« Tu observeras les commandements de Hachem, ton D., en suivant Ses voies et en Le craignant » (Ekev 8,6)

-> Rabbi Moché Cordovéro (Tomer Devora) commente :
La Torah nous ordonne d’aimer Hachem et de « suivre Ses voies », de L’imiter.
A chaque fois que quelqu’un transgresse (la volonté de D.), c’est comme s’il insultait Hachem.
Cependant, Hachem continue à lui donner la vie et de la vitalité.

Nous aussi nous devons travailler sur nous-même afin de témoigner à autrui de la patience et de la tolérance.
Même s’il nous a insulté ou blessé sans nous demander pardon, nous ne devons pas s’abstenir d’agir avec lui avec bonté.

« Du début de l’année et jusqu’à la fin de l’année » (Ekev 11,12)

-> « Méréchit » (depuis le début – מֵרֵשִׁית) est écrit sans « aléph (à la différence de béréchit : בְּרֵאשִׁית – au début).
C’est une allusion au mois de Tichri (qui a les mêmes lettres dans un autre ordre : מֵתשרי – méTichri – depuis Tichri), qui est le Roch Hachana de la Création du monde.

Nos Sages (guémara Roch hachana 8a) ont expliqué qu’à Roch Hachana, le monde est jugé pour décider ce qui arrivera jusqu’à la fin de l’année.

[Rabbénou Bé’hayé]

« Un pays dont ses pierres sont du métal, et de ses montagnes tu extrairas du cuivre » (Ekev 8,9)

-> Si on mélange les lettres du mot : « avanéa » (ses pierres – אֲבָנֶיהָ), on obtient : « banéya » (ses fils, ses constructeurs – בנאיה).

De plus, les initiales des mots : « avanéa barzél ouméararéa ta’htsov » (ses pierres sont du métal, et de ses montagnes tu extrairas – אֲבָנֶיהָ בַרְזֶל וּמֵהֲרָרֶיהָ תַּחְצֹב) forment le mot : « avot » (nos Patriarches – אבות), et le mot : « barzél » (métal – בַרְזֶל) est formé des initiales de : « Bil’a, Ra’hél, Zilpa, Léa ». (nos Matriarches – Imaot).

=> Cela nous rapporte la louange du pays d’Israël, dont les fils sont des constructeurs (al tikré banayi’h éla bonayi’h), et qui accomplissent cette construction par le mérite des Patriarches des Matriarches.

[Ets haDaat Tov]

« Si jamais tu oublies Hachem, ton D., et tu t’attaches à des dieux étrangers » (Ekev 8,19)

-> Il y a une règle générale : le mot « vayéhi » dénote un contexte de tristesse/peine, tandis que que le mot : « véaya » implique de la joie.

Le rabbi de Rizhin (rav Israël Friedman) interprète ainsi le verset :
L’unique façon de pleinement servir Hachem est avec joie, et si quelqu’un en vient à oublier cela (faire la volonté de D. sans joie), alors il va certainement s’éloigner d’Hachem et finalement poursuivre ses propres intérêts.

Ainsi, si une personne en vient à oublier que : « véaya » (si jamais – וְהָיָה) = la joie et le bonheur qui doit faire partie intégrante du service Divin, alors « tu oublies Hachem, ton D., et tu t’attaches à des dieux étrangers » = on va s’abaisser à la avoda zara et finir par se détruire soi-même.

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-> Le rav Barou’h de Méziboz donne une autre explication.
La guémara (Méguila 12a) explique que Hachem a cherché à anéantir le peuple juif à l’époque de Mordé’haï et Esther, car les juifs avaient participé et s’étaient pleinement réjouis du festin donné par le roi A’hachvéroch.

=> Ce n’est pas uniquement qu’ils y ont été forcés, mais ils été joyeux d’y participer et de se mêler avec les non-juifs. Ainsi, le résultat de leur joie à fauter (oubliant Hachem) a été à l’origine du décret de destruction contre eux.

Ainsi, le verset signifie que si nous sommes forcés/contraint à faire une faute, et qu’en la réalisant nous oublions Hachem au point d’être joyeux et enthousiaste pendant la faute, alors nous avons franchis un ligne rouge, nous sommes allés trop loin.
[« Si jamais tu oublies Hachem, ton D. » = si tu oublies la volonté de D., tout en étant dans la joie (véaya)]
A ce moment Hachem nous détruira (la fin du verset ci-dessus v.19 est : « Je vous le déclare en ce jour, vous périrez »).

« Tu seras béni au-dessus de toutes les nations » (Ekev 7,14)

-> « On pourrait remarquer que cette abondance matérielle existe aussi parmi les autres nations. A quoi tient alors la supériorité d’Israël?

Les bénédictions offertes au peuple juif seront plus grandes que celles accordées aux 70 nations.
Israël sera levé au-dessus d’elles parce que ses bénédictions proviennent [directement] de D., alors qu’aucun autre peuple ne peut prétendre à Sa bénédiction directe [mais par des anges intermédiaires].
[…]

Ce verset garantit qu’aucun juif ne sera sujet aux influences astrologiques.
Si un astrologue prédit qu’un certain juif resterait sans enfant ou pauvre toute sa vie, sa prédiction ne doit pas être prise au sérieux.
Alors que les non-juifs peuvent être sujets à ces influences, le destin d’Israël dépend uniquement de D.

Le mot « au-dessus » souligne la différence entre Israël et les autres nations : ce qui peut toucher la vie des nations n’a pas d’incidence sur le peuple élu. »

[le Méam Loez]

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+ « Souviens-toi (za’hor tiz’hor) de ce que D. a fait à Pharaon et à toute l’Egypte » (Ekev 7,18)

-> « Malgré le désir [ardent] des égyptiens de détruire Israël, ils n’ont pas réussi : le peuple juif a survécu jusqu’à aujourd’hui alors que les égyptiens ont disparu.
Les juifs sont tenus de se rappeler qu’ils ne doivent pas cette grande victoire à leur propre force mais à l’aide de Hachem.

La double forme du verbe : « Souviens-toi (za’hor tiz’hor) sert à leur rappeler que D. a accompli 2 miracles en Egypte :
– Il a assuré la survie des juifs malgré leurs grandes souffrances et les cruels efforts de leurs oppresseurs pour les anéantir ;
– de plus, Hachem a détruit les puissants égyptiens et a fait sortir les juifs d’Egypte. »

[le Méam Loez]

=> Un juif ne peut ainsi jamais perdre espoir, puisqu’il est directement dépendant du Maître du monde, Hachem.

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« Peut-être diras-tu dans ton cœur : ces peuples sont plus nombreux que moi, comment pourrais-je les déposséder? Ne les crains pas! Souviens-toi de ce qu’a fait Hachem, ton D., à Pharaon et à toute l’Égypte » (Ekev 7,17-18)

-> Le Akédat Its’hak (rav Its’hak Arama) explique ainsi le sens de ce verset :
« Lorsque tu t’apercevras que tu n’as aucune chance de vaincre tes ennemis de manière naturelle, alors tu ne les craindras pas, car Hachem fera la guerre contre eux pour toi, de manière surnaturelle, comme ce fut le cas contre Pharaon et les égyptiens.
Mais si, malgré leur force, tu crois que tu pourras les vaincre, alors Il ne se tiendra pas à tes côtés pour te sauver de leur main par des miracles. »

-> Le rav Sternbuch écrit qu’il s’agit là pour nous d’un principe fondamental : nous n’avons pas à redouter nos ennemis, mais plutôt craindre que notre niveau de croyance en Hachem (émouna) ne soit pas assez élevé, car s’il est suffisant, Hachem résidera parmi nous et nous délivrera de tous les malheurs.
Tandis qu’en faisant dépendre notre victoire de notre force, nous nous mettons dans une situation de grand danger.

Certains commentateurs expliquent de manière similaire les Téhilim (121,1-2) : « D’où viendra mon aide? Mon aide viendra de Hachem qui a créé le ciel et la terre ».
C’est précisément lorsque l’homme sentira que : « D’où viendra mon aide? » = c’est-à-dire que personne parmi ses proches ou ses amis ne pourrait l’aider, que Hachem le sauvera.
[lorsque l’on se tourne à 100% vers D., sans plein B, alors(si l’on peut dire) Hachem se tournera à 100% vers nous pour nous aider!]

Rav Sternbuch rapporte que le rav de Brisk disait que pendant une guerre le vrai front se situe dans le Ciel : grâce à nos prières, il sera facile de remporter la victoire ici-bas.
Si nous avons entièrement confiance en Hachem, et que nous nous renforçons dans l’étude de la Torah et dans la prière, nous serons tous sauvés sans aucune victime.

« Un pays de blé, d’orge, de raisin, de figues et de grenades, un pays d’olives huileuses et de miel [de dattes]«  (Ekev 8,8)

Le Méam Loez commente sur ce verset :

-> Outre leur nombre abondant [en quantité], les fruits de la terre d’Israël étaient énormes [en taille].
Le blé avait la taille d’un rein, et l’orge, la taille d’un noyau d’olive. Mais bien entendu, les fruits atteignaient ces dimensions miraculeusement seulement lorsque les juifs obéissaient à la volonté de D.

Dans la paracha Chéla’h Lé’ha, il est dit qu’il fallait 8 hommes pour soulever une grappe de raisons cueillie en terre d’Israël (cf. Rachi Chéla’h Lé’ha 8,8 : « Huit d’entre eux ont pris la grappe, un a pris une figue et un une grenade »).

A l’époque de Chimon ben Chéta’h, les lentilles étaient aussi grosses que des dinars.

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-> Il est écrit dans la guémara (Kétoubot 112a) :
Rabbi Yéhochoua ben Lévi est arrivé en terre d’Israël après la destruction du Temple. Il a aperçu des grappes de raisins si grosses qu’il les a prises pour un groupe de veaux attachés.
Lorsqu’il s’est rendu compte de son erreur, il s’est lamenté : « Oh! Vigne! Pour qui produis-tu ces raisins? Pour les païens qui, à cause de nos nombreuses fautes, habitent cet endroit à notre place? Perds tes raisins immédiatement! »

Un an plus tard, rav ‘Hiya est passé par le même endroit et a vu que les grappes de raisins avaient diminué et ne ressemblaient plus qu’à un groupe de chèvres.
Il a posé la même question que rabbi Yéhochoua une année plus tôt mais les habitants de la région l’ont supplié de ne pas prononcer de phrase qui puisse causer une réduction supplémentaire de la taille des raisins.

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-> Il est également rapporté dans cette guémara que :
Le vin qui provenait des raisins de la terre d’Israël était de qualité supérieure.
Le miel coulant des dattes était si abondant qu’il formait des rivières.

Rami bar Yé’hezkel a raconté qu’il était entré dans un village de la terre d’Israël et avait vu des chèvres brouter sous un palmier. Le lait ruisselant des pis des chèvres se mêlait au miel qui coulait des dattes.
Ce spectacle confirmait qu’il s’agissait bien « d’un pays ruisselant de lait et de miel » (Chémot 3,8).

Rech Lakich a décrit une [impressionnante] rivière de miel et de dattes de 16 mil sur 16 mil qui coulait à travers la ville de Tsippori.

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-> Le Méam Loez (Ekev 8,9) nous enseigne :
« Chaque nation a un ange gardien, mais le peuple juif est gardé par Hachem. La Torah nous dit : « La part de D. est son peuple, Yaakov est la part de Son héritage » (Haazinou 32,9).

Pourquoi Hachem n’a-t-Il pas choisi de nourrir Israël de la manne en terre d’Israël, comme Il l’a fait dans le désert?

Lorsque les juifs ont reçu la Torah, D. les a sanctifiés par les mots : « Vous serez pour Moi un royaume de Cohanim et une nation sainte » (Yitro 19,6).
Comme le désert se trouve hors de la terre sainte [d’Israël] et était impur, la manne (cet « aliment des anges ») sanctifiait les juifs.
Lorsque le peuple d’Israël est entré en terre sainte, la sainteté de la manne a pénétré dans les produits agricoles.
C’est pourquoi les juifs n’avaient plus besoin que la manne descende du ciel pour être sanctifiés. »

« Lorsque tu mangeras et que tu seras rassasié, tu béniras Hachem, ton D., pour ce bon pays qu’Il t’a donné » (Ekev 8,10)

b’h, Nous allons voir une compilation de commentaires du Méam Loez sur ce verset :

-> Il existe un principe bien connu selon lequel, avant d’avoir récité une bénédiction, la nourriture que nous nous apprêtons à consommer appartient à Hachem. En effet, c’est uniquement après la bénédiction que l’aliment est considéré comme le nôtre.
Après avoir exprimé notre gratitude à D. en Le remerciant par une bénédiction, nous pouvons considérer la terre comme la nôtre.
[tu béniras Hachem => ce bon pays qu’Il t’a donné]

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-> « C’est parce qu’il récitait scrupuleusement les bénédictions sur la nourriture avant et après consommation que Yossef a mérité de nourrir le monde entier lorsqu’il est devenue vice-roi.
[Sifté Cohen]

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-> Nous devons nous laver les 2 mains avant de prendre un repas de pain, même si elles sont tout à fait propres.
Les mots de la bénédiction récitée après l’ablution sont : « al nétilat yadaïm » (nous a ordonné l’ablution des mains – על נטילת ידיים). Les initiales de ces mots composent : « ani » (עני – pauvre) ; ceci nous indique que la négligence de cette mitsva conduit à la pauvreté.

Quiconque ne se lave pas les mains avant le repas, son âme sera noyée dans les eaux impétueuses, dans le monde à venir (olam aba).
[…]

Procéder à l’ablution des mains avant le repas rend l’homme semblable à un ange …

A la table de chaque juif sont assis 2 anges, l’un s’appelle : « Tov Ayin » (généreux) et l’autre « Ra Ayin » (avare).
Si un homme respecte les lois de l’ablution des mains, l’ange Tov Ayin s’exclame : « Cette table est la table de D.! »
Et si un homme néglige cette mitsva, Ra Ayin affirme : « Cet homme m’appartient! »
[…]

Ce sont le roi Salomon et son Beith Din qui ont institué l’ablution des mains avant le repas.
En retour, une voix céleste a exprimé son approbation en citant les paroles de Michlé (23,15) : « Mon fils, si ton cœur est sage, mon cœur sera heureux aussi » (guémara Erouvin 21b).

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-> Avant le repas, il faut poser du sel à table.
Pendant que tous les convives terminent l’ablution, le Satan risque d’accuser ceux qui sont déjà assis à table de n’accomplir aucune mitsva. Nous plaçons donc du sel sur la table pour que l’alliance de sel nous protège.
Quelle est cette alliance?

Au moment de la Création, l’eau s’est plainte à D. : « Maître du monde! Le monde est partagé en 3 : le désert, les régions habitées et la mer. La Torah va être donnée aux juifs dans le désert, le Temple sera construit dans une région habitée, mais la mer n’a reçu aucun mérite! »
Hachem a alors promis à la mer qu’après la construction du Temple, on verserait toujours du sel sur les sacrifices.

Comme la table est comparable à un autel et la nourriture aux sacrifices (korbanot), nous devons saler le pain après avoir récité la bénédiction de haMotsi.

Dans le verset (Vayikra 2,13) décrivant l’offrande (korban min’haté’ha), la Torah mentionne le sel à 3 reprises. On trempe donc 3 fois le pain dans le sel.

Ensuite, on prend le pain de ses 2 mains en y apposant les 10 doigts dessus. Ceci évoque les 10 mitsvot que nous avons reçues concernant la nourriture (ex: bikourim, lékét, chikha, péa, ‘halla, masser, …)
[…]

La bénédiction sur le pain est : « … amotsi lé’hem min aaréts » (qui fait sortir le pain de la terre).
C’est difficile car c’est le blé, et non le pain qui sort de la terre …
Une explication est liée à notre foi qu’à la venue du machia’h, nous n’aurons pas à peiner pour produire le pain, mais qu’il nous sera donné tout prêt.

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-> Si un homme mange et boit dans sa maison et ne réjouit pas les pauvres, le Satan l’accuse.
En effet, les pauvres sont la part de D. ; Il veut qu’ils se réjouissent.

Lorsque D. voit que l’on ne s’occupe pas des pauvres, Il désire détruire le monde.
Les anges interviennent : « Aie pitié et ne détruis pas le monde! »
Hachem leur répond : « J’ai créé le monde pour que les hommes soient charitables les uns envers les autres. A présent regardez! Ils ne font pas la charité aux pauvres! »

A ce moment-là, les anges admettent : « C’est vrai. Regardez un tel et un tel qui mange et boit sans rien donner aux pauvres ».
Alors le Satan vient et profère des accusations. C’est pourquoi, lorsqu’une dispute éclate à table, c ‘est un signe que le Satan accuse.

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-> Pendant le repas, on peut accomplir 2 mitsvot : chercher à inviter un pauvre pour accomplir la mitsva de charité, et entretenir des discussions de Torah.
Ces habitudes donnent à la table où nous mangeons le statut d’un autel.

D’une part, la nourriture que nous donnons aux pauvres est équivalente à un sacrifice apporté à D. sur l’autel.
D’autre part, les paroles de Torah remplissent le rôle des lévi’im qui chantaient des louanges à D. lors du service au Temple.
Cependant, comme tous les juifs ne sont pas capables de parler de Torah, nos Sages ont composé des zémirot, des hymnes pour accompagner le repas.
Chanter des zémirot correspond au service des lévi’im dans le Temple, ce qui renforce la comparaison de la table à un autel.

Il existe une raison supplémentaire d’étudier la Torah pendant le repas. Manger et boire sont des plaisirs physiques qui si on en abuse peuvent conduire à l’augmentation des désirs et à la faute.
Discuter de Torah et chanter des hymnes sert d’antidote au yétser ara.
[…]

Celui qui parle de Torah à table est accompagné par 2 anges : l’un s’assoit à sa droite et l’autre à sa gauche.
Ces anges rapportent au Ciel les paroles de Torah prononcées à sa table et bénissent la personne qui prend son repas.

La michna y fait allusion : « Si 3 personnes [l’homme et les 2 anges] sont assis à table et étudient la Torah, elles sont considérées comme ayant mangé à la table de D. » (Pirké Avot 3,3)

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-> Si l’on a mangé un morceau de pain du volume d’une olive (kézayit), on a l’obligation de réciter le birkat hamazon.
Certes, il est écrit : « Lorsque tu mangeras et que tu seras rassasié, tu béniras Hachem, ton D. » (Ekev 8,10), impliquant que cette bénédiction doit être récitée lorsque l’on est totalement rassasié.
Pourtant selon la loi juive, il faut dire le birkat hamazon, même après avoir consommé la quantité minime d’un kazayit.

La guémara (Béra’hot 20b) rapporte que les anges ont demandé à D. pourquoi Il favorisait Israël, comme il est écrit : « Que D. te favorise » (yissa Hachem panav élé’ha), alors que la Torah dit : « le D. redoutable qui ne fait pas de favoritisme » (acher lo yissa panim – Ekev 10,17).

Hachem a répondu aux anges qu’un peuple qui va au-delà de ce qu’exige la loi et loue D. même après avoir mangé une si petite quantité de nourriture mérite une considération particulière.

– La 1ere bénédiction du birkat hamazon = elle a été rédigée par Moché en témoignage de gratitude pour la manne que D. a offerte chaque jour à Israël dans le désert (guémara Béra’hot 48b).
Selon le Bayit ‘Hadach, c’est pourquoi cette bénédiction précède, celle pour la terre, même s’il paraît plus logique de remercier Hachem en premier lieu pour la terre qui produit la nourriture.

– La 2e bénédiction = elle commence par les mots « nodé lé’ha » (nous Te remercions), est appelée la bénédiction pour la terre (birkat aarets) et a été composé par Yéhochoua (guémara Béra’hot 48b).
Selon le Chibolé haLékét, Yéhochoua, qui avait vu à quel point Moché désirait pouvoir entrer en terre d’Israël et à quel point les Patriarches, par le choix du lieu de leur sépulture, lui étaient attachés, composa cette bénédiction en son honneur lorsqu’il eut le privilège de pouvoir y pénétrer.
La plupart des commentateurs disent que la prescription d’inclure dans le Birkat haMazone des remerciements pour la terre est un commandement de la Torah. Yéhochoua n’a rien fait d’autre que d’en formuler le texte.

– La 3e bénédiction (celui qui reconstruit Jérusalem) = elle est la dernière de celles qui ont été instituées par la Torah. Elle a été composée successivement par le roi David et son fils Salomon.
David, qui avait conquis Jérusalem, y fit référence à Israël : « Ton peuple, et à Jérusalem ».
Salomon, après avoir construit le Temple, ajouta : « Ta grande et sainte maison » (guémara Béra’hot 48b).
Selon le Arou’h haChoul’han, leur bénédiction constituait pour que D. maintienne la paix dans le pays.
Après la destruction et l’exil, elle devint une prière pour la restauration du pays, du Temple et de la dynastie de David.
Déjà avant la conquête par Yéhochoua, elle s’était présentée sous une autre forme : une prière pour que D. ait pitié de Son peuple.

Ces 3 bénédictions trouvent leur source dans la Torah : « Lorsque tu auras mangé et que tu seras rassasié, tu béniras Hachem, ton D., pour ce bon pays qu’Il t’a donné » (Ekev 8,10)
La 1ere bénédiction = « Lorsque tu auras mangé » + « tu béniras » ; la 2e bénédiction = « ce pays » ; la 3e bénédictions = « bon » (= Jérusalem et le Temple) …

– La 4e bénédiction = il s’agit de « atov véamétiv » (bon et bienfaisant), qui a été instituée par les élèves de rabban Gamliel, comme une expression de gratitude envers Hachem pour avoir gardé intacts les corps des victimes massacrés par les romains à Bétar, et pour avoir ensuite permis leur inhumation (guémara Béra’hot 48b).

Sous le règne de l’empereur Hadrien, Bétar fut le centre stratégique de la révolte malheureuse de Bar Korhba.
Lorsque les romains écrasèrent l’armée juive, les vainqueurs se vengèrent de sa résistance en massacrant des centaines de milliers d’habitants de Bétar et en interdisant leur inhumation.
Des années plus tard, rabban Gamliel et son académie jeûnèrent et prièrent longtemps, et rabban Gamliel épuisa sa fortune à satisfaire la cupidité des des postes romains.
On lui accorda finalement la permission d’enterrer les morts : les cadavres étaient miraculeusement demeurés intacts.
Les rabbins instituèrent alors une bénédictions pour remercier Hachem de Sa double bonté : « atov » (Celui qui est bon) = pour avoir gardé intacts les restes (les corps ne se décomposant pas) ; « amétiv » (et bienfaisant) = pour leur avoir permis de recevoir les derniers honneurs (être enterrés). [guémara Béra’hot 48b]
Le Aboudraham dit qu’ils ont incorporé cette bénédiction dans le Birkat haMazone, parce que les repas sont toujours associés aux événements heureux.

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-> Après le repas et avant de prononcer la bénédiction sur la coupe de vin, on dit : « koss yéchouot essa ouvé’chem Hachem ékra » (Je lève la coupe de délivrance et j’invoque le Nom de D.).
=> A quelle coupe le roi David fait-il allusion dans ce verset des Téhilim? Dans quel contexte faut-il le comprendre?

La guémara (Pessa’him 119b) nous en donne l’explication : après la venue du machia’h, D. fera un festin pour les tsadikim.
Il demandera à Avraham de conduire le birkat haMazon [en disant la bénédiction sur la coupe de vin].

Notre Patriarche refusera en expliquant qu’il a donné naissance à Ismaël.
Its’hak refusera la coupe à cause de son fils Essav.
Yaakov refusera parce qu’en épousant 2 sœurs, il n’a pas observé un commandement, or la Torah est mentionnée dans cette dernière bénédiction.
Moché refusera parce que n’ayant pas été autorisé à entrer en terre sainte [d’Israël], il ne pourra pas dire le passage relatif à la terre d’Israël.
Yéhochoua refusera aussi car mentionner le Temple dans le birkat haMazone serait humiliant, car il n’a pas eu de fils qui comme David aurait pu commencer la construction du Temple.

Lorsqu’on demandera à David de prendre la coupe, il acceptera cet honneur.
Telle est donc « la coupe de délivrance dont parle David dans les téhilim …

Le pluriel « délivrances » fait référence à la délivrance personnelle de David (expiation totale de sa faute avec Batchéva) et à la délivrance du peuple juif à l’époque du machia’h.

Il existe des raisons supplémentaires au choix de David pour conduire le birkat haMazone parmi les tsadikim de toutes les époques : David était destiné à mourir à sa naissance mais Adam, qui devait vivre 1 000 ans, lui a donné 70 ans de sa vie. David pourra donc être considéré comme le plus âgé des convives présents au banquet.
De plus, il a ainsi été un invité ou un voyageur en ce monde-ci, et on donne toujours à l’invité l’honneur de réciter le zimoun.

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-> Après le birkat haMazone, tous les convives goûtent du vin.
Il faut balayer les miettes de pain tombées au sol car marcher sur des aliments est un marque de mépris pour la nourriture.
Quiconque montre du mépris pour le pain ou le jette aux convives au lieu de le poser devant eux deviendra pauvre (Zohar – Pin’has 244).

La guémara (‘Houlin 105b) raconte l’histoire d’un homme poursuivi par l’ange responsable de la pauvreté. L’ange ne parvenait pas à appauvrir cet homme car ce dernier veillait scrupuleusement à ne jamais laisser traîner de miettes à terre.

Un jour, l’homme a mangé sur l’herbe et l’ange s’est dit : « Ah! Maintenant, cet homme va tomber entre mes mains! »
Cependant à la fin de son repas, l’homme a pris une sarclette, a nettoyé l’endroit et a jeté les miettes à la rivière.
L’ange de la pauvreté s’est alors exclamé : « Malheur à moi! Je vais partir d’ici car cet homme m’a chassé de son domaine et il m’échappe constamment! »

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-> Comment bénir D. alors qu’Il est Lui-même la source de toutes les bénédictions?

En réalité, les « bénédictions » que nous prononçons sont une forme de louange et de remerciement à D. pour Sa bonté envers nous.

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+ L’essence de la nourriture :

-> Le Arizal explique que chaque objet, chaque être physique doit son existence à une étincelle sacrée enfouie au fond de lui.
L’âme humaine habite le corps et elle se nourrit tout autant des aliments qu’il consomme que de la Torah qu’il étudie et des bonnes actions qu’il accomplit.
Lorsque nous mangeons, nous extrayons des aliments les vitamines et les produits minéraux dont nous avons besoin, mais ce ne sont pas eux qui nous maintiennent en vie, car si l’âme devait nous quitter, nous ne serions pas plus animés que la pierre ou le sable.
Notre âme retire de l’aliment étincelle de sainteté qui y est enfouie et c’est celle-ci qui nous maintient en vie.

La manne était une substance matérielle que les hommes pouvaient à ce titre toucher, préparer, mâcher et manger. Mais dans son essence elle était sainteté …
D’après le Sifté Tsadik, la grande leçon de la manne est : l’homme ne vit pas de pain, de sa farine, de son eau, de son levain, de ses calories, de ses vitamines, … il vit de ce qui émane de D. et qui est enfoui dans chaque tranche de pain.

-> Après la faute, Hachem confectionna pour Adam et ‘Hava après leur faute comme étant : des vêtements de lumière (kotnot or – midrach Béréchit rabba 20,12).
Le Chla haKadoch explique que cela nous donne une définition de la véritable finalité de l’existence humaine : l’homme vient au monde et passe sa vie vêtu de « vêtements de peau » (Béréchit 3,21) = il lui incombe de maîtriser son corps et de faire rayonner son âme, d’extraire les étincelles de sainteté qui gisent dans tout ce qu’il rencontre, de transformer son pain quotidien en une manne, le pain des anges.
S’il y parvient, il revêtira vraiment des « vêtements de lumière », car il aura ainsi illuminé les ténèbres qui obscurcissent la sainteté, ce qui constitue en fait la seule justification de son existence.

[les bénédictions, dont le birkat haMazone, permettent ainsi d’extraire pleinement les étincelles de sainteté présentes dans ce que nous mangeons.]

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-> b’h, au sujet du birkat hamazone, voir également : https://todahm.com/2013/12/01/birkat-hamazone

« Observe les commandements (mitsvot) et les statuts (‘houkotav) de D. que je te prescris aujourd’hui pour que tu jouisses du bien » (Ekev 10,13)

-> Israël doit observer toutes les mitsvot : celles dont la Torah donne la raison et les ‘houkim (statuts) dont le sens ne nous est pas révélé.
Il faut les considérer toutes aussi importantes les unes que les autres afin de jouir du bien, car c’est l’homme qui bénéficie de l’observance des mitsvot, et non D.
S’il les néglige, Hachem ne subit aucune perte.

[Méam Loez]

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-> « Si les juifs gardent les mitsvot, ils seront gardés contre leurs ennemis et contre toutes les forces du mal. »
[Méam Loez – (sur Ekev 11,23)]

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+ « Optez les clôtures de votre cœur et cessez d’être opinâtes » (Ekev 10,16)

-> Moché enseigne aux juifs que l’amour et la crainte de D. ne peuvent être acquis qu’en dominant le mauvais penchant qui forme une barrière entre l’homme et D.
Lorsqu’on domine son mauvais penchant (yétser ara) et que l’on ne se laisse pas aller à l’écouter, alors cette clôture est brisée et l’on parvient à la crainte de D. authentique.

[Méam Loez]

« Tu seras béni entre tous les peuples » (Ekev 7,14)

=> Pourquoi aurions-nous besoin de la bénédiction des peuples? N’est-il pas suffisant que D. Lui-même déverse Sa bénédiction sur nous?

Le ‘Hozé de Lublin (Zikaron Zot 130) répond :
A l’époque du machia’h, les juifs recevront l’essence des bénédictions de Hachem, alors que l’excédent sera distribué parmi les nations du monde.
En conséquence, ils [les autres peuples] nous béniront, priant que nous méritions un abondant flot de bénédictions afin qu’il en reste plus pour eux-mêmes.

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[On peut rapprocher cet enseignement, des paroles suivantes de nos Sages :
Un des noms de D. est : Sha-daï. Une explication est parce qu’Il désire tellement nous combler de bonnes choses, que c’est nous qui devrons lui dire : stop! (daï) [shéyomar daï].

Dans le monde futur, il n’y aura plus clairement de libre arbitre, et Hachem pourra alors ouvertement nous inonder de son amour infini par d’incroyables bénédictions. Et ce au point où nous devrons Lui dire : stop!
A l’opposé, les autres peuples, nous bénirons pour pouvoir bénéficier de restes plus importants.]

« Maintenant, Israël, qu’est-ce qu’Hachem te demande si ce n’est que de Le craindre » (Ekev 10,12)

-> Rabbi Lévi Its’hak de Berditchev (Kédouchat Lévi) enseigne :
Un homme doit être doux et humble dans son comportement, et dans toutes ses actions.
Mais vous pourriez vous demander : « Dois-je être aussi doux et humble dans mon Service de D.? Ne devrais-je pas considérer ma prière et mes bonnes actions comme sans importance et négligeables? »

D. l’interdit : N’entretenez pas de telles pensées! C’est exactement le contraire.
Vous devez vous dire : « Les mitsvot que j’accomplis sont d’une grande valeur pour Hachem. Il prend un immense plaisir dans mes bonnes actions. »

En effet, si vous êtes humbles par rapport à l’accomplissement des devoirs religieux, si vous vous dites : « D. est si grand que mes actions insignifiantes sont sans importance pour Lui », vous commettez une grave erreur, et en réalité, vous êtes en train de nier la grandeur de D.