Vayikra – le petit Aleph

+ Vayikra – le petit Aleph :

Le mot Vayikra signifie : « Il appela », car Hachem a appelé Moché pour qu’il entre dans le Michkan, car Il voulait lui transmettre les lois des sacrifices.
Ce terme Vayikra (ויקרא), est écrit dans la Torah avec la lettre « alef » (א), en plus petite que les autres lettres.
=> Pourquoi cela?

-> Ce petit « alef » vient attester de l’humilité de Moché. Comme celui-ci a su se faire petit, alors cela s’est manifesté à travers cette lettre « alef » qui a été inscrite en plus petit.

Mais pourquoi cela est exprimé dans ce contexte en particulier?

Le midrach explique qu’une fois le Michkan achevé, Moché n’a pas osé y pénétrer. Malgré sa grandeur, malgré tous les miracles qu’il réalisa et malgré la Torah qu’il transmit, il s’est néanmoins fait petit et a attendu qu’Hachem l’appelle pour entrer dans le Michkan.
C’est donc ici qu’il a su faire preuve de modestie.

De plus, Rabbi Bounam de Pchis’ha ajoute que Moché a reçu un grand privilège et un grand honneur de la part d’Hachem.
En effet, c’est lui et seulement lui, qu’Il a appelé pour avoir le mérite de pénétrer dans le Michkan.
Et malgré tout cette honneur, il n’en a ressenti aucun orgueil. Il est resté aussi humble et ne s’est nullement vanté intérieurement d’avoir été le seul à avoir été choisi par Hachem.
C’est toute cette humilité que vient signaler ce petit « alef ».

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-> Cette paracha de Vayikra vient amorcer le sujet des sacrifices (korbanot), qui met en avant l’importance de l’humilité et de l’effacement de soi pour laisser un maximum de place à Hachem parmi nous.

Le Maharal de Prague explique que le sacrifice vient proclamer que le monde entier avec toute son existence, s’annule et s’efface complètement devant Son Créateur.

Les 4 règnes remontent vers Lui pour reconnaître leur dépendance totale à Son Existence :
– le minéral représenté par le sel et le bois ;
– le végétal représenté par les libations de vin ;
– l’animal qui est sacrifié ;
– ainsi que l’humain qui est celui qui apporte le sacrifice.
= tous en viennent à se donner et à s’effacer devant Hachem, à travers cette élévation et se rapprochement intime avec Lui.

Cette annulation de l’existence grossière, qui se prétend indépendante d’Hachem, est la base même de tout le principe du sacrifice.
La Torah tient à le distinguer par ce petit « alef ».

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-> « Le sacrifice sert au fauteur d’expiation, en cela que le sang du premier est pris en échange de celui du second, son âme en échange de son âme et ses organes en contrepartie de ses organes.
Quant aux morceaux du sacrifice consommés par les Cohanim, ce sont des présents offerts aux maîtres de la Torah, afin qu’ils prient en faveur du fauteur. »
[Ramban – Vayikra 1,9]

=> Le principe élémentaire des sacrifices est l’effacement de soi, l’humilité et la soumission à D.

[Notre être doit totalement disparaître pour se retrouver à la place du sacrifice, ce qui au final brise notre cœur qui a pu se rebeller par la faute devant le Créateur. Ce n’est qu’alors que : « Un cœur brisé et abattu, ô Hachem, Tu ne le dédaignes pas » (Téhilim 51,19)]

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-> Un autre midrach (Vayikra rabba 7,3) enseigne que le 1er livre que l’on doit enseigner aux enfants, c’est le livre de Vayikra, qui traite des sacrifices.
Les enfants qui sont purs doivent venir s’occuper de l’étude des sacrifices qui sont eux-aussi purs.

Le Kli Yakar fait remarquer que ce point est en allusion dans le petit « alef » de Vayikra.
En effet, le « alef » qui est la 1ere lettre de l’alphabet hébreu, symbolise le commencement. C’est le sujet des sacrifices, développé dans le livre de Vayikra, que les enfants devront apprendre en 1er.
Le « alef » des petits, c’est à dire le début de leur étude, doit se faire par le livre de Vayikra.

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-> Il est écrit dans le midrach (Eikha 1) :
« Selon la tradition, la lettre aleph de Vayikra [Il appela] est réduite.
Rabbi Yo’hanan dit : « Vois combien les enfants sont précieux aux yeux de Hachem : lorsque le Sanhédrin s’exila [suite à la destruction du Temple], la Présence Divine ne le suivit pas en exil ; ceux qui en assuraient la garde [les Cohanim] s’exilèrent, mais la Présence Divine ne les suivit pas.
C’est seulement lorsque les enfants furent exilés que la Présence Divine les accompagna. ». »

-> Le Béer Yossef (rav Yossef Salant) fait remarquer que Hachem se révélait à Moché entre les 2 Chérubins (kérouvim).
La guémara (Soucca 5b) précise : « Que signifie le mot « kérouv » [chérubin]?
Rabbi Avahou dit : « Comme un enfant » [ké-ravia], car à Babylone, on appelle un enfant : ravia. »

-> Au moment du don de la Torah, Hachem n’accepta comme garants que les enfants, et Il leur dit : « C’est par votre bouche que Je donne la Torah à vos parents » (midrach Téhilim 8).

=> « Je t’enseignerai (aaléfé’ha – אֲאַלֶּפְךָ) la sagesse » (Iyov 33,33). Le aleph symbolise l’enseignement, et c’est l’instruction donnée aux « petits » (les enfants) qui permet à la Présence Divine de résider au sein d’Israël, et par leur mérite que nous avons reçu la Torah.

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-> Le Choul’han Aroukh enseigne que le jour où un enfant commence à étudier la Torah, c’est réellement un Yom Tov, et nous devons le laver, l’habiller avec les habits de Shabbath, et l’emmener à un érudit en Torah dans l’espoir qu’il grandisse jusqu’à devenir lui-même un érudit en Torah (talmid Hakham).

=> En terme d’éducation de nos enfants, il faut être prêt à se faire petit (comme le aleph), à faire des sacrifices afin de leur permettre de se développer au mieux.

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-> La guémara (Nédarim 81) dit : « Ne néglige pas les enfants des pauvres, d’eux la Torah sortira ».

Pourquoi particulièrement les enfants des pauvres?

Le rabbi Méïr Shapiro répond qu’il est évident que la Torah sort également chez les enfants des riches, mais les enfants des pauvres voient constamment les sacrifices que font leurs parents, se privant dans la joie pour leur éducation.
Ce don de soi des parents laisse une trace profonde indélébile, et par conséquence ils étudient avec plus de sérieux et de zèle, faisant que davantage de Torah en sortent.

[d’une certaine façon le petit aléph fait allusion à ces familles pauvres (petites financièrement), desquelles la Torah sortira.
D’une manière plus générale cela renvoie au fait que : les enfants suivent l’exemple du comportement de leurs parents. Si tu veux de grandes choses pour tes enfants, alors fais-toi petit, agis au mieux devant eux avec joie (depuis leur jeune âge!), et alors tu pourras espérer qu’ils en fassent de même! ]

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-> Le Shach cite au nom du Kol Bo, que la 1ere fois qu’un père amène son jeune fils chez un rabbin pour qu’il lui apprenne la Torah, il doit écrire toutes les lettres de l’alphabet hébraïque sur un morceau de papier et y placer une goutte de miel sur chacune d’elles. L’enfant léchera alors le miel en même temps qu’il les nommera.
En effet, la 1ere leçon à transmettre à un enfant est que la Torah est douce, agréable.

=> Le petit aleph fait allusion à cette goutte de miel sur le aleph, puis bét, …, mais surtout à la nécessité de graver chez nos enfants l’idée que l’étude de Torah ne peut se faire que dans la joie de profiter de sa douceur.

D’ailleurs, tous les jours dans les bénédictions sur la Torah, nous demandons : « S’il te plaît Hachem fait que les mots de la Torah soient doux dans notre bouche » (véaarev na Hachem élokénou ét divré Torahté’ha béfinou)

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-> Rabbi Shalom de Belz rapporte que d’après la mystique, ce petit « alef » (אלף) fait allusion aux mille lumières (אלף – éléf signifie mille) que Moché a perdu suite à la faute du veau d’or.

Pour comprendre le sens de ces 1000 lumières, le commentaire du Chakh sur la Torah explique que lorsque Moché brisa les Tables de la loi, toutes les lettres Samekh (ס) et Mem final (ם) tombèrent. En effet, nos Sages expliquent que ces 2 lettres tenaient par miracle sur les Tables.

Ces lettres dessinant de simples trous dans la pierre, vides à l’intérieur, Hachem réalisa un miracle pour que la partie de la pierre qui emplissait ces lettres tenaient par miracle dans l’air.
Quand Moché brisa les Tables, ces lettres tombèrent. Or, les 10 commandements qui étaient gravés dans les Tables de la loi, contenaient 22 lettres Mem et 2 lettres Samekh.

Sachant que le Mem a la valeur numérique de 40 et le Samekh de 60, ainsi les 22 Mem (22 x 40 = 880) et les 2 Samekh (2 x 60 = 120), le tout vaut : 1000.

Le Rabbi de Belz explique que c’est cela le sens des 1000 lumières que perdit Moché suite au Veau d’or, et qui sont en allusion dans ce petit « alef ».

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-> Le midrach Tan’houma enseigne que lorsque Moché écrivit la Thora, il resta un peu d’encre dans la plume. Il passa cette encre sur la tête et c’est ainsi qu’il reçut le rayon lumineux qui l’éclaira, comme cela est indiqué à la fin de Ki Tissa.

Mais comment est-ce possible qu’il y avait trop d’encre dans la plume? Hachem n’aurait-il pas pu y mettre juste l’encre qu’il fallait?

Le livre Mat’amim explique que lorsque Moché écrivit le « alef » de Vayikra en petit, du fait de sa grande humilité, alors qu’il aurait dû l’écrire d’une taille normale, c’est ce peu d’encre là qui restait, qui était à l’origine de ce rayon de lumière.

=> Nous pouvons apprendre de là que c’est l’humilité et la modestie d’une personne qui l’illumine et lui donne tout son éclat!

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-> Ce petit « alef » met cette lettre en relief, comme si elle constituait un mot à part. La racine : אלף (alef) signifie : enseigner, et le petit « alef » sous-entend qu’il faut apprendre à toujours rester « petit » et humble.

Personne ne pouvait mieux transmettre cette leçon que Moché : à la fois le plus grand des prophètes et l’humble le plus humble de la terre (d’après Hachem Lui-même!).
[Rabbi Boumen de Psichkha]

-> Selon le Kli Yakar, Moché pensait que son niveau de prophétie était nettement supérieur à ce que ses mérites pouvaient lui donner droit. En effet, c’est le fait d’être le responsable du peuple juif, qui a entraîné que Hachem lui a octroyé un niveau incroyable pour pouvoir jouer son rôle au mieux.

=> Cela nous apprend que les capacités, les ressources supplémentaires que nous avons sont là pour être mises au service d’autrui.

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+ « Hachem l’appela (vayikra – וַיִּקְרָא) du sein du buisson » (Chémot 3,4)

=> Pourquoi le aleph n’y est également pas écrit en petit?

-> Rabbi Yo’hanan dit : « Hachem ne fait pas résider sa présence Divine (Ché’hina) sur une personne sauf si elle est forte, intelligente, riche et humble. »
[guémara Nédarim 38a]

On peut comprendre l’intelligence et l’humilité, mais pourquoi un prophète doit-il également être fort et riche?

Le rav ‘Haïm de Volozhin explique que tant qu’une personne n’a pas cela, son humilité peut être uniquement l’expression du fait qu’elle n’a rien sur quoi véritablement s’enorgueillir (en ayant des milliards, serait-elle toujours humble?).
Dans ce cas, cela n’est pas authentique.

Le rav Chmouel David Walkin ajoute que lorsque Moché tailla les 2e Lou’hot, qui étaient en saphir, la sciure qui se détacha de la pierre quand il les taillait lui appartenait, et grâce à cela Moché est devenu extrêmement riche en récupérant tous ces morceaux de saphirs.
[Cela nous apprend que la richesse est bonne quand elle est un débris des Tables de la loi, c’est-à-dire quand elle est liée/en accord à la Torah, et non pas pour satisfaire son égo ]

Ainsi, si le mot Vayikra aurait été écrit avec un petit « aleph » avant le don de la Torah, il n’y aurait aucune preuve que son humilité/modestie était réelle.
(à ce moment il n’était pas encore riche, car lorsque les juifs ont récupéré les richesses des égyptiens, Moché était occupé à prendre le cercueil de Yossef!).
C’est uniquement à ce moment, une fois qu’il est devenu riche et qu’il ne s’est pas enorgueilli, que son désire de minimiser sa grandeur révélait sa véritable humilité.

[Le Baal haTourim explique qu’en écrivant le « aleph » plus petit (וַיִּקְרָא), Moché voulait mettre en avant le terme : « vayikar » qui dénote une rencontre par hasard.
Par humilité, Moché voulait que l’on vienne à penser que ses rencontres directes avec Hachem étaient le fruit du hasard, et non en conséquence du niveau incroyable qu’il a pu atteindre!]

-> Ben Zoma dit : « … Quel est le fort? C’est celui qui contient son [mauvais] penchant … Quel est le riche ? C’est celui qui est heureux de ce qu’il possède » (Pirké Avot 4,1)
Le Rambam explique que ce sont des prérequis indispensables à la prophétie.

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-> Le « alef » de Vayikra est petit pour nous enseigner qu’une personne qui reçoit des honneurs grâce à la Torah doit se faire petite.
En effet, selon nos Sages nous ne devons pas utiliser la Torah pour s’en couronner, pour se proclamer le roi.

Ainsi, quelques soient les hauteurs spirituelles que l’on peut atteindre, on doit faire attention à rester humble.
[Rabbénou Efraïm]

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-> b’h, voir également : https://todahm.com/2014/04/01/1255

« Et si son sacrifice vient du menu bétail, des agneaux ou des boucs » (Vayikra 1,10)

=> Pourquoi la Torah trouve-t-elle bon d’expliciter les types d’animaux du menu bétail, à savoir les agneaux et les boucs?

En réalité, le menu bétail fait allusion au peuple d’Israël, comme il est dit : « Vous êtes mon menu bétail » (Yé’hezkiel 34,31).

Ce verset vient faire allusion au fait qu’aussi bien les agneaux (kéchavim – כְּשָׂבִים), symbolisant les tsadikim et les gens doux et dociles, que les boucs (izim – עִזִּים), symbolisant les réchaïm et les insolents, une fois qu’ils se sont repentis et ont apportés leur sacrifice, ils deviennent égaux.

En effet, le repentir (téchouva) expie les fautes de tout le monde à égalité, et après leur repentir, il sera interdit de rappeler la faute, même au racha.
[Rabbénou Efraïm]

« Le Cohen apportera le tout et le fera monter en fumée sur l’Autel » (Vayikra 1,13)

-> « Lorsqu’un homme divorce de la femme, de son 1er mariage, même l’Autel (le mizbéa’h) verse des larmes pour lui. » [guémara Guitin 90b]

=> Pourquoi particulièrement l’Autel?

Le rabbi Eliézer Kahana (Torah véDaat) explique que l’Autel est le lieu de tous les sacrifices, et dans un mariage de nombreux sacrifices doivent se faire. D’ailleurs les 2 sont liés : sans sacrifice, il n’y a pas de mariage.
La racine du mot : « korban » (sacrifice) est : « karov » (proche), car la conséquence de sacrifier ses désirs et besoins pour autrui (dans une relation saine), produit de la proximité.
[le rav Desslev dit que l’amour provient des dons (d’écoute, de joie, de compliments, …), de tous ces sacrifices que l’on fait au quotidien]

Il y avait 2 Autels : un grand et un petit.
C’est une allusion au fait que dans un mariage, les sacrifices sont parfois important et d’autres fois petits, mais dans tous les cas il faut avoir en tête que cela participe à l’attachement entre un mari et sa femme.
[il ne faut pas y voir une perte momentanée, mais un gain éternel de renforcement des liens d’amour.
A l’image du Michkan/Temple, où pour le prix d’une bête en sacrifice, on obtenait une proximité accrue éternelle avec Hachem. Quelle affaire!]

Le sacrifice quotidien le plus fréquent était celui de remerciement : le Korban Toda.
Un mari et une femme doivent s’assurer de s’offrir au quotidien l’un l’autre des expressions de remerciement, et ce autant que possible.

Parfois, il fallait apporter un sacrifice de paix (Korban Chélamim).
La paix est le récipient qui permet de contenir toutes les bénédictions de la vie, et lorsqu’un couple est en paix alors Hachem vient résider parmi eux.
Dans un couple les désaccords sont normaux, mais il faut tout faire pour préserver la paix, car une bagarre empêche les bénédictions Divines de nous atteindre, et cela fait fuir Hachem.
Ainsi face à ce prix énorme à payer (voir D. nous quitter!), cela ne vaut clairement pas la peine de se bagarrer (surtout pour des broutilles!).
[voilà Hachem, je me sacrifie pour la paix du couple, pour que tu restes parmi nous!]

A d’autres moments, nous devons apporter un « Korban ‘Hatat » (suite à une faute) = il faut avaler sa fierté, et admettre que l’on est désolé, que l’on a mal agit.
Les 3 mots très importants dans un mariage sont : « Je me suis trompé! ».

D’autres fois, nous devons amener un « Korban Acham » (suite à un délit) = savoir prendre sur soi la responsabilité d’une faute/erreur.

[à l’image du processus de téchouva qui accompagnait un sacrifice, il peut en être de même avec notre conjoint : je reconnais, je te demande pardon, je regrette et je m’engage à mieux agir!]

=> L’objectif de tout mariage est de faire sourire l’Autel (et non pleuré comme lors du divorce), en utilisant le grand pouvoir des sacrifices pour créer un attachement marital harmonieux.

[le cumul d’une multitude de petits sacrifices quotidiens, génère des liens d’amour sublimes!]

« La raison pour laquelle il est permis à un pauvre d’amener un sacrifice (korban) plus petit qu’un riche, est parce que la pauvreté est en soi une expiation, et à travers elle il est déjà nettoyé de son péché. »

[Rabbi Shalom Mordé’haï Schwadron – le Maharcham (dans son Téhélet Mordé’haï)]

Les sacrifices – quelques réflexions

« De nombreuses raisons sont données pour expliquer les sacrifices (korbanot), mais cependant malgré tout ce qui a pu être expliqué, cela reste toujours très au-delà de notre compréhension …
En effet, le Rambam écrit que tous les sacrifices rentrent dans la catégorie des ‘houkim, ces commandements dont les raisons nous sont cachées.

Lorsqu’un juif offre un sacrifice, il démontre sa soumission inconditionnelle à la volonté de Hachem.
C’est comme s’il déclarait : « Je ne comprends pas pourquoi cette offrande va réaliser de grandes choses pour moi et pour le monde entier, mais je suis certain que cela va accomplir de grandes choses car c’est ce que D. nous a enseigné dans Sa Torah. »

Ainsi, le sacrifice d’un korban est une grande déclaration de foi de la part de celui qui l’amène, et c’est grâce à cette approche de la Torah et des mitsvot qu’un juif gagne sa part dans le monde à venir. »

[rav Yéhouda Zev Segal]

[naaché vénichma = la grandeur d’un acte ne réside pas dans notre capacité à en appréhender la raison, mais dans le fait que c’est la volonté de Hachem.

Accepter que c’est au-delà de notre compréhension car provenant de D., c’est se permettre de placer Hachem et nous-même à leur juste place.
C’est également accepter qu’un juif fait des actes à la portée phénoménale, puisque venant de D., et non de l’intellect humain.]

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-> Rabbi Guttman enseigne qu’offrir un sacrifice c’est comme déclarer : « Hachem, je désire être proche de toi. Il n’y a rien d’autre dans le monde que TOI.
S’il te plaît prend cet animal à ma place, et expie mes fautes (ou bien en signe de remerciement).
En effet, je souhaite uniquement être lié à Toi! »

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-> « Si la Torah nous donne la possibilité de sanctifier un animal (en tant que Korban), à combien plus forte raison doit-on réaliser que cela nous permet de nous sanctifier nous-même! …

Nous devons ressentir que Hachem ne rejette aucun d’entre nous, même s’il est tombé du haut niveau qu’il devrait être.
La conscience de cela doit nous encourager à toujours continuer à grimper spirituellement, malgré nos moments difficiles et nos chutes. »

[Rabbi Klonymous Kalmsh Shapira de Piaseczna]

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-> « La fonction des Korbanot est de faire résider la présence Divine parmi le peuple juif »
[Sforno – Emor 23,2]

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-> Lors d’un Shabbath passé chez un de ses disciples, Rabbi Yaakov Abou’hatséra lui a dit :
« La voix que tu as entendue en plein milieu de la nuit [de vendredi], était une transmigration de l’âme (guigoul néchama) de la chèvre que nous avons consommée ce vendredi soir [pour Shabbath].
Elle m’a dit : « Merci de m’avoir libérée. De même que tu as réparé mon âme et m’a permis d’atteindre ma juste place au Gan Eden, de même que Hachem puisse ajouter de la grandeur à ta grandeur et que tu sois béni d’une longue vie ». »

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-> « Hachem sauve l’homme et l’animal » (adam ouvééma tochia Hachem – Téhilim 36,7)
Nos Sages enseignent que lorsque l’on sacrifie un animal, il y a une réparation (tikoun) pour l’âme de cet animal.
Assez fréquemment, une âme d’un fauteur est envoyée en bas dans ce monde afin de rechercher un moyen de réparation, qui va lui permettre d’être élevée pour l’éternité dans le monde à Venir.
De telles âmes peuvent se retrouver dans le corps des animaux, et lorsque ceux-ci sont égorgés d’une manière cashère, alors cela va les purifier et les libérer, leur permettant ensuite de trouver un repos éternel au Gan Eden.

=> Il faut accepter que nous ne pouvons pas appréhender tout ce qui se passe dans ce monde.
Ainsi, faisons confiance à Hachem en réalisant dans la joie Ses mitsvot, car c’est véritablement ce qu’il y a de mieux à faire!

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« Lorsqu’un homme parmi vous apportera (adam ki yakriv mikém) une offrande à Hachem » (Vayikra 1,2)

-> Le terme : « mikém » (parmi vous – מִכֶּם) est l’acronyme de : « mida kénégéd mida » (mesure pour mesure – מידה כנגד מידה).
Lorsqu’une personne est témoin de la punition de sacrifice d’un animal, cela doit réveiller en elle l’idée que cela provient de ses fautes à elle, que normalement elle devrait être à sa place. Elle reconnait alors de tout cœur ses fautes et fait téchouva comme il le faut.

Il en est de même lorsque nous avons des souffrances dans la vie, qui sont en réalité une bonté de D. pour nous pousser à observer nos actions, et en venir à faire téchouva sur nos fautes « oubliées ».
[adapté du Ben Ich ‘Haï]

-> Le Gour Aryé dit qu’au fond de lui-même, chaque juif désire faire la volonté de D.
En observant notre mort par procuration sur l’animal, cela permet d’affaiblir notre yétser ara et de faire ressortir notre véritable nature.
[face à la mort, on se laisse moins bercer d’illusions futures!]

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-> L’objectif d’apporter un sacrifice est d’en venir à contempler : Je suis celui qui a fait une faute, cependant la Torah me demande de sacrifier un animal à la place. Cela semble injuste pour l’animal qui n’a rien fait de mal.

La raison pour laquelle il va être tué, est qu’il existe un ordre naturel dans la Création. Il y a une notion de soumission à ce qui est supérieur.
Ainsi, une personne qui égorge un animal doit penser : les animaux que je n’ai pas créé et dont chaque besoin est pris en charge par le Maître du monde, sont égorgés car ils sont à un niveau inférieur au mien.
=> Il en devient alors évident qu’un homme doit se soumettre à Hachem, et être capable de tout sacrifier pour faire la volonté du Maître du monde.

En ce qui nous concerne, à chaque fois que nous consommons de la viande, nous devons nous interroger : si je peux la manger c’est que je suis dans l’ordre naturel au-dessus d’elle. Mais est-ce que je remplis mon rôle avec Hachem, qui est supérieur à tout? ou bien je me comporte comme un animal, suivant librement ses envies (et non Sa volonté)?

[d’après le Yichma’h Moché]

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-> Lorsqu’une personne apporte son fils pour accomplir la mitsva de la circoncision le 8e jour, c’est considéré comme un sacrifice pour Hachem.
[Zohar haKadoch – Chéla’h]

-> Le « korban mila » est plus précieux à Hachem que tout autre sacrifice.
[Zohar – Lé’h Lé’ha]

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-> Nous apportons des sacrifices parce que le peuple juif a vécu parmi des nations qui rendaient des cultes aux animaux et à leurs représentations. Par conséquent, D. a ordonné d’égorger ces animaux pour le service de D. afin que les juifs éradiquent de leur cœur tout vestige des croyances idolâtres dont ils on pu s’imprégner en exil.
[Rambam – Moré Névoukhim 3,46]

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-> Le Ramban donne l’enseignement suivant :
Tous les actes de l’homme résultent de 3 niveaux d’expression : la pensée, la parole et l’acte.
Ainsi, D. déclare que si une personne commet une faute, elle a 3 obligations :
1°/ elle offre un sacrifice et appose les mains sur la tête de l’animal, ce qui correspond aux actes destructifs qu’elle a commis.
[selon la guémara (‘Haguiga 116b), en appuyant de tout son poids sur la tête de l’animal pour le sanctifier, l’homme se libère de l’animal qui l’habite et s’efforce de son mieux d’atteindre l’unité avec D. ]
2°/ elle confesse ensuite verbalement sa faute, pour réparer toute parole qu’elle a pu exprimer en commettant la faute.
3°/ elle fait brûler sur l’Autel les organes internes de l’animal, y compris les reins qui représentent les parties du corps humain d’où émanent les pensées, les pulsions et les penchants de l’homme.
Le sang aspergé sur l’Autel symbolise l’âme (néfech) de l’homme qui offre l’animal.
On fait également brûler les bras et les jambes de la bête, à l’image des mêmes parties qui chez le fauteur ont conduit à commettre la faute.

=> De par sa faute, le fauteur mériterait de subir le même sort que l’animal offert en sacrifice, si ce n’est la pitié Divine qui l’en épargne en acceptant cette offrande à sa place. Il vit cela pleinement en le ressentant sur les 3 niveaux d’expression humain.
De plus, en offrant un sacrifice, un homme répond à un désir primordial d’accomplir un acte totalement désintéressé, afin d’éveiller en lui-même un sentiment de reconnaissance, d’admiration, d’amour envers le Créateur.
Le mot : « korban » (sacrifice) exprime : « kirva véa’hdout » (l’intimité et l’unité). En effet, [alors que la faute distance l’homme de D.], le sacrifice va permettre un rapprochement (korban -> karov), un sentiment d’union avec papa Hachem.

-> Le rav Shimshon Raphaël Hirsch ajoute à ces paroles du Ramban, que le mot : « korban » exprime l’idée que l’homme offre ses tendances animales à D. afin d’affiner et de purifier sa nature, entraînant qu’il atteint un sentiment de proximité à D., et ce qui est le bien ultime, comme l’écrit le roi David : « Pour moi, la proximité à D. est le bien » (Téhilim 73,28).

[une faute est entraînée par un vent de folie, et va développer l’animalité qui en nous. En sacrifiant un animal, on exprime à quel point nous souhaitons nous débarrasser de cette tendance, pour développer notre kédoucha, ce qui permet davantage de proximité avec D. ]

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-> De nos jours en l’absence de Temple, c’est notre prière [venant du cœur] qui remplace les sacrifices, comme le prophète l’affirme : « Nos lèvres remplacent les bœufs » (Hochéa 14,3).
De plus, il est écrit : « Quiconque s’adonne à l’étude du sacrifice expiatoire (le ‘hatat) est considéré comme ayant offert un sacrifice expiatoire » (guémara Ména’hot 110a).

« Un orgueilleux profane le Nom de Hachem et entraîne les gens à fauter.

Il est comme une carcasse qui a été jetée dans un marché, et qui oblige chaque passant à se couvrir le nez jusqu’à l’avoir dépassée.
De même, une personne orgueilleuse déshonore la Torah et ceux qui l’étudient, et ils font s’éloigner les gens de la Torah, car ces derniers se disent : « Quel avantage y a-t-il dans la Torah, si ceux qui l’étudient sont mauvais? »
En conséquence, ils quittent la Torah. »

[Or’hot Tsadikim – gaava]

Le Or’hot Tsadikim, affirme également qu’à l’inverse, une personne humble va exercer une influence importante sur autrui, qui vont souhaiter l’imiter, et cela amène alors un grand kiddouch Hachem.

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+ Dans un arbre, les branches vides ne contiennent rien pour les alourdir, tandis que celles qui portent de beaux fruits sont alourdies, entraînant qu’elles se trouvent le plus bas.
De même, une humilité sincère témoigne qu’une personne porte en elle des fruits de qualité.
[Sagesse juive]

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-> Le Kli Yakar (Vayikra 4,35), rapporte le midrach rabba affirmant qu’un orgueilleux sera : « jugé uniquement dans le feu ».
Pourquoi cela?

Il explique que par nature le trait de l’arrogance est le désir de s’élever au-dessus d’autrui.
Ainsi, une telle personne sera jugée par le feu, car par nature un feu procède de même : cherchant toujours à monter vers le haut, ses flammes sautant sur tout ce qui peut se trouver sur son chemin (de même qu’un orgueilleux va réduire en cendre tout ce qui a de valeur chez son prochain, pour mieux s’élever!).

On consume un sacrifice par le feu, dans un but d’expier ce mauvais trait de caractère, qui est à l’origine de nos fautes (indirectement on pense en nous : comment Hachem peut me dire quoi faire à moi!).

« Quiconque souhaite accroître ses mérites dominera son mauvais penchant, fera preuve de générosité et apportera en sacrifice la plus belle bête de l’espèce qu’il aura choisie.
Il est dit en effet dans la Torah : « Hével offrit, de son côté, des premiers-nés de son bétail, de leurs parties grasses. Hachem Se montra favorable à Hével et à son offrande » (Béréchit 4,4).

Il en va de même pour tout ce que l’on accomplit pour le D. de bonté : on offrira ce que l’on a de plus beau et de meilleur.
Si l’on édifie une synagogue, celle-ci sera plus belle que notre résidence personnelle.
Si l’on donne à manger à un affamé, on lui offrira ce qu’il y a de meilleur et de plus sain de notre table.
Si l’on habille un démuni, on le vêtira de nos plus beaux habits.
Si l’on consacre un bien au Temple, on lui vouera la plus belle de nos possessions, comme le dit le verset : « Toute graisse sera pour Hachem » (Vayikra 3,16). »

[Rambam – Michné Torah – fin des lois sur Issouré Mizbéa’h]