Questions/Réponses – Paracha Bo

+ 3 Questions/Réponses – Paracha Bo :

1°/ Le Zohar haKadoch (II,38a) enseigne que la nuit de la libération d’Egypte, une énorme lumière a brillé entraînant qu’il faisait aussi clair qu’en pleine journée.
S’il n’a pas fait sombre et que la journée du 14 Nissan ne s’est jamais terminée, comment ont-ils pu dans ce cas réaliser la mitsva de : « Ils mangeront la viande cette nuit-là » (Bo 12,8)?

-> Le Mirkévet haMichné répond que durant la 1ere moitié de la nuit, lorsque les juifs ont mangé le sacrifice de Pessa’h, il faisait noir obscur comme habituellement la nuit, et c’était considéré comme la nuit du 15 Nissan.
Ce n’est que pendant la 2e moitié de la nuit, après que les premiers-nés égyptiens aient été tués, qu’il a fait clair comme en plein jour.

-> Le Targoum Yonathan ben Ouziel (19,4) écrit que pendant la nuit de la libération d’Egypte, Hachem a emmené les juifs sur l’endroit du Temple à Jérusalem afin d’y offrir et d’y manger leur sacrifice Pessa’h. Il les a ramenés en Egypte plus tard cette nuit là.
La lumière brillait en pleine nuit en Egypte, mais pas en terre d’Israël, ce qui leur a permis de manger le sacrifice durant la nuit du 15 Nissan, à Jérusalem.

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2°/ Selon Rachi (Bo 10,22), un des objectifs de la plaie de l’obscurité était : Israël comptait en son sein des réchaïm qui ne voulaient pas sortir [d’Egypte] et qui sont morts pendant les 3 jours de ténèbres. Il ne fallait pas que les égyptiens puissent assister à leur ruine et dire : « Eux aussi ont été frappés comme nous ! »

Un autre Rachi (Béchala’h 13,18) nous apprend : Les juifs sont sortis d’Egypte à raison de 1 sur 5, les 4/5e étant morts pendant les trois jours de ténèbres.

=> Comment est-il possible de cacher autant de morts aux égyptiens, sans qu’ils ne le remarquent une fois la plaie terminée?

-> Le rav Yossef Sorotzkin (Mégued Yossef) suggère que la préoccupation principale était que les égyptiens ne soient pas directement témoins de la mort des juifs, et le fait qu’ils allaient en être au courant par la suite n’était pas un problème.
En effet, le sentiment de satisfaction de voir directement son ennemi dans une situation difficile ou embarrassante, ne peut en rien être comparable à ce qui peut être ressenti en l’apprenant verbalement.

[d’une certaine façon, les égyptiens auraient pu en venir à fêter les plaies, en se persuadant qu’il valait la peine de les subir si cela a finalement pu permettre la mort d’autant de juifs. En effet, dans sa folie l’être humain est prêt à toutes les souffrances, tant qu’il peut voir son ennemi à terre.]

-> Rav Shimon Schwab (Mayan Beit haChoéva – Béchala’h) est d’avis que les paroles de Rachi ne doivent pas être comprises littéralement. En effet, il y aurait eu sinon un deuil massif impliquant émotionnellement chaque juif restant en vie, et surtout cela aurait généré une profanation du Nom d’Hachem parmi les égyptiens.
[ex : nous on les a fait souffrir, et leur D. il a fait encore bien pire : Il les a pratiquement tous tués!]

Après le 1er meurtre de l’Histoire, Caïn a été puni non seulement pour avoir tué Hével, mais également pour toute la descendance qui aurait pu potentiellement venir de lui.
(cf. Rachi (Béréchit4,10) : Son sang (de ton frère) et le sang de ses descendants).

Le rav Schwab affirme qu’il en est de même ici.
En réalité, il y a eu un nombre faible de juifs qui sont morts pendant la plaie des ténèbres, mais il a été pris en compte l’ensemble de leurs potentiels descendants, et l’on arrive alors à un nombre équivalent à 4 fois la population juive totale qui a quitté l’Egypte.

[on peut apprendre de là l’implication que doit avoir un enseignant avec ses élèves. Dans sa classe, il ne doit pas voir un cumul de 1 élève, mais il doit prendre en compte les millions de leurs descendants potentiels, dont leur destin va dépendre de l’éducation, de l’attitude qu’il aura sur leur ancêtre ici présent.]

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3°/ « Le 14e jour du mois, au soir vous mangerez des matsot » (Bo 12,18)

=> Comment comprendre que de nos jours, nous mangeons de la matsa le 15 Nissan au soir?

-> Le Panim Yafot (Noa’h 8,22) répond qu’avant que la Torah ne soit donnée, les juifs utilisaient le même concept de journée que les non-juifs : début le matin pour finir le soir.
Ce n’est qu’après avoir reçu la Torah, que nous avons changé vers un système où une journée démarre la veille au soir.

En se basant sur cela, le rav Aharon Leib Steinman (Ayélet haCha’har) répond à notre question.
En Egypte, les juifs ont reçu l’ordre de manger des matsot pendant ce qui était pour eux la nuit du 14 Nissan, ce qui correspond de nos jours à la nuit du 15 Nissan.

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+ Bonus (b’h) :

-> La Mékhilta nous rapporte que : « Les égyptiens avaient l’habitude d’enterrer leurs morts dans leur maison. Pendant, la nuit de la 10e plaie, les chiens ont creusé et ouvert ces tombes.
Ils en ont retiré les ossements des premiers-nés enterrés, et ils ont joué/promenés joyeusement avec ces os.
Cela a été aussi douloureux pour les égyptiens que le jour où ils ont pu enterrer leurs enfants. »

Rabbi ‘Haïm Palagi compare cela à la coutume de taper fortement lorsque le nom de Haman est prononcé durant la lecture de la méguilat Esther.
En effet, selon lui, une explication à cela est que chacun de nos coups va entraîner une souffrance terrible à l’âme et aux os de Haman, qui les ressent au plus profond de lui-même.

Ainsi, il en a été de même au cours de cette 10e plaie, lorsque les chiens ont joué avec les os des premiers-nés, cela a entraîné des souffrances énormes à ces âmes égyptiennes déjà décédées.

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-> « Les coursiers sortirent en toute hâte par ordre du roi, et l’édit fut publié … et la ville de Suse était dans la consternation. Mordé’haï eut connaissance de tout ce qui s’était passé » (Méguilat Esther 3,15 & 4,1)

=> Comment se fait-il que Esther n’était pas au courant du décret, alors que Mordé’haï et tous les habitants de la ville le savaient?

-> Le midrach (Yalkout Chimoni Kohélet 978 ; Kohélet rabba 8,5) explique que Esther n’a pas entendu le décret de Haman car elle était occupée avec la mitsva de biour ‘hamets (détruire le ‘hamets avant Pessa’h).

-> Dans son commentaire sur ce midrach, le Maharzou note que Haman a émis son décret le 13 Nissan (cf. Méguilat Esther 3,12), et à ce moment Esther était méticuleusement en train de se préparer à Pessa’h et à la mitsva de bédikat ‘hamets (rechercher dans sa maison le ‘hamets).

-> Le Eits Yossef (sur le midrach) ajoute que ce mérite l’a protégée lorsqu’elle a risqué sa vie en allant parler directement au roi A’hachvéroch sans en avoir été appelée au préalable.

[En effet, il est écrit : « si quelqu’un … pénètre chez le roi, dans la cour intérieure, sans en avoir été convoqué, une loi égale pour tous le rend passible de mort ; celui-là seul à qui le roi tend son sceptre d’or aura la vie sauve. Or moi, je n’ai pas été invitée à venir chez le roi depuis 30 jours. » (Méguilat Esther 4,11)
« … Esther se revêtit de ses atours de reine et se présenta au … roi … le roi tendit à Esther le sceptre d’or qui [était] dans sa main » (Méguilat Esther 5,1-2)

« Pharaon leur dit : Allez, servez Hachem votre D. Quels sont ceux qui iront? » (Bo 10,8)

-> Pharaon va demander : « mi vami aolé’him » (Quels sont ceux qui iront? – מי ומי ההלכים), qui a la même guématria que : « Kalev bin Noun » (כלב ובן נון), avec 216.

En effet, Pharaon a pu voir par ses astrologues que la totalité de la génération allait mourir dans le désert à l’exception de « Kalev ben Yéfouné » et de « Yéhochoua bin Boun ».

C’est pourquoi, Moché lui répond : « C’est avec nos jeunes et nos vieillards [que nous irons] » (v.10,9) = le décret ne concerne pas les jeunes de moins de 20 ans et les personnes âgées de plus de 60 ans.

[Baal haTourim]

« Ce mois-ci [Nissan] sera pour vous le commencement des mois, il sera pour vous le 1er des mois de l’année » (Bo 12,2)

-> La mitsva de proclamer le nouveau mois, est la 1ere donnée au peuple juif dans son ensemble.

-> Le mot : ‘hodech (mois), est similaire à : ‘hidouch (nouveau).
En disant que Nissan est le 1er de tous les mois, cela implique qu’il est à l’origine de toutes les nouveautés et de tous les miracles que Hachem va réaliser dans le futur.

Ainsi, bien que Tichri soit le 1er mois de la Création, Nissan est appelé le 1er, car c’est le plus important de tous les mois.
[Rabbi Gavriel Margolis – Torat Gavriel]

-> Le mois de Nissan est appelé : חודש אביב (‘hodech aviv – mois du printemps), qui est la contraction de אב et de יב : le père de 12.
Ce mois est le « père » des 12 mois de l’année.
[Mégalé Amoukot]

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-> La guémara (Roch Hachana 11a) dit que le mois de Nissan a été choisi pour être celui durant lequel le peuple juif a été libéré d’Egypte, et ce sera également celui durant lequel le peuple juif mérita la géoula.

Cependant, puisque nous devons tous anticiper la venue du machia’h à chaque instant, comment concilier cela pendant les autres mois de l’année, où à priori selon la guémara il ne doit pas venir?

Le Agra déKalla, cite le rabbi Ména’hem Mendel de Riminov, qui affirme que les premiers 12 jours du mois de Nissan, représentent les 12 mois de l’année, et ils ont une influence sur l’année toute entière.

En réalité, le machia’h peut venir toute l’année, et c’est pourquoi nous devons l’attendre impatiemment chaque jour.
Nissan étant le 1er mois de l’année juive, ses 12 premiers jours comprennent les racines de tout ce qui va se dérouler durant l’année à venir.
Ainsi, peu importe le mois où la guéoula aura lieu, celui-ci a un jour le représentant durant le mois de Nissan, qui a cette particularité d’inclure en lui tous les autres mois à venir.

De même, la guémara (Béra’hot 56a) dit que le 1er mois est appelé Nissan, car tous les miracles (nissim) sont inclus en lui.
Tous les miracles qui vont avoir lieu pendant toute l’année à venir, ont leur source spirituelle dans le mois de Nissan.

[le Béer Moché]

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-> La guémara (Roch Hachana 10b) rapporte une divergence à savoir si le monde a été créé au mois de Tichri ou bien en Nissan.

Selon l’opinion que le monde a été créé en Tichri, comment comprendre que Nissan puisse être caractérisé de « 1er mois de l’année »?

Jusqu’au moment de la sortie d’Egypte, les gens en général étaient faibles dans leur foi en Hachem, et la majorité du monde niait même son existence.
Cependant, au cours de la sortie d’Egypte, tout le monde a pu voir la grande main de D., et ils ont alors cru en Lui.

De ces miracles incroyables, l’humanité a alors compris, que c’est Hachem qui donne en permanence le flux de vie au monde, afin de lui permettre de continuer à exister.
En effet, s’Il arrêtait de donner la vie, ne serait-ce qu’un seul instant, le monde disparaîtrait immédiatement.

Ainsi, c’est pendant le mois de la sortie d’Egypte que la émouna (foi) en Hachem s’est fortement renforcée, et ce fût alors la plus grande chose qui soit arrivée depuis la création.

=> Tichri est le mois où le monde a été créé par Hachem, et Nissan est le mois où le monde a été créé aux yeux de l’humanité, par une prise de conscience de ce fait suite à la sortie d’Egypte.

[‘Hatam Sofer]

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+ « Chacun des jours du mois de Nissan ont la sainteté de Roch ‘Hodech. »
[Chla haKadoch]

-> Les 30 jours de Nissan, chacun correspondant à un Roch ‘Hodech, représentent 30 mois, soit 2 ans et demi.

Beit Chamaï et Beit Hillel ont débattu pendant 2 ans et demi pour savoir s’il aurait mieux valu que l’homme soit créé ou pas (guémara Erouvin 13b).

Les Tossafot disent que si c’est un tsadik, alors il évident que c’est mieux qu’il ait été créé.
Or, il est écrit : « koulanou tsadikim » = les membres de la nation choisie par D. sont tous des tsadikim.

Hachem a choisi la nation juive au mois de Nissan, et c’est considéré comme le commencement du monde, car c’est à ce moment que la Création du monde s’en est trouvée justifiée. (tous les juifs étant alors des tsadikim)

=> Ainsi, les « 2 ans et demi » (30 jours) du mois de Nissan, font allusion à cette dispute entre Beit Chamaï et Beit Hillel.

[‘Hatam Sofer]

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-> « Moché montra la nouvelle lune à Israël et lui dit : Lorsque vous la verrez ainsi, fixez le nouveau mois pour toutes vos générations » [c’est-à-dire que la sanctification des mois dépend du peuple juif].
[Mékhilta – Bo 12,2]

-> « Voici les moments fixés (moadé) de Hachem que vous désignerez comme convocations saintes » (Emor 23,37)

Le midrach (Yalkout Chimoni Chémot 191) commente :
« Si vous les désignez, elles seront Mes convocations saintes. Et sinon, elles ne seront pas Mes convocations. […]
Les Anges de service se rassemblent devant Hachem et Lui demandent : « Maître du monde! Quand tombe Roch Hachana? »
Il leur répond : « Est-ce donc à Moi que vous posez la question? Moi et vous devons aller la poser au Tribunal d’en bas! » [cela dépendra de sa déclaration] »

-> Selon le Saba de Slabodka (Ohr haTsafoun), c’est ainsi que lorsqu’une date est fixée ici-bas, même D., si l’on peut dire, ne peut rien y changer, avec toutes les conséquences que cela peut avoir!

Nos Sages (Mékhilta – Bo) disent qu’Adam, le premier des hommes, comptait le temps en fonction du cycle solaire, et que tous les Patriarches agirent de même.
Or voilà que dans ces versets, la Torah ordonne aux juifs de bouleverser tous les calculs antérieurs et d’entamer un nouveau mode de comptage. Désormais la fixation des mois dépend de la décision des hommes.
En effet, dès que le Beit Din proclame : « Sanctifié! Sanctifié! », le nouveau mois débute, même si la date ne correspond pas avec la nouvelle lune.
Ce pouvoir est attribué aux hommes, même s’ils devaient commettre une aberration exprès ou par méprise.

De plus, le Beit Din est également en mesure de déclarer une année embolismique (13 mois au lieu de 12), modifiant alors tout le calendrier.
D’ailleurs, le Yalkout Léka’h Tov (rav Beifuss) enseigne que cette déclaration va en réalité plus loin.
Par exemple, lorsque le Beit Din décide d’ajouter un mois supplémentaire à l’année, cela va entraîner que la puberté de tous les jeunes gens [en âge d’être bar mitsva] va être repoussée d’un mois entier.

=> La mitsva de sanctification du nouveau mois nous permet de se rendre compte à quel point Hachem nous a « cédé » certains de Ses pouvoirs.
Non seulement nous avons une partie divine en nous (l’âme), mais en plus nous avons une capacité à faire des actions qui ont des conséquences digne de D.

Cette prise de conscience du fait que Hachem a mis en nous des capacités phénoménales, doit renouveler notre motivation et notre fraîcheur à les exploiter au mieux, avec responsabilité.
Le ‘Hidouché haRim enseigne que la mitsva de sanctifier le mois, peut être comprise comme la capacité que donne D. aux juifs de créer de la nouveauté et de la fraîcheur dans leur vie ((it’hadchout – התחדשות).

[Il est intéressant de constater que le peuple juif décide des dates des moadim (fêtes), mais cependant le Shabbath reste fixe tous les 7 jours depuis la Création.
Cela symbolise bien le fait que Hachem est et restera toujours Le Maître absolu sur tout, même s’il peut nous donnant beaucoup de pouvoirs divins.]

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+ La sanctification de la lune :

-> Rabbi Yo’hanan dit : Prononcer la bénédiction sur la lune est semblable à accueillir la face de la Ché’hina (Présence Divine).
[guémara Sanhédrin 42a]

-> « En sanctifiant la nouvelle lune au début de chaque mois, le peuple juif témoigne que D. renouvelle sans cesse le monde. »
[Rabbénou Bé’hayé]

-> Le peuple juif compte ses mois en se basant sur la lune, qui règne de jour comme de nuit.
Cela fait allusion au fait que les juifs mériteront à la fois ce monde-ci (la « nuit », où Hachem n’est pas clairement visible) et le monde à venir (le « jour »).
Le peuple juif parvient à voir Hachem même dans l’obscurité de ce monde.
[midrach Béréchit rabba 6,3]

[à l’image de la lune qui va alterner entre une phase pleine, et une phase d’absence, le peuple juif est éternel, avec des périodes « agréables » et d’autres plus difficiles.
De même au niveau individuel, nous avons des périodes d’obscurité, où il peut nous sembler que D. n’est plus là pour gérer le monde, à l’image des moments où la lune n’est pas visible, comme absente.

Nous sanctifions la lune dans sa période de développement, comme pour pleinement remercier Hachem de sans cesse renouveler nos forces individuelles et collectives.
Nous réveillons également notre conscience au fait que de même la lune est toujours là, de même Hachem est toujours présent à nos côtés, même lorsque nous ne le voyons plus!]

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-> Le Maharil ne récitait pas la bénédiction sur la lune (kiddouch haLévana) lorsqu’un yom tov tombait à la sortie de Shabbath.
Pourquoi cela?

Car lorsque l’on récite cette bénédiction, nous recevons la présence divine, et c’est comme si on allait au Ciel.
Or, puisqu’à Yom Tov (comme durant Shabbath), nous n’avons pas le droit de sortir du té’houm (la limite de 2000 ama, après la dernière habitation), il ne récitait pas la bénédiction sur la lune, puisque aller au Ciel est une distance supérieure au té’houm.

[la halakha ne suit pas son avis, et il est possible de dire la birkat halévana à yom tov]

[le Taz – Ora’h ‘Haïm 426,1]

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-> On ne doit pas dire la birkat halévana sous un toit, mais directement sous le ciel.
En effet, puisque réciter cette bénédiction est équivalent à accueillir la présence divine, il n’est pas respectueux de se tenir sous un toit, mais on doit être à l’extérieur à l’image d’une personne allant à la rencontre d’un roi mortel.
[Michna Broura 426,1]

-> Un des textes que nous lisons après la Birkat haLévana est :
« On enseigne dans le Beit midrach de Rabbi Ichmaël : Si les juifs avaient uniquement reçu le mérite de recevoir la face de leur Père qui est dans les cieux une fois par mois, cela leur aurait suffi ».
=> Cela signifie que ce grand mérite de sanctifier la nouvelle lune, aurait suffi à légitimer l’existence du peuple d’Israël durant toute l’histoire.

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-> « Les nations du monde construisent leur calendrier autour du soleil, tandis que les juifs se basent sur la lune.

Les non-juifs peuvent survivre tant que la lumière brille sur eux, mais dès qu’ils rencontrent l’obscurité, ils meurent et disparaissent de l’Histoire.
Cependant, à l’image de la lune qui brille même pendant l’obscurité de la nuit, les juifs survivent et diffusent de la lumière dans l’obscurité. »
[Sfat Emet]

-> Le rav Eliyahou Lopian dit : les véritables Bné Torah vivent une vie de simplicité matérielle. Leur maison manque beaucoup de luxes et de nécessités, dont leur entourage ne peut pas se passer.
[On pourrait en venir à penser qu’ils vivent dans l’obscurité absolue]
En réalité, ces gens pleinement dévoués à la Torah ressentent une réelle satisfaction, et aucune privation.

[la lune n’a pas de lumière propre, elle ne fait que refléter celle du soleil.
En sanctifiant la lune, nous exprimons la réalité qu’à l’image de la lune, nous n’avons d’existence que grâce aux forces de vie, que Hachem nous envoie.
Toute personne, toute espèce vivante, s’éteint à la seconde même où D. le décide.

Un juif n’a pas de plus grand joie que de se lier à Son Créateur par la Torah, les bonnes actions.
Le fait d’être trop plongé dans la matérialité, agit comme des nuages cachant la lune, cela créé une distanciation, des séparations avec D.

Crées à l’image de Hachem, nous nous devons de travailler à illuminer l’obscurité de ce monde, à l’image du soleil avec la lune (ex: un sourire, des paroles de émouna, être exemplaire selon la volonté de D., …).]

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« Ce mois-ci [Nissan] sera pour vous le commencement des mois, il sera pour vous le 1er des mois de l’année » (Bo 12,2)

=> Est-ce que les juifs réalisaient la mitsva de sanctifier la lune dans le désert?

-> Rabbénou ‘Hananel explique que dans le désert les juifs étaient entourés par les Nuées de Gloire (Anané haKavod), entraînant qu’ils ne pouvaient voir ni la lune, ni le soleil. C’est pourquoi, ils sanctifiaient le nouveau mois, non pas en se basant sur des témoignages de témoins, mais plutôt sur le calcul de quand cela va se produire, comme nous le faisons de nos jours.

La guémara (Baba batra 75a) rapporte que les Anciens du peuple se sont attristés car ils ont remarqué que le visage de Moché étaient comparable au soleil, et celui de Yéhochoua à la lune.
Cela témoignait de la différence de niveaux entre eux 2, et les Anciens se sont attristés à l’idée de ne pas avoir pu profiter davantage de l’incroyable grandeur de Moché, pour encore plus s’élever spirituellement.

Le rav Yonathan Eibschutz fait remarquer que si c’est uniquement les Anciens qui ont pu faire cette comparaison, c’est parce qu’après 40 années dans le désert sans pouvoir observer la lune et le soleil, c’était les seuls qui pouvaient véritablement se rappeler à quoi cela ressemblaient (lune, soleil)!

-> Le rav Aharon Leib Steinman est d’avis que les Nuées étaient par nature des réalités spirituelles, et non physiques.
Le ‘Hazon Ich maintient également qu’il était tout à fait possible de voir le soleil et la lune au travers des Nuées. Cependant, de même que nous ne pouvons pas faire le kidouch haLévana si l’on regarde une lune voilée par des nuages, de même dans le désert ils ne pouvaient pas sanctifier la lune en la regardant au travers des Nuées.

« Hachem dit à Moché : Viens chez Pharaon (bo él Pharaon – בֹּא אֶל-פַּרְעֹה) » (Bo 10,1)

-> Viens chez Pharaon : Si l’on va littéralement dans le mot : Pharaon (פַּרְעֹה), on a :
– la lettre pé qui s’écrit pleinement : פה, et sa lettre interne est le : ה ;
– la lettre réch s’écrit en totalité : ריש, avec en intérieur : יש ;
– la lettre ayïn s’écrit pleinement : עין, avec intérieurement : ין ;
– la lettre hé s’écrit en totalité : הא, avec à l’intérieur : א.

Lorsque l’on va à l’intérieur du mot (dans) : Pharaon, on obtient les lettres : ה ; יש ; ין et א, qui ont une guématria totale de : 376.
C’est la même que : Essav (עשו), c’est-à-dire : Edom, qui est le dernier exil. [« Essav, c’est Edom » – Vayichla’h 36,1]

=> Cela fait allusion au fait que nous serons délivrés de l’exil d’Edom par ces mêmes plaies.

Littéralement les mots : בֹּא אֶל-פַּרְעֹה (Viens chez Pharaon) signifient : בֹּא (guématria de 3) chez פַּרְעֹה (valeur de 355), soit : 358, qui est celle de : machia’h (משיח).

[le Gaon de Vilna]

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-> « Hachem dit à Moché : Viens chez Pharaon » : Pourquoi n’est-il pas plutôt écrit : « Va chez Pharaon »?

Rabbi Mendel de Kotzk répond : nous ne devons jamais quitter la présence de Hachem, puisqu’Il emplit le monde tout entier par Sa gloire.

C’est pour cela que Hachem dit à Moché : certes « viens chez Pharaon », mais ne t’éloigne pas de moi.

« Pourquoi est-ce que nous remercions Hachem d’avoir entraîné les égyptiens à nous haïr?

La réponse est que lorsque nous essayons de nous assimiler, comme les juifs l’ont fait en Egypte, alors Hachem s’assure que nous ne soyons pas acceptés (par eux) »

[Beit haLévi – Rabbi Yossef Dov haLévi Soloveitchik]

« Quant aux enfants d’Israël, pas un chien n’aboiera contre eux » (Bo 11,7)

-> « Selon nos Sages (guémara Baba Kama 60b) : « Lorsque le prophète Eliyahou arrive dans une ville, les chiens se mettent à jouer gaiement, mais quand vient l’ange de la mort, ils poussent des cris plaintifs ».

Durant cette nuit en Egypte, la guéoula des juifs se déroula en même temps que la mort des premiers-nés égyptiens, ce qui a entraîné que les chiens étaient confus.
[devaient-ils être heureux de la présence de Eliyahou haNavi ou bien triste par celle de l’ange de la mort?]

En résultat de cela : « pas un chien n’aboiera » (11,7) = tous les chiens en Egypte ont gardé leur bouche fermée »

[Rabbi Aharon Yaakov Greenberg – Itouré Torah]

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-> Rabbi David Feinstein est d’avis que c’est une preuve que seul Hachem est intervenu en cette nuit (ni l’Ange de la mort, ni Eliyahou haNavi n’étant présent).

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+ La médisance :

-> Le « chien » fait allusion au péché de la médisance, selon l’affirmation : « Celui qui émet du lachon hara mérite d’être jeté aux chiens » (guémara Pessa’him 119a), parce que ses paroles sont assimilables à des aboiements.

-> Lorsque les juifs sont sortis d’Egypte, les chiens ont réussi à se contrôler en n’aboyant pas.
Hachem a donné à l’homme un intellect, et cependant il est incapable de se contrôler et de refuser d’écouter celui qui lui dit du lachon ara.
Il devient alors même inférieur à un chien.
[le Maharal – rapporté par le ‘Hafets ‘Haïm]

En ce sens, le Séfer ‘Harédim (chap.33) enseignent que ceux qui disent du lachon ara sont souvent réincarnés en chiens, et pire encore, ils souffrent alors énormément du fait qu’ils se souviennent de leur réincarnation précédente en tant qu’être humain.

-> Le Pirké déRabbi Eliézer (chap.40,8) affirme qu’une des raisons pour lesquelles les juifs ont mérité d’être libérés d’Egypte est car : ils se sont écartés de toute médisance.
De même, le midrach (Vayikra rabba 32,5) rapporte que les juifs en Egypte n’ont pas dit de lachon ara sur autrui, et qu’ils ont résidé ensemble dans la paix.

=> « aucun chien n’a aiguisé sa langue » = puisque qu’aucun juif n’a aiguisé sa langue contre un autre juif, alors de même Hachem n’a pas aiguisé sa langue contre eux!

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+ La vérité :

-> « Contre tous les enfants d’Israël, aucun chien n’a aiguisé sa langue (לֹא יֶחֱרַץ-כֶּלֶב לְשֹׁנוֹ) » (Bo 11,7)

Le mot pour : « chien » (kélev – כֶּלֶב) peut également se lire : « comme le cœur » (ké lév).
Le verset peut alors se comprendre différemment : kélev léchono (כֶּלֶב לְשֹׁנוֹ) : « comme le cœur (était) la langue (léchono) ».

Ce que les juifs ressentaient dans leur cœur était ce qu’il exprimait avec leur bouche.
Leur bouche et leur cœur étant unis dans l’honnêteté et ils étaient totalement attachés à la vérité.

C’est pour cette raison qu’ils ont mérité une protection supplémentaire et que tous les jugements difficiles ont été éliminés.

-> Le Déguel Ma’hané Ephraïn continue en disant que c’est l’application du principe suivant :
« Beaucoup des soucis qui arrivent sur quelqu’un sont dus au fait qu’il est ancré dans le mensonge et qu’il ne s’attache pas à la vérité.
En effet, les mots de sa bouche et son cœur ne sont pas en accord.

Une personne dont la bouche et le cœur sont en cohérence, aura la capacité d’annuler tous les jugements difficiles qui sont sur elle.
Ainsi, le fait de parler des paroles de vérité et de sincérité, a le pouvoir d’entraîner la disparition de ses soucis. »

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+ La joie complète :

Au regard de l’énorme joie de sortir d’Egypte après un terrible esclavage, qu’est-ce que cela peut changer que les chiens n’ont pas aboyé?

-> Rabbi Zelig Pliskin répond que Hachem voulait que leur joie soit maximale, à 100%, avec aucune réduction (même minime) en raison de la peur d’entendre tous les chiens d’Egypte aboyer en même temps.

Nous devons apprendre de là que lorsque notre prochain est en train de vivre une occasion particulièrement joyeuse, nous devons faire attention à ne pas lui diminuer sa joie (ex: si un de ses enfants revient avec une super note, ne venons pas lui dire que la majorité de la classe a également eut une bonne note ; si quelqu’un est fier de son nouveau vêtement, ne lui disons pas qu’il aurait pu l’acheter moins cher ailleurs, …).

-> « Le visage d’une personne est un lieu public (réchout harabim).
Nous devons faire attention à toujours montrer aux autres un visage heureux, car un visage triste entraîne une certaine transmission de cette tristesse à autrui. Or, nous n’avons pas le droit de causer de dommages (nézek) à une propriété publique. »
[rabbi Yé’hiel Mordé’haï Gordon]

Les chiens nous apprennent qu’il faut faire attention à nos expressions externes (irritation, tristesse, …), car cela a le pouvoir de se trasmettre chez nos frères juifs. (en voyant autrui triste, on peut en venir à rechercher dans notre vie des raisons justifiant de la tristesse, … une spirale négative est enclenché!)
Sachant que nous devons aimer notre prochain, pourquoi leur transmettre de tels sentiments?

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+ La gratitude :

-> b’h, dvar Torah : https://todahm.com/2015/02/16/de-la-gratitude-meme-envers-les-animaux

« Afin que tu racontes aux oreilles de ton fils et du fils de ton fils que Je Me suis joué de l’Egypte » (Bo 10,2)

-> « Le terme : « afin que » (oulmaan – וּלְמַעַן) n’apparaît dans la Torah qu’à une seule autre reprise : « afin que vous prolongiez vos jours » (Ekev 11,9).

Chaque personne possède un nombre d’années de vie prédéfinies.
Cependant, même si quelqu’un a pu vivre une vie longue et bien remplie, s’il enseigne à ses enfants la Torah, alors Hachem lui prolonge sa vie (au-delà de ce qui était prévu initialement).

=> On peut allonger ses jours si l’on raconte de la Torah à ses enfants, et aux enfants de tes enfants. »

[le Pardes Yossef – rabbi Yossef Patzanovsky]