'est la Volonté Divine.

"Et pourtant, même alors, quand ils se trouveront relégués dans le pays de leurs ennemis, Je ne les aurai pas dédaignés" (Béhar 26,44)

-> Rabbi Elazar a interprété ainsi l’expression : "Et pourtant, même alors" :
Israël est le plus heureux des peuples!
En effet, même s’ils ont irrité leur Créateur, D. ne délaisse pas les juifs. Où qu’ils aillent en exil, Il les accompagne.
Tel est le sens du verset : "Et pourtant, même alors, quand ils se trouveront relégués dans le pays de leurs ennemis, Je ne les aurai pas dédaignés".

Rabbi Abba a déclaré : Vois combien est grand l’amour de D. pour les juifs. Bien qu’Il ait été contraint de les disperser parmi les nations, la présence Divine ne s’est jamais éloignée d’eux et ne les quittera jamais.
On ne peut pas dire qu’ils sont seuls en exil, car "même Elle" les accompagne.
[Zohar - Haazinou 297b]

"La terre aura une année de repos" (Béhar 25,4)

-> Le 'Hatam Sofer (Séfer haZikaron - discours veille de Kippour), enseigne que le mot chemita (שמיטה) a une valeur numérique de 364, pour nous enseigner que celui qui pratique la chemita a pendant toute l’année un statut de Yom Kippour, qui s’appelle chabbaton.
En effet, nos Sages (guémara Yoma 20a) disent que pendant 364 jours de l’année le Satan a la permission d’accuser, alors qu’à Yom Kippour il n’a pas cette permission.
=> Par conséquent cet homme qui observe la 7e année est à un niveau très élevé, car le Satan n’a pas le droit de l’accuser pendant toute l’année.
L’année entière constitue pour lui une sorte de Yom Kippour qui s’appelle chabbaton.

+ Qu'est-ce qui est si spécial à propos de ceux qui accomplissent la mitsva de la Chemita? Hachem n'a-t-il pas promis qu'Il augmentera Ses bénédictions pendant la 6e année au point où ils auront suffisamment de nourriture jusqu'à la fin de la Chemita.

Cependant, cela nous montre la pleine mesure et pouvoir du yétser ara dans sa bataille contre l'homme et pour pervertir ses pensées ...

Même si un homme possède 3 années de récolte (la 6e année, l'année de la chemita, et l'année suivante où l'on plante avec de récolter), qu'il a conscience de l'énorme miracle de cette bénédiction [Divine], il va quand même regarder son champ qui est en jachère et [se focaliser à] penser combien il est en train de perdre [à cause de la Chemita].

[Rabbi Aharon Kotler - Michnat Rabbi Aharon - Béhar]

=> D'une manière générale, quelques soient les bénédictions dont Hachem nous comble, en tant qu'être humain nous trouverons toujours à nous plaindre, sans apprécier ces bontés énormes.

La Chemita

"Mais la 7e année, un repos complet sera accordé à la terre (d'Israël), un Shabbath en l'honneur de Hachem. Tu n'ensemenceras pas ton champ et tu ne tailleras pas ta vigne." (Béhar 25,4)

-> "Rabbi Its'hak le forgeron dit : Ce verset fait référence aux hommes qui respectent la Chemita.
Généralement, un homme et prêt à se sacrifier pour une mitsva pendant une journée, une semaine voire un mois.
Mais qui tenir une année entière?
Or ces hommes voient leurs champs en friche, leurs vignes abandonnées, et restent impassibles.
Existe-t-il des héros plus puissants qu'eux?"
[midrach Yalkout Chimoni 103 ; et également midrach Vayikra rabba 1,1]

-> "Grâce à cette année de Chemita, tous les regards se tourneront continuellement vers Hachem en qui tous croiront, à l'instar de la génération du désert qui se nourrissait de la manne, quotidiennement.
Ceci explique pourquoi le non-respect de la Chemita provoque précisément l'exil : le manque de confiance en D., que révèle cette faute déclenche fatalement l'expulsion de la terre
[...]

La terre elle-même se montrera très scrupuleuse à cet égard, car elle aspire à ce que la émouna des hommes se renforce par son intermédiaire."
[Kli Yakar]

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-> "Par la faute de la non-observance de la chemita, les juifs sont exilés de leur terre, le Temple est détruit, et le pays devient un désert" [midrach Tan'houma Béhar 1]
La guémara (Shabbat 33a) affirme qu’à cause du péché de la chemita, l’exil vient sur le monde.
De même, Rachi (Béhar 25,18) rapporte les Pirké Avot (5,9) : "L’exil survient dans le monde à cause de l’idolâtrie, des relations incestueuses et du meurtre, et pour le non respect du repos de la terre lors de l’Année sabbatique (chemitat aarets)".
Rachi ajoute ensuite : "Les 70 ans de l’exil de Babylone correspondent aux 70 chemitot dont l’observance a été négligée".
Rabbi David Pinto commente : "Il semble donc que la mitsva de chemita soit si grave qu’elle provoque l’exil des bnei Israël de leur pays, et qu’elle soit aussi sérieuse que les 3 fautes les plus graves de la Torah (idolâtrie, inceste, meurtre)."

-> Selon la Tossefta (Bikourim), ceux qui font du commerce avec les produits de chemita ne voient jamais aucun signe de bénédiction.

-> Les Sages (guémara Sota 40) disent : "Voyez combien est grave une faute légère concernant la 7e année, quelqu’un fait du commerce avec les fruits de la 7e année, et il finit par vendre ses meubles et tout ce qu’il possède"

-> Mais ceux qui observent la mitsva de chemita, les Sages les appellent "des héros qui accomplissent Ma parole" (cf. ci-dessus).

-> Rabbi David Pinto (la voie à suivre n°573) enseigne :
"L’importance de la mitsva de chemita est considérable car elle pèse autant que toutes les autres mitsvot, et comporte en elle ce qui concerne les rapports des hommes entre eux et ce qui concerne les rapports entre l’homme et D.
C’est pourquoi le mont Sinaï est évoqué à propos de cette mitsva.

De façon allusive, le mot "chemita" a la même valeur numérique que "cinquante" (portes de la pureté) et le Nom Cha-daï. Pour nous dire que Hachem dit "assez" (daï) aux ennuis de l’homme qui observe la chemita sans craindre de ne pas avoir de quoi vivre, Il protège les portes de sa maison, et cet homme atteindra jusqu’au niveau des cinquante portes de la sainteté.
En effet, celui qui pratique la charité fait vivre le monde, et il est l’associé de D., qui a dit "assez" (daï) à son monde (Zohar III 251b). Il sera protégé du danger de tomber dans les cinquante portes de l’impureté, et s’élèvera dans les degrés de la sainteté."

-> Rabbi David Pinto (la voie à suivre n°521) rapporte :
"Les Sages (guémara Kidouchin 20a) ont dit : Voyez la gravité de la moindre petite faute concernant la septième année. Quelqu’un qui fait commerce des fruits de la septième année finit par être obligé de vendre ses meubles, s’il ne comprend pas la leçon il finira par vendre ses champs, en fin de compte sa maison et même sa fille, il sera dans une telle pauvreté qu’il empruntera à intérêt, et il finira par se vendre lui-même à l’idolâtrie."

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=> Pour quelle raison la Chemita est-elle différente des autres mitsvot de la Torah au point que sa non-observance est punie par l’Exil?

On peut rapporter les 2 réponses suivantes :
1°/ Le Commandement de la Chemita vient nous enseigner que D. est le Maître du Monde, auquel appartient le Terre et tout ce qu’elle renferme. Si un homme accomplit la Volonté de D., Il lui donne sa terre pour 6 années supplémentaires, et ainsi de suite. Mais s’il n’accomplit pas la Volonté de D. et ne respecte pas la Chemita, cela montre qu’il se considère comme le propriétaire de la terre. Dans ce cas, il n’y a pas d’autre solution que de l’exiler afin qu’il se rende compte que la terre ne lui appartient pas. [Ma’hachava léTova]

2°/ Le ‘Hatam Sofer (sur Pirké Avot) rapporte l’enseignement de la guémara (Bérakhot 35a) : "Celui qui tire profit de ce monde sans bénédiction, c’est comme s’il jouissait des objets consacrés aux cieux ... [en effet], il est écrit : ’La terre et tout ce qu’elle contient appartient à Hachem’ (Téhilim 24,1), et il est écrit ailleurs : ‘Les cieux sont à Hachem et la terre, Il l’a livrée à l’humanité’ (Téhilim 115,16).
Ce n’est pas difficile [malgré la contradiction apparente]. Ici (le verset qui dit que la terre est à D.) se réfère à la situation avant qu’une bénédiction ne soit récitée".
Ainsi, explique le ‘Hatam Sofer, Hachem a béni les 6 premières années pour qu’on puisse Lui consacrer la 7e sans difficulté à se nourrir. C’est pourquoi, si nous ne respectons pas la Chemita, nous sommes comparés à des voleurs qui plus est, profitent de choses sacrées. Ainsi, la seule manière de rétablir le repos consacré de la terre et d’y restituer la part volée, est d’être expulsé de ce lieu de sainteté.

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-> Hachem déclare : "Je vous ai dit de planter pendant 6 ans puis de vous en abstenir un an pour Moi afin que vous sachiez que la terre M'appartient" (Torat Cohanim - Bé'houkotaï)

-> La racine de la mitsva de la chemita est d'établir en notre cœur et de graver dans notre esprit que le monde est constamment renouveler par Hachem.
Nous devons laisser la terre en jachère afin de se rappeler que le produit de la terre n'est pas le résultat de nos efforts, mais uniquement parce que Hachem souhaite que la terre produise.
En s'abstenant de travailler les champs la 7e année, nous reconnaissons [rétroactivement] que les 6 années de production l'ont été que grâce à Hachem.
Réaliser cette mitsva augmente notre bita'hon en D.
[Séfer ha'Hinoukh - mitsva 69]

-> Par la suite, le Séfer ha'Hinoukh (Mitsva 84) nous enseigne de même que :
"le fondement de cette mitsva [de la Chemita] est d’ancrer dans nos coeurs et de concrétiser dans la pensée que le monde a été créé ... c’est pourquoi, Hachem ordonna de laisser à l’abandon tout le produit agricole durant cette année, outre le repos de tout travail imposé à la terre, afin que l’homme se souvienne que cette terre qui lui donne des fruits chaque année, ne les lui donne pas de sa propre force ni grâce à ses aptitudes.
Car un Maître la domine, elle et son propriétaire, et lorsqu’Il [Hachem] le désire, Il lui ordonne de la laisser à l’abandon".
[Lorsque quelqu'un laisse sa terre en jachères durant toute l’année de la Chemita, et que le Créateur continue à lui envoyer malgré tout Sa bénédiction afin qu’il ne perde rien de sa subsistance, il prend concrètement conscience de la réalité : toute germe ne pousse et ne grandit que le biais d'un décret Divin, et non que grâce à nos efforts comme on s'en persuade naturellement.
En effet, on ne travaille la terre que pour accomplir l'ordre Divin d'Hichtadlout (effort personnel de l'homme), et on doit être persuadé que la source de toute vie provient que de Hachem, et que c'est "la bénédiction d'Hachem qui enrichit" (Michlé 1,22). (on aura beau faire pleins d'efforts au-delà de ceux nécessaires pour notre hichtadlout, on n'aura rien de plus que ce qui a pu être décrété par Hachem).]

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-> Dans tout le livre de Vayikra, la paracha Béhar est la seule qui n'aborde pas les Korbanot.
Cela nous enseigne que la chemita accomplit la même chose que les Korbanot.
Lorsque l'on amène un Korban, nous devons témoigner que nous ne sommes rien comparés au Maître du monde.
De même, en adhérant aux lois de la chemita, nous démontrons que nous n'avons aucun pouvoir dans ce monde, que toute force n'appartient qu'au Maître du monde.
[Béér Moché]

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-> Dans la paracha Béhar, la mitsva de la chemita est suivie de celle de la tsédaka (25,17). Pourquoi cela?

La Torah nous met en garde contre une mauvaise expression de notre bita'hon.
Face à une personne nécessiteuse, nous ne devons pas se dire : à quoi ça sert que je lui donne, que je m'inquiète pour lui, puisque Hachem est à l'origine de la subsistance, alors il s'en occupera!

L'approche correcte est qu'il faut :
- témoigner de la émouna pour soi-même ;
- aider autrui sans que notre émouna diminue notre donation.

=> La chemita témoigne de notre conscience que tout vient de Hachem, mais cela ne doit pas en venir à affecter négativement notre prochain.
[Kéhilat Its'hak]

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-> "La menace de la faim, réelle ou prétendue, fait oublier tous les principes et réduit les meilleurs engagements.
Aussi longtemps que l'homme n'est pas libéré de l'angoisse que provoque en lui le souci de la subsistance, il n'y a point de place pour la réalisation intégrale de la loi Divine.

Cependant, la délivrance de cette obsession n'est possible que grâce à la prise de conscience que le souci de la subsistance, premier de tous nos soucis, ne repose pas seulement, et pas en premier, sur nos épaules.
Il incombe à l'homme, dans ce domaine, comme en bien d'autres, de faire son devoir, tout en confiant la réussite à la constante attention affectueuse du Créateur.
[...]

En laissant nos champs en friche durant toute une année et en rendant leur accès libre à tout un chacun, nous montrons que ce monde n'est qu'un passage conduisant au monde de vérité et que l'existence ne prend un caractère authentique que lorsqu'on cesse de concentrer nos efforts sur la quête des biens matériels et qu'on s'efforce de s'élever dans le domaine de l'esprit."
[rav Elie Munk]

Le rav Munk enseigne également : "Lorsqu'arrive Shabbath, il (le juif) se sépare de tous ses pouvoirs et les dépose humblement aux pieds du Créateur."

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-> "Avant que l'homme aille évaluer ses récoltes, qu'il prononce la prière suivante : "Que ce soit Ta volonté, Hachem notre D., que la bénédiction repose sur les œuvres de nos mains"."
[guémara Baba Métsia 42a]

[La bénédiction de D. ne transgresse aucune règle naturelle, et c'est au travers l'action humaine qu'elle agit, le risque est donc de s'approprier les résultats, oubliant son origine Divine.]

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-> "Le Shabbat (repos, jachère) de la terre sera pour vous de quoi manger" (Béhar 25,6)

Ce verset dit que l'année de Chemita (jachère), les produits de la terre sont destinés à être mangés par tous. Mais, n'aurait-il pas été plus juste de dire : "Le Shabbat de la terre, la récolte sera pour vous de quoi manger"? En effet, c'est la récolte que nous consommons et pas le Shabbath!

En fait, une raison essentielle de cette mitsva de laisser la terre et de ne pas la travailler la septième année (la Chemita) est d'encrer dans les cœurs qu'en réalité la terre ne nous appartient pas. Elle est la propriété d'Hachem. Et nous le montrons en la délaissant lors de la Chemita, attestant par là qu'elle n'est pas à nous et qu'on ne peut en disposer comme on le souhaite.
On exprime ainsi notre foi que la terre appartient à Hachem. Or, nos Sages enseignent que l'essentiel de la bénédiction Divine provient de la foi pure en Hachem Qui est le Seul Qui nous permet de combler nos besoins.
Ni notre force ni notre intelligence ne nous nourrissent, mais c'est Lui Seul !
Cette confiance en Lui permet d'attirer le flux de bénédiction.

=> Ainsi, c'est bien "le Shabbat de la terre", signe de la foi en Hachem, qui "sera pour vous de quoi manger" = la bénédiction dans la nourriture émane de cette mitsva qui renforce notre foi.
[Chaaré Sim'ha]

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-> Selon le Sforno donne 2 éventualités :

1°/ Si nous avons une émouna totale/parfaite alors :
"les fruits auront de grandes qualités nutritives, comme ce fut le cas avec la manne, dont la mesure d'un omer suffisait autant à l'adulte qu'à l'enfant, comme le disent nos Sages : "On mangeait peu et la bénédiction se manifestait dans les entrailles".
Ainsi, les fruits de la 6e année suffiront également pour la 7e."

=> Le rav Eliyahou Lopian (Lev Eliyahou) explique que le fait d'avoir une confiance totale en Hachem nous permet de bénéficier d'une bénédiction en qualité, qui se manifestera dans l'organisme, qui sera rassasié avec une petite quantité d'aliments.
Cela signifie que la 6e année ne nécessite pas de travail supplémentaire par rapport à une autre année, et pour le travail normal d'une année, on pourra avoir à manger pendant la 6e, la 7e, et la 1ere année du cycle suivant où l'on ensemence la terre.
[c'est recevoir du 3 pour le prix d'un!]

2°/ "Et si vous dites : Qu'aurons-nous à manger? Si vous êtes en proie au doute et n'avez pas la conviction qu'une faible quantité peut suffire à vous nourrir grâce aux qualités exceptionnelles des fruits, alors : "la 6e année produira la récolte de 3 années", de sorte que l’œil soit rassasié et que vous voyiez suffisamment de récolte."

=> Le rav Eliyahou Lopian (Lev Eliyahou) explique que dans la mesure où la foi est quelque peu défaillante, la bénédiction se manifeste différemment. Elle ne s'applique plus à la qualité des fruits, mais à leur quantité.
Au cours de la 6e année, on aura suffisamment de nourritures pour 3 années, mais cela implique d'avoir dû investir 3 fois plus d'efforts pour récolter, rassembler et engranger une telle quantité.

==> Le rav Eliyahou Lopian enseigne que cela ne s'applique pas seulement pendant l'année de la Chémita : chaque jour , Hachem agit envers chaque individu mesure pour mesure, conformément à son niveau de confiance.

Il est écrit : "Hachem est à ta droite comme ton ombre" (Téhilim 121). De même que si nous bougeons alors notre ombre va également bouger, de même plus nous témoignons d'une émouna importante, le plus la bénédiction de Hachem sera importante.
En fonction du degré de confiance que l'homme accorde à D., D. lui sera en retour, mesure pour mesure, source de tous les espoirs.

[à l'image de la Chemita, où sans effort supplémentaire, une même quantité de nourriture devenait suffisante pour une longue période.]

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-> L'Alter de Novardok parle du cas où une personne par manque de émouna va se restreindre pendant les 6 premières années en mangeant moins, pour mettre de côté pour la période de la chemita.

Bien qu'elle puisse respecter à la lettre la loi juive, une telle personne passe à côté de l'objectif principal de la mitsva de la chemita (l'état d'esprit). En effet, il s'agit de renforcer notre confiance/dépendance à ne compter que sur Hachem pour notre subsistance, et non à notre intelligence d'arriver à contourner le système.

[on en vient à penser : D. je respecte tes mitsvot et si tu veux m'aider tant mieux, mais sinon ce n'est pas si grave car j'arriverai à me débrouiller tout seul en faisant ... et ...! Je ne suis totalement dépendant de personne, pas même de Toi!]

L'agriculteur qui investit tellement de temps et d'efforts pour produire une récolte, a tendance à s'attribuer le résultat au détriment de Hachem. C'est pourquoi, pendant les 6 années il devait manger pleinement et vivre "comme" s'il n'y avait pas de chemita, et par là il témoignait de sa confiance totale en D. [s'il nous l'a demandé, c'est qu'il gérera => pas de soucis!]

-> Au-delà de faire les mitsvot, il est important d'avoir l'état d'esprit qui va avec : la joie, la confiance totale, la gratitude, ...

Nous ne devons pas accomplir notre vie juive, comme une succession de restrictions (ne pas manger la 7e année, ne pas travailler le Shabbath, ...), mais plutôt comme une succession de sublimes conseils de vie permettant de nous élever spirituellement, d'occasions de faire la volonté de notre papa Hachem et de nous rapprocher toujours davantage de Lui.

De plus, durant leur vie, de nombreuses personnes vont se priver d'une vie spirituelle, prétextant qu'il faut d'abord travailler, d'abord mettre de côté pour pouvoir plus tard s'y consacrer pleinement.
Mais plutôt, une fois que nous avons fait notre hichtaldout nécessaire, alors sachons faire totalement confiance à Hachem dans la gestion de notre vie. Pendant ce temps, réalisons Sa volonté.

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-> Rabbi Zoucha d’Anipoli explique que celui qui a une confiance simple en Hachem et ne pose aucune question, sera automatiquement béni. En effet, la foi en Hachem constitue un canal pour que le Flux Divin de bénédiction puisse s’épancher. Comme le dit le verset : "Béni soit l’homme qui place sa confiance en Hachem".

=> La foi relie l’homme à Hachem au point de lui permettre d’attirer vers lui Ses Bienfaits.

Cependant, celui qui doute et se questionne pour savoir ce qu’il va manger, alors ce doute brise ce canal et empêche la bénédiction de venir.
Ainsi, Hachem prévoit que si quelqu’un se pose la question, alors : "J’ordonnerai Ma Bénédiction". En effet, puisque le canal naturel de bénédiction constituée par la émouna (confiance) a été rompu par le doute, Hachem a besoin à présent "d’ordonner Sa bénédiction", c’est-à-dire d’obliger et de “forcer” Sa Bénédiction de venir pour cet homme, pour que malgré tout il puisse avoir de quoi vivre suite au respect de la Chemita.
Ce ne sera plus la bénédiction naturelle qui viendra, mais un nouveau type de bénédiction de “rattrapage” qu’Hachem aura besoin de créer spécialement pour cette personne.
Sans émouna, il ne peut y avoir de réelle bénédiction. Hachem doit alors provoquer le Flux Divin pour lui.

[cf. verset : "Et si tu dis : “Que mangerons-nous…, voilà nous ne sèmerons pas et n’engrangerons pas notre récolte ?” J’ordonnerai alors ma bénédiction pour vous la 6e année et elle produira de la récolte pour 3 ans !"]

Ainsi, chez celui qui s’inquiète et commence à avoir des doutes, qui a du mal à placer sa confiance sur ce qu’il ne voit pas et ne comprend pas. Alors Hachem lui donnera une bénédiction d’une gamme inférieure, une bénédiction selon son niveau et selon ses doutes, à savoir une bénédiction quantitative (et non qualitative).

La production de la 6e année produira de la récolte pour 3 ans. Lui qui a besoin de voir pour être rassuré, Hachem lui donnera de quoi voir et il bénéficiera de cette bénédiction quantitative, à savoir tangible et visible.
Cette bénédiction est aussi d’un niveau inférieur à la bénédiction qualitative car qui dit grande production, dit nécessité de tout engranger, de tout conserver ... et cela crée plus de soucis, d'efforts.

C'est à l’opposée de celui qui a confiance en Hachem, qui aura une bénédiction à son niveau. Il place sa confiance même s’il ne voit pas, c’est ainsi que la bénédiction qu’il recevra ne sera pas visible. C’est la qualité profonde et cachée de la récolte qui grandira. Cette bénédiction est hautement mieux.

=> Comme vu précédemment (rav Eliyahou Lopian), nous avons au quotidien chacun la possibilité de recevoir les bénédictions Divines soit qualitativement, soit quantitativement, et ce en fonction de la émouna que nous témoignerons à D.

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-> On vient de voir que Rabbi Zoucha d’Anipoli transmet l'idée que :
L'abondance descend du Ciel sans arrêt, en période de Chemita ou non. Il ne manque jamais rien dans la parnassa que Hachem a prévue pour le monde puisqu'Il n'est que bonté. Si l'homme est intelligent, il comprend cela, croit en son Créateur, et sa parnassa continue à lui être offerte avec abondance, malgré les changements opérés lors de l'année de Chemita.

Mais, si l'homme descend de ce degré spirituel et qu'il n'a que peu de émouna, il commence à s'inquiéter et pose la question : "Que mangerons-nous?", qui exprime exactement l'inverse du bita'hon.
Cette défaillance de bita'hon engendre l'arrêt de l'abondance et les tuyaux de bénédiction se bouchent.

-> Dans le Sifté tsadikim, il explique cela :
Lorsque l'homme dit "que mangerons-nous?" (Béhar 25,20), l'inquiétude rentre dans son cœur et sa émouna diminue, jusqu'à ce que le tuyau de l'abondance se trouve bouché.
Quand l'homme se renforce, il faut alors prescrire, à nouveau, l'abondance via le nouvel ordre de "Je vous enverrai Ma bénédiction" (Béhar 25,21).

Le rav Yaakov Israël Pozen ajoute : L'homme, qui a un regard juste, a confiance que "la terre donne ses fruits" (וְנָתְנָה הָאָרֶץ - Béhar 25,19), c'est-à-dire que la terre d'En haut est fertile et productive, et "qu'elle donne" toujours, au présent, l'abondance dans ce monde, par ordre Divin depuis la Création.
Cet homme mène une vie paisible, sans aucune inquiétude, même durant la Chemita.

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-> "Si vous dites : que mangerons-nous la 7e année, puisque nous ne sèmerons pas et ne récolterons pas?" (Béhar 25,20)

Le Méor Enayim pose la question suivante : C’est lorsque nous demanderons "que mangerons-nous" que Hachem donnera Sa bénédiction "la récolte suffira pour 3 ans", mais si on ne le demande pas, n’ordonnera-t-Il pas Sa bénédiction?

Il répond que le verset dit : si vous n’avez pas confiance en Hachem, ce qui vous pousse à demander "que mangerons-nous", alors J’ordonnerai Ma bénédiction pour 3 ans seulement, mais si vous avez confiance en Mon salut, alors il n’y aura pas de limite à Ma bénédiction, et c’est le silence qui convient.

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-> Le 'Hazon Ich (Cheviit 18,4) explique que la Torah ne garantit pas que chacun jouira d'une grande prospérité et d'une nourriture abondante malgré les restrictions de la Chemita.
Elle promet seulement à Israël que, contrairement à la nature apparente des choses, le repos de la terre ne provoquera pas forcément un manque de nourriture : il y aura une bénédiction générale pour ceux qui observent ces lois.

Cependant, comme c'est toujours le cas, les fautes de certains peuvent annuler la bénédiction et des particuliers souffriront peut-être à cause des actes de leurs prochains.

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-> Le Séfer ha'Hinoukh (mitsva 130) rapporte :
- Pour les jours : le 7e jour est observé comme le Shabbath ;
- Pour les semaines : 7 semaines sont comptées avant la fête du don de la Torah ;
- Pour les mois : le 7e mois de l'année juive est Tichri, qui est majoritairement sanctifié par des Yamim Tovim, d'une nature si élevée.
- Pour les années : la Chémita est la 7e année.
- Les cycles Shabbathiques : le Yovèl est l'aboutissement de 7 cycles de 7 années.

-> Nos Sages enseignent :
- "D. a créé les jours et s'en est réservé un ... c'est le jour du Shabbath.
- Il a créé les années et s'en est réservé une ... c'est l'année de la Chemita.
- Il a créé des terres et s'en est réservé une ... c'est la terre d'Israël.
- Il a créé 70 nations et s'en est réservé une ... c'est le peuple d'Israël.
- Il a créé 12 tribus et Il s'en est réservé une ... la tribu de Lévi."

-> Les 7 années de la Chemita dans un cycle de 50 ans, conclu par l’année du Yovel, rappellent les 7 semaines du compte du Omer, depuis la Sortie d’Egypte, conclu par le jour du Don de la Thora, au Mont Sinaï, le 50e jour.
[Kli Yakar]

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-> "Tu compteras chez toi 7 années sabbatiques, 7 fois 7 années, de sorte que la période de ces 7 années sabbatiques te fera 49 ans" (Behar 25,8).

La Maguid de Doubno dit : Il y avait une fois un avare qui s’enorgueillissait d’avoir un grand trésor, des sacs de pièces d’argent. On lui dit : Au lieu de sacs d’argent, tu as en réalité 2 billets de 100 roubles en tout et pour tout.
Ainsi, l’homme se vante et dit : Je vis 365 jours par an!
On lui dit : Compte tes jours en années, et si cela te semble beaucoup, compte tes années en chemitot, ainsi qu’il est écrit : "Tu compteras chez toi sept années sabbatiques, sept fois sept années", et c’est en tout et pour tout un seul jubilé.
Combien l’homme vit-il? En tout un jubilé ou un jubilé et demi.

-> Pendant la chemita, on doit se conduire avec modestie, humilité, s’abaisser devant tout le monde, car tout un chacun est tout autant le maître que lui (la terre était libérée), et peut-être plus que lui.

[combien de chemita, nous reste-t-il encore durant notre vie? En effet, à notre mort nous laisserons derrière nous tout bien matériel. Cela doit nous booster à utiliser notre temps au mieux, avec un meilleur regard sur la vie (investir dans l'éternel et non l'éphémère, même si c'est un peu plus fatiguant sur le moment!).]

-> On raconte que 2 plaignants se sont présentés à rabbi ‘Haïm de Volozhin, en disant que chacun d’eux était propriétaire d’un certain terrain, et en amenant des documents et des témoins en preuve de leur bon droit.
Rabbi ‘Haïm s’inclina vers la terre et tendit l’oreille comme s’il écoutait sa voix. Ils s’étonnèrent de voir ce que faisait le Rav.
Le Rav leur répondit : Chacun d’entre vous crie : "La terre est à moi", c’est pourquoi j’ai voulu entendre l’opinion de l’intéressée elle-même. J’ai entendu que la terre disait : "Les deux sont à moi".

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-> "Vous proclamerez dans le pays la liberté pour tous ceux qui l’habitent" (Béhar 25,10)

Le Pné Yéhochoua pose la question : pourquoi le verset dit-il "pour tous ceux qui l’habitent", alors que pendant le yovel seuls les esclaves sont libérés, et non "tous ceux qui l’habitent"?

Il répond que nos Sages (guémara Kidouchin 20a) disent : "Quiconque acquiert un esclave, c’est comme s’il acquerrait un maître".
Comme il en est ainsi, pendant l’année du yovel, il n’y a pas que les esclaves qui sont libérés, mais aussi leurs maîtres, qui en réalité sont des serviteurs de leurs "maîtres" les esclaves.

[d'une manière allusive cela témoigne que pour toute personne (maître ou esclave), il n'y a qu'un ou 2 yovel pendant la durée de sa vie. Cela nous aide à réaliser d'à quel point notre passage sur terre est court, et qu'il faut en faire le meilleur usage pour notre éternité, où tous les juifs seront rassemblés et libérés des contraintes de ce monde.]

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+ "La terre observera un repas de Shabbath pour Hachem" (Béhar 25,2)

-> L’une des raisons de mettre au repos la terre (chémita) est de lui permettre de corriger tous les Shabbat où elle a produit.
En effet, même si l’homme ne travaille pas le Shabbat, malgré tout la terre continue à produire.
Or, une année est constituée de 365 jours, comprenant 52 Shabbat. Ainsi, en 7 ans, il y a donc 364 jours de Shabbat (52*7), soit une année.

Puisque même pendant ces jours de Shabbat la terre a continué à produire, elle doit donc se reposer pendant toute la 7e année composée de 365 jours, pour réparer ces Shabbat où elle ne s’est pas complètement reposée.

Et même pendant l’année de Chemita la terre continue encore à produire même pendant les Shabbat de cette année, soit encore 364 jours sur 7 Chemitot, d’où l’année du Yovel qui suit les 7 années de Chemita, pour réparer les Shabbat des années de Chemita où elle a encore produit.

[Rabbi Moché Tannenbaum - le Maté Moché]

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-> La Torah a demandé à Hachem : "Maître du monde, lorsque le peuple juif entrera en terre d'Israël, les juifs courront à leurs vignobles et à leurs champs. Qu'en sera-t-il de moi?

Hachem a dit à la Torah de ne pas s'inquiéter, le Shabbath sera son partenaire, un jour de repos pour les juifs qui auront alors le temps pour étudier la Torah.
[Tour - Ora'h 'Haïm 290]

-> La mitsva de la chemita (le "Shabbath des années") a été donnée afin d'accorder aux juifs l'opportunité d'étudier la Torah
Pendant 6 années, ils travaillent leurs vignes et leurs champs, et lors de la 7e année, ils mettent de côté toutes leurs inquiétudes pour se fournir en nourritures, étudiant la Torah.
Ils ont un bita'hon total dans le fait Hachem leur fournira tout ce qui leur est nécessaire.
[Mégalé Amoukot]

-> La chemita est comparée au Shabbath.
A l'image de Shabbath, la chemita est une année de repos de tout travail (créatif), permettant de s'immerger [totalement] dans la Torah.

Shabbath et la chemita sont des partenaires de la Torah.
Lorsqu'une personne étudie avec efforts le Shabbath, Hachem lui donne comme cadeau une Torah qui va bien au-delà d'une simple journée d'étude [selon le Ben Ich 'Haï étudier le Shabbath a 1000 fois plus d'importance que le restant de la semaine!]
Il en est de même pour celui qui étudie la Torah comme il le faut pendant l'année de la chemita, Hachem dans Sa bonté nous offrant une année où la valeur de l'étude est multipliée.
[adapté du Béré’h Moché]

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-> Le commandement de la chemita fait découvrir au riche la souffrance du pauvre.
La vie du pauvre étant en équilibre précaire, il supplie sans cesse Hachem de lui fournir sa subsistance ...
Il est toujours en train d'errer, s'inquiétant de savoir s'il aura à manger pour lui et sa famille. Pas un moment ne passe sans appréhensions.
Par contre, l'homme riche est toujours heureux et de bonne humeur. Il traverse ses champs et ses vignes, satisfait de voir ses récoltes pousser, sans penser au pauvre et sans se soucier de son tourment.

Hachem ordonna donc que la 7e année, l'homme "abandonne" sa terre.
Cette année-là, il lui est interdit de labourer, planter, récolter ou engranger.
Il doit tout laisser au public (hefkère).
A son tour, le riche devint soucieux : "Je n'ai ni planté ni récolté ; qu'aurai-je à manger la 8e année? D'où mangerons-nous mon pain?"
En effet, le verset dit : "Si tu dis : Que mangerons-nous la 7e année? Nous n'avons ni semé ni récolté" (v.25,30).

L'année suivante, le riche se souviendra : "J'ai souffert de privations pendant un an. Mes yeux étaient assombris par le tourment ... Qu'en est-il du pauvre homme sans cesse tourmenté, désespéré, qui se demande d'où viendra son pain?"
Le riche comprendra alors la souffrance du pauvre et il lui viendra en aide dans l'espoir que Hachem ne l'appauvrisse pas lui aussi.
[...]

Au cours de la 7e année, l'homme abandonne ses champs, ses vignes et toute leur récolte afin que d'autres puissent en manger.
De même, un homme laissera tous ses biens à d'autres lorsqu'il partira pour le monde futur, pour son "Shabbath" [7e jour de la semaine] (monde futur = yom chékoulo Shabbath).
Ni l'or ni l'argent ne l'accompagneront mais seulement les mitsvot et les bonnes actions qu'il aura accomplies dans ce monde.
[Méam Loez - Béhar 25,6,7 ; 25,11-13]

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-> Le Ramban (Béhar 25,2) enseigne : "Les six jours de la Création sont des jours consacrés au monde, alors que le 7e jour est à Hachem ton D., c’est pourquoi la Torah se montre plus sévère à propos de la chemita que sur toutes les autres interdictions, parce que quiconque n’en tient pas compte ne reconnaît pas la Création ni le monde à venir".

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+ Chemita & mont Sinaï :

=> Pourquoi la Torah spécifie-t-elle (au tout début de la paracha) que la mitsva de la chemita a été donnée au mont Sinaï, et qu'elle sert de référence au fait que toutes les autres mitsvot y ont également été transmises? Pourquoi cette mitsva en particulier et non une autre?

-> Face au mont Sinaï (avant la faute du Veau d'or), leur mauvais penchant avait disparu et ils étaient revenus au niveau d’Adam avant la faute. A ce stade, ils étaient purs de toute faute.
A ce niveau, Adam n’avait aucun besoin de travailler la terre, puisque la nécessité d’un tel travail apparut suite à la faute, lorsque Adam reçut la malédiction : "Tu mangeras le pain à la sueur de ton front". Sa seule occupation était uniquement le Service Divin.

Dans un tel contexte, il est clair que la mitsva de la Chemita n’a pas sa place, puisqu'elle concerne un état où les juifs ont des champs qu’ils travaillent pendant 6 ans. Et que du fait de ce travail, il n’est pas si simple de trouver du temps pour étudier la Torah.
Hachem nous donne la Chemita, pour se libérer de ses activités pendant un an, et pouvoir être disponible pour le service Divin.

=> Quelle est alors la place de la Chemita qui semble la mitsva la moins adaptée à ce moment de situation idéale au mont Sinaï?

La réponse est qu'il faut toujours garder à l’esprit que l’on peut retomber, la chute est possible et il faut l’envisager, d’où le besoin de parler malgré tout de la Chemita.

Le Zohar enseigne que toutes les mitsvot sont des conseils contre le mauvais penchant. Et même si un homme se sent élevé au point d’être protégé du mauvais penchant, même s’il imagine ne pas avoir besoin de toutes les mitsvot, qu’il tire leçon de la mitsva de la Chemita.
Si même cette mitsva a été donnée au mont Sinaï, c’est qu’il faut toujours redouter la chute, même quand on est tout en haut. On apprendra donc de la Chemita qui a néanmoins été dite au mont Sinaï, qu’à plus forte raison, les autres mitsvot viennent du mont Sinaï. Elles sont aussi nécessaires, même si on est au niveau du Sinaï.

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-> "Hachem parla à Moché sur le mont Sinaï et lui dit" (Béhar 25,1)

Toutes les mitsvot ont été dites à Moché au mont Sinaï, mais dans toutes les mitsvot on ne souligne pas où Hachem a parlé à Moché, seulement ici.
=> Pourquoi souligner que c’était au mont Sinaï justement ici, à propos de la mitsva de chemita, et non à propos de n’importe quelle autre des 613 mitsvot?

Le 'Hida répond à cela d’après un passage de la guémara (Bera'hot 35), sur Rava qui a dit à ses disciples : "Ne venez me voir au beit Hamidrach (maison d'étude) ni pendant Nissan ni pendant Tichri, car alors vous serez occupés à gagner votre vie, pour que votre gagne-pain ne vous préoccupe pas pendant toute l’année."
Par conséquent, il s’ensuit que chaque année, on n’étudie pas pendant 2 mois entiers (Nissan et Tichri). Donc en 6 ans on n’étudie pas pendant exactement 12 mois.
C’est pourquoi, pour réparer cette faute de négligence dans l’étude d’une année entière (pendant 6 ans), vient la mitsva de chemita, où l’homme ne travaille pas pendant les 12 mois qu’il consacre à l’étude de la Torah dans le Beith Hamidrach.

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-> Le ‘Hatam Sofer dit que la chemita est une preuve décisive que la Torah a été donnée par Hachem et non par Moché de sa propre initiative. En effet, comment est-il possible de faire à ceux qui observent la chemita la promesse que la terre donnera une récolte pour les 3 années à venir?
C’est une chose totalement surnaturelle! C’est que la Torah vient évidemment du Ciel, et Hachem, qui dirige le monde, est le seul à pouvoir faire une telle promesse

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-> "Hachem a parlé à Moché sur le mont Sinaï" (Béhar 25,1)

=> La Torah présente la mitsva de la Chemita, comme ayant été transmise sur le mont Sinaï. Mais finalement la totalité des mitsvot a été donnée sur le Sinaï. Pourquoi le rappeler spécialement par rapport à la Chemita?

-> Le rav Chlomo Bloch propose l'illustration d'un roi qui édictait différentes lois pour la bonne marche de son royaume. A chaque fois qu'il souhaitait imposer un nouveau décret, il envoyait des messagers dans les différentes contrées pour transmettre l'édit royal. Une fois, ce roi avait un message spécial à transmettre à une ville en particulier qui leur imposait de se préparer à mener une guerre très difficile contre un grand ennemi qui allait se rendre dans cette ville. Compte tenu de la difficulté et de l'importance de cette mission, le roi décida cette fois de se rendre en personne dans cette ville pour leur communiquer lui-même ce message. Il souhaitait les encourager tout particulièrement pour réaliser cette périlleuse mission. Le fait de voir le roi se déplacer en personne jusqu'à eux pour leur parler directement, cela leur donnera beaucoup plus de force.

Hachem également a souhaité transmettre ses mitsvot au peuple juif et Il décida de descendre dans toute Son Honneur les rejoindre sur le mont Sinaï pour leur donner la Torah. Il souhaitait ainsi leur donner plus de force pour observer les mitsvot.
Selon nos Sages, la Mitsva qui demande le plus de courage c'est la Chemita.
L'agriculteur devra abandonner son terrain pendant une année toute entière. De quoi vivra-t-il? L'épreuve de cette mitsva ne s'étend pas sur quelques jours mais sur toute une année. Pour leur donner encore plus de force, Hachem leur rappela qu'Il est descendu en Personne sur le mont Sinaï leur donner la Torah. Ce rappel particulier avait pour but de leur donner encore plus de courage pour respecter cette mitsva si difficile.

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-> b'h, sur la Chemita, voir également : http://todahm.com/2022/02/28/36011

"Si ton frère s'appauvrit et que ses ressources faiblissent à tes côtés, tu le renforceras!" (Béhar 25,35)

-> Rabbi Avin dit : Lorsqu'un pauvre se tient à ta porte, sache que Hachem se tient à sa droite, comme il est dit : "Il se tient à la droite du malheureux".
Si tu lui donnes l'aumône, celui Qui se tient à sa droite (D.) te récompensera ; et si tu ne lui donnes pas, souviens-toi de ce verset : "Heureux celui qui se préoccupe du pauvre : au jour de la calamité, Hachem le sauvera."
[midrach Vayikra rabba 35]

-> Rabbi Chimon dit au nom de Rabbi Yéhochoua ben Lévi : Que la mitsva de la charité (tsédaka) ne soit jamais négligeable à tes yeux, car son infraction entraîne 24 malédictions, et sa récompense implique 24 bénédictions."
[midrach Vayikra rabba 34,11]

-> "Si ton frère est réduit à la misère" (Béhar 25,39), c'est à ce sujet qu'il est dit : "Donner au pauvre, c'est prêter à D." (Michlé 19,17)

Rabbi Eliézer dit : Il est écrit : "[D.] donne du pain à toute créature" (Téhilim 136,25)
Lorsqu'un homme offre la charité à un pauvre, il s'approprie une mitsva [puisque c'est à D. qu'il lui incombe de le nourrir - Matnot Kéhouna].
Hachem déclare donc : "C'est à Moi de lui rembourser sa générosité!"
C'est pour cela que le verset [de Michlé] poursuit : "Il paie à chacun son dû".
[midrach Vayikra rabba 34,2]

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b'h, quelques réflexions sur la tsédaka :
-> https://todahm.com/2015/10/24/la-charite
-> https://todahm.com/2018/02/19/6179
-> https://todahm.com/2018/08/08/6908-2
-> https://todahm.com/2016/10/18/4893
-> https://todahm.com/2015/10/24/3773
-> https://todahm.com/2015/10/24/3757

-> http://todahm.com/2020/07/21/14333

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-> ""Heureux celui qui s’intéresse au pauvre" (achré maskil él dal - Téhilim 41,2).
Cela signifie que la récompense du pauvre est plus grande.
En effet, puisqu'il souffre de la pauvreté, il est plus proche que les autres du Roi des rois.
Hachem écoute la prière des pauvres, de ceux qui ont le cœur brisé et il n'existe pas de cœurs plus brisés que ceux des pauvres.

Rabbi Chimon ajoute que chaque être humain se présente devant Hachem avec son corps et son néféch (une des 5 parties de l'âme).
Le pauvre, lui, ne se présente qu'avec son néfech, car son corps est brisé.
Hachem est plus proche du néfech de l'homme que de son corps, c'est pourquoi la prière du pauvre est plus facilement exaucée."

[Zohar (Béchala'h 61) - rapporté dans le "Matok Midvach" de rabbi Daniel Frisch]

[Tâchons de se focaliser sur le plaisir que nous donnons à Hachem en s'occupant avec cœur d'un être très très proche/aimé de Lui?
(en effet, contrairement à la vision de la société, ce n'est pas un déchet, un parasite, mais au contraire un pauvre est une personne bénéficiant de davantage de proximité avec D.)
Par ailleurs, comment passer à côté de son pouvoir phénoménal de bénédiction ("la prière du pauvre est plus facilement exaucée")?
La liste est longue, surtout que Hachem, Lui-même, se porte garant qu'au final nous ne nous appauvrirons pas du fait d'avoir donné à la tsédaka!]

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Une personne donnant la charité doit penser au Nom Divin (יהוה - Tétragramme) :
- L'argent donné représente le youd.
- La main représente le Hé. Elle a 5 doigts [et la valeur numérique de Hé est de : 5].
- Le bras étendu pour donner la charité au pauvre est le : vav.
- La main ouverte du pauvre est le Hé final.

=> Ceci nous enseigne que Hachem est avec les pauvres, et nous montre l'importance de la charité ....
Une personne qui donne la charité aux pauvres ou au responsable de la caisse de charité dans un but désintéressé complète le Nom Divin (Tétragramme).
[Méam Loez - Térouma 25,1-2]

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Le Baal Chem Tov (Mévasser Tsédek - Réé) dit qu'en formant ainsi les lettres du Nom Divin dans le bon ordre (par notre tsédaka), nous faisons descendre du Ciel énormément de miséricorde.
Cependant, cela ne se produit que si le donateur transmet l'argent d'abord, avant que le pauvre n'étende sa main.
Mais si le pauvre demande en premier, alors les lettres du Nom Divin sont arrangées dans un ordre différent.
C'est le sens du verset : "S'il y a chez toi un pauvre ... Ouvre-lui plutôt ta main!" (Réé 16,7-8) = nous devons ouvrir d'abord la main, sans attendre qu'il nous le demande, et ce afin que le Nom Divin se forme dans le bon ordre.

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"La guématria du mot : riche (achir - עָשִׁיר) est de 580, tandis que celle du mot : pauvre est de : 130 (ani - עני).
La différence entre eux est de : 450, équivalent au mot : "[il] donnera" (yiten - יִתֵּן).
Nous devons combler le fossé entre les riches et les pauvres en donnant davantage de tsédaka et en venant en aide à ceux dans le besoin."
[Rav Moché Yé'hiel haLévi Epstein]

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-> Rabbi ‘Haïm Zonnenfeld fait remarquer que le terme ich (homme) a la même valeur numérique que le terme lérééhou (à son prochain), d’où il déduit que celui qui est charitable envers son prochain mérite le titre d’homme.

Il fit part de ce ‘hidouch le jour de Pourim, lors duquel nous lisons dans la Méguila le verset "envoyer des présents l’un à l’autre (ich lérééhou)". Or, le but de ces michlo’hé manot est d’amplifier l’amitié entre les hommes, ce qui n’est possible que si l’égalité règne entre eux, si personne ne se sent supérieur à son prochain ni s’enorgueillit devant lui. [à l'image de la guématria identique des 2 termes!]
Car le vice de l’orgueil est à la source de toutes les querelles, tandis que l’égalité permet de créer une atmosphère affable.

-> L’auteur de l’ouvrage ‘Hokhmat ‘Haïm relève que le mot yédidi (mon ami ou mon bien-aimé - ידידי) peut se lire dans les deux sens. Car la véritable amitié est celle qui est réciproque.

-> "Sur Benjamin, il dit: "Bien-aimé (yédid) d'Hachem" (Vézot haBéra'ha 33,12)
Binyamin est la seule tribu qui n'a pas participé à la vente de Yossef.
Il est le symbole de la fraternité, et c'est une des raisons qui a fait que le Temple a été construit sur son territoire.

On peut noter que dans le verset ci-dessus, l'expression désignant Binyamin : "Bien-aimé d'Hachem", se dit : yédid Hachem (יְדִיד).
Le mot yédid peut se décomposer en 2 mots : yad yad (יד יד).
Lorsqu'on avance dans le vie, main dans la main (yad yad), c'est là notre véritable force (en hébreu : koa'h - כח , qui a la même valeur numérique que : yédid : 28).
Si nous voulons être le favori, le chouchou de D., il faut aider et supporter notre prochain, chacun fils unique de D.

[lorsque Hachem verra que nous nous tendons la main les uns vers les autres (יד יד), que nous donnons de la force à autrui (כח), qu'autrui sera bien-aimé (יְדִיד) à nos yeux, alors Hachem agira mesure pour mesure avec nous, et Il nous comblera du meilleur, et ce même si nous sommes remplis de fautes.]

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-> "Si ton frère vient à s'appauvrir" (vé'hi yamou'h a'hikha - וְכִי יָמוּךְ אָחִיךָ - Béhar 25,35)

Les initiales du terme "Yamou'h" (יָמוּךְ) signifiant "vient à s'appauvrir" (Youd, Mem, Vav, Khaf) peuvent former la phrase: "Il y en a qui sont riches sans rien avoir (Yech Mit’acher Véein Kol)".
Ceci est une allusion au fait qu’il faut veiller et prêter attention également au pauvre qui n’a d’un homme riche que l’apparence, afin d’accomplir grâce à lui la mitsva de "Tu le soutiendras".
[Birkat Peretz]

[nos Sages nous demandent de nous adapter aux besoins nécessaires pour chacun. Par exemple, si un riche est devenu pauvre, et qu'il a de façon vitale besoin d'un cheval pour l'accompagner, notre tsédaka consiste à l'aider à avoir un cheval.
Une personne peut être riche en apparence = on peut comprendre que matériellement elle peut être bien présentée mais n'avoir aucune ressource. Mais on peut également l'explique émotionnellement : une personne peut avoir le sourire aux lèvres, prononcer le "tout va bien, b'h", mais dans son cœur elle souffre, elle a besoin de paroles d'estime, d'encouragement, ...
(de nos jours où il y a une profusion de matérialité, la pauvreté la plus importante se trouve dans un manque d'estime de soi, de valorisation (je suis quelqu'un, autrui m'apprécie, ...). Un seul mot, un sourire, ... ne coûte rien et peut redonner de la vie!)
Un immeuble peut avoir une magnifique devanture, mais être en ruine à l'intérieur. En tant que juif nous devons aller au delà des apparences extérieures, et vraiment aider tout frère juif dans le besoin!]

"Ne prends de lui ni usure ni intérêt" (Béhar 25,36)

-> Selon la guémara (Yérouchalmi Baba Métsia 5,8), celui qui perçoit des intérêts est considéré comme ayant nié l'existence de Hachem.

-> Pourquoi cela est-il puni aussi fortement par rapport aux autres interdictions?

Le rav Zalman Sorotzkin explique que le temps est le bien le plus précieux de l'homme.
Ainsi, on se doit de chérir chaque minute, en s'assurant de l'utiliser au mieux.
Un moment perdu étant la plus grande perte possible de la vie, nous devons en prendre le deuil de ce "temps perdu" (qui est une sorte de suicide personnel : j'ai tué une partie de moi, de ma vie!).

["Il n’y a pas de perte pire, que la perte de temps" (Midrach Shmouel – Avot 5,23)]

Cependant, l'usurier (qui prête avec intérêts) se réjouit de la perte du temps, car il a conscience que ses profits matériels augmentent chaque jour qui passe.

Cette attitude est considérée comme contraire à la vision juive, c'est semblable à de l'hérésie, ce qui explique pourquoi c'est aussi gravement sanctionné par la Torah.

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"Ton argent ne lui donne pas en usure et avec intérêt ne donne pas ta nourriture. Je suis Hachem, votre D., Qui vous ai faits sortir de la terre d'Egypte" (Béhar 25,37-38)

-> Pourquoi la Torah juxtapose l’interdit de prêter à intérêt du fait de craindre Hachem?

Hachem, dans Sa grande bonté, est patient avec l’homme et ne le punit pas comme la rigueur l’exigerait.
Néanmoins, Hachem se comporte avec l’homme mesure pour mesure. Ainsi, si un homme prêterait à intérêt et demanderait à son emprunteur de payer plus que ce qu’il doit, alors Hachem Lui aussi se comportera à l’identique avec lui. Il lui fera payer ses fautes plus que ce qu’Il souhaitait le faire au départ dans Sa Bonté.
Ainsi, Hachem le punira avec bien plus de rigueur.

=> Pour cela, l’homme devrait redouter de prêter avec des intérêts, de crainte qu’Hachem aussi lui fasse payer ses fautes avec bien plus de rigueur qu’en temps normal.
[le Maharitz - rav Yossef Tsvi Doushinsky]

-> autre formulation de cet enseignement du rav Doushinsky :
Tout ce que l'homme possède, lui vient d'Hachem. Mais tout ce que nous avons, Il nous le donne en tant que prêt, qui appelle à être remboursé. Quand un homme reconnaît pleinement que c'est Hachem Qui lui donne tout et qu'il en éprouve une profonde reconnaissance qui le conduit à Le remercier de tout son coeur et Le servir du mieux qu'il peut en accomplissant les mitsvot de toutes ses forces, c'est de cette façon qu'il s'acquitte de sa dette.
Mais évidemment, compte tenu de l'importance et de l'abondance des Bontés Divines, jamais un homme ne pourra s'acquitter même d'un millième de sa dette, malgré tout son Service Divin. Mais Hachem dans Sa Miséricorde se suffit des efforts que l'homme fait pour Le servir et n'exige pas le remboursement total, sinon l'homme ne pourra jamais s'en acquitter.
Mais, comme nous le savons, Hachem se comporte avec l'homme mesure pour mesure. Quand un homme prête de l'argent à son prochain, s'il ne se contente pas d'être remboursé de la dette seule mais qu'il prend des intérêts, il s'expose alors à ce qu'Hachem Lui-aussi se montre strict quant au remboursement de Sa dette et qu'Il prenne même aussi des intérêts sur ce qu'Il lui confie. Evidemment, l'homme se trouverait alors dans une situation impossible.
Une personne qui craint Hachem et redoute que Lui aussi se montre sévère quant au remboursement de Sa dette, se gardera donc très scrupuleusement de ne pas prêter à intérêt.

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-> A partir de ce verset, nos Sages affirment que celui qui prête à intérêt, c’est comme s’il reniait la sortie d’Egypte. Pourquoi cela? Quel en est le lien?

Bien qu’Hachem annonça à Avraham la servitude de ses descendants, malgré tout les égyptiens furent grandement punis de les avoir opprimé. Mais pourtant ils étaient forcés d’asservir les juifs de par ce Décret Divin.
L’une des raisons est qu’ils ont fait souffrir les juifs plus que ce qu’ils devaient, et c’est sur ce surplus qu’ils furent punis.

Celui qui prête à intérêt pense qu’il est permis d’ajouter un surplus à la dette.
Pour lui, les égyptiens n’ont donc pas fauté en ajoutant un surplus à l’oppression des Juifs, et ils n’auraient donc pas dû être punis.
=> Cet homme en vient donc à devoir nier la sortie d’Egypte où les égyptiens furent punis.
[Rabbi Aharon Levine - haDrach véha'Iyoun]

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-> Pour expliquer le rapport entre l’interdiction de prendre des intérêts et la sortie d’Egypte, rabbi David Pinto (Pa’had David) explique :
"Quand quelqu’un prête de l’argent à intérêt, il s’attaque à la foi en Hachem, car il montre que Hachem n’a pas la force de lui envoyer Ses bienfaits, c’est pourquoi il prend des intérêts.
Il lèse aussi l’unité des juifs, car il ne tient pas compte du fait que les juifs sont responsables les uns des autres et qu’il faut aider le prochain, et il lui prend trop d’argent et lui rend la vie difficile.
De plus, il porte atteinte à l’alliance de la circoncision (brit), car le mot ribit (intérêts) est formé des mêmes lettres que brit, et la circoncision est l’un des signes grâce auxquels les bnei Israël ont été délivrés de l’Egypte.
Par conséquent celui qui prête à intérêt porte atteinte à la foi, à l’unité et à la circoncision, donc à la sortie d’Egypte, et c’est cela le rapport entre l’interdiction du prêt à intérêt et la sortie d’Egypte."

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-> "Ne lui donne point ton argent à intérêt, ni tes aliments pour en tirer profit. Je suis Hachem votre D., qui vous ai fait sortir du pays d’Egypte pour vous donner celui de Canaan, pour devenir votre D." (Béhar 25,37-38)

=> Quel lien relie l’interdiction de prêter à intérêt et la Sortie d’Egypte?

On peut citer :
1°/ "[Moi] qui ai su déceler le premier-né de celui qui ne l’était pas, je saurai aussi punir celui qui prête à intérêt à un juif en prétendant qu’il s’agit de l’argent appartenant à un païen". [Rachi]

2°/ Il est possible qu’un homme soit contrarié de devoir prêter sans aucun bénéfice l’argent qu’il a gagné à la sueur de son front. Cependant, il lui faut réfléchir: si quelqu’un lui offrait une grosse somme d’argent à condition qu’il la prête sans intérêt à l’un de ses fils au moment où il en aurait besoin, il accepterait de bon gré et n’y verrait aucun inconvénient. D. nous a fait sortir d’Egypte et nous a donné Son argent et Son or à condition que nous le prêtions sans intérêt à nos prochains. Pourquoi cela nous contrarierait-il?
Aussi, celui qui tient à toucher des intérêts lorsqu’il prête de l’argent renie nécessairement la Sortie d’Egypte et tous les bienfaits dont D. a gratifié Son Peuple. [Ktav Sofer]

3°/ Les Richonim posent la question : pourquoi les égyptiens ont-ils été punis d’avoir fait souffrir les Bné Israël?
Le décret était issu de D-ieu qui avait annoncé : "Ils les asserviront et les feront souffrir pendant 400 an".
Le Raavad répond que la faute des égyptiens tient à ce qu’ils ont asservi les Bné Israël avec dureté alors que le décret voulait que les Bné Israël soient simplement asservis. [voir Rambam - Hilkhot Téchouva 4]
Les égyptiens ont donc pris des intérêts aux Bné Israël : ils ont récolté leur dû (en les asservissant selon le Décret divin) mais ils ont ajouté les souffrances. Par conséquent, quiconque touche des intérêts transgresse le Commandement interdisant le prêt à intérêt et renie la Sortie d’Egypte. Il montre que, selon lui, les Egyptiens n’ont rien fait de mal et ne méritaient pas de punition. [Hadrach véa'Iyoun]

4°/ Le midrach [Sifra] enseigne : "‘Je suis Hachem votre D., qui vous ai fait sortir du pays d’Egypte‘ = c’est à cette condition que Je vous ai fait sortir du pays d’Égypte (que vous preniez sur vous la mitsva négative de ne pas prêter à intérêt - Ribiit). Car tous ceux qui reconnaissent la mitsva de Ribiit reconnaissent la Sortie d’Égypte, et tous ceux qui nient la mitsva de Ribiit, c’est comme s’ils niaient la Sortie d’Égypte".
[ le Torat Cohanim (Béhar) affirme : "Quand Hachem fit sortir le peuple juif d’Égypte, Il dit : "Je vous libère à condition que vous ne prêtiez pas intérêt"." ]
=> Pourquoi notre libération d’Egypte a-t-elle été soumise à cette condition?
Le Noda biYéhouda (Ahavat Tsion) fournit la réponse suivante : le but de la Sortie d’Egypte était de conduire le peuple juif en Terre d’Israël, et de lui procurer la protection et de lui permettre d’acquérir la vie du Monde futur (par l’accomplissement des mitsvot dont la majorité ne peut se réaliser qu’en Terre sainte).
Par ailleurs, la guémara (Kétoubot 111a) stipule que ceux décédés hors de la Terre d’Israël seront ramenés à la vie par un roulement de leurs os, les acheminant jusqu’en Terre sainte. Or, nos Sages (midrach Chémot Raba 31) enseignent que ceux qui prêtent à intérêt ne seront pas ramenés à la vie lors de la Résurrections des Morts. Cela signifie que leur sortie d’Egypte par Hachem et leur venue en Terre d’Israël étaient dépourvus de sens du fait que l’accès à la vie du Monde futur (le Monde de la Résurrection) leur sera refusé.
Nous comprenons, du coup, pourquoi D. a soumis notre libération d’Egypte à la condition de respecter la mitsva du Ribiit.

[ La guémara (Kétoubot 111a) affirme que celui qui ne meurt pas en Erets Israël souffrira lors de la résurrection des morts, parce qu’il devra rouler jusqu’à la Terre sainte, depuis son lieu de sépulture. C’est la raison pour laquelle Yaakov insista pour être enterré en terre d'Israël.
Tout ceci s’applique pour celui qui est digne de résurrection, mais pas pour celui qui prête avec intérêt. De ce fait, ce dernier n’a pas de raison de sortir d’Égypte et d’entrer en terre d'Israël, puisqu’il ne méritera pas de revivre, de toutes les façons. ]

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"Ne lui prends pas [d'intérêt] d'avance ni d'intérêt accru. Crains ton D. et que ton frère vive avec toi.
Ne lui fais pas payer d'intérêt d'avance pour ton argent et ne lui donne pas d'aliment pour lequel il devra payer un intérêt accru.
Je suis Hachem, votre D., qui vous a fait sortir d'Egypte afin de vous donner le pays de Canaan, [et] d'être pour vous un D." (Béhar 25,36-38)

-> En hébreu, l'intérêt est appelé : néché'h (נֶשֶׁךְ), de la racine : na'hach, signifiant une morsure venimeuse.
[le Kli Yakar dit que la racine : néché'h, est en connotation avec : néchi'ha (morsure), puisque l'emprunteur voit ses biens mordus par les intérêts pris. ]
En effet, lorsqu'un serpent mord un homme au talon, le venin ne le tue pas immédiatement.
L'homme mordu ne meurt que lorsque le poison atteint sa tête.
Ainsi, en est-il de l'intérêt : un homme qui paie un agio n'en ressent pas le mal immédiatement. Mais peu à peu, il perd son argent et reste sans un sou.
[...]

Si un homme prête de l'argent à un juif, c'est comme s'il niait Hachem et la sortie d'Egypte.
C'est pourquoi Hachem termine cette section en disant : "Je suis Hachem, votre D., qui vous a fait sortir d'Egypte".
Ceci signifie : "Quiconque prête de l'argent sans exiger d'intérêt accepte sur lui le joug du royaume céleste. Il accepte Hachem comme Maître et croit en la sortie d'Egypte."
[...]

La Torah dit : "Tu prendras un intérêt d'un étranger mais tu ne prendras pas d'intérêt de ton frère" (Dévarim 23,21).
Les non-juifs ne croient pas que Hachem surveille le monde ; ils attribuent tout événements à des causes naturelles. Ainsi, il est permis de leur prêter de l'argent à intérêt car cela cadre avec leurs croyances erronées.
Par contre, ton frère juif croit en la providence Divine ; ne lui prends pas d'intérêts.

Lorsque l'homme est jugé dans l'autre monde, certains anges se font ses avocats et d'autres, ses accusateurs.
L'homme coupable d'avoir prêté de l'argent à intérêt ne trouvera aucun avocat.

La punition pour cette faute figure parmi les plus sévères : le coupable ne revivra pas à la résurrection [des morts].
Le prophète : "Il a donné avec usure et pris un intérêt ; il ne vivra pas" (Yé'hezkel 18,13) = celui qui a pris un intérêt à son frère ne vivra pas, ni dans ce monde ni dans le prochain.
Il ne se lèvera pas lors de la résurrection [des morts], car ne croyant pas aux miracles, il ne pourra bénéficier de ce miracle suprême.
[...]

A ceux qui prêtent à intérêt, Hachem dit : "Pourquoi ne prenez-vous pas leçon des armées célestes que Je dirige en Haut? Chacune prête à l'autre sans intérêt.
Depuis l'hiver jusqu'à l'été, la nuit emprunte au jour ; de l'été à l'hivers, le jour emprunte à la nuit.
Lorsque tu prêtes de l'argent à ton ami, voudrais-tu l'engloutir par l'intérêt que tu lui prends ?!

C'est comme si tu Me demandais : Pourquoi ne prends-Tu pas d'intérêt sur la nourriture que Je te donne? Dois-Je prendre un intérêt sur les arbres que Je fais pousser? Dois-Je prendre un intérêt sur les étoiles et les planètes auxquelles Je fournis la lumière? Dois-Je prendre un intérêt sur l'âme que Je t'ai confiée? Dois-Je prendre un intérêt sur ton corps que Je finirai par garder? Si tu ne veux pas prêter à ton ami sans intérêt, J'en ferai autant avec toi ... Je ne te prendrai pas d'intérêt mais Je prendrai le capital : ton corps et ton âme. La terre gardera le principal, qui est ton corps, et Je ne te laisserai pas te lever à la résurrection."

[Méam Loez - Béhar 25,36-38]

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-> Le rabbi Yonathan de Prague disait : "Savez-vous pourquoi les usuriers ne connaîtront pas la résurrection des morts?
Parce que le jour où cela arrivera on leur dira : "Pourquoi vous réveiller? Continuez de dormir, vos intérêts ne cessent d'augmenter"."

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-> "N’accepte de sa part ni intérêt ni profit, mais crains ton Dieu, et que ton frère vive avec toi. Ne lui donne point ton argent à intérêt, ni tes aliments pour en tirer profit" (Béhar 25,36-37)

-> Le Ben Ich 'Haï commente :
Ces deux versets nous apprennent l’interdiction de prêter avec intérêt entre juifs. Si le principe est simple à comprendre, il y a ici une répétition entre les 2 versets qui semble complètement inutile.
Pour le comprendre on peut citer une histoire qui illustre le principe que les usuriers ne se relèvent pas à la résurrection des morts.
Il y avait à l’époque de rabbi Akiva Eiguer, un riche usurier qui avait construit toute sa richesse grâce à l’usure. quand il vint à mourir, La ‘Hevra Kadisha demanda à ses héritiers 2000 pièces d’argent au lieu des 20 pièces habituellement demandées pour une tombe. Les héritiers portèrent l’affaire devant le gouverneur qui convoqua le rav et lui ordonna de s’expliquer sur cette injustice. Rabbi Akiva Eiguer lui répondit que chez les juifs on n’achète pas une concession, mais on la loue jusqu’à la venue du machia'h, qui fera revivre les morts. Et comme nous espérons que ce soit très bientôt, 20 pièces d’argent sont une somme suffisante pour une courte durée. Mais cet usurier ne pourra pas se relever avec ses frères, il devra donc rester en terre un très long moment et cette location longue durée se traduit par un tarif de 2 000 pièces d’argent.

C’est exactement ce que l’on voit dans nos 2 versets :
- le premier (v.36) lui parle de la récompense de celui qui ne prêtera pas pas avec intérêt, "et que ton frère vive avec toi" (וְחֵי אָחִיךָ עִמָּךְ - vékhé a'hikha imakh) s’applique à la résurrection des morts, tu pourras toi aussi te relever avec lui si tu lui prêtes sans intérêt.
- Et "וּבְמַרְבִּית לֹא-תִתֵּן אָכְלֶךָ" (oumarbit lo titen okhlékha - littéralement : dans le profit ne met pas ta nourriture) veut dire qu’à cause du profit tu sera mangé, c’est-à-dire que le corps de l’usurier sera emprisonné dans la tombe qui est appelé "Mangeur" car elle mange la chair de l’homme enterré dedans.
=> Les versets ne se répètent donc pas, mais le premier nous explique que celui qui prête sans intérêt pourra se relever à la résurrection des morts tandis que l’usurier sera prisonnier de sa tombe à cause du profit fait grâce à l’usure.

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-> "Il a donné avec usure et pris un intérêt ; il ne vivra pas" (Yé'hezkel 18,13)
Le Malbim explique qu’il ne vivra pas dans le monde futur.
[on a vu précédemment le Méam Loez à ce sujet : celui qui a pris un intérêt à son frère ne vivra pas, ni dans ce monde ni dans le prochain. Il ne se lèvera pas lors de la résurrection [des morts], car ne croyant pas aux miracles, il ne pourra bénéficier de ce miracle suprême. ]

-> La guémara (Sanhédrin 92b) décrit la fameuse prophétie de Yé’hezkel, quand il fit ressusciter des gens ayant commis de très graves fautes ou n’ayant pas eu le mérite d’accomplir des mitsvot.
Le Pirké déRabbi Eliézer (chap. 32) précise que le prophète put ressusciter tout le monde, à l’exception d’un homme. Quand il demanda pourquoi cet individu ne pouvait pas revivre, on lui répondit que c’était à cause de ses prêts avec intérêt.

-> Le rav Yéhonathan Gefen écrit :
Pourquoi seule cette faute entraîne-t-elle une conséquence si grave? [ne pas revivre]
Celui qui vient demander un prêt se trouve dans une situation désespérée, l’aider revient à "lui redonner vie", comme le verset l’affirme : "Il vivra avec toi" = c’est-à-dire qu’il sera en mesure de pourvoir à ses besoins.
Mais quand on lui prête avec intérêt, on ne le sauve pas, étant donné qu’il devra ensuite rembourser plus que la somme empruntée. Ainsi, mesure pour mesure, le prêteur ne méritera pas la vie lors de la résurrection des morts, parce qu’il n’a pas donné la vie à ce pauvre. [d'après le ’Hafets ’Haïm (Ahavat ’Hessed - 2e partie - chap.16) ]

Cette réponse semble logique, mais elle ne suffit pas. En effet, plusieurs autres mitsvot enjoignent d’aider l’indigent (comme la tsédaka [charité], l’hospitalité, et autres formes de ’Hessed), mais dans aucun de ces cas, celui qui s’empêche d’aider le pauvre en refusant d’accomplir ces commandements n’est puni si sévèrement.

Quand on prête avec intérêt, c’est pire que de ne pas du tout aider le pauvre, parce que l’on empire sa situation on intensifie son "manque de vie". D’où le mot Néché'h, qui signifie littéralement "morsure". Quand on emprunte avec intérêt, le préjudice du Ribbit ressemble à la morsure d’un serpent. Celle-ci grossit et s’étend dans tout le corps, elle est très nuisible.
[...]

Cette idée peut s’appliquer à différents domaines de la vie. Par exemple, si quelqu’un s’engage à donner une certaine somme à un nécessiteux ou à une personne récoltant des fonds pour une noble cause. C’est bien sûr une grande Mitsva, mais parfois l’engagement n’est pas tenu tout de suite et quand la personne qui doit recevoir l’argent revient à la charge, le donateur ne lui répond pas. Ceci peut générer une grande angoisse, plus grande encore que s’il ne s’était pas engagé du tout. Idem pour les autres sortes de ’Hessed – il faut veiller à ne pas causer plus de souffrance à la personne qui est déjà dans le besoin.

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-> "N’accepte de sa part ni intérêt ni profit, mais crains ton D., et que ton frère vive avec toi" (Béhar 25,36)

Il est écrit dans la guémara (Baba Metsia 71a) au nom de Rabbi Yossi : "Rends-toi compte de l’aveuglement de ceux qui prêtent à intérêt : ils sont traités de racha, pénètrent dans la vie privée d’autrui, amènent des témoins, un scribe muni d’une plume et d’encre, et font écrire et signer des contrats. Une telle personne fait preuve de reniement face au D. d’Israël."

=> En quoi celui qui transgresse cet interdit était différent de tout autre pécheur, pour être défini comme "ayant renié le D. d’Israël" ?

Le ‘Hazon Ich a alors répondu :
"Nos Sages expliquent que la subsistance de chacun est déterminée d’un Roch Hachana à l’autre. Celui qui prête à intérêt montre par son attitude que d’après lui, la part qui lui est destinée ne peut lui parvenir comme cela a été décrété dans le Ciel mais plutôt par des chemins tortueux, en donnant de l’argent avec intérêt. De surcroît, il se lève et le confirme par un écrit et une signature ... il s’agit donc d’un reniement absolu du D. d’Israël."

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-> "Ne lui donne point ton argent à intérêt, ni tes aliments pour en tirer profit" (Béhar 25,37)

Le roi Chlomo affirme : "Donner au pauvre, c’est prêter à D., qui paie à chacun son dû" (Michlé 19,17).
Ainsi, en d’autres termes celui qui donne de la tsédaka à l’indigent prête en quelque sorte au Créateur, qui lui remboursera cet emprunt et lui ajoutera encore davantage pour son bienfait, comme il est dit : "Attendez-Moi à cette épreuve, dit Hachem : [vous verrez] si Je n’ouvre pas en votre faveur les cataractes du ciel, si Je ne répands pas sur vous la bénédiction au-delà de toute mesure" (Malakhi 3,10).

=> Comment expliquer que Hachem, qui observe toute la Torah, rembourse à l’homme davantage que ce qu’il a donné au pauvre? Cette action ne s’apparente-t-elle pas à l’interdit de ribit [prêter ou emprunter à intérêt]?

Rabbi Barou'h Yérouchalmi (Barou'h Mibanim) répond : Hachem n’est pas le réel emprunteur de l’argent ; Il ne l’est que dans la mesure où Il rembourse à la place de l’indigent qui, lui, est le débiteur.
Or, l’interdit de ribit ne s’applique qu’au débiteur et au créditeur ; aussi, Hachem a le droit de rembourser à ce dernier davantage que ce qu’il a prêté.

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-> b'h, voir également : http://todahm.com/2020/09/09/36871