Recevoir la Torah – Quelques enseignements

+ Recevoir la Torah - Quelques enseignements :

=> Pourquoi est-ce que la Torah n'a-t-elle pas été donnée en Israël, la terre la plus propice à atteindre la sainteté?

-> c’est afin que les nations du monde n'aient pas une excuse, clamant que si la Torah aurait été donnée dans un lieu sans propriétaire, ils auraient également eu une part en elle.
Si la Torah aurait été transmise sur la terre des juifs, les nations du monde auraient pris cela comme un signe que la Torah est exclusivement du domaine de la nation juive. [alors que D. l'a proposée aux autres nations, et ils n'auront ainsi pas d'excuse lors de la venue du machia'h]
[midrach, cité dans le Tiféret haGuerchouni - Bamidbar]

-> Ce même midrach, rapporte que c'est afin que les tribus d’Israël ne se disputent pas le fait que la Torah soit donnée sur leur territoire.
De plus, le midrach (Bamidbar rabba 19,26) rapporte que la tribu d'où sera donné la Torah affirmera alors que sa tribu a un attachement plus fort avec la Torah.

-> si la Torah aurait été donnée en Israël, chaque tribu aurait ensuite été préoccupée par le fait de s'occuper de leurs champs et de leurs vignes, négligeant du coup l'étude de la Torah.
C'est pourquoi Hachem a transmis la Torah aux juifs dans le désert, et Il leur a fourni la manne du Ciel afin qu'ils soient libérés des poursuites matérielles, et qu'ils puissent se focaliser exclusivement sur l'étude de la Torah.
[Panéa'h Raza - Chémot 19,1]

-> si la Torah avait été donnée en terre d'Israël, les gens auraient cru à tord que son accomplissement dépendait du fait de vivre sur cette terre.
[rabbi Binyamin Wurzburger]

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-> La guémara (Shabbath 88b-89a) rapporte que "Quand Moché est monté au ciel pour recevoir la Torah de D.", les anges ont protesté devant D. : "Que fait un être humain parmi nous?"
Il leur a dit : "Il est venu pour recevoir la Torah".
Ils lui dirent : "Ce trésor ésotérique, qui est demeuré caché auprès de Toi pendant 974 générations avant la création du monde, Tu veux le donner à un être de chair et de sang? ... Place Ta gloire sur les cieux!"
Dit D. à Moché : "Réponds-leur".
[Moïse] dit : "Maître de l’Univers! Cette Torah que Tu me donnes, qu’est-ce qui y est écrit? “Je suis Hachem, ton D., qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte.” Êtes-vous descendus en Égypte? Avez-vous été asservis à Pharaon? Pourquoi la Torah vous reviendrait-elle? Que dit-elle d’autre? “Vous n’aurez pas de dieux étrangers.” Habitez-vous parmi les nations adoratrices d’idoles? Que dit-elle d’autre? “Souviens-toi du jour du Chabbat.” Travaillez-vous? ... Que dit-elle d’autre? “Ne fais pas de faux serment.” Faites-vous des affaires? Que dit-elle d’autre? “Honore ton père et ta mère.” Avez-vous des parents? Que dit-elle d’autre? “Tu ne tueras pas, tu ne commettras pas d’adultère, tu ne voleras pas.” Y a-t-il de la jalousie parmi vous? Avez-vous un mauvais penchant?"

=> A quoi les anges pensaient-ils en premier lieu? Est-ce que l'argument de Moché n'était-il pas évident : que la Torah est légitimement destinée à l'homme et non aux anges?

-> Les commentateurs expliquent que la Torah est entièrement composée de Noms d'Hachem et elle contient les secrets les plus profonds de la Création.
[pour cette raison la Torah n'a pas été donnée avec les voyelles et la ponctuation, puisqu'il y a plusieurs alternatives de lire la Torah qui sont au-delà de la compréhension humaine.
Selon le Radbaz (3,643), les lettres de la Torah sont comme un corps, tandis que les voyelles et la ponctuation en sont son âme.
C'est pourquoi il y a des enseignements plus profonds dans les voyelles de la Torah que dans ses lettres et mots en eux-mêmes. ]

Puisque l'homme est incapable d'apprécier la lumière cachée de la Torah, les anges ont argumenté qu'elle doit donc rester au Ciel.
Moché a répondu que les juifs ont un droit supérieur à la Torah : alors que les anges ne peuvent compter que sur leur facette purement spirituelle, les êtres humains ne sont pas uniquement capables d'étudier la Torah (bien qu'à un niveau inférieur aux anges), mais en plus ils peuvent l'accomplir d'une manière tangible.

-> Rabbi Yé'hezkel Abramsky ('Hazon Yé'hezkel - Kovets Maamarim) répond que certainement les anges savaient que la Torah n'était capable d'être mise en pratique que par les êtres humains.
Ils voulaient simplement que la sagesse de la Torah et la capacité de trancher les points douteux de la halakha reste au Ciel.
Moché a répondu que seul quelqu'un qui pratique la Torah est en position de convenablement la comprendre et de statuer sur ses décisions.
C'est la base du principe : "Torah lo bachamaïm hi" (la Torah n'est pas au Ciel), puisque la Torah suit l'interprétation des êtres humains qui pratiquent activement la Torah.
[quelque soit l'avis au Ciel, si nos Sages sur terre en décident autrement, c'est leur décision qui est adoptée.
En ce sens, voir le pouvoir de nos Sages : http://todahm.com/2018/10/10/7187-2 (dont les exemples de la guémara Baba Métsia où Hachem proclame : "Mes fils M'ont vaincu")]

-> Le rav Yonathan Eibschutz (Yaarot Dvach - vol.1 drouch 15) suggère une autre approche.
Certainement, les anges ont réalisé que c'est l'homme, et non les anges, qui étaient les destinataires de la Torah. Néanmoins, puisque le rôle des anges et de porter la volonté d'Hachem sur terre, ils voulaient être les agents qui allaient transmettre la Torah aux juifs.
C'est pourquoi, ils ont argumenté que puisque la Torah est un trésor spirituel convoité, sa transmission via les anges allait conférer un plus grand honneur à la Torah que si cela était transmis par le biais de simple mortel, comme Moché.
Moché a été d'accord qu'il convenait à la sainte Torah d'être transmise par l'agent le plus spirituellement élevé. Mais Moché a rétorqué que c'est l'homme, et non les anges, qui sont spirituellement supérieurs.
Moché a apporté une preuve des juifs qui ont été capables de surmonter un environnement si impur en Egypte.
Au moment de la sortie d'Egypte, il est écrit : "Je traverserai le pays d'Egypte cette nuit-là" (Chémot 12,12). Nos Sages déduisent que D. a Lui-même frappé les premiers-nés, sans envoyer un ange ou un émissaire pour le faire.
Le Zohar (I,117a) explique que l'impureté de l'Egypte était tellement forte, que même les anges pourraient en être impactés (spirituellement) s'ils venaient à y entrer, et c'est pour cela que D. Lui-même devait passer en Egypte afin d'y amener la dernière plaie.
Alors que tout ange aurait été incapable de survivre spirituellement à l'impureté très forte de l'Egypte, les juifs y ont survécu pendant toute leur période d'esclavage sans tomber au fin fond des profondeurs de l'impureté spirituelle.

[On peut également citer :
- Le midrach (Pirké déRabbi Eliezer - chap.22) rapporte que les anges ont été mis dans le monde à l'époque de Caïn, et ils ont tellement été attirés par la matérialité, qu'ils en sont venus à commettre les pires abominations.
[ces anges qui sont venus sur terre avant le Déluge, transformés en être humain, sont devenus de très grands fauteurs. Quelques soient les époques les juifs se battent continuellement contre leurs envies interdites, et parviennent au final à rester des personnes pieuses. (à l'image du tsadik qui tombe 7 fois, mais qui repart toujours de l'avant capitalisant sur sa téchouva)]
- Le rav Yaakov Galinsky enseigne que les anges qui sont venus détruire la ville de Sodome, ont développé un certain niveau de matérialité.
En effet, ils ont dit : "nous sommes sur le point de détruire ce lieu" (Béréchit 19,13), comme si c'était, par eux-mêmes, qu'ils possédaient le pouvoir de détruire.
En punition, ils ont été chassés de la présence divine pendant une durée de 138 ans (midrach Béréchit 50,9). ]

Le rav Yonathan Eibschutz conclut : tout cela démontre que les humains sont plus importants que les anges, et c'est pourquoi il convient davantage que les êtres humains qui soient les intermédiaires recevant la Torah pour l'homme. [ainsi à l'image de Moché, la Torah nous est transmise par nos Sages, et non par le biais des anges]

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-> La guémara (Shabbah 88b) rapporte que lorsque Hachem a dit aux anges qu'Il allait donner la Torah aux juifs sur le mont Sinaï, ils sont devenus jaloux et ont dit : "Maître du monde, la convoitée et précieuse Torah que Tu as au Ciel, as-Tu l'intention de la donner aux humains impurs et fauteurs?"

=> Cette guémara, ainsi que d'autres sources (ex: Rachi Béréchit 1,26 ; Tossafot Béra'hot 3a ; Zohar I intro 5a&9b), nous montre clairement que les anges possède un trait de jalousie.
Cependant d'autres sources explicites (ex: guémara Shabbath 89a ; midrach Vayikra rabba 9,9) affirment que les anges n'ont aucune jalousie.
Comment comprendre cette contradiction?

On peut citer comme explications :
1°/ les anges ne sont pas jaloux des autres anges, même de ceux qui sont à des niveaux plus élevés (dont proches d'Hachem).
Cependant, les anges sont jaloux des êtres humains, qui proviennent de la terre, possédant de grandes qualités spirituelles à égalité avec les anges eux-mêmes.
[Divré David (l'auteur du Touré Zahav) - Béréchit 1,26 ; Zohar 'Hadach (Chir haChirim 69b)]

2°/ Rabbénou Bé'hayé (Vaéra 6,3) n'est pas d'accord.
Selon lui, il est certain que les anges ne possèdent pas le trait de la jalousie.
D'abord, la jalousie est le résultat du yétser ara (mauvais penchant), et les anges ne possèdent pas de yétser ara.
Un paysan ne sera pas jaloux du roi, ni un fou d'un sage, puisque leur position dans la vie est si totalement différente l'une de l'autre.
[la guémara (Avoda Zara 55a) explique cette idée que l'on est vraiment jaloux que de ce qui est dans la même sphère atteignable que nous. (en général, je ne jalouse pas ce que je sais inatteignable pour moi)]
C'est pourquoi, lorsque l'on parle de "jalousie" en allusion aux anges, cela est une expression empruntée et signifie simplement qu'ils n'ont aucune idée de pourquoi un simple être matériel doit recevoir un trésor spirituel si énorme : la Torah.

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+ Honneur à la Torah & étude :

-> La guémara (Méguila 21a) analyse une apparente contradiction entre 2 versets au sujet de la position de Moché lorsqu'il étudie la Torah avec Hachem.
Un verset dit : "je me suis assis sur la montagne" (Ekev 9,9), tandis qu'un autre dit : "je me suis tenu debout sur la montagne" (Ekev 10,10).
Une réponse donnée par la guémara est que Moché étudiait les passages faciles debout, et les parties difficiles [de la Torah] assis.

-> Rabbi 'Haïm de Volozhin (Peninim méChoul'han Gavoa - Ekev 9,9) explique qu'idéalement on devrait toujours être debout lorsque l'on étudie la Torah afin d'accorder à la Torah l'honneur qui lui revient.
Cependant, lorsque l'on étudie un passage difficile de la Torah, une personne n'est pas capable de pleinement se concentrer sur le sujet à moins qu'il ne soit assis.
Pour lui, lorsque nous sommes confrontés à ces 2 idéaux : témoigner de l'honneur à la Torah versus l'étude à proprement dite de la Torah, cette guémara démontre que l'étude de la Torah a la priorité.

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+ Une transmission joyeuse :

-> La guémara (Nédarim 38a) dit que : "le pilpoul (art de la dialectique) de la Torah a été donné à l'origine uniquement à Moché et à ses descendants, mais Moché a agi avec magnanimité, et il l'a donné à tout Israël".

Il est certain que cette affirmation ne peut pas être comprise telle quelle, puisque la Torah ne peut être correctement comprise que par le biais du pilpoul, et il n'y a pas de doute que dès le début Hachem avait l'intention que cet aspect de la Torah soit transmis à tout Israël.
=> Comment comprendre cela?

-> Le rav Avraham Pam répond que la Torah ne peut être transmise que par quelqu'un qui désire joyeuse la partager à d'autres.
Moché a été choisi pour recevoir la Torah précisément parce qu'Hachem savait qu'il avait un esprit magnanime.
A tel point que le 'Hatam Sofer (début de 'Houkat) écrit que lorsque Hachem a enseigné à Moché les secrets des lois de la vache rousse et lui a donné l'instruction qu'il n'avait pas le droit de les révéler, alors cela a causé énormément de peine à Moché, et il ressentait que cela aurait été mieux s'il n'avait jamais appris ces secrets plutôt que de les avoir appris et être incapable de les partager avec autrui.

Les Sages (midrach Tan'houma Chémot 16) comparent un sage en Torah aux nombreux ornements que porte une mariée.
De même qu'il est de coutume pour une mariée de montrer joyeusement ses bijoux à tous ses amis et connaissances, de même un sage en Torah aime la Torah tellement qu'il ne peut pas la garder à l'intérieur de lui, mais plutôt la partager avec tous ceux qui souhaitent l'entendre.
Le rav Avraham Pam rapporte qu'il a été de nombreuses fois témoins d'à quel point lorsque de grands sages en Torah découvraient une nouvelle idée de Torah, ils étaient joyeux de pouvoir la partager avec la première personne qu'il rencontrait, même à un jeune étudiant en Torah, d'une façon similaire à une personne qui gagnerait à la loterie ou qui trouverait un trésor cher et qui le montrerait avec excitation avec tout ceux qui sont autour de lui.

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+ Un cadeau aux humbles :

-> Dans la fameuse lettre du Ramban à son fils, il exalte la qualité de l'humilité : "l'humilité est le trait de caractère le plus positif, comme nous trouvons que c'est la seule qualité pour laquelle la Torah va louer Moché. En conséquence de son humilité, Moché a mérité de devenir celui qui va transmettre la Torah [à Israël] et devenir le maître de tous les prophètes".

-> Rabbi Moché Yé'hiel Epstein (Ech Dat vol.11) explique que même Moché n'était pas digne d'apprendre la Torah directement d'Hachem.
Pour cette raison, Moché n'arrêtait pas d'oublier la Torah que Hachem lui enseignée pendant la durée qu'il a passé au Ciel, jusqu'à ce qu'Hachem lui donne la Torah comme un cadeau. [guémara Nédarim 38a ; midrach Chémot rabba 41]
Moché a mérité de recevoir la Torah comme un cadeau car il a trouvé grâce ('hen - חֵן) aux yeux d'Hachem en résultat de son humilité, comme il est écrit : "aux humbles Il donne la grâce" (laanavim yiten 'hen - Michlé 3,34).

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-> Le rav Yérou'ham Lévovitz (Daat Torah - Chémot) commente qu'avant que quelqu'un ne commence à étudier la Torah, il doit maîtriser l'alphabet hébraïque.
La nation juive a étudié le "alef-beit" au mont Sinaï en préparation de la réception de la Torah.
Le "aléf-beit" pour accepter la Torah consiste principalement à internaliser humblement l'attitude qu'on est redevable d'obligations envers Hachem, sans fanfare ni grandiosité pieuse.

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-> "Lorsqu'Israël s'est tenu au mont Sinaï, leur impureté a été retirée" (guémara Shabbath 146a).
=> Pourquoi la guémara attribue l'élimination de leur impureté à leur position au mont Sinaï, plutôt qu'en raison de leur acceptation de la Torah?

-> Le Ben Ich 'Haï (Benayahou - Shabbath 146a) explique que leur retour à l'état original de non contamination par la faute (pur comme Adam avant la faute), a été le résultat de leur humilité.
Puisque Hachem fait reposer Sa présence sur celui qui est humble, le feu de la Présence Divine (Chékhina) s'est posé sur eux et a brûlé toutes les traces d'impureté qu'ils possédaient.
C'est pourquoi nous attribuons l'élimination de leur impureté au fait qu'ils se sont tenus au mont Sinaï, puisque le mont Sinaï s'est distingué par son humilité.
[tous les juifs s'y sont tenus comme un seul = sous-entendant que chacun était à sa place (sans orgueil) formant par cela une unité parfaite]

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-> Rabbi Yérou'ham Lévovitz (Daat 'Hokhma ouMoussar - vol.2 chap.30) explique comment tout le monde a 2 composants : le niglé (l'extérieur visible) et le nistar (l'essence cachée).
Prenons le feu par exemple. La flamme que nous sommes capables de voir est le "niglé", tandis que les forces qui donnent au feu le pouvoir d'illuminer et de consumer sont invisibles.
L'objectif de la Torah est d'arriver au "nistar", la partie qui est au-delà de la compréhension humaine mais est suivie d'une simple foi.
C'est pourquoi les Bné Israël ont déclaré tout d'abord : "nous ferons" (naassé) sans comprendre, qui est l'essence (nistar) de la Torah.
[ le terme "nistar" dans ce contexte ne fait pas référence aux enseignements mystiques de la Torah, mais plutôt à l'essence cachée de la Torah qui est accessible à tous.]
Par le mérite d'atteindre l'essence de la Torah, en ce qu'on se considère comme un complet ignorant totalement dépourvu de sagesse par rapport à l'infinie profondeur de la Torah, alors on se voit révéler de plus en plus une compréhension du révélé de la Torah (niglé).

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La Torah Orale (au sens des 6 traités de michna) :
- commence par la michna Béra'hot et avec un "mém ouvert" (מאימתיי).
En effet, les premiers mots sont : "méémataï korim ét Shéma" (מאימתיי קורין את שמע - A partir de quelle heure peut-on réciter le Shéma?) ;
- et se termine par la michna (Ouktsin), dont la dernière lettre est un "mém fermé" (בַשָּׁלוֹם).
En effet, elle se finit par le Téhilim (29,11) : "Que Hachem donne de la force à Son peuple! Que Hachem bénisse Son peuple par la paix!" (ה' עֹז לְעַמּוֹ יִתֵּן ה' יְבָרֵךְ אֶת עַמּוֹ בַשָּׁלוֹם).

La guémara (Shabbath 104a) rapporte que la lettre ouverte "mém" (מ) signifie : "ouvert" ou "un enseignement bien compris", tandis que la lettre fermée "mém" (ם) signifie : "fermé" ou "enseignement caché".
De façon imagée cela nous transmet qu'avant qu'on commence à étudier, nous devons nous imaginer que la totalité de la sagesse de la Torah est facilement accessible et ouverte devant nous. Ce n'est qu'après qu'on a fini d'étudier qu'on deviendra humble, conscient que notre intellect est en fait extrêmement limité.
[rav M.Munk]

L’expérience au mont Sinaï – Quelques enseignements

+ L'expérience au mont Sinaï - Quelques enseignements :

=> Par quels noms la Torah appelle-t-elle le mont Sinaï?

1°/ midbar Tsin = le désert de Tsin = car les juifs y ont reçu l'ordre (nitstavou) d'observer la Torah.
Egalement, "tsin" est relié à "zanah" (faire défaut). A Tsin, le érev rav a mal parlé de la manne.

2°/ midbar kadech = car les juifs s'y sont sanctifiés (niskadchou).

3°/ midbar kédmot = car ce qui est primordial (kédouma) : la Torah y a été donnée.

4°/ midbar Paran = car les juifs s'y sont fructifiés et multipliés.
En effet, Rachi (guémara Shabbath 89b) explique qu'après le don de la Torah, chaque femme mariée est tombée enceinte d'un garçon.

5°/ midbar Sinaï = car le don de la Torah a créé de la haine (sin'a) chez les idolâtres envers les juifs.

6°/ har 'horev = parce que la ruine/destruction ('hourba) est venue sur les idolâtres pour avoir rejetés l'opportunité qui leur avait été faite d'accepter eux-mêmes la Torah.
[guémara Shabbath 89a-b ; Otzer haMidrachim 'Houkat 20,1]

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-> Dans la Haggada de Pessa'h, il est écrit : "même s'Il nous avait amené au mont Sinaï mais qu'il nous aurait pas donné la Torah, cela aurait été suffisant" (im lo natan lanou ét haTorah, dayénou).
=> Quel bénéfice aurions-nous acquit par le fait d'être au mont Sinaï si nous n'y avions pas reçu la Torah?

On peut citer les réponses suivantes :
1°/ La guémara (Shabbath 146a) affirme que lorsque les juifs se sont tenus devant le mont Sinaï : "leur impureté a été retirée" (paska zouhamatam). [Kol Bo ; Aboudraham]

2°/ pendant les jours de séparation avant de recevoir la Torah, on a enseigné aux juifs les secrets mystiques de la Torah. [Michtam (p.138)]

3°/ "s'Il ne nous avait pas donné la Torah" = cela fait référence aux 2 premiers Commandements des Tables de la Loi, qui nous ont été donné directement par Hachem. Ils auraient sinon pu venir par Moché, comme le restant de la Torah. [Kol Bo ; Or'hot 'Haïm]

4°/ par le fait de se rapprocher du mont Sinaï, les juifs ont mérité d'avoir de la crainte d'Hachem, comme il est écrit au sujet de l'expérience au Sinaï : "c'est pour que Sa crainte vous soit toujours présente, afin que vous ne péchiez point" (Yitro 20,16)
Ainsi, la guémara (Nédarim 20a) dit quelqu'un qui n'a pas un trait de caractère d'avoir honte/d'être embarrassé, alors c'est une preuve que ses ancêtres n'étaient pas présents au mont Sinaï (מִי שֶׁאֵין לוֹ בּוֹשֶׁת פָּנִים בְּיָדוּעַ שֶׁלֹּא עָמְדוּ אֲבוֹתָיו עַל הַר סִינַי).

5°/ Rabbi Avraham Pam compare cela à quelqu'un qui entre dans une parfumerie ou un fleuriste. Même s'il n'achète rien, ses vêtements vont absorber un parfum agréable.
De même, si nous avions été présents au mont Sinaï uniquement pour profiter de la présence d'Hachem, alors cela aurait été suffisant pour laisser une impression dans notre âme.

6°/ "s'Il ne nous avait pas donné la Torah" = cela signifie la Torah dans son entièreté avec tous ses détails et commandements spécifiques, mais plutôt qu'Il nous avait donné que quelques commandements. [Zéva'h Pessa'h (haggada)]

7°/ lorsque les juifs se sont tenus au mont Sinaï, Hachem sépara les cieux et la nation entière vit le Char Céleste Divin (merkava eliyona). [Zohar - Chémot 82a]
Cette perception a permis aux Bné Israël d'accomplir toutes les mitsvot, tout comme Avraham a été capable de garder toutes les mtisvot car il comprenait le Char Céleste Divin.
Si la Torah n'aurait pas été donnée à Israël, ils auraient pu accomplir la Torah dans la catégorie de ceux qui réalisent les mitsvot de façon volontaire, sans en avoir reçu l'ordre. (énam métsavim véossim).
Hachem, dans Sa bonté, nous a donné la Torah qui nous ordonne d'observer les mitsvot, car il est préférable de garder les mitsvot en étant obligés de les faire (métsavim véossim) [on a alors plus de valeur à le faire, car c'est plus dur de faire quelque chose lorsqu'on en a l'obligation].
['Hayé Adam (Haggada Toldot Adam)]

8°/ Même si nous n'avions pas reçu la Torah, nous aurions quand même dérivé une leçon d'humilité du choix d'Hachem de choisir le mont Sinaï la plus petite des montagnes.
[Haggddah Aish Dat (basé sur guémara Sota 5a)]

9°/ La guémara (Sanhédrin 59a) déclare que les non-juifs qui étudient la Torah sont passibles de mort car la Torah est un héritage exclusif des juifs.
Selon cela "s'Il ne nous avait pas donné la Torah" = cela signifie qu'Il n'aurait pas donné la Torah exclusivement aux juifs, mais qu'Il aurait également permis aux non-juifs de l'étudier.
[rav de Brisk - Haggada miBeit haLévi]

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-> La guémara (Nédarim 20a) dit quelqu'un qui n'a pas un trait de caractère d'avoir honte/d'être embarrassé, alors c'est une preuve que ses ancêtres n'étaient pas présents au mont Sinaï (מִי שֶׁאֵין לוֹ בּוֹשֶׁת פָּנִים בְּיָדוּעַ שֶׁלֹּא עָמְדוּ אֲבוֹתָיו עַל הַר סִינַי).
=> Comment est-ce ainsi?

-> Le Maharal (Nétivot Olam - Nétsiv Boucha) explique que l'objectif de ce phénomène sublime de la Révélation au mont Sinaï était "pour que Sa crainte vous soit toujours présente" (Yitro 20,16).
Cela peut être comparé à un roi qui se révèle personnellement à sa population lors de la publication de ses décrets. Ses sujets sont remplis d'une telle admiration pour la présence du roi qu'ils ont honte d'agir de manière déloyale avec lui.
La guémara transmet que l'expérience impressionnante du don de la Torah était si intense et profonde que cela n'a pas imprégné ceux qui étaient présents physiquement au mont Sinaï, mais cela a également été transmis dans les gènes de tous leurs futurs descendants.
Ainsi, une personne qui manque de honte et qui n'a aucune inhibition à fauter, il est certain que ses ancêtres n'étaient pas présents au mont Sinaï.

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+ L'appel du Sinaï est éternel :

-> "Chaque jour, une voix Céleste (bat kol) émane du mont Sinaï, proclamant ces mots : 'Malheur à l'humanité pour son mépris de la Torah'." (Pirké Avot 6,2)

=> Quel est l'intérêt de cette voix de D. sortant du Mont Sinaï si elle est inaudible?
Personne n'a jamais rapporté avoir entendu cette voix céleste.

-> Le Baal Chem Tov enseigne :
"La voix de D. ne peut être entendue par l'oreille, mais elle est perçue par la néchama, l'âme.
Chaque fois que le remord s'éveille en nous et nous incite à examiner notre conduite et à regretter les mauvaises actions que nous avons commises, cela vient de l'appel de D. perçu par la néchama."

-> Le Toldot Yaakov Yossef, l'élève principal du Baal Chem Tov rapporte au nom de son maître :
En-Haut, d'où proviennent les voix Céleste, il n'y a pas de mots, ni de paroles ; il n'y a qu'une réalité spirituelle connue comme : "olam haMakh'chava" (le monde de la pensée).
Ainsi, toute pensée de téchouva qu'a une personne, tout appel à revenir vers Hachem et à Son chemin, ces pensées et sentiments sont le son de la voix du Ciel.
Par le biais de nos pensées de téchouva (repentir), nous écoutons vraiment la voix de D. (bat kol).
[rapporté dans le Kéter Chem Tov]

-> Rabbi Yé'hezkel Abramsky ('Hazon Yé'hezkel - Yitro 19,6) enseigne qu'il y a un aspect de ce qu'on a vécu au mont Sinaï qui continue jusqu'à aujourd'hui. Les sons du Sinaï continuent de résonner profondément dans l'âme de chaque juif, et alors que quelqu'un peut tenter d'étouffer ce son son/bruit [intérieur], il ne pourra jamais l'éliminer complétement.
Quelle que soit la distance à laquelle une personne a pu s'éloigner de la Torah, ou de la quantité d'efforts elle a pu investir pour faire taire la voix d'Hachem, les sons du Sinaï continuent d'exercer une force infaillible sur son âme, l'invitant à se reconnecter à sa source.

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-> La nation juive s'est faite reprocher de s'être endormie la veille du don de la Torah.
=> Quelle était leur raison de choisir de dormir la nuit si propice avant de recevoir la Torah?

-> Certains expliquent qu'ils s'attendaient à recevoir la Torah par le biais de la prophétie. Or, la prophétie est reçue généralement lorsque l'on dort (à moins d'être à un niveau spirituel extrêmement élevé), ils sont donc allés dormir pour se préparer comme il le faut à la prophétie.
De plus, le Rokéa'h écrit que les 50 jours entre Pessa'h et Shavouot correspondent aux 50 niveaux d'illumination [spirituelle] (noun chaaré bina). Puisque le 50e niveau est extrêmement difficile à atteindre, ils ont pensé l'atteindre plus rapidement en dormant.
[rapporté par rabbi Shalom Kamenetsky]

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-> Lorsque les juifs ont entendu le premier Commandement provenant directement de la bouche d'Hachem, leur âme a quitté leur corps. Hachem les a alors ramenés à la vie avec la rosée qui sera utilisée au moment de la résurrection des morts (té'hiyat amétim). [guémara Shabbath 88b]

=> Pourquoi Hachem a-t-il procédé ainsi? Pourquoi ne les a-t-Il pas simplement maintenu en vie?

On peut citer :
1°/ Une personne a besoin d'un corps pur, sans faute, pour recevoir la Torah. Les nombreuses fautes que les juifs ont transgressées alors qu'ils étaient en Egypte ont souillé leur corps à tel point qu'ils n'étaient pas capables d'entendre la parole d'Hachem.
Hachem leur a alors soumis un processus de mort et de renaissance afin que leur corps soit recréé pur, comme une nouvelle entité physique, méritante de [pleinement] recevoir la Torah.
[rav Yonathan Eibschutz (Yaarot Dvach -vol.1)]

Le rav Eibschutz écrit ensuite qu'un événement similaire va se passer dans le futur avec la venue du machia'h. En exil, les juifs vont se lamenter : "Nos os sont desséchés, notre espoir est perdu" (Yé'hezkel 37,11), et étant donné qu'ils sont répugnants pour Hachem en raison de leurs nombreuses fautes, ils ne seront pas mériants pour la Délivrance.
Hachem a montré à Yé'hezkel la vision de la vallée des os desséchés qui vont miraculeusement revenir à la vie (voir Yé'hezkel 37,1-14) afin de démontrer que Hachem va également recréer la nation juive d'une manière au travers de laquelle toutes leurs impuretés seront retirées.
Comme le midrach (Vayikra rabba 30,3) l'affirme : " [il est écrit : ] 'le peuple à naître loue Hachem' (Téhilim 102,19). Dans le futur, Hachem va regénérer les juifs en tant qu'une entité nouvellement née (briya 'hadach)".

2°/ Lorsque les juifs se sont tenus au mont Sinaï, leur corps physique était une barrière qui a empêché leur âme de pouvoir directement se lier/connecter avec Hachem.
Il était donc nécessaire que leur âme quitte leur corps pour qu'ils puissent entendre la voix d'Hachem.
[rabbi Barou'h Ber Leibowitz]

3°/ Il y a une différence fondamentale entre les premières et les secondes Tables de la Loi (lou'hot) qui ont été données sur le mont Sinaï.
Les premières Tables de la Loi ont été données entièrement en tant que cadeau du Ciel d'En-Haut sans aucun effort de la part d'Israël. Pour souligner le fait qu'ils ont reçu la Torah au-delà de leurs capacités humaines et d'une manière totalement passive, leur âme les a quittés lorsqu'ils ont entendu les paroles d'Hachem.
En revanche, les 2e Tables de la Loi ont été données d'une manière qui nécessitait qu'Israël fasse des efforts assidus afin de parvenir à comprendre Ses mots.
[rabbi Eliézer Ginzberg - Vayomer laKotzrim]

4°/ L'âme des juifs les a quittés au don de la Torah pour démontrer qu'avec leur acceptation de la Torah, ils pourront survivre à l'avenir d'une manière complètement miraculeuse et surnaturelle.
[rabbi David Keviat - Souccat David (Moadi - Shavouot)]

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-> Au don de la Torah, le verset affirme : "Et la montagne [de Sinaï] était embrassée de feux, jusqu'au cœur des cieux, obscurité, nuée et nuage épais" (Vaét'hanan 4,11).
=> Pourquoi Hachem a-t-Il révélé la lumière de Sa sainte gloire aux juifs parmi des nuages d'obscurité?

-> La Mékhilta (Messekhta débé'hodech 9) enseigne que : "obscurité, nuée et nuage épais" ('hoché'h, anan, vaarafél) sont 3 formes de barrières qui servent de séparation entre les juifs et Hachem.
Alors que la nation juive était uniquement capable de se lier à Hachem à distance, Moché a pénétré ces 3 barrières lorsqu'il est monté au mont Sinaï.

-> Selon le Rambam (Moré Névou'him 3,9), l'obstacle qui empêche une personne de recevoir la prophétie Divine est la nature "grossière" de l'homme. Lorsque le verset décrit des "nuées obscures" qui entouraient le mont Sinaï, c'est une métaphore à la base physique/matérielle qui empêchait de recevoir pleinement la prophétie Divine donnée au Sinaï.
Rambam y commente également en ce sens le verset : "Il s’enveloppe de nuées et de brume épaisse" (anan vaarafél cévivav - Téhilim 97,2) = cela ne peut pas être compris littéralement, puisque Hachem ne peut pas être entouré physiquement par des nuées, puisque Hachem est incorporel. Mais plutôt cela signifie que la physicalité/matérialité de l'homme créée une barrière qui bloque la perception humaine de D.

Donc le Rambam (Moré Névou'him 2,3), ainsi que rabbénou Bé'hayé (Yitro 20,17) sont d'avis que puisque Moché a tellement affiné/purifié son corps physique, il n'avait plus ces barrières, et au mont Sinaï il a perçu une vision prophétique beaucoup plus claire que le restant du peuple juif.

-> En ce sens, une preuve qu'au mont Sinaï, tout le monde n'a pas reçu un niveau équivalent de prophétie, peut se trouver dans le midrach (Tan'houma - Térouma 25,5-7) :
"La voix d'Hachem est allée vers chaque juif selon sa capacité individuelle à la recevoir ...
Même Moché l'a entendue selon ses capacités, c'est-à-dire avec une voix [Divine] que Moché avait la capacité de comprendre.
Rabbi Yossi, fils de 'Hanina a dit : si vous êtes étonnés de cela, rappelez-vous que la manne descendait pour chaque juif avec un goût qui variait selon les besoin de chaque individu. Par exemple, les jeunes hommes la mangeaient comme du pain ; les personnes âgés la mangeaient comme des galettes de miel.
De même que la manne, qui n'était [extérieurement] qu'un même élément, pouvait avoir plusieurs sortes de [goût] en fonction des besoins de chacun, de même la voix [d'Hachem] qui est sortie [au mont Sinaï] changeait pour chacun, selon les capacités personnelles de l'entendre".

-> D'autres commentateurs ne sont pas d'accord avec cela. [ex: rabbi Nissim de Guérone (Drachot haRan drouch 9) ; rabbi Shimshon Pinkous (Tiféret Shimshon - Haggada chel Pessa'h)]
Pour eux, "obscurité, nuée et nuage épais" = ce n'est pas une barrière qui distance les juif d'Hachem, mais plutôt c'est une barrière qui les rapproche d'Hachem.
Cela peut se comparer à une personne qui veut voir une éclipse solaire. Si elle devait regarder le soleil de son oeil nu, les puissants rayon du soleil lui brûleraient la rétine. Alors que fait cette personne?
Elle va mettre des lunettes de soleil spécialement conçues pour cela, avec des verres extrêmement foncés.
De la même façon, au mont Sinaï il y avait : "obscurité, nuée et nuage épais", pour permettre au peuple juif d'entendre les paroles d'Hachem.

-> Abarbanel est également en désaccord avec le Rambam, qui maintient que Moché a atteint un niveau de prophétie plus élevé que le reste de la nation juive.
Selon Abarbanel (Yitro 20,1), l'ensemble du peuple juif a reçu exactement le même niveau de prophétie que Moché, lorsqu'ils ont entendu les paroles d'Hachem au mont Sinaï.
Abarbanel va écrire par la suite, qu'il était nécessaire que chaque juif ressente personnellement la même expérience du niveau de prophétie de Moché, afin qu'ils puissent accepter pleinement Moché en tant que prophète.
[ayant était l'espace d'un moment à la place de Moché, en ayant le même lien d'échange avec Hachem, cela va permettre aux juifs de ne jamais douter de ce que Moché va leur transmettre par la suite (à aucun moment quelqu'un pourra insinuer qu'il "délire", car ils ont pu se rendre compter personnellement de sa proximité de communcation avec Hachem)]
Abarbanel va rejeter ensuite la preuve basée sur le midrach (Tan'houma), cité précédemment. Pour lui, le midrach aborde les différents niveaux de prophétie qu'une personne peut atteindre après la révélation au Sinaï, mais lorsque Hachem a parlé aux juifs au mont Sinaï, le niveau de chacun était similaire à celui de Moché.

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-> La Torah rapporte que le niveau de prophétie de Moché a surpassé celui de tous les autres prophètes, dans le sens où Hachem parlait avec lui en "face à face" (Vézot haBéra'ha 34,10).
Cela semble se contredire avec le verset : "face à face, Hachem a parlé avec vous (toute la nation juive) sur la montagne du sein du feu" (Vaét'hanan 5,4).
=> Comment comprendre ce paradoxe?

On peut citer les explications suivantes :
-> Le Ramban (Vézot haBéra'ha 34,10) répond qu'au don de la Torah la prophétie du peuple juif était inférieure à celle de Moché, dans le sens où la perception d'Hachem par la nation juive était obscurcie par le "feu", comme il est écrit : "du milieu de ce feu tu as entendu ses paroles" (Vaét'hanan 4,36).
Il en était différemment de la prophétie de Moché, qui était transmise d'une manière similaire à une conversation directe entre 2 personnes.

-> Le Sforno (Chémot 3,2) commente que le niveau élevé de prophétie des juifs était limité pendant la brève durée du don de la Torah.
Le niveau de prophétie qu'a pu ressentir chaque juif à la révélation au mont Sinaï, Moché a pu le garder pendant toute la durée de sa vie.

-> Le Séfer haIkarim (3,11) présente un principe : "via un conduit parfait [pour la prophétie], même ceux qui ne sont pas méritants peuvent la recevoir à la perfection".
Ainsi, bien que la nation juive toute entière n'était pas méritante de la prophétie au mont Sinaï, ils ont reçu le haut niveau de prophétie de Moché en tant que bénéficiaires indirectes de la vision prophétique de Moché.

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-> Lorsque les Bné Israël ont vu le mont Sinaï sous d'épais nuages de fumée au milieu de tonnerres, de flammes et de sons perçants, ils ont tremblaient de peur.
Moché a apaisé leur peur en leur disant : "Soyez sans crainte! c'est pour vous mettre à l'épreuve que Hachem est intervenu [d'une manière si miraculeuse et impressionnante]" (Yitro 20,16).
=> Quelle est la nature du "test" dont ce verset fait allusion?

-> Le Rambam (cité par le Ramban sur ce verset) explique que le but de toutes les révélations et miracles qu'ils ont vécu au mont Sinaï étaient pour leur donner les forces dont ils auraient besoin pour surmonter les tests/épreuves qu'ils auraient à affronter dans le futur.

-> Rabbi Yérou'ham Lévovitz (Daat Torah - Bamidbar) en tire le principe suivant : nous sommes habitués à penser que les périodes où l'on atteint la clarté et l'illumination sont des points culminants de la vie. Cependant de notre verset, nous voyons qu'ils ne sont que des moyens pour atteindre une fin plus élevée. Le rôle des "jours lumineux" de notre vie est dans le seul but de nous donner la force pour pouvoir traverser les moments plus "obscurs" qui suivent.

[le rabbi de Loubavitch disait : semer dans les larmes pour récolter dans la joie.
En ce sens, le don de la Torah au mont Sinaï nous enseigne que dans les moments d'obscurité, de bruits effrayants, ... nous pouvons recevoir ce qu'il y a de plus précieux pour notre vie (à l'image de la Torah donnée à ce moment).
Ainsi nos moments heureux de "récoltes" du bonheur viennent nous donner les forces pour nos moments d'efforts plus éprouvants où l'on sème de belles choses. Sur le moment c'est dur, mais plus on investi d'efforts pour réussir notre vie, plus on récoltera dans la joie dans notre éternité à venir.
De plus, Hachem ressent nos souffrances et Il est encore plus proche de nous lorsque nous traversons des épreuves, à l'image du mont Sinaï où tétanisés par les éclairs, les tonners, l'obscurité, ... nous avons eu une révélation de papa Hachem en face à face!]

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+ Les Tables de la Loi :

-> Lorsque Hachem a donné la Torah au mont Sinaï, il a séparé les 7 cieux et tous les mondes physiques ci-dessous, afin de démontrer qu'il n'y a rien d'autre que Son existence. ['Hafets 'Haïm - Ahavat 'Hessed - chap.1]
Cette révélation miraculeuse de l'Unité d'Hachem s'est manifestée dans les propriétés physiques des Tables de la Loi.
En ce sens nos Sages nous rapportent :
1°/ les lettres étaient gravées d'un côté à l'autre, cependant les lettres : mém-sofit et samékh, étaient miraculeusement suspendues dans le vide.
2°/ Les mots des Tables de la Loi pouvaient être lus convenablement de chaque côté. [guémara Shabbath 104a]
Rabbi Ovadia miBarténoura (Pirké Avot 5,6) commente que ce miracle était double, dans le sens où les Lou'hot pouvaient être lues des 4 côtés.
3°/ bien que les Lou'hot étaient faites en pierre de saphir, on pouvait les enrouler comme un parchemin. [midrach Chir haChirim rabba 5,14]

=> Puisque les miraculeuses Lou'hot avaient pour but de témoigner de l'Unité d'Hachem, pourquoi Hachem a-t-Il ordonné qu'elles soient cachées en les plaçant à l'intérieur du Aron dans le Saint des Saints du Michkan?

-> Rabbi Eliézer Ginzberg (Na'hlé Mayim - Béra'hot) répond que l'intention première d'Hachem était que les Lou'hot soient ouvertement visibles en tant qu'expression affectueuse de "la lumière de son visage", et en tant que tel il n'y aurait en fait pas besoin d'un Aron.
Ce n'est que suite à la faute du Veau d'or, lorsque les juifs ont perdu cette relation spéciale, que Hachem a ordonné à Moché que les Lou'hot soient couvertes et cachées dans le Aron.

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-> Au don de la Torah, les juifs se sont mariés avec Hachem.
Par conséquent, selon le Tachbetz (Katan 466-67), de nombreuses coutumes du mariage juif proviennent de cette expérience :
- par exemple, la coutume d'avoir des jongleurs de feu à la fête, découle du tonnerre et de la foudre qui ont accompagné le don de la Torah au mont Sinaï.
- de plus, de même que le nom d'Hachem est mentionné 14 fois dans les 10 Commandements (Asséret haDibrot), de même le nom d'Hachem est mentionné à 14 reprises dans les Chéva Bra'hot qui sont récitées sous la 'houppa.

- selon le Pri Mégadim (Michbétsot Zahav), le fait que le 'hatan brise un verre sous la 'houppa, est afin de rappeler la faute du Veau d'or, dont la résultante a été que les 1eres Lou'hot ont été brisées.

=> Pourquoi souhaitons-nous gâcher le moment joyeux du mariage par cette pensée si sérieuse?

-> Rabbi Yoël Teitelbaum répond qu’un des effets secondaires de la brisure des Lou'hot a été que cela a provoqué que les juifs oublient la Torah qu'ils étudient (guémara Erouvin 54a). [sans cela on oublierait jamais aucune parole de Torah que nous apprendrions]
Nous cassons le verre sous la 'houppa pour fournir une leçon au 'hatan et à la kalla : le moyen de réussir à construire une maison de paix et d'amour est en acquérant le trait de l'oubli.
Lorsque chaque membre du couple choisit d'oublier les offenses que son conjoint peut lui faire, alors leur vie à tous les deux sera remplie de bonheur.

[on casse le verre au mariage pour rappeler que la faute du Veau d'or a brisé les Lou'hot et donc entraîné l'oubli de la Torah. Cela enseigne au couple que cette capacité d'oublier est une arme (évidemment si nécessaire on discute à froid de ce qu'il est important de changer dans le couple), mais à l'inverse on doit faire un travail à se focaliser sur les qualités, sur les choses positives de son conjoint, pour la/le rendre sublime à nos yeux.
Or la tendance naturelle est inverse, on se focalise, on garde en tête le négatif de l'autre, et on prend pour acquis/normal, ce qu'il peut faire de bien.
De même, on doit aller contre notre nature pour garder en mémoire la Torah que nous étudions. ]

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-> Pendant le règne du roi Chaoül, Goliath a défié avec arrogance les juifs de les combattre pendant 40 jours. [Chmouel I 17,16]
La guémara (Sotah 42b) dit que cette période de 40 jours correspond aux 40 jours que Moché a passé sur le mont Sinaï pour étudier la Torah, et qui a retardé le temps où les juifs ont fini par recevoir la Torah.
Puisque les juifs ont manqué la protection de la Torah pendant une durée de 40 jours, alors cela a donné les capacités à Goliath de se tenir contre les juifs pendant 40 jours.

=> En quoi les juifs ont-ils fauté pour le temps nécessaire à Moché pour étudier toute la Torah?
De plus, pourquoi considérer ces 40 jours d'étude de Moché comme un retard, plutôt que d'un prérequis vital à la réception de la Torah?

Rabbi Michel Feinstein (Ezéhou Mékoman) répond que si les juifs avaient voulu entendre toute la Torah directement d'Hachem, alors Hachem aurait transmis toute la Torah en un seul jour, et il n'aurait pas été nécessaire que Moché reste sur la montagne pendant 40 jours.
Puisque les juifs ont demandé de recevoir la Torah par le biais de Moché, alors ils sont responsables du retard conséquent résultant de la période nécessaire à Moché pour maîtriser toute la Torah.

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-> Le midrach (Yalkout Chimoni - Na'h 935) rapporte qu'au moment où les juifs ont accepté la Torah au mont Sinaï, 600 000 anges sont descendus du Ciel et ils ont paré chaque juif d'un couronne sur sa tête, d'un vêtement royal, et d'une arme sur laquelle était gravée le nom d'Hachem.

=> Quelle était la signification de ces 3 ornements?

-> Le Maharcha (guémara Shabbath 88a) commente que les Bné Israël ont mérité 3 couronnes au don de la Torah : la couronne de la Torah, la couronne de la royauté, et la couronne de la prêtrise (kéhouna).

-> Les 3 ornements mentionnés dans le midrach correspondent à ces 3 couronnes :
- la couronne sur leur tête = représentée la couronne de la Torah.
La Torah est la couronne ultime et surpasse les couronnes de la royauté et de la prêtrise.
- le vêtement royal = représente la couronne de la royauté.
Par le mérite d'accepter la Torah, ils sont devenus de véritables monarques, comme il est écrit : "Par moi [la Torah] les rois vont régner" (Michlé 8,15).
- l'arme sur laquelle était gravée le nom d'Hachem = correspond à la couronne de la prêtrise.
Le vêtement porté par les Cohanim est comparable à l'armure portée par les guerriers, et c'était par le mérite de l'habit des Cohanim que les juifs étaient victorieux dans la bataille.

L’acceptation de la Torah au mont Sinaï – Quelques enseignements

+ L'acceptation de la Torah au mont Sinaï - Quelques enseignements :

=> Que ce serait-il passé si les juifs n'auraient pas accepté la Torah au mont Sinaï?

-> Selon une source dans la guémara (Avoda Zara 2b), Hachem aurait enterré les juifs sous le mont Sinaï.
-> Cependant, par la suite la guémara (Avoda Zara 3a) affirme que Hachem aurait fait retourner toute la création à son état chaotique d'origine.

=> Lequel est-ce?

-> Le Maharcha (Avoda Zara 2b) reconcilie ces apparentes contradiction ainsi :
l'état naturel de la création est son état d'origine. Ce n'est que la bonté constante d'Hachem qui permet au monde de continuer à exister. Si toutes les personnes du monde refuseraient d'accepter la Torah, alors le monde reviendrait à son état initial de chaos.
Cependant, s'il y a même une seule personne qui accepte la Torah, alors le monde peut continuer à exister par son mérite.
C'est pourquoi, même si toutes les nations, dont le peuple juif (dans son ensemble), auraient refusé d'accepter la Torah, il resterait certainement quelques individus vertueux qui accepteraient de bon coeur la Torah, comme la famille de Moché et d'Aharon.
C'et pourquoi, à un niveau pratique, Hachem n'aurait pas détruit pas le monde entier, mais uniquement Il aurait enterré les juifs sous le mont Sinaï.
[le monde aurait pu continuer à exister par le mérite de tout juif qui aurait accepté la Torah ]

-> Rabbi Yéhouda ha'Hassid (Séfer ha'Hassidim 233) n'est pas d'accord.
Selon lui, même si une seule personne aurait refusé d'accepter la Torah au mont Sinaï, Hachem n'aurait pas donné la Torah au peuple juif.
Comme il est écrit dans la Mékhilta (Yitro - chap.3) : "Si une personne aurait été manquante, ils n'auraient pas été méritants [pour recevoir la Torah]."

C'est pour cette raison qu'au mont Sinaï, chaque juif a proclamé au pluriel : "nous ferons" (naassé), puisque leur engagement nécessitait une acceptation commune
[le Séfer 'Hassidim dit que les juifs ont une responsabilité commune les uns les autres, et un manquement d'un individu constitue une imperfection pour tous. ]
Il en sera de même au moment de la de la guéoula, comme il est écrit : "La gloire d'Hachem va se révéler, et toutes les créatures, ensemble, en seront témoins : c'est la bouche d'Hachem qui le déclare" (Yéchayahou 40,5). La perfection ultime de l'humanité ne peut être atteinte que si tout le monde se joint dans une unité collective reconnaissant la Présence d'Hachem.

[ainsi même si un seul juif n'aurait pas accepté la Torah, alors elle n'aurait pas pu être donnée, et le monde serait retourné au chaos.]

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=> Comment les juifs pouvaient-ils accepter la Torah avant d'écouter ce qu'il y avait d'écrit dedans?
En effet, peut-être que la Torah pouvait contenir des commandements qu'ils n'auraient pas pu accomplir.

-> Rabbi Matisyahou Salomon répond qu'ils étaient certains qu'une fois qu'ils accepteraient la Torah, tout ce qui semblait impossible deviendrait possible, car Hachem fournirait sûrement à Ses vrais serviteurs la capacité d'accomplir Ses mitsvot, même si cela requiert une force surhumaine.
Ils ont pu dire avec une émouna complète : "nous ferons et nous comprendrons", puisqu'ils avaient foi que Hachem ne leur imposerait de faire aucune chose impossible.

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-> Avant que les juifs reçoivent la Torah, Hachem a soulevé le mont Sinaï sur leur tête comme un tonneau renversé et leur a dit : "Si vous acceptez la Torah, très bien. Sinon vous serez enterré dans la montagne". [guémara Shabbath 88a ; Maharcha]
=> Pourquoi était-il nécessaire à Hachem de forcer les juifs à accepter la Torah?
En effet, ils avaient déjà exprimer leur désir de le faire en disant auparavant : "nasssé vénichma" (nous ferons et nous écouterons - Michpatim 24,7).

-> Le midrach (Tan'houma Noa'h 3) répond que lorsque les juifs ont déclaré : "nous ferons et nous écouterons", ils n'ont accepté que la Torah Ecrite, puisque ces lois sont [relativement] peu nombreuses et faciles à accomplir. Ils ont refusé d'accepter la Torah Orale, puisqu'elle a d'innombrables lois qui sont extrêmement difficiles à étudier et à observer comme il le faut. Il était donc nécessaire pour Hachem de les contraindre à accepter la Torah Orale.

La guémara (Shabbath 88a) rapporte que ce n'ait qu'à l'époque de A'hachvéroch que les juifs ont volontairement accepté la Torah Orale sur eux-mêmes.

=> Pourquoi est-ce que Hachem a contraint les juifs à accepter la Torah Orale particulièrement en élevant la montagne comme un tonneau renversé?
Egalement, pourquoi l'aversion des juifs pour la Torah Orale a-t-il finalement cessée à l'époque d'A'hachvéroch?

-> Le Ben Ich 'Haï (Ben Yéhoyada - Shabbath 88a) explique ce que signifie qu'Hachem a levé la montagne comme un tonneau renversé, c'est qu'Il a creusé la montagne sous la forme d'un tonneau.
C'était afin d'impressionner les juifs sur le fait que Torah Ecrite n'est qu'un réceptacle pour la Torah Orale. De même qu'un énorme tonneau vide peut être rempli d'une énorme quantité de vin cher, de même chaque lettre de la Torah Ecrite contient des tas de tas de lois de la Torah Orale.

-> Il est écrit :
- "nasssé vénichma" (nous ferons et nous écouterons - Michpatim 24,7) ;
- "chama'nou véaninou" (nous l'entendrons, et nous obéirons - Vaét'hanan 5,23).
=> Pourquoi est-ce inversé?
Le 'Hatam Sofer (Pitou'hé 'Hotam) explique que dans Michpatim l'acceptation était limitée uniquement à la Torah Ecrite.
Dans Vaét'hanan, il s'agit des enseignements de la Torah Orale qu'ils vont recevoir de Moché. A ce sujet, ils vont dire à Moché : "[d'abord] nous entendrons", [et si nous cela acceptable, alors] "nous le ferons".

Le Pné Ména'hem (guémara Shabbath 88a) apporte une autre source montrant que les juifs étaient réticents à accepter la Torah Orale.
Hachem dit à Moché avant qu'il ne monte au mont Sinaï : "Voici, moi-même je t'apparaîtrai ... afin que le peuple entende que c'est moi qui te parle et qu'en toi aussi ils aient foi constamment (végam [וְגַם] békha yaaminou léolam)" (Yitro 19,9).
La Mékhilta écrit que [le mot supplémentaire : "végam" dans] ce verset vient pour inclure que les juifs vont finalement accepter les enseignements des sages futurs. La raison [de ce "végam"] est qu'il était nécessaire pour Hachem de réassurer Moché à ce sujet car les juifs étaient initialement réticents d'accepter les enseignements de nos Sages, qui comprennent la Torah Orale.

-> Le 'Hatam Sofer (Pitou'hé 'Hotam) enseigne également qu'un tonneau dissimule la nature de la véritable valeur de ce qu'il contient, de même la profonde sagesse de nos Sages est souvent cachée à un observateur occasionnel.
A l'époque d'A'hachvéroch, la population juive a d'abord regardé de travers le comportement de Mordé'haï lorsqu'il a refusé de se prosterner devant Haman. Mais après que Haman a été pendu et que le roi a élevé Mordé'haï à une position très élevée, le comportement de Mordé'haï a été justifié, et à ce moment les juifs en sont venus à accepter de bon coeur et avec respect, l'autorité des Sages. [donc la Torah Orale]

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-> Le Binyan Shlomo (vol.2 - Inyanim Shonim 25) prouve que le récit de Kora'h a eu lieu à Shavouot.
=> Pourquoi Kora'h a-t-il été puni en étant avalé par la terre, et pourquoi cet événement a eu lieu précisément à Shavouot?

-> Le Hafla'a répond que lorsque les juifs ont accepté la Torah sur le mont Sinaï, ils ont volontairement pris sur eux la Torah Ecrite. Hachem les a contraints d'accepter également la Torah Orale, en élevant le mont Sinaï sur eux et en menaçant que s'ils n'acceptaient pas aussi la Torah Orale, alors ils seraient enterrés sous la montagne.
Nous voyons de là que la punition pour rejeter la Torah Orale est d'être enterré vivant.
[on comprend pourquoi la guémara (Shabbath 88a) dit que celui qui néglige de faire l'éloge d'un sage en Torah mérite d'être enterré vivant, car la grandeur d'un sage en Torah provient de sa connaissance en Torah Orale.]
Puisque la faute principale de Kora'h était son rejet de la Torah Orale (Yalkout Kora'h 752), c'était une punition appropriée pour lui d'être enterré vivant. [Panim Yafot - Kora'h]

Cet événement a eu lieu à Shavouot (don de la Torah), peut être car il permet d'élever l'honneur de la Torah, puisqu'il a démontré la véracité de l'autorité de Moché.

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-> Le midrach (Otzer haMidrachim - Michpatim 24,2) rapporte que les 70 anciens [du peuple] n'ont pas mérité de se tenir ensemble avec Moché au mont Sinaï pour recevoir la Torah du Roi des Rois, et cela mesure pour mesure, puisqu'ils n'ont pas souhaité venir avec Moché pour se tenir devant le roi humain (Pharaon) pour demander qu'il libère les juifs.
=> S'il en est ainsi, alors pourquoi Aharon ne s'est-il pas tenu avec Moché au mont Sinaï, puisqu'il est allé avec Moché devant Pharaon?

-> Le même midrach répond que Hachem a fait cela par respect pour les anciens, pour leur épargner un sentiment d'embarras, de honte.

-> Selon le Panéa'h Raza (Chémot 5,1), Aharon s'est tenu en-dessous de Moché au mont Sinaï, puisque [au regard de son très haut niveau,] il a légèrement hésité avant d'aller avec Moché.
Cela explique pourquoi la Torah écrit toujours que "Moché et Aharon se sont présentés devant Pharaon" ; Aharon n'est mentionné qu'en seconde position car il suivait toujours l'exemple de Moché.

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-> Selon la guémara (Kidouchin 39b), il y a un principe que la récompense pour l'accomplissement d'une mitsva n'est pas donnée en ce monde.
=> Pourquoi est-ce ainsi?
La Torah enjoint un employeur humain de payer le salaire de son employé sans retard, alors pourquoi Hachem n'est-Il pas lié par les mêmes lois de la Torah?
Par ailleurs, ce principe semble être contredit par le midrach (Bamidbar rabba 21,1) qui rapporte que après que Pin'has a tué Zimri [avec sa lance], Hachem a dit : "selon la loi, Pin'has doit recevoir sa récompense [en ce moment]."

-> Le 'Hatam Sofer (Torat Moché - Pin'has) explique que la raison pour laquelle Hachem n'est pas lié par la loi à payer un employé le même jour qu'il fournit son travail est parce que cette loi ne s'applique que lorsqu'un employeur embauche un employé directement, mais pas dans le cas où il l'embauche par le biais d'un intermédiaire.
Puisque les juifs ont demandé que la Torah leur soit transmise par le biais de Moché, plutôt que de l'entendre directement d'Hachem, alors Hachem n'est pas obligé de fournir immédiatement une compensation pour l'accomplissement de la Torah, puisque que cela a été ordonné par un intermédiaire.
Une exception est faite pour les Cohanim de cette génération qui ont reçu la Torah au mont Sinaï, parmi lesquels Pin'has. Ces Cohanim se sont tenus dans une zone spéciale cloisonnée où ils leur étaient possible d'entendre l'intégralité des 10 Commandements directement d'Hachem lorsqu'Il parlait à Moché (avant qu'il ne les répète au peuple).
Puisque Pin'has a entendu les Commandements directement d'Hachem, alors Hachem était obligé de lui accorder une récompense immédiate pour la mitsva qu'il a accompli [tuer Zimri].

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-> La guémara (Pessa'him 68b) rapporte que Mar, le fils de Ravina, jeûnait chaque jour de l'année à l'exception de Shavouot, Pourim, et du jour avant Yom Kippour.
Le Gaon de Vilna ('Houmach haGra Emor 23,27) observe que le dénominateur commun de tous ces jours est qu'ils sont tous des moments où l'on reçoit la Torah. La Torah a été donnée initialement à Shavouot, les 2e Tables de la Loi ont été données à Yom Kippour (guémara Taanit 30b), et la Torah a été réacceptée par les juifs avec amour à l'époque de A'hachvéroch (guémara Shabbath 88a).

=> Comment expliquer le comportement de Mar qui jeûnait chaque jour de l'année, même à Shabbath et Yom Tov?

-> Certains (ex: Tossafot Béra'hot 49b) expliquent qu'il jeûnait pour faire téchouva lorsqu'il avait un mauvais rêve pour annuler toute accusation du Ciel contre lui.
Selon rabbi Tsadok haCohen (Pri Tsadok - Roch 'Hodech Adar I, 2), pendant ces 3 jours (Shavouot, Kippour, Pourim), son renouvellement avec la Torah mettait en lui une joie inégalée qui annulée toutes les inquiétudes qui l'assaillaient le restant de l'année, lui permettant ainsi de célébrer la fête d'une manière débridée.
[le rav Tsadok haCohen donne des exemples montrant que l'étude de la Torah augmente la joie d'une personne. Par exemple, sur le verset : "[Boaz] fut d'humeur joyeuse" (Ruth 3,7), il explique que cela était le résultat de son étude de la Torah (midrach Ruth rabba 5,15).]

[le rav 'Haï Gaon explique que Mar agissait d'une manière si extrême depuis qu'il a souffert d'une énorme tragédie personnelle, et qu'il n'arrivait pas à trouver du réconfort jusqu'à ce qu'il a pris sur lui de jeûner durant toute sa vie.
Rav 'Haï Gaon note que l'on ne doit pas imiter son comportement.]

La fête de Shavouot – Quelques enseignements

+ La fête de Shavouot - Quelques enseignements :

=> Pourquoi la Torah n'écrit-elle pas le jour du mois duquel la fête de Shavouot a lieu (par exemple : "le 6 Sivan vous devez faire Shavouot"), comme elle le fait pour les autres fêtes?

1°/ Shavouot n'est pas limitée à une date précise car elle commémore le don de la Torah, qui est au-delà de la réalité du temps (lémaala min azman).
[Divré 'Haïm - Pin'has 28,26]

2°/ A la différence de Pessa'h et de Souccot, qui commémorent un événement qui s'est passé à un moment bien précis, la Torah ne mentionne pas la date du don de la Torah, puisque le don de la Torah se renouvelle éternellement au quotidien.
[voir Arou'h haChoul'han 494,2 ; Kli Yakar - Emor 23,16]

3°/ La fête de Shavouot s'est finalement embourbée dans de la tragédie.
Peu après avoir reçus la Torah sur le mont Sinaï, les juifs ont transgressé la Torah en idolâtrant le Veau d'or, et en conséquence Moché a détruit les Lou'hot.
Bien que la fête de Shavouot n'a pas été annulée en se basant sur le principe : "dans la sainteté on augmente uniquement, et nous ne diminuons pas" (maalin bakodech véén moridim), néanmoins la Torah a annulé la date du don de la Torah. [sa mention explicite contrairement aux autres fêtes]
[Mochav Zékénim mi Baalé haTossafot - Pin'has 29,2]

4°/ La Torah spécifie que la fête de Shavouot a eu lieu 50 jours après qu'on ait apporté le Korban Omer.
Pendant la période du Temple, les mois étaient sanctifiés en se basant sur le témoignage de témoins, et ainsi il serait possible que Shavouot tombe le 5e ou le 7e jour de Sivan, et pas nécessairement le 6 Sivan (le jour où la Torah a été donnée).
[Rivach 96]

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-> La guémara (Pessa'him 68b) dit que la fête de Shavouot coïncide avec le jour où la Torah a été donnée au mont Sinaï.
Actuellement, la date de Shavouot est établit par un calendrier fixe, qui a pour conséquence que Shavouot tombe toujours le 6e jour de Sivan.
Mais cela n'a pas toujours été le cas. A l'époque du Temple, lorsque la date des fêtes étaient régulées par le beit din se basant sur un témoignage de témoins ayant vus la nouvelle lune, Shavouot pouvait tomber soit le 5e, soit le 6e, ou soit le 7e jour de Sivan.
[Shavouot tombe 50 jours après le 2e jour de Pessa'h, indépendamment de quand commencera le mois d'Iyar et de Sivan, qui peut avoir 29 ou 30 jours, en fonction du beit din sanctifiant le mois]
=> Comment ces 3 jours peuvent-ils être considérés comme le jour réel de la réception de la Torah?

-> Certains expliquent que bien que le beit din était techniquement capable de sanctifier la nouvelle lune d'une façon qui ferait tomber Shavouot le 5, le 6 ou le 7 Sivan, en réalité le beit din arrivait à s'arranger pour que Shavouot tombe toujours le 6 Sivan.
[Téchouvot haRivach 96]

-> Rabbi Yé'hezkel Landau (Tselakh - Pessa'him 68b) répond que ces 3 jours sont réellement considérés comme le temps de la réception de la Torah (kabbalat haTorah) :
- le 5 Sivan = la nation juive a accepté la Torah en ce jour en proclamant : "naassé vénichma" (Nous ferons et nous écouterons).
- le 6 Sivan = depuis le début de la Création, Hachem avait l'intention de donner la Torah en ce jour.
- le 7 Sivan = Moché a retardé le don de la Torah d'un jour en ajoutant une journée supplémentaire pour que les juifs puissent convenablement se sanctifier pour recevoir la Torah.
Cela a résulté que la Torah soit réellement donné le 7 Sivan.

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=> Pourquoi décorons-nous les synagogues et les maisons avec de la verdure à Shavouot?

-> Certains disent que c'est pour louer Hachem pour avoir sauver la vie de Moché lorsqu'il était bébé. Moché est né prématurément de 3 mois, le 7 Adar. Puisque les égyptiens attendaient que la mère de Moché donne naissance à son terme, ils n'ont commencé à le chercher que 3 mois après sa naissance, soit le 6 Sivan.
La mère de Moché, Yo'hévét, a alors placé Moché dans un panier et l'a camouflé parmi les roseaux et arbustes qui poussent le long des rives du Nil.
Puisque Yo'hévét a dissimulé Moché avec de la verdure le 6 Sivan, nous couvrons les synagogues de verdure à Shavouot pour se rappeler de la délivrance de Moché en ce jour.
[rabbi 'Haïm Moché Elazary - Nétivé 'Haïm (Chémot 2,2)]

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=> Pourquoi Hachem a-t-il fait en sorte que Moché soit placé sur le Nil spécifiquement le 6 Sivan, le même jour où il recevra par la suite la Torah au mont Sinaï?

-> Le 'Hizkouni (Chémot 2,2) répond que c'était afin que le mérite de la Torah qui sera donnée ultérieurement à cette même date, puisse servir pour le protéger.
Comme la guémara le rapporte (guémara Sota 12b), lorsque Moché a été placé sur le Nil et qu'il était en danger de noyade, les anges de service ont dit devant Hachem : "Celui qui est destiné à recevoir la Torah au mont Sinaï à cette date va être atteint en ce jour?"

-> Rabbénou Bé'hayé (Chémot 2,2) souligne une signification supplémentaire à cet événement particulier.
Moché bébé a été très affecté par le fait d'être placé sur le Nil, et le 6 Sivan était potentiellement un jour de grand malheur et de calamité pour lui. [il était sur un panier sur le terrible fleuve du Nil, avec les égyptiens qui le recherchaient au alentour pour le noyer]
Au final c'est exactement le contraire qui s'est passé. Le 6 Sivan est devenu ensuite le jour durant lequel il est monté au Ciel pour recevoir la Torah.
A propose de cela, le roi David applique le verset : " Le jour où j'ai crié [bébé dans le panier sur le Nil], tu me répondis, tu me donnas du courage en fortifiant mon âme" (Téhilim 138,3).

Le livre de Ruth – Quelques enseignements

+ Le livre de Ruth - Quelques enseignements :

=> Pourquoi lisons-nous la Méguilat Ruth pendant la fête de Shavouot?

1°/ Shavouot est le moment du don de la Torah.
Le midach (Yalkout Chimoni Ruth 596) dit que nous lisons la Méguilat Ruth à Shavouot afin de démontrer que de même que Ruth a connu de l'affliction et de la pauvreté lors de sa conversion, de même la Torah s'acquiert uniquement par la souffrance et la pauvreté.

Bien que le récit de Ruth enseigne que la Torah s'acquiert uniquement par la difficulté, il transmet également un message d'espoir et de consolation.
Ruth est allé dans les champs chaque jour pour amener de la nourriture à Naomi afin d'épargner à sa belle-mère autrefois prospère la honte de devoir quitter sa maison pour recueillir l'aumône.
En agissant ainsi, Ruth a repoussé tout prétendant à vouloir se marier avec elle, puisque (à juste titre) si elle devait se marier son mari n'accepterait pas qu'elle passe ses journées à ramasser des tiges de blé afin de subvenir aux besoins de son ancienne belle-mère (Naomi).
Bien qu'à première vue son sacrifice semblait lui éliminer tout prétendant au mariage, au final c'est cela qui a conduit à se marier avec Boaz et à devenir la mère de la royauté d’Israël.
=> Il en est de même pour tout celui qui se dédit à la Torah, au début il fait face à des difficultés et des obstacles, mais ces déboires vont l'amener finalement au succès et au bonheur.
[Séfer 'Hassidim (619) ; Torat ha'Hida]

2°/ Le livre de Ruth a été écrit pour enregistrer la descendance du roi David.
Puisque le roi David est né et mort à Shavouot, nous lisons la Méguilat Ruth en ce jour en son honneur.
[la guémara (Yérouchalmi 'Haguigua 2,3) dit que le roi est mort à Shavouot. Or, selon la guémara (Roch Hachana 11a) : "Hachem complète les années des tsadikim au jour près", ce qui implique que le roi David est né à Shavouot]
[Chaaré Téchouva - Ora'h 'Haïm 494,7]

3°/ Boaz n'a pu se marier avec Ruth uniquement en conséquent de l'interprétation des rabbins de l'interdiction de la Torah pour un juif de marier une Moabite, puisque s'appliquant exclusivement aux Moabites hommes et non aux Moabites femmes.
Le livre de Ruth est ainsi lu à Shavouot pour démontrer à quel point la Torah Ecrite et la Torah Orale sont inséparables et également obligatoires.
['Hidouché haRim al haTorah (Shavouot)]

4°/ La Torah juxtapose l'offrande de farine de blé qui est offerte à Shavouot, avec la loi de laisser les glanages de la récolte aux pauvres et aux convertis.
La Méguilat Ruth relate la très belle réalisation de cette mitsva par Boaz, au point même de demander aux moissonneurs d'être polis et généreux avec Ruth, qui était à la fois pauvre et convertie.
Ainsi, il est approprié de lire la Méguilat Ruth à Shavouot puisqu'elle aborde l'application pratique de lois dont la Torah insiste à ce moment.
[Shavouot étant à la période des récoltes]
[Lévouch - Ora'h 'Haïm 494,5]

5°/ Les juifs ont subi tous les aspects de la conversion (circoncision, immersion dans un mikvé, et offrir un sacrifice) avant de recevoir la Torah au mont Sinaï.
Il est ainsi approprié de lire à Shavouot le récit de Ruth, une convertie vertueuse.
[Aboudraham]

6°/ La Méguilat Ruth est remplie d'actes de bonté, et la Torah est entièrement composée de bonté
[Nos Sages (guémara Sota 14a) enseigne : "La Torah débute par un acte de bonté (lorsque Hachem donna des peaux à Adam et ‘Hava pour se couvrir) et se termine par un acte de bonté (lorsqu’Hachem Lui-même procéda à l’enterrement de Moché).]
Puisque la Torah a été donné à Shavouot, nous lisons le livre de Ruth en ce jour.
[Birké Yossef - Ora'h 'Haïm 494,11]

7°/ Nous lisons le livre de Ruth à Shavouot pour faire pénétrer en nous la foi et l'espérance en l'arrivée imminente du machia'h.
Car de même que Hachem a réalisé sa promesse à Moché de délivrer les juifs de leur esclavage en Egypte et de les amener au mont Sinaï pour servir Hachem (voir Chémot 3,12), de même Il gardera Sa promesse d'amener le machia'h, qui est un descendant de Ruth, l'ancêtre du roi David.
[Maté Moché - 693]

8°/ Ruth n'a atteint la perfection que par la force d'efforts et d'un travail difficile pour devenir une juive vertueuse.
Nous lisons le récit de Ruth à Shavouot pour nous enseigner la leçon que le seul chemin pour atteindre des grandeurs spirituelles, c'est par un travail difficile et par la persévérance, et non simplement en se basant sur des qualités naturelles ou une lignée distinguée.
['Hayé Avraham - citant rabbi Moché Albelida (Bamidbar 56b)]

9°/ Le livre de Ruth est lu à Shavouot pour montrer l'énorme récompense qui est donnée à ceux qui servent Hachem avec une intention pure.
Après la destruction de la ville de Sodome, les filles de Loth ont agi avec beaucoup d'impureté. Cependant, puisque leurs motivations étaient pour l'honneur d'Hachem, elles ont toutes les deux été récompensées en mettant au monde des descendants qui vont être les rois d'Israël (guémara Baba Batra 38b).
Ruth, qui était une descendante d'une des filles de Loth, s'est également comportée d'une manière peu orthodoxe, lorsqu'elle s'est ornée et qu'elle est venue furtivement devant Boaz dans l'obscurité de la nuit. Mais comme elle a également agi avec des intentions pures, elle a été récompensée en donnant naissance à la dynastie de David (aboutissant avec la naissance du machia'h).
=> Nous apprenons de là que ceux qui étudient la Torah et réalisent les mitsvot en l'honneur d'Hachem vont certainement recevoir une récompense infiniment importante. [d'où la lecture de Ruth à Shavouot pour nous renforcer la valeur de la Torah et mitsvot]
[Torat ha'Hida]

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-> "il y mit 6 mesures d'orge" (Ruth 3,15)
=> Pourquoi Boaz qui était très riche, a-t-il offert [entre autre] un cadeau si maigre à Ruth?

-> Boaz faisait allusion à Ruth qu'elle serait bénie par 6 descendants particulièrement vertueux : David, Daniel, 'Hananiya, Michaël, Azaria et le machia'h, et chacun auront 6 vertus exceptionnelles. [voir guémara Sanhédrin 93b]

-> Certains expliquent que ces 6 vertus exceptionnelles correspondent aux 6 qualités que Adam a perdu en raison de sa faute, puisqu'avant qu'Adam ne faute :
- son visage brillait avec les rayons de la Chékhina ;
- il aurait pu vivre éternellement ;
- la taille d'origine d'Adam atteignait le Ciel, ce qui reflétait son niveau spirituel très élevé. Après la faute, sa taille a diminuée ;
- il n'existait uniquement des plantes bénéfiques ;
- tous les arbres portaient des fruits ;
- à l'origine, Hachem a créé une belle lumière éblouissante, qui a été cachée après la faute d'Adam.

-> Les 6 descendants vertueux de Ruth ont aidé à rectifier la faute d'Adam.
Ce processus va arriver à son terme avec le machia'h, le dernier de ces 6 personnes vertueuses. A ce moment, les 6 cadeaux d'origine d'Hachem à l'humanité vont complétement être restaurés, comme lorsque Adam vivait au gan Eden.
[rapporté par le rabbi Binyamin Wurzburger]

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-> La haftara qui est lue le matin de Shavouot est à propos du "maassé merkava" : la prophétie mystérieuse et mystique de Yé'hezkiel dans laquelle il décrit vivement le "Chariot" céleste d'Hachem.
=> Quel est le lien entre Shavouot et le Char Céleste Divin (Merkava)?

-> Le Lévouch explique que lorsque les juifs ont reçu la Torah au mont Sinaï, ils ont atteint le niveau des grands prophètes, tous ceux présents, du plus jeune enfant au plus grand sage, et ainsi à ce moment ils percevaient tous sans aucun doute le Char Céleste Divin.
C'est pour cela que nous lisons la vision de Yé'hezkel du "massé Merkava" en ce jour.
[la preuve du Lévouch est : "tout le peuple vit le tonnerre" (Yitro 20,15), ce qui est un concept kabbaliste pour faire référence au "massé Merkava".]

-> Le Zohar écrit que Yé'hezkel a reçu sa prophétie du "massé Merkava" un jour de Shavouot.
C'est pourquoi nous la lisons en ce jour.
[Birké Yossef 493,3 ; 'Hida (Makhzik Béra'ha)]

+ Lorsqu'un juif accomplit une mitsva, il perçoit qu'il est en train de recevoir la Torah de nouveau.
Le don de la Torah n'est pas simplement un phénomène ponctuel, mais plutôt un processus continu.
Les Pirké Avot (6,2) nous rappellent que chaque jour une voix céleste provenant du mont Sinaï se lamente : "Malheur aux créatures qui font affront à la Torah". Cela est dans la mesure où Hachem nous donne constamment la Torah, mais personne n'accepte son offre.
Si nous n'entendons pas ce son, c'est parce qu'il nous manque la sainteté nécessaire pour recevoir la Torah, la sainteté qui était une condition préalable requise lorsque la Torah a été reçue à l'origine (voir Yitro 19,10 : "enjoins-leur de se tenir purs aujourd'hui et demain").

En observant les mitsvot, les juifs suscitent la sainteté qui était autrefois présente au mont Sinaï, et ils se préparent à recevoir la Torah de nouveau.
[Sfat Emet - Vaét'hanan 5641]

+ Nous mettons tout d'abord les téfilin de la main = qui représentent la soumission de notre cœur à Hachem à Pessa'h ; puis les téfilin de la tête = qui représentent la soumission de notre esprit à Hachem par la Torah à Shavouot.
De plus, nous enfilons le talit = qui symbolise que Hachem nous protège, à l'image des Souccot. [Nuées de Gloire de protection]
Ainsi, notre accomplissement quotidien de ces mitsvot (téfilin, talit) nous donne l'opportunité d'attirer sur nous l'influence des Yom Tov (Pessa'h, Shavouot, Souccot) dans nos vies tous les jours de l'année.
[Sfat Emet - 5642]

Qu’est-ce qui a été donné au don de la Torah?

Le Shabbath, au 6e jour du mois de Sivan de l’an 2448 depuis la Création, tout le peuple d’Israël, ainsi que les âmes de toutes les générations futures, se rassemblèrent au pied du Mont Sinaï pour recevoir la Torah.
Cependant, la Torah que nous avons reçu au Sinaï était déjà en notre possession depuis de nombreuses générations. Nos ancêtres avaient étudié et accompli toute la Torah avant qu’elle soit donnée (guémara Yoma 28b).
=> Ainsi, aucun principe nouveau ne fut-il dévoilé au Sinaï. Qu’est-ce donc qui nous fut donné lors du "Don de notre Torah"?

-> Le midrach (Chémot Rabba 12,4) explique la signification de cet événement par la parabole suivante : "Un jour, un roi décréta que le peuple de Rome avait l’interdiction de descendre en Syrie et le peuple de Syrie avait l’interdiction de monter à Rome. De la même façon, lorsque D. créa le Monde, Il décréta que ‘Les cieux appartiennent à D. et la terre a été donnée à l’homme’ (Téhilim 115,16). Mais quand Il voulut donner la Torah à Israël, Il abrogea Son premier décret et déclara : Les règnes inférieurs peuvent monter vers les règnes supérieurs et les règnes supérieurs peuvent descendre dans les règnes inférieurs.
Et Moi-même [Hachem] Je commencerai, comme il est écrit : ‘Et D. descendit sur le Mont Sinaï’ (Chémot 19,20) et puis, ‘Et à Moché, Il dit: monte vers D-ieu’ (Yitro 24,19)".

Durant les 26 premières générations de l’histoire, il existait une un décret divin qui séparait la réalité en 2 mondes hermétiques : le Spirituel et le Matériel.
Le Spirituel ne pouvait pas être réellement introduit ici-bas, sa réalité même s’opposant à toute concrétisation, et le Matériel ne pouvait être rendu transcendant et divin, sa nature le maintenant confiné dans la limitation des règnes inférieurs. Dès lors, la Torah, qui est la Sagesse divine, ne pouvait avoir aucun effet réel sur le Monde matériel. Elle ne concernait que l’âme de l’homme et la réalité spirituelle des Cieux. Bien que ses concepts pussent être, et furent effectivement, appliqués à la vie physique, celle-ci ne pouvait pas être élevée.
Au Sinaï, D. révoqua le décret qui séparait la matière et l’esprit en deux domaines distincts. Hachem descendit sur le Mont Sinaï, et apporta la spiritualité des Cieux à la Terre. Il convoqua Moché au sommet de la montagne, donnant à l’être humain la capacité d’élever son être physique et le Monde matériel à un degré d’existence supérieur. La Torah pouvait désormais sanctifier la vie matérielle.
Après l’épisode du Sinaï, quand un homme matériel prend une pièce d’argent matérielle, gagnée par son labeur et ses talents matériels, et la donne à la tsédaka, ou quand il cuit de la farine et de l’eau et en fait une matsa et la consomme la première nuit de Pessa’h, ou quand il donne à un morceau de cuir une forme et des mesures spécifiques, y insère des parchemins sur lesquels sont écrits certains versets et les lie à sa tête et à son bras en tant que téfilin, l’objet limité et matériel avec lequel il a accompli la mitsva est transformé et sort sanctifié.
Ainsi, ce n’est qu’après le Sinaï qu’une mitsva put concrétiser le spirituel et sanctifier le matériel.
[d'après le Collel - feuillet de la communauté Sarcelles 5779]

Tout juif a une part dans la Torah

+ Tout juif a une part dans la Torah :

-> Les 10 Commandements commencent par "Je suis Hachem, ton D., qui t'ai fait sortir du pays d'Égypte, d'une maison d'esclavage" (Yitro 20,2).
=> Pourquoi n'est-il pas plutôt écrit : "Je suis Hachem qui a créé le monde"?

-> Le 'Hatam Sofer (Drachot Shavouot 5562) écrit :
"La Torah n'a pas été donnée à des individus en particulier, elle a été donnée à tout le peuple juif, à la fois la 'helbéna (les personnes les plus bas) ensemble avec les béssamim (les tsadikim).
Cela a été fait de façon intentionnelle pour permettre à chaque juif d'obtenir une part dans la Torah ...
C'est la raison pour laquelle nous avons reçu la Torah peu après la sortie d'Egypte, bien que nous n'étions pas encore méritant du don de la Torah.
Cela nous enseigne qu'on ne doit jamais perdre espoir d'acquérir une part dans la Torah.
Et même si nous sommes à un niveau très bas, nous sommes équivalent au plus grand".

-> A la sortie d'Egypte, les juifs étaient arrivés au 49e niveau d'impureté (sur 50), les anges ont même dit à la mer Rouge : "Pourquoi les juifs doivent-ils être sauvés alors que les égyptiens se noient? Les juifs ont également vénéré des idoles!"
Si la Torah a pu leur être donnée, il est évident que la Torah peut également nous être donnée. Chaque juif a un droit à l'étude et à l'observation de la Torah.
[rav Elimélé'h Biderman]
[c'est notre yétser ara qui nous pousse à penser que Hachem ne nous désire pas tant que ça, qu'Il n'accorde pas d'importance à notre étude de la Torah, comme cela on ne s'y investit pas pleinement. Or, la réalité est totalement opposé à cela!
On peut l'illustrer avec les paroles du Steïpler : http://todahm.com/2018/10/10/agir-au-maximum-de-ses-capacites ]

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-> "Ils se tinrent debout au bas de la montagne" (Yitro 19,17)
Le Beit Aharon (roch 'hodech Sivan) dit que ce verset fait allusion au faible niveau de la nation juive lorsqu'ils ont reçu la Torah.
Il écrit : "Tout le monde peut recevoir la Torah, peut importe ce qu'il est. Même ceux au niveau le plus bas peuvent recevoir la Torah.
C'est le sens du fait que la Torah a été donné aux juifs alors que "ils se tinrent debout au bas de la montagne".

-> Le Zohar (vol.2, 68) écrit : "Yitro était un prêtre respecté de premier rang. [A l'époque, ] il était comme "le pape" pour tous les types de cultes d'idoles.
Lorsqu'il loua Hachem en disant : "maintenant je sais que Hachem est plus grand que tous les autres dieux" (ata yadati ki gadol Hachem mikol élokim), alors l'honneur d'Hachem a été augmenté dans tous les mondes, en-haut et en-bas".

Nos Sages rapportent que de nombreux prêtres d'idolâtries attendaient de voir la réaction de Yitro face aux miracles de la mer Rouge. En effet, Yitro était le responsable spirituel des non-juifs de cette époque, et ils agiraient en fonction de ce qu'il ferait.
C'est pourquoi lorsque Yitro loua Hachem pour les miracles de l'ouverture de la mer Rouge, ils ont suivi son exemple, et ils ont également loué Hachem.
Cela a créé un énorme kidouch Hachem.

=> Dans la Torah, le don de la Torah suit le récit de Yitro qui rejoint le peuple juif.
Quelle est la signification de cet enchaînement des choses?

Rabbi Leibele Eiger (Torat Emet - Yitro) explique que la Torah veut encourager chaque juif à accepter la Torah. Personne ne doit ressentir qu'il n'est pas assez méritant, car peu importe à quel point il a pu chuté [spirituellement], il n'est pas tombé plus bas que Yitro. [qui avait essayé toutes les adorations d'idoles possibles, et était la référence, le chef mondial des idolâtres]
Si Yitro a pu recevoir la Torah, alors nous aussi.
[quoiqu'il puisse faire, un juif sera toujours appelé : "fils adoré d'Hachem", et par ce lien (à l'inverse des non-juifs) nous avons toujours énormément de valeur aux yeux d'Hachem!]

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-> Le midrach (Tan'houma - Dévarim) écrit :
"Hachem a proposé la Torah à toutes les nations du monde, mais elles l'ont refusée.
Alors, Hachem a proposé la Torah aux Bné Israël, qui l'ont acceptée."

-> Le Imré Emet (5667) souligne que Hachem aurait véritablement donné la Torah aux non-juifs s'ils l'avaient acceptée.
Ainsi, si même un non-juif peut potentiellement étudier et observer la Torah, alors à combien plus forte raison un juif, qui a en lui une partie d'Hachem [beaucoup plus élevée que les non-juifs] et qui est un descendant des Patriarches [et Matriarches], peut lui étudier la Torah et observer les mitsvot.

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-> Il est écrit : "Je vous ai portés sur l'aile des aigles, Je vous ai rapprochés de Moi" (Yitro 19,4)

L'aigle est un animal non cashère, impur.
Le Sfat Emet (rapporté par son fils le Imré Emet - Yitro 5691) explique que Hachem nous a porté sur un oiseau non casher afin de nous enseigner que même celui qui a beaucoup fauté (et qui est à l'image d'un animal impur, non casher), s'il étudie la Torah alors il sera rapproché d'Hachem.
En effet, peu importe le niveau où l'on est, l'étude de la Torah a la faculté de nous élever à de très hauts niveaux.
C'est ce qui s'est passé en Egypte : les Bné Israël étaient au 49e niveau d'impureté, et Hachem les a amené très proche de Lui jusqu'à ce qu'ils soient aptes à recevoir la Torah, qu'Il leur parle directement.

De plus, la nature d'un aigle est de muer/renouveler ses plumes chaque année, et il devient alors comme un tout nouvel oiseau (voir Rachi - Téhilim 103,5).
Ainsi, Hachem nous a pris sur les ailes d'un aigle pour nous apprendre à être comme l'aigle, qui recommence toujours à nouveau.
[à l'image de l'aigle qui perd ses plumes pour de nouvelles, de même nous devons savoir se renouveler (avoir un regard neuf, frais), toujours s'améliorer, faire téchouva (en quittant nos mauvaises habitudes, comportements - à l'image de l'aigle qui perd ses plumes et devient comme un nouvel oiseau), ... ]

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-> Les 10 Commandements commencent par "Je suis Hachem, ton D., qui t'ai fait sortir du pays d'Égypte, d'une maison d'esclavage" (Yitro 20,2).
=> Pourquoi n'est-il pas plutôt écrit : "Je suis Hachem qui a créé le monde"?

Les Richonim expliquent que la sortie d'Egypte est en réalité une meilleure source pour renforcer notre émouna que la Création du monde, car en plus de la émouna, la sortie d'Egypte nous renforce dans la Providence divine (hachga'ha pratit) constante et également à quel point Hachem aime le peuple juif.

La lecture des 10 Commandements

+ La lecture des 10 Commandements :

1°/ Prendre conscience de l'importance de toute lecture de la Torah :

-> Le Shévet Moussar (34,19) décrit ce à quoi nous devons penser lorsque nous entendons une lecture de la Torah :
"Imagine que la bima est le mont Sinaï et que tu reçois la Torah du mont Sinaï.
Pense que Hachem et Ses anges sont présents, comme cela l'a été au don de la Torah.
Visualise que c'est Moché Rabbénou qui lit la Torah et que toute la nation [juive] se tient autour du mont Sinaï pour écouter la Torah de sa bouche".

-> La Michna Broura (141,19) écrit :
"Selon la halakha, il est permis de s'asseoir lorsque l'on écoute la lecture de la Torah, mais le Maharam de Rothenbourg dit qu'il est bien d'être debout. La raison est que lorsque nous écoutons la lecture du Séfer Torah, on doit s'imaginer comme si l'on écoutait la lecture de la Torah au mont Sinaï, et au mont Sinaï tous les juifs étaient debout."

=> Il en découle de cela qu'à chaque fois que la Torah est lue, c'est réellement et concrètement un petit don de la Torah.

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2°/ La lecture des passages relatifs au don de la Torah :

-> Le midrach (Psikta 12 ; Yalkout Chimoni Yitro 271) enseigne :
"Hachem dit à la nation juive : 'Mes enfants lisent cette paracha [du don de la Torah] chaque année, et Je considérerai cela comme s'ils se tenaient devant Moi au mont Sinaï et qu'ils recevaient la Torah".

-> Nous lisons 3 fois par an les 10 Commandements : à Shavouot, le Shabbath de la paracha Yitro, et celui de Vaét'hanan.
[ainsi, le don de la Torah au Sinaï n'est pas un événement lointain, il se reproduit réellement 3 fois par an!]

-> Le Beit Avraham en explique la raison :
Les patients très malades ont besoin de médicaments puissants, mais leur corps est trop faible pour les supporter.
C'est pourquoi, le médecin va administrer les médicaments en 2 ou 3 doses. [plutôt qu'en une seule]
De la même façon, nous acquérons de fortes doses de émouna lorsque nous lisons les 10 Commandements. Mais l'expérience spirituelle qui vient de la lecture de ce passage de la Torah est très intense et peut être trop puissante pour nous qui sommes faibles [spirituellement parlant].
C'est pour cela que l'impact est divisé en 3 portions (à Shavout, à Yitro, à Vaét'hanan), pour qu'ainsi nous puissions absorber son message.

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-> Le rabbi de Satmar explique "Naassé véNichma" comme signifiant : si une personne se prépare elle-même en faisant de bonnes actions (naassé), alors elle va mériter d'entendre (nichma) Hachem qui dit "ani Hachem Eloké'ha" (c'est le début des 10 Commandements - Yitro 20,2).
[plus nous agissons de notre mieux pour Hachem, plus nous nous permettons de pouvoir entendre et internaliser l'énorme message d'émouna des 10 Commandements]

-> En ce sens également, un vendredi soir de Shabbath Yitro, rabbi Lévi Its'hak de Berditchev a dit : "Demain lorsque les 10 Commandements seront lus, les gens avec des oreilles saintes entendront Hachem dire les 10 Commandements".

-> A ce sujet que la perception du don de la Torah est propre à chacun, on peut citer le Méam Loez (Yitro 20,1) :
"Chaque personne entendit la voix de D. selon sa capacité personnelle.
Par exemple, les femmes enceintes perçurent une voix très douce afin que la frayeur ne provoque pas de fausse couche ...
Au Sinaï, la voix de D. était si puissante qu'elle fit trembler toute la terre. Cependant, les personnes faibles l'entendirent comme une voix douce et délicate pour pouvoir la supporter et la comprendre.

Chaque personne présente au Sinaï saisit la Torah selon sa connaissance préalable.
Certains la comprirent au niveau de la guémara (analyse logique), d'autres au niveau de la michna (les lois), tandis que d'autres ne la comprirent qu'au niveau de la Torah (selon son sens littéral).
Certains saisirent la signification externe des mots tandis que d'autres en perçurent les mystères kabbalistiques plus profonds.

Le jour où la Torah fut donnée, tout dépendait de la préparation spirituelle individuelle de chacun".

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-> Le 'Hidouché haRim (Shavouot) enseigne :
"Hachem nous a donné a Torah comme un cadeau, et nos Sages (guémara Baba Batra 65a) nous disent que lorsque quelqu'un donne un cadeau, il doit le donner avec un bon œil (généreusement)".
De même, lorsque Hachem nous a donné la Torah, Il nous l'a donnée avec un bon œil. Cela signifie qu'Il nous a donné les forces et la sagesse nécessaires pour comprendre la Torah."