« Comment retournerai-je chez mon père sans le jeune homme » (Vayigach 44,34)

-> Quand le rabbi Méïr de Prémichlan arrivait à ce verset, il soupirait, pleurait et disait :
Comment retournerai-je chez mon père, comment un juif peut-il retourner vers son père au Ciel [Hachem] après les années de sa vie en ce monde, sans le jeune homme = si la jeunesse ne m’a pas accompagné dans l’acceptation du joug de la Torah et des mitsvot?
Car c’est en cela que se mesure la réussite de chaque génération, si elle sait transmettre comme il convient la tradition des pères à la génération des enfants.

« Je [Yossef] vais remonter pour en faire part à Pharaon » (Vayigach 46,31)

=> Est-ce que l’Egypte est en haut d’une montagne pour dire : « je vais remonter »?

-> Les Baalé Tossafot expliquent que jusqu’alors, quand Yossef parlait à son père, il ne se comportait pas en roi, mais descendait de son char pour parler avec lui.
Et maintenant, ayant fini de se découvrir dans sa rencontre avec son père, il lui a demandé la permission de monter sur son char pour aller vers Pharaon.

=> C’est pourquoi il est dit : « Je vais remonter pour en faire part à Pharaon ».

« Yossef ne put se contenir » (Vayigach 45,1)

-> Yossef était à un si haut niveau qu’il fut en mesure d’évaluer lui-même combien il lui était permis de se comporter avec vengeance envers ses frères.
Malgré les grandes difficultés que représentait pour lui cette conduite hostile sous les apparences d’un étranger, il le fit estimant qu’il se devait de se conduire ainsi.

Il était si honnête vis-à-vis de lui-même qu’il savait qu’il agissait de manière désintéressée, jusqu’à ce qu’il ressentît d’avoir atteint la limite lui indiquant qu’il lui était désormais interdit de poursuivre dans cette vie, et dès lors, il ne put se contenir.

=> D’après cela, l’expression « ne put se contenir » ne s’explique pas comme le veut sa 1ere lecture, dans le sens sentimental, mais plutôt dans le sens d’un interdit, comme dans d’autres versets où la non-possibilité se réfère en fait à un interdit de la Torah.

[rav Asher Kalmon Brown – Alé Vradim]

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+ « Et maintenant, ne vous affligez point, ne soyez pas irrités contre vous-mêmes de m’avoir vendu » (Vayigach 45,5)

-> Rav Abba a vu une personne échapper à 2 morts successives. En effet :
1°/ un morceau de bois est tombé sur un serpent venimeux qui s’approchait de lui, alors qu’il dormait ;
2°/ et il a survécu à l’effondrement d’une partie d’une avancée de la montagne.

Rav Abba a demandé à cette personne de lui révéler ses bonnes actions.
L’autre de lui répondre :
« Toute ma vie, il n’est jamais arrivé que je ne pardonne pas à celui qui m’a fait du mal, ni que je lui garde rancune.
A partir d’aujourd’hui, je m’efforcerai même de me montrer bienfaisant envers ceux qui me causeraient du tort. »

Lorsqu’il entendit ces paroles, rav Abba pleura et dit :
« Les actes de ce juif sont encore plus grands que ceux de Yossef.
Car, ceux qui opprimèrent Yossef étaient ses frères, aussi était-il plus naturel qu’il ait pitié d’eux. Mais cet homme se comportait également de la sorte envers tout un chacun, et il méritait donc bien que le Créateur accomplisse en sa faveur un miracle après l’autre. »

[le Zohar]

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+ « Et maintenant, ce n’est pas vous qui m’avez envoyé » (Vayigach 45,8)

-> Le rav Moché Sternbuch (Taam véDaat) enseigne :
Nous apprenons de ces paroles de consolation de Yossef à ses frères un grand principe de conduite. Il ne suffit pas de pardonner à celui qui nous a offensés, mais il faut lui donner une bonne impression, comme s’il n’avait jamais commis la moindre faute contre nous.
C’est ainsi que Yossef a expliqué à ses frères que D. l’avait envoyé en Egypte (et non eux seuls!), et qu’ils n’avaient pas à s’attrister ni à sentir aucune gêne.

-> Rabbi Yérou’ham Lévovitz dit à ce sujet :
Si celui qui nous a fait du mal veut s’expliquer, et qu’on lui répond qu’il n’a aucun besoin de se justifier, de cette façon on l’empêche d’avoir le sentiment agréable d’avoir demandé pardon, on est donc obligé de l’écouter pour lui rendre ce sentiment agréable.

[on doit être prêt à sacrifier ce si agréable sentiment de supériorité en permettant à autrui de redevenir à nos yeux notre égal.
(Quelqu’un a fauté envers moi, et je lui permets de s’excuser (en le laissant parler, en lui faisant comprendre que cela n’est vraiment rien, …).
Aux yeux de l’autre : puisque c’est humain de fauter, et puisque j’ai demandé pardon, alors c’est derrière moi, c’est de l’histoire ancienne, et alors tout le monde a de nouveau un rapport de force identique.
=> Je perds ma supériorité afin de revenir au même niveau qu’autrui, pour ne pas qu’il en souffre!
Nous devons suivre l’exemple de Yossef, qui a fait le maximum pour éviter toute souffrance de honte d’infériorité à ses frères!)

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-> Quand Yossef a vu que ses frères étaient pleins de honte, il leur a dit : « Approchez-vous de moi, s’il vous plaît. Et ils se sont approchés ».
II a embrassé chacun d’eux et pleuré, ainsi qu’il est dit : « Il embrassa tous ses frères et les baigna de ses larmes » (Vayigach 45,15).

De la même manière que Yossef a apaisé ses frères au moyen de pleurs, Hachem sauvera Israël à travers les larmes, comme il est dit : « Avec des larmes ils reviendront et par des supplications Je les dirigerai » (Yirmiyahou 31,8).
[midrach Tan’houma]

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-> « Je suis Yossef votre frère que vous avez vendu en Egypte » (v.45,4)

Selon le Ohr ha’Haïm haKadoch :
Les frères ressentaient de la crainte à l’image d’un voleur pris sur le fait, et il fit donc en sorte que : ne redoutez rien, car « je suis Yossef votre frère » = ce qui signifie qu’il se conduisait avec eux comme un frère, comme si rien ne s’était jamais passé.
Il a ajouté : « votre frère que vous avez vendu » pour dire que même au moment de la vente, la fraternité ne l’a pas quitté.

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-> Le midrach souligne, au nom de rav Chmouël bar Na’hman : « Yossef s’est exposé à un grand danger, car si ses frères l’avaient tué, personne n’aurait jamais su son identité.
Ainsi, pourquoi dit-il : « Faites sortir tout le monde d’ici? »
Car il s’est dit : « il faut mieux que je meurs et que je ne cause pas de honte à mes frères devant les égyptiens ».

[ -> b’h, Par exemple, à ce sujet : https://todahm.com/2018/12/09/7722 ]

« Alors Yéhouda s’avança vers lui [Yossef], en disant … » (Vayigach 44,18)

-> Yéhouda va dialoguer avec Yossef , et ce dernier va finalement se dévoiler à ses frères.
La beauté de ce récit est telle que nos Sages affirment que les anges descendirent du ciel pour l’écouter.

Il nous donne également une idée de la force de Yéhouda et de ses frères.
[…]

[A un moment Yéhouda menace le vice-roi d’Egypte (Yossef) de faire attention à ses actes,] Yéhouda poussa alors un cri de guerre si puissant qu’il fut perçu par ‘Houchim, le fils de Dan, depuis la terre de Canaan.

[Utilisant ses pouvoirs mystiques,] celui-ci se retrouva aux côtés de Yéhouda en un instant.
Tous deux lancèrent des cris de guerre, rugissant tels des lions.
[A part leur volume effectif, ces cris étaient emprunts d’une immense puissance spirituelle.]
– 300 nobles égyptiens tombèrent à terre, le visage crispé par la terreur, ils restèrent ainsi figés toute leur vie.
– 2 villes : Pitom et Ramsès, situées non loin de [Memphis, la capitale de] l’Egypte, furent également détruites par leurs cris.

Prenant exemple sur Yéhouda et ‘Houchim, les autres frères commencèrent à frapper le sol de leurs pieds, l’ébranlant tant et plus que Yossef chuta de son trône.
Même le trône de Pharaon en fut ébranlé. C’est ce que sous-entend le verset : « Le bruit s’était répandu à la cour de Pharaon » (Vayigach 45,16).

Yéhouda avait du sang qui coulait de l’œil droit (selon certains des 2 yeux).
Yéhouda avait également une toison sur la poitrine, et lorsqu’il se mettait en colère, celle-ci se hérissait, déchirant les 5 vêtements qu’il portait.
Sa poitrine se recouvrait de morceaux de cuivre, qu’il attrapait et mâchait entre ses dents.

Alors que tout le monde tremblait, Yéhouda mit la main à son épée et tenta de s’en saisir, mais sans succès. Il pensa : « l’homme qui est devant moi est certainement un saint ».
Se ressaisissant, Yossef frappa l’estrade sur laquelle il se tenait, la pulvérisant.
Stupéfiait, Yéhouda pensa : « Cet homme semble plus fort que moi ».
Il était prêt à risquer sa vie pour sauver Binyamin, mais se voyant incapable de sortir son épée, il se remit à dialoguer raisonnablement.
[…]

Dans le palais de Yossef, se trouvait une pierre pesant près de 200kg.
Yéhouda la souleva de sa main droite, la jeta dans les airs, et la rattrapa de la main gauche. Il la posa ensuite à terre et la pulvérisa d’un simple coup de pied.

Nullement impressionné, Yossf fit signe à Ménaché [son fils], qui fit de même avec une pierre identique.
[…]

Lorsque Yossef sentit que ses frères étaient prêts à agir, il envoya Ménaché chercher l’armée égyptienne. Celui-ci revint avec 50 cavaliers bien armés, et 10 000 fantassins, dont 400 guerriers très puissants, initiés dans l’art de la guerre.

Ménaché leur ordonna de ne pas combattre les juifs [ses frères], mais simplement de les approcher par surprise et de les effrayer …
Yéhouda sortit son épée et lança une série de cris de guerre terribles. Les égyptiens, pétrifiés, prirent la fuite.
Les cris de Yéhouda étaient si terrifiants, que de nombreuses femmes d’Egypte et de Gochen firent des fausses-couches.

Yossef fit signe à Ménaché, qui plaça sa main sur l’épaule de Yéhouda, l’apaisant totalement. [Yéhouda savait que ce pouvoir était réservé aux membres de sa famille, et il ne comprit pas comment un égyptien pouvait le posséder.]
[…]

[Selon le Séfer haYachar, Yossef réalisa que le moment était venu de se dévoiler à ses frères.]

[D’après le Kli ‘Hemda,] les frères commencèrent à soupçonner que l’homme en face d’eux n’était autre que Yossef, sans en avoir la certitude.
Seul, Yéhouda était convaincu que c’était bien lui, mais il attendait patiemment de voir la suite des événements.

[Méam Loez – Vayigach 44,18 & 19-34]

De même que la simple déclaration: « Je suis Yossef! » (Vayigach 45,3) a révélé aux frères que tout ce qu’ils avaient considéré comme mauvais était bon, la déclaration ultime : « Je suis Hachem! », révélera la bonté sans limite de Hachem.

[Sfat Emet]

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-> Les frères ont été si bouleversés d’entendre la déclaration de Yossef, que face à ce choc de vérité :
– selon certaines versions, les frères se sont évanouis ;
– et selon d’autres, leur âme a quitté leur corps et ils sont morts jusqu’à ce que Hachem les ramène à la vie.

[En effet, sans préparation de notre part, combien effrayant sera notre jour du jugement céleste, lorsque nous entendrons Hachem nous dire : « Je suis D.! »
Qu’aurons-nous à dire pour notre défense? Comment ferons-nous face à nos contradictions et à nos erreurs lorsque nous verrons la réalité en face?

Une des plus grandes souffrances du monde à venir est cette prise de conscience éternelle d’avoir oublié de vivre notre vie avec toujours en face de nous la réalité : « Je suis Hachem! », à l’image du roi David qui affirme : « J’ai placé Hachem constamment devant moi » (chiviti Hachem lénegdi tamid – Téhilim 16,8).]

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+ « Yossef dit à ses frères : « Approchez-vous de moi … Je suis Yossef » (Vayigach 45,4)

-> Rachi commente : Comme il les voyait en train de reculer, il s’est dit : Mes frères sont maintenant remplis de confusion! Aussi leur a-t-il parlé avec douceur, sur un ton suppliant, et il leur a montré qu’il était circoncis.

-> D’après certaines opinions (midrach haTorah ; Kessef Niv’har), Yossef ne leur a pas montré réellement sa circoncision, mais plutôt il leur a prouvé qu’il était un descendant circoncis d’Avraham, en leur révélant la facette compatissante et chaleureuse de se personnalité.
[En effet, il est écrit : « Le peuple juif a 3 signes distinctifs : la miséricorde, l’humilité et la générosité » (guémara Yébamot 79a).]

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-> Malgré la cruauté qu’avaient manifestée ses frères envers lui, Yossef n’éprouvait aucun mauvais sentiment à leur égard.
Nous devons agir de la même façon si nous avons souffert de quelqu’un et lui pardonner de la même façon.
[Réchit ‘Hokhma – Yira 6,26]

[d’une certaine façon, la meilleure façon de se préparer au : « Je suis Hachem! », c’est d’agir à l’image de Yossef, en accordant notre pardon à autrui.
En effet, de la même façon que nous pardonnons facilement aux erreurs de notre prochain, alors de même Hachem agira à notre égard en pardonnant, en n’étant pas exigeant sur nos propres erreurs. Cela nous assure un bon jugement!]

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-> b’h, également sur ce verset : https://todahm.com/2018/01/02/5918
-> et également b’h : https://todahm.com/2015/12/27/4223
-> mais aussi b’h : https://todahm.com/2018/12/25/7849

« Yossef leur donna des chariots selon la parole de Pharaon » (Vayigach 45,21)
« Il vit les chariots que Yossef avait envoyés pour le transporter et l’esprit de leur père Yaakov revint à la vie » (Vayigach 45,27)
« Dans les chariots que Pharaon avait envoyés pour le transporter » (Vayigach 46,5)

-> Pharaon a ordonné à Yossef de prendre des chariots, car il voulait que Yaakov vienne en Egypte.
[Tsor haMor]

-> Bien que Pharaon avait préparé des chariots pour eux, Yossef a dû en envoyer d’autres, car ceux de Pharaon étaient décorés par des symboles idolâtres.
[Rabbi ‘Haïm Paltiel]

-> Il existait une loi en Egypte interdisant aux chariots de quitter l’Egypte, s’il n’y avait pas un symbole idolâtre gravé dessus.
Yossef a dû demander à Pharaon de donner un ordre spécial lui permettant de quitter l’Egypte avec ses chariots pour aller chercher Yaakov.
[Mochav Zékénim miBaalé haTossafot]

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-> Yossef transmettait à son père le message qu’il était un maître sur l’Egypte, dans le sens où il n’est pas tombé dans l’immoralité égyptienne, qu’il n’avait pas succombé à leur style de vie, et que plutôt il dominait tout cela.

Yaakov a été pleinement rassuré quand on lui a rapporté les paroles de Yossef : « D. m’a fait maître … sur tout le pays d’Egypte » (v.48,5). Il était heureux, car son fils était toujours humble.
[Béer Moché]

-> Yossef n’était pas en train de fanfaronner de sa grandeur, de son très haut poste, …
En réalité, dans son humilité, Yossef déclarait qu’absolument tous les honneurs qu’on lui témoignait en Egypte, ne l’étaient que parce qu’il était le fils d’un père aussi important [en mérites] et saint : Yaakov.
[Rabbi Avraham Yéhochoua Heshel – l’Apter Rav]

[dans toute son humilité, c’est comme s’il lui proclamait : Regarde papa! Tout ce que j’ai, c’est grâce à toi!! ]

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-> « Ils lui racontèrent, en disant : « Yossef est en vie » » (v.45,26)

Selon le Zohar :
– « ils lui racontèrent » (vayaguidou lo) = c’est une allusion à la sagesse, ils ont dit à Yaakov que son fils était toujours en vie spirituellement et sage.

– « en disant » (lémor) = c’est une référence à l’immoralité, ils lui ont dit que Yossef avait résisté à l’immoralité, et que grâce à cela il a le mérite de gouverner l’Egypte.

[Kissé Ra’hamim]

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-> « Parce qu’il ne les croyait pas » (v.45,26)

Pourquoi Yaakov ne les a-t-il pas crus?

Rabbi Chimon dit : Tel est le châtiment du menteur : on ne le croit pas même lorsqu’il dit la vérité.
En effet, les fils de Yaakov avaient inventé un mensonge, comme il est dit : « Il l’a reconnu et a dit : ‘c’est la tunique de mon fils’. »
C’est pourquoi cette fois-ci, il ne les a pas crus même s’ils disaient la vérité.
[Avot déRabbi Nathan]

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« Il vit les chariots que Yossef avait envoyés pour le transporter et l’esprit de leur père Yaakov revint à la vie » (Vayigach 45,27)

+ Symbolique des chariots (agalot) envoyés à son père :

-> Le Chem miChmouël enseigne que : chariot (agala – עגלה) est lié au terme : cercle (igoul – עיגול). [galgal : roue – גלגל]
Dans un chariot, l’élément principal est les roues.
En effet, on aura beau mettre le meilleur conducteur, les meilleurs chevaux, si les roues ne sont pas bonnes, alors ils n’iront pas très loin.

Une roue symbolise l’idée que pour avancer, cela nécessite un mouvement où ce qui était tout en haut (au top!), devient ensuite tout en bas (au fond du trou!), …
Ainsi, c’est le changement de situation qui permet à une roue d’aller de l’avant, et de ne pas rester statique.

En voyant les roues du chariot, Yaakov a compris le message : il lui était nécessaire de descendre en Egypte, afin de permettre à sa descendre de pouvoir s’élever dans le futur jusqu’à devenir une grande nation, et recevoir la Torah.

Le Kédouchat Lévi apporte une réponse similaire.
Des épreuves temporaires, comme le fait de devoir quitter la terre Sainte d’Israël, vont lui permettre finalement d’apporter beaucoup plus de biens, de choses positives pour sa descendance.

Nous devons appliquer ce message à nous même :
– lorsque nous sommes en bas (période difficile), cela signifie que la prochaine étape (de la roue de la vie), c’est de monter.
Il faut ainsi garder le moral, que c’est un signe que de belles choses arrivent pour nous.
– Lorsque tout va bien, nous devons les savourer, les apprécier, car on ne sait jamais combien de temps cela va durer.

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-> Lorsque les juifs sont arrivés en Egypte, ils se sont installées dans le territoire de Gochèn.
Or, il s’avère que la guématria de : « à Gochèn » (Gochena – גשנה), est la même que : machia’h (משיח).

La paracha se nomme : Vayigach (ויגש), qui signifie : « il [Yéhouda] s’approcha » (v.44,18).
De plus, au moment où Yossef dévoile son identité, il est écrit : « ils s’approchèrent et il dit : « Je suis Yossef votre frère » (v.45,4), où l’on peut noter également l’emploi du terme : « vayigachou » (ils approchèrent – וַיִּגָּשׁוּ).

[ => cela vient conforter l’idée précédente : en descendant en Egypte à Gochen, ils ont alors rapproché la venue du machia’h!]

-> Qu’est-ce qui a été la cause de ses souffrances, de l’exil en Egypte?
« Ils [les frères] l’aperçurent [Yossef] de loin ; et, avant qu’il fût près d’eux, ils complotèrent de le faire mourir » (Vayéchev 37,18)

Rabbi Nisson Alpert (Limoudé Nisson) fait remarquer que :
– ce qui amène des malheurs, rallonge l’exil, c’est notre attitude de : « ils l’aperçurent de loin » (vayi’ou oto méra’hok);
– à l’inverse, ce qui rapproche la guéoula, amène la bénédiction divine sur tous, c’est un comportement de type : « ils approchèrent » (vayigachou).

=> Vayigach est un appel à se rapprocher l’un de l’autre, car il en découle le meilleur pour tous.
D’ailleurs, il vaut mieux subir quelques souffrances (ex: en ne répondant pas aux provocations), car le gain qu’il en résultera du shalom, est infiniment plus élevé que cette petite perte momentanée.

[à l’image d’un père [Hachem] qui a toutes les richesses du monde, et qui gâte au maximum ses enfants en résultat du plaisir de voir que la paix règne entre eux!]

=> Les chariots témoignent d’une volonté que toute la famille se retrouve réunie, c’est le symbole qu’un amour profond règne entre tous les frères.
Cela a réjouit l’esprit de Yaakov!

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-> [A la demande de son père, Yossef se rendit auprès de ses frères. Alors qu’il approchait] « Ils l’aperçurent de loin ; et avant qu’il fût près d’eux, ils complotèrent de le faire mourir » (Vayéchev 37,18)

Le rabbi de Vorki (rabbi Its’hak Kalich de Vorki – Ohel Its’hak) commente :
Si 2 adversaires se rencontrent et discutent de leurs différends, ils découvriront que leur hostilité mutuelle a été déclenchée par de fausses rumeurs et de la médisance.
Ils deviendront alors de bons amis immédiatement.
Mais s’ils gardent une distance et ne parlent pas ouvertement, leur haine grandira de jour en jour.

Le verset cité véhicule cette idée :
– « Ils l’aperçurent de loin » = ils ont agi avec froideur et détachement, le tenant à distance.
– par conséquent, leur animosité s’accrut à un point tel que « ils complotèrent de le faire mourir ».

[on a trop tendance à se dire que c’est à autrui de faire le 1er pas. En effet, pourquoi dois-je me rabaisser à demander pardon, lui aussi est responsable de cette situation!
Lorsque les 2 parties campent sur leur égo (MOI je ne cède pas le 1er pour reconnaître mes tords, Moi je peux me débrouiller sans lui, …), alors la situation va pourrir, se développer négativement.]

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-> b’h, d’autres divré Torah à ce sujet : cf. vayigach 45,27 : https://todahm.com/2010/12/06/paracha-vayigach

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« A son père : il [Yossef] envoya ce que voici : 10 ânes chargés du meilleur de l’Egypte … » (Vayigach 45,23)

-> Rachi rapporte la guemara (Méguila 16b) qui précise que Yossef a envoyé à son père du vin vieux, spécialement salutaire aux vieillards.

-> Le Maharal de Prague fait remarquer que les termes : « vin vieux » (yayin yachan – יַיִן יָשָׁן), ont une guématria de : 430.
Par cela, Yossef fait allusion à son père que l’exil égyptien durera 430 années.

-> Le rav ‘Haïm Yossef Kofman dit que 430 est également la guématria de : « réjouit le cœur » (méchamé’hé lev – משמחי לב).

Le vin devient meilleur avec l’âge.
En lui envoyant du vin, Yossef transmet l’idée à son père que lorsqu’il arrivera en Egypte, qu’il y verra l’unité retrouvée entre ses enfants, il comprendra que les épreuves à venir en Egypte le sont pour davantage de bontés au final.

Le vin devait réjouir le cœur de Yaakov, puisque renvoyant aux magnifiques années futures durant lesquelles la présence divine sera quotidienne ressentie, qu’il y aura le Temple, …

[l’Egypte est le creuset amenant à la véritable naissance de la nation juive, au don de la Torah. En pensant à tout cela, l’esprit de Yaakov s’en trouva apaisé (ex: chaque minute en Egypte nous rapproche de la Torah!)]

[On peut noter que de même qu’il faut écraser des raisins pour faire du vin, de même les juifs devrons se faire écraser durement par les égyptiens, y vidant leur jus, afin que Hachem lève cette coupe pleine du vin vers les plus hautes grandeurs.]

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-> Le rabbi Avraham Avli de Vilna demande : L’Egypte était-elle un pays loué pour son vin? Au contraire, le raison est un des 7 fruits caractéristiques de la terre d’Israël.

En réalité, nos Sages (guémara Baba Batra 98a) ont dit : « Quiconque se montre prétentieux, son vin devint aigre ».
Ainsi, il n’y avait pas de chance de trouver en Egypte, pays rempli d’arrogance, un bon vin, et encore moins un vin vieux.
De cette manière, en envoyant à son père un vin vieux, Yossef voulait lui prouver qu’il n’avait pas appris des mauvaises midot des égyptiens, et qu’il était restait droit. Preuve en est que son vin n’était pas devenu aigre.

=> On apprend d’ici que ce que la Torah appelle : « meilleurs produits de l’Egypte » ne désigne pas une ressource que l’on y trouvait spécialement. Au contraire, le vin était une denrée rare en Egypte et c’est pourquoi elle pouvait faire partie des « meilleurs produits » du pays.
[d’une certaine façon la denrée rare que Yossef envoyait à son père était : sa mida d’humilité!]

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-> Le Mahari Assad dit que tous les bois conviennent pour le foyer de l’autel (mizbéa’h) dans le Temple, sauf celui de la vigne et de l’olivier.
Pourquoi ne brûle-t-on pas la vigne et l’olivier sur l’autel?
A cause de leurs produits, l’huile et le vin.
Sur l’autel on faisait des libations de vin, et on sacrifiait des offrandes accompagnées d’huile, et c’est pourquoi ils épargnaient à leurs « ascendants » d’être brûlés.

Yaakov pensait tout le temps qu’il descendrait au chéol vers son fils. Et qui avait dit que son fils se trouvait au Guéhinam?
La réponse est que Yaakov croyait que Yossef, avec sa beauté, avait certainement fauté. Et s’il a fauté, je vais le suivre au Guéhinam, parce que j’ai un fils mauvais.
=> Yossef lui a donc envoyé du vin et de l’huile, en allusion au fait qu’on ne brûle pas la vigne parce qu’elle a un fils juste : le vin.

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-> Selon le midrach (sur v.45,23), Yossef a envoyé à son père : « du vieux vin que les personnes âgées apprécient ».
Rabbi Yéhouda Tsadka (Kol Yéhouda) donne l’explication suivante :
Les jeunes se vantent toujours en disant que les vieux ont vieilli et n’ont plus de raison d’être, la nouvelle génération est plus développée, ce qui n’est pas le cas des vieillards.
C’est pourquoi le vieux vin est apprécié par les personnes âgées, parce que les vieux disent le contraire : que c’est justement l’esprit des vieillards qui est plus détendu et plus posé. Ils ont plus de goût que les jeunes dont l’intelligence pétille, et la preuve en est le vieux vin : plus il devient vieux plus il s’améliore, c’est pourquoi les vieillards l’apprécient.

Or Yossef craignait que son père pense que Yossef tendait déjà à adopter l’avis des jeunes et ne lui obéirait pas.
Dans ce cas, quelle utilité y aurait-il à aller chez lui?
=> C’est pourquoi Yossef a pris les devants et lui a envoyé du vin vieux, pour lui suggérer qu’il appréciait l’âge comme par exemple celui du vin, qui plus il prend de l’âge plus il s’améliore. Or, les juifs sont comparés à la vigne, plus ils prennent de l’âge plus ils deviennent sages, comme l’adage : « Plus les anciens de la Torah prennent de l’âge, plus leur opinion devient fiable. »

[on peut éventuellement commenter : l’âge représente la tradition, et l’idée que plus une personne est âgée, plus elle est proche du don de la Torah, et donc on doit la respecter pour cela!
En envoyant du vin vieux, Yossef exprime à son père à quel point il vit selon cette réalité (la Torah devant être notre référentiel pour toute chose).]

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-> Le rabbi Chlome Alter enseigne :
Le vin devient de plus en plus fameux en vieillissant, si au début, c’était un vin fin fabriqué avec des raisins de 1eres qualités.
Mais lorsqu’un vin de qualité médiocre vieillit, il devient de plus en plus acide. La vieillesse est certes une qualité, mais elle dépend de ce qu’était l’homme dans sa jeunesse.

[Yossef voulait rassurer son père, en lui disant que malgré son apparence (de vice-roi d’Egypte), il était resté intérieurement le même qu’avant.]

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-> « A son père, il envoya ceci : 10 ânes chargés de tout le bon de l’Egypte » (v.45,23)

Selon nos Sages, la charge moyenne qu’un âne peut porter sur son dos est de 90 kabin. Or, un kab équivaut à 1,376 litre.
La charge de 10 ânes est donc de 900 kabin, soit 1 238 litres de vin.
=> Yaakov était-il un ivrogne pour que pendant la courte période avant qu’il descende en Egypte, il lui faille tant de vin?

Le Séfer « Séder haDorot » de rabbi Yé’hiel Halpérin, rapporte au nom du midrach une description des dernières heures de Yaakov au pays de Canaan :
« On donna à chacun selon ce qu’avait envoyé Yossef et tout le monde s’habilla selon ce qu’il avait envoyé. Yaakov mit sur sa tête le turban qu’il lui avait envoyé.
Tous les habitants de Canaan entendirent et vinrent se réjouir avec Yaakov, il leur fit un festin pendant 3 jours, et tous les rois de Canaan et les notables du pays se réjouirent. »

=> Il en découle que le vin était nécessaire pour le festin d’adieu que Yaakov a fait aux habitants de Canaan. Pour cette raison, Yaakov avait besoin de la charge portée par 10 ânes, du vin vieux que les personnes âgées apprécient.

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« Racontez à mon père tout l’honneur qui est le mien en Egypte » (Vayigach 45,13)

En quoi importait-il à Yaakov de savoir que Yossef avait de l’honneur, de la gloire en Egypte?

Yaakov était très prudent à descendre en Egypte, car il avait conscience que cela marquerait le début de l’exil.

Au travers l’histoire de notre peuple, de nombreux juifs ont quitté le bon chemin spirituel : soit à cause de leurs souffrances, soit parce qu’ils se sont laissés séduire par les richesses qu’ils ont pu amasser.

Yossef leur dit : « Les actions des parents sont un signe pour leurs enfants. J’ai pu subir ces 2 extrêmes : être un esclave humilié, et atteindre une gloire fabuleuse, et j’ai toujours conservé mon niveau spirituel.
S’il vous plaît dites cela à mon père pour lui diminuer ses craintes. »

[le Divré Chaoul – Rav Yossef Chaoul Nathanson]

[Le chariot (agala) peut renvoyer au fait que Yossef est descendu en tant qu’esclave dans des caravanes de marchands, et que maintenant il est vice-roi d’Egypte, pouvant même faire sortir des chariots royaux (sans idoles dessus).
Aussi bien en haut, qu’en bas de la roue de sa vie, il a toujours gardé la bonne direction : Hachem!

Cela peut également se comprendre à un niveau plus global.
En effet, lorsqu’un parent surmonte une épreuve difficile, il transmet à sa descendance une facilité pour vaincre cette épreuve dans le futur.
Par exemple, le fait que Yossef a triomphé dans la très difficile épreuve de l’immoralité, va permettre à tous les juifs venant ensuite d’avoir plus de facilité à en faire de même.

Ainsi, symboliquement son passage de chariots d’esclaves à chariots du vice-roi d’Egypte, symbolise qu’il a réussi à amasser de nombreux trésors, une richesse de mérites spirituels, qui vont permettre aux juifs d’avoir davantage de facilités à rester fidèle à Hachem.
Cette idée a réjoui grandement Yaakov, qui était auparavant préoccupé à l’idée de devoir descendre en Egypte. ]

« Avraham a planté des acacias à Béer Shéva.
Lorsque Yaakov est descendu en Egypte, il a transplanté ces arbres là-bas.
Il a alors dit à ses enfants que Hachem leur ordonnera un jour de construire le Michkan, et ils devront utiliser ces arbres.

Il y avait sûrement de très bons arbres en Egypte. Pourquoi nos Patriarches se sont-ils compliqués la vie à planter des arbres, et à ensuite les transplanter?

S’ils ont agi ainsi, c’est pour remonter le moral à leurs descendants qui seront esclaves en Egypte.
En effet, il n’était pas suffisant de promettre aux juifs qu’ils seraient délivrés, la vision des acacias que Yaakov avait planté en Egypte, était un rappel concret que leur éventuelle libération sera une réalité. »

[rav Yaakov Kamenetsky – Emet léYaakov]

[de la même façon dans notre difficile exil, nous sommes rassurés à la vue du Kotel, qui témoigne que d’un moment à l’autre Hachem va reconstruire le Temple, nous libérant totalement de l’emprise de nos oppresseurs]

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-> Yaakov eut la vision de tous les événements qu’allaient connaître ses descendants, et il sut qu’ils construiraient le Michkan … ces arbres appartenaient à une espèce rare, introuvable dans d’autres régions, poussant droit ; ils étaient de taille impressionnante (près de 15 mètres), et de plus ne comportaient ni nœud ni fissure.
[Méam Loez – Vayigach 46,1]

« Et maintenant ne vous affligez pas » (Vayigach 45,5)

A quoi fait allusion le terme : « Maintenant »?

Nos Sages enseignent que la faute de la vente de Yossef fut payée plusieurs générations plus tard, par les 10 martyrs qui furent tués par les romains (dont Rabbi Akiva).

Ainsi, Yossef voulait faire allusion à cela à ses frères.
Il leur dit : »Et maintenant, ne vous affligez pas » = c’est comme s’il leur disait : « Maintenant, dans cette génération, vous n’avez pas à vous affliger, car vous n’allez pas payer pour la faute de la vente. Mais dans le futur, dans la génération des 10 martyrs, c’est là que vous aurez lieu de vous affliger, car c’est là que vous allez payer cette faute par la mort des 10 martyrs ! »

[Rabbi ‘Haïm Vital]

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-> Le Ben Ich ‘Haï enseigne que lorsque Yossef s’est révélé à ses frères, il a pleuré, et ce n’était pas qu’un simple pleur personnel.
En effet, son pleur comprenait également les pleurs des autres tribus, ceux de tout le peuple d’Israël, et ceux des 10 martyrs tués par les romains.

Yossef a pleinement ressenti la douleur des autres, et son pleur était si puissant que toute l’Egypte et le palais de Pharaon ont pu l’entendre, puisqu’étant composé d’un cumul de pleurs collectifs représentant un nombre considérable de souffrances et de douleurs.

« Yossef ne put se contenir … Faites sortir tout le monde de devant moi! » (Vayigach 45,1)

-> Le nom Yossef, fait ici référence à Hachem.
La guématria de Yossef (156 – יוסף) est équivalente au Nom Divin (26 – Tétragramme – יהוה) multiplié par 6.
Nous sommes actuellement dans le 6e millénaire [suivant la Création du monde], « Hachem ne peut plus supporter/se contenir » de nous voir en exil, et Il désire se révéler à nous.

Finalement, Hachem va renvoyer tous les Accusateurs Célestes qui L’empêchent d’amener le machia’h et de se rapprocher de Son peuple. Il annoncera alors au monde entier : « Faites sortir tout le monde de devant moi! », et Il se révélera alors Lui-même à nous!

[le Abir Yaakov – Rabbi Yaakov Abou’hatséra]

« Pharaon dit à Yaakov : « Combien sont les jours des années de ta vie? »
Yaakov dit à Pharaon : « Les jours des années de mes pérégrinations sont 130 ans. Peu nombreux et mauvais ont été les jours des années de ma vie et ils n’ont pas atteint les jours des années de la vie de mes pères, les jours de leurs pérégrinations ». » (Vayigach 47,8-9)

-> Selon le Daat Zékénim, parce que Yaakov a fait allusion à ses années en mal, Hachem l’a puni et il est mort à 147 ans, soit 33 années en moins que son père.

Le rav ‘Haïm Chmoulévitch fait remarquer que ces 33 années sont en parallèle aux 33 mots qu’utilise la Torah pour rapporter sa discussion avec Pharaon.
Mais on peut s’interroger : pourquoi est-ce que ce compte contient aussi le nombre de mots de la question que Pharaon va lui poser, et pas uniquement sa réponse?
Rav Chmoulévitch dit que Yaakov était responsable d’avoir entraîné le fait que Pharaon lui pose cette question. En effet, son visage paraissaient beaucoup plus âgé que son véritable âge, laissant apparaître qu’il a eu une vie très difficile.
[Si Yaakov semblait si vieux, c’est parce qu’il se plaignait beaucoup trop de son sort (à son niveau). Les conséquences de ses plaintes suscitèrent la question de Pharaon, et de ce fait, il lui en a également été tenu rigueur.]

Le rav Moché Sternbuch (Taam véDaat) explique que probablement Yaakov avait peur que Pharaon devienne jaloux de sa longue vie, et mette sur lui son mauvais œil (ayin ara). C’est pour cela qu’il a dit : « peu nombreux et mauvais ont été les jours des années de ma vie ».

Le rav Sternbuch ajoute : « Nous voyons de là que nous ne devons jamais nous vanter à propos de notre famille, de notre richesse, … et éviter ainsi le mauvais œil, qui vient sur nous par le biais de la jalousie. »

-> b’h, sur le lien entre la jalousie et le ayin ara : https://todahm.com/2018/12/09/jalousie-et-mauvais-oeil

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-> Le rav Simshon Raphael Hirsch donne l’explication suivante :
Dans sa réponse, Yaakov exprime : Les jours des années de ma vie ne sont pas nombreux et ne peuvent se comparer à ceux de mes pères qui ont vécu davantage, au sens où chaque jour de leur existence a été vécu pleinement.

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+ « De combien sont les jours des années de ta vie? »

-> Parce qu’on a dit à Pharaon qu’à l’arrivée de Yaakov, le Nil était monté à ses pieds, alors il en avait été très heureux, et pensait que tant que Yaakov serait en vie, le Nil monterait à ses pieds et arroserait la terre.
Cependant, lorsqu’il vit Yaakov et s’aperçut qu’il était maigre comme un vieillard, il se dit qu’il était certainement très âgé, et qu’il allait mourir bientôt, par conséquent qu’elle cause de réjouissance les égyptiens avaient-ils?
=> C’est pourquoi il lui a demandé son âge, et Yaakov lui a alors répondu : les jours des années de ma vie ont été peu nombreux et mauvais, la vieillesse qui m’atteint vient du nombre des épreuves que j’ai traversées, mais j’espère encore arriver au même âge que mon père, qui a vécu 180 ans.
[Kli Yakar]

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+ « De combien sont les jours des années de ta vie? »

-> Au palais, en Egypte, c’était la coutume que la porte de la pièce où se tenait le roi soit une ouverture basse, de façon à ce que celui qui rentrait soit obligé de se prosterner.
Quand Avraham en son temps se présenta devant Pharaon le roi d’Egypte, Hachem lui fit un miracle et cette ouverture s’éleva, de sorte qu’il ne fut pas obligé de se baisser, mais entra devant lui la tête haute.
Quand Yaakov rentra chez Pharaon, le même miracle se produisit.
=> C’est pourquoi Pharaon s’étonna, car il croyait que l’homme qui se tenait en face de lui était Avraham. Et il a ainsi demandé : « Mais quel âge as-tu? »

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« Yéhouda s’approcha de lui et dit : … auprès de ton serviteur mon père » (Vayigach 44,18,24)

-> En parlant à Yossef de leur père Yaakov, il en fait allusion par : « ton serviteur, mon père ».
Bien que Yossef devait vivre 120 ans, il a perdu 10 années de sa vie car il a permis à ses frères d’appeler ainsi leur père, sans les stopper.
Mais pourquoi a-t-il été puni par 10 années, alors que les frères ne mentionnent qu’à 5 reprises leur père comme étant son serviteur (v.43,28 ; 44,24 ; 44,27 ; 44,30 ; 44,31)?

Le Pirké déRabbi Eliézer (29) répond qu’il a entendu une fois les paroles en hébreu, et qu’ensuite on les lui a traduites, puisque tout le monde pensait qu’il ne connaissait pas l’hébreu.
[le Gaon de Vilna]

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-> C’est Ménaché, le fils de Yossef, qui était le traducteur.
Il a compris que c’était les frères de son père, et dans sa traduction, il a employé : « mon père », en excluant : « ton serviteur », par respect pour Yaakov
=> La question reste alors entière : pourquoi 10 ans?

Yossef a été puni pour avoir demandé des nouvelles de son père lorsque ses frères ont apporté Binyamin.
En effet, à son niveau, il aurait dû anticiper qu’ils pourraient employer ce terme : « ton serviteur ».
Il a été puni par 10 ans de vie en moins, car les 10 frères ont répondu en même temps à sa question.
[le Pardess Yossef]

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-> « Il lui apparut, tomba à son cou et pleura abondamment à son cou » (Vayigach 46,29)
Yossef a perdu 10 années de sa vie car il a causé le fait que Yaakov s’est incliné devant lui.
Yossef est venu accueillir son père en revêtant l’habit royal qui comporte 10 vêtements.
Lorsque Yaakov a observé Yossef de loin, il ne l’a pas reconnu, et la vision des habits royaux, l’a poussé à s’incliner.
Si Yossef n’avait pas de tels habits, il aurait évité à son père de se prosterner devant lui!
[Targoum Yonatan ben Ouziel]