« Les égyptiens reconnaîtront que Je suis Hachem, lorsque J’étendrai ma main sur eux et que Je ferai sortir du milieu d’eux les enfants d’Israël » (Vaéra 7,5)

-> Rachi (Yitro 18,9) : Un esclave ne pouvait pas, jusque-là, fuir l’Egypte, dont les frontières étaient hermétiquement closes. Et eux [les juifs] ont été 600 000 à sortir.

-> Le Ibn Ezra commente que les égyptiens, la nation la plus puissante en magie, avaient jeté un sort à leurs frontières de telle façon que personne ne pouvait en sortir librement.

-> Le Ben Ich ‘Haï dit qu’on trouve une allusion à cela dans le mot : « Egypte » (מצרים), qui commence par un מ, lettre qui est ouverte, signe qu’à l’arrivée des juifs la terre était ouverte. Cependant par la suite, lorsqu’ils ont voulu en sortir cela était totalement impossible, à l’image de la lettre : ם de la fin du mot qui est fermé.

Ainsi, la grandeur de la sortir d’Egypte se tient dans les mots : « Je ferai sortir du milieu d’eux les enfants d’Israël », dont le mot : « mito’ham » (du milieu d’eux – מִתּוֹכָם) peut se décomposer en : מתוך ם (béto’h mém) = de l’intérieur du mém (ם), c’est-à-dire des limites de l’Egypte.

Hachem a libéré les millions de personnes composant Sa Nation en un seul instant, en faisant même des miracles énormes dans les frontières fermées de l’Egypte.
[cela doit renforcer notre émouna dans la certitude d’une guéoula grandiose à tout moment, avec la venue du machia’h!]

La 1ere plaie : le sang

+ La 1e plaie : le sang

Préalable aux plaies :
-> chaque plaie a duré un mois, mais certains commentateurs pensent que la durée de la mise en garde était de 7 jours et ensuite la plaie durant 3 semaines, ou bien pour d’autres c’était l’inverse : 3 semaines de mise en garde et une semaine de plaie.

Toute les opinions s’accordent à dire que la période totale couverte par les plaies a été de 12 mois, prenant fin le 14 Nissan.
[l’esclavage a pris fin 1 an avant la sortie d’Egypte]

-> Le Séfer Péninim Yékarim (Ekev 7,15) cite l’enseignement de nos Sages selon lequel à chaque fois qu’une plaie s’abattait sur les égyptiens, il y en avait un petit peu chez les juifs pendant un moment, pour qu’ils sachent ce que souffraient les égyptiens.

-> Selon le Saba de Kelm, en Egypte chaque plaie durait une semaine, et entre 2 plaies, il y avait une pause de 3 semaines.
Que faisaient les juifs pendant ces 3 semaines?

Ils étudiaient la plaie qui venait de passer, afin de se rendre compte à quel point Hachem était précis avec chaque égyptien en fonction de ce qu’il avait pu faire durant l’esclavage des juifs.
Il était alors clair dans la tête de chaque juif, que pour Hachem chaque acte (même le plus petit/anodin) positif ou négatif donne droit à une conséquence.
Rien n’est caché, ni oublié de D.

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-> Pourquoi les appelons-nous : « les 10 Plaies (makot) » et non « les 10 Prodiges »?
Le rav Mattitiahou Salomon donne la réponse suivante.
C’est parce que le prodige n’est pas le principal, ni le but recherché par Hachem, mais seulement le moyen pour Le craindre, d’où l’utilisation du mot : « maka » (un coup/plaie).

Le Ramban écrit : « Si un homme fait une mitsva, il gagnera son salaire et s’il faute il recevra la punition d’Hachem. Tout le but des actions d’Hachem en Egypte était d’apprendre au monde entier qu’Il se conduit dans Son monde avec la conduite de la Justice ».

Malheureusement, beaucoup de gens pensent que Hachem met tout le monde au Gan Eden, et qu’Il est tellement bon qu’Il pardonnera tout, peu importe les bêtises que la personne en question a fait.
Ceci est une grande erreur, Hachem est certes d’une bonté infinie, mais ce qu’Il attend de nous est qu’on Le craigne dans Son monde.
Il est prêt à tout pardonner si l’homme en question fait téchouva (n’importe quelle faute sans exception!), mais il faut qu’il sache qu’Hachem a aussi l’Attribut de Justice, et que pour toute chose qu’un homme fait, il devra rendre des comptes à 120 ans.

[à Pessa’h, en développant largement les  détails concernant les plaies, nous en venons à prendre conscience que rien n’a été fait par hasard, mais selon le principe de : mesure pour mesure (mida kénégéd mida). Les égyptiens ont été punis pour chacune des fautes qu’ils ont pu faire subir aux juifs (même en cachette!).
[par exemple, à la mer Rouge, on voit que chaque égyptien a reçu une punition personnelle, en fonction de ce qu’il avait pu imposer aux juifs. ]
En développant concrètement cette notion en nous, nous en venons à craindre Hachem, et se dire que : certes Il est d’une miséricorde infinie, mais nous devrons également rendre des comptes sur toutes nos actions (sa Justice est parfaite).

=> Cela doit éveiller en nous un sentiment de crainte, qui vient s’ajouter au sentiment d’amour (vu tous les miracles que D. a réalisé pour nous!). Or, la crainte et l’amour sont les 2 jambes indispensables au bon déplacement spirituel de tout juif!]

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-> Pourquoi l’eau a-t-elle été frappée la première, et par le sang?

Parce que Pharaon et les égyptiens idolâtraient le Nil, D. dit : « Je vais frapper leur D. en premier et ensuite son peuple » (Chémot Rabba 9,8).

D’ailleurs, les eaux du Nil avaient une odeur de charogne, ce qui humilia grandement les égyptiens et Pharaon qui virent leur dieu ainsi frappé (Midrach Hagadol 7,17).

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-> « Il y aura du sang dans tout le pays d’Egypte, et dans les bois et dans les pierres » (chémot 7,19).
Comment comprendre : « dans les arbres et dans les pierres »?

Le sang perçait depuis l’intérieur des arbres et des pierres et coulait au dehors.
Lorsqu’une femme pétrissait la pâte et l’enfournait, le sang sortait du bois et éteignait le feu. Il mouraient ainsi de faim.

Le sang coulait même de leurs idoles en bois et en pierre. Même les fruits des arbres contenaient du sang et lorsque, assoiffés, ils essayaient de presser des fruits, du sang en coulait (Midrach Hagadol Vaéra 7,21).

Même leur salive fut transformée en sang (Midrach Tanhouma Vaéra 11).
D’autres sources ajoutent que c’était tous les liquides du corps qui se sont transformés en sang : les larmes, la salive, la transpiration.

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-> Ceux qui se risquaient à boire du sang voyaient leur estomac gonfler et éclater. (Zohar haKadoch 22)
Les animaux mourraient, déshydratés. (Abravanel – Vaéra)

-> S’ils buvaient avec un juif du même verre, l’eau se transformait en sang dans leurs bouches.
Lorsqu’ils s’asseyaient sur leur lits ou sur un rocher, ils abîmaient leurs habits (coûteux) qui s’imprégnaient de sang (midrach chémot Rabba 9,11).

-> Les eaux amères et salées sont restées disponibles, et les égyptiens se forçaient à en boire parce qu’ils n’avaient pas le choix.
Ils préféraient acheter de l’eau potable aux juifs, plutôt que de consommer de l’eau amère.
[Rabbénou Bé’hayé ; Malbim]

Les juifs se sont considérablement enrichis en vendant de l’eau aux égyptiens.

Le Messekh ‘Hokhma cite le midrach enseignant qu’un des objectifs de cette plaie était d’enrichir les juifs, par la vente d’eau potable.
De son côté Pharaon, puisqu’il avait déjà « payé » aux juifs par toutes les bontés qu’il avait pu octroyer à Moché en l’élevant dans son palais, il a été totalement exempté de cette plaie.

Dans le verset, il est écrit : « Pharaon s’en retourna, alla vers sa maison et ne se préoccupa pas de cela aussi » (Chémot 7,23). On observe que Pharaon, n’étant pas personnellement concerné, il ne partagea pas la souffrance de son peuple (« ne se préoccupa pas de cela »).

[En épargnant à Pharaon cette 1ere plaie, Hachem l’élevait aux yeux de tous pour mieux le faire tomber de haut, et également Il lui laissait du temps pour faire téchouva.]

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-> Il est à noter que lorsqu’un égyptien venait voir un juif et lui demandait de lui vendre de l’eau, tant qu’il ne donnait pas la somme adéquate, l’eau se transformait en sang.

C’est ainsi que chaque égyptien recevait une punition personnalisée (le prix d’achat étant unique) en fonction de l’importance de la cruauté qu’il avait eu envers les esclaves juifs.

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-> « Il y aura du sang sur tout le pays d’Egypte et dans les [récipients de] bois et [de] pierre » (Vaéra 7,19)

Rabbénou Ephraïm tire de ce verset que l’eau qui était contenue dans des récipients en métal n’a pas été changée en sang. C’est pourquoi pour cette plaie, Pharaon n’a pas demandé à Moché d’y mettre un terme, car il buvait uniquement de l’eau entreposée dans du métal, le laissant non affecté par cette plaie.

[A cette époque « ancienne », le métal était une matière nouvelle rare et très chère (surtout pour y entreposer un bien peu précieux comme de l’eau!), faisant que seul Pharaon était vraiment concerné, puisqu’étant un signe extérieur de richesse pour lui.]

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+ « Toute l’eau qui était dans le fleuve se changea en sang » (Vaéra 7,20)

-> Le Sforno écrit que l’eau s’est littéralement transformée en sang, et en conséquence les poissons sont morts puisque ne pouvant survivre dans du sang.

Le Ibn Ezra précise que le sang étant plus chaud, c’est cette différence de température qui tué les créatures aquatiques du fleuve.

-> Le Daat Zékénim est d’avis que le fleuve a pris l’apparence du sang, mais il est resté en réalité avec le goût de l’eau. Pour éviter les égyptiens de le boire, Hachem a également entraîné que les poissons meurt, et c’est ce qui a rendu l’eau imbuvable.
[v.21 : « le poisson qui était dans le fleuve périt … et l’Egypte ne put boire l’eau du fleuve »]

Le rav Aharon Leib Steinman dit que selon cette explication, pour toutes les autres sources d’eaux non reliées au Nil et ne contenant pas de poissons, l’eau s’est réellement transformée en sang, empêchant de la boire.

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+ « Les magiciens d’Egypte en firent de même avec leurs sortilège » (Vaéra 7,22)

=> D’où provenait l’eau qu’ils ont utilisé pour la transformer en sang?

-> Le Targoum Yonatan ben Ouziel écrit que les magiciens ont pris de l’eau de Gochèn, où les juifs vivaient, car elle n’était pas affectée par la plaie.

-> Rabbénou Bé’hayé répond qu’ils creusaient des trous dans le sol pour trouver des sources d’eaux souterraines, puisque la plaie affectait uniquement l’eau exposée.

Il dit également que lorsque les magiciens ont entendu que la plaie allait commencé, ils ont voyagé jusqu’à des endroits où l’eau n’avait pas encore été transformée, en affirmant qu’elle allait se transformer en sang.Quelques instants plus tard, cela se produisit, mais pas grâce à eux, mais des effets de la plaie.

-> Le Panéa’h Raza explique que l’eau s’est transformé en sang l’espace d’un instant pour tuer les poissons, devenant nauséabonde et imbuvable à cause des poissons morts, et immédiatement ensuite elle a été changée de sang en eau.

-> Le rav Israël Reisman (commentaire v.7,24 – mimémé) affirme que seule l’eau potable a été transformée en sang, permettant aux magiciens d’utiliser l’eau non potable pour la transformer en sang.

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+ Mesure pour mesure :

-> Les égyptiens ont été punis par le sang, car ils ont versé le sang des enfants juifs lorsqu’ils les ont jetés dans le Nil.
[midrah haGadol]

-> Ils n’ont pas permis aux femmes juifs de s’immerger dans l’eau de leur impureté par le sang.
[midrach Tan’houma]

-> La 1ere source de sécurité des égyptiens était le Nil, et ils forçaient les juifs à aller y tirer de l’eau pour eux.
C’est pour cela qu’ils ont été frappés par le Nil.
[Rabbénou Bé’hayé]

-> Une partie de la plaie a été la mort des poissons du Nil, et cela parce que les égyptiens souhaitaient annuler la bénédictions de Yaakov : « qu’ils se multiplient abondamment comme des poissons, au sein de la terre » (Vayé’hi 48,16).
[Kli Yakar]

-> Le sang qui s’écoulait des arbres et des pierres pendant cette plaie correspondait au sang versait par les enfants juifs, qui été placés à la place des briques dans les constructions égyptiennes.
[Oznaïm laTorah]

-> Hachem attaque dès le début le dieu égyptien : le Nil. (le Malbim)

[c’est leur confiance dans leur divinité qui leur a laissé croire qu’ils pouvaient tourmenter les juifs, et ce sans craindre aucune conséquence.
Chaque fois qu’ils voyaient le Nil, cela renforçait en eux leur toute puissance, oubliant Hachem, et faisant encore davantage souffrir les juifs.]

« Hachem parla à Moché : … tiens-toi devant Pharaon » (Vaéra 9,13)

-> Le midrach rapporte que l’entrée de la porte du palais de Pharaon était très basse, afin que tout celui qui voulait y pénétrer était obligé de se prosterner devant une idole égyptienne qui faisait face à cette porte.

Cependant, lorsque Moché et Aharon se sont approchés de cette porte, elle est miraculeusement devenue plus haute, et ils n’ont même pas eu besoin de baisser leur tête pour entrer.
[surtout qu’ils avaient tous les deux une taille d’environ 5 mètres (10 coudées)]

-> Le Alshich haKadoch dit que c’est ce que Hachem signifie lorsqu’il dit à Moché : « tiens-toi devant Pharaon » = lorsque tu arriveras devant lui, tu n’auras pas besoin de te prosterner, vas-y en te tenant bien droit [fier de ton patron : Hachem!].

Le Alshich rapporte qu’il en a été de même lorsque Yaakov a rencontré Pharaon. Hachem a produit un miracle en agrandissant la porte du palais, afin de le dispenser de se prosterner devant les idoles.
En effet, il est écrit : « Yossef amena Yaakov, son père, et le présenta en se tenant debout devant Pharaon » (Vayigach 47,7).

[Pharaon représente le yétser ara.
Le message est que lorsqu’il nous arrive de faire face au yétser ara, il faut bomber le torse, avoir la tête haute : être fier de ses origines (je suis juif! mon père c’est Hachem!), et avoir conscience que nous devons donc agir avec toute la grandeur qui va avec (tu connais la valeur d’une mitsva! comment puis-je faire un acte si bas pour mon rang si élevé de juif?)]

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-> Le midrach (Yalkout Chimoni 181), nous rapporte quelques miracles qui se déroulèrent à l’occasion de cette visite chez le roi d’Egypte :
« Le palais de Pharaon possédait 400 portes, et chacune d’elles était gardée par des lions, des ours et des bêtes sauvages qui ne laissaient personne entrer, à moins qu’on ne leur amène de la viande à manger.
Lorsque Moché et Aharon arrivèrent, toutes les bêtes se rassemblèrent, elles se frottèrent à leurs jambes et les accompagnèrent jusqu’à Pharaon. »

On apprend également dans ce midrach, que c’était le jour d’anniversaire de Pharaon, et que tous les rois de l’Est et l’Ouest s’étaient réunis en son honneur.
En voyant Moché et Aharon arriver dans la salle du trône, ils leur apparurent comme des Anges célestes, leurs yeux brillaient comme le soleil, …
Ils furent saisis de tremblements et se prosternèrent devant eux.

Le midrach (Yalkout Chimoni 176) nous enseigne qu’au début l’ensemble des 71 Anciens accompagnèrent Moché et Aharon, mais au fur et à mesure qu’ils prenaient conscience des dangers auxquels ils s’exposaient, ils se sont tous désistés.

« Le bâton d’Aharon engloutit leurs bâtons » (Vaéra 7,12)

-> « Normalement, lorsque quelqu’un vainc une autre personne, la « dévorant », il est habituel que le vainqueur se remplisse d’orgueil, de fierté du fait de sa victoire (je suis le meilleur!).
Cependant, lorsque le bâton de Aharon a avalé ceux des magiciens de Pharaon, son bâton n’est pas devenu plus gros, ni n’a montré aucun changement de sa taille. Il est resté « humble ».

Cela est un rappel au fait que de même que son bâton n’a pas grossi, de même Aharon ne s’est à aucun moment rempli de fierté, ni n’a changé sa nature humble, alors qu’il avait lui-même réalisé cet énorme miracle. »

[le Maguid de Jérusalem – Rabbi Shalom Mordé’haï haCohen Schwadron]

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+ Pourquoi les bâtons se sont-ils changés particulièrement en serpents?

Le rav Shimshon Pinkous donne la réponse suivante.

-> « Hachem dit au serpent : Parce que tu as fait cela, tu es maudit entre tous les animaux et entre toutes les créatures terrestres : tu te traîneras sur le ventre, et tu te nourriras de poussière tous les jours de ta vie. » (Béréchit 3,14)

Rabbi Mendel de Kotzk enseigne que le serpent se déplace horizontalement en regardant toujours vers le bas (la terre, la matérialité), et il ne lui manque jamais de nourriture (il y a plein plein de poussière!).
A l’inverse, les autres animaux sont dépendants de l’aide de Hachem pour trouver leur nourriture, ce qui leur permet de développer une relation spéciale avec D.

=> Ainsi, les serpents ont la pire des malédictions : ne pas pouvoir se tourner, se lier toujours davantage avec Hachem.
[à l’image d’un père disant à un enfant : « Tiens 10 millions d’euros, mais que je ne te revois plus jamais! »]

-> Rachi explique que la 1ere plaie (le sang) était dirigée spécifiquement contre le Nil, qui était une divinité chez les égyptiens, en raison du fait qu’il ne pleuvait jamais en Egypte, et le Nil était ainsi leur unique source d’eau!

Rav Chimchon Pinkous explique que symboliquement cela ressemble au serpent. Puisqu’il ne pleuvait jamais dans ce pays, les égyptiens ne devaient jamais lever les yeux vers le Ciel (la spiritualité) pour espérer de la pluie, vitale à l’agriculture.
En résultat de cela, ils n’avaient aucune dépendance avec Hachem, puisque tout ce qui se passait dans leur vie pouvait s’expliquer scientifiquement, et apparaître à leurs yeux comme totalement naturel.
[comme le serpent, ils étaient tournés vers la terre (matérialité), et ils ne manquaient pas d’eau (abondance du Nil) les empêchant d’entretenir une relation personnelle avec Hachem]

=> La sortie d’Egypte n’était pas qu’une libération physique d’un esclavage atroce, mais cela représentait également un départ philosophique plus profond.
C’était quitter un monde vide de spiritualité, dans lequel tout est compris et expliqué selon la science et la nature, pour une nouvelle réalité dans laquelle nous déclarons avec confiance que Hachem dirige chaque aspect de l’univers (petit ou grand) et de notre vie quotidienne.
Que nous sommes fiers d’être Son peuple élu.

[le serpent représente également tout]

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“Prends ton bâton, lance-le devant Pharaon et il deviendra un serpent » (Chémot 7, 9)

Rabbi Méïr Shapira de Lublin y voyait une allusion au fait que l’entourage a beaucoup d’influence sur l’homme, pour le meilleur et pour le pire.

Ainsi, même le bâton de D. sur lequel le Tétragramme était gravé, si on le lance devant Pharaon, dans un environnement criminel et dépravé, deviendra un serpent, une bête féroce.
Cependant, ce serpent venimeux se transformera de nouveau en bâton de D. si ce sont les mains de Moshé qui le tiennent.

De même, Moshé fait comprendre à Pharaon que le peuple juif, lorsqu’il sera coupé de l’influence néfaste de l’Egypte (représentée par le serpent : le yétser ara, l’immoralité, …), pourra s’élever à des sommets de spiritualité.

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-> b’h, divré Torah également sur ce sujet :
https://todahm.com/2015/02/16/2725
https://todahm.com/2018/03/04/6277

-> « 10 objets furent crées la veille du Shabbath [de la Création] au crépuscule. Ce sont : la manne, le bâton [de Moché], … » (Pirké Avot 5,6)]

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« Ils jetèrent chacun son bâton et ils se transformèrent en serpents et le bâton d’Aharon engloutit leurs bâtons » (v.7,12)

-> Rachi : Redevenu bâton, il a avalé tous les autres.

-> Le midrach rapporte :
« Un grand miracle se déroula avec le bâton : bien qu’il ait englouti tous les autres bâtons jetés à terre, qui étaient nombreux au point de pouvoir former 10 bottes, il ne s’épaissit pas pour autant.
Et tous ceux qui le voyaient pouvaient sans hésitation affirmer : « Celui-ci est le bâton d’Aharon ». »

=> Le Béer Yossef dit que le message est le suivant : les égyptiens au lieu d’avoir été un bâton docile, il se sont transformés en bourreaux impitoyables qui frappent sans motif, à l’image du serpent.
Le bâton d’Aharon symbolise les tourments (les 10 plaies), qui vont être si terribles, que les souffrances qui ont pu être imposées aux juifs (les coups de « bâtons » des égyptiens), vont être « avalées » par ce bâton, puisque comme oubliées en comparaison de la grandeur et de l’intensité des plaies.

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-> Le midrach (Chémot rabba 9,6) rapporte que lorsque le bâton d’Aharon se transforma en serpent :
« A cet instant, Pharaon commença à les tourner en dérision, et à glousser comme une poule.
Il leur dit : « En général, on amène de la marchandise là où elle fait défaut. Ne savez-vous pas que j’ai la connaissance de toutes les sorcelleries? »
Sur le champ, il fit appeler des écoliers qui firent de même.
Bien plus : il fit appeler sa femme et elle aussi réalisa ce même prodige, tout comme des enfants de 4 et 5 ans. »

Le rav Yé’hezkel Levinstein dit qu’e l’on peut apprendre 2 leçons sur la nature humaine, applicables chez chacun d’entre nous :
1°/ D. met un homme à l’épreuve, et Il lui laisse la possibilité de se tromper.
En effet, l’épreuve a pour objectif de déterminer si l’homme optera pour les fausses apparences ou bien s’il consentira à voir la main de D. (la Vérité ou l’illusion).

Ici, la seule présence miraculeuse de Moché et Aharon dans la salle du Trône du palais (sans avoir reçu aucune invitation!) aurait dû suffire à le convaincre.
(la prédiction des magiciens sur la venue du sauveteur juif est clairement en train de se réaliser, cf. les nombreux miracles pour entrer et parvenir jusqu’à Pharaon, l’apparence d’anges Divins de Moché et Aharon, …).
=> La malveillance de son cœur l’a aveuglé, l’empêchant de voir l’évidente réalité, préférant se réfugier dans ses illusions!

2°/ Lorsqu’un homme s’engage dans une voie erronée, il lui est quasiment impossible de rebrousser chemin et de reconnaître qu’il a tort.
A l’image d’un joueur au casino qui sans cesse se persuade de : « je vais me refaire » causant une augmentation de ses pertes ; un homme dans le faux se persuade d’être sur le bon chemin, en utilisant tout argument venant défendre sa cause.

Ce principe est clairement illustré par Pharaon, où chaque plaie ne suffit pas à lui faire reconnaître qu’il s’est trompé, lui faisant payer ainsi un prix très cher.

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« Le bâton d’Aharon engloutit leurs bâtons » (Vaéra 7,12)

=> Pourquoi Hachem a-t-il demandé à Aharon de faire ce miracle, et non pas à Moché?

Le Maharil explique qu’une personne ne peut pas réaliser un miracle plus d’une seule fois.
Or, Moché avait déjà fait ce même miracle au buisson ardent : « il le jeta à terre et il devint un serpent » (Chémot 4,3), et ainsi il ne pouvait plus le refaire.

Pour prouver cela, le Maharil rapporte l’épisode d’Elicha avec le fils de la Choulamite qui était mort (Méla’him II 4,20-37).
Lorsque Elicha a entendu ce qui s’était passé, il a donné son bâton à son serviteur Gué’hazi, et lui a demandé de le placer face au visage du garçon, ce qui le ramènera à la vie.
Cependant, lorsque Gué’hazi a fait cela, rien ne se passa, jusqu’à ce que Elicha lui-même intervienne et ressuscite l’enfant.
Pourquoi le plan initial n’a-t-il pas fonctionné?

Le Panéa’h Raza explique que Gué’hazi était sceptique sur la capacité du bâton d’Elicha à faire revivre les morts, à tel point que Gué’hazi l’avait déjà utilisé en le plaçant sur un chien mort, qui est effectivement revenu à la vie.
Cependant, puisqu’il avait déjà réalisé ce miracle une fois, il ne pouvait plus le refaire une 2e fois sur le fils décédé de la Choulamite.

Le Panéa’h Raza ajoute que cela explique également pourquoi Bil’am n’a pas utilisé son pouvoir de malédiction son âne lors de son obstination à ne pas poursuivre son chemin.En effet, s’il l’utilisait une fois à ce moment, il ne pourrait plus le faire ultérieurement en maudissant le peuple juif.

« Je vous prendrai pour Moi comme peuple … et vous saurez que Je suis Hachem votre D. » (Vaéra 6,7)

Hachem est au-delà de toute pensée. En effet, personne ne peut concevoir Hachem par la pensée, tellement Il est élevé.
Malgré tout, Il nous a donné Sa Thora, et par elle, c’est-à-dire en la saisissant et en la comprenant, on peut parvenir également à « saisir » Hachem.

C’est pourquoi, il n’est possible de connaître Hachem qu’à travers la Torah, car de par Lui-même, Il n’est pas perceptible.

Cela est en allusion dans ce verset :
– « Je vous prendrai pour peuple » = cela fait référence au don de la Torah ;
– « et vous saurez que Je suis Hachem » = c’est par la Torah que l’on peut prétendre »saisir » et connaître la Réalité Divine.

[Kédouchat Lévi]

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-> « Je vous prendrai pour Moi comme peuple » (vélaka’hti ét’hem li léam – וְלָקַחְתִּי אֶתְכֶם לִי לְעָם).

Les 1eres lettres de ces 4 mots permettent de former : Elloul (אלול), le mois durant lequel nous devenons proche de Hachem par nos prières et notre téchouva.

Cela fait allusion à la promesse que D. a fait : si nous faisons une téchouva sincère, alors Il nous prendra pour Lui comme Sa nation choisie (en amenant immédiatement le machia’h!).

[le Bné Yissa’har – Rav Tzvi Elimélé’h Shapira de Dinov – Igra déKalla]

« Et aussi (végam), j’ai entendu les gémissements des enfants d’Israël » (Vaéra 6,5)

Que nous apprend le mot : « et aussi »?
Qu’a entendu Hachem en plus du gémissement de chaque juif, entraîné par le terrible esclavage?

Le Séfer Ki Ata Imadi apporte la réponse suivante.

En réalité, chaque juif entendait les gémissements des autres juifs.
Bien qu’étant dans la même situation, chaque juif était sensible à son prochain dans la douleur et il disait : « J’espère que cela puisse être plus facile pour lui. Je prie pour que Hachem allège son fardeau. »

Lorsque D. a entendu cela, Il a déclaré : « Je veux « aussi » y être inclus. Lorsque tu ressens la charge de ton ami, malgré le fait que tu as le même problème, alors Je veux « aussi » venir aider. »

C’est peut être une illustration des paroles de nos Sages : « Celui qui prie pour autrui tout en ayant besoin de la même chose est exaucé en premier » (guémara Baba Kama 92a).

=> Ce qui a véritablement permis d’entendre les gémissements des juifs, c’est lorsque chacun s’inquiétait pour son frère dans la douleur. Hachem est alors venu pour aider tout le monde.

De même dans notre vie, en étant sensible aux malheurs d’autrui, on se donne les moyens de se débarrasser des nôtres.

+ « Malgré le fait que les juifs n’ont pas écouté leurs dirigeants [rapportant les paroles de D.], « à cause d’un souffle court et du travail pénible » (Vaéra 6,9), Hachem a ordonné à Moché et à Aharon de continuer à leur parler.

La raison est que les mots de D. ont toujours un impact et produisent un effet ; si ce n’est pas immédiatement, cela le sera plus tard.
En effet, les mots saints ne sont jamais perdus, et au final ils sont entendus. »
[Sfat Emet]

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-> « Chaque mot de Torah prononcé, chaque mitsva réalisée a une influence sur l’intériorité de l’être.
De la même façon que l’effet du médicament n’est pas immédiatement perceptible, ainsi il en est pour l’éducation : l’effet ne se fait pas sur le champ, mais il est certain qu’avec le temps il se fait ressentir. »
[Rav Chimchon Pinkous]