« Moché alla » (Vayélé’h Moché – Vayélé’h 31,1)

=> Où est-il allé?

-> Selon le Targoum Yonathan, il est parti à la maison d’étude.

-> Selon le Sforno, : « Après avoir terminé tout ce qui concernait l’alliance avec Hachem, il a voulu consoler les bnei Israël de sa mort pour que rien ne se mêle à la joie qui convient à l’alliance, ainsi qu’il est écrit : « Israël se réjouira de Son D. » »

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-> Moché était sur le point de quitter ce monde.

Avant de mourir, autant les forces physiques de l’homme faiblissent, autant ses forces morales augmentent et sa perception s’aiguise.

Ainsi, lorsqu’un homme parfait atteint la fin de sa vie, des forces spirituelles immenses naissent en lui. C’est la raison pour laquelle au moment de leur mort, les sages désiraient accorder leurs bénédictions à leur génération, comme Its’hak et Yaakov ont béni leurs fils …

De même, avant leur mort, les grands Sages transmettaient les secrets de la sagesse et de la Torah à leurs élèves. Par exemple, Rabbi Eliézer a pu répondre avant sa mort à toutes les ambiguïtés que ses élèves avaient rencontrées dans leur étude.
[Méam Loez – Vézot haBéra’ha 33,1]

[ainsi, Moché est allé voir chaque juif individuellement pour lui prodiguer un message unique/personnalisé (conseil, encouragement, …), capable d’influencer positivement cette personne, ainsi que toute sa descendance!]

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-> Quand un homme est vivant, il s’appelle quelqu’un qui « marche », alors que les anges se tiennent immobiles.

Quand un homme est « mort », il devient immobile, car il ne peut plus accomplir les mitsvot, mais si ses enfants ou ses élèves font des mitsvot, ils le rendront « en marche ».

=> « Moché alla » = bien que Moché était sur le point de mourir, il pourra continuer à aller par le mérite de ses élèves, du peuple juif qu’il a laissé.

[d’après le ‘Hatam Sofer]

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Selon la guémara (Shabbath 30a), on ne dévoile pas à un homme le nombre de ses jours.
=> Comment Moché a-t-il pu savoir le jour de sa mort?

-> Il est écrit dans le Zohar (I,218) que 40 jours avant le décès d’un homme, son âme le quitte, comme il dit : « et que s’effacent les ombres » (Chir haChirim 4,6), et ce pour visiter le lieu qui lui est destiné dans les mondes supérieurs.

Telle est l’explication du Ohr ha’Haïm haKadoch :
« Moché alla » = son esprit de vie et l’âme qui étaient en lui ont commencé à se préparer pour le monde supérieur.
Moché sentait déjà ce processus, et savait que sa fin était proche.
=> C’est pourquoi, il s’est adressé au peuple d’Israël pour lui adresser ses dernières paroles.

« Ma colère s’enflammera contre lui en ce jour. Je les abandonnerai, Je leur cacherai Ma face et il deviendra une proie et nombre de malheurs et de calamités l’assailliront » (Vayélé’h 31,17)

-> « Je leur cacherai Ma face » : non par colère, mais par pitié.

L’attitude de D. peut être illustré par une parabole : un enfant ayant mal agi envers son père, ce dernier ordonne à son précepteur de le frapper.
Le père veut que son fils soit battu et corrigé, mais il ne veut pas voir son fils accablé de coups. Que fait-il?

Il se couvre le visage de ses mains pour ne pas voir la souffrance de son fils.
De même, Hachem punit Israël comme un père corrige son fils, mais Il « se couvre le visage » pour ne pas voir la souffrance de Son peuple.

[Selon le Daat Zekenim, cela exprime l’immense amour d’Hachem pour chaque juif.]

Pourquoi le voilement de la face de D. est-il si grave?

Parce que le peuple juif est placé sous la surveillance constante de Hachem et compte sur Lui en tout.
Si D. retire Sa Providence des juifs, ils sont exposés à de grands malheurs, car ils n’ont aucun moyen d’échapper aux calamités.
Ce n’est pas le cas des autres nations qui ont des princes (anges) célestes chargés de veiller sur elles.
Israël n’a pas d’anges céleste, car Hachem seul les protège.

[Méam Loez]

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+ « Mais alors même, Je persisterai, Moi, à dérober ma face » (Vayélé’h 31,18)

=> Pourquoi le verset emploie-t-il une répétition : « haster astir » (Je persisterai à dérober)?

Il est écrit au nom du Baal Chem Tov, que l’homme se sent parfois loin de Hachem, et déploie des efforts pour se rapprocher de Lui.
Mais ce qui est plus grave, c’est lorsque D. masque à l’homme le sentiment que Hachem est loin de lui, et il est ainsi convaincu d’en être proche, alors qu’il est en réalité très loin.

=> C’est le sens de ce doublon : « haster astir » Hachem cachera au peuple d’Israël ce voilement de Sa face, et ils ne sauront absolument pas qu’ils sont éloignés.
Un telle sanction est bien plus grave, car dans ce cas l’homme n’investit pas d’efforts pour se rapprocher de son Créateur (pensant à tord l’être déjà!).

« D. traitera [ces peuples] comme Il a traité les rois amoréens Si’hone et Og. Il les a anéantis, eux et leur pays.
Lorsque D. livrera [ces peuples] en votre pouvoir, vous leur ferez tout ce qui est requis par ce commandement que je vous ai prescrit » (Vayélé’h 31,4-5)

-> « Il les a anéantis » = cela fait allusion aux « représentants célestes » des nations de Si’hone et Og
« D. les livrera en votre pouvoir » = cela rappelle la façon dont D. a livré les gardiens célestes de Si’hone et Og à Moché.

=> Littéralement, le verset dit : « vous leur ferez COMME tout ce qui est requis » = vous les frapperez « pour la forme », vous ferez seulement semblant d’accomplir le commandement de détruire toute la population car D. a déjà anéanti leurs princes en Haut.

[Méam Loez]

[il en est de même dans notre vie quotidienne. Par exemple, nous devons faire un effort nécessaire (le semblant) pour obtenir notre parnassa, mais nous devons avoir à l’esprit qu’en réalité cela provient grâce à Hachem.]

« Lorsque Moché eut fini d’écrire les paroles de cette Torah dans un livre » (Vayélé’h 31,24)

-> Lorsque Moché a terminé d’écrire le livre de la Torah au jour de sa mort, l’ange Gabriel est descendu du Ciel, il a pris le Séfer Torah et l’a emmené au Ciel pour proclamer la grandeur de Moché notre Maître.
Les tsadikim au Ciel lisent dans ce Séfer Torah le Shabbath, les fêtes et les lundis et jeudis.

[rabbi Raphaël Moché Elbaz – dans son Eden miKédem]

« Hachem dit à Moché : Voici (én – הֵן) tes jours approchent pour mourir » (Vayélé’h 31,14)

-> Au moment où Hachem annonce à Moché sa mort, et lui dit : « Voici (הן) tes jours approchent pour mourir », Moché lui répond : « Moi je T’ai glorifié avec le mot הן (voici), quand j’ai dit : « הן (voici) à Hachem appartient les Cieux », et Toi Tu annonces ma mort avec ce même terme ».

Alors Hachem remarqua : « Tu te rappelles des entrées mais pas des sorties! Quand Je t’ai demandé d’aller sortir les Hébreux d’Egypte, ne m’as-tu pas rétorqué : “Voici (הן) les enfants d’Israël ne me croirons pas »? »

=> Quel est le lien logique derrière ce dialogue entre Hachem et Moché?
En quoi le mauvais “voici” annule le bon?
Bizarrement, on a l’impression d’être devant un règlement de compte!

Moché était à un très haut niveau où il a réussi à dévoiler la grandeur d’Hachem, puisque ceux qui étaient auprès de Moché, voyaient la Main d’Hachem de façon claire et dévoilée.
Ainsi Moché a réussi à dévoiler que le monde appartient à Hachem, et il espérait que par ce mérite, il puisse entrer en terre sainte.

Seulement, le problème est que justement du fait de cette grandeur, Moché ne pouvait pas entrer en terre sainte. En effet, si Moché faisait entrer le peuple en Israël, la conquête se déroulerait miraculeusement.
L’intervention Divine serait dévoilée, comme cela était son niveau. Or, après la faute des explorateurs, le peuple a chuté spirituellement et leur dimension ne leur permettait plus d’entrer en terre sainte de façon miraculeuse.
C’est pourquoi, Moché ne pouvait plus entrer en Israël. Ce devait être Yéhochoua, dont le niveau était plus bas, qui le remplace.

=> Puisque Moché savait cela, pourquoi a-t-il tant insisté pour y entrer? Pourquoi a-t-il récité 515 prières pour pouvoir entrer en terre sainte, sachant que cela ne lui était pas possible ?

C’est que Moché pensait que par ses prières, il pourra élever et raffiner le peuple pour les hisser à son grand niveau.
En effet, cela fait partie de la force de la prière de pouvoir élever ceux pour qui l’on prie. C’est pourquoi, Moché a tant prié pour élever le peuple et lui permettre de revenir à ce niveau leur rendant possible une conquête miraculeuse, digne d’un dirigeant comme lui.
Cependant, Hachem n’a pas accepté cette demande de Moché, car Il lui fit remarquer qu’en réalité, il était défectueux justement dans ce point là.

Moché, qui espérait élever le peuple par ses prières, a montré dans le passé qu’il ne croyait pas tant en cette force de la prière.
En effet, quand Hachem envoya Moché libérer le peuple, il rétorqua : « Voici (הן) les enfants d’Israël ne me croirons pas » = il exprima l’idée selon laquelle les juifs étaient à un très bas niveau qui impliquerait que certainement ils ne croiront pas en lui.
Mais alors à ce moment-là, pourquoi Moché ne s’est-il pas immédiatement muni de courage pour déverser son cœur et prier Hachem pour qu’Il élève le peuple et le raffine au point de les mener au niveau d’avoir cette foi en lui qui leur manquait.

=> A présent, on comprend bien la logique du dialogue entre Moché et Hachem.
Hachem montra à Moché une certaine contradiction dans sa démarche.
– D’une part, il souhaite de tout cœur entrer en terre sainte par le mérite d’avoir dévoiler Sa Présence dans le monde quand il dit : « Voici à Hachem appartient les cieux ».
– D’un autre côté, Hachem lui montra que 40 ans plus tôt, Moché a fait remarquer à Hachem que le peuple n’allait pas avoir confiance en lui : « Voici les enfants d’Israël ne me croirons pas ».

Ainsi, pourquoi n’a-t-il pas alors saisi la force de la prière pour hisser le peuple à ce niveau de foi nécessaire?
Le fait que Moché n’a pas saisi cette occasion de prier pour raffiner le peuple montra que très en finesse, il ne croyait pas si fermement que la prière peut raffiner et élever l’homme.
=> De ce fait, quand il souhaitait recourir à la prière pour élever le peuple et lui permettre d’entrer en terre sainte sous sa direction, alors Hachem n’a pas répondu favorablement à cette prière.

[Source : issu d’un dvar Torah du rav Mikaël Mouyal]

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+ « Hachem dit à Moché : Voici (én – הֵן) tes jours approchent pour mourir, appelle Yéhochoua »

-> Cela ressemble à une noble dame qui avait apporté au roi un très bel habit. Le roi a gardé l’habit, et au moment où cette noble dame allait mourir, le roi a ordonné de la recouvrir avec cet habit.

Hachem a dit à Moché : « Tu m’as loué par én (הֵן), et je décrète ta mort mort par én (הֵן) ».
Quel est le rapport?

Le Maguid de Doubno dit au nom de la guémara (Moéd Katan 28), que « én » (הֵן) en grec signifie : « un », et désigne ainsi quelque chose d’unique.

La lettre « hé » (ה) est la seule lettre qui ne peut pas s’unir avec une autre lettre pour former 10 (ex: dalet et vav font 10 ; idem pour guimél et zaïn). Seul le hé reste seul.

De même dans les dizaines, le noun (נ) reste seul.
Ainsi, ces 2 lettres forment le mot : én (הֵן), qui montre quelque chose d’unique.

=> C’est pourquoi Moché a dit : »én » (הֵן) à Hachem = à savoir Hachem est un, l’Unique.
Et Hachem lui a répondu : Toi aussi tu es « én », la génération a baissé de niveau et toi tu es le chef unique de cette génération.

C’est pourquoi suite à sa mort, les Anciens de la génération ont dit : « Malheur à cause de cette honte » = quand Moché a appelé Yéhochoua, ils ont compris qu’ils n’étaient alors plus dignes d’avoir un chef comme Moché.

« Rassemble le peuple : les hommes, les femmes et les enfants et l’étranger qui est dans tes villes, afin qu’ils entendent et afin qu’ils apprennent, et ils craindront Hachem votre D., et ils veilleront à accomplir toutes les paroles de cette Torah. » (Vayélé’h 31,12)

-> Rabbi El’azar ben Azaria commente ainsi ce verset :
« Rassemble le peuple : si les hommes venaient pour apprendre et les femmes pour entendre, que venaient y faire les enfants?
Offrir du mérite à ceux qui les amenaient. »
[guémara ‘Haguiga 3a]

-> En effet, nos Sages (guémara Kidouchin 31a-b) disent que celui qui fait une bonne action parce qu’il en a reçu un ordre, recevra une récompense plus grande que s’il la faisait sans ordre.

Puisque les parents devaient tous se rendre au rassemblement, alors ils auraient forcément pris leurs enfants avec eux pour ne pas les laisser seuls.
Ainsi, Hachem qui veut encore plus nous récompenser a tenu à l’enjoindre explicitement dans la Torah, pour que les parents reçoivent un salaire encore plus grand d’accomplir un acte avec un ordre.

[le ‘Hidouché haRim]

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-> Rabbi Yo’hanan ben Zakaï déclara : « Rabbi Yéhochoua ben ‘Hanania heureuse soit celle qui l’a enfanté » (Pirké Avot 2,8)

Rav Ovadia de Barténoura de commenter : « [Enceinte, ] elle se rendait dans toutes les maisons d’étude de sa ville et disait aux étudiants : « Je vous prie! Implorez la miséricorde divine pour que cet enfant que je porte dans mon sein devienne un érudit. »
Et depuis le jour de sa naissance, son berceau ne quitta jamais les maisons d’étude, pour que ses oreilles ne perçoivent aucune autre parole que celle de la Torah ».

=> Ceci nous montre combien l’âme du nourrisson est sensible à son environnement, et quels impacts celui-ci aura sur tout son avenir.

La présence des enfants permettaient d’apprendre aux parents la formidable influence qu’ont les paroles de Torah sur leur âme dès leur plus jeune âge.
[l’inverse est malheureusement vrai : toutes paroles et influences contraires à la Torah les impactent négativement]

L’avenir du peuple juif dépend de l’éducation de ses enfants, au point que la loi juive stipule que la construction d’une synagogue elle-même passe après l’éducation juive des enfants.

=> Tâchons de construire un cocon familial les protégeant de l’environnement non-juif, afin qu’ils puissent grandir au biberon des valeurs de la Torah, avec la chaleur de l’amour de leurs parents et de leur papa Hachem.

« [Hachem dit à Moché à propos du peuple juif] … Des maux nombreux et des détresses l’atteindront » (Vayélé’h 31,17)

Le Na’hal Eliyahou fait observer que :
-> le mot : « raot » (des maux – רָעוֹת) a une guématria de : 676, renvoyant à l’année juive : 5676 (תרע »ו), soit l’année 1916, c’est-à-dire l’époque de la 1ere Guerre mondiale.
[en effet, c’est le 1er juillet 1916 qu’a eu lieu la bataille de la Somme, la plus meurtrière où environ 1,2 million de soldats sont morts! ]

-> le mot : « vétsarot » (et des détresses – וְצָרוֹת) a une guématria de : 702, renvoyant à l’année juive de : 5702 (תש »ב), soit l’année 1942 où a été décidée la « Solution finale » de la question des juifs à la conférence de Wannsee (à Berlin).

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Il est intéressant de noter que dans le verset suivant (v.18), Hachem en explique l’origine : « car il (le peuple) s’est tourné vers les dieux des autres. »