« La terre que nous avons parcourue pour l’explorer est une terre qui dévore ses habitants » (Chéla’h Lé’ha 13,32)

-> Les habitants d’Israël avaient coutume de déposer leurs morts dans des cercueils et d’attendre qu’un juste ou une personnalité meure pour les enterrer en même temps.
Ainsi, le mérite de ce dernier les feraient tous accéder avec lui au monde à venir.

Par conséquent, lorsque Iyov est mort, il y a eu un grand nombre d’enterrements, ce qui a donné l’impression trompeuse que le pays tuait ses habitants.
Les explorateurs ont simplement vu l’enterrement de Iyov en même temps que beaucoup d’autres.
[le Sifté Cohen]

[Le Maharcha (sur Baba Batra 15a) dit que Iyov a protégé sa génération pendant sa longue vie, à l’image d’un arbre élancé et touffu offrant de l’ombre à tous]

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-> Si Moché n’avait pas envoyé les explorateurs, les enfants d’Israël auraient reçu la terre sans livrer aucune guerre.
[Sforno – Dévarim 1,21]

-> Selon un avis (Yérouchalmi Sotah 7,5), il n’y avait pas 12 explorateurs, mais 24 (2 par tribus).

-> Le verset 4, fait état du nom des explorateurs.
Selon le Ramban, ils sont cités par ordre d’importance (Kalev en 3e position et Yéhochoua en 5e).

Le Tsror haMor dit qu’ils sont énumérés selon la puissance de leur amour pour la terre d’Israël.
Selon le Sforno, c’est par ordre d’âge.

-> Le vin produit par la grappe géante de raisin a suffi pour les 40 ans de séjour dans le désert.
[midrach Chir haChirim 4,13]

[d’après certains, il a également servi pour les libations (nessakhim) offertes au michkan.
Les libations sont une mitsva donnée par Hachem lorsqu’Il vit le peuple regretter amèrement d’avoir fauter suite aux explorateurs, rentrant alors dans une grande tristesse. Il leur transmit cette mitsva de verser du vin sur l’autel, afin de les apaiser (nouvel mitsva, et le vin réjouit les gens tristes). ]

Selon le Min’ha Béloula, le volume de la grappe était de 9 200 litres, soit 2 tonnes.

-> Kalev et Yéhochoua n’ont rien ramené d’Israël.
Miraculeusement, il n’a fallu que 8 explorateurs pour porter la grappe de vin.
Un autre explorateur avait une figue et un autre une grenade.

-> Selon le Haamek Davar, les explorateurs n’ont jamais vu les géants mais seulement leurs enfants.

Le Yalkout Méor Aféla décrit comment un des enfants de ces géants a soulevé un explorateur et l’a mis dans sa poche, comme il l’aurait fait pour une sauterelle.

-> Selon le Kli Yakar, les explorateurs pensaient avoir l’air de sauterelles (cf. v.13,33), mais les géants les voyaient comme des fourmis (encore plus petits).
=> L’homme a tendance à se voir plus beau qu’il n’est réellement, et cela conduit souvent à ne avoir besoin de Hachem dans sa vie.

Pour le rabbi de Kotsk, ils n’avaient pas le droit de faire état du point de vue des géants, et ils n’auraient dû se soucier que de leur mission et non de l’impression qu’ils avaient produite sur les habitants du pays.
=> En faisant trop attention au regard environnant plutôt qu’à notre objectif dans la vie, on en vient à passer à côté de l’essentiel de notre vie.

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-> « Tous les gens que nous y avons vus étaient gigantesques! » (Chéla’h Lé’ha 13,32)

Le nombre de géants avancé par les explorateurs était exagéré et selon Abarvanel, il n’y avait de géants qu’à ‘Hevron et ils étaient seulement au nombre de 3.

-> « [Toute l’assemblée dit :] … il vaut mieux pour nous retourner en Egypte! » (Chéla’h Lé’ha 14,3)

D’après certaines opinions, comme tous les égyptiens semblaient avoir péri à la mer Rouge, les enfants d’Israël croyaient qu’ils vivraient en hommes libres en Egypte.

Certains (midrach haGadol, Malbim, Ramban) disent que le peuple a dit : « … en Egypte, nous pourrons alléger un peu le joug que de la Torah nous impose et servir des dieux moins exigeants. Nous pourrons enfin vivre comme n’importe qui d’autres en Egypte. »

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-> Les explorateurs (sauf Kalev et Yéhochoua) sont frappés par une épidémie prodigieuse.

Sans que rien ne l’ait laissé prévoir, leur langue enfle démesurément et, sortant de leur bouche, elle s’allonge jusqu’à leur ventre tandis que des vers grouillants s’en échappent pour pénétrer dans leur nombril.
Leur langue difforme et boursouflée et leur corps infesté par la vermine indiquent clairement que la mort des explorateurs, qui se sont servi de leur langue pour médire de la terre d’Israël, résulte de calomnies.

De plus, comme ils sont les seuls à mourir à ce moment, il est évident que ce sont leurs propos médisants qui ont causé leur perte.
[Abarbanel ; Targoum Yonathan ; Sité Cohen ; …]

-> Selon Rachi (Michlé 26,22), les explorateurs ont succombé à une affection de la cavité buccale et d’un gonflement mortel des intestins.

-> Selon le Magen Avraham (580,2), les explorateurs se sont repentis au dernier moment.
Le Sifté Cohen dit qu’ils ont accepté le châtiment sanctionnant leurs actes et reconnu qu’ils en méritaient un plus terrible encore pour leur faute.

-> La guémara (Arakhin 15a) met en avant les conséquences qu’à le lachon ara sur de l’inanimé (une terre, des pierres, …).
=> A plus forte raison sur des êtres humains!!

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+ Les conséquences de la faute des explorateurs :

Pendant 40 ans, le peuple va errer dans le désert.
[à ce moment, le peuple était déjà dans le désert depuis 2 années, que D. a comptabilité dans les 40 ans par amour pour nous!]

La présence divine continuera à résider parmi eux, mais la relation entre D. et Israël ne sera plus exactement la même.

-> La brise du nord, qui a maintenu une température agréable dans le camp, va cesser de souffler et il fera dorénavant si chaud que pratiquer la brit mila comportera un risque de danger mortel, au point que l’on ne pourra plus l’accomplir. [guémara Yébamot 72a avec Rachi ; Maharcha]

En conséquence, le peuple ne pourra plus apporter le korban Pessa’h durant le reste de son séjour dans le désert. [Sifrei]

-> Bien que D. réside dans le camp, Il n’adresse plus la parole ni à Moché ni à Aharon.
C’est seulement lorsque toute la génération coupable aura péri que D. se révélera de nouveau.
[Mékhilta Bo ; guémara Taanit 30b avec Rachi]

-> Chaque année, la nuit du 9 Av, tous les hommes de la tranche d’âge destinée à mourir (de 20 à 60 ans au moment des faits) creusent des tombes et s’y allongent pour la nuit.
Certains ne se réveillent pas, mais étant donné le niveau spirituel de la génération, leur corps de se décompose pas.

Lorsque ceux qui sont encore en vie se réveillent le 9 Av au matin, ils entendent une voix proclamer : « Que les vivants se séparent des morts! »
A ce moment, ils se lèvent et quittent leur tombe.

Ce cérémonial se répète tous les ans à la même date pendant les 38 années suivantes jusqu’à ce que les 600 000 hommes de cette tranche d’âge soient morts, une moyenne de 15 000 hommes par an.
[Pirké déRabbi Eliézer 41 ;Sifté Cohen]

-> Le 9 Av de la 40e année, le processus se répète, mais le matin les juifs découvrent que personne n’a péri.
Pensant avoir mal calculé la date du 1er jour du mois et que le 9 Av n’est pas encore arrivé, ils se couchent à nouveau dans leur tombe, mais au matin suivant tous sont encore vivants.

La même scène se répète jusqu’au 15 Av où l’apparition de la pleine lune leur assure définitivement qu’ils n’ont pas commis d’erreur et que le décret a vraiment pris fin.
Ce jour est marqué par une joie particulière, qui sera commémorée tous les 15 Av.
[guémara Taanit 30b avec Rachi et Tossafot]

-> D’une manière générale, seuls ceux qui atteignaient 60 ans mouraient.
Le Maharcha précise que tous les hommes concernaient par le décret divin creusaient quand même leur tombe car une minorité mourait avant d’avoir atteint cet âge.

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-> Le Sifté Cohen (Bamidbar 14,34) fait remarquer que D. a montré une grande miséricorde vis-à-vis de Son peuple.
En effet, si le le périple avait duré les 160 jours que ce parcours (de la visite de tout Israël) aurait normalement dû prendre, le peuple serait resté dans le désert pendant plusieurs générations.
S’il avait été plus court, les hommes âgés de 20 ans à l’époque, seraient morts avant d’atteindre la soixantaine.

Par ailleurs, en entendant que les enfants d’Israël avaient quitté l’Egypte, les Cananées ont déraciné tous les arbres de leur pays de crainte que les enfants d’Israël n’envahissent la région.
Ils ont également mis le feu à toutes les maisons, et il leur faudra 40 ans pour les reconstruire.
[Chémot rabba 20,15 ; ‘Hatam Sofer]

-> Le ‘Hovot Yaïr (responsa 250) dit que sur les 37 ans qu’il leur restait à passer dans le désert, ils n’ont creusé une tombe que 28 fois (le 9 Av tombant 9 fois un Shabbath, et il est interdit de creuser ce jour-là).
Selon d’autres opinions, les tombes étaient creusées la veille du 9 Av, ce qui résolvait le problème.

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-> Les femmes, qui n’ont pris aucune part à la rébellion, ne sont pas concernées par le décret divin et bénéficieront d’une longévité normale.
Un grand nombre de femmes a donc sans doute mérité de vivre assez longtemps pour entrer dans le pays.

Yéhochoua et Kalev sont les seuls homes âgés de 20 à 60 ans à avoir survécu dans le désert.

-> Selon le Sifté Cohen (Bamidbar 14,29), le érev rav n’a pas mérité d’être inhumé.
Lorsqu’on essayait d’enterrer l’un de ces pêcheurs, la terre vomissait son cadavre.

-> Selon Rabbénou Bé’hayé (Bamidbar 14,30), bien que Moché et Aharon n’aient pas mérité non plus d’être enterrés en terre d’Israël, ce sont eux qui mèneront les autres (ceux morts dans le désert) en Israël au moment de la résurrection des morts.

Rabbénou Bé’hayé (Dévarim 2,17) enseigne également que chaque année, Moché lui-même s’endeuillait pour ceux qui mouraient le 9 Av.

« Selon le nombre de jours que vous avez exploré le pays, soit 40 jours, un jour pour une année, un jour pour une année, vous porterez vos fautes durant 40 années » (Chéla’h Lé’ha 14,34)

-> Rachi (v.13,25) rapporte le mdirach Tan’houma :
« N’est-ce pas que le pays avait 400 parsa (1 600 kilomètres) sur 400 parsa.
Or, un homme moyen peut parcourir 10 parsa (40 kilomètres) par jour.
Il faut donc 40 jours pour traverser le pays de l’est à l’ouest et eux ont traversé (le pays) en longueur et en largeur.

[L’exploration aurait donc duré 80 jours.] Mais D. savait qu’il décréterait contre eux une année (de séjour dans le désert) par jour (d’exploration), Il leur a alors écourté le chemin. »

=> D. dans sa bonté, a fait le miracle de contraction du chemin (kéfitsat hadéré’h) afin d’écourter de moitié le séjour dans le désert et entrer plus vite en Israël.

Mais, pourquoi lier la durée de la sanction à la durée de leur exploration (un jour par an)?

Rabbi ‘Haïm Chmoulévitch dit que la faute des explorateurs n’est pas seulement la médisance (lachon ara), mais leur péché principal est d’avoir porté un regard dédaigneux sur la terre d’Israël, une vision déformée et négative qui est la racine de leurs propos médisants du pays.

=> Nous pouvons généraliser cet enseignement : la faute de lachon ara, de médire ou dénigrer quelqu’un, a pour racine un regard négatif et déformé sur son prochain.

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-> Cette attitude est contraire à l’esprit de la Torah dont le préalable est l’union des cœurs :
– Le fait que : « Israël campa [au mont Sinaï] comme un seul homme, d’un même cœur » (Rachi – Chémot 19,2) ;
– entraîna : « Etant donné qu’Israël a (finalement) détesté la discorde, aimé la paix et campé d’un même cœur, c’était le moment (opportun) de leur donner Ma Torah » [Déré’h Erets Zouta, à la fin]

=> Nous devons avoir un regard qui nous lie avec notre prochain (en se focalisant sur ses aspects positifs), plutôt que de nous diviser (en se focalisant sur ce qui nous semble négatif).

Papa Hachem est tellement heureux lorsqu’Il voit que Ses enfants s’aiment et s’entendent bien entre eux, qu’Il comble alors tout le monde de bénédictions.
[« Pour fêter ça : c’est ma tournée de bra’ha pour tout le monde, et ce quelques soient vos mérites individuels! » ]
C’est ainsi que D. n’a donné son bien le plus cher (la Torah) qu’une fois qu’il y avait de l’unité.

[que c’est dur pour des parents de voir leurs enfants ne pas s’apprécier, ne pas s’entraider!]

« Pourquoi le chapitre relatif aux explorateurs fait-il immédiatement suite à celui de Myriam?

Parce qu’elle a été punie pour avoir calomnié son frère, et ces dépravés, qui ont pourtant assisté à cet événement, n’en ont pas tiré la leçon. » (Rachi – Chéla’h Lé’ha 13,2)

-> Le rav Aharon Leib Steinman (Ayélet haCha’har) dit qu’il est certes plus grave de parler négativement d’un être humain que d’un objet inanimé, mais les explorateurs aurait néanmoins dû apprendre de Myriam l’importance de prendre soin d’utiliser positivement son langage.

-> Le rav Shlomo Margolis (Darké haChlémout) enseigne que l’erreur des explorateurs a été de voir la terre d’Israël comme des pierres et des branches inanimées, et dans ce cas il n’y avait pas de leçon a retenir de la punition de Myriam.

Mais en réalité, la sainteté de la terre d’Israël rend chaque élément du pays aussi vivant et réel qu’un être humain.
A la différence du restant du monde, Israël n’est pas une vulgaire terre sans vie …

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« Kalev fit taire le peuple à l’endroit de Moché et dit : « Nous monterons assurément et la conquerrons, car nous le pouvons certainement! » (Chéla’h Lé’ha 13,30)

Pourquoi est-ce particulièrement Kalev qui a essayé de réduire au silence les explorateurs, et non pas Yéhochoua pour lequel Moché a prié?

Selon rabbi Yéhouda Gross, une réponse est que Kalev était le mari de Myriam, et il a ainsi été témoin aux premières loges des conséquences dévastatrices du lachon ara, en étant témoin de ce que c’est passé avec sa femme.

Or, Rachi explique que ce qui a poussé les explorateurs à fauter c’est de ne pas avoir appris de l’épisode de Myriam.
C’est pourquoi, c’était spécifiquement à Kalev, qui était très sensible aux dangers du lachon ara, et qui a tout fait pour mettre un terme à cela.

« Moché les envoya … c’était tous des hommes (anachim) de bien (considérés), chefs des enfants d’Israël » (Chéla’h Lé’ha 13,3)

-> Selon Rachi : « Le mot « anachim » désigne dans la Torah des hommes de bien, éminents et à ce moment là (à leur départ), ils étaient irréprochables. »

-> Le Rokéa’h fait remarquer que les dernières lettres de : שְׁלַח-לְךָ אֲנָשִׁים forment le mot : ‘hakham, indiquant que ces hommes étaient des érudits.

-> Selon Ramban : « Ils (les explorateurs) étaient des chefs et des princes du peuple … et ils n’avaient pas le même niveau (de sagesse).
Le plus respectable a été nommé en premier, car c’est par rapport à leur qualité personnelle qu’ils ont été cités (dans l’ordre décroissant) et non pas par rapport aux qualités de leur tribu. »

-> Dans la liste de niveau décroissant des 12 explorateurs cités dans les versets 4 à 15, Kalev et Yéhochoua, qui ont été les seuls à avoir le mérite de ne pas médire d’Israël, occupent la 3e et la 5e place respectivement dans cette liste.

=> Comment en seulement 40 jours, les 10 explorateurs, dont certains avaient un niveau supérieur à celui de Kalev et Yéhochoua, ont pu chuter spirituellement si bas (Rachi : « ils dirent cela contre Hachem » – v.13,31)?

-> « D’après le Zohar (v.13,3), c’est la recherche des honneurs qui est la cause de la médisance du pays par les explorateurs, ce qui a entraîné leur mort et celle de toute la génération (du désert).
En effet, ils craignaient qu’en entrant dans la terre d’Israël, leur honorabilité diminuerait en perdant leur titre de prince des tribus d’Israël et que d’autres prendraient leur place. »
[Ram’hal – Messilat Yécharim 11]

-> Leur souci est d’autant moins compréhensible qu’ils n’étaient pas des chefs de tribu de mille, mais des simples chefs de cinquante, comme l’explique le Baal haTourim (v.13,3) :
« Le mot המה (éma – eux) a une valeur numérique de 50 pour t’apprendre qu’ils n’étaient que des chefs de 50. »

Rabbi ‘Haïm Chmoulévitch (Si’ha 83) de commenter :
Combien de chefs de 50 existait-il dans le peuple d’Israël composé de 600 000 hommes adultes?

Il y en avait : 12 000!
Malgré leur position sociale peu importante (puisque assez commune), ils ont pourtant jugé que tout le peuple devrait demeurer dans le désert sans rentrer en Israël de peur que le « petit honneur » de chef de 50 dont ils jouissaient dans le désert soit diminué.

=> Nous voyons combien est grand le danger enfoui de la poursuite des honneurs.

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-> Rabbi Israël Salanter affirme que l’homme a tendance à justifier son attitude en couvrant ses volontés personnelles et intéressées par un voile d’attitude noble inspirée par son intellect, à l’exemple des explorateurs.
Seul Hachem peut savoir ce qui se trame dans les replis et profondeurs de nos cœurs.

Par exemple, les explorateurs ont justifié leur désir d’honneur par une volonté plus noble : « Les Cananéens ont entendu que nous allons conquérir le pays et ils vont cacher leur argent (et leur biens) … Nous ne trouverons rien. La parole (la promesse) de D. serait alors annulée! » (Yalkout Chimoni Bamidbar 742).

[Hachem qui peut tout faire, va permettre aux juifs de trouver ces biens : « Quand Hachem ton D. t’aura conduit dans le pays qu’il avait juré à tes pères … avec des maisons regorgeant de toutes sortes de biens » (Dévarim 6,10-11) ]

« Moché les envoya du désert de Paran sur la proposition de Hachem ; c’étaient tous des notables (anachim), chefs des enfants d’Israël étaient-ils » (Chéla’h Lé’ha 13,3)

-> Rachi explique l’utilisation du terme « anachin », comme signifiant qu’au moment où ils sont partis ils étaient des justes et ils n’avaient aucune intention de parler négativement de la terre d’Israël.

Regardons de plus près les mots que Rachi utilise : « béota chaa kéchérim ayou ».
=> Il semble nous signifier que les explorateurs étaient encore des justes pendant 1 heure après leur départ? Sur quoi se base-t-il pour affirmer cela?

Nous allons voir la belle réponse apportée par le rav Eizel Charif, alors qu’il n’avait que 8 ans.

-> « Selon le nombre de jours où vous avez exploré la terre, 40 jours, un jour pour une année, un jour pour une année, vous porterez vos iniquités, 40 ans, et vous saurez ce que [signifie] se détourner de Moi » (Chéla’h Lé’ha 13,34)

On a :
1 jour d’exploration = 1 année dans le désert ;
24 heures = 1*12 mois
=> 1 heure d’exploration = 1/2 mois dans le désert, soit 15-16 jours.

-> Le peuple juif a quitté l’Egypte le 15 Nissan, 1er jour de Pessa’h.
Il est entré en terre d’Israël le 10 Nissan (cf.Yéhochoua 4,19), ce qui correspond à 5 jours en avance par rapport au décret des 40 années dans le désert.

-> Rachi écrit (Dévarim 1,2) que si les juifs avaient mérité de traverser le désert directement pour aller en Israël (sans faire aucun détour), il aurait fallut 11 journées.
Cette période ne doit donc pas être comptabilisée dans la punition des explorateurs (40 ans d’errance).

=> Suite à ce constat, il ressort qu’il manque une période de 1/2 mois (16 jours) sur les 40 années.

Afin de résoudre cette difficulté, Rachi a conclu qu’ils avaient de bonnes intentions pendant la 1ere heure de leur mission, ce qui justifie la réduction de la peine pour cette durée.

« Moché les envoya du désert de Paran sur la proposition de Hachem ; c’étaient tous des notables (anachim), chefs des enfants d’Israël étaient-ils » (Chéla’h Lé’ha 13,3)

-> Rachi fait remarquer que le qualificatif « anachim » (notables), révèle qu’au moment de leur départ en mission, ils étaient tous des justes.

[Il apparaît qu’ils n’avaient alors aucune intention de médire sur la terre d’Israël]

=> Comment comprendre que des personnages si importants ont si rapidement et radicalement mal tournés?

-> Le Maharal (Gour Aryé Dévarim 1,22) enseigne que le peuple juif dans son ensemble avait peur de la population résidant en Israël, au point qu’il ne pensait pas pouvoir la vaincre pour prendre possession du pays.
Les explorateurs ont été envoyés en tant que représentants du restant de la nation, et le principe est qu’un envoyé (chalia’h) devient influencé par les intentions de ceux qui l’envoient en mission.

La guémara (Kidouchin 41b) dit : « l’envoyé d’une personne est comme cette personne » (chlou’ho chel adam kémoto).

Bien qu’il y ait à ce sujet des débats en terme de loi juive, le Ohr ha’Haïm haKadoch (Chéla’h Lé’ha 13,2) explique que cela peut se comprendre de façon littérale.

Lorsqu’une personne accepte une mission et est d’accord d’en être l’émissaire, elle devient spirituellement connectée à celle qui l’a mandaté et influencé dans ses objectifs.

Ainsi, bien que les espions étaient eux-mêmes des justes dès qu’ils ont été envoyés en exploration, devenant les émissaires de toute la nation, ils se sont transformés pour devenir comme ceux qui les ont envoyés.

-> Par exemple, le ‘Hafets ‘Haïm a envoyé le rav Méïr Shapiro pour le représenter au 2e Knéssia Gédolah (congrès mondial de Torah – en 1929), ne pouvant pas s’y rendre personnellement.
Les rabbanim ont voulu l’honorer en le faisant intervenir en 1er, mais le rav Shapiro leur a demandé de passer à la fin afin de pouvoir bénéficier de l’influence du ‘Hafets ‘Haïm (l’ayant mandaté pour cette tâche), le plus longtemps possible.

-> Le ‘Hatam Sofer fait remarquer que la Torah appelle parfois un émissaire par : mal’akh (un ange).
Pourquoi cela?

Si l’émissaire est influencé par celui qui l’a envoyé en mission, à plus forte raison lorsque l’initiateur est Hachem.
Ainsi, une personne agissant comme émissaire de D. mérite d’être dénommée : un ange (mal’akh).

« Nous avons crié vers Hachem et Il a entendu notre voix ; il a envoyé un émissaire (mal’akh) et nous a fait sortir d’Egypte » (‘Houkat 20,16).

Il s’agit de Moché (cf.Rachi), et puisqu’il agissait comme un émissaire de D., il a mérité d’être appelé un : mal’akh.

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Cependant, la Torah est claire sur le fait qu’ils ont dû rendre des comptes pour ce qu’ils ont fait, au point de mourir tragiquement (v.14,36-37).
=> Puisque leur faute provenait de l’influence négative du peuple, pourquoi ont-ils été punis? Que pouvaient-ils faire d’autre?

Le ‘Hidouché haRim explique qu’avant de partir, les espions n’auraient pas dû se voir comme des représentants de la nation, mais plutôt comme des émissaires de Hachem et de Moché.
Cette faute va avoir des conséquences décisives et fatales.

-> Le Sfat Emet enseigne que nous devons appliquer cela à notre vie quotidienne.
En effet, normalement nous faisons nos choix en fonction de ce qui nous semble être correcte et logique.

Cependant, lorsque nous nous engageons à ne pas agir selon nos motivations personnelles, mais uniquement parce que Hachem souhaite que nous le fassions, nous méritons alors une bénédiction et un succès énormes, car grâce à cela nous devenons, dans chacune de nos actions, des anges représentants Hachem.

« Envoie toi-même des hommes pour explorer le pays de Canaan » (Chéla’h Lé’ha 13,2)

Il y a une ressemble entre : « chéla’h lé’ha » et « lé’h lé’ha ».
Rachi commente Lé’ha : « Pour ton bonheur et pour ton bien. » (Lé’ha lé’ha 12,1)

=> Il semble que le fait d’envoyer les espions, qui a fini en désastre (morts + errance de 38 années supplémentaires dans le désert), a été en réalité quelque chose de positif, d’avantageux pour le peuple juif.

Comment comprendre cela?

b’h, Nous allons voir une réponse du rabbi David Feinstein.

-> « Le peuple pleura cette nuit-là » (Chéla’h Lé’ha 14,1)

Ces larmes ont eu des conséquences : « [D. dit : ] Vous avez pleuré sans raison ; J’établirai pour vous une raison de pleurer [ce jour là] pour les générations à venir. »
[guémara Taanit 29a ; ainsi que Rachi sur Téhilim 106,27]

Cette nuit du rapport des explorateurs était celle du 9 av, et c’est ce jour là que les 2 Temples ont été détruits et que beaucoup d’autres tragédies touchèrent le peuple juif à travers l’histoire.

-> Le Baal haTourim fait remarquer que la guématria de : chéla’h (שלח) est de 338, et c’est une référence à l’année 3338 de la Création, durant laquelle le 1er Temple a été détruit.

-> « Mizmor de Assaf. Ô D., des païens ont envahi ton héritage, souillé ton Temple saint, réduit Jérusalem en un monceau de décombres. » (Téhilim 79,1)

Un mizmor est normalement un chant pour exprimer notre gratitude et nos louanges à Hachem.
Ce Téhilim abordant la destruction du Temple, devrait plutôt être une « kina », une expression de notre tristesse et une lamentation.
Pourquoi le commencer par « mizmor »?

Nos Sages (midrach Béréchit rabba 42,3) enseignent que Hachem « a laissé éclater Sa colère sur le bois et les pierres », ce qui signifie qu’au lieu de détruire les juifs pour leurs fautes, Il a redirigé Sa colère sur le Temple et a expié nos fautes par sa destruction.

=> Ceci explique pourquoi Assaf a fait un chant de louanges à Hachem.

En reliant tout cela, rabbi David Feinstein dit que puisque cette destruction du Temple nous a été si bénéfique, et puisque qu’elle a été déclarée en raison de la faute des explorateurs, le terme lé’ha témoigne bien de : cela est à notre avantage.
[cela nous a évité de subir directement la colère de D.]