"Que mon maître veuille passer devant son serviteur ; moi, je cheminerai à ma commodité, selon le pas de la suite qui m’accompagne et selon le pas des enfants, jusqu’à ce que je rejoigne mon maître à Sé’ir" (Vayichla'h 33,14)

-> La guémara (Avoda Zara 25b) nous enjoint, si par hasard en chemin un non-juif nous demande notre destination, de donner une destination plus éloignée et de rester flou sur le chemin réel que nous voulons emprunter de manière à pouvoir se protéger d’un éventuel danger.
Elle tire une preuve de ce verset, qu’on peut modifier la vérité, car on sait que Yaakov n’est en fait jamais allé à Seïr.

Seulement amener une preuve qu’il est permis de mentir de Yaakov est un peu problématique, car on sait que Yaakov tire son essence de la mida de Emet (l’attribut de la Vérité).
En fait, il faut savoir que même si Yaakov n’est jamais allé à Seïr, il n’a pas menti pour autant, en effet, il compte bien encore y aller, et ce, quand le machia'h viendra et que s’accomplira le verset : "Et des libérateurs monteront sur la montagne de Tsion, pour se faire les justiciers du mont d’Essav ; et la royauté appartiendra à Hashem" (véalou mochi'im béar tsion... - Ovadia 1,21).

De la même manière, si la guémara nous cite comme source cet événement, c’est pour nous dire à quel point il est important de s’attacher à la vérité, même si on doit la modifier pour se protéger d’un danger potentiel. Et dans ce cas, même si on cache notre vraie destination il faudra en donner une qu’on pense rejoindre, une autre fois.
[Ben Ich 'Haï - Bénayahou - guémara Avoda Zara 25b]

"J'ai acquis bœufs et ânes, menu bétail, serviteurs et servantes et j'envoie dire à mon seigneur [Essav], pour trouver grâce à tes yeux" (Vayichla'h 32,6)

-> Rabbénou Bé'hayé fait remarquer que le verset aurait dû faire précéder les bœufs et les ânes du menu bétail, celui-ci ayant plus de valeur.
Il prouve cela aux travers de plusieurs versets, où systématiquement le menu bétail y est cité en premier avant toute autre espèce.
Il explique qu'ici la raison est que Yaakov désirait éviter de provoquer son frère.
La colère de ce dernier à son égard avait pour origine les bénédictions que Yaakov avait prises, et cela avait été rendu possible grâce au menu bétail, lorsque Rivka ordonna à son fils : "De grâce, va dans le menu bétail et prends-moi de là-bas 2 bons chevreaux" (Toldot 27,9).
C'est pour cela que Yaakov différa la mention du menu bétail (après celle des bœufs et des ânes) afin de ne pas rappeler ce mauvais souvenir à son frère.

=> Comment alors comprendre que lorsque Yaakov offrit des présents à Essav, il lui envoya d'abord le menu bétail, comme il est dit : "200 chèvres et 20 boucs" (Vayichla'h 32,15)?

Rabbénou Bé'hayé répond qu'il existe une différence entre avant la prière et après celle-ci.
Il explique : "Avant d'avoir prié, Yaakov ne voulut pas mentionner en premier lieu le menu bétail de crainte de réveiller la haine d'Essav en lui rappelant le passé.
Mais à présent, après avoir prié, il n'avait plus peur de lui du tout.
Au contraire, il désirait l'intimider en lui insinuant que s'il désirait l'affrontement, il ne pourrait pas le vaincre puisqu'il avait reçu, à l'aide de 2 chevaux, la bénédiction "que tu sois le seigneur de ton frère (v.27,29). Alors qu'à lui, Its'hak avait dit : "Tu serviras ton frère" (v.27,40).

=> Ceci nous montre concrètement la force et l'impact de la prière.

Hachem se tient toujours aux côtés de l’affligé, du poursuivi

+++ Hachem se tient toujours aux côtés de l'affligé, du poursuivi :

"Il [Yaakov] mit les servantes et leurs enfants en premier, Léa et ses enfants ensuite, et Ra'hél et Yossef en dernier" (Vayichla'h 33,2)

-> Une personne doit toujours être parmi ceux qui sont poursuivis (persécutés), et non parmi ceux qui poursuivent (persécutent).
[Rabbi Abahou - guémara Baba Kama 93a]

Cette règle est tellement forte que nos Sages (midrach Vayikra rabba 27,5) affirment que même si un tsadik pourchasse un racha, Hachem portera assistance au racha, par le fait que c’est lui qui est persécuté.

[même si on a de très bonnes raisons d'agir ainsi, mais telle est la règle : le fait de persécuter quelqu'un va mettre Hachem du côté opposé!]

Le rav El'hanan Wasserman dit que c'est pour cela que les juifs ont constamment des ennemis, car ainsi ils peuvent se tenir debout devant Hachem, malgré toutes les accusations qui risquent de les faire tomber.

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-> b'h, également à ce sujet : http://todahm.com/2018/06/13/6604-2

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-> Rachi (v.33,2) commente le verset ci-dessus : "Au plus chéri le dernier rang" (a'haron a'haron 'haviv).

Ainsi, il semble que Rachi dit que Yaakov voulait protéger ceux qu'il aimait le plus.
Par ordre d'amour, il a mis "les servantes et leurs enfants en premier, Léa et ses enfants ensuite, et Ra'hél et Yossef en dernier".

=> Comment cela est-il possible, puisque selon la loi juive (cf. Choul'han Aroukh Yoré Déa 156), lorsqu'il est question de vie ou de mort (pikoua'h néfech), les intérêts personnels ne doivent pas rentrer en compte dans les décisions prises.
Ainsi, l'amour de Yaakov ne doit pas déterminer l'emplacement, et qui doit être plus davantage protégé.
Comment comprendra alors son attitude?

-> Le Divré Yé'hezkel (de Shinov) répond qu'en réalité Yaakov a protégé tout le monde également.
Comme on l'a vu ci-dessus, Hachem est du côté de ceux qui subissent une humiliation, en prenant davantage soin d'eux. [Hachem mévakech ét anirdaf - Rachi Kohélet 3,15]

A propos de Léa : "elle déclara : Parce que Hachem a entendu que je ne suis pas aimée, Il m'a donné celui-là aussi" (Vayétsé 29,33)
[selon nos Sages, Hachem a vu la détresse d'épouse reléguée au second plan et lui a accordé le premier des enfants de Yaakov, afin que son époux éprouve plus d'amour pour elle.
On voit que Hachem est davantage au côté de ceux qui sont dégradés par autrui.]

Les servantes ressentaient surement la même chose : d'être inférieure à Ra'hél et Léa dans le cœur de Yaakov.
Et puisque cette situation leur provoquait une souffrance, une humiliation (plus ou moins consciente), la règle est que Hachem prenait davantage soin d'elles.

=> Ainsi, les servantes et leurs enfants qui se sentaient le moins aimées aux yeux de Yaakov (même les autres enfants les dénigraient comme "fils de servantes"), on était placés en premiers car ils bénéficiaient d'une plus grande protection par Hachem.

Ensuite, vient Léa et ses enfants car elle était inférieur à Ra'hél aux yeux de Yaakov (mais supérieur aux servantes), ce qui fait qu'elle avait plus de protection d'Hachem que Ra'hél.
Tout à l'arrière, il y avait Ra'hél et Yossef, qui avait besoin de davantage de protection, puisqu'Hachem était le moins à leur côté.

[c'est le sens des paroles de Rachi : "Au plus chéri le dernier rang" = puisqu'ils sont le moins dénigrés, alors Hachem sera moins là pour les aider, et ils ont donc plus besoin d'aide en étant à l'arrière.]

Il en découle que Yaakov a protégé tout le monde de façon équitable.

=> Il existe un règle : dès que quelqu'un a le cœur brisé par autrui (même inconsciemment), dès que quelqu'un subi une humiliation, qu'il est dénigré, ..., alors Hachem vient à son secours.
Ainsi, lorsque quelqu'un nous embête, nous avons alors Hachem qui vient nous protéger, nous défendre.
Par contre, si nous lui répondons (même si nous le froissons émotionnellement), alors nous inversons la situation, et nous faisons partir Hachem pour qu'Il vienne aider l'autre personne.

==> Ainsi, si nous voulons garder la bénédiction d'Hachem, nous devons faire attention à ne jamais agir de façon à briser le cœur (même légèrement) d'autrui.

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+ "Ra'hél jalousa sa sœur et elle dit à Yaakov : Donne-moi des enfants, sinon je suis morte." (Vayétsé 30,1)

-> Le rabbi Bounim de Pshischa (Kol Sim'ha) s'interroge : à priori son attitude n'a pas de sens et ressemble à un caprice d'enfant.

Il explique : en réalité, Ra'hél vit que sa sœur qui était repoussée par Yaakov avait enfanté alors qu'elle qui était désirée demeurait stérile.
En effet, même mariée Léa subissait une grande souffrance d'être placée toujours derrière Rah'el et d'être mal aimée par Yaakov, comparativement à sa sœur.
Hachem a alors décidé de l'aider et de panser ses maux, "Il a ouvert sa matrice" et lui a donné 6 garçons.
Rah'el qui était favorisée et aimée par Yaakov n'a pas eu le même mérite et est donc "restée stérile".

Rah'el comprit que l'un dépendait de l'autre car Hachem aime celui qui est mis à l'écart et qui en a le cœur brisé.
C'est précisément sur cela que le verset dit : "Ra'hél jalousa sa sœur", sur le fait qu'elle était repoussée alors qu'elle même était désirée.

Sur le champ elle dit alors à Yaakov : "donne-moi des enfants, sinon je suis morte" (v.30,1), car elle savait que rien au monde n'irriterait Yaakov qu'une telle phrase.
Ce qui s'avéra juste puisqu'il la repoussa alors en la réprimandant, comme il est écrit : "Yaakov s'irrita sur Ra'hél" (v.30,2) et juste après, elle fut exaucée et donna naissance à Yossef.

=> Cela vient nous enseigner que Hachem se tient toujours aux côtés de l'affligé pour panser ses blessures.

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-> Le Béer Mayim 'Haïm enseigne que Ra'hél était embarrassée que ses servantes : Bil'a et Zilpa avaient des enfants, tandis qu'elle restait stérile.
Or, le sentiment de honte est la plus dure des souffrances, et en raison de cette honte, ses fautes lui ont été expiées et elle a pu mériter d'avoir des enfants.

Le Béer Mayim 'Haïm dit que nous voyons cela en allusion : "Elle [Ra'hél] dit : Elokim a mis fin à ma honte" (Vayétsé 30,23)

Le nom Elokim désigne l'attribut Divin de rigueur.
Ainsi, Ra'hél exprime en allusion dans cette phrase que grâce à la honte qu'elle a pu subir, Hachem fit cesser les décrets rigoureux qui pesaient sur elle.

=> Il en résulte que nous devrions se réjouir lorsque nous subissons un affront, à l'idée qu'il a le pouvoir d'annuler de mauvais décrets et des souffrances qui auraient dû nous frapper.

-> Le 'Hida enseigne que Hachem a mis dans les règles de la nature que tout celui qui subit une humiliation va recevoir une aide du Ciel.

-> Un jour quelqu'un a humilité fortement le rabbi Méïr de Prémichlan.
Ce dernier a fait une séouda pour fêter cela.
Le rabbi de Prémichlan a expliqué : "Il y a une règle de la nature que la honte sauve une personne de la maladie. Si je n'avais pas été humilié, peut-être que je serais devenu malade.
Après plusieurs semaines d'inquiétudes et de douleurs, j'aurai récupéré et fait une séouda de remerciement pour célébrer cela.
Maintenant, que j'ai été sauvé de l'épreuve [d'une dure maladie] grâce à un peu de honte, ne dois-je pas le fêter et faire une séouda?"

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-> Yaakov a fait un rêve dans lequel il a vu une échelle avec pour base la terre et qui arrivée au Ciel.
Le Baal haTourim (Vayétsé 28,12) écrit : "Cela est une allusion au fait que lorsque quelqu’un est jeté au sol pendant un moment, alors il va atteindre le Ciel."

[c’est de notre chute au sol que va germer notre élévation future et donc notre rapprochement vers Hachem!
A l’image d’une graine qui va se décomposer dans le sol, et ensuite va beaucoup se développer vers le Ciel]

L’idée est également qu’au final Hachem va nous dédommager pour tous nos moments de malheur/souffrances (nos chutes au sol), et il est évident que nous y gagneront énormément plus que ce que nous avons pu perdre.
[Hachem est tellement rempli de bontés, que pour une difficulté minuscule arrivant au bas de l’échelle (au sol), il nous récompensera par quelque chose d’aussi phénoménale que ça en arrivera au Ciel (haut de l’échelle).]

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-> Ra'hél dit à Yaakov : "donne-moi des enfants, sinon je suis morte" (v.30,1)

"Yaakov s'irrita sur Ra'hél et il dit : Suis-je à la place de D. qui t'a refusé le fruit des entrailles?" (v.30,2)

Malgré les intentions parfaitement pures de Yaakov nos Sages critiquent son attitude.
Ce n'est pas une façon de répondre à une personne en détresse.
Si l'on veut aider quelqu'un à prier avec plus d'intensité, il faut trouver un moyen de le faire sans le blesser.

Rav 'Haïm Chmoulévitch (5730,24) souligne que lorsqu'on afflige quelqu'un, on ne peut se justifier en disant que nos intentions étaient bonnes et qu'on a agi pour l'amour du Ciel, car c'est mettre la main au feu : les meilleurs intentions du monde ne pourront empêcher qu'on se brûle.
Il est aussi dangereux de blesser quelqu'un que de mettre la main au feu.

Comme l'enseigne nos Sages (guémara Baba Batra 16a), Penina, la seconde épouse d'Elkana, ne cessait de se moquer de 'Hanna parce que celle-ci n'avait pas d'enfants. Penina a néanmoins été sévèrement punie (cf. Chmouël I 2,25) et elle a perdu 8 de ses 10 enfants.

Penina, qui était l'épouse d'Elkana, était sûrement une femme juste et vertueuse. Il ne lui était sans doute pas facile d'agir avec cruauté vis-à-vis de la pauvre 'Hanna mais elle a fait taire ses propres sentiments dans l'espoir d'amener 'Hanna à prier avec assez de ferveur pour que sa prière soit exaucée, et pourtant elle a été punie.

Faut prier, pour être livré de nos bénédictions

+ Faut prier, pour être livré de nos bénédictions :

-> Rachi (Vayichla'h 32,9) commente : Yaakov s’est préparé de 3 manières à sa rencontre avec Essav : par des cadeaux, par la prière et par la préparation au combat.

=> Comment comprendre que Rachi a changé son ordre par rapport à celui d'apparition dans la Torah?
En effet, la Torah aborde :
v.8-9 = d'abord le fait qu'il se soit préparé au combat en séparant le camp en deux ;
v.12 = puis ensuite apparaît la prière ("Sauve-moi, de grâce, de la main de mon frère") ;
v14-17 = et pour finir Yaakov va donner des cadeaux ("un cadeau pour Esasv son frère : 200 chèvres ... 200 brebis ...").

=> Pourquoi un tel changement?

En réalité, Rachi nous fait passer un message fondamental.
Le fait d'envoyer des cadeaux pour trouver faveur aux yeux de quelqu'un est une hichtadlout. [effort naturel nécessaire]
De même, se préparer à la guerre est également une approche naturelle.
Rachi a positionné entre ces 2 préparations naturelles (les cadeaux, le combat) la prière, afin de nous enseigner que la prière est également une hichtadlout.
En effet, Hachem a mis dans les règles naturelles de fonctionnement de ce monde que si quelqu'un prie alors Hachem va répondre à sa prière.

Un miracle est lorsque se produit une chose qui défie et dépasse les lois de la nature.
Par exemple, les miracles de 'Hanoucca : une petite fiole qui doit se consommer en un jour va durer 8 jours, ou bien une poignée d'hommes qui battent une énorme armée.
Cependant, au sujet de la prière, c'est quelque chose d'entièrement naturelle.
Hachem a mis dans les lois de la nature que si l'on prie, alors forcément Il nous écoute.
[c'est cela que nous enseigne Rachi en modifiant l'ordre des 3 manières dont Yaakov s'est préparé.]

-> La guémara (Kidouchin 29b) rapporte que la vie de rav A'ha était en danger, et il a été sauvé par ses prières.
Il existe une règle : lorsqu'un miracle se produit pour quelqu'un, il va perdre une partie de ses mérites [éternels du monde à venir]. Ses bonnes actions venant en échange du miracle qui vient d'avoir lieu.
Le Maharcha écrit : ce n'est pas ce qui s'est passé avec rav A'ha. En effet, il n'a perdu aucun mérite, car rav A'ha a été sauvé par le mérite de ses prières, ce qui n'est pas considéré comme un miracle.

[avec les prières on peut obtenir des cadeaux gratuits de D. sans avoir besoin de mérite.
C'est avoir un résultat identique aux miracles mais sans perdre de mérites futurs.]

-> Hachem désire nous combler de belles choses, mais tant que nous ne prions pas, alors il ne peut pas nous les octroyer, car c'est ainsi que fonctionne notre monde.
Le rav Elimélé'h Biderman rapporte que cela ressemble à quelqu'un qui va dans un super hôtel 5 étoiles. Il y arrive et apprécie le luxe, mais il a été surpris de constater que le personnel ne lui a pas servi de repas.
De retour chez lui, il dit à l'ami qui lui a conseillé cet hôtel : "C'était horrible : Personne ne m'a servi de quoi manger!"
Son ami l'a questionné : "Est-ce que tu as demandé un repas? Est-ce que tu as appelé le room service?
Il a répondu : "non"
"Est-ce que tu es allé à la salle à manger?"
Il a répondu : "non".
"Alors, si tu n'as pas demandé de repas, comment peux-tu t'attendre à en avoir un?"

Il en est de même dans ce monde.
Hachem nous fournit absolument tous nos besoins, mais cependant tout n'est pas livré à notre porte (bien que par bonté de D. beaucoup de choses le soient quand même).
[on a le droit à plein de bénédictions, mais puisqu'on prie pas alors elles ne nous sont pas livrées!]
La procédure qu'Hachem a créée dans le monde, est qu'on peut obtenir tous nos besoins, mais pour cela il faut le demander.
Quoiqu'il puisse manquer dans notre vie, peut être obtenu si nous le demandons de tout notre cœur à notre papa Hachem.

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-> Le Maguid de Mézéritich enseigne que le bita'hon est également une hichtadlout dans la naturalité.
A l'image de la prière, Hachem a également placé dans les lois de la nature que lorsque l'on a confiance en Lui, alors Hachem va nous aider.
C'est totalement naturel!

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-> "Yaakov eut très peur et fut angoissé. Il divisa les gens qui étaient avec lui, ainsi que le menu bétail, le gros bétail et les chameaux, en 2 camps. Il dit : Si Essav marche sur un camp et le défait, le camp restant survivra" (Vayichla'h 32,8-9)

-> Le 'Hozé de Lublin dit qu'il y a 2 camps dans un homme : ses pensées et ses paroles.

Le verset nous enseigne :
- "Si Essav marche sur un camp et le défait" = si le yétser ara frappe un camp : le camp de tes pensées, ce qui implique que tu ne peux plus prier avec kavana.
- "le camp restant survivra" = néanmoins l'autre camp : celui de la parole, reste.

=> Ainsi, même si l'on arrive pas à avoir de la kavana, nous devons quand même prier uniquement avec nos mots, car cela également amène notre délivrance.

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-> "Yaakov s'irrita sur Ra'hél et il dit : Suis-je à la place de D. qui t'a refusé le fruit des entrailles?" (Vayétsé 30,2)

Le Ramban écrit que suite à ces paroles : "Ra'hél a pris conscience qu'elle ne pouvait pas compter sur Yaakov, et elle a prié [du plus profond d'elle-même, en ne s'en remettant qu'à Hachem] ... et Hachem a écouté ses prières."

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-> Ra'hél dit à Yaakov : "donne-moi des enfants, sinon je suis morte" (Vayétsé 30,1)
-> "Yaakov s'irrita sur Ra'hél et il dit : Suis-je à la place de D. qui t'a refusé le fruit des entrailles?" (Vayétsé 30,2)

Le rabbi Yéhochoua de Belz donne l'explication suivante :
Il existe une différence fondamentale lorsqu'une personne prie pour elle-même et lorsqu'elle demande à un tsadik de prier pour elle.
Lorsque nous prions Hachem pour un besoin personnel, même si notre croyance en Hachem n'est pas parfaite, notre prière est suffisante et Hachem va quand même y répondre et réaliser des miracles pour nous.
Cependant lorsque nous demandons à un tsadik de prier pour nous, la délivrance va dépendre d'à quel point nous avons de la confiance dans le tsadik.
Si nous ne croyons pas dans le tsadik à 100%, alors le tsadik ne peut pas pleinement prier pour nous.

En ce sens, Yaakov a dit à Ra'hél : "Suis-je à la place de D." = une personne peut prier Hachem, même en n'ayant pas une émouna parfaite.
Or, je constate que tu as dit : "donne-moi des enfants, sinon je suis morte" = tu n'es pas certaine que je peux t'aider, et si tu ne crois pas pleinement en moi, alors je ne suis capable de t'aider.

[elle s'est alors tournée vers Hachem, et Hachem a écouté ses prières.]

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-> "Hachem se souvint de Ra'hél ; D. l'exauça et ouvrit sa matrice" (Vayétsé 30,22)

Le Ohr ha'Haïm commente : "Le verset dit que malgré le fait que Hachem se souvint des bonnes actions de Ra'hél, elle avait quand même besoin de prières.
Comme il est écrit : D. l'exauça."

[c'est une loi naturelle de ce monde : on a beau mériter plein de super bénédictions, mais si nous ne prions pas de tout notre cœur à Hachem, elles n'ont pas la possibilité de venir sur nous. Même Ra'hél n'a pas échappé à la règle, alors prions!

D'ailleurs, Léa a tellement prié en larmes pour annuler le décret de devoir se marier à Essav, qu'au final elle a réussi à annuler le décret et elle s'est même mariée avant sa sœur avec Yaakov.
Avec autant de belles prières à son actif, elle a eu rapidement des enfants, tandis que Ra'hél d'une certaine façon a dû "rattraper" son retard de prières, en devant alors prier pour mériter d'avoir des enfants.]

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-> C'est seulement une fois que Ra'hél a compris qu'elle seule pouvait implorer D. pour son propre compte avec l'intensité nécessaire, que D. l'a entendue.

Nous trouvons un autre exemple de cette démarche dans la méguilat Esther.
Selon rabbi Né'hémia (guémara Méguila 15b), Esther voulait pousser ses frères juifs à prier D. avec plus de ferveur.
Sachant qu'Esther était reine, les juifs se disaient : "Nous avons une sœur dans la maison du roi", et ils pensaient qu'Esther, saurait sans aucun doute manœuvrer et faire habilement pression sur le roi pour annuler les décret de Haman.

Pour dissiper de telles pensées, Esther a invité Haman. Elle se montrait ainsi à eux comme une renégate qui avait lâchement abandonné son peuple à son triste sort, mais peu lui importait : ce qui comptait c'est que les juifs de Chouchan, lorsqu'ils apprendraient la nouvelle, réalisent qu'ils n'avaient absolument aucun soutien au palais royal.

=> Le seul espoir qui leur restait était d'implorer D. de toutes leurs forces. A ce moment leurs prières montreraient droit au Ciel.

-> Le Darké Moussar enseigne que de son côté, Esther a jeûné 3 jours d'affilé avant de se présenter devant Assuérus, pour également se pénétrer de l'idée, sans que cela ne fasse l'ombre d'un doute à ses yeux, que le salut de l'homme vient uniquement de D. et qu'elle-même n'y aurait aucune part.
Le jeûne qu'elle s'imposait déparerait sa beauté naturelle, en sorte qu'elle ne pourrait pas la mettre à profit pour séduire Assuérus.

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-> "Lorsque mon frère Essav te rencontrera ... tu diras : ... c'est un cadeau, envoyé à mon seigneur, à Essav" (Vayichla'h 32,18-19)

Le Kédouchat Lévi enseigne qu'une stratégie pour lutter contre notre yétser ara est de lui dire que c'est également un cadeau pour lui, que c'est également à son profit, et alors il nous laissera tranquille.
[ex: plutôt que de lui dire je me lève prier/étudier, on peut lui dire : laisse-moi me lever pour prendre un café]

"Si Essav vient contre un camp et le frappe, le camp restant sera sauvé" (Vayichla'h 32,9)

-> Rachi explique que Yaakov se prépara à la rencontre avec Essav à l'aide de 3 éléments : le cadeau, la prière, et la guerre.

-> Le Sfat Emet commente :
Les 3 éléments de préparation de Yaakov, à propos de la rencontre avec son frère, apparaissent en allusion dans la paracha du Shéma Israël.
Ceci afin de permettre à chaque juif de savoir comment atteindre un niveau très élevé dans le service Divin : "Tu aimeras Hachem ton D. de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton pouvoir" (Vaét'hanan 6,5).

- "de tout ton cœur" = c'est le service Divin que l'on a dans le cœur, c'est-à-dire la prière. (cf. guémara Taanit 2a)
- "de toute ton âme" = c'est la guerre que l'homme mène contre son mauvais penchant.
- "de tout ton pouvoir" = ce sont les cadeaux, c'est-à-dire la tsédaka et les actes de bonté.

"Les fils de Yaakov étaient douze" (Vayichla'h 35,22)

-> Selon Rachi : Nos maîtres ont expliqué que le texte vient nous enseigner qu’ils étaient tous égaux et qu’ils étaient tous des justes (tsadikim), Réouven n’ayant pas péché.

=> Comment le fait d'être inscrit avec ses frères prouve qu'il est égal à eux et qu'il n'a pas fauté?
Peut-être qu'il a fait téchouva, et qu'après il soit devenu aussi égal à eux?

-> Le Adérét répond que si Réouven avait fauté, il aurait été bien plus grand que ses frères, car d'après nos Sages (guémara Béra'hot 34b) : "A l’endroit où se tiennent les baalé téchouva, même les tsadikim parfaits ne peuvent se tenir".
Ainsi, Réouven n'a pas fauté, et il n'a pas non plus fait téchouva.

=> Nous ne devons jamais rechercher à transgresser la volonté d'Hachem, mais si nous sommes tombés dans la faute, alors nous devons faire téchouva, et nous deviendrons plus grand par cela.
Nous pouvons alors atteindre un niveau plus important que si n'avions pas fauté.

Les fils de Yaakov étaient douze. Les fils de Léa ... Les fils de Ra'hél : Yossef et Binyamin ... tels sont les fils de Yaakov, qui lui étaient nés à Padan Aram. (Vayichla'h 35,23-26)

En réalité, Binyamin est né après qu'ils aient quitté Padam Aram (cf. v.35,16).
=> Comment comprendre l'affirmation de la Torah?

-> Le 'Hizkouni répond que lorsque Yossef est né à Padan Aram, Ra'hél a prié : "Que Hachem m'ajoute un autre fils" (Vayétsé 30,24).
La naissance de Binyamin a résulté de cette prière, et c'est pourquoi la Torah considère comme s'il était né à Padan Aram.

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[c'est le fait de prier pour quelque chose qui rend possible sa réalisation, son obtention.
Ainsi, Binyamin est né lorsque la prière a permis d'accorder sa venue dans ce monde, et la naissance n'a été que sa conséquence ultérieure.
Plus on prie, plus on permet aux bénédictions qui nous attendent en-Haut de descendre sur nous.]

"Il [l'ange d'Essav qui avait combattu Yaakov toute la nuit] lui dit : Laisse-moi partir car le jour se lève!
Yaakov répondit : "Je ne te laisserai pas sans que tu ne m'aies béni"." (Vayichla'h 32,27)

-> Nos Sages ('Houlin 91b) rapportent que Yaakov dit à l'ange d'Essav : "Serais-tu un bandit ou un voleur qui a peur quand arrive l'aube?"
Il lui répondit : "Je suis un ange et depuis que j'ai été créé, ce n'est que maintenant qu'est arrivé le moment où je dois chanter en l'honneur de Hachem."

-> Le 'Hafets 'Haïm rapporte ce que dit Chmouël à rav Yéhouda (guémara Erouvin 54a) : "Saisis et mange, saisis et bois, car ce monde ressemble à une maison de festins".
Le 'Hafets 'Haïm demande : "Bien évidemment, manger et boire signifient ici étudier la Torah et accomplir les mitsvot : mais que signifie "saisis"? De plus, pourquoi ce monde-ci est-il comparé à une maison de festins?"

Pour expliquer cela, il raconte la parabole suivante : un homme riche organisa un festin à l'occasion du mariage de son fils. Il annonça que celui qui voudrait se servir des mets et des délices qui y seraient offerts pourrait le faire à son gré, et que personne ne l'en empêcherait.
Toutefois, le lendemain, les restes du repas seraient présentés sur la table du riche, mais nul ne pourrait y accéder et les déguster à moins d'avoir été invité.

Le 'Hafets 'Haïm conclut que ce monde ressemble à un grand festin : celui qui veut chanter pour Hachem et Le prier est reçu à toute heure avec joie.
Mais, lorsqu'il arrivera dans le monde futur, tout comme les anges, il ne pourra pas le faire quand bon lui semble.
Là-bas, chanter devant Hachem sera une récompense donnée à l'homme selon ses mérites : c'est pourquoi ici-bas il doit "saisir" chaque occasion pour étudier et accomplir les mitsvot.

"Yaakov envoya des messagers devant lui, vers Essav son frère" (Vayichla'h 32,4)

-> Baba Salé donne l'explication suivante :
Yaakov s'est préparé également pour faire la guerre avec son frère, de telle sorte que s'il devait combattre, Yaakov craignait d'avoir éventuellement peut-être commis une faute.

Il se trouve que l'apparence de Yaakov est sculptée sur le trône de gloire d'Hachem (kissé hakavod), or les sages ont enseigné que lorsqu'Israël fait la volonté du créateur, l'apparence de Yaakov brille de lumière sur le kissé hakavod.
En revanche, lorsqu'Israël ne fait pas la volonté de son Créateur, que D. nous en préserve, l'apparence de Yaakov perd son éclat et sa lumière.
Ainsi, Yaakov voulut savoir s'il n'avait commis aucune faute et s'il avait accompli totalement la volonté de son créateur afin de ne pas avoir à craindre une éventuelle faute durant l'hypothétique affrontement.
C'est pourquoi, Yaakov envoya des anges jusqu'au trône de gloire céleste afin de vérifier comment se présentait son apparence. Était-elle pleine de lumière ou assombrie?

C'est le sens du verset : "Yaakov envoya des messagers devant lui (léfanav)", c'est-à-dire : ל-פנו = vers sa face qui est dans les mondes supérieurs.

"Yaakov resta seul" (Vayichl'ah' 32,25)

-> L'ange attaqua Yaakov alors qu'il était "seul", qui se dit : "lévado" (לְבַדּוֹ).
D'après le rav Israël Sim'ha Schorr, cela fait allusion aux mots : "én od milévado" (אין עוד מלבדו).
L'ange attaquait Yaakov sur son attachement au fait qu'il n'y a rien d'autre qu'Hachem.
Il essayait de briser ce pouvoir de reconnaître la vérité de l'unicité d'Hachem et de toujours garder un lien avec Lui.

[le yétser ara ne voulait pas que Yaakov transmettre cette arme surpuissance à ses descendants.
En effet, on peut citer :
- Selon la guémara (‘Houlin 7b), celui qui concentre ses pensées sur le verset : "Hachem est D., il n’y a rien en dehors de Lui (Hachem ou aElokim én od milévado – Vaét’hanan 4,35), se trouve protégé contre les forces du mal.
- Le rav ‘Haïm de Volozhin (Néfech ha’Haïm 3,12) dit que lorsque l’on est persuadé que : "en od milévado" (que rien n’existe de façon indépendante à D.), alors on se place dans une bulle protectrice et rien ne peut nous nuire.]

-> "un homme lutta avec lui" (v.25)
Le terme "vayivatér" (lutta) a pour racine : "avak" (poussière).
Rachi ajoute : ils faisaient jaillir, par leurs mouvements, de la poussière sous leurs pieds.
Mais la poussière avait également un réalité spirituelle, la guémara (‘Houlin 91a) dit que lorsque Yaakov se battait contre l’ange, la poussière de leur bataille s’élevait jusqu’au Trône Divin.

Certains commentateurs expliquent que Yaakov se battait contre son yétser ara, et l’odeur agréable de cette lutte s’élevait vers Hachem et Lui amenait de la satisfaction.
Ainsi, lorsque nous nous battons contre notre yétser ara, il faut se focaliser sur le positif : nous renforçons la gloire de D. dans ce monde, et chaque miette d’effort que nous faisons s’élève jusqu’à Hachem et Lui apporte une satisfaction énorme, …
Certes c’est fatiguant de lutter contre notre yétser ara, mais plus on y mettra d’efforts, plus cela sera apprécié par D., et plus cela grandira encore davantage Son Nom!

[lorsqu'il y a une tempête de sable, d'un côté cela signifie que beaucoup de sable s'élève, mais d'un autre côté il y a un flou, un manque de visibilité global.
De même dans notre vie, notre yétser nous fait remarquer à quel point il fait sombre, à quel point c'est la tempête dans notre vie, afin de nous déprimer. Mais nous devons avoir en tête qu'en fait certes c'est dur, mais nous envoyons plus de poussières spirituelles à Hachem, et donc nous lui donnons une satisfaction, un plaisir tellement plus important. Nous pouvons être fiers de nous!
C'est un peu le message de 'Hanouca : c'est dans nos moments les plus sombres que nous avons la capacité d'illuminer le plus possible le monde de la grandeur d'Hachem.]

-> "Voyant qu'il ne pouvait le vaincre, il lui pressa la cuisse ; et la cuisse de Yaakov se luxa tandis qu'il luttait avec lui" (v.26)
Le rav Israël Sim'ha Schorr dit que l'ange l'a frappé pour le blesser spirituellement.
Pourquoi précisément à la cuisse?

C'est le membre qui permet de se prosterner, de s'incliner.
Ainsi, en touchant la cuisse il voulait affecter la capacité des juifs à se soumettre totalement devant la Volonté d'Hachem.

[l'idée est qu'une petite déviation, baisse, dans notre service Divin, risque d'entraîner au fil des générations une baisse énorme du judaïsme, au point de voir s'égarer certains de nos descendants.
Ainsi, un parent, un enseignant, doit voir en l'enfant face à lui les milliers de personnes que constituent sa descendance, et nous devons donc s'investir au maximum pour lui transmettre la grandeur et l'importance de se soumettre à la volonté de D.
Conscient de cela, le yétser ara nous fait baisser la garde, et avec le temps les dégâts sont énormes!]

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-> Le rav David Pinto (paracha Balak - la voie à suivre n°631) enseigne :
Quand l’ange tutélaire d’Essav a choisi de frapper Yaakov à la hanche, il faut dire qu’il avait une intention particulière en cela qu’il a choisi de le blesser à la jambe, parce qu’on accomplit avec les jambes de nombreuses mitsvot qu’il est impossible d’accomplir sans elles.
Ceux qui sont zélés accomplissent les mitsvot le plus tôt possible au moyen de leurs jambes, c’est pourquoi il l’a frappé à la jambe pour faire entrer en lui la paresse dans l’exécution des mitsvot, afin qu’il ne puisse pas se dépêcher d’aller les accomplir.
En effet, le mot "tsolea" (boiteux) évoque le mot "atslout" (paresse), et si par malheur Yaakov était resté boiteux, la paresse serait restée pour toutes les générations, et les bné Israël auraient accompli les mitsvot de façon imparfaite, sans préparation, car les actes des pères sont un signe pour les enfants (guémara Sota 34a).

C’est pourquoi quand l’ange a demandé à Yaakov de le renvoyer car l’aube était venue, Yaakov a répondu : "Je ne te renverrai pas avant que tu ne m’aies béni", c’est-à-dire que tu aies annulé la paresse que tu voulais introduire en moi.