« Moché envoya des émissaires depuis Kadéch auprès du roi d’Edom : « Ainsi a dit ton frère Israël Tu connais toutes les tribulations qui nous ont accablés. » (‘Houkat 20,14)

=> Comment le roi d’Edom pouvait-il savoir (« tu connais ») que le peuple d’Israël a rencontré de grandes difficultés ?

En fait, nos Sages rapportent que les frères Yaakov et Essav, ont une relation semblable à des vases communicants. Quand l’un s’élève, l’autre tombe.
Ainsi, quand Israël a éprouvé des souffrances sur leur chemin, il est sûr qu’à ce moment Edom (descendant de Essav) connaissait une période de grandes réussites.

De la sorte, Moché dit au roi d’Edom que du fait qu’il a pu constater une grande élévation pour son peuple, il peut en déduire et savoir par cela qu’Israël a alors rencontré des moments difficiles.

[le ‘Hatam Sofer]

« C’est pourquoi, il est dit dans le livre des guerres d’Hachem » (‘Houkat 21,14)

Les nations du monde font la guerre en utilisant des armes, mais les guerres que font les juifs, qui sont « des guerres d’Hachem », ils le font avec « le livre », allusion à l’étude de la Torah.
L’essentiel de la victoire du peuple d’Israël contre leurs ennemis s’obtient grâce à l’étude de la Torah qui se renforce dans notre peuple.

[Rabbi Méir Chapira de Lublin]

« Ceci est un statut de la loi (‘houkat haTorah) qu’a prescrit Hachem, en disant : avertis les enfants d’Israël de te choisir une vache rousse, intacte, sans aucun défaut, et qui n’ait pas encore porté le joug » (‘houkat 19,2)

-> Rabbi ‘Haïm Halberstam de Tsanz (Divré ‘Haïm) commente :
« Ceci est un statut de la loi  » = [Les cendres de la vache rousse doivent être aspergées sur une personne qui a été rendue rituellement impure par le contact avec un cadavre].

La cause profonde de tout péché est la convoitise et l’orgueil.
C’est l’origine de la faute d’Adam qui a apporté la mort dans le monde.
[lorsque nous fautons, nous ne faisons pas suffisamment preuve d’humilité pour nous soumettre à la volonté de D., plutôt qu’à la nôtre!]

Pour rectifier ce péché, les cendres de la vache rousse sont aspergées sur la personne impure.

Brûler la vache rousse exprime symboliquement que nous effaçons toute trace de matérialité, de sensualité et de convoitise anormale.
Par cela, le péché originel, cause de la mort, sera réparé et l’impureté quittera la personne souillée par le contact d’un cadavre.

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-> « Avraham dit : … Je ne suis que poussière (afar) et cendre (éfer) » (Vaéra 18,27)

Le Ben Ich ‘Haï commente : Avraham a fait preuve d’une humilité à la fois matérielle (son corps est comme poussière, à l’image de tout corps après la mort) et à la fois spirituelle (son âme est comme cendre, élément sans usage).

« Ce puits, des princes (Rachi: Moché et Aharon) l’ont creusé, les plus grands du peuple l’ont ouvert » (‘Houkat 21,18)

-> Le puits fait allusion à la Torah Orale.
Le mot puits, qui se dit “béer (באר), se rapproche du mot : “béour » (באור), qui signifie : « explication », allusion à la Torah Orale qui est l’explication la Torah Ecrite.
Or, la loi Orale émerge des Sages en Torah, et pour la mériter, il faut investir de grands efforts et se parfaire dans les 48 qualités/vertus que cite la Michna de Avot (Pirké Avot 6,6), qui permettent d’acquérir la Torah.
Par l’acquisition de ces 48 qualités, qui exige de grands efforts, l’homme devient un être de Torah, et peut épancher la Torah Orale.

=> C’est ainsi que le terme « béer » (באר) apparaît 48 fois dans toute la Torah, car ce sont les 48 vertus que citent nos Maîtres, qui font de l’homme un puits épanchant les eaux de la loi Orale, qui est le « béour » (explication) de la Torah Ecrite.

[d’après le Sfat Emet]

« Une vache rousse intègre qui n’a pas de défaut qui n’a pas porté le joug » (‘Houkat 19,2)

Le ‘Hozé de Lublin explique ce verset de la façon suivante :
Celui qui se considère parfait, sans défaut, cela est la preuve que cette personne ne porte pas le joug de la Royauté Divine.
Car celui qui porte véritablement ce joug, ne peut que trouver en lui de multiples défauts.

Ainsi, si quelqu’un pense qu’il « n’a pas pas de défaut », cela prouve « qu’il n’a pas porté le joug ».

« Vous parlerez au rocher » (‘Houkat 20,8)

Hachem a demandé à Moché de parler au rocher (du puits) afin qu’il produise de l’eau.
Qu’est-ce que Moché aurait dû dire au rocher?

Il aurait dû étudier un chapitre de Torah et alors le rocher aurait donné de l’eau.

[midrach Yalkout Chimoni]

« Ceci est le décret (‘houkat) de la Torah, que Hachem a prescrit » (‘Houkat 19,2)

-> Le terme « décret » (‘houka) fait référence à la mitsva de la vache rousse dont la raison n’a pas été révélée au peuple juif.

Le roi Chlomo (le plus sage de tous les hommes) a déclaré à son sujet : « J’ai dit que je deviendrai sage, mais elle [la mitsva de la vache rousse] était loin de moi » (Kohélet 7,23, d’après le midrach Bamidbar rabba 19,3).

=> Même en y mettant toute son incroyable sagesse, il n’a pu la comprendre.

-> Les eaux de la vache rousse avaient 2 propriétés contradictoires : elles purifiaient l’impur et rendaient impur le pur.
Cette mitsva semble contenir un paradoxe mystérieux : purifie-t-elle ou rend-elle impure ?
Le Midrach fait remarquer que seul Hachem, Qui est absolument Un, peut faire cela, car Son Unité permet de réunir les opposés et les divisions.

-> Le Béra’h Moché dit que cette mitsva a été donnée au peuple juif afin qu’il ne devienne pas arrogant, car on ne pourra jamais dire que l’on a une compréhension totale de la Torah, puisque l’explication de cette mitsva ne nous est pas accessible.
Plein d’humilité, nous devons suivre la volonté de D. même quand son sens nous est totalement caché.

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-> La Torah a voulu par l’expression : « Ceci est le décret », faire allusion que quiconque réaliserait ce commandement (de la vache rousse), bien qu’il ne connaisse pas la raison de cette loi irrationnelle, la Torah le considérera comme s’il a accompli toute la Torah qu’Hachem a ordonnée.

En effet, l’accomplissement d’un commandement irrationnel atteste de la foi et de l’acceptation de cette personne d’accomplir toutes les volontés de Son Créateur. »

[Ohr ha’Haïm haKadoch – Bamidbar 19,2]

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-> La mitsva de la vache rousse est une procédure qui fonctionne à l’opposé de toute logique.

Les eaux, confectionnées avec les cendres de la vache rousse purifient ceux qui sont impurs et rendent impurs ceux qui les préparent et qui étaient purs initialement.

L’expression : « Ceci est le décret » vient enseigner : ne crois pas que ce sont les cendres de la vache rousse qui ont un pouvoir purificateur ou impurificateur, mais c’est la volonté d’Hachem qui agit dans le sens indiqué par la Torah.

[Rabbi ‘Haïm Chmoulevitch]

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-> « Avraham dit : … Je ne suis que poussière (afar) et cendre (éfer)«  (Vaéra 18,27)

La guémara (‘Houlin 88b) enseigne que pour avoir dit : « afar » nous avons reçu la mitsva de la Sotah, et pour avoir dit : « éfer » nous avons reçu la mitsva de la vache rousse..

=> Comment comprendre que pour un seul acte d’humilité, Avraham nous a fait mérité 2 mitsvot?

Le Ben Ich ‘Haï (Ben Yéhoyda) apporte la réponse suivante.

Il existe 2 types différents d’humilité : l’humilité du corps et l’humilité de l’âme.

Certains en parlant de sujets spirituels attribuent tout à Hachem, mais dès que cela touche à la matérialité, il sont certains que tout n’arrive que grâce à eux.

D’autres, sont conscients que leur apparence physique, leur force, leur réussite, … provient totalement de Hachem, mais en ce qui concerne leur étude et leur accomplissement des mitsvot, ils s’attribuent tous les mérites.

Avraham a fait preuve d’une humilité à la fois matérielle (son corps est comme poussière, à l’image de tout corps après la mort) et à la fois spirituelle (son âme est comme cendre, élément sans usage).

Le peuple juif a reçu la mitsva de la Sotah qui représente la matérialité (poussière de terre dissoute dans l’eau) ; et la mitsva de la vache rousse pour la spiritualité (les cendres de la vache, ‘hok par excellence).

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-> Pourquoi est-ce que ces 2 mitsvot ont-elle nécessité un mérite pour les obtenir, contrairement au restant des 248 mitsvot positives?

Hachem a fait un miracle afin que l’on puisse facilement constater qu’une vache rousse n’a jamais porté de joug.
Il a placé 2 poils dans sa nuque qui y restent tant qu’elle n’a pas porté de joug, ce qui permet de la déclarer cashère.

De même, Hachem a fait un miracle avec la femme Sotah, afin que son mari puisse avoir un signe clair si elle est de confiance ou pas.
[Amenée au temple, elle suivre une procédure au terme de laquelle, si elle avait effectivement trompé son mari, elle décédait, et sinon elle était bénie de nombreuses bénédictions.]

Le Ben Ich ‘Haï conclut que ces 2 mitsvot sont spécifiques, dans le sens où D. a changé les lois de la nature afin de pouvoir les accomplir.
Nos Sages en ont déduit qu’elles n’ont pu nous être accordées que grâce à un mérite spécial.

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+ Quelques autres explications sur la mitsva de la vache rousse :

1°/ Selon le ‘Hatam Sofer :
Il rapporte un enseignement de la guémara qui dit que les juifs, compte tenu de leur haut niveau spirituel, n’auraient jamais dû commettre la faute du Veau d’or, et c’est seulement Hachem Lui-même qui les a poussés à cette faute pour enseigner à la communauté la force du repentir.

En effet, si une assemblée en venait à fauter, ils se diront que de même que lorsque le peuple a fait le Veau d’or, ils se sont repentis et Hachem les a pardonnés, ainsi eux-aussi en viendront à se repentir et ils seront pardonnés.

Il en ressort que les juifs étaient purs à la base.
Seulement, ils se sont souillés par la faute du Veau d’or malgré leur pureté, pour que d’autres personnes qui seraient impurs suite à leurs pêchés, apprennent d’eux la leçon du repentir et se purifient.
Or, comme le rapporte Rachi, la vache rousse venait expier la faute du Veau d’or.
[la vache, qui est la mère du veau, doit venir nettoyer la saleté de son fils – « Vienne une vache pour faire expier la faute du veau d’or » – cf. Rachi v.19,22].

=> Ainsi, à l’instar de la faute du Veau d’or, les cendres de la vache rousse aussi ont cette même particularité : elles rendent impur celui qui est au départ pur dans le but de purifier l’impur.

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2°/ Selon le Rabbi Mena’hem Mendel de Vorka :
Il disait que le secret de la vache rousse fait écho à la mitsva d’aimer son prochain.
En effet, les cendres de la vache rousse purifiait celui qui était impur et rendait impur celui qui était pur.
Ainsi, le Cohen était prêt à devenir impur et à contracter l’impureté, le tout pour purifier son prochain.

Cela nous permet de comprendre un midrach qui enseigne que Hachem n’a révélé le secret de la vache rousse qu’à Moché et à personne d’autre. En effet, Moché n’a pas seulement accepté de se rendre impur pour son peuple, mais il a été prêt à disparaître totalement (« efface-moi du livre que Tu as écrit (la Thora) »).
C’est grâce à cet acte d’amour absolu, que lui seul a pu atteindre le niveau pour comprendre ce secret de la vache rousse.

-> Nous allons voir un enseignement du Rabbi de Loubavitch permettant de développer l’idée précédente.

D’un côté, le Cohen qui s’affairait à purifier son prochain devenait lui aussi impur, car il devait créer un lien entre lui et la personne impure qu’il allait purifier.
Il devait lui aussi descendre de niveau et se mettre dans la situation d’impureté du juif qu’il allait rendre pur.

Mais d’un autre côté, l’impureté qu’il contractait à cette occasion était plus faible, car elle ne durait qu’un seul jour, contrairement à la personne impure au contact d’un mort, qui allait être purifiée par les cendres de la vache rousse, dont l’impureté s’étendait sur 7 jours.

[La vache rousse renvoie à l’idée que parfois, il faut savoir se jeter (de façon maîtrisée) dans la boue afin de pouvoir relever un frère juif qui y est, et lui redonner alors toute sa dignité.
Certes je me suis sali, mais voir autrui de nouveau propre, pur : qu’elle joie! ]

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3°/ Selon le Baal Chem Tov :
Il explique que la vache rousse symbolise le fait d’accomplir les mitsvot dans un but intéressé, pour obtenir des honneurs par exemple. En effet, la couleur rouge représente ce qui n’est pas pur, à l’instar de celui qui respecte les mitsvot de façon intéressée, dont l’intention n’est pas pure et relève de la couleur rouge.

Nos Sages enseignent qu’au départ, il convient justement de pratiquer la Torah avec des intentions intéressées, car cela est un moyen de se motiver et de rendre plus facile la pratique, qui peut paraître difficile au début.
Mais, le but final est d’en venir à une pratique désintéressée (sans intérêt personnel), uniquement pour réaliser la volonté d’Hachem, et s’il ne le fait pas, cela lui sera considéré comme une faute.

=> La vache rousse qui symbolise le service divin intéressé, purifie l’impur, c’est-à-dire qu’elle permet de rapprocher celui qui vivait jusqu’à présent dans la faute et l’impureté. L’impur devient pur (comme attiré par la carotte).
En revanche, celui qui est arrivé à un niveau de pureté et est déjà bien engagé, alors pour lui, la pratique intéressée sera négative et sera considérée comme une faute relevant de l’impureté.
La vache rousse rend le pur impur : il devra se débarrasser de son intérêt personnel dans l’accomplissement des mitsvot.

[Un enfant a besoin d’être motivé par des sucreries, tandis qu’un adulte n’en a pas besoin puisqu’il sait que c’est ce qu’il doit faire, que c’est pour son bien ultime.
Il en est de même dans la pratique de nos mitsvot, où notre maturité spirituelle se traduit par des actes désintéressés.]