Les bikourim = avoir conscience de la grandeur de chaque juif

+ Les bikourim = avoir conscience de la grandeur de chaque juif :

-> La Michna (Bikourim 3,3) enseigne que lorsque ceux qui apportaient leurs prémices (bikourim) arrivaient à proximité de Jérusalem, ses habitants envoyaient alors une procession afin de parer les prémices de toutes sortes d'ornements. Les gens importants sortaient alors afin d’accueillir les arrivants suivant leur rang, et tous les artisans de Jérusalem se tenaient devant les pèlerins et demandaient de leurs nouvelles ("Frères de tel endroit, êtes-vous en paix ?", disaient-ils).

-> Le Yisma'h Israël demande : pourquoi accordait-on autant d'honneurs à ceux qui apportaient leurs prémices?
Et il répond de la manière suivante :
"Car grâce à cette mitsva chacun pouvait être témoin de la bonté d'Hachem. Car même une 'petite' mitsva qu'un paysan accomplissait dans son champ, ne serait-ce qu’en pensée en songeant à la toute jeune figue fraîchement sortie pour la consacrer à Hachem, avait une importance telle pour Hachem qu'Il ordonnait au juif qui apportait ces prémices de sa terre au Temple, de lire devant le Cohen un passage de la Torah marquant sa reconnaissance.
C'est pourquoi l'accueil des arrivants se faisait en ''grande pompe'', afin de montrer que la mitsva la plus 'simple' du juif le plus simple, qu'il accomplissait de la manière la plus simple possible (par une simple pensée), était agréée par Hachem avec amour et miséricorde, et que tous les anges du Ciel ornaient cette mitsva de plusieurs couronnes.
Chacun pourra y puiser un réconfort, car quelle que soit sa situation, s'il avait mérité de n'accomplir qu'une seule mitsva et de n’avoir qu'une seule bonne pensée au cours de toute son existence, cela aurait néanmoins valu la peine qu'il vienne dans ce monde."

<--->

-> Le rav Elimélé'h Biderman enseigne :
cela signifie que, dans cette période [d'Elloul] où Hachem nous appelle au réveil spirituel et au repentir, il peut arriver à l'homme de penser à tort : "Pourquoi commencerais-je à travailler sur moi-même et à me rapprocher? De toute façon, je n'arriverai jamais au sommet!"
La réponse à cette (fausse) question est que la moindre petite action qu'un homme accomplit en l'honneur d'Hachem, suivant son niveau personnel, est considérée dans le Ciel comme un acte d'une immense envergure.
Et petit à petit, il méritera de parvenir au but souhaité.

"Hachem t’a glorifié à son tour en te conviant à être Son Peuple privilégié ... Il veut que tu deviennes la première de toutes les Nations qu’Il a faites, pour la louange, pour le nom et pour la splendeur ; et pour que tu sois un Peuple consacré à Hachem, ton D., comme il l’a déclaré" (Ki Tavo 26,18-19).

-> Le Baal HaTourim explique ainsi l’expression : "pour la louange, pour le nom et pour la splendeur" = "Autant que les juifs louent et glorifient le Nom, autant cela sera splendeur pour eux".
Ainsi, cite-t-il la guémara (Méguila 15b) : Dans le futur, Hachem sera une couronne sur la tête de chaque tsadik, comme il est dit : ‘En ce jour, Hachem sera une couronne de gloire et un splendide diadème’ (Yéchayahou 28, 5)."
Le Baal Hatourim explique alors : "Cette couronne par laquelle ils ont couronné Hachem lors de leurs prières, leur reviendra sur eux. En revanche, celui qui prononce des paroles profanes à la synagogue, verra son corps entouré de ronces."

"(toutes les malédictions t’arriveront) parce que tu n’auras pas servi Hachem ton D. avec joie et contentement de coeur" (Ki Tavo 28,47)

-> Le rav ‘Haïm de Volozhin explique la raison de la juxtaposition de ce verset avec le suivant : "Tu serviras ton ennemi" :
"Hachem affirme : un tel service d’Hachem qui ne provient pas de la joie et du contentement est décrit comme "tu serviras ton ennemi" (le yétser ara), et non ton Créateur.
Car, il ne faut servir Hachem que dans la joie et le contentement du coeur (ainsi, une telle personne serait châtiée, mesure pour mesure, de devoir servir ses ennemis)."

<--->

+ Elloul : joie & crainte d'Hachem

-> Au mois d'Elloul, nous avons un devoir de nous renforcer dans la crainte de D. (ex: en s'imaginant réellement notre jugement à Roch Hachana où rien ne pourra être caché [aucune pensée, aucune vision, acte, ...], à quel point nous devrons rendre des comptes et à quel point toute notre vie à venir dépendra de ce jugement!).
Par contre, il est absolument hors de question de céder pour autant à la tristesse et on doit la bannir de notre coeur.

-> Le rav Elimélé'h Biderman enseigne :
Un verset nous enseigne d’ailleurs explicitement ce devoir d’être joyeux pendant le mois d’Elloul.
En effet, il est écrit : "Que les cieux se réjouissent, que la terre soit remplie d’allégresse, que la mer gronde avec son contenu! Que les champs exultent avec tout ce qu’ils contiennent, que les arbres de la forêt résonnent joyeusement à l’approche d’Hachem. Car Il vient, Il vient pour juger la terre" (Téhilim 96,11-13).
Cela montre bien qu’avant le moment du jugement, le monde entier réside dans la joie, ce qui pour nous est une leçon : combien devons-nous être joyeux durant le mois d’Elloul qui est situé avant celui de Tichri.

Lorsque l’on demanda à rav Yaakov Kazlik quel était le devoir d’un juif pendant le mois d’Elloul, il répondit : "Nous devons nous réjouir immensément d’avoir piégé le ‘voleur’ (à savoir le yétser ara)! "
Ajoutons nous aussi à ses paroles : "Même si nous ne l’avons pas encore piégé et qu’il n’a pas encore été livré dans nos mains, cependant, grâce à la joie, nous parviendrons à le vaincre!"

Le fait qu’il nous faille veiller à ne pas gaspiller un seul instant de cette période ne s’oppose en rien à la joie que nous devons ressentir. Cela ressemble à une mère qui, remplie de compassion à chaque instant pour son fils bien-aimé, s’inquiète de tout ce qui pourrait lui arriver (chutes, blessures, ...).
Il est évident qu’elle n’en serait pas triste pour autant. Au contraire, c’est précisément l’amour qu’elle porte à son fils qui la pousse à s’inquiéter de son bien-être et à veiller sur lui par-dessus tout.
Il en est de même de ces jours-ci : c’est justement parce qu’ils sont si importants que nous sommes tenus d’en utiliser chaque instant à bon escient. Mais loin de nous d’être triste pour autant!

"Parce que tu n'auras pas servi Hachem ton D. avec joie" (Ki Tavo 28,47)

-> Rabbi Nissim Yaguen enseigne :
Après que avoir énuméré toutes les malédictions réservées à celui qui ne va pas dans ses voies et n'applique pas la volonté d'Hachem, la Torah conclut par ce verset.

Une énorme accusation est prononcée à l'encontre de celui qui ne sert pas son Créateur "avec joie et contentement de cœur", car les mitsvot lui semblent une lourde charge.

Hachem nous demande de Le servir avec joie.
Se lever tous les jours joyeux, porter les téfilin avec joie, prier avec joie, et durant toute la journée se réjouir et profiter de l'application des mitsvot de la Torah ...
=> Comment réussir à être constamment joyeux? Quel est le secret qui rendra l'homme toujours heureux dans l'application de la Torah et des mitsvot?
Par quelle force trouverons-nous dans chaque mitsva une source de profit, et non un fardeau ou une charge?

La réponse est enfouie dans le verset : "En ce jour, Hachem ton D. te recommande d'exécuter ces diverses lois et ces statuts" (Ki Tavo 26,16).
Rachi explique : "Qu'ils te paraissent nouveaux chaque jour, comme si on te les avait ordonnés ce jour-là".

Imaginez que le Steïpler en personne vienne vous demander de lui rendre un service, avec quelle joie et enthousiasme vous vous empresseriez d'agir.
Essayons d'imaginer que le 'Hafets 'Haïm aurait une demande, ou Rabbi Chimon bar Yo'haï ...
Notre exaltation serait difficile à décrire d'avoir un tel mérite ...
Si Rabbi Chimon bar Yo'haï se dévoilait à moi et me demandait de bien prier, je prendrais en main un livre de prières kabbalistes et commencerais à prier doucement en me concentrant sur chaque mot.

Comment dois-je me comporter lorsque Hachem se dévoile à moi et m'ordonne : "Et tu mangeras, et tu te rassasieras et tu rendras grâce"? Pourquoi mon birkat hamazon a-t-il si pauvre allure?

Hachem nous demande quotidiennement : "Appliquez devant Moi telle et telle mitsva".
Pourquoi ne sommes-nous pas choqués par la puissance de cet ordre? Pourquoi ne ressentons-nous pas un sentiment incommensurable?

Le Créateur du monde en personne tape à notre porte ...
Nous sommes stupéfaits : "Maître du monde, pourquoi t'es-Tu dérangé?"
Il nous répond : "Je veux que tu fasses quelque chose".
Nous devons tenter de nous connecter ainsi lorsque nous appliquons les mitsvot.
Chaque fois que nous mettons les téfilin, pensons que Hachem vient nous demander de faire quelque chose pour Lui ...

Si nous réussissons à ressentir cela même durant l'application de la mitsva du Shabbath, nous aurons la force de vaincre la puissance de l'habitude enfouie en nous.
Dès que l'épouse allume les lumières du Shabbath, elle doit penser : "Le Maître du monde vient de me demander d'allumer les bougies ... Il vient également de m'indiquer de couvrir la table avec une belle nappe, de bien m'habiller et non d'allumer en chemise de nuit ..."

Bien heureux celui qui se souvient à chaque instant de ce que lui demande Hachem notre D.!

Rafram bar Pappa a dit au nom de rav 'Hisda : Depuis le jour où le Temple a été détruit, la pluie n'est plus jamais tombée du trésor bienfaisant (otsar tov), dont il est dit : "Hachem ouvrira pour toi son bienfaisant trésor" (Ki Tavo 28,12).
Lorsqu'Israël accomplit la volonté d'Hachem et lorsqu'Israël réside sur sa terre, les pluies qui tombent proviennent du "otsar tov". Mais lorsqu'Israël ne réside pas sur sa terre, les pluies ne tombent pas du "otsar tov".
[guémara Baba Batra 25b]

<--->

=> Que signifie : "Hachem ouvrira pour toi son bienfaisant trésor"?

-> Le 'Hatam Sofer explique :
D'après les lois naturelles, la pluie est produite à partir de l'humidité des océans et de la terre. Cependant, lorsque le peuple juif accomplit la volonté de son Créateur, Hachem ouvre Son trésor Céleste pour faire tomber les pluies depuis ce trésor bienfaisant, même s'il n'y a pas d'humidité ici-bas.

-> Le Zohar enseigne :
Avant la destruction du Temple, les pluies provenaient des eaux qui se trouvaient au-dessus du firmament et qui constituent le trésor bienfaisant (otsar tov).
Après la chute du Temple, les pluies provenaient des eaux qui sont au-dessous du firmament : elles tombent simplement du Ciel.
Evidemment, les pluies du trésor bienfaisant assuraient à la terre une fertilité très supérieure à celles venues aujourd'hui depuis le Ciel.

[c'est au 2e jour de la Création que Hachem opéra une séparation entre les eaux qui sont au-dessous du firmament et les eaux qui sont au-dessus du firmament (Béréchit 1,7). Hachem détient seul 4 clefs, dont celle du "otsar tov", qui est le réservoir des eaux d'en-haut (au-dessus du firmament).]

-> Le Kli Yakar écrit :
"Son bienfaisant trésor" = c’est le trésor qu’Hachem remplit avec la crainte du Ciel qui est en toi, car c’est cela qui constitue le trésor d’Hachem, comme il est écrit : "La crainte du Ciel, voilà quel est son trésor" (Yéchayahou 33,6), ‘son trésor’ désignant celui d’Hachem, comme l’explique Rabbénou Bé’hayé (Yitro 19,5) : tout roi constitue un trésor d’une chose qu’il ne trouve pas fréquemment (par exemple, des joyaux).
Or, la guémara (Béra'hot 33b) nous enseigne que : "tout est entre les mains d’Hachem, sauf la crainte du Ciel".
C’est pourquoi Hachem récupère cette crainte du Ciel qui est en l’homme pour en former Son trésor royal. Tu pourras peut-être, dès lors, te tromper en pensant qu’Hachem a une quelconque utilité de ce trésor, aussi est-il précisé dans le verset : "Hachem ouvrira pour toi Son bienfaisant trésor."
Hachem n’a aucun besoin de ce trésor, mais Il le conserve soigneusement afin de te prodiguer, à partir de celui-ci, tout ce dont tu as besoin et toute ta subsistance. Il ne remet les clés de ce trésor à aucun émissaire mais c’est Lui-même qui les détient, car ce trésor-ci lui est très cher.

-> Le Parachat Dérakhim dit :
Les pluies qui proviennent du trésor bienfaisant (otsar tov) ne tombent que sur la terre d'Israël et c'est Hachem Lui-même qui les suscite, avec abondance.
Par contre, les pluies qui ne proviennent pas du otsar tov, c'est un intermédiaire qui les suscite.

<--->

=> Pourquoi depuis la destruction du Temple les pluies ne proviennent plus du otsar tov?

-> Le Iyoun Yaakov enseigne :
Dans la guémara (Taanit 8a), rabbi Assi a dit : "Les pluies tombent depuis le trésor bienfaisant (otsar tov) uniquement grâce à ceux qui ont de la émouna", comme par exemple ceux qui sont honnêtes dans les affaires ou bien les agriculteurs qui labourent et sèment en faisant confiance en Hachem dans leur investissement en argent et en temps, car ils ignorent la productivité de leur terre ensemencée.
Or, dans la guémara (Soucca 48a), il est dit que les baalé émouna ont disparu depuis la destruction du Temple et l'exil des juifs.
C'est pourquoi, depuis la destruction du Temple, les pluies bienfaisantes du otsar tov ont disparu dans le monde.

-> Le Rékanati écrit :
Le otsar tov est la source de vie d'où partent l'abondance et la bénédiction ininterrompues, notamment sous forme de pluies bienfaisantes.
Cependant, après la destruction du Temple, l'abondance pouvait encore exister, mais elle provenait des forces d'impureté.

-> Le Maharal ('Hidouché Agadot) dit :
Dans la guémara (Baba Batra 25b), Rafram ben Pappa a dit, au nom de rav 'Hisda : Depuis la destruction du Temple, le vent du Sud n'a plus jamais apporté la pluie bienfaisante, car le véritable bien (tov) a disparu du monde.
C'est pourquoi, depuis la destruction du Temple, les pluies ne proviennent plus du trésor bienfaisant (otsar tov).

La crainte de la punition = base de toute élévation spirituelle

Mais si tu n'écoutes pas la voix d'Hachem, ton D. : si tu n'as pas soin d'observer tous ses préceptes et ses lois que je te recommande en ce jour, toutes ces malédictions se réaliseront contre toi (Ki Tavo 28,15)

-> La Paracha de Ki Tavo parle essentiellement des bénédictions et des malédictions qu'Hachem prévoit pour ceux qui obéissent et ceux qui désobéissent aux mitsvot de la Torah. Ce thème de récompense et punition est assez présent dans la Torah. Si la Torah insiste beaucoup sur le sujet des punitions pour les fautes, c'est qu'elle souhaite que nous nous en imprégnons et que nous en venons à servir Hachem de par la crainte de la sanction.

=> Mais cela est étonnant. En effet, apparemment ce niveau ne semble pas être le plus louable.
Servir Hachem pour ne pas être puni est un culte intéressé, où l'homme recherche son bien-être. Il eut mieux fallu que notre service d'Hachem soit basé sur la crainte devant la Grandeur d'Hachem. On aurait plutôt dû encourager l'homme à méditer sur la Grandeur Infinie d'Hachem, Sa Bonté sans limite... Et ainsi, on aurait accompli les mitsvot pour ne pas se retrouver manquant devant la Perfection Divine.
A l'image de celui qui se présente devant un grand roi, qui chercherait à se trouver propre et dans sa meilleure posture.
Ainsi, pourquoi la Torah donne-t-elle la primeur à la crainte de la punition, qui est moins élevée?

La réponse à cette question est que certes la crainte devant la Majesté Divine est la plus haute. Mais on ne peut l'acquérir sans avoir intégré au préalable la crainte de la punition.
Celle-ci doit être la base et la fondation de tout le service d'Hachem. Certes ce n'est pas le plus haut niveau, mais aucun niveau plus haut ne pourra être atteint sans avoir posé cette crainte-là. C'est pour cela que la Torah
insiste tant dessus. Car elle est la base de toute élévation spirituelle.

=> Mais pourquoi en est-il ainsi ?
En fait, l'homme est composé d'un corps et d'une âme. L'âme n'aspire qu'à s'approcher d'Hachem. Mais le corps, du fait de sa matérialité et de sa recherche du bien-être et des plaisirs physiques, empêche l'âme de s'exprimer et de pousser l'homme vers le chemin de la proximité avec Hachem.
Tout éloignement et infraction de la Torah ne sont dus qu'au fait de la matérialité et du mauvais penchant, qui se résument en la recherche de satisfaction physique. C'est cela qui éloigne l'homme d'Hachem.
Et tant que la voix du corps retentit, celle de l'âme est étouffée.
Ainsi, avant tout, l'homme ne peut commencer à s'élever vers Hachem que s'il arrive à raffiner le corps et à neutraliser les tendances qui l'empêtrent dans la matérialité. Et c'est pour atteindre cet objectif que la Torah demande à l'homme de travailler de toute urgence la crainte de la punition. C'est cette crainte qui aura la force de repousser les tendances du mauvais penchant. En effet, le corps ne comprend que le langage de la satisfaction et est sans cesse à la recherche du bien-être et du plaisir. S'il arrive donc à intégrer avec grande conviction que la faute vient contre son intérêt, car elle lui entraînera tôt ou tard les souffrances de la punition, il sera alors en mesure de repousser les tentations et les désirs du corps et du mauvais penchant.

Et une fois que la dimension grossièrement matérielle est repoussée, la voix de l'âme pourra se faire entendre. Dès lors, l'homme pourra commencer à évoluer dans le processus spirituel de rapprochement avec Hachem. Et tous les niveaux les plus élevés pourront progressivement être atteints.
Mais sans avoir dompté au préalable le corps par la crainte de la punition, il n'est pas encore envisageable d'accéder sainement aux niveaux plus élevés. Il en ressort bien que la base doit être la crainte de la punition, car c'est elle qui permet de réprimer le mauvais penchant en vue d'épanouir l'âme qui conduira alors l'homme pour se rapprocher d'Hachem.

Mais il y a encore un autre aspect des choses. En lisant notre paracha (Ki Tavo), on se rendra compte que les châtiments prévus pour les fautes sont d'une ampleur incroyable. 98 terribles malédictions sont prévues.
Bien plus, nos Sages nous enseignent que les punitions qu'Hachem envoie à l'homme dans ce monde pour ses fautes, sont insignifiantes par rapport à ce que devrait être la véritable sanction pour les transgressions de la Torah.
Ainsi, même les très sévères punitions énoncées dans notre paracha ne sont pas à la hauteur de ce qui devrait réellement arriver pour avoir fauté.
En méditant simplement à ceci, l'homme comprendra la gravité de la faute. Car si le péché entraîne de si dures conséquences, c'est qu'à l'évidence la faute est en elle-même redoutable.
Alors, par ce processus, l'homme passera de la peur de la punition à la peur de la faute elle-même. Il redoutera de commettre un acte qui engendre de tels effets, plus à cause de l'effet, mais désormais à cause de la conscience de ce que constitue la faute elle-même.
Il ne voudra pas se salir par de tels actes.
L'homme qui cherchera à se rapprocher d'Hachem, ce qui est la démarche la plus louable, saura que si la punition est si spectaculaire, c'est bien que la faute est tout au moins autant redoutable. De toute évidence, elle entrave donc le cheminement vers le perfectionnement de soi et vers la proximité avec Hachem.
La gravité de la punition éclairera donc l'homme sur la gravité de l'acte, et l'homme finira par s'éloigner de cet acte, non pas pour ne pas être puni, mais pour ne pas coller à son être de telles salissures qui l'écarteront d'Hachem.

De cette façon, on comprend autrement pourquoi la crainte de la faute est la base. Car c'est elle qui mènera à la conscience de la gravité de la faute, et ce n'est que par cela que l'homme saura s'écarter de la faute comme on s'écarte du feu, pour préserver cette pureté qui lui permettra de s'élever spirituellement.
Tout cela nous permettra de comprendre le méfait de celui qui faute parce qu'il n'a pas peur de la punition. En effet, un homme peut aussi fauter par faiblesse, poussé par ses pulsions. Une telle personne peut être consciente des punitions qu'entraîne la faute, mais il n'est pas encore assez fort et maître de soi pour maîtriser ses pulsions. Cet individu est moins répréhensible que celui qui faute sans scrupule, faisant totalement abstraction de la crainte de la punition.

La Torah nous apporte la preuve de la gravité d'une telle situation. En effet, la Torah parle dans la paracha de Nitsavim de celui qui se dit : "La paix sera sur moi", c'est-à-dire qu'il se leurre à penser que la punition ne l'atteindra pas, à son propos la Torah tranche : "Hachem ne voudra pas lui pardonner". C'est à dire que le fait de fauter sans craindre la punition est une chose tellement répréhensible, que cela entraîne qu'Hachem ne voudra même pas lui pardonner ses fautes. Et même si un jour il souhaite se repentir, ce sera très dur pour lui d'y arriver puisque si Hachem ne veut pas lui pardonner, Il ne l'aidera donc pas dans son repentir, car le repentir amène le pardon. Ainsi, ne pas vouloir pardonner revient donc à ne pas désirer le repentir.
Seulement, dans le prophète Yé'hezkel, Hachem dit : "Je jure que Je ne désire pas la mort du racha mais qu'il
se repente et qu'il vive". Il en ressort qu'en général, Hachem désire que le racha se repente, pour lui pardonner ses fautes. Mais celui qui se dérobe de la peur de la sanction et qui se dit "la paix sera sur moi" et "rien de mal ne m'arrivera", persistant de ce fait dans sa mauvaise voie, pour une telle personne, ni on veut lui pardonner, ni on désire son repentir.
Cela montre bien sa gravité même par rapport aux autres réchaïm. Et tout cela, uniquement parce qu'il ne craint pas la punition!

[Basé sur le Michnat Rabbi Aharon - du rabbi Aharon Kotler]

Vous garderez les paroles de cette alliance et vous les ferez pour que vous réussissiez tout ce que vous ferez (Ki Tavo 29,8)

-> Ce verset fait allusion au fait que celui qui garde son alliance, c'est-à-dire la sainteté de sa Mila (circoncision), en veillant à ne pas la profaner par tout ce qui se rapproche de l'impudicité, alors toutes les mitsvot qu'il réalisera auront une valeur encore plus grande et leur impact aura toute sa force.
Si "vous garderez les parole de cette alliance", allusion à l'alliance de la Mila, alors "vous réussirez tout ce que vous ferez", toutes les mitsvot que vous ferez sera alors une vraie réussite. Car l'un des piliers de toute la Torah, c'est de préserver son alliance, en gardant la sainteté de ses pensées, de ses yeux, de son corps ..., pour ne pas profaner son alliance (de la Mila) par tout type d'impudicité.
En veillant à cela, on élève et on renforce la valeur de toutes ses Mitsvot.
[Guinzé haMélé'h]

"Parce que tu n’auras pas servi Hachem, ton D., avec joie et contentement de cœur" (Ki Tavo 28,47)

=> Pourquoi ce verset se situe-t-il au milieu de la remontrance?

-> Cela nous enseigne que dans notre vie, même lorsque nous vivons des malheurs et des difficultés, nous devons toujours chercher à être joyeux.
La Torah liste les 98 malédictions de la remontrance et nos Sages disent que ces malédictions sont rectifiées par les 98 sacrifices qui sont apportés à Souccot.(14 moutons * 7 jours = 98)
A la fête de Souccot, nous sommes libérés de toutes les malédictions de la réprimande.

Le Avné Nézer explique :
La remontrance vient d'un manque de joie, comme il est dit : "parce que tu n’auras pas servi Hachem, ton D., avec joie et contentement de cœur".
A Souccot, nous servons Hachem avec joie et ainsi Souccot expie et nous sauve des 98 malédictions de la remontrance.

<----------------------------------->

-> Nous devons servir Hachem avec joie et "contentement de cœur" (bétouv lévav).
La guémara (Arakhin 11a) explique : "contentement de cœur" = avec des chants de remerciement et de louange.

Le Ramban enseigne que tout l’objectif d’une vie juive est de reconnaître son Créateur et de Le remercier.

[ainsi, si un juif accomplit les mitsvot, mais qu’il n’est pas rempli de joie et de reconnaissance envers Hachem, alors il passe à côté d’un service idéal, et se prive de bénédictions Divines.]

<----------------------------------->

-> "Parce que (תַּחַת אֲשֶׁר) tu n’auras pas servi Hachem, ton D., avec joie et contentement de cœur, au sein de l’abondance" (Ki Tavo 28,47)

Le verset commence par : "ta’hat achèr", signifiant littéralement : sous achèr.
Les lettres en-dessous, venant après celles du mot : "achèr", permettent de former : "Shabbath".

Ainsi, la Torah nous dit que la malédiction arrivera au peuple juif car ils ne se sont réjouis des délices du Shabbath.
[Bné Yissa’har – rapporté dans le Agra déKalla – Ki Tavo]

=> Nous devons nous réjouir du Shabbath, et les repas sont un excellent moyen d'y parvenir.
[en ce sens, il est bien de dire : li’hvod Shabbath (en l’honneur du Shabbath)]

"Même toute maladie et toute plaie que n'est pas écrite dans le Livre de cette Torah, Hachem les suscitera contre toi, jusqu'à t'anéantir" (Ki Tavo 28,61)

-> Le midrach explique que cette punition spéciale qui arrivera au peuple juif et qui n'est pas trouvée dans la Torah, est la mort des tsadikim.

-> Le rav Eliézer Friedman (Hadrat Yirmiya) dit que selon nos Sages chaque être humain, chaque animal, plante, pierre, ... toute création dans ce monde prend sa source dans les mots saints de la Torah.
Tout ce qu'il y a eu, tout ce qu'il y a et tout ce qu'il y aura, est inclus quelque part entre le 1er mot "béréchit" et les derniers mots de la Torah : "lééné kol Israël".
Ainsi, tous les détails de la vie d'une personne y sont rapportés.

Nos Sages (guémara Shabbath 33b) enseignent : "Les tsadikim sont pris [en mourant ou en souffrant] pour les fautes de la génération".

Même si un tsadik devait vivre une longue et abondante vie, si la génération dans laquelle il vit est mauvaise et que Hachem désire la punir, alors Il peut prendre la vie de ce tsadik pour expier les mauvaises actions des gens de son époque.
Ainsi, lorsqu'un tsadik meurt et que le nombre d'années de vie initialement écrites dans la Torah sont raccourcies, alors cela est désigné comme une punition pour sa génération, "qui n'est pas écrite dans la Torah".
En effet, ce n'est pas le même nombre d'années qu'il était initialement censé y avoir dans la vie du tsadik.

<--->

-> Le Noda Biyéhouda donne une explication allégorique.

Dans chacun des 5 livres de la Torah, Moché (qui y a retranscris les mots de Hachem) rapporte la mort de tsadikim :
- dans Béréchit = nous pleurons la mort de Noa'h, Avraham, Its'hak, Yaakov, et de Matriarches.
- dans Chémot = il y a la mort de Yossef et de ses frères.
- dans Vayikra = la mort des enfants d'Aharon.
- dans Bamidbar = les morts d'Aharon et de Myriam.
- le livre de Dévarim est le seul où il n'y a pas de mention de la mort d'un tsadik.
[la mort de Moché est rapportée à la fin de Dévarim, mais il était évidement encore en vie lorsqu'il a dit la réprimande dans le verset ci-dessus]

Ainsi, Moché a averti le peuple d'Israël que même ce qui n'est pas mentionné dans ce Livre de la Torah (Dévarim - la mort des tsadikim), sera amené sur eux comme punition.

"Vous vous tenez [debout] aujourd'hui, vous tous, devant Hachem votre D." (Nitsavim 29,9)

-> Selon le midrach, en entendant la liste des 98 malédictions de la remontrance (Ki Tavo - chap.28), les enfants d'Israël ont pâli de frayeur, certains que leur avenir était sans espoir.
Moché les réconforte donc en disant que malgré toutes les fautes passées, ils sont toujours "debout ... devant Hachem" : de même qu'Il ne les a pas exterminés jusqu'ici, Il continuera à les garder en vie.

-> Le Imré Emet enseigne :
Dans la Torah, il y a 2 [passages de] remontrances (to'hakhot) :
- un dans la paracha Bé'houkotaï = il s'agit de la punition que le peuple juif va recevoir s'ils fautent.
Cependant, Hachem aime Ses enfants. Ainsi, s'ils fautent, Il n'a alors pas d'autre choix que de les punir, à l'image d'un père qui doit punir son enfant pour lui enseigner le bon chemin.

- un autre dans la paracha Ki Tavo = il s'agit de la punition pour avoir causés de la peine, de la souffrance à Hachem, pour avoir punit Son enfant bien-aimé : le peuple juif.

La michna (Pirké Avot 4,2) enseigne : "une faute conduit à une autre faute". Cela s'explique par le fait que lorsqu'une personne faute, elle va forcer Hachem à agir en la punissant. Ainsi, en plus de la faute qu'elle a commise, elle va en faire une autre en donnant de la souffrance à papa Hachem.

Il en découle que les réprimandes/remontrances (to'hakhot) de la paracha bé'houkotaï conduisent à celles de Ki Tavo.

Moché voulait dire aux juifs que les remontrances de Ki Tavo intègrent une consolation, car l'unique raison faisant qu'ils ont reçu ces punitions, est parce qu'ils sont les enfants de Hachem.
Moché donne donc un encouragement au peuple d'Israël, en leur rappelant qu'ils sont les enfants d'Hachem. [et nous le resteront indépendamment de notre comportement!]

[certes pour nous éviter de fauter de nouveau, il y a une crainte de la punition, mais il y a surtout la conscience de l'amour infini de Hachem envers chaque juif (comment peut-on le décevoir, lui faire de la peine en agissant contrairement à Sa volonté!)]

<------------------------------------------------->

-> Le Divré Chaoul affirme que l’essentiel de la réprimande recelée par les malédictions réside dans la précision des nombres 98 et 49 (cf. Rachi).
En effet, lorsqu’on avertit quelqu’un qu’il va recevoir des coups sans lui en souligner le nombre ou en l’arrondissant, comme 50 ou 100, il peut supposer que c’est exagéré et qu’on lui en attribuera sans doute moins.
Par contre, l’évocation d’un nombre précis laisse entendre qu’il est exact et fixe.

C’est pourquoi, lorsque nos ancêtres entendirent les 98 malédictions, s’ajoutant aux 49 autres, ils prirent peur et pâlirent.