« Yossef leur donna des chariots selon la parole de Pharaon » (Vayigach 45,21)
« Il vit les chariots que Yossef avait envoyés pour le transporter et l’esprit de leur père Yaakov revint à la vie » (Vayigach 45,27)
« Dans les chariots que Pharaon avait envoyés pour le transporter » (Vayigach 46,5)

-> Pharaon a ordonné à Yossef de prendre des chariots, car il voulait que Yaakov vienne en Egypte.
[Tsor haMor]

-> Bien que Pharaon avait préparé des chariots pour eux, Yossef a dû en envoyer d’autres, car ceux de Pharaon étaient décorés par des symboles idolâtres.
[Rabbi ‘Haïm Paltiel]

-> Il existait une loi en Egypte interdisant aux chariots de quitter l’Egypte, s’il n’y avait pas un symbole idolâtre gravé dessus.
Yossef a dû demander à Pharaon de donner un ordre spécial lui permettant de quitter l’Egypte avec ses chariots pour aller chercher Yaakov.
[Mochav Zékénim miBaalé haTossafot]

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-> Yossef transmettait à son père le message qu’il était un maître sur l’Egypte, dans le sens où il n’est pas tombé dans l’immoralité égyptienne, qu’il n’avait pas succombé à leur style de vie, et que plutôt il dominait tout cela.

Yaakov a été pleinement rassuré quand on lui a rapporté les paroles de Yossef : « D. m’a fait maître … sur tout le pays d’Egypte » (v.48,5). Il était heureux, car son fils était toujours humble.
[Béer Moché]

-> Yossef n’était pas en train de fanfaronner de sa grandeur, de son très haut poste, …
En réalité, dans son humilité, Yossef déclarait qu’absolument tous les honneurs qu’on lui témoignait en Egypte, ne l’étaient que parce qu’il était le fils d’un père aussi important [en mérites] et saint : Yaakov.
[Rabbi Avraham Yéhochoua Heshel – l’Apter Rav]

[dans toute son humilité, c’est comme s’il lui proclamait : Regarde papa! Tout ce que j’ai, c’est grâce à toi!! ]

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-> « Ils lui racontèrent, en disant : « Yossef est en vie » » (v.45,26)

Selon le Zohar :
– « ils lui racontèrent » (vayaguidou lo) = c’est une allusion à la sagesse, ils ont dit à Yaakov que son fils était toujours en vie spirituellement et sage.

– « en disant » (lémor) = c’est une référence à l’immoralité, ils lui ont dit que Yossef avait résisté à l’immoralité, et que grâce à cela il a le mérite de gouverner l’Egypte.

[Kissé Ra’hamim]

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« Il vit les chariots que Yossef avait envoyés pour le transporter et l’esprit de leur père Yaakov revint à la vie » (Vayigach 45,27)

+ Symbolique des chariots (agalot) envoyés à son père :

-> Le Chem miChmouël enseigne que : chariot (agala – עגלה) est lié au terme : cercle (igoul – עיגול). [galgal : roue – גלגל]
Dans un chariot, l’élément principal est les roues.
En effet, on aura beau mettre le meilleur conducteur, les meilleurs chevaux, si les roues ne sont pas bonnes, alors ils n’iront pas très loin.

Une roue symbolise l’idée que pour avancer, cela nécessite un mouvement où ce qui était tout en haut (au top!), devient ensuite tout en bas (au fond du trou!), …
Ainsi, c’est le changement de situation qui permet à une roue d’aller de l’avant, et de ne pas rester statique.

En voyant les roues du chariot, Yaakov a compris le message : il lui était nécessaire de descendre en Egypte, afin de permettre à sa descendre de pouvoir s’élever dans le futur jusqu’à devenir une grande nation, et recevoir la Torah.

Le Kédouchat Lévi apporte une réponse similaire.
Des épreuves temporaires, comme le fait de devoir quitter la terre Sainte d’Israël, vont lui permettre finalement d’apporter beaucoup plus de biens, de choses positives pour sa descendance.

Nous devons appliquer ce message à nous même :
– lorsque nous sommes en bas (période difficile), cela signifie que la prochaine étape (de la roue de la vie), c’est de monter.
Il faut ainsi garder le moral, que c’est un signe que de belles choses arrivent pour nous.
– Lorsque tout va bien, nous devons les savourer, les apprécier, car on ne sait jamais combien de temps cela va durer.

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-> Lorsque les juifs sont arrivés en Egypte, ils se sont installées dans le territoire de Gochèn.
Or, il s’avère que la guématria de : « à Gochèn » (Gochena – גשנה), est la même que : machia’h (משיח).

La paracha se nomme : Vayigach (ויגש), qui signifie : « il [Yéhouda] s’approcha » (v.44,18).
De plus, au moment où Yossef dévoile son identité, il est écrit : « ils s’approchèrent et il dit : « Je suis Yossef votre frère » (v.45,4), où l’on peut noter également l’emploi du terme : « vayigachou » (ils approchèrent – וַיִּגָּשׁוּ).

[ => cela vient conforter l’idée précédente : en descendant en Egypte à Gochen, ils ont alors rapproché la venue du machia’h!]

-> Qu’est-ce qui a été la cause de ses souffrances, de l’exil en Egypte?
« Ils [les frères] l’aperçurent [Yossef] de loin ; et, avant qu’il fût près d’eux, ils complotèrent de le faire mourir » (Vayéchev 37,18)

Rabbi Nisson Alpert (Limoudé Nisson) fait remarquer que :
– ce qui amène des malheurs, rallonge l’exil, c’est notre attitude de : « ils l’aperçurent de loin » (vayi’ou oto méra’hok);
– à l’inverse, ce qui rapproche la guéoula, amène la bénédiction divine sur tous, c’est un comportement de type : « ils approchèrent » (vayigachou).

=> Vayigach est un appel à se rapprocher l’un de l’autre, car il en découle le meilleur pour tous.
D’ailleurs, il vaut mieux subir quelques souffrances (ex: en ne répondant pas aux provocations), car le gain qu’il en résultera du shalom, est infiniment plus élevé que cette petite perte momentanée.

[à l’image d’un père [Hachem] qui a toutes les richesses du monde, et qui gâte au maximum ses enfants en résultat du plaisir de voir que la paix règne entre eux!]

=> Les chariots témoignent d’une volonté que toute la famille se retrouve réunie, c’est le symbole qu’un amour profond règne entre tous les frères.
Cela a réjouit l’esprit de Yaakov!

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-> [A la demande de son père, Yossef se rendit auprès de ses frères. Alors qu’il approchait] « Ils l’aperçurent de loin ; et avant qu’il fût près d’eux, ils complotèrent de le faire mourir » (Vayéchev 37,18)

Le rabbi de Vorki (rabbi Its’hak Kalich de Vorki – Ohel Its’hak) commente :
Si 2 adversaires se rencontrent et discutent de leurs différends, ils découvriront que leur hostilité mutuelle a été déclenchée par de fausses rumeurs et de la médisance.
Ils deviendront alors de bons amis immédiatement.
Mais s’ils gardent une distance et ne parlent pas ouvertement, leur haine grandira de jour en jour.

Le verset cité véhicule cette idée :
– « Ils l’aperçurent de loin » = ils ont agi avec froideur et détachement, le tenant à distance.
– par conséquent, leur animosité s’accrut à un point tel que « ils complotèrent de le faire mourir ».

[on a trop tendance à se dire que c’est à autrui de faire le 1er pas. En effet, pourquoi dois-je me rabaisser à demander pardon, lui aussi est responsable de cette situation!
Lorsque les 2 parties campent sur leur égo (MOI je ne cède pas le 1er pour reconnaître mes tords, Moi je peux me débrouiller sans lui, …), alors la situation va pourrir, se développer négativement.]

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-> b’h, d’autres divré Torah à ce sujet : cf. vayigach 45,27 : https://todahm.com/2010/12/06/paracha-vayigach

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« A son père : il [Yossef] envoya ce que voici : 10 ânes chargés du meilleur de l’Egypte … » (Vayigach 45,23)

-> Rachi rapporte la guemara (Méguila 16b) qui précise que Yossef a envoyé à son père du vin vieux, spécialement salutaire aux vieillards.

-> Le Maharal de Prague fait remarquer que les termes : « vin vieux » (yayin yachan – יַיִן יָשָׁן), ont une guématria de : 430.
Par cela, Yossef fait allusion à son père que l’exil égyptien durera 430 années.

-> Le rav ‘Haïm Yossef Kofman dit que 430 est également la guématria de : « réjouit le cœur » (méchamé’hé lev – משמחי לב).

Le vin devient meilleur avec l’âge.
En lui envoyant du vin, Yossef transmet l’idée à son père que lorsqu’il arrivera en Egypte, qu’il y verra l’unité retrouvée entre ses enfants, il comprendra que les épreuves à venir en Egypte le sont pour davantage de bontés au final.

Le vin devait réjouir le cœur de Yaakov, puisque renvoyant aux magnifiques années futures durant lesquelles la présence divine sera quotidienne ressentie, qu’il y aura le Temple, …

[l’Egypte est le creuset amenant à la véritable naissance de la nation juive, au don de la Torah. En pensant à tout cela, l’esprit de Yaakov s’en trouva apaisé (ex: chaque minute en Egypte nous rapproche de la Torah!)]

[On peut noter que de même qu’il faut écraser des raisins pour faire du vin, de même les juifs devrons se faire écraser durement par les égyptiens, y vidant leur jus, afin que Hachem lève cette coupe pleine du vin vers les plus hautes grandeurs.]

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« Racontez à mon père tout l’honneur qui est le mien en Egypte » (Vayigach 45,13)

En quoi importait-il à Yaakov de savoir que Yossef avait de l’honneur, de la gloire en Egypte?

Yaakov était très prudent à descendre en Egypte, car il avait conscience que cela marquerait le début de l’exil.

Au travers l’histoire de notre peuple, de nombreux juifs ont quitté le bon chemin spirituel : soit à cause de leurs souffrances, soit parce qu’ils se sont laissés séduire par les richesses qu’ils ont pu amasser.

Yossef leur dit : « Les actions des parents sont un signe pour leurs enfants. J’ai pu subir ces 2 extrêmes : être un esclave humilié, et atteindre une gloire fabuleuse, et j’ai toujours conservé mon niveau spirituel.
S’il vous plaît dites cela à mon père pour lui diminuer ses craintes. »

[le Divré Chaoul – Rav Yossef Chaoul Nathanson]

[Le chariot (agala) peut renvoyer au fait que Yossef est descendu en tant qu’esclave dans des caravanes de marchands, et que maintenant il est vice-roi d’Egypte, pouvant même faire sortir des chariots royaux (sans idoles dessus).
Aussi bien en haut, qu’en bas de la roue de sa vie, il a toujours gardé la bonne direction : Hachem!

Cela peut également se comprendre à un niveau plus global.
En effet, lorsqu’un parent surmonte une épreuve difficile, il transmet à sa descendance une facilité pour vaincre cette épreuve dans le futur.
Par exemple, le fait que Yossef a triomphé dans la très difficile épreuve de l’immoralité, va permettre à tous les juifs venant ensuite d’avoir plus de facilité à en faire de même.

Ainsi, symboliquement son passage de chariots d’esclaves à chariots du vice-roi d’Egypte, symbolise qu’il a réussi à amasser de nombreux trésors, une richesse de mérites spirituels, qui vont permettre aux juifs d’avoir davantage de facilités à rester fidèle à Hachem.
Cette idée a réjoui grandement Yaakov, qui était auparavant préoccupé à l’idée de devoir descendre en Egypte. ]

« Avraham a planté des acacias à Béer Shéva.
Lorsque Yaakov est descendu en Egypte, il a transplanté ces arbres là-bas.
Il a alors dit à ses enfants que Hachem leur ordonnera un jour de construire le Michkan, et ils devront utiliser ces arbres.

Il y avait sûrement de très bons arbres en Egypte. Pourquoi nos Patriarches se sont-ils compliqués la vie à planter des arbres, et à ensuite les transplanter?

S’ils ont agi ainsi, c’est pour remonter le moral à leurs descendants qui seront esclaves en Egypte.
En effet, il n’était pas suffisant de promettre aux juifs qu’ils seraient délivrés, la vision des acacias que Yaakov avait planté en Egypte, était un rappel concret que leur éventuelle libération sera une réalité. »

[rav Yaakov Kamenetsky – Emet léYaakov]

[de la même façon dans notre difficile exil, nous sommes rassurés à la vue du Kotel, qui témoigne que d’un moment à l’autre Hachem va reconstruire le Temple, nous libérant totalement de l’emprise de nos oppresseurs]

« Et maintenant ne vous affligez pas » (Vayigach 45,5)

A quoi fait allusion le terme : « Maintenant »?

Nos Sages enseignent que la faute de la vente de Yossef fut payée plusieurs générations plus tard, par les 10 martyrs qui furent tués par les romains (dont Rabbi Akiva).

Ainsi, Yossef voulait faire allusion à cela à ses frères.
Il leur dit : »Et maintenant, ne vous affligez pas » = c’est comme s’il leur disait : « Maintenant, dans cette génération, vous n’avez pas à vous affliger, car vous n’allez pas payer pour la faute de la vente. Mais dans le futur, dans la génération des 10 martyrs, c’est là que vous aurez lieu de vous affliger, car c’est là que vous allez payer cette faute par la mort des 10 martyrs ! »

[Rabbi ‘Haïm Vital]

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-> Le Ben Ich ‘Haï enseigne que lorsque Yossef s’est révélé à ses frères, il a pleuré, et ce n’était pas qu’un simple pleur personnel.
En effet, son pleur comprenait également les pleurs des autres tribus, ceux de tout le peuple d’Israël, et ceux des 10 martyrs tués par les romains.

Yossef a pleinement ressenti la douleur des autres, et son pleur était si puissant que toute l’Egypte et le palais de Pharaon ont pu l’entendre, puisqu’étant composé d’un cumul de pleurs collectifs représentant un nombre considérable de souffrances et de douleurs.

« Yossef ne put se contenir … Faites sortir tout le monde de devant moi! » (Vayigach 45,1)

-> Le nom Yossef, fait ici référence à Hachem.
La guématria de Yossef (156 – יוסף) est équivalente au Nom Divin (26 – Tétragramme – יהוה) multiplié par 6.
Nous sommes actuellement dans le 6e millénaire [suivant la Création du monde], « Hachem ne peut plus supporter/se contenir » de nous voir en exil, et Il désire se révéler à nous.

Finalement, Hachem va renvoyer tous les Accusateurs Célestes qui L’empêchent d’amener le machia’h et de se rapprocher de Son peuple. Il annoncera alors au monde entier : « Faites sortir tout le monde de devant moi! », et Il se révélera alors Lui-même à nous!

[le Abir Yaakov – Rabbi Yaakov Abou’hatséra]

« Pharaon dit à Yaakov : « Combien sont les jours des années de ta vie? »
Yaakov dit à Pharaon : « Les jours des années de mes pérégrinations sont 130 ans. Peu nombreux et mauvais ont été les jours des années de ma vie et ils n’ont pas atteint les jours des années de la vie de mes pères, les jours de leurs pérégrinations ». » (Vayigach 47,8-9)

-> Selon le Daat Zékénim, parce que Yaakov a fait allusion à ses années en mal, Hachem l’a puni et il est mort à 147 ans, soit 33 années en moins que son père.

Le rav ‘Haïm Chmoulévitch fait remarquer que ces 33 années sont en parallèle aux 33 mots qu’utilise la Torah pour rapporter sa discussion avec Pharaon.
Mais on peut s’interroger : pourquoi est-ce que ce compte contient aussi le nombre de mots de la question que Pharaon va lui poser, et pas uniquement sa réponse?
Rav Chmoulévitch dit que Yaakov était responsable d’avoir entraîné le fait que Pharaon lui pose cette question. En effet, son visage paraissaient beaucoup plus âgé que son véritable âge, laissant apparaître qu’il a eu une vie très difficile.
[Si Yaakov semblait si vieux, c’est parce qu’il se plaignait beaucoup trop de son sort (à son niveau). Les conséquences de ses plaintes suscitèrent la question de Pharaon, et de ce fait, il lui en a également été tenu rigueur.]

Le rav Moché Sternbuch (Taam véDaat) explique que probablement Yaakov avait peur que Pharaon devienne jaloux de sa longue vie, et mette sur lui son mauvais œil (ayin ara). C’est pour cela qu’il a dit : « peu nombreux et mauvais ont été les jours des années de ma vie ».

Le rav Sternbuch ajoute : « Nous voyons de là que nous ne devons jamais nous vanter à propos de notre famille, de notre richesse, … et éviter ainsi le mauvais œil, qui vient sur nous par le biais de la jalousie. »

-> b’h, sur le lien entre la jalousie et le ayin ara : https://todahm.com/2018/12/09/jalousie-et-mauvais-oeil

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-> Le rav Simshon Raphael Hirsch donne l’explication suivante :
Dans sa réponse, Yaakov exprime : Les jours des années de ma vie ne sont pas nombreux et ne peuvent se comparer à ceux de mes pères qui ont vécu davantage, au sens où chaque jour de leur existence a été vécu pleinement.

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« Yéhouda s’approcha de lui et dit : … auprès de ton serviteur mon père » (Vayigach 44,18,24)

-> En parlant à Yossef de leur père Yaakov, il en fait allusion par : « ton serviteur, mon père ».
Bien que Yossef devait vivre 120 ans, il a perdu 10 années de sa vie car il a permis à ses frères d’appeler ainsi leur père, sans les stopper.
Mais pourquoi a-t-il été puni par 10 années, alors que les frères ne mentionnent qu’à 5 reprises leur père comme étant son serviteur (v.43,28 ; 44,24 ; 44,27 ; 44,30 ; 44,31)?

Le Pirké déRabbi Eliézer (29) répond qu’il a entendu une fois les paroles en hébreu, et qu’ensuite on les lui a traduites, puisque tout le monde pensait qu’il ne connaissait pas l’hébreu.
[le Gaon de Vilna]

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-> C’est Ménaché, le fils de Yossef, qui était le traducteur.
Il a compris que c’était les frères de son père, et dans sa traduction, il a employé : « mon père », en excluant : « ton serviteur », par respect pour Yaakov
=> La question reste alors entière : pourquoi 10 ans?

Yossef a été puni pour avoir demandé des nouvelles de son père lorsque ses frères ont apporté Binyamin.
En effet, à son niveau, il aurait dû anticiper qu’ils pourraient employer ce terme : « ton serviteur ».
Il a été puni par 10 ans de vie en moins, car les 10 frères ont répondu en même temps à sa question.
[le Pardess Yossef]

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-> « Il lui apparut, tomba à son cou et pleura abondamment à son cou » (Vayigach 46,29)
Yossef a perdu 10 années de sa vie car il a causé le fait que Yaakov s’est incliné devant lui.
Yossef est venu accueillir son père en revêtant l’habit royal qui comporte 10 vêtements.
Lorsque Yaakov a observé Yossef de loin, il ne l’a pas reconnu, et la vision des habits royaux, l’a poussé à s’incliner.
Si Yossef n’avait pas de tels habits, il aurait évité à son père de se prosterner devant lui!
[Targoum Yonatan ben Ouziel]

Questions/Réponses – Paracha Vayigach

+ Questions/Réponses – Paracha Vayigach :

1°/ « Il adviendra, lorsqu’il verra que le jeune homme n’est pas là [Binyamin], et tes serviteurs auront fait descendre la vieillesse de ton serviteur notre père avec affliction dans la tombe » (Vayigach 44,31)

=> Pourquoi est-ce que Yéhouda évoque à Yossef, uniquement la douleur de leur père Yaakov, et nullement celle des 10 enfants qu’avait Binyamin à cette époque?

Rabbi Mendel de Kotzk enseigne qu’on peut dériver de là que l’amour d’un père pour chacun de ses 12 enfants est plus grand, que le cumul de l’amour de chacun des 10 enfants pour leur père.

Le rav Dessler écrit que les sentiments d’amour envers une autre personne, proviennent de tout ce que l’on a pu faire bénévolement pour elle.
Comme tout parent peut l’affirmer, élever un enfant représente une opportunité de pouvoir constamment donner de soi-même. C’est pourquoi, les sentiments d’amour générés n’ont pas d’équivalents, comme Yéhouda l’explique à Yossef.

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2°/ Comment comprendre une apparente contradiction entre les 2 versets suivants :

-> « [Pharaon dit à Yossef : ] Si tu sais qu’il y a parmi eux des hommes vaillants, nomme-les intendants surs les troupeaux qui m’appartiennent. » (v.47,6)

-> « [Yossef dit à ses frères : ] Vous demeuriez dans la province de Gochen, car tout berger de moutons est une abomination pour les Égyptiens » (v.46,34)
Rachi commente Gochèn : c’est une région de pâturage. Lorsque vous lui direz que vous n’êtes pas experts à un autre travail, il vous éloignera de lui et vous y fera demeurer.
Le mouton est pour eux une divinité.

-> Le Ibn Ezra écrit que les troupeaux de Pharaon n’étaient pas constitués de moutons, mais de chevaux et d’ânes.

-> Le Maskil léDavid affirme que les égyptiens possédaient certainement des moutons, et comme preuve, on peut voir qu’ils donnaient à Yossef des moutons en échange de nourriture (v.47,17), et lors de la 5e plaie (la peste) Moché avertit Pharaon que les moutons des égyptiens seraient touchés (Chémot 9,3).

Ainsi, il est d’avis que les égyptiens avaient de la haine uniquement envers ceux qui élevaient des moutons dans le but de les égorger et de les manger, mais ils respectaient ceux qui prenaient soin d’eux pour les engraisser.

En effet, tous les égyptiens avaient pour divinité les moutons, et ils détestaient les bergers.
Cependant, Pharaon se voyant lui-même comme un dieu, il n’avait pas besoin d’idolâtrer les moutons, et il avait donc son propre troupeau.

-> Le Mochav Zékénim (46,34) explique que les égyptiens avaient interdit la présence de moutons parmi eux, mais loin d’eux ils étaient permis, et c’est pour cela que Yossef conseilla à ses frères qu’en se déclarant berger, ils auront l’assurance de vivre séparément à Goshén.

=> On peut comprendre leur haine envers ceux qui mangent leur divinité : les moutons, mais pourquoi également envers les bergers qui prennent soin d’eux?

-> Selon le Sifté ‘Hakhamim, c’est parce que les bergers sont constamment autour des moutons, devenant ainsi témoins de tous leurs actes, et donc du fait qu’ils font les mêmes activités que les autres créatures.
Les bergers réalisent donc clairement qu’ils ne sont en rien des divinités et qu’ils ne possèdent aucun pouvoir particulier.

=> En raison de leur conscience de la véritable nature des dieux qu’ils idolâtraient, les égyptiens avaient de la haine pour les bergers.
[ce qui est parfait pour maintenir une distance entre les juifs et les égyptiens]

-> Le Ibn Ezra écrit qu’en étant fréquemment présent avec les moutons, les bergers buvaient de leur lait.
Les égyptiens voyaient cela comme une attitude insultante et dégradante envers leurs divinités, et c’est pour cela qu’ils les détestaient.

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3°/ Quelles bénédictions Yaakov a-t-il récité lorsqu’il a retrouvé Yossef en Egypte?

-> La guémara (Béra’hot 58b) enseigne qu’une personne qui rencontre un ami, après ne pas l’avoir vu pendant une période d’au moins 12 mois, doit réciter la bénédiction : barou’h mé’hayé amétim (Beni est celui qui fait revivre les morts).
Le Chou’han Arou’h (Ora’h ‘Haïm 225,1) ajoute que cette bénédiction n’est à dire que si cette personne nous est extrêmement précieuse à nos yeux, et que le fait de la retrouver nous procure de la joie.

Le Na’halat Avraham écrit que Yaakov et Yossef ont récité cette bénédiction en se revoyant pour la 1ere fois depuis 22 ans.

-> Le Shibolé haLékét ajoute que lorsque Yaakov est arrivé en Egypte, et que tous ses enfants ont été de nouveau réunis, il a également récité la bénédiction : barou’h ata Hachem mékabets nid’hé amo Israël (Béni Tu es Hachem qui réuni les exilés du peuple d’Israël).

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4°/ « Yossef leur dit : Ne vous agitez pas en chemin » (Vayigach 45,24).

Une des explications de Rachi est : Ne marchez pas à grandes enjambées.
En effet, la guémara (Taanit 10b) enseigne qu’en faisant ainsi, cela entraîne à une personne de perdre 1/500e de sa vue.

=> Pourquoi une personne ne devient-elle pas totalement aveugle après avoir fait 500 grandes enjambées?

-> Les Tossefot (Taanit 10b) écrivent que la 1ere enjambée retire un 1/500e de la vision d ‘une personne, et la 2e enjambée lui en retire moins : 1/500e de ce qu’il reste.
Ainsi, puisque chaque nouvelle enjambée retire de moins en moins, même un nombre important ne rend pas totalement aveugle.

=> Pourquoi est-ce que c’est particulièrement la 1ere enjambée qui retire le plus de vision?

-> Les Tossefot répondent que : « tous les débuts sont difficiles », signifiant qu’il est plus dur de commencer.

Par ailleurs, ils suggèrent que seule la 1ere enjambée entraîne véritablement des dommages, car ensuite une personne est de plus en plus habituée à faire des enjambées.

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-> b’h, un beau dvar Torah indirectement lié : Le Shabbath rend la vue : https://todahm.com/2015/02/16/le-shabbath-rend-la-vue

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5°/ « Fils de Acher : Yimna, Yichva, Yichvi, Béria et leur sœur Séra’h » (Vayigach 46,17)

-> Le Baal haTourim (Dévarim 33,24 – citant le Pirké déRabbi Eliézer 38) écrit que lorsque les frères ont vendu Yossef en tant qu’esclave, ils ont émis une interdiction entraînant qu’aucune personne ne pouvait rapporter ce qui s’y été déroulé.
[certains commentateurs disent que Hachem et Its’hak ont également été associés à ce serment de ne rien révéler]

Le Targoum Yonathan ben Ouziel (Béréchit 46,17) écrit que la vérité à propos du destin de Yossef a été révélée de façon prophétique à Séra’h fille de Acher, qui a alors rapporté à Yaakov que Yossef était encore en vie en Egypte.
Lorsque les frères de Yossef ont entendu que Séra’h connaissait leur secret, ils ont supposé qu’elle avait dû l’apprendre de son père Acher, et ils ont décidé de l’excommunier pour avoir violer l’interdiction.
Par la suite, Moché rabbénou a été au courant de la véritable source d’information de Séra’h, et à la fin de sa vie, il a pu modifier son excommunication.

La guémara (Moéd Katan 15b) enseigne qu’un excommunié ne peut pas avoir de relation conjugale. C’est pourquoi Moché a béni Acher d’avoir des enfants (barou’h mibanim Acher).

De plus, puisque ses frères avaient pris de la distance avec lui, Moché l’a béni : « qu’il soit agréable à ses frères ».
[idem sur le fait de porter des chaussures, car selon le Yoré Déa (334,2), un excommunié n’a pas le droit d’en porter]

-> Selon le Pirké déRabbi Eliézer, c’est Séra’h qui a été choisie pour annoncer la bonne nouvelle que Yossef était vivant. Elle le fit en jouant de la harpe et en chantant délicatement cette annonce à Yaakov.
Ce dernier a alors béni sa petite-fille de lui avoir apporté la consolation, lui promettant qu’elle mériterait pour cela la longévité ; elle a effectivement vécu de longs siècles et finalement, elle est entrée vivante au gan Eden.

Par exemple, Rabbénou Ephraïm, rapporte qu’on moment de la sortie d’Egypte, Moché va s’adresser à Séra’h, fille d’Acher, seule descendante directe des tribus restant encore en vie.
Elle lui apprendra que les égyptiens ont scellé les restes de Yossef au fond du Nil, espérant que sa présence apportera la bénédiction.
[Grâce à cela, Moché pourra récupérer les ossements!]

« Je suis Yossef ; mon père vit-il encore? (aod avi ‘haï – הַעוֹד אָבִי חָי)
Ses frères ne purent lui répondre, car ils avaient été frappés de stupeur devant lui.
Yossef dit : … Je suis Yossef votre frère » (Vayigach 45,3-4)

-> Pourquoi est-ce que Yossef a commencé par dire : « Je suis Yossef », et ensuite : « Je suis Yossef votre frère »?

Au départ Yossef ne savait pas si ses frères regrettaient de l’avoir vendu, et il ne pouvait donc pas les considérer véritablement comme ses frères s’ils ont toujours de mauvais projets à son égard.
Mais quand il vit qu’en entendant ses propos ils furent bouleversés et eurent honte, il en déduisit qu’ils regrettaient leur acte et en avaient profondément honte.

Nos Sages (guémara Béra’hot 12b) enseignent que toute personne qui fait une faute et qui en a ensuite honte, sa faute lui est pardonnée.

S’il en est ainsi, ses frères n’ont plus la faute de l’avoir vendu, et de fait cela explique pourquoi Yossef les appelle alors : « Je suis Yossef votre frère ».
A présent que la haine est terminée et qu’ils regrettent de l’avoir vendu, la fraternité peut être rétablie.

[Ktav Sofer]

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-> Yossef disait à ses frères : « Je suis Yossef », signifiant : Je suis toujours le tsadik connu comme Yossef. Non seulement je n’ai pas perdu mon nom Yossef, mais « encore » (aod – הַעוֹד) : la lettre ה était עוד, c’est-à-dire ajoutée à mon nom [Je suis maintenant connu comme : יהוסף].

Ainsi : « mon père est encore en vie », car si Yossef avait fauté, il aurait entraîné un défaut spirituel également Yaakov.
En effet, le Zohar déclare : Yaakov représente le corps, et Yossef représente la brit, et ils sont les 2 considérés comme un.
Puisque Yossef n’a pas fauté : « mon père est encore en vie » = Yaakov est encore en vie et sans défaut [du fait de son fils].

[Ben Ich ‘Haï]

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-> Rabbi Schechter enseigne que le mot : « père » (אָבִי) a une guématria de 13, comme le mot : « un » (אחד).

Yossef exprime à ses frères que ce qu’ils ont pu faire est derrière eux.
Il leur témoigne de l’amour, et le fait qu’il ressent leur chagrin.
Ainsi, le verset peut se lire : « Est-ce que notre unité (a’hdout) vit-elle encore? »

-> Le Ben Ich ‘Haï fait remarquer que le mot : « un » (אחד) d’une valeur de 13, fait allusion au fait que les 2 enfants de Yossef : Ménaché et Efraïm, vont chacun être à la tête d’une tribu, comme les autres frères de Yossef.
=> Ainsi, les 13 tribus vont former une seule unité (אחד) : le peuple juif.
[« Est-ce que notre unité (de 13 tribus) vit-elle encore? »]