« Les juifs n’ont quitté l’Egypte qu’en raison de leurs prières »

[midrach Chémot rabba 38]

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+ Personne n’a trop peu de valeur pour que sa prière soit écoutée :

-> « S’il existait une personne qui ne mériterait pas que Hachem accepte ses prières, néanmoins par le biais de la force de ses supplications et des larmes de ses yeux, du fait qu’elle pleure et implore constamment, alors bien qu’elle ne possède pas de mérites et de bonnes actions, Hachem va accepter sa prière et accomplir son désir. »
[Séfer ‘Hassidim – 130]

-> Hachem dit à Moché : « Lorsque Je vois des gens, même s’ils n’ont aucune Torah et bonnes actions, ni eux, ni leurs ancêtres, alors uniquement parce qu’ils se lèvent, me remercient, me bénissent, me louent, et élèvent leurs supplications devant Moi, alors Je suis contraint [d’accomplir leurs demandes]. »
[Tana déBé Eliyahou Zouta – 86]

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-> L’homme le plus saint : le Cohen Gadol, le jour le plus saint : Yom Kippour, dans le lieu le plus saint : le saint des saints, devait prier pour que Hachem n’accepte pas la prière des voyageurs demandant un arrêt de la pluie.
En effet, ils n’en veulent pas, car cela ralentit et peut entraîner un fort retard de leur déplacement.

Or, une prière venant des profondeurs du cœur, même d’une personne simple, a un impact phénoménale, au point qu’il est nécessaire d’avoir le Cohen Gadol, le jour de Kippour, dans le saint des Saints, qui intervienne pour ne pas que la collectivité d’Israël ne manque d’eau.

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-> Le rav Michel Twerski dit qu’au moment de commencer notre Amida, on doit s’imaginer un énorme stade rempli d’anges dans les tribunes qui louent Hachem, et nous au centre du terrain.
Tout à coup, Hachem ordonne à cette multitude d’anges de se taire, expliquant que Son enfant veut Lui parler.
Hachem et tous les anges focalisent alors leur attention sur lui, et Hachem dit : « [Mon enfant] Je suis tout à toi. Qu’as-tu à me dire? »

C’est l’intention du verset que l’on dit en ouverture : « Hachem, chéfataï tifta’h (Hachem, s’il Te plait ouvre mes lèvres) » = nous sommes tellement tremblant devant la grandeur de cette occasion de parler à papa Hachem, l’infiniment énorme, que nous Lui demandons de l’aide pour que les mots puissent sortir de notre bouche.

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-> Lorsqu’une personne pense aux mots [de prière] qu’elle prononce, et au fait qu’elle a le privilège de se tenir devant Hachem, lui demandant pour ses besoins, et qu’elle prend conscience de tout ce que Hachem fait pour elle, alors c’est impossible de ne pas être heureux.
[Pélé Yoets – Yalzou ‘Hassidim – Chorech haTéfila 18]

Le fait de résider en Israël est un bouclier contre le fait de fauter …
Plus que cela, celui qui a fauté et qui vient vivre en Israël est considéré comme s’il n’avait jamais rien transgressé, comme s’il était un nouveau né qui est totalement vide de faute.

[rabbi ‘Haïm Palaggi – Artsot ha’Haïm]

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-> Tout celui qui habite en Israël, la terre, elle-même, expie [ses fautes] pour lui.
[Sifri – Haazinou chap.333]

-> Tout celui qui réside en Israël aura ses fautes pardonnées.
[Rambam – Méla’him 5,11
– kol hacho’hen béErets Israël avonotav mé’houlin ]

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-> Lorsque Yaakov a rencontré son frère Essav, il était apeuré car ce dernier avait le mérite d’honoré ses parents, mais également d’avoir vécu en Israël.

Le midrach (Béréchit rabba 76,2) enseigne que les peurs de Yaakov étaient fondées sur les mérites que son frère a pu obtenir en vivant en terre d’Israël, alors que lui a vécu en galout.
[Yaakov était un tsadik énorme et Essav était inversement un racha, coupable des pires crimes contre l’homme et Hachem. Cependant, Yaakov avait peur que ses mérites ne fassent pas le poids fassent aux mérites phénoménaux de vivre en Israël.
=> Combien nous devons apprendre de cela!
(si c’est valable pour Essav, alors à plus forte raison pour nous aussi : en habitant en Israël automatiquement nous sommes lavés de nos fautes, et nous obtenons de sublimes mérites!)]

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-> Tout celui qui vit en terre d’Israël est en réalité supposé être un tsadik, car si ce n’était pas le cas, la terre sainte l’aurait vomi en dehors, en accord avec le passage de la Torah (Vayikra 18,25), affirmant que la terre [d’Israël] vomit ses habitants lorsqu’ils deviennent impurs (par leurs fautes).
[rabbi Avraham Azoulai – l’arrière grand-père du ‘Hida – ‘Hessed léAvraham (Maayan 3 Nahar 12)]

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-> Rabbi Méir Shapiro de Lublin (à l’origine du Daf Yomi) enseigne que : la terre d’Israël est capable de transformer une mauvaise personne (racha) en un tsadik (si elle le désire).

-> Rabbi Yaakov Yéhochoua (Pné Yéhochoua) enseigne que la terre d’Israël empêche de fauter, mais si néanmoins on en arrive à fauter, alors le mérite [de la mitsva ] de résider en Israël va intervenir en notre faveur, et cela va nous amener à regretter d’avoir fauté et à ne plus répéter cette transgression dans le futur.

L’alyah est une mitsva très importante.
Il y a une obligation halakhique pour tout juif d’aimer Israël et d’y venir de tous les coins de la terre avec un grand désir, comme un enfant qui court vers les genoux de sa mère …

De plus, chaque instant où l’on vit en Israël, nous réalisons encore et encore la mitsva [d’y résider], et ainsi on doit se réjouir en permanence de l’accomplissement de cette mitsva.

[Chla haKadoch – Chaar haOtiot – Ot kouf]

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-> Vivre en Israël est équivalent à l’ensemble des mitvot de la Torah.
[Sifri – Dévarim – chap.80]

-> Le fait de résider en Israël est une mitsva qui englobe toute la Torah.
[Ohr ha’Haïm haKadoch – sur Dévarim 30,20
– yéchivat Erets Israël hi mitsva kolélét kol haTorah]

-> Si la mitsva d’habiter en Israël est équivalente à toutes les autres mitsvot, c’est parce que c’est la fondation et la base de toutes les mitsvot de la Torah.
[rabbi Barou’h Epstein – Torah Témima – Dévarim 12,29]

-> Cette mitsva bien-aimée [de s’installer en Israël] est la fondation de la Torah entière.
[rabbi Yaakov Emden (le Yaavets) – Siddour beit Yaakov]

-> La raison même de toute la Torah, le but fondamental de toutes les mitsvot est que les juifs vivent en Israël.
[Ramban – Vayikra 18,25]

Le Ramban (Dévarim 11,18) enseigne que l’unique raison pour laquelle les juifs en dehors d’Israël accomplissent les mitsvot est que pour durant l’exil, ils puissent les pratiquer afin de savoir bien les faire au moment de leur retour en terre d’Israël.
Il écrit : « le plus important de toutes les mitsvot est donné à ceux qui réside en terre d’Israël. »
[évidemment que réaliser les mitsvot à l’étranger a une énorme valeur, mais en comparaison d’une même réalisation en terre d’Israël cela est très très faible.
Ainsi, le potentiel d’une mitsva ne peut être pleinement exploité qu’en Israël.]

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-> Il est impossible à un juif d’atteindre la perfection en dehors de la terre d’Israël.
[Abarbarnel – Yéchayahou 5,1]

-> Vivre en Israël est « un moyen d’atteindre la perfection » car la mitsva d’y résider est une qui englobe toute la Torah.
[Ohr ha’Haïm haKadoch – sur Dévarim 30,20]

[c’est un cadeau exceptionnel, car à chaque seconde nous accomplissons passivement une mitsva exceptionnelle, qui a un impact positif exceptionnel sur nous!]

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-> C’est une mitsva positive de la Torah d’habiter en Israël … et cette mitsva est équivalente à toutes les mitsvot de la Torah combinées …
Chaque juif doit aimer Israël et y venir avec une grande aspiration, [même] des coins éloignés de la terre, comme un enfant qui court dans les bras de sa mère …
De même que Hachem a choisi le peuple juif, de même il a choisi une terre … parce qu’ils (les juifs) ne sont pas appelés une nation tant qu’ils ne sont pas avec la terre d’Israël …

Celui qui réside en Israël s’attache à Hachem, et c’est le contraire pour celui qui habite en dehors d’Israël, qui est [en comparaison] considéré comme n’ayant pas de D.

[Séfer ‘Harédim – p.161]

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-> Hachem nous dit : « Tant que vous êtes sur la terre de Canaan (Israël), Je suis votre D.
Si vous n’y êtes pas, Je ne suis pas votre D. »
[Tossefta – guémara Avoda Zara 5,2]

-> Hachem dit : « La terre d’Israël M’est plus précieuse que toute autre chose …
Puisque la terre d’Israël est Ma bien-aimée … et puisque les juifs sont Mes bien-aimés … Je dois amener les juifs, qui sont Mes bien-aimés, dans la terre qui est Ma bien-aimée. »
[Ohr ‘Haïm haKadoch – Yitro 20,2]

Le Gaon de Vilna (Adéret Eliyahou – Dévarim 1,6) écrit : « Les juifs et la terre d’Israël sont tous les 2 liés comme un ».

La terre d’Israël est l’âme de la Torah, et la Torah est principalement écrite pour la terre d’Israël, où ses nombreuses mitsvot liées à la terre peuvent y être observées.

[rabbi Yérou’ham Levovitz – Daat Torah]

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-> La relation entre la Torah et la terre d’Israël est celle de l’âme (néfech) qu’est la Torah, avec le corps (gouf) qu’est la terre d’Israël.
Ils sont totalement interdépendants, l’un ne pouvant exister sans l’autre.
[être en Israël sans suivre la Torah, c’est comme un corps sans âme!]

L’âme d’Israël est la sainte Torah, et le corps est la terre d’Israël.
Par conséquent, l’âme ne peut exister sans le corps. On ne peut pas réaliser toutes les mitsvot dépendantes de la terre, sans la terre d’Israël …

Ce n’est que par l’union de la Torah et de la terre d’Israël, qu’un vrai bonheur peut être atteint.
[‘Hafets ‘Haïm]

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-> Selon rabbi Moché Cordovéro (le Ramak) la connexion intime entre la Torah et la terre d’Israël est parallèle à celle entre la vie et le cœur.

« Faites le relevé de toute la communauté des enfants d’Israël » (Bamidbar 1,2)

-> Rachi (v.1,1) : « Du fait de l’amour d’Hachem pour Israël, Il les compte à chaque moment. »
[on compte (et recompte) ce qui est cher, ce qui a de la valeur à nos yeux! ]

De plus, Rachi rapporte que du fait de l’interdiction de compter des individus, chacun devait donner une pièce d’un demi-chékel, le représentant.

Le Rabbi de Loubavitch dit que dans un dénombrement, chacun compte pour un. On ne fait pas de différence entre les plus grands et les plus petits.
Par cela, on met en évidence le point le plus profond de sainteté qui réside en chacun. L’intériorité de l’âme de chaque juif est exactement le même pour tous.
Même le juif le plus éloigné de la Torah détient la même étincelle de judaïsme que le plus Saint.

Nos Sages disent que : « Même s’il a fauté, il reste un Israël ».
Ce point intérieur est souvent dissimulé et ne s’exprime pas forcément. Le décompte, qui ne fait pas de différence entre les personnes et qui compte chacun comme un, sert à mettre en évidence cette valeur profonde dont chacun dispose.

=> Par ce décompte, Hachem montre Son Amour pour chaque juif, car Hachem l’affectionne, même s’il est très éloigné, parce qu’il détient cette parcelle qui ne peut en aucun cas se séparer de Lui.
[nous ne devons jamais désespérer, déprimer profondément, car nous avons toujours une valeur interne sublime et Hachem nous aimera personnellement quoiqu’on fasse!]

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-> Le rav Moché Feinstein enseigne que cela est une bonne leçon d’introduction à Shavouot.
Le simple juif risquerait de se dire : « Que suis-je et qui suis-je? Comment, petit comme je suis, pourrais-je avoir une part quelconque dans la Torah? Cela ne me concerne pas! » (je ne suis là que par politesse, pour faire décoration!)

Vient alors ce décompte, montrant que même ce juif simple est égal au plus grand du point de vue de la profondeur de son âme. Il a tout autant de part dans la Torah que le plus grand et ne doit sûrement pas se décourager et baisser les bras!
Chaque juif a de l’importance et possède sa valeur intrinsèque, et il constitue une entité irremplaçable au sein de la communauté juive .

[chacun a des capacités différentes, mais tout le monde a sa part dans la Torah, et est jugé en fonction de l’investissement qu’il met pour la révéler!
Un grand qui exploite peu ses capacités, « vaut » moins qu’un tout petit qui les utilise au maximum!
Ce qui compte n’est pas l’extériorité, mais le cœur débordant d’amour dans la réalité!]

=> En comptant la collectivité, Hachem exprime à quel point individuellement chaque juif compte et est aimé de Lui! A quel point nous sommes tous indispensables pour combattre spirituellement au quotidien dans l’armée Divine, pour révéler Sa grandeur aux yeux de tous!

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-> Le livre de Bamidbar commence par le recensement du peuple juif.
Rachi commente : C’est l’amour qu’Il (Hachem) leur porte qui L’incite à les compter à tout moment.

=> Quel est l’intérêt de compter la même chose encore et encore?

Rabbi Yérou’ham Levovitz (Daat Torah) répond qu’on ne le fait pas pour connaître le total, puisqu’on le connaît déjà, mais parce qu’en comptant on se le rappelle constamment à l’esprit.
Ainsi, pour ainsi dire, le comptage permet de toujours garder dans l’esprit d’Hachem le peuple juif [et la fraîcheur et la plénitude de Son amour à leur égard!]

-> Le livre de Vayikra se termine avec la notion de la dîme des animaux (« le 10e sera consacré à Hachem » – Bé’houkotaï 27,32)

Le propriétaire faisait passer chacune de ses bêtes devant lui, et chaque dizaine était destinée à D.
Cela permettait de se rendre compte de tout ce que D. nous donne, par rapport au peu qu’Il nous demande de Lui restituer (90% c’est pour nous!).
Cela doit développer de la joie et de la reconnaissance d’être juif, d’avoir un papa Hachem qui nous aime et chouchoute tellement!
[nous avons la tendance à se focaliser sur ce que nous reversons (ex: tsédaka), en oubliant le restant!]

Après cette notion, le livre de Bamidbar commence avec le recensement des juifs, qui sont le « troupeau de Hachem ».
Selon le rabbi Shimshon Raphaeël Hirsch, le fait que D. compte chaque juif, témoigne que chaque juif compte, comme un membre unique [et indispensable] de Son troupeau.

A l’approche de Shavouot, nous ne devons pas se dire : moi qui suis si loin du niveau de Moché, suis-je vraiment concerné par le don de la Torah?
La réponse est : oui. Nous avons tous une part unique dans la Torah, une contribution unique à l’Histoire juive.

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+ « Faites le relevé de toute l’assemblée des enfants d’Israël … d’après le nombre de noms (bémispar chémot) » (Bamidbar 1,2)

-> Le ‘Hida (Pné David) fait remarquer que celui qui éprouve de la haine à l’encontre d’une personne se garde naturellement de prononcer son nom, le désignant tout au plus par un surnom ou par des sobriquets.
Or ici, Hachem demande à Moché de recenser les juifs « d’après le nombre de noms » = ils étaient si chers à Ses yeux qu’Il a voulu les compter nommément, et a tenu à ce que cette désignation individuelle éveille et amplifie Son affection pour chacun d’eux.

-> Le Baal haTourim explique que mentionner chaque personne par son nom, cela nous rappelle un des plus grands mérites des juifs lorsqu’ils étaient esclaves en Egypte : ne pas avoir changer leur nom.
Cela a renforcé l’affection que pouvait déjà avoir Hachem pour Son peuple, et par conséquent, Il utilise chaque occasion pour les compter et recompter, comme signe de Son amour pour les juifs.

En ce sens, le rav Yé’hezkel de Kouzmir dit que Hachem nous compte en fonction de nos meilleurs moments de notre vie, et par cela Il garde constamment un amour le plus important à notre égard.

-> Selon le Ramban (Bamidbar 1,45) :
« Si les enfants d’Israël reçurent l’ordre de se faire recenser par Moché et Aharon, c’est parce qu’en se présentant devant eux et en disant son nom, chacun y gagnait mérite et longévité … car Moché et Aharon (les tsadikim de la génération) allaient prier pour lui. »

Ainsi, lorsque Moché et Aharon se présentaient devant la maison de chaque juif (pour les compter), ils posaient leur regard bienveillant sur eux, et ils avaient un tel amour envers chaque juif, qu’ils ont traduit cela en priant pour le meilleur pour cet personne [dont sa descendance!].

=> Ainsi, en plus du fait que la collectivité est importante. Le décompte avait vocation d’apporter une valeur et une importance, une expression d’amour, à chaque individu.
[chaque juif quelqu’il soit a une contribution unique et indispensable à apporter à l’Histoire juive!]

« Faites le relevé de toute l’assemblée des enfants d’Israël selon leurs familles, selon leurs maisons paternelles, par dénombrement des noms, tout mâle selon [le décompte de] leurs têtes » (Bamidbar 1,2)

La paracha de Bamidbar commence par le recensement dans le desert. Lorsque Hachem a demandé à Moché de faire ce comptage, Il emploie le terme : légoulguélotam (selon leurs têtes – לגלדלתם).

-> Le Rama miPano (rav Ména’hem Azaria, un des élèves de rabbi Moché Cordovéro) enseigne que l’utilisation inhabituel de ce terme, vient nous enseigner que lorsque Moché a compté la nation juive, il a regardé chacun des juifs et il a vu par inspiration Divine combien cet individu devra revenir dans ce monde, en tant que réincarnation (guilgoul – גלגול).

Ce concept de transmigration des âmes et de réincarnation, nous apprend que la majorité des personnes dans ce monde ne vive pas pour la 1ere fois, leur âme ayant déjà vécu dans d’autres corps.
Hachem a admis qu’ils n’avaient pas encore atteint la plénitude de leur mission sur terre, et Il a alors décidé de leur donner une nouvelle opportunité de rectifier leurs erreurs et de réaliser ce qu’ils avaient manqué de faire par le passé.

-> Le rav Yissa’har Frand fait remarquer que bien que les profondeurs du concept de la réincarnation sont au-delà de notre compréhension, c’est une notion importante pour nous aider à appréhender des situations paraissant totalement incompréhensibles, comme les tragédies sur de jeunes enfants ou sur des personnes semblant très tsadik.

Nous devons avoir une vision plus large prenant en compte l’ensemble des incarnations de cette personne durant toute l’histoire du monde.
[cela nous est impossible, et nous devons avoir confiance en Hachem!]

Par exemple, la guémara (Guitin 58a) rapporte l’histoire où le fils et la fille de rav Yichmaël ben Elicha, ont été pris en captivité et ensuite vendus à 2 maîtres non-juifs différents.
Par la suite, ces 2 propriétaires se sont rencontrés et en discutant ils ont chacun fait l’éloge de la beauté exceptionnelle de leur esclave respectif.
C’est alors qu’ils ont élaboré un plan de les faire s’accoupler, de sorte que les maîtres puissent profiter de la belle progéniture qui serait engendrée par de si beaux parents.
Ils les ont mis ensemble dans dans une pièce sombre, et leur ont annoncé leur projet pour eux.

Puisqu’il n’y avait pas de lumière dans la pièce, aucun des esclaves n’a pu reconnaître l’autre. Ils se sont assis chacun dans un coin, de la chambre, et l’esclave mâle s’est dit à lui même : “Je suis Cohen, et je suis un descendant des Cohanim Guédolim. Comment puis-je me marier avec une simple esclave?”

De même, sa sœur a pensé à elle-même : “Je suis la fille d’un Cohen, une descendant de Cohanim Guédolim. Comment puis-je avoir des relations avec un esclave?”

Ils ont passé la nuit entière à pleurer jusqu’à ce que l’aube arrive, et qu’ils ont pu se reconnaître l’un l’autre. Ils se sont alors enlacés et ont continué à pleurer sur leur situation difficile, jusqu’à ce qu’ils en meurent.

=> Comment ce peut-il que les enfants du grand rav Yichmaël ont dû subir de telles souffrances, et avoir une fin si cruelle?

Le Rama miPano nous aide à y voir plus clair, en expliquant qu’ils étaient en réalité la réincarnation des enfants du roi David : Amnon et Tamar.
Amnon avait un très fort désir pour Tamar, et il a ainsi arrangé les choses pour être seule avec elle, et à ce moment il l’a forcée avec violence à avoir une relation (cf. Chmouël II 13,1-22).
Afin d’expier et de rectifier cette faute, Hachem les a renvoyés dans ce monde, les plaçant dans une situation similaire, où au lieu de céder à la tentation, cette fois-ci ils sont restés forts et ont sanctifié le Nom Divin.

=> Ainsi sans cette donnée, la situation peut nous sembler être une terrible injustice, alors qu’en réalité c’est une énorme bonté de Hachem, qui leur permet pour l’éternité d’être propre de cette faute, plutôt que de subir une honte publique éternelle.

==> De même dans notre vie nous vivons de nombreuses situations qui nous paraissent injustes, mais il faut prendre du recul en acceptant que nous sommes la réincarnation de plusieurs vies passées, et que certaines situations peuvent venir réparer pour le passé.
C’est certes désagréable sur le moment, mais pour l’éternité c’est un énorme cadeau que nous fait Hachem.

« Voici les descendants de Aharon et Moché, au jour où Hachem s’adressa à Moché au Mont Sinaï. Et voici les noms des fils d’Aharon … » (Bamidbar 3,1)

-> Ce passage ne mentionne que les fils de Aharon
Rachi explique que ce verset nous apprend qu’enseigner la Torah à un enfant, c’est comme lui donner la vie, comme l’avoir engendré (guémara Sanhédrin 19b).
Ainsi, en enseignant la Torah aux 4 fils de Aharon, Moché est devenu leur père spirituel, tout comme Aharon est leur père biologique.

-> « Tu l’enseigneras à tes enfants » (Vaét’hanan 6,7)
Rachi commente : Il se trouve que les élèves (talmidim) sont très souvent appelés des « fils ».

-> Selon le Ohr ha’Haïm et le Kli Yakar, c’est au mont Sinaï que Moché est devenu leur père, quand D. courroucé par la participation d’Aharon à la faute du Veau d’or, s’apprêtait à détruire sa famille (Ekev 9,20).
Par ses prières, Moché a obtenu qu’Elazar et Itamar soient épargnés.
Rachi commente : « J’ai prié aussi pour Aharon » (Ekev 9,20) = [Moché dit: ] Ma prière a été efficace pour obtenir un demi-pardon : Deux [de ses fils] sont morts (Nadav et Avihou) et deux sont restés en vie [alors qu’il avait été décrété que tous les enfants de Aharon devaient mourir].

-> Rachi rapporte la guémara (Sanhédrin 19b) disant que l’on apprend de ce verset qu’enseigner la Torah à un enfant, c’est comme l’avoir engendré.
Les parents donne à le corps à leur enfant, et celui qui leur enseigne la Torah lui donne sa néchama (âme), puisque la Torah est la néchama du peuple juif.
Loué est celui qui apprend et enseigne aux enfants de son prochain la Torah. Celui qui le fait gratuitement reçoit une récompense qui est doublée.
[dans le : דרך חיים תוכחת מוסר – ל »ו]

-> Un élève est appelé « enfant » de son rabbi, par la sagesse qu’il reçoit de son rabbi.
Nous voyons d’ici l’énorme pouvoir de la parole [de la Torah que l’on enseigne], puisqu’elle a la faculté de créer des « enfants spirituels ».
[Gaon de Vilna]

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-> « Le fruit du tsadik est un arbre de vie ; et un sage acquiert des âmes » (Pri tsadik éts ‘haïm, vélokéa’h néfachot ‘hakham – Michlé 11,30)

Le Gaon de Vilna commente :
– « Le fruit du tsadik est un arbre de vie » = cela fait référence aux enfants, car si une personne laisse derrière elle des enfants, c’est comme si elle était toujours en vie ;

– « et un sage acquiert des âmes » = cela fait référence aux élèves (talmidim) d’une personne, qui sont un plus grand accomplissement que ses enfants, car les enfants se rapportent au néfech (la force de vie physique au sein d’une personne), tandis que les élèves se rattachent à la néchama (la force spirituelle intérieure qui va la pousser à être attirer vers Hachem et ses mitsvot).

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-> L’homme sans la Torah n’a aucun avantage par rapport à un animal.
Ce n’est que la connaissance de la Torah qui fait une distinction avec les animaux, et qui rend méritant d’être appelé un homme, car la Torah est l’objectif de la Création.
[Maharcha – guémara Sanhédrin 99b]

[Si les parents donne le titre d’être vivant, l’enseignant octroie celui d’homme.
Si les parents permettent la vie physique dans ce monde, l’enseignant permet d’obtenir la vie éternelle]

-> Nous pouvons réaliser des mitsvot uniquement de notre vivant.
Ensuite, cela n’est plus possible et nous n’avons plus la possibilité d’enseigner la Torah.
Cependant, celui qui a le mérite d’écrire de vrais livres, ne s’arrête pas de produire des « enfants » même après sa mort, puisqu’il a des élèves qui étudient la Torah de ses livres.

[le fait de soutenir l’édification/maintient d’une yéchiva, la publication de livres, … sont d’autres moyens permettant d’avoir des mérites éternels!]

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+ Pourquoi est-ce que la Torah ne mentionne-t-elle pas également les enfants de Moché?

-> « Un homme de la maison de Lévi alla et prit une fille de Lévi » (Chémot 2,1)
Le Maharal fait remarquer que les noms des parents de Moché ne sont pas mentionnés. Pourquoi?

Moché était un [être humain] tellement spirituel que sa seule véritable connexion était avec Hachem.
Ainsi, en comparaison aux autres, c’est comme s’il n’avait aucun lien avec un être humain, même ses propres parents ou ses enfants. [Ce qui explique que ses enfants ne sont pas rapportés].
[Béer Moché]

-> Les enfants d’une personne, l’aide à se compléter.
Aharon était grand, mais ses enfants l’ont aidé à atteindre sa plénitude spirituelle (chlémout), et c’est pour cela que la Torah les mentionne pour dresser une image complète de la spiritualité de Aharon.
Cependant, Moché a atteint tout seul sa plénitude spirituelle, et il n’est ainsi pas nécessaire de mentionner ses enfants.
[Tsor haMor]

-> Les enfants de Moché ne sont pas rapportés ici, car ils n’ont pas mérité de prendre part à la sortie d’Egypte, et de traverser la mer Rouge avec le peuple juif. [les rejoignant ensuite avec Yitro et leur mère]
[Rabbénou Zé’haria]

-> Tous les juifs étaient considérés comme les enfants de Moché et de Aharon, car à la fois Moché et Aharon ont enseigné la Torah à toute la nation. En effet, Moché disait une halakha, et Aharon la répétait [au peuple].
En raison de cela, le peuple avait peur d’approcher Moché, posant directement les questions à Aharon.
[Sifté Cohen]

[puisque le lien de proximité n’était pas totalement à l’image de ses propres enfants (ex: peur d’approcher Moché), alors ses enfants ne sont pas mentionnés]

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-> « Voici les descendants de Aharon et Moché » (Bamidbar 3,1)

Rachi constate que la Torah ne mentionne juste après que les descendants de Aharon et non ceux de Moché.
Cela vient enseigner que celui qui apprend la Torah à son prochain, c’est comme s’il l’avait fait naître. Les enfants de Aharon étaient donc aussi enfants de Moché.

=> Mais pourquoi cet enseignement n’a été dit que pour les fils d’Aharon alors que Moché avait appris la Torah à tout le peuple?

En réalité, tout l’intérêt de dire qu’enseigner c’est comme enfanter, dépend du principe selon lequel le fils peut donner du mérite à son père. Ainsi, si un élève dépasse son Maître, il pourra aussi faire profiter de sa grandeur à son Maître parce qu’il est considéré comme son fils.

Or, Moché était plus grand que tout le peuple. Personne ne pouvait donc le dépasser. Le fait que tout le peuple, qui ont appris de lui, soient ses enfants n’avait donc pas d’intérêt, car ils ne pouvaient pas lui faire bénéficier d’une grandeur qu’il n’avait pas.
Cependant, Moché reconnut lui même que Nadav et Avihou, les fils de Aharon étaient plus grands que lui et Aharon. C’est donc à leurs propos qu’il est intéressant de signaler qu’ils étaient comme ses enfants, pouvant lui faire profiter de leurs grandeurs.
[‘Hatam Sofer]

-> Le Sifté ‘Hakhamim enseigne que Moché a reçu l’ordre de Hachem d’enseigner la Torah à toute la nation. Puisqu’il en avait un ordre explicite, il ne pouvait être considéré comme leur ayant donné la naissance en agissant ainsi.
D’un autre côté, il a choisi de lui-même d’enseigner individuellement la Torah aux enfant de Aharon, et pour cette raison ils étaient considérés comme ses enfants.

-> Le Netsiv dit que ce concept où l’on est considéré comme ayant donné naissance à celui à qui on a étudié la Torah, ne s’applique que pour la Torah Orale, qui est l’étude qui fait et créée véritablement une personne.

Moché n’a commencé à enseigner la Torah Orale à l’ensemble de la communauté juive que bien plus tard (« Moché commença à expliquer cette Torah » – Dévarim 1,5), et ceci explique pourquoi à ce moment tous les juifs n’étaient pas considérés comme ses enfants.
Cependant, puisqu’il avait déjà commencé à enseigner en privé la Torah Orale aux enfants d’Aharon, il était déjà considéré comme leur ayant donnés naissance.