"Souviens-toi de ce que t’a fait Amalek, quand tu es sorti d’Egypte. Lorsqu’il t’a rencontré en chemin, qu’il t’a attaqué" (Ki Tétsé 25,17)

=> Pourquoi la Torah insiste tant sur le fait qu’Amalek nous attaqua "en chemin"?
De plus, comment ont-ils réussi à atteindre les Bné Israël, qui étaient pourtant protégés par les Nuées?

-> Le midrach Tan'houma (Ki Tetsé 9) explique qu’Amalek descendit en Egypte, se rendit aux archives et récupéra la liste des noms. Il se rendit ensuite derrière le camp des Bné Israël et les interpella par leurs noms à travers les nuées : "Réouven, Chimon, Lévi ...! Sortez et venez voir la marchandise que j’ai à vendre!"
Lorsqu’ils sortaient, Amalek les tuaient!
On apprend d’ici que la stratégie d’Amalek est de faire sortir le peuple d'Israël du chemin! Les pousser à quitter la voie de nos ancêtres!

Les juifs dans le désert ne manquaient de rien et vivaient grâce à la Providence Divine : la manne qui tombait du Ciel, le puis de Myriam, les habits qui ne s’abimaient pas, ... Pourquoi sont-ils sortis à leur rencontre? De quoi manquaient-ils?
Amalek a réussi à les atteindre en les éloignant d’Hachem et en leur promettant une "meilleure" vie matérielle, plutôt que de se reposer sur Hachem.
=> Ainsi, la mitsva de faire disparaître Amalek est encore plus d’actualité de nos jours où la société nous pousse à consommer encore et encore, avec une abondance que nos grands-parents, voire même nos parents n’auraient jamais espéré connaître un jour.
[extrait d'un dvar Torah du Collel de Sarcelles - feuillet de la communauté Tétsavé 2020]

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+ Saisir l’arbre de vie de toutes ses forces

-> "Souviens-toi de ce que t’a fait Amalek, sur le chemin en sortant d’Egypte" (badéré'h bétsété'hem mimitsraïm - בַּדֶּרֶךְ בְּצֵאתְכֶם מִמִּצְרָיִם)" (Ki Tétsé 25,17)
Le terme "badéré'h" (בדרך - sur le chemin), fait référence à un chemin spécial, le premier chemin jamais mentionné dans la Torah, dans le récit du premier échec de l’homme dans le gan Eden.
Après le péché d'Adam, Hachem a placé des Kérouvim (des chérubins) angéliques avec une épée tournoyante pour garder "le chemin vers l’arbre de vie" (ét déré'h éts ha'Haïm - דֶּרֶךְ עֵץ הַחַיִּים - Béréchit 3,24).
Donc בדרך se réfère à ce chemin, le chemin vers l’arbre de vie.

Amalek nous a attaqués quand nous avons quitté l'Egypte, en route pour recevoir la Torah sur le mont Sinaï.
La révélation du mont Sinaï était un avant-goût de l’arbre de vie, car la guémara (Shabbat 146a) nous dit que la souillure causée par le péché originel cessa lors de l’expérience de la révélation du Sinaï.
À ce moment-là, nous nous sommes élevés au-dessus du niveau des mortels et sommes devenus porteurs de vie éternelle. Ainsi Amalek tenta-t-il de nous empêcher d’arriver à cet endroit.

Pour atteindre l’arbre de vie, il faut s’investir de toutes ses forces dans la Torah, telle que nous l’avons reçue au mont Sinaï. Les rouleaux de Torah que nous utilisons sont montés sur deux morceaux de bois précisément appelés " atsé ‘haïm" (les arbres de vie). Quand quelqu’un est appelé à la Torah (aliyah), la halakha (Ora’h ‘haim 139:11) est qu’il doit tenir des 2 mains les 4 atsei ‘haïm. C’est parce que pour l’acquérir, nous devons y consacrer toutes nos forces.

Le mot "yad" (main - יד ), a une guématria de 14. Donc, avec 2 mains, nous arrivons à un total de 28.
Dans Kohélét (3,2-8), le roi Shlomo énumère 14 temps de bénédiction et 14 autres de malheur, soit un total de 28.
La main droite représente les 14 temps de bénédiction, tandis que la gauche symbolise elle les 14 temps de malheur. Nous devons nous accrocher à l’arbre de vie des 2 mains, et y consacrer toutes nos forces. Le mot hébreu pour force est "koa'h" (כח), qui a pour guématria 28.
Pour vraiment atteindre l’arbre de vie, pour nous imprégner pleinement de ses bénédictions, nous devons être entièrement dévoués à Hachem et nous accrocher à Lui avec une force nous (trans-)portant à travers tous les temps listés dans Kohélet (de bénédictions et de malheur).
[divré Torah du rav Yéhochoua Alt]

La force d’Amalek réside dans le découragement des juifs

+ La force d’Amalek réside dans le découragement des juifs :

-> "Il [Amalek] te rencontra en chemin, démembra tous les gens affaiblis sur tes arrières" (Ki Tétsé 25,18)
Rachi commente : "Ils manquaient de force à cause de leur péché, ceux que la nuée avait rejetés."
[le rav Soloveitchik dit que Amalek ne craignait pas D., mais uniquement les hommes, et c'est pour cela qu'il s'en ait pris à ceux qui étaient affaiblis et qui trainaient à l'arrière, las et épuisés, presque incapables de se défendre.]

-> Le Yichma’h Israël (Parachat Zakhor 3) explique qu’Amalek rappelait à ces juifs qui s’étaient souillés par leur impureté, qu’ils ne pouvaient plus réparer leurs actes.
C’est à ce propos, dit-il, qu’il est écrit : "Il démembra tous les gens affaiblis sur tes arrières" ... comme il est enseigné dans le Pirké dé Rabbi Eliézer (chap.48) : "Celui qui avait besoin de se tremper pour se purifier [suite à une faute], la nuée le rejetait."
Or, il fut facile de faire ressentir à ces personnes déjà fragiles de la tristesse et de les réduire à néant en les poussant au désespoir ... Car elles s'imaginèrent que tout espoir était perdu, qu'elles avaient même égaré leur âme et l’étincelle Divine qui était en eux ...
Les Bné Israël durent alors se renforcer, en répondant à Amalek qu'une étincelle Divine unique et particulière résidait en eux qui ne s'éteindrait jamais.

Le Yichma’h Israël explique ensuite que là se trouve précisément le travail de tout juif concernant cette mitsva d’effacer le nom d’Amalek = ancrer en lui-même le fait qu’il ne sombrera jamais définitivement et que Hachem tend Sa main à chaque juif quel qu’il soit, l’accepte à bras ouverts et le ramène à Lui comme si rien ne s’était passé.

Nos Sages (guémara Méguila 12a) commentent le verset de la Méguilat Esther (1,8) : "laassot kirtson ich vé ich" (pour satisfaire la volonté de chaque homme - לעשות כרצון איש ואיש) en disant que l’expression : "ich vé ich" (littérallement : chaque homme et homme) évoque Morde'haï qualifié de "un homme juif" (ich Yéhoudi - Esther 2,5) et Haman au sujet duquel il est écrit "un homme oppresseur et ennemi" (ich tsar véoyév - Esther 7,6).
A priori on peut se demander pourquoi le premier mot : ich (איש) est associé à Morde'haï et le second "vé ich" (et homme - ואיש) est associé à Haman? Et pourquoi pas le contraire?

Une réponse qui peut être donnée est que les lettres du mot ואיש sont les mêmes que celles du mot יאוש (yéouch - le désespoir), car celui-ci caractérise les nations réchaïm. Il est donc associé
à Haman, puisque Amalek n’aspire qu’à faire tomber le juif dans le désespoir.
En revanche, le mot איש est l’acrostiche de la phrase : "én choum yéouch" (le désespoir n’existe pas - אין שום יאוש).
C’est pourquoi il est associé à Morde'haï qui ne désespéra jamais de la miséricorde Divine même lorsque le décret fut signé et fermé par le sceau royal.

=> Ce point marque la différence entre Israël et les nations.
Combattre Amalek, c'est combattre toute forme d'abattement, de désespoir, qui s'installe en nous.

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-> Le Rama (Méhir Yain) explique quelle était l’intention de Zérech lorsqu’elle incita son mari Haman à ériger une potence de 50 coudées.
Il écrit que : 50 portes de sagesse ont été créées dans le monde, et même Moché n’atteignit pas la 50e (guémara Roch Hachana 21b).
La potence de 50 coudées évoque le fait qu’Haman désirait inciter Morde'haï à vouloir toutes les atteindre. Et voyant qu’il n’y parviendrait pas, ce dernier en perdrait ses moyens et il serait dès lors facile de le faire fauter et de le vaincre.

Pour ce qui nous concerne, cela signifie que telle est la voie du yétser ara et d'Amalek : faire croire à l’homme qu’il peut prendre de bonnes résolutions au-delà de ses possibilités, afin qu’il ne puisse s’y tenir et qu’il finisse ainsi par tomber entièrement.
Quelle est, en revanche, la voie juste à adopter?
Il faut prendre sur soi petit à petit de bonnes résolutions et avancer pas à pas suivant les possibilités.
C’est de cette manière que les progrès pourront se maintenir.

-> "D. considéra tout ce qu’Il avait fait et voici que c’était très bien" (Béréchit 1,31)
Le midrach (Béréchit Rabba 9, 7) commente : "Bien = cela évoque le yétser atov ; très bien = le yétser ara."

Rabbi Yissa'har Dov de Belz interroge : en quoi l’expression "très bien" (tov méod) suggère-t-elle le yétser ara?

Il répond que c'est parce que celui qui ne vise que le "très bien" et qui pense "commencer à travailler uniquement s'il arrive au sommet de la montagne", alors il sert son yétser ara, car de telles pensées ont de quoi décourager le monde entier.
Le mauvais penchant lui suggère dans le même temps jour après jour : "De toutes façons, tu n'atteindras pas le sommet. Dès lors, à quoi bon commencer, ne fût-ce qu'un peu, à avancer ?"

Et de fait, on s’aperçoit que lorsque ces personnes qui désirent grimper très haut jusqu’au niveau le plus élevé n’atteignent pas leur but et n’obtiennent pas de satisfaction du peu qu’elles ont accompli, elles sont entièrement brisées.
Elles ne retirent aucune joie de leur spiritualité et lorsqu’elles ne remplissent pas toutes leurs aspirations, plus rien n’a de valeur à leurs yeux.
Mais il faut savoir que de telles pensées sont le fruit du yétser ara qui cherche à les faire tomber au plus profond de l’abîme.
D’où le commentaire de nos Sages : ''Très bien'', c’est le yétser ara.

Certes, il est nécessaire d’aspirer à progresser sans arrêt, mais il est nécessaire dans le même temps de se réjouir du plus petit progrès comme du plus grand en sachant que le moindre petit acte accompli en l’honneur d’Hachem a une importance immense à ses yeux.

[rapporté par le rav Elimélé'h Biderman]

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-> b'h, voir également : Amalek, le yétser ara, profite de nos moments où l'on manque de tranquilité d'esprit pour bien nous faire chuter : http://todahm.com/2022/01/17/35613

Faire des bontés à son prochain = faire la guerre contre Amalek

+ Faire des bontés à son prochain = faire la guerre contre Amalek :

-> Rabbi Moché Cordovéro (Tomer Dévora - chap.1) enseigne :
"L’homme doit s’efforcer de ressembler à son Créateur dans toutes ses actions et dans toutes ses midot ; car voici que son corps et son âme ont été forgés par Hachem de telle manière qu’il soit à l’exacte image d’Hachem.
Ainsi, lorsque l’homme n’accomplit pas des actes de bonté à l’image d’Hachem, il trahit son apparence et son essence à tel point qu’on pourra dire sur lui (les anges en particulier) : cet être humain est très beau, exactement à l’image d’Hachem, mais toutes ses actions sont l’exact contraire de son apparence ...
C’est pourquoi l’homme doit s’efforcer de ressembler à Hachem dans toutes Ses midot de bonté, de compassion, de patience et en particulier dans les 13 midot de bonté d’Hachem qui sont appelées : Kéter (la couronne d’Hachem)."

-> Il en ressort qu’à chaque fois que nous renforçons la bonté entre les Bné Israël et rehaussons l’importance de chaque juif nous participons à un combat direct contre Amalek.
En effet, lui veut effacer la présence d’Hachem de sur la terre et mépriser toutes les valeurs Divines qui existent en bas, et nous par notre bonté ('hessed), nous nous attachons à renforcer l’image d’Hachem présente en chaque juif et développons les midot de bonté Divine sur terre.

Lorsque nous faisons de la bonté, nous devons nous efforcer de ne pas nous limiter à l’aide matérielle que nous apportons à l’autre mais de rehausser son honneur et par là même : l’image Divine de notre prochain.
A l’inverse Amalek s’efforce de mépriser l’importance Divine du peuple d'Israël et par la moquerie et l’impureté il refroidit chaque juif dans sa spiritualité.
D’autre part, grâce à la mida de bonté, nous renforçons également la présence des d’Hachem en nous-mêmes puisque nous nous efforçons de nous attacher à Ses midot Divine, jusqu’à lui ressembler le plus possible, ce qui sera également un grand kiddouch Hachem.
[d'après le rav Chmouël Hagege (sur Pourim)]

-> Le Rambam, à ce sujet, écrit qu’il n’y a pas de plus grande mitsva que celle de réjouir les veuves, les orphelins, et les malheureux car celui qui agit ainsi ressemble à la Présence Divine.
Il a donc effacé Amalek sur terre en faisant apparaître l’image et les midot d’Hachem en lui-même et en rehaussant la valeur Divine de son prochain.

"Tu ne dois pas voir le bœuf ou la brebis de ton frère égarés et te dérober à eux : tu es tenu de les ramener à ton frère" (Ki Tétsé 22,1)

-> Le rav Ovadia Yossef y voit un appel pour agir.
Si on voit un animal perdu, nous devons le retourner. Et si nous voyons l'âme de notre frère [juif] perdu, qui est détachée de sa source spirituelle, comment nous est-il possible de l'ignorer? Comment peut-on y rester indifférent?

[Chaque juif est un enfant unique de Hachem. Ainsi, nous n'avons pas conscience de la joie que nous amenons à D. en Lui rapportant un de Ses enfants qui s'étaient éloignés de Lui.

De même que nous avons rapproché un juif par amour, Hachem va en retour nous rapprocher de Lui par amour, et nous combler de magnifiques bénédictions.]

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-> Bien qu'il soit vital d'attirer les gens à observer la Torah, il est d'égal importance de prendre soin de leur besoins matériels.

Nous voyons souvent des gens se tenant en dehors de la synagogue et criant : "Prière! Prière!", conviant les gens à venir prier avec eux.
A quelle fréquence observons-nous quelqu'un criant : "Manger! Manger!", invitant des gens [dans le besoin] à venir profiter d'un repas copieux?
[rav Israël Salanter]

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-> Rabbi Tsvi Hirsch de Sliansky enseigne :
"Il y a des milliers d'années, la Torah nous a enseigné qu'il ne faut pas se dérober si on voit le bœuf ou la brebis de son frère égarés. On est tenu de les ramener à son frère (Ki Tétsé 22,1).
Maître du monde, voici que le peuple qui a appris à l'humanité la compassion pour les animaux est aujourd'hui égaré dans le monde sans personne pour lui offrir le moindre toit!"

"Lorsque tu moissonneras ta récolte dans ton champ et que tu oublieras une gerbe dans le champ, tu ne retourneras pas la prendre ; elle sera pour le prosélyte, l'orphelin et la veuve, afin que Hachem, ton D., te bénisse dans toute l'œuvre de tes mains" (Ki Tétsé 24,19)

-> La Torah souligne qu'il s'agit de "ta récolte" et de "ton champ", car la moisson, qui représente le point culminant d'une année de labeur, est la période où l'agriculteur est le plus fier de son bien.
C'est précisément à ce moment-là que la Torah lui demande de partager sa prospérité avec les pauvres.
Plus que la charité ordinaire, ce commandement permet de prendre consciece que les cadeaux que nous offre la terre viennent de D. qui les envoie pour que tous puissent jouir de Sa bienveillance.
[rabbi Shimshon Raphael Hirsch]

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-> "tu oublieras une gerbe dans le champ" :
Cette mitsva de "Chikh'ha" (oubli) consiste à ne pas revenir pour récupérer une gerbe que l'on aurait oublié dans le champ inintentionnellement et sans le vouloir.
Mais comment comprendre cette mitsva, qui est la seule que l'on ne peut accomplir que sans aucune intention ni volonté, alors qu'en général, toute la valeur d'une mitsva dépend de l'intention qui l'accompagne?

En réalité, quand un homme accomplit une mitsva sans y avoir mis sa ferveur, alors cette mitsva ne peut pas vraiment monter et être acceptée par Hachem. C'est pourquoi, Hachem entraîne que l'homme oublie une gerbe dans le champ pour qu'il accomplisse cette mitsva de Chikh'ha. Et par cette mitsva qui n'est réalisée justement que par oubli et manque total d'intention, et que c'est seulement de cette façon qu'elle est accomplie de façon parfaite, par cela toutes les mitsvot qui ont été faites sans l'intention qu'il fallait
viennent se relier à cette mitsva de Chikh'ha pour trouver leur perfectionnement.
=> Ainsi, cette mitsva permet de faire monter et de permettre que soient acceptées les mitsvot que l'on a réalisées sans toute la ferveur et l'intention qui se devaient.
[Agra déPirka]

"Tu verras, parmi les captifs, une femme de belle apparence ... Si un homme a un fils dévoyé et rebelle ... Tous les hommes de sa ville le lapideront avec des pierres" (Ki Tétsé 21,11-21)

-> Nos Sages (guémara Sanhédrin 71a) affirment que le fils dévoyé et rebelle n'a jamais existé et n'existera jamais, et que cela n'a été mentionné dans la Torah que pour étudier ce sujet et en recevoir une récompense.

Le rav Yossef Shalom Elyachiv demande : "La Torah est si vaste, avait-elle besoin de nous enseigner ce sujet traitant d'une personne qui n'a jamais existé?"

Dans le midrach Tan'houma (Ki Tétsé 1), nos Sages expliquent que les 2 sections relatives à la femme de belle apparence et au fils dévoyé et rebelle ont été juxtaposées pour nous apprendre que ce dernier est issu du mariage de cette femme.

Le rav Elyachiv écrit qu'en plus des réglementions données par la Torah, il existe également "l'esprit de la Torah" : même si celle-ci autorise le mariage avec une captive de belle apparence, cela n'est pas malgré tout conforme à l'esprit de la Torah.
Ainsi, le rav Israël Salanter dit : "Un homme qui se rend dans un endroit aux odeurs nauséabondes pour être exempté de toute prière et étude de la Torah toute sa vie, même s'il en serait effectivement dispensé, il restera toutefois ignorant et en portera l'entière responsabilité : il aura contrevenu à l'esprit de la Torah".

Une très grande distance sépare la femme juive de cette captive.
La 1ere a été éduquée dans la pureté et la sainteté, tandis que la seconde a grandi dans l'idolâtrie et les abominations.
Leur vision de la vie est totalement différente : ainsi est-il facile de prévoir quels enfants seront issus de l'union de cette captive de belle apparence.

=> Nous apprenons de cette paracha un grand enseignement : celui qui suivra les conseils de son mauvais penchant, même pour quelque chose de permis selon la loi juive, compromettra grandement son avenir.

"Quand tu sortiras en guerre contre tes ennemis, et que Hachem ton D., le livrera en ta main" (Ki Tétsé 21,10)

=> Pourquoi le verset ne dit-il pas simplement : "quand tu combattras contre tes ennemis"?

-> Pour le Ktav Sofer, la Torah envisage ici la guerre que l'on doit mener contre son yéter ara, au sujet duquel nos Sages (guémara Soucca 52) ont affirmé : "le yétser ara de l'homme se dresse constamment contre lui, et si Hachem ne l'aidait pas, il ne pourrait pas le maîtriser".

Voilà pourquoi le verset commence par : "quand tu sortiras pour la guerre" = si tu accomplis ce qui t'incombe, et il se termine par : "Hachem ton D., le livrera en ta main".

-> En ce sens le 'Hafets 'Haïm commente :
"Quand tu partiras en guerre contre tes ennemis" = c'est la guerre contre le mauvais penchant.
Si l'homme se donne la peine de partir en guerre contre lui, il lui est promis que : "Hachem ton D. le livrera en ta main" = il est certain que l'homme sera plus fort que lui et le vaincra.

Ainsi, notre tâche consiste à partir en guerre contre notre yétser ara (si ki tétsé = quand tu sortiras => alors D. te le livrera!).

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-> Le verset débute par "tes ennemis" au pluriel, et se poursuit par "le livrera" au singulier.

Le rav Mordé'haï Gifter donne l'explication suivante :
Selon la guémara (Soucca 52a), le yétser ara porte 7 noms. Cela signifie qu'il emploie 7 méthodes [principales] pour tenter de nous détruire, pour nous empêcher de suivre le chemin de Hachem.

Ainsi, en combattant notre mauvais penchant, on a l'impression d'affronter des ennemis innombrables, car même si l'on réussit à le maîtriser, il apparaît aussitôt sous une autre forme.
Cependant, une fois notre victoire remportée, on s'aperçoit que l'on avait un seul adversaire.

=> Nous partons en guerre contre "des ennemis", mais finalement il "est livré" en nos mains par Hachem.

[ "Le mauvais penchant de l’homme le domine chaque jour ... et si ce n’était D. qui lui vient en aide, l’homme serait impuissant contre lui." (guémara Soucca 52 a-b)]

"Le mariage juif est à l'image du lien forgé entre D. et le peuple juif au mont Sinaï.
De même que les mariés restent ensemble au même endroit pendant un an, de même les juifs n'ont pas quitté le mont Sinaï pendant un an après le don de la Torah."

[Rabbénou Bé'hayé]

-> b'h, cf. Shavouot : le jour de notre mariage : https://todahm.com/2018/05/30/6537

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+ "Lorsqu'un homme prend une nouvelle épouse ... il doit rester disponible pour sa famille pendant un an et se réjouir avec son épouse" (Ki Tétsé 24,5)

-> Cette mitsva a pour but de développer l'amour et l'harmonie entre les époux.
Ils peuvent ainsi se familiariser l'un à l'autre et mieux se connaître, ce qui amènera une affection et une stabilité plus grande dans le couple."
[Séfer ha'Hinoukh]

"Se souvenir de la guerre avec Amalek est l'une des 613 mitsvot de la Torah.
Cette mitsva montre que quiconque attaque Israël est haï de D.
[...]
Comme Amalek a causé un grand tort à Israël en étant le 1er à les attaquer, Hachem a ordonné qu'il soit effacé de la terre."

[Séfer ha'Hinoukh]

[effacer le souvenir d'Amalek : cela est si radical que selon le Sifri, toute chose qui pourrait faire mentionner son nom, que ce soit un animal, un arbre ou une pierre, doit être détruite.]

[Hachem nous aime tellement qu'envers le 1er peuple qui a osé nous attaquer, il nous demande de se souvenir de cet affront et d'effacer toute trace de son existence. Cela est une preuve de l'amour infini de Hachem à notre égard!]

"Si un homme a un fils dévoyé et rebelle, sourd à la voix de son père comme à celle de sa mère et qui, malgré leurs corrections, persiste à leur désobéir" (Ki Tétsé 21,18)

-> "Le cas du fils dévoyé et rebelle ne s'est jamais présenté et n'aura lieu.
Alors pourquoi le verset l'évoque-t-il?

Pour que tu l'étudies et que tu reçoives la récompense [de l'étude].
[guémara Sanhédrin 71a]

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-> La Torah est infinie, pour quelle raison était-il nécessaire de faire mention d'un cas purement théorique?

Rav Israël Salanter (Ohr Israël) répond que la Torah connaît différents degrés d'importance.
Il y a "l'étude réalisée pour l'accomplir", et à un niveau supérieur, il existe celle à laquelle on s'astreint d'étudier uniquement en vertu du décret divin, et ce même si elle ne conduit à aucune application concrète.

=> La Torah évoque le cas de l'enfant dévoyé et rebelle afin d'offrir au peuple juif le mérite de ce formidable degré d'étude : une étude 100% parce que Hachem nous l'a ordonné!!

[nous pouvons étudier des mitsvot qui se feront lorsque le Temple sera reconstruit, mais on ne sera jamais au 100% uniquement pour l'étude de cette mitsva, car d'une certaine façon on a en tête l'idée qu'on pourra les appliquer très rapidement avec la venue du machia'h.]

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-> Lorsqu'un juif étudie la Torah, il unit son esprit à la volonté et à la sagesse infinie de Hachem.
Le lien spirituel qu'il établit avec D. ne dépend pas de l'application du concept étudié.
[Méam Loez]

-> Le Méam Loez cite également l'idée suivante du Maharcha (et du Séfer 'Hassidim) :
Les parents doivent dominer leur sentiments naturels de pitié envers leurs enfants, et les discipliner quand cela est nécessaire.
Bien qu'il n'ait jamais existé de fils rebelle qui ait subi les sévères châtiments mentionnés dans les versets, il y a certainement des moments où nous devons corriger nos enfants plus sévèrement s'ils négligent l'étude de la Torah et son observance.

-> Rabbénou Bé'hayé enseigne :
Ce commandement nous montre le niveau que doit atteindre notre amour pour D.
En attachant son fils Its'hak pour le sacrifier, Avraham a montré que son amour pour D. surpassait son affection naturelle pour son fils.
Les parents d'un enfant rebelle doivent faire preuve d'un amour envers D. semblable à celui d'Avraham.

[de façon plus large cela peut renvoyer à toutes les fois où nous laissons nos sentiments venir impacter nos choix de la vie.
En effet, Rachi (Ki Tétsé 21,22) écrit que les parents du fils rebelle ne gagneront rien à avoir pitié de lui. Lorsqu'il grandira, il commettra des fautes punissables de la peine de mort. Il faut donc l'exécuter tant que, dans une certaine mesure, il est innocent.
=> De même, nous devons parfois savoir sacrifier le fruit de nos désirs dans leur jeunesse, pour nous éviter de commettre des fautes graves dans le futur.]

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-> Le Ben Ich 'Haï (Ben Yéhoyada - Sanhédrin 71a) explique que la paracha du "ben sorer oumoré" a été écrite comme moussar pour le peuple d'Israël.

Le yétser ara peut convaincre les juifs en leur disant : "vous êtes les enfants de Hachem votre D." (banim atem laShem Eloké'hem) : quoique vous puissiez faire, Il fermera les yeux et ne vous punira pas.
Cependant, la paracha de l'enfant dévoyé et rebelle vient nous dire qu'un tel enfant est amené par son père et sa mère au beit din et qu'il est condamné à mourir.

La guémara enseigne que toute la paracha s'applique à un "ben" (fils) et non pas à une "bat" (fille).
"Ben" fait référence au peuple d'Israël, et "bat" fait allusion aux autres nations du monde.
Le message est clairement destiné aux juifs qui peuvent penser que leur statut d'enfants de Hachem retire la nécessité de faire téchouva car leur Père au Ciel ne les punira pas.

=> Cette paracha est un message direct aux juifs afin qu'ils fassent téchouva.

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-> Pourquoi est-ce qu'un enfant dévoyé et rebelle (בֵּן סוֹרֵר וּמוֹרֶה) est-il mis à mort?

C'est parce qu'il s'est éloigné du véritable chemin de la Torah.
Il est "moré" (un enseignent - מוֹרֶה), apprenant aux autres à s'en éloigner également.
Or, ce crime est plus grave que le fait de tuer quelqu'un, car la victime a alors droit au monde futur, tandis que celui qui pousse son prochain à la faute, entraîne que sa victime perd à la fois ce monde-ci et celui à venir.

[Rabbi Ména'hem de Kotzk]

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-> Selon Rachi : Le fils dévoyé et rebelle était tué en prévision de son avenir : la Torah pénètre le fond de sa pensée. Elle voit que cet enfant en viendra à dilapider l'argent de son père, et cherchant en vain à assouvir ses passions, il se tiendra à la croisée des chemins et détroussera les passants.
La Torah dit donc : Qu'il meure innocent et q'il ne meure pas coupable!

-> "On ne condamne l'homme qu'en vertu de ses actes présents, comme il est dit [au sujet d'Ichmaël] : "D. a entendu la voix de cet enfant s'élever de l'endroit où il demeure"."
Rachi d'expliquer : "ses actes présents" = même s'il viendra plus tard à se pervertir.

-> On trouve la même idée dans le midrach (Béréchit rabba 53,19) :
"Les anges de service dirent à Hachem : Maître du monde! Cet homme [Ichmaël] viendra un jour à faire mourir Tes enfants par la soif, et Toi, Tu fais apparaître pour lui un puits?"
D. répondit : "Qu'est-il aujourd'hui? Un juste ou un racha?"
Les anges dirent : "Il est un juste".
D. repris : "Je ne juge l'homme que selon le moment présent!"

-> On peut citer un autre midrach (63,11) :
"Lorsque Chmouël vit que David était roux, il fut saisi de crainte et se dit : "Celui-ci sera un meurtrier comme Essav!"
Hachem lui montra alors que David avait de beaux yeux" (Chmouël I 16) : c'est-à-dire que contrairement à Essav, qui tuait selon son bon vouloir, David ne tuerait des hommes que selon les prescriptions du Sanhédrin".

Le roi David était né sous l'influence de Maadim (Mars), et la guémara (Shabbath 156a) affirme que les enfants nées sous ce signe ont une tendance naturelle à être des meurtriers. Nos Sages leur conseillent par exemple de devenir mohalim (circonciseurs) : permettant ainsi de "verser du sang" pour une noble cause.
Hachem rassura donc Chmouël, et lui dit : "Va oins-le, car c'est lui! (Chmouël I 16).

=> Selon le rav Eliyahou Lopian, nous pouvons en dire que l'on ne doit pas juger l'homme selon ses tendances innées, car il peut toujours les utiliser pour le bien.
C'est qu'a fait le roi David, il ne laissa pas sa cruauté le dominer, et il su orienter ses pulsions pour accomplir la volonté de Hachem.

==> Comment comprendre alors qu'on juge l'enfant rebelle en fonction de son présent?

-> Le rav Eliyahou Lopian, au nom du Mizra'hi dit : contrairement à Ichmaël, le fils dévoyé commence dès son jeune âge à commettre les actes qui finiront pas le perdre.

Par son attitude très jeûne, il réduit à néant son libre arbitre, et le dénouement de sa vie est donc connu par avance : il dilapidera l'argent de son père, après quoi il continuera à chercher à assouvir ses pulsions, et lorsqu'il n'y arrivera pas il en viendra fatalement à piller ses semblables et à commettre des meurtres.
C'est pourquoi la Torah le juge dès à présent comme s'il avait déjà commis ces méfaits, sans attendre que les actes justifiant sa condamnation soient concrètement perpétrés.

=> Ceci nous montre l'extrême pouvoir des habitudes : les mauvaises tendances peuvent toujours être corrigées par la force du libre arbitre, mais l'accoutumance à une action assujettit l'homme et le contraint à commettre ce qu'elle lui dicte.
En ce sens le roi Chlomo préconise : "Donne au jeune homme de bonnes habitudes dès le début de sa carrière ; même avancé en âge, il ne s'en écartera pas" (Michlé 22,6)

[c'est sur l'inverse de cela que l'enfant dévoyé a été jugé en avance de ses actions futures]

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+ Comment expliquer la différence de traitement entre Ichmaël (jugé sur son avenir) et l'enfant rebelle (jugé sur son présent)?

-> Le Maharcha explique que pour Ichmaël, ce sont ses descendants, et pas lui en personne, qui vont faire du mal. Lui, personnellement, n’a pas entraîné du mal pour les juifs. Ichmaël a lui-même fait téchouva!

C’est pourquoi, lui, qui est et qui restera toute sa vie innocent, n’a pas été puni par rapport à la faute future de ses descendants.
En revanche, pour l’enfant rebelle, c’est la même personne qui a commencée à mal se comporter et qui finira plus tard par commettre des fautes passibles de mort. Dans ce cas, Hachem l’a jugé par rapport au futur.

-> Le Sfat Emet dit que concernant le jugement du Ciel, Hachem ne condamne une personne que par rapport à sa situation présente. C’est pourquoi, Ichmaël qui a été ici jugé par Hachem, a été innocenté, car dans le présent il n’était pas condamnable.
En revanche, l’enfant rebelle est jugé par le tribunal terrestre, la Torah préconise que les juges doivent le lapider. En effet, en ce qui concerne le jugement humain prévu par la Torah, les juges tiennent compte du futur pour condamner cet enfant dès à présent.

-> Le Rav Ayzik Cher propose une autre explication.
Il a une différence entre la stricte justice et le comportement de miséricorde :
- La justice veut que l’on juge un homme par rapport à son état présent, en faisant abstraction de son devenir dans le futur.
- Le fait de condamner une personne parce qu’il va fauter plus tard, n’est pas juste. En revanche, parfois la miséricorde Divine veut que l’on condamne un homme au présent par rapport à ses fautes futures. En effet, une personne encore innocente pourra être condamnée si on sait qu’il va fauter, pour qu’il meure innocent et non coupable, lui évitant de graves punitions, voir même la perte de son monde futur.
=> Cela est une bonté que lui fait Hachem.

C'est ainsi que :
- Ichmaël qui n’était pas particulièrement apprécié par Hachem, a été jugé d’après la loi stricte, par rapport au présent, où il était encore innocent. Et ce, même si son sauvetage miraculeux a entraîné qu’il ait des enfants qui fassent souffrir les juifs, ce qui lui causera de grandes peines et de graves souffrances.

- le fils rebelle, en revanche, qui est juif et apprécié (malgré tout) par Hachem, est dirigé par la miséricorde Divine.
Hachem préfère qu’il meure innocent plutôt que coupable.

-> En ce qui concerne les mitsvot et les récompenses, Hachem prend en compte le futur. Si un homme n’est pas méritant dans le présent, mais qu’il va le devenir, Hachem peut le sauver et lui donner un mérite, par rapport à ses bonnes actions futures.

Il est écrit : "Les enfants d'Israël allèrent accomplir ce que Hachem avait ordonné" (Chémot 12,28)
Le midrach (Yalkout Chimoni 208) de commenter : "A ce moment, ils ne l'avaient pourtant pas encore accompli. Ceci nous apprend qu'ils prirent la résolution d'accomplir, et la Torah considère à cet égard que c'est comme s'ils l'avaient fait concrètement."

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-> Rabbi Aharon Kotler (Michnat Aharon p.190) rapporte une guémara (Yérouchalmi) suivante : "Hachem vit par avance que la fin de cet enfant serait [...] de dépouiller les hommes, de tuer ses semblables et finalement d'oublier son étude".

Il commente : Si l'on n'avait pas la certitude qu'il en viendrait un jour à oublier son étude, l'espoir que la lumière de la Torah le remette sur le droit chemin aurait persisté, et au regard de cette éventualité, jamais il n'aurait été condamné à mort par anticipation.

Comme le dit le Ram'hal, (Messilat Yécharim), le seul remède que l'on connaisse pour lutter face aux agressions du yétser ara se trouve dans la Torah.
Sans attachement à la Torah, son avenir est scellé et sans espoir, dès aujourd'hui.

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+ "Il n'écoute pas la voix de son père ni la voix de sa mère" (Ki Tétsé 21,18)

-> Selon la guémara (Sanhédrin 71a), les lois sur le fils "dévoyé et rebelle" ne s'appliquent que si les voix de son père et de sa mère s'expriment à l'unisson.

-> Rav 'Haïm Kanievsky fait observer que la conduite des parents dans leur foyer constitue la meilleure éducation qu'un enfant puisse recevoir.

Lorsqu'il voit son père et sa mère se comporter selon les croyances qu'ils professent et qu'ils l'incitent à suivre, on a toutes les raisons de penser qu'il les imitera plus tard.

Mais s'il ne voit chez eux que querelles et hypocrisie, non seulement ne les suivra-t-il pas, mais nous n'avons pas le droit de le juger, car il n'en porte pas la responsabilité.
[d'où la nécessité que ses parents doivent "s'exprimer à l'unisson"]