« [Ainsi] fut achevé tout l’ouvrage du Michkan … et les enfants d’Israël avaient fait selon tout ce que Hachem avait ordonné à Moché » (Pékoudé 39,32)

-> Ce verset, ne devrait-il pas tout d’abord dire ce qu’ils ont été ordonnés de faire, et ensuite que le Michkan a été achevé, et non l’inverse?

Le Alshich haKadoch (Torat Moché) répond que de nombreux aspects de la construction du Michkan étaient ignorés des juifs, Hachem devant les compléter Lui-même.
Malgré cela, D. leur donne le mérite comme s’ils l’avaient entièrement eux-mêmes.

=> Ainsi : « fut achevé tout l’ouvrage » par Hachem, et malgré cette réalité : « ils avaient fait selon tout ce que Hachem avait ordonné » = ils ont reçu le mérite pour la totalité du travail.

[=> dans la spiritualité, nous devons faire de notre mieux, et Hachem se chargera alors de compléter ce qu’il manque. Au final, Il nous créditera pour la totalité!]

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-> Rachi (v.39,33) commente : « Aucun homme au monde n’aurait été capable de monter le Michkan, étant donné le poids des planches, que nul n’aurait pu dresser …
Moché a dit à Hachem : « Comment pourrait-on le monter de la main d’un homme? »
D. lui a répondu : « Charge-t’en de ta propre main, et ce sera comme si c’est toi qui le montais! »
En fait, le Michkan s’est monté et dressé de lui-même. »

-> « Notre devoir est seulement d’agir. Quant à la réalisation et à ses résultats, ils sont du ressort de Hachem.
Quand il nous incombe de faire une chose, notre rôle n’est pas de l’amener à sa réalisation, mais simplement d’agir! »
[‘Hafets ‘Haïm]

=> Avec le Michkan, même si l’édification était humainement impossible, Moché n’en était pas pour autant dispensé d’agir. Et dès qu’il se mit à l’oeuvre, D. intervint et paracheva son action.
Bien qu’en fin de compte, le Michkan fut érigé de lui-même, le mérite en revint néanmoins à Moché précisément en vertu des efforts engagés.

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« Vinrent tous les hommes portés par leur cœur, et tous ceux que leur esprit avait porté à la générosité » (Vayakel 35,21)

-> « portés par leur cœur » = cela désigne les personnes venues exécuter les travaux de tissage, de couture, de construction, … nécessaire à l’édification du Michkan.

Les conditions de vie (en esclavage très difficile) en Egypte, n’avaient pas permis la formation d’artisans parmi les enfants d’Israël, personne ne les avait formés et ils n’avaient eu aucune possibilité de développer leur talent.
Malgré ce manque évident de qualification, certains d’entre eux, sentant qu’ils possédaient des aptitudes naturelles, « portés par leur cœur », ont senti le désir de se porter volontaires pour entreprendre ces diverses tâches, confiants dans le fait que D. les aiderait au mieux à accomplir Sa volonté.
[le Ramban]

-> Selon le rav Yérouh’am Lévovitz, il en est de même dans tout comportement en l’honneur d’Hachem, lorsque nous ne possédons ni les talents, ni les capacités nécessaires pour réaliser cette tâche.
En effet, si nous témoignons de notre profonde motivation et de notre envie de réussir un projet pour la gloire de Hachem, alors nous avons la certitude de recevoir les bénédictions d’une aide Divine et de la réussite, d’une façon qui dépasse nos rêves les plus fous!

-> A ce sujet, le ‘Hafets ‘Haïm (Vayakél 36,2) disait : « En spiritualité, il faut témoigner de son désir et de sa volonté du cœur, et alors nous aurons les capacités pour atteindre les buts spirituels. »

Il donne l’exemple suivant : si quelqu’un désire dominer un traité talmudique particulier, en étant prêt à y investir les efforts nécessaires, alors Hachem va lui accorder une bénédiction du Ciel, et il aura alors les capacités dont il aura besoin pour l’acquérir.

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Selon le Ohr ha’Haïm haKadoch, il y avait 2 types de donateurs :
-> les plus nobles, ceux qui étaient « portés par leur cœur » à donner au-delà de leurs moyens ;
-> et les autres, ceux que « leur esprit avait porté à la générosité », de bon cœur, dans la mesure de leurs moyens.

Questions/Réponses – paracha Vayakél & Pékoudé

+ Questions/Réponses – paracha Vayakél & Pékoudé :

1°/ Sur la paracha Vayakel :
Rachi (Vayakél 35,27) rapporte que le mot : « princes » (nési’im – נְּשִׂאִם) est écrit sans les 2 « youd » qui devraient normalement y figurer (נשיאים).
Cette anomalie constitue un reproche implicite pour ces illustres personnalités, qui n’ont apporté leurs dons qu’une fois que tous les autres matériaux aient été fournis, en comblant alors la totalité du manquant à donner.
En effet, la réponse du peuple a été si généreuse qu’il ne restait presque plus rien à offrir.

C’est donc pour sanctionner leur « paresse » à apporter immédiatement leurs dons que la Torah orthographie incomplètement leur nom.
[lors de l’inauguration du Michkan, ils n’ont pas reproduit cette erreur en apportant immédiatement leur offrande]

=> Pourquoi est-ce particulièrement la disparition de la lettre « youd »?

-> Le Kli Yakar explique que les Nési’im ont fait preuve d’arrogance en se déclarant capables de fournir quoique la nation entière n’aurait pas réussie à donner.

Hachem dit : « Des yeux hautains et un cœur enflé d’orgueil, je ne puis les supporter » (Téhilim 101,5), et c’est pour cela qu’Il a retiré la lettre youd, qui est la seule lettre de Son Nom qui est présente dans leur titre de : « Prince » (Néssi’im), faisant allusion qu’Il ne réside pas avec les orgueilleux.

[de même : « L’orgueilleux repousse les pieds de la présence divine. Hachem dit à son sujet : Moi et lui, nous ne pouvons demeurer ensemble! » – guémara Sotah 4b]

-> Le ‘Hidouché haRim enseigne que la 1ere faute des Nési’im était de s’être séparés de la communauté, en acceptant de donner qu’une fois que tout le monde aura déjà contribué.
=> En raison du fait qu’ils se sont séparés de la communauté juive, la lettre youd, qui symbolise : Israël (ישראל – Bné Israël = les juifs = yidden), s’est également séparé de leur titre.

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-> Le rav Zev Leff répond que les Nési’im ont mal compris tout l’objectif de donner au Michkan.
Ils pensaient à tord que Hachem avait besoin de ces contributions, et qu’ils viendraient ensuite offrir ce qu’il manquait.
Mais en réalité Hachem n’avait [personnellement] absolument pas besoin de ces objets, qui n’étaient que des opportunités offertes aux donateurs de se purifier et de s’élever.

[Hachem n’a besoin de rien. Lorsqu’Il nous demande un petit quelque chose, c’est en réalité une façon de nous donner le maximum en nous retirant la honte de tout recevoir gratuitement (le « pain de la honte »!).]

Ecrit avec un youd, le titre : נשיאים connote : « ceux qui portent ».
Ecrit sans le youd, les voyelles peuvent être réarrangées et former : « ceux qui sont portés ».

=> Le retrait du youd met en avant le fait que bien qu’ils pensaient porter le Michkan en comblant les manques, en réalité c’étaient eux qui étaient portés par le biais du mérite de la mitsva.

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-> Le Gaon de Vilna donne la réponse suivante :
Sans aucun doute, de manière consciente les nési’im avaient l’intention de faire la meilleure chose, et ils s’engageaient même à apporter une éventuelle donation très importante (on donnera le montant qu’il manquera, quelqu’il soit!).
Cependant, profondément en eux, dans leur inconscient, leur motivation était moins pure et ils espéraient que le peuple donnerait la totalité de la somme requise, les laissant alors libres de toute obligation pratique, tout en ayant fait une proposition théorique très généreuse.

Pour prouver cela la Torah a retiré un « youd » de leur nom, car le « youd » est la seule lettre qui lorsqu’elle en est absente, passe inaperçue, puisque le mot est prononcé exactement de la même façon (avec et sans).

=> De la même façon, cela indique que leur défaut était d’une nature telle que, eux-mêmes n’en avait pas conscience, bien que présent dans leurs calculs.

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2°/ Sur la paracha Pékoudé :
Le midrach (Tan’houma 7) enseigne que Moché a tenu une comptabilité précise de l’utilisation de tous les matériaux qui avaient été donnés pour le Michkan, car certains juifs ont demandé où est-ce que l’ensemble de leurs biens ont pu partir, et si Moché n’en avait pas pris une partie pour lui.

=> Pourquoi une comptabilité similaire n’a-elle pas été réalisée par Aharon, qui a également pu collecter un montant important d’or pour ne réaliser qu’un petit Veau d’or?
[d’ailleurs la quantité d’or donnée pour le Michkan venait en réparation de celle investie pour la faute du Veau d’or]

-> Le rav Méïr Shapiro suggère ironiquement que la nature humaine est telle, que c’est uniquement lorsque l’on donne de l’argent pour des causes charitables et dans le but de réaliser une mitsva, que l’on va être très pointilleux, suspectant ceux qui s’en occupent et leur demandant des comptes précis.

-> Le rav Zalman Sorotzkin explique qu’au fond dans le cœur de tout juif, il y a un désir ardent de toujours faire la volonté de Hachem.
Ainsi, lorsque l’on donne à une cause élevée comme l’était le Michkan, nous voulons que le moindre centime de notre contribution soit utilisé pour cet objectif (j’ai envie de réaliser la mitsva au maximum!), et c’est pourquoi ils ont demandé des comptes pour s’assurer à eux-mêmes que c’était bien le cas.
[il n’y avait aucune remise en cause de l’intégrité de Moché, mais plutôt un besoin d’entendre verbalement que leurs fonds étaient tous utilisés au mieux!]

Lorsque le yétser ara parvient à tromper quelqu’un en lui faisant donner à des causes pas très cachères, comme le Veau d’or, en réalité son être intérieur pleure son erreur, et c’est pour cela qu’il ne demande aucune preuve concernant l’utilisation de son argent.
D’ailleurs secrètement, il espère que celui qui a pris son argent va en garder pour lui-même, car cela va permettre de diminuer l’ampleur de la faute.

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3°/ Sur la paracha Pékoudé :
En ce qui concerne le Tsist (la Plaque frontale?) du Cohen Gadol, la Torah déclare : « ils y écrieront dessus : Kodéch l’Hachem (קֹדֶשׁ לַיהוָה) » (Pékoudé 39,30).
Pourquoi était-il nécessaire d’avoir plusieurs personnes pour y inscrire seulement 2 mots?

-> Selon les Mochav Zékénim, c’est parce qu’un des 2 mots inscrits était le Nom Saint de Hachem, et qu’il était nécessaire de l’écrire en présence de 10 hommes.

D’ailleurs ces commentateurs ajoutent qu’à chaque fois qu’un scribe écrivait le Nom Divin, comme pour les téfilin, mézouzot et Séfer Torah, il devait d’abord se tremper au mikvé et ensuite l’écrire avec la présence d’un minyan.
Cependant, le rav Moché Sternbuch note que cet avis est plutôt original, dans le sens où il n’est rapporté dans aucune autre source, ou par une autorité de la loi juive.

« Comme Hachem l’avait ordonné à Moché » (Pékoudé 40,21)

-> Le Baal haTourim fait remarquer que la Torah insiste sur le fait que chaque aspect de la construction du Michkan a été fait exactement comme Hachem l’avait demandé à Moché.
C’est ainsi que les termes : « Comme Hachem l’avait ordonné à Moché » sont utilisés à 18 reprises dans la paracha Pékoudé, en allusion aux 18 bénédictions que nous récitons dans la amida de chacune de nos 3 prières quotidiennes.

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-> « Pour quelle raison est-il répété à de nombreuses reprise : « Comme Hachem le lui avait ordonné » ?

Parce que les Bné Israël, en voyant que Moché ne construirait rien avec eux, commencèrent à le soupçonner : « Se pourrait-il que D. n’ait prescrit à Moché qu’un ouvrage rudimentaire, et que ce soit lui qui nous ait entraînés dans tout ce labeur?

Hachem répondit donc : « Parce que vous avez soupçonné Moché, J’inscris Mon Nom sur tous les ouvrages que Je lui ai ordonnés. »
C’est pourquoi il est écrit à chaque fois : « Comme Hachem le lui avait ordonné. »
[…]
En combien de mois l’ouvrage du Michkan fut-il achevé?

Rav Chmouël bar Na’hman dit : En 3 mois, Tichri, ‘Hechvan, et Kislev.
Il resta démonté pendant les mois de Tévet, Chvat et Adar, et c’est le 1er Nissan qu’on l’érigea.
[…]
Pourquoi ne fut-il pas érigé immédiatement?

Parce que Hachem voulait associer la joie du Michkan à celle du jour où Its’hak naquit.
[…]
Mais les railleurs de la génération persiflaient et se moquaient en disant : « Voilà l’oeuvre du Michkan achevée, et on ne l’érige toujours pas! »

Mais ils ignoraient les pensées et les conseils de Hachem.
C’est à ce sujet que le roi David déclara : « Qu’elles sont grandes Tes œuvres, ô Hachem, infiniment profondes Tes pensées! L’homme dépourvu de sens ne peut savoir, le sot ne peut s’en rendre compte! » (Téhilim 92,5-7). »

[midrach Tan’houma Pékoudé]

« Voici les comptes du Michkan, Michkan de Témoignage, qui furent établis sur l’ordre de Moché » (Pékoudé 38,21)

-> La double répétition du terme : « Michkan » symbolise l’existence de 2 Michkan : un au Ciel et un sur terre.

Le mot « Michkan » provient du mot : « Moché’h », qui signifie : « tirer de », indiquant que le Michkan d’en-bas tire sa puissance et sa sainteté du Michkan d’en-haut.
[Rabbénou Bé’hayé]

-> « Est-ce qu’il existe vraiment une Jérusalem Céleste [qui correspond à la ville de Jérusalem sur terre et à son Temple]?
Oui c’est le cas.
[…]
Hachem a dit : Je n’entrerai pas dans la Jérusalem céleste, tant que je ne retourne pas au Jérusalem terrestre [au moment de la guéoula]. »
[guémara Taanit 5a]

[dans le Ciel tout est prêt pour le 3e Temple, qui n’attend plus que notre comportement pour descendre immédiatement de nouveau sur terre.]

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-> Rachi commente : La répétition du mot : « Michkan » fait allusion à sa prise en gage (machkan) [par Hachem], lors des 2 destructions [du Temple] à cause des fautes d’Israël.

-> Dans le texte nous avons : « aMichkan, Michkan aédout » (du Michkan, Michkan de Témoignage – הַמִּשְׁכָּן מִשְׁכַּן הָעֵדֻת)

Rabbénou Bé’hayé de développer :
– Michkan (משכן) = guématria de 410, qui correspond à la durée d’existence du 1er Temple ;
– aMichkan (המשכן) = guématria de 415 + 5 (selon le principe permettant d’ajouter le nombre de lettres du mot) = 420 = la durée du 2e Temple ;
– aédout (העדת) = guématria de 479 = le Michkan a été construit durant la 2e année suivant la sortie d’Egypte, et il a duré pendant 479 années jusqu’à ce que le roi Salomon bâtisse le 1er Temple.

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-> La guémara (Yoma 21b) rapporte 5 choses qui étaient présentes dans le 1er Temple, mais pas dans le 2e :
– le Aron (l’Arche) avec les Lou’hot à l’intérieur ;
– le Ner Tamid (la faculté du feu des sacrifices à se brûler constamment et surnaturellement) ;
– la présence divine n’est pas revenue ;
– la prophétie a été perdue ;
– le Ourim véToumim, le ‘Hochen du Cohen Gadol avait perdu sa capacité à répondre aux questions en s’éclairant miraculeusement.

-> « élé pékoudé aMichkan (המשכן), Michkan (משכן) aédout »

Selon le ‘Hatam Sofer :
– on a : המשכן = le Michkan avec la lettre « hé » (ה) au début, faisant allusion au 1er Temple qui possédait 5 choses en plus ;
– puis : משכן = c’est relatif au 2e Temple, dans lequel il manquait ces 5 éléments.

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-> A partir de cette répétition, Rachi affirme que les Temples ont été détruits comme gage, suite aux fautes d’Israël.
Pourtant, la Torah (Ki Tétsé 24,6) interdit de prendre en gage ce qui est vital pour l’existence d’une personne.
=> Comment Hachem a-t-il pu nous reprendre les 2 Temples, qui sont notre cœur et notre âme, lieux de focalisation de toute la vie juive! Comment D. a-t-Il pu les utiliser comme gages?

Selon le rabbi Avraham Twerski, la réponse est douloureuse mais réelle : est-ce que dans notre vie quotidienne nous ressentons que nous ne pouvons pas vivre sans le Temple?

Si nous les avons perdus, c’est parce que nous ne les apprécions pas suffisamment.
Si à nos yeux, ils auraient été vitaux, véritablement indispensables à notre vie, alors Hachem n’auraient jamais pu nous les retirer.

=> Ainsi, c’est à nous de jouer, en témoignant à Hachem par nos prières, nos larmes, … à quel point nous avons besoin du Temple, à quel point il est crucial à notre existence même.
Alors, nous avons la certitude que Hachem nous le rendra immédiatement, car halakhiquement un gage sur un objet vital est interdit!

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-> Le rav Zalmeleh de Volozhin fait un commentaire similaire.

La Torah (Michpatim 22,26) enseigne que si nous prenons à l’emprunteur un objet en gage sur le montant prêté, comme un habit, il faut lui retourner avant le coucher du soleil afin qu’il puisse s’en servir.
Il est écrit (v.26-27) : « Si tu saisis, comme gage, le manteau de ton prochain, au soleil couchant tu devras le lui rendre. Car c’est là sa seule couverture, c’est le vêtement de son corps, comment abritera-t-il son sommeil? Or, s’il se plaint à moi, je l’écouterai, car je suis compatissant. »

=> Il en découle que si Hachem a pu nous prendre en gage les 2 Temples, c’est qu’à nos yeux nous avons trouvé des choses pouvant se substituer aux Temples.
Puisque nous ne pleurons pas véritablement pour le retour du gage, Hachem ne nous le retourne pas!
[en effet : « s’il se plaint à moi, je l’écouterai, car je suis compatissant »]

Le rav Zalmeleh ajoute que toute personne qui est sincèrement peinée par l’absence du Temple, et qui implore Hachem de tout son cœur de le ramener, alors elle méritera en cadeau du Ciel une bénédiction identique et la même présence Divine qu’elle recevrait si le Temple existait actuellement.

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+ Pourquoi est-ce que ce sujet apparaît précisément au moment du compte des matériaux utilisés dans la construction du Michkan?

-> Le rav Chimon Greenfeld (Zahav Shéva) répond qu’une chose qui provient d’une source totalement pure, ne pourra jamais entraîner de mauvaises conséquences.

Le midrach (Chemot rabba 51,1) nous enseigne que si Moché a eu besoin de détailler l’utilisation de tous les matériaux apportés pour le Michkan, c’est parce qu’il a entendu des juifs qui ont suggéré cyniquement qu’il avait pris certaines des donations pour lui-même afin de s’enrichir.
Pour prouver que tel n’était pas le cas, il a dû justifier de la bonne utilisation de chacune des ressources reçues.

=> Le fait que l’origine de la construction du Michkan a été souillée par de fausses accusations contre Moché, a entraîné que dans le futur il pourra être repris comme « gage », et c’est pour cela que cette idée apparaît ici.

[s’il n’y avait pas eu de soupçons sur l’honnêteté de Moché, les Temples n’auraient jamais pu être détruits, puisque provenant d’une origine totalement pure!]

« Ils firent la plaque frontale, la sainte couronne, en or pur, et ils inscrivirent dessus une inscription gravée comme un sceau : « Saint pour Hachem ». «  (Pékoudé 39,30)

-> La guémara (Arakhin 16a et ainsi que Zéva’him 88b) dit que ce vêtement [que le Cohen gadol porte] servait de réparation aux personnes qui sont effrontées.

-> De même, le Zohar enseigne que lorsque le Cohen gadol porte la plaque frontale (le tzitz) cela va neutraliser et calmer les effrontés du monde entier.

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-> « Yehouda ben Teima avait coutume de dire : « L’effronté est voué au Guehinam et celui qui est réservé, au Paradis. Puisse être Ta volonté, Hachem notre D. et D. de nos pères, que le Temple soit reconstruit prochainement, en nos jours et de nous accorder notre part dans Ta Torah. » (Pirké Avot 5,20)

Il y a un lien entre 3 éléments : l’effronté, le Temple et la Torah.
Pourquoi cela?

Selon le Tzvi lé’Israël, l’auteur de cette michna : Yéhouda ben Teima, s’est rendu compte à quel point les effrontés causent de nombreuses souffrances à de bonnes personnes.
En réponse à cela, il va prier Hachem de ramener le Temple, car ainsi le Cohen gadol portera de nouveau la plaque frontale (le tzitz), ce qui permettra de neutraliser ces gens.

Il a également prié pour la Torah, car la guémara (Bétsa 25b) assure que la Torah a été donné aux juifs afin de neutraliser notre effronterie et notre ardeur naturelle.

« Les 1 775 [Shékels], il en fit des crochets pour les piliers, recouvrit leurs sommets et les enrubanna » (Pékoudé 38,28)

Il faut savoir que les lettres de la Torah revêtent une grande sainteté ; chacune d’elles recèle d’infinis mystères et sont à l’origine de nombreux mondes.

Comme le corps pour l’âme, elles sont les « habits » de ces mondes inaccessibles, et il faut donc veiller à leur sainteté lors de l’étude de la Torah et la prière.

Leurs formes figurant dans les rouleaux de la Torah se retrouvent spirituellement dans les sphères supérieures, ainsi que leurs « combinaisons » (tséroufim) et leurs valeurs numériques (guématria).

Il y a en tout 27 lettres dans l’alphabet (22+5 finales).
La valeur numérique de toutes ces lettres est égale à : 1 775.

=> Ainsi, le verset peut se comprendre : Les 1 775, c’est-à-dire les 27 lettres, le Créateur « en fit les crochets pour les piliers » des mondes supérieurs, en donnant une forme concrète à ces lettres pour les rendre accessibles, que nous puissions les comprendre, nous qui sommes des être de matière.

Source (b »h) : dvar Torah du Abir Yaakov – Rabbi Yaakov Abe’hessera – dans son Pitou’hé ‘Hotam

« Voici les comptes du Tabernacle (Michkan) … » (Pékoudé 38,21)

Au début de la paracha, la Torah nous raconte que les matériaux récoltés pour la construction du Michkan ont été comptés par les Lévi’im sous l’ordre de Moché.

[Moché a alors pu justifier de l’utilisation de chacun des biens donnés pour le Michkan]

Le Rav Moché Feinstein nous enseigne que ce compte vient nous livrer comme message que l’homme se doit de comptabiliser tout ce que D. lui a donné : le temps, l’argent, les capacités, les énergies, …

L’homme ne doit pas s’imaginer qu’il est libre de faire ce qu’il veut avec ce que D. lui a donné sans en rendre des comptes.

=> Tâchons de ne pas l’oublier …

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-> Le mot : « mamon » (argent – ממון) est l’abréviation de : « ma ata moné? » (Qu’est-ce que tu comptes? – מה אתה מונה).
Quel est l’objectif de compter l’argent qui n’est qu’éphémère (dépôt temporaire venant de D.)?
Cela vaut uniquement la peine de comptabiliser ce qui est lié à la spiritualité, qui est éternellement [à nous].
[Ohr ha’Haïm haKadoch]

[la tendance naturelle est inverse, on va être très regardant sur notre matériel (ça vient ça part, et l’on prend rien après notre mort), mais notre spirituel est traité avec beaucoup de légèreté.
Le ‘Hafets ‘Haïm dit que l’on fait attention si l’on a assez de quoi vivre, mais l’essentiel est de savoir si l’on a assez pour mourir (notre richesse dans le monde à venir, sous peine d’être un éternel pauvre!)]

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-> Le Michkan et tous ses composants étaient imprégnés d’une énorme sainteté.
Il est resté intact et n’a jamais été profané ou détruit, à l’inverse des 2 Temples.
[Sforno]

-> « La bénédiction ne se trouve pas dans un objet que l’on a déjà pesé, mesuré ou compté » (guémara Taanit 8b).
Or, la Torah dit : « Voici les comptes du Michkan » (Pékoudé haMichkan), et rapporte en détails les ustensiles et l’argent collectés.
=> Pourquoi un tel compte pour le Michkan, qui risque d’entraîner aucune bénédiction!

Au sujet de savoir si l’on peut compter ou non les juifs, une réponse que donne la guémara (Yoma 22b) est qu’ils peuvent être comptabilisés par Hachem, et non par des êtres humains. C’est uniquement lorsque des gens les comptent que cela empêche la bénédiction.
Le Zohar rapporte que le Michkan n’avait pas d’existence dans ce monde, c’était comme s’il se tenait dans les mondes Supérieurs.
Ainsi, les comptes du Michkan étaient le fait de comptabiliser des choses appartenant aux mondes supérieurs, et c’est considéré un compte par la main du Ciel, et un tel compte ne peut faire aucun mal.

De plus, nous pouvons répondre que tout ce que disait Moché c’était comme si cela était dit directement par Hachem, car la Présence Divine s’exprimait par gorge de Moché.
Ainsi, lorsque Moché comptait le Michkan, c’était comme si Hachem le faisait.
[Ben Ich ‘Haï]

-> « La Torah dit : « Voici les comptes du Michkan » (Pékoudé haMichkan), et rapporte en détails les ustensiles et l’argent collectés. Une telle énumération, qui en des circonstances normales n’apporterait aucune bénédiction, va ici permettre d’amener les très nombreuses bénédictions qui sont descendues sur le Michkan, et qui se sont répandues parmi le peuple juif. »
[Ohr ha’Haïm haKadoch]