« Évite avec soin de manger le sang car le sang est [associé] à la vie » (Réé 12,23)

-> L’une des ironies dramatiques de l’histoire juive est que les juifs qui ont toujours veillé très scrupuleusement à ne pas consommer de sang (au point qu’on jette un œuf si une goutte de sang est visible sur le jaune) ont été victimes d’une ignoble diffamation à travers les siècles : les antisémites les ont accusés d’utiliser du sang non-juif pour la préparation des matsot de Pessa’h.
En conséquence de ces terribles accusions, nos frères ont été assassinés et ont subi d’atroces souffrances.

=> Comment réconcilier cet aspect tragique de notre histoire juive avec la promesse mentionnée peu après dans la Torah (v.25) : « Si tu ne le mange pas, toi et tes descendants serez heureux »?

La réponse se trouve à la fin de ce verset : « car vous ferez ce qui est moralement juste aux yeux de D. »
La promesse d’une vie heureuse dépend non seulement de la première moitié du verset (s’abstenir de consommer du sang), mais également d’un comportement juste aux yeux de D., c’est-à-dire l’accomplissement de toutes les mitsvot.

=> Ainsi, bien que les juifs aient toujours été très scrupuleux quant à l’interdiction de consommer du sang, leurs failles occasionnelles dans l’observance d’autres mitsvot ont causé de terribles pogroms et des diffamations meurtrières.

[le Méam Loez]

[Hachem met devant nous la vie et la mort, et c’est à nous de choisir la vie. Ainsi, si nous n’agissons pas selon Sa volonté, ne nous étonnons pas d’obtenir de la mort physique et spirituelle, que D. nous en préserve!]

« Tu prélèveras la dîme » (Réé 14,22)

-> « Prélève la dîme (assèr) afin que tu t’enrichisses (tit’achèr) » [guémara Taanit 9a]

-> On peut remarquer que les lettres du mot : « kessef » (argent – כסף), ont leur origine dans le mot : « ani » (pauvre – עני).
En effet, la lettre qui précède le : kaf est le youd ; le samé’h est le noun ; et le pé est le ayin.
=> Ainsi, les lettres du mot : « kessef » ont leur origine dans les lettres « ani ».

Cela signifie que celui qui donne de la tsédaka n’y perd pas, au contraire il y gagne, car donner au pauvre est à l’origine de l’argent qui va venir.

[le Maguid de Paltsek]

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-> Rabbi ‘Haïm Vittal rapporte dans son livre Taamé haMitsvot que :
« Mon maître [le Ari zal] a dit que chaque mitsva a une lettre de l’alphabet, et lorsque l’on fait une mitsva, la lettre de cette mitsva brille sur notre front, et la lettre de la mitsva précédente disparaît.
Cela s’applique uniquement lorsqu’on fait la mitsva, car ensuite elle est avalée à l’intérieur.

Cependant, lorsque l’on fait la mitsva de la tsédaka, sa lettre ne s’en va pas rapidement comme les autres lettres des autres mitsvot, mais elle brille sur son front pendant toute la semaine. »

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+ « Chaque homme, selon le don de sa main » (Réé 16,17)

-> Ce verset vient faire allusion au fait que la valeur d’un homme ne se mesure pas selon sa richesse, selon l’importance des biens qu’il possède, mais plutôt selon sa générosité, selon les biens et l’argent qu’il donne à la tsédaka.
« Chaque homme », la valeur de “chaque homme” se mesure: « selon le don de sa main », selon sa générosité et ce qu’il donne pour les mitsvot.
[Rav Shimchon Raphaël Hirsch]

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+ « Quand il y aura chez toi un pauvre d’entre tes frères … ne durcis pas ton cœur et ne ferme pas ta main contre ton frère pauvre. Mais tu ouvriras largement (patoa’h tifta’h) ta main » (Réé 15,7-8)

-> « Il est enseigné au nom de Rabbi Méïr que lorsque l’homme vient au monde, ses mains sont fermées, c’est-à-dire que le monde entier est à lui, c’est lui qui en a hérité.
Quand il quitte ce monde, ses mains sont ouvertes, c’est-à-dire qu’il n’a rien hérité du tout de ce monde.
Ainsi, il est écrit : « Je suis sorti nu du ventre de ma mère, et je retournerai nu. » »
[midrach Kohélet 5,14]

-> Rabbi Yossef Tsarfati (Yad Yossef) explique :
Etant donné que l’homme est appelé à la fin [de sa vie] à ouvrir les mains quand il quittera ce monde, et à tout laisser à d’autres, qu’il ouvre la main dès maintenant, cela lui sera plus utile en ce monde-ci que le fait de l’ouvrir dans le monde à venir, ce qui ne lui servira à rien.

[en effet, seul l’argent qu’on aura donné en tsédaka dans ce monde, nous suivra pour nous faire vivre durant notre éternité. Ainsi, je ne perds pas en donnant, au contraire je transforme de l’éphémère en éternel!]

C’est pourquoi le verset dit 2 fois : « patoa’h tifta’h » = ouvre en ce monde-ci, et ainsi tu ouvriras dans le monde à venir.

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+ « Ouvre-lui plutôt ta main! Prêtes-lui en raison de ses besoins, de ce qui peut lui manquer »

-> Le Gaon de Vilna explique que la Torah évoque ainsi allusivement l’ordre exact à répéter dans le don de la tsédaka.
Si l’homme plie ses doigts, ils ont tous l’air égaux, tandis que quand sa main est ouverte, on voit bien que ce n’est pas le cas.
Or, le verset précise qu’il faut fournir au nécessiteux « en raison de ses besoins, de ce qui peut lui manquer » = soit selon Rachi, même un cheval en guise de monture et un serviteur pour courir devant lui.
En d’autres termes, il faut donner à chacun selon son rang et sa valeur, ce qui nécessite un examen approfondi pour distinguer les uns des autres.

=> Ainsi, la Torah précise : « Tu ne fermeras pas ta main », car dans ce cas, les doigts ont tous l’air de même longueur.
Au contraire, « ouvre-lui plutôt ta main », et tu verras bien que les doigts ne sont pas de longueur identique, de même tu discerneras les différences de besoins nécessaires entres les pauvres.

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-> Le rabbi Shimon Shkop transmet l’enseignement suivant :

Toute abondance matérielle ou spirituelle qui descend sur le monde est donnée en réalité à l’ensemble de la nation juive, alors que le particulier n’est qu’un trésorier responsable d’utiliser sa part pour les besoins de la communauté.

Si une personne remplit fidèlement son rôle de trésorier [de Hachem dans ce monde physique], et prélève la dîme de son argent comme il convient, on lui donne une promotion, sous la forme d’un enrichissement, et il sera nommé sur un trésor plus important, afin qu’il continue à faire la volonté du Créateur et à être un bienfaiteur de la communauté.
[…]
« Prélève le maasser pour t’enrichir » = n’est pas dit uniquement en ce qui concerne l’argent, mais aussi la spiritualité [et plus globalement sur toute capacité particulière que l’on possède, comme par exemple un sens de l’organisation, qui peut être mis au service de la communauté].

Par exemple, un Roch Yéchiva qui enseigne la Torah à ses élèves et prend de son temps pour eux n’y perd rien, au contraire il s’enrichit.
Si préparer ses cours parfaitement lui aura pris longtemps, en récompense de ce qu’il a donné de son temps, il s’enrichira en temps, il pourra écrire plus facilement des commentaires de Torah, et des cours s’éclairciront devant lui rapidement.

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+ « Donner, tu lui donneras » (natone titène lo – Réé 15,10)

-> Lorsque vous faites une faveur à votre ami, en réalité c’est votre ami qui vous fait une faveur.
Les Sages (midrach Vayikra rabba 34,10) l’interprètent ainsi : « Le pauvre fait davantage pour le bienfaiteur riche, que le riche ne fait pour le nécessiteux ».

Voici la bonne façon de le comprendre : lorsque vous faites une faveur à quelqu’un ou faites la charité à un pauvre, il a certainement été décrété par le Ciel que ce pauvre devait recevoir une faveur ou un cadeau, et ce d’une manière ou d’une autre.
Si vous ne l’avez pas gratifié d’un don, il l’aurait reçu de quelqu’un d’autre. Ainsi, c’est votre grand mérite d’être le messager de D., de lui donner ce cadeau.

C’est le sens implicite de l’expression répétitive : « Donner, tu dois lui donner » (natone titène lo – Réé 15,10), qui signifie : « Vous lui donnez quelque chose qui lui a été attribué par le Ciel ».

[rabbi Pin’has Horowitz – Panim Yafot – Michpatim]

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-> « Prête-lui [à ton frère nécessiteux] en fonction de ses besoins, de ce qui lui manque » (Réé 15,8)

-> Le ‘Hatam Sofer commente :
« La cendre du bélier d’Its’hak est rassemblée devant Lui [Hachem] en Haut, et c’est considéré comme les membres de Its’hak, ses nerfs et son sang.
De ces membres et de ces nefs d’Its’hak proviennent l’abondance et la sainteté pour tous les juifs quand ils observent les 248 mitsvot positives et les 365 mitsvot négatives.

En ce qui concerne la mitsva de la tsédaka, l’homme fait vivre à la fois le pauvre et lui-même …
Or, le sang c’est la vie, c’est pourquoi celui qui donne de la tsédaka comme il convient attire le sang du bélier d’Its’hak.

Les initiales des mots de notre verset : « en fonction de ses besoins, de ce qui lui manque » se disent : « dé ma’hssoro achèr yé’héssar lo » (דֵּי מַחְסֹרוֹ, אֲשֶׁר יֶחְסַר לוֹ), forment l’acronyme de : « dam ayil » (le sang du bélier – דם איל). »
[en allusion au bélier d’Its’hak dont notre tsédaka donne vie, et qui va alors nous générer de l’abondance et de la sainteté.]

« Vous êtes des fils pour Hachem votre D. » (Réé 14,1)

-> Même les réchaïm sont appelés : « les enfants de Hachem »
[Rabbi Méïr – guémara Kiddouchin 36a]

Le Rachba (dans ses Responsa) écrit que la halakha (loi juive) est comme cette opinion de rabbi Méïr.

-> Même lorsque les juifs sont spirituellement impurs, la présence Divine réside parmi eux.
[guémara Yoma 56b]

-> Même les juifs les plus insignifiants sont remplis de mitsvot comme une grenade [l’est de graines].
[guémara Sanhédrin 37a]

-> Le plus grand péché, pour un juif, est d’oublier qu’il est fils du Roi.
[Rabbi Aharon de Karlin]

-> « Le seul orgueil permis, c’est celui d’avoir un patron aussi puissant que notre Père Céleste (Hachem). »
[Rabbi Lévi Its’hak de Berditchev]

=> Tout juif se doit d’être à nos yeux une personne importante, rien que par le fait qu’il est le fils du Roi des Rois : Hachem.

[Plus nous respectons D., plus cela implique que nous devons respecter et honorer chacun de Ses enfants, qui contient toujours en Lui une partie Divine.]

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-> « Vous êtes des fils pour Hachem votre D. »

Rabbi Aharon Kotler (Michnat Aharon) commente : « Ceci n’est pas une allégorique ou une hyperbole, mais une déclaration véridique dans tous les sens du terme.
[…]
Hachem a donné à chacun d’entre nous une âme précieuse, et Il nous a envoyé (dans ce monde) pour une importante mission. C’est comme si un roi nous tendait Sa couronne pour la garder.
On devrait être submergé par l’amour et la confiance qu’a Hachem en nous. »

-> Le Zohar nous enseigne que si nous avions conscience d’à quel point Hachem aime chaque juif, nous rugirions comme des lions bondissant sur chaque opportunité de pouvoir faire Sa volonté.

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+ « Vous êtes des fils pour Hachem votre D. »

-> « Hachem nous aime plus qu’aucun père ne pourrait aimer son fils.
Ainsi, nous ne devons pas nous lamenter excessivement sur nos douleurs, car tout ce qui nous arrive est dans notre meilleur intérêt.
Nous ne pouvons pas toujours comprendre les plans de Hachem, mais nous devons avoir confiance en Lui, tout comme un enfant a confiance en son père, et ce même s’il ne comprend pas ses décisions. »

[le Ibn Ezra – Réé 14,1]

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-> « C’est toi qu’Il a choisi, Hachem, pour Lui être un peuple spécial (am ségoula) entre tous les peuples répandus sur la terre » (Réé 14,2)

Le Yalkout Chimoni de commenter :
L’expression « c’est toi qu’Il a choisi », nous enseigne que chacun des membres du peuple juif est aimé de D., plus que tous les autres peuples de la terre. »

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+ « Au début (béréchit) D. créa le Ciel et la terre » = pour la Torah qui s’appelle réchit, et pour Israël qui s’appelle réchit.

On en conclut que les juifs ont une grande importance devant Hachem, et que de chaque individu d’Israël, Hachem tire plaisir et satisfaction.
[…]
Quand quelqu’un dit du lachon ara sur un juif, il provoque par ses paroles, pour ainsi dire, une annulation du plaisir et de la satisfaction du Créateur, et non seulement cela, mais il provoque, pour ainsi dire, de la tristesse chez Hachem.

[Meor Enaïm (p.134)]

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-> Rabbi Akiva a dit : « Celui qui dit du lachon ara sur le peuple d’Israël, même s’il s’agit du plus grand juste du monde, sa punition sera supérieure à celle de tous les autres.

Eliyahou hanavi, fut le plus grand tsadik de sa génération, mais parce qu’il a dit du lachon ara sur le peuple d’Israël, au même moment, il commit une grande faute. »

[Zohar ‘Hadach – 21b]

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-> « La joie principale sur laquelle l’homme doit se réjouir, c’est la joie d’être un juif. »
[le Zohar]

« Voyez, Je vous propose en ce jour la bénédiction d’une part, et la malédiction de l’autre » (Réé 11,26)

-> « Hachem dit : Ce n’est pas pour leur mal que Je leur donne la bénédiction et la malédiction, mais pour leur faire savoir le droit chemin qu’ils doivent suivre, et afin qu’ils puissent recevoir une récompense …

Rabbi El’azar dit : L’épée et le Livre descendirent du Ciel attachés l’un à l’autre.
D. dit aux hommes : Si vous respectez ce qui est écrit dans ce Livre, vous serez épargnés de cette épée ; mais dans le cas contraire, vous serez exécutés par cette épée.
[…]
Hachem dit à Israël : Si vous respectez Ma volonté, vous mériterez le bien et la bénédiction. Sinon, vous aurez droit à la malédiction. Deux voies vous sont ainsi ouvertes …
[midrach Dévarim rabba 4,1-3]

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-> Le ‘Hovot haLévavot (Chaar I’houd haMaassé chap.5) écrit à ce sujet :
« La Torah est comparée au feu, comme il est dit : « Ma parole est semblable au feu, parole de Hachem » (Yirmiya 23,29), car d’une part, elle éclaire l’esprit de sa lumière […] et d’autre part, elle est capable de brûler celui qui s’écarterait de ses voies …

C’est la raison pour laquelle nous devons prendre garde à ne pas nous écarter du chemin de nos Pères et de la voie des Anciens. »

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-> « Si l’homme en a le mérite, la Torah devient une baume de vie ; mais s’il ne le mérite pas, elle devient pour lui un poison »
[guémara Yoma 72b]

-> « Sois heureux, Israël! Car lorsque tu accomplis la volonté du Créateur, aucune nation ne peut te dominer.
Et lorsque tu n’accomplis pas Sa volonté, tu es livré aux nations les plus méprisables, et tu es alors livré non seulement aux mains de ces nations, mais même à leurs bêtes. »
[guémara Kétoubot 66b – Rabbi Yo’hanan]

Le Maharcha fait remarquer que dans ces 2 situations, Rabbi Yo’hanan dit : « Sois heureux, Israël! », car le peuple juif demeure en toute situation sous la surveillance continue du Maître du monde.

-> « Ce n’est pas le serpent qui tue, c’est la faute »
[guémara Béra’hot 33a]

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-> « La bénédiction que (achèr) vous écoutez … et la malédiction si (im) vous n’écoutez pas » (Réé 11,27-28)

-> Selon le Sfat Emet, l’emploi de : « que » (pour la bénédiction) et de : « si » (pour la malédiction), nous fait prendre conscience que la malédiction divine ainsi que tous les maux s’abattant sur le monde, est le résultat de nos mauvaises actions.
[il y a une relation de cause à effet]

-> Le Ohr ha’Haïm commente : Ne pas écouter les paroles de la Torah est en soi une malédiction.
Comme l’annonce le verset, celui qui s’en abstient « se détournera du chemin » et finira par « aller après d’autres dieux ».

-> Le Ohr ha’Haïm enseigne également :
« Voyez » (réé) [avec les yeux du émét, et non humain éphémère!] = il ne faut pas se laisser abuser par le succès apparent des réchaïm : « car le racha n’a pas d’avenir » (Michlé 24,20).
Si vous obéissez, il n’y aura que bénédiction malgré les apparences ; si vous désobéissez, il n’y aura que malédictions bien que la 1ere impression puisse être favorable.

[dans le cadre du libre arbitre, le yétser ara a le pouvoir de nous faire voir une malédiction en bénédiction => la Torah emploie le mot : « voyez » (réé) = regarde bien pour faire le bon choix! Est-ce mon yétser ara qui me pousse à agir ainsi? ou bien est-ce la volonté de Hachem?]

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-> « Heureux est celui qui accomplit ne serait-ce qu’une seule mitsva, car il fait pencher la balance de la justice non seulement en sa faveur, mais pour le bien du monde en général »
[guémara Kiddouchin 40b]

-> « Regarde (singulier), Je place aujourd’hui devant vous (pluriel) la bénédiction et la malédiction »

Rav Yossef de Sloutsk dit que c’est l’idée soulignée par notre verset, qui avertit l’homme (au singulier) que ses actions exercent une influence sur la société en général (celle décrite au pluriel).
En effet, quand une personne accomplit des mitsvot, elle suscite une bénédiction Divine, tandis que lorsqu’elle pèche, elle attire des malédictions sur le monde entier.

[nous sommes tous liés (arévim) les uns aux autres, et chacune de nos actions impacte le monde entier.]

-> Le Alchikh haKadoch enseigne que chaque juif sans exception doit observer la Torah, et c’est pour cette raison que Hachem emploie la forme singulier : Réé.
Mais, bien que la Torah ait été donnée à tout le peuple, chaque juif porte la responsabilité individuelle de l’accomplir intégralement.

[de plus, pour chaque mitsva, chaque juif a la capacité de la sublimer en y injectant une kavana (intention), une joie, … qui est unique.]

-> Le Méam Loez explique que cet emploi du singulier (Réé) et du pluriel (lifnéhem), nous montre également que ce verset s’adresse à 2 groupes du peuple juif.
Le pluriel concerne les masses simples qui ont besoin de l’encouragement de la bénédiction (motivation de la carotte/récompense) et de la malédiction (peur du fouet/punition) pour observer la Torah.
L’élite, pour sa part, possède une vision élevée du rôle de l’homme ; elle est donc encouragée à « voir », c’est-à-dire à comprendre, la vraie raison de l’observance, qui est la valeur intrinsèque des mitsvot.
[telle est la volonté de D., indépendamment de toute malédiction et bénédiction]

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+ « Vois, Je place devant vous aujourd’hui la bénédiction et la malédiction »

On peut remarquer que ce verset commence au singulier : “Vois”, et se poursuit au pluriel : “Devant vous”.
En effet, Hachem place et dispose la même chose devant tout le monde, Sa direction du monde est la même pour tous (d’où le pluriel). Seulement, chacun comprend et voit ce qu’il vit en fonction de sa personnalité et à sa façon singulière (d’où le singulier).
[Rabbi Mendel Ména’hem de Kotsk]

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-> « Notre existence est belle à la mesure du regard positif que nous portons sur elle »
[Rav Eliyahou Lopian]

=> Pour toute chose de la vie, Hachem nous propose de voir cela positivement (c’est une bénédiction!) ou bien négativement (c’est une malédiction!).
Notre choix de vision, va définir notre perception de la vie.
Ainsi, à nous de choisir ce que l’on veut!

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-> Selon le ‘Hidouché haRim, ce verset fait allusion au fait que le peuple juif a reçu la capacité de faire clairement la différence entre la bénédiction et la malédiction, c’est-à-dire qu’ils peuvent discerner comme il se doit entre le bien et le mal.

En effet, parfois il peut arriver de vouloir faire une certaine action pensant qu’elle est bonne, alors qu’en réalité elle est mauvaise.
Ainsi, s’il le désire, un juif a la capacité de pouvoir distinguer entre ce qui est bien et ce qui est mal, de sorte à pouvoir choisir ce qui est vraiment bien, sans confusion.

Cela est en allusion dans ce verset qu’il faut comprendre comme s’il disait : « Vois, je donne devant vous aujourd’hui » la capacité de distinguer entre « la bénédiction et la malédiction », entre le bien et le mal.
Ainsi, il est possible de vraiment choisir ce qui est bien.

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+ « Voyez (Réé), Je vous propose en ce jour la bénédiction d’une part, et la malédiction de l’autre » (Réé 11,26)

-> Le Sfat Emet enseigne :
Le mot : « Réé » ne signifie pas : voir, mais plutôt : contempler et comprendre que Hachem veut qu’on reconnaisse que dans chaque fibre de ce monde, il y a de la bénédiction et de la malédiction.
Cela signifie que même la malédiction est une bénédiction cachée, et un juif doit travailler à révéler et apprécier la bénédiction contenue en toute chose.

=> Comment fait-on cela?

Il est écrit dans le verset suivant : « La bénédiction, quand vous obéirez aux commandements de Hachem, votre D. » (11,27).

La bénédiction se dévoilera, même lorsqu’elle vient sous l’apparence d’une malédiction, à partir du moment où nous sommes fidèles à la volonté de Hachem : étudiant Sa Torah, accomplissant Ses mitsvot, et en devenant intimement liés à comprendre Ses voies.
Cela amènera la bénédiction qui est cachée dans une malédiction.

[même si notre vie semble être difficile (tant ne semblant que malédiction), il faut savoir que de la réalisation d’un mitsva, il n’en découle au final que de bonnes choses.
L’inverse est valable, lorsqu’on agit contre la volonté de D. , certes sur le moment cela peut paraître une bénédiction, mais au final, au moment de faire les comptes on verra qu’on a énormément perdu à cause de cela.]

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+ « Voyez, Je vous propose en ce jour »

-> Le verset utilise le temps présent afin de nous dire qu’il n’est jamais trop tard pour changer.
Chaque jour de notre vie nous avons le choix de choisir le bon chemin.
[le Gaon de Vilna]

[en ce jour : quoique tu es pu faire par le passé, cela ne doit pas venir au détriment du présent.
En effet, même pour les pires fautes, la téchouva sincère est là pour nous permettre de repartir de l’avant sur une page blanche de nos fautes.]

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-> Selon la guémara (Kiddouchin 40a) : Si un juif a une pensée de faire une bonne action, Hachem considère comme s’il l’avait fait ; mais si la pensée est mauvaise, Hachem ne considère pas qu’il a fauté.
[l’exception sont les pensées d’idolâtrie]

-> Le midrach (Michlé 10) enseigne que lorsqu’un Sage (‘hakham) donne un cours et que les gens l’entendent, à ce moment précis, Hachem leur pardonne et expie les fautes d’Israël.

Cela signifie que le fait d’écouter les paroles de conseils moraux, de réprimandes du Sage, et que nous acceptons sur nous de suivre ces mots, même si nous n’avons encore rien pratiqué, alors à ce moment nos fautes sont pardonnées par le mérite de les avoir écoutés et acceptés. Cela est considéré comme réalisé!
[cela vient s’ajouter au mérite d’avoir étudiés la Torah]

Il est à noter que la guémara (Guittin 38a) nous averti : Une des raisons de perdre son argent est lorsque l’on s’occupe à prendre son repas plutôt que d’aller au cours du rav.

-> Hachem fait tout pour repousser les conséquences négatives d’une mauvaise action, dans l’attente d’une téchouva.
Par contre, pour une bonne action , Hachem donne une double récompense : pour la pensée et pour l’acte en lui-même!

-> « La bénédiction (ét habéra’ha) quand vous écouterez » (Réé 11,27)
Le Méam Loez commente :
Au moment où Hachem envoie une bénédiction, Il l’envoie en abondance, et elle contient de nombreuses bénédictions, mais quand Il envoie une catastrophe, il l’envoie de façon mesurée, parce qu’Il est miséricordieux.
C’est pourquoi il est dit à propos de la bénédiction : « ét », qui vient toujours inclure quelque chose, alors que : « ét » ne figure pas à propos de la malédiction.

[on a : אֶת הַבְּרָכָה (v.27) et וְהַקְּלָלָה (v.28)]

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-> « Vois (réé), je mets devant vous aujourd’hui la bénédiction et la malédiction »

Que signifie : « aujourd’hui », puisque la récompense des mitsvot n’est que pour le monde à venir?

Selon le Ramban, c’est pourquoi le verset continue en disant : « la bénédiction, quand vous obéirez aux mitsvot de Hachem votre D. » = c’est-à-dire que dans ce monde l’essentiel de la bénédiction ne porte que sur une aide pour écouter les mitsvot et les observer.

[en accomplissant une mitsva, il en découle une aide Divine et des conditions de vie favorisant le fait de pouvoir l’accomplir de nouveau dans le futur!
C’est d’ailleurs une signification de : « une mitsva entraîne une mitsva ».]

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-> Le terme : « Réé » (vois) provient du terme : « ora » (lumière), or il n’y a pas d’autre lumière que la Torah.
Un homme qui s’emplit de la lumière de la Torah aura le privilège d’une vue infinie, bien au-delà d’une vision physique limitée.
De même, lorsqu’un homme s’éclaire par la lumière de la Torah, il mérite de voir une abondance de bénédictions et de réussite.
Il se trouve donc que la vision de la bénédiction s’effectue par le biais de l’étude de la Torah qui prodigue la bénédiction à l’homme.

Moché a dit au peuple : « Réé », à savoir : ouvrez les yeux et regardez la voie de la Vérité pour que vous puissiez hériter des bontés et des bénédictions, et que la malédiction ne soit pas votre lot.
Si l’homme s’aveugle [par son égo, dépendant de ses désirs, …] pour éviter de découvrir la Vérité, c’est déjà une malédiction, en plus des malédictions supplémentaires qu’il recevra par décret de la Torah.
[…]

« Réé anokhi » (Voyez Je) = regardez-moi = Moché dit aux enfants d’Israël de le regarder, c’est-à-dire de constater le haut niveau qui peut être atteint par celui qui s’attache à la Torah.
En effet, Moché eut le mérite de parler directement avec D., de séjourner dans le Ciel auprès des anges durant 40 jours et d’accéder à des sommets de spiritualité. Or, il n’y parvint que grâce à son implication constante et à sa soumission totale à la volonté Divine.
Par son exemple personnel, Moché invitait les membres du peuple juif à s’attacher eux aussi à Hachem et à Sa Torah.

Il a transmis ce message quelques jours avant sa mort, témoignant de la pureté de ses sentiments, sans la moindre fierté déplacée, car à la porte de la mort l’homme n’est plus en proie à de tels sentiments.
En faisant, pour ainsi dire, sa propre louange, Moché signifie aux juifs leur devoir de réfléchir au niveau qu’il a pu atteindre et d’en être jaloux, puisque : « La compétition entre les disciples amène la sagesse » (guémara Baba Batra 21a).
[si un être humain a pu atteindre un tel niveau d’accomplissement personnel, c’est que je dois tout faire pour y tendre également!]

A travers les mots : « Réé Anokhi », Moché leur transmet également un autre message : en dépit de son niveau sublime et des innombrables mérites qu’il a à son actif, la mort l’emportera.
En dépit de sa piété, Moché devra lui aussi quitter ce monde et rendre des comptes devant le Tribunal céleste.
Ainsi, aucun juif ne devra se leurrer en pensant que son existence, dans ce monde, se prolongerait éternellement, mais au contraire garder à l’esprit la fin qui les attend et se préparer des « provisions » pour son éternité (mitsvot et bonnes actions).
[rabbi David ‘Hanania Pinto]

=> Avant de mourir, Moché expose en héritage ces vérités (ayom – en ce jour) à tout le peuple juif, lui montrant de façon visible : LA bénédiction et LA malédiction.
b’h, A nous de suivre son conseil, sa voie, celle de LA vie!

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+ « Vois (réé), je mets devant vous aujourd’hui la bénédiction et la malédiction » (Réé 11,26)

-> Le verset commence au singulier (« vois »), et continue au pluriel (« devant vous »).
Le rabbi ‘Haïm de Worms (frère du Maharal de Prague) y voit une preuve que même quand celui qui réprimande sait que de tous ceux qui l’écoutent, une seule et unique personne en sera influencée, on ne doit pas s’abstenir de parler en public.
En effet, Moché qui a parlé devant tout Israël (des millions de personnes!), alors que ses paroles s’adressaient à un seul et qu’il lui a dit : « Vois » (« réé » est au singulier), pour sauver une seule âme d’Israël.

[on ne doit pas agir par orgueil, en pensant qu’au regard de notre grandeur, il ne convient pas de « perdre » son temps pour un seul juif!
En effet, au-delà de l’infini valeur de tout juif, qui sommes-nous pour se croire supérieur à l’attitude de Moché?]

« Vous êtes les enfants de Hachem votre D. : ne vous tailladez pas le corps et ne vous rasez pas entre les yeux en l’honneur d’un mort » (Réé 14,1)

-> « Selon le Ibn Ezra, cela signifie que lorsqu’on a conscience d’être les enfants de Hachem, et que Son amour à notre égard est plus intense que celui d’un père pour son fils, il n’y aura jamais lieu de se taillader le corps à cause des malheurs, dont Il nous accable, car tout ce qu’Il fait est pour le bien.

Et si vous ne parvenez pas à le comprendre, soyez tout au moins comme des jeunes enfants qui ignorent le sens des décisions de leur père, mais qui s’en remettent néanmoins à lui.
C’est pourquoi il est dit à la suite : « Car tu es un peuple consacré à Hachem » = tu es un peuple différent des autres nations, et tu ne dois donc pas les imiter. »

[Ramban]

[d’un côté il est permis de pleurer la séparation/perte d’êtres proches, mais d’un autre, il nous est interdit de garder le deuil trop longtemps (cf. les durées fixées par nos Sages)]

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+ Les Sages dirent à rav Haménouna le petit lors du mariage de Mar fils de Ravina : « Chantez-nous quelque chose! »
Il entonna ce chant : « Malheur à nous qui allons mourir! Malheur à nous qui allons mourir! »
[guémara Béra’hot 31b]

-> Le Saba de Kelm explique :
Nulle joie n’est plus intense que celle éprouvée lorsque tous les doutes s’effacent, et nul moment n’est plus révélateur de Vérité que le jour de la mort.
Lorsque rav Haménouna mentionna la mort, tous les convives se remémorèrent le but de leur existence et en éprouvèrent une joie immense.

[notre vie peut être difficile actuellement (pourquoi continuer), mais aucun édifice ne s’est fait sans efforts!
A notre mort nous serons alors tellement fier de ce que nous avons pu bâtir grâce aux plans Divins, qui sont parfaits mais hors de notre compréhension sur le moment.]

-> Rabbi Moché Rozenstein (machguia’h de Lomza) propose une autre explication :
En déclarant : « Malheur à nous qui allons mourir! », il leur adressa ce message : « Vous devez être capable de vous réjouir sans pour autant détourner vos pensées du jour de la mort. Si vous réussissez à combiner ce mélange délicat, ce sera la preuve que votre joie est authentique. Mais si seul l’oubli de la mort vous permet de vivre des instants d’allégresse, ce sentiment n’est assurément pas de la joie mais une frivolité ordinaire. »

=> Comment parvient-on concrètement à se réjouir en pensant à la mort?

Lorsque l’on sait que l’on a convenablement servi le Créateur par le passé, ou tout au moins quand on prend la résolution de le faire à l’avenir.

[selon nos Sages, puisque la mort est ce moment de retrouvailles éternelles avec notre papa Hachem, le sentiment de peur de la mort prend racine en réalité dans notre peur de devoir affronter le Tribunal Divin, où nous devrons rendre des comptes sur tout (même la pensée que l’on aura eu seul dans son coin!).
Ainsi, lorsque dans ce monde nous faisons le maximum pour être en accord avec la volonté de D., alors il reste principalement la plus grande des joies : celle d’avoir toujours davantage de proximité avec Hachem!

Il ne faut pas être joyeux pour échapper à notre responsabilité « angoissante » de devoir rendre des comptes, mais plutôt être joyeux d’être sur le bon chemin de la Vérité, de pouvoir faire ce qu’il y a de mieux de notre vie (si Hachem le dit!), et cela vaut tous les désagréments passagers. ]

« Car vous traversez le Jourdain pour entrer au pays que Hachem, votre D., vous donne et pour le conquérir. Quand vous l’aurez conquis et que vous y demeurerez » (Réé 11,31)

-> Les mots : « vous traversez le Jourdain » semblent ici superflus car les juifs ne pouvaient entrer en terre sainte qu’en traversant ce fleuve.

En réalité, la Torah fait allusion au miracle qui allait se produire : le fleuve allait s’ouvrir en deux pour permettre au peuple juif de le traverser à pied sec.
Ce prodige allait être le premier parmi de nombreux autres miracles au cours de la conquête et de l’occupation du pays.
Ce miracle était le signe que le Ciel continuerait à aider les juifs.

Hachem a ordonné de prononcer les bénédictions et les malédictions dès l’entrée des juifs en terre sainte [d’Israël] afin qu’ils se rendent compte que leur existence ne suivrait pas un cours naturel.
En effet, loin d’être déterminés par le hasard, les juifs allaient choisir leur destinée en optant pour la voie de la bénédiction ou celle de la malédiction.

[le Sforno – rapporté dans le Méam Loez]

« La guématria du mot : riche (achir – עָשִׁיר) est de 580, tandis que celle du mot : pauvre est de : 130 (ani – עני).
La différence entre eux est de : 450, équivalent au mot : « [il] donnera » (yiten – יִתֵּן).

Nous devons combler le fossé entre les riches et les pauvres en donnant davantage de tsédaka et en venant en aide à ceux dans le besoin. »

[Rav Moché Yé’hiel haLévi Epstein]