« Il prit ses 2 femmes, ses 2 servantes, et ses 11 enfants » (Vayichla’h 32,23)

Rachi explique que Dina ne figure pas ici car Yaakov l’a mise dans une boite qu’il a verrouillée, pour ne pas qu’Essav ne la voie et qu’il souhaite l’épouser.
Yaakov a été puni pour avoir mis sa fille dans cette boite, car elle aurait pu conduire Essav au repentir. C’est pourquoi, elle est tombée entre les mains de Chekhem.

=> Comment peut-on condamner Yaakov pour avoir empêché Essav le racha d’épouser Dina?
Au contraire, cela aurait été considéré comme jeter sa fille aux lions!

En fait, Yaakov a bien fait d’avoir empêché Essav de voir sa fille. Seulement, la Torah lui reproche que quand il a fermé la porte de la boite, il n’a pas malgré tout soupiré en exprimant un regret, se disant : »Ah! Peut-être que finalement, je prive Essav du repentir! »

Hachem a puni Yaakov d’avoir verrouillé la porte fermement et sereinement, sans avoir un petit sentiment de regret/tristesse pour son frère.

Cela montre combien Hachem est exigeant avec les tsadikim (les jugeant sur l’épaisseur d’un cheveu! – guémara Yébamot 121b) et les sanctionnant pour des considérations qui semblent minimes.

[le Sabba de Kelm]

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+ Quelques autres explications :

-> Le Moshav Zékénim est d’avis qu’à ce moment, Essav aurait pu être ouvert à se repentir, comme le prouve son offre de voyager avec Yaakov (« Mettons-nous en route … et j’irai à ton pas » – v.33,12)

-> Le Barténoura enseigne que les intentions (profondes) de Yaakov étaient mauvaises.
En effet, il voulait spécialement que son frère reste un racha, afin que celui-ci ne mérite pas l’accomplissement des bénédictions de son père.

-> Le Mérafsin Igri suggère que Dina avait un niveau si élevé que même Essav ne pouvait pas lui nuire spirituellement parlant, tandis qu’elle pouvait éventuellement l’aider dans une certaine mesure.

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+ On peut s’interroger : comment est-ce que Rachi a-t-il pu affirmer qu’il s’agissait de Dina, la fille de Yaakov, et non pas un de ses fils?

-> Le Gaon de Vilna (Kol Eliyahou) répond que nos Sages enseignent (Targoum Chéni – Esther 3,3) que la tribu de Binyamin a mérité d’avoir le Temple construit sur son territoire de la terre d’Israël, car Binyamin a été le seul fils de Yaakov qui ne s’est pas prosterné devant Essav.
En effet, celui-ci n’était pas encore né au moment de cette rencontre.

S’il y avait un autre de ses frères dans la boîte, cette raison n’aurait alors pas été suffisante, puisqu’une 2e tribu aurait pu demander à avoir le Temple.
Par conséquent, Rachi savait que l’enfant « manquant » ne pouvait être que sa fille Dina.

« Yaakov envoya des anges devant lui, vers Essav son frère » (Vayichla’h 32,4)

-> « Notre Patriarche Yaakov s’est constamment efforcé de minimiser les difficultés futures qui arriveraient à ses descendants.
En effet, le fait d’envoyer les anges avec des cadeaux à son frère Essav, aide les juifs au travers toutes les générations.

A chaque fois que les oppresseurs viennent pour faire du mal aux juifs, exactement ces mêmes anges que Yaakov a envoyé à Essav, émergent de nouveau et ils viennent faire le maximum pour apaiser les méchants.
C’est ainsi que le verset spécifie : « Yaakov envoya des anges DEVANT lui » = il les a envoyé devant lui dans le futur, dans une mission de protéger et de soulager les situations difficiles de toutes les générations de juifs. »

[le Ohev Israël – rav Avraham Yéhochoua Heschel]

« Yaakov resta seul et un homme lutta avec lui jusqu’au lever du jour » (Vayichla’h 32,25)

-> Rachi commente : L’homme en question était l’ange gardien de Essav.

-> La guémara (‘Houlin 91a) enseigne que l’homme qui a combattu Yaakov, est apparu parfois comme un érudit en Torah (talmid ‘hakham) ou parfois sous la forme d’un non-juif.

-> Le ‘Hatam Sofer apporte l’explication suivante :
Yaakov a affirmé à Essav, avoir observé l’ensemble des 613 mitsvot chez Lavan (Rachi 32,5).
Cependant, il y avait 2 domaines dans lesquels il était faible : la mitsva d’honorer ses parents, qu’il ne pouvait pas réaliser pendant le temps où il était loin d’eux ; et l’interdiction de se marier avec 2 sœurs.

L’ange gardien de Essav a essayé de l’attaquer sur ses 2 points vulnérables :
– en prenant l’apparence d’un érudit en Torah = c’était pour faire allusion à Yaakov de ses lacunes dans l’honneur à ses parents, puisque la guémara (Méguila 16b) enseigne qu’il n’a pas été puni pour avoir négligé cette mitsva durant la période où il a étudié la Torah à la yéchiva de Chem et Ever (sans aborder les 14 années suivantes chez Lavan).

– en prenant l’apparence d’un non-juif, pour lui signifier qu’il a agit comme un non-juif en se mariant avec Ra’hel et Léa, puisque cette interdiction de se marier à 2 sœurs ne s’applique qu’aux juifs.

Le ‘Hatam Sofer suggère que ces 2 mitsvot ce retrouve dans le verset (v.32,8), qui décrit la réaction de Yaakov lorsqu’il apprend que Essav se dirige vers lui avec 400 hommes : « Yaakov eut très peur et fut angoissé » (vayira Yaakov méod vayétsèr lo – ויירא יעקב מאד ויצר לו).
Pourquoi son ressenti est-il décrit par 2 verbes différents?

– « il eut peur » (vayira – ויירא) = fait allusion à la mitsva d’honorer ses parents, qui est décrite dans la Torah par : « ich imo véaviv tiraou (תיראו) » (Chacun, sa mère et son père vous craindrez – Kédochim 19,3) ;

– « il fut angoissé » (vayétsér – ויצר) = c’est l’interdiction de se marier avec 2 sœurs en même temps, qui se trouve dans la Torah : « icha él a’hota lo tika’h litsror (לצרר) » (Une femme en plus de sa sœur, tu ne prendras pas pour en faire des rivales – A’haré Mot 18,18)

-> Le Targoum Yonathan (v.32,8) écrit également que si : « Yaakov eut très peur », c’est parce qu’il n’a pas activement honorer ses parents pendant 22 années.

-> Le Yichma’h Moché fait remarquer, que le terme : « très [peur] » (méod – מְאֹד), est l’acronyme de : « mékiboud av dacheil », qui signifie en araméen : « de son kiboud av, j’ai peur ».
En effet, Essav excellait dans le respect de son père (cf. moment où Its’hak bénit ses enfants).
=> Yaakov n’avait pas peur de la puissance, de la force de Essav, mais de l’avantage en mérites qu’il avait pour avoir honoré son père à la perfection.

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-> Le Chla haKadoch écrit que l’ange de Essav, représente le yétser ara qui :
– parfois il vient sous la forme d’un non-juif = nous attaquant avec un argumentaire propre à ce qui est le plus séduisant à nos yeux dans le monde non-juif ;

– et parfois, il apparaît sous forme d’un juif érudit en Torah = maîtrisant les moindres détails de la Torah, le yétser ara va nous piéger en utilisant notre fibre religieuse.
C’est ainsi par exemple que : une avéra devient une mitsva, on va faire une mitsva au détriment de nombreuses autres, il va réduire notre ardeur/enthousiasme, …
Il ne recherche pas l’impressionnant, toute petite perte spirituelle, tout petit écart, est signe d’une réussite de sa mission.

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-> Le rav Moché Aharon Friedman fait remarquer que le yétser ara ne nous attaque pas dans ce qui est clair pour nous (le tout noir ou tout blanc), mais dans nos zones de confusion, où l’on doute (nos zones grises : où c’est ni noir, ni blanc).

Avraham représente l’Attribut de ‘hessed (bonté) qui correspond aux 248 mitsvot positives, tandis que Its’hak représente la guévoura (rigueur), qui est associée aux 365 mitsvot négatives.
Que restait-il à Yaakov?

La spécificité de Yaakov était d’infuser de la sainteté dans la matérialité.
C’est ainsi que :
– en sortant du ventre de sa mère, il a tenu le talon de son frère.
Le mot : « talon » (ékev – עקב) est l’acronyme de : קדש עצמך במותר (sanctifie toi dans ce qui est permis – kadech atsmé’ha bémoutar) ;

– plus tard, il aura dans son sommeil la vision prophétique de l’échelle, dont le bas partait de la terre, et le haut arrivait au Ciel. C’est une allusion au fait que la tâche de Yaakov était d’unir ces 2 mondes : élever la matérialité en y mettant de la sainteté.

=> Nous devons suivre son exemple, et lorsque notre yétser ara se présente habillé en non-juif ou bien en érudit de la Torah, notre état d’esprit doit être le même : Est-ce en accord avec la volonté de Hachem? Est-ce que cela va m’élever vers D. ou bien m’en distancer?

« [Yaakov] se prosterna contre terre 7 fois jusqu’à ce qu’il parvienne auprès de son frère » (Vayichla’h 33,3)

Comment comprendre le fait que le tsadik Yaakov se soit prosterné devant le racha Essav?

-> Mordé’haï était une réincarnation de Yaakov, et Haman une réincarnation de Essav.

Mordé’haï ne s’est pas prosterné devant Haman, et ce même s’il mettait en danger l’ensemble du peuple juif, dans un but de corriger la mauvaise action de Yaakov de s’être prosterné devant Essav.

Selon le Mahara Galanti, au nom du Ramak, la réparation de Mordé’haï ne porte pas sur une erreur que Yaakov a fait directement.
En effet, le Zohar rapporte que Yaakov a vu la présence divine, et il s’est alors prosterné.
Cette inconduite a entraîné que ses enfants l’ont imité, et se sont également prosternés devant Essav.
Mais, ils n’ont pas réalisé que leur père l’a fait en l’honneur de la présence divine, ils pensaient réellement qu’ils se prosternaient en l’honneur d’Essav.

C’est cela que Mordé’haï a réparé : la conséquence indirecte qu’a entraîné l’action de Yaakov, sur ses enfants, les tribus d’Israël.

[le Kissé David]

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-> « Yaakov envoya des anges devant lui » (Vayichla’h 32,4)

Le mot : « vayichla’h » signifie : ‘devant lui’.

Yaakov a envoyé de véritables anges, afin qu’au moment où il rencontrera Essav, il puisse y avoir des anges entre lui et le racha Essav.

Ceci explique pourquoi le cœur de Yaakov s’est prosterné devant la présence divine.

[Agra déKalla]

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-> Le Zohar rapporte que Yaakov s’est prosterné car la présence divine était présente.

Pourquoi a-t-il choisi de le faire alors que pour les autres, cela apparaissait comme le fait de se prosterner en l’honneur de Essav?

Dans la maison d’étude de Abayé, il y avait un démon qui causait des dommages aux personnes.
Lorsque Abayé a entend que Rav Acha bar Yaakov venait en ville, il s’est assuré qu’il allait dormir dans le lieu d’étude (beit midrach), avec l’espoir que les mérites de ce grand Sage allaient dominer le démon et conduire à sa disparition.

Le démon est apparu à Rav Acha bar Yaakov sous la forme d’un serpent à 7 têtes.
Rav Acha a alors prié, et à chaque fois qu’il se prosternait durant la prière, une tête du serpent est tombée jusqu’à ce que les 7 têtes soient tombées, et qu’il en meurt.
[guémara Kidouchin 29b]

Le yétser ara a 7 noms.
Dans le but de dominer les 7 forces d’impuretés d’Essav, Yaakov s’est prosterné à 7 reprises devant la présence divine, jusqu’à ce qu’il prenne le contrôle sur Essav.

Rav Acha bar Yaakov par le mérite de Yaakov, a pu se prosterner 7 fois et détruire le démon, à l’image de ce qu’a fait Yaakov au yétser ara en se prosternant à son frère Essav.
[guémara Soucca 52a]

[d’après le Mégalé Amoukot – Rav Nathan Shapira]

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« A mon seigneur (ladoni), à Essav … » (Vayichla’h 32,5)

Comment Yaakov pouvait-il appeler Essav son seigneur?

-> Selon le Arizal, Essav était composé de 2 parties : une bonne, et une mauvaise.
Yaakov appelait la bonne partie : mon seigneur (adoni).

En ce sens le Ben Ich ‘Haï (Od Yossef ‘Haï) précise le verset : « ladoni (à la bonne partie de Essav), léEsav (à la mauvaise partie).

-> Selon le Or ha’Haïm, un des aspects de la stratégie de Yossef était de souligner à Essav la haute estime dans laquelle il le tenait.

Il y a toujours une partie sublime au sein de toute personne (même chez un racha comme Essav!).
=> Ainsi, à l’image de Yaakov avec Essav, nous nous devons de voir le spirituel, la sainteté en autrui, et la respecter.

Dans notre tête, nous devons souhaiter fortement que le mal en sorte, et que le bien en prenne pleine possession.
En parallèle, il faut aussi avoir conscience de la mauvaise partie, afin de prendre ses précautions, pour ne pas subir une influence négative.

« Je rendrai ta postérité comme le sable de la mer » (Vayichla’h 32,13)

Pourquoi le peuple juif est-il comparé au sable de la mer?

En réalité, le sable c’est ce qui limite la mer pour qu’elle ne dépasse pas son domaine. Ainsi, le sable réalise la séparation entre la mer et la terre ferme.

Il en est de même pour le peuple juif.
Le juif se doit d’être le protecteur de la sainteté et doit veiller à ce que le mal ne se mélange pas au bien.
Le bien doit rester pur et intact, séparé du mal, sans que la sainteté ne se diffuse trop au point de se mêler à l’impureté, car elle en sera alors entachée.

Par le respect scrupuleux des mitsvot de la Torah, le peuple juif, à l’instar du sable, réalise la séparation entre le bien et le mal.
Chacun restera dans son domaine et la sainteté pourra être préservée.
[le ‘Hidouché haRim]

« J’ai été diminué (katon’ti) par tous les bienfaits et par toute la vérité que Tu as faites à Ton serviteur » (Vayichla’h 32,11)

-> Selon Rachi, Yaakov exprime : Mes mérites ont diminué en raison de tous les bienfaits que Tu m’as prodigués et c’est pourquoi je crains d’avoir été souillé entre temps par des fautes et de ne plus mériter d’être sauvé des mains d’Essav.

-> Se basant sur ce verset (Vayichla’h 32,11), Rav ‘Hiya bar Achi dit qu’un sage en Torah se doit d’avoir un 8e de un 8e d’orgueil.
[guémara Sotah 5a]

-> Du Rachi, il semble que Yaakov attribue ses succès à ses propres mérites.
Pourquoi ne les attribue-t-il pas à Avraham et Its’hak? Cela serait plus humble.

Le Gaon de Vilna (Kol Eliyahou 45,224) de répondre : nous apprenons de ce verset, qu’une forme d’orgueil est permise : celle concernant son passé.

Pour prétendre à de l’aide divine, nous devons en être méritant, c’est-à-dire faire de notre mieux pour réaliser un maximum de mitsvot.

Concernant le passé, nous devons apprécier le fait que nous avons réalisé des mitsvot, et accumulé des mérites.
Nous avons ainsi gagné le fait de bénéficier des bontés de Hachem.
Nous devons également être très humble, car Hachem fera toujours beaucoup plus pour nous, que nous ne pourrons en faire pour Lui
.
Concernant le présent, nous devons chercher à exploiter le meilleur de nous-même.

Telle a été l’attitude de Yaakov : il a mérité des bienfaits par le passé, mais actuellement, il craint de n’avoir pas agit au maximum de ses potentialités selon la volonté de D.
Comme le rapporte le rav Moché Feinstein : Yaakov avait peur d’une chose : est-ce que j’ai évolué autant que je l’aurai pu, est-ce que j’ai donné toute la mesure de mon potentiel.
Il ne suffit pas de bien agir, il faut le faire au maximum de ses capacités.

=> Cette forme d’orgueil est indispensable, car elle conduit à nous construire et à nous améliorer.
En prenant conscience que par le passé, j’ai mérité de l’aide divine car je me suis bien comporté, je suis poussé à faire de mon mieux pour prétendre aujourd’hui encore à cette aide divine (attitude active).
Je prends également conscience que l’aide divine n’est pas un dû (j’attends passivement d’obtenir ce que je demande), mais qu’il faut que j’y participe, que je fasse un petit quelque chose pour en bénéficier.

Mon comportement est le récipient qui va permettre de contenir la bénédiction divine, c’est pourquoi, je dois faire attention à ce que mes actes soient complets, sinon il risque d’y avoir des trous dans le récipient …

D’une certaine façon, on peut imaginer que Yaakov se dit : par le passé, si j’ai pu avoir des succès, c’est parce que j’ai donné quelques pièces (bonnes actions) à Hachem pour les avoir. Même si ce n’était qu’une goutte d’eau dans l’océan de bonté divin, j’avais essayé de réunir le plus grand nombre de pièces, afin d’exprimer fortement mon amour à Hachem.
[Hachem je fais ta volonté!]

Et de même, dans le présent, si je veux obtenir des bontés de D., il me faut Lui donner quelques pièces. Mais est-ce que c’est suffisant? est-ce que c’est vraiment le maximum que je peux Lui donner? ou bien, est-ce que je peux encore faire mieux (par mes actions)?

=> Cette orgueil permis, nous pousse à être actif, et non passif, dans notre relation avec Hachem.

-> Il est écrit : « un sage en Torah se doit d’avoir un 8e de un 8e d’orgueil » (guémara Sotah 5a).
On pourrait penser qu’il faudrait avoir 1/64e d’orgueil, mais selon le Gaon de Vilna c’est un renvoi à l’attitude approprié d’orgueil de Yaakov dans notre verset, qui se trouve être le 8e verset de la 8e paracha de la Torah (un 8e de un 8e).
Dans ce verset, Yaakov dit : « Je ne suis pas méritant (litt. trop petit) pour tous les bienfaits … que Tu as fais à Ton serviteur » (Vayichla’h 32,11).
=> En ayant cette attitude de fierté de se dire que c’est Hachem qui s’occupe personnellement de moi, en me comblant du meilleur, alors on en vient à ne jamais être orgueilleux ou arrogant.
[en effet, quoique je puisse posséder ou faire, je le dois tellement à Hachem, que je n’ai pas de quoi m’enorgueillir !]

-> Le Séfer ‘Hanoukat haTorah (Likoutim 207) apporte une autre très belle explication sur cette guémara.
Hachem a choisi de donner la Torah sur le mont Sinaï, une petite montagne, afin de montrer et d’enseigner l’humilité.
Si D. voulait nous apprendre l’humilité, pourquoi n’a-t-il pas transmis sa Torah à une altitude de 0 mètre, à même le sol?

La guémara (Baba Batra 73b), nous enseigne que la plus haute montagne est le mont Tavor (har Tavor), avec 4 parsa de hauteur, soit environ 32 000 amot.
Selon le midrach (paracha Bo), le mont Sinaï a une hauteur de 500 amot.

Il est incroyable de constater que le Har Sinaï représente une hauteur équivalente à 1/64e de celle du Har Tavor.
[500*64= 32 000].
=> Par le choix du mont Sinaï, Hachem nous enseigne qu’un petit peu d’orgueil (1/64e), est permis chez les talmidé ‘hachamim (sages en Torah).

[nous devons avoir ce grain d’orgueil afin de pouvoir répondre avec arrogance à notre yétser ara : Pour qui me prends-tu à vouloir que j’agisse ainsi à l’encontre de la volonté de D.? Tu sais que je suis saint (kadoch), fils du Créateur du monde, et étant quelqu’un d’important, je me dois d’agir en conséquent, et pas dans la bassesse vers laquelle tu m’entraînes!]

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-> Rabbi ‘Haïm Wallin donne un autre enseignement relative à cette guémara (Sotah 5a).

Lorsque l’on prend le 8 livres du Tana’h (les 5 de la Torah, Yéhochoua, Choftim et Chmouël), et le 8e verset (un 8e de un 8e), on a : « Ellkana, son mari, lui disait : ‘Hanna pourquoi pleures-tu? Pourquoi ne manges-tu point, et pourquoi ton cœur est-il affligé? » (Chmouël I 1,8)

‘Hanna était triste d’être stérile.
Dans ce verset, son mari Elkana, l’a console en essayant d’améliorer son état d’esprit.
Il lui dit que même si elle n’est pas une mère, ce n’est pas pour autant qu’elle n’est pas une personne d’une immense valeur.
Même si c’est difficile, la vie continue et il faut savoir prendre soin de soi-même.
Elkana développe sa confiance en elle-même, lui rappelant d’apprécier sa valeur.

=> Une autre forme d’orgueil est permise : celle consistant à avoir conscience de sa grandeur, de sa valeur.

L’humilité ne doit pas servir d’excuse pour ne pas agir, ou justifier des mauvaises actions.
[comme je ne suis rien, alors c’est normal si je faute, si je ne fais rien de bien : c’est à mon image!]
Cela peut aussi conduire à la dépression, à la suffisance, …

Au contraire, l’humilité consiste à prendre conscience de notre grandeur, car plus on a conscience de nos capacités, du fait que nous avons une partie divine en nous (l’âme), plus nous avons conscience que nous pouvons et devons agir grand (j’agis à l’extérieur, en fonction de l’image que j’ai de mon intériorité!).

A chaque instant, Hachem me donne de grandes potentialités : je me dois donc de Lui faire honneur, de Lui faire plaisir.

Il faut toujours avoir en tête que quelque soit mes actions, Hachem restera toujours avec moi.
Un juif n’est jamais rien, seul, car il a toujours D. avec lui!!

==> L’orgueil est généralement interdite, car tout provient de D.
Cependant, sous certaines formes (un 8e de un 8e), cela est indispensable.

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+ [Avant sa rencontre avec Essav, Yaakov pria : ] « Sauve-moi, de grâce, de la main de mon frère, de la main d’Essav » » (Vayichla’h 32,12)

-> Rabbi Lévi Its’hak de Berditchev (Kédouchat Lévi) commente :
Essav représente « l’autre côté » = le pouvoir du mal, la mort, le yétser ara, le penchant au mal.
Yaakov prie : « Sauve-moi, afin que le penchant au mal ne devienne pas mon frère ».
En effet, le yétser ara cherche à nous séduire, et pour cela il se présente comme un frère en habillant une faute dans les habits d’une mitsva. C’est la manière du Satan de nous approcher, essayant de nous piéger dans les filets du mal.

[dans le verset précédant, il est écrit : « J’ai été diminué (katon’ti) par tous les bienfaits et par toute la vérité que Tu as faites à Ton serviteur » (Vayichla’h 32,11)
On peut relier cela au paroles de nos Sages : « N’aie pas confiance en toi-même [en baissant la garde face à ton yétser ara] jusqu’au jour de ta mort, car le Cohen gadol Yo’hanan a occupé sa fonction pendant 80 ans, mais il est devenu Saducéen à la fin de sa vie! » [guémara Béra’hot 29a]
=> katon’ti = Diminues-toi, fais-toi petit, ne prend pas un seul instant de ta vie la grosse tête en baissant ta garde sur le yétser ara, car il n’attend que cela!]

-> Le nom Yaakov provient de la racine : « akav » (tromperie, ruse), comme dans le passage [où Essav dit en se référant à Yaakov] : « Il m’a trompé (vayakvéni) 2 fois » (Toldot 27,36).
Le nom est bien adapté, car un juif doit être rusé et astucieux pour échapper aux traquenards du yétser ara.
[le ‘Hozé de Lublin – Zikaron Zot (30)]

-> « Le mauvais penchant de l’homme le domine chaque jour … et si ce n’était D. qui lui vient en aide, l’homme serait impuissant contre lui » (guémara Soucca 52 a-b)

=> Il en découle que nous devons aborder avec beaucoup d’humilité notre combat face à notre yétser ara (en allusion dans Essav), en ne le prenant pas de haut (c’est un tout petit sujet), mais plutôt de bas (katon’ti), car ainsi il a une taille d’énorme importance à nos yeux!

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-> Le mot « katon’ti, qui provient du mot : katan (petit), signifie littéralement : je me suis fait petit.
Un ‘katan’ peut être actuellement petit, mais ses potentialités sont sans limite.

Yaakov, se décrit de la plus humble des manières : ‘Je ne mérite aucun de Tes bienfaits’, mais en même temps, il dit qu’il a les capacités d’impacter fortement le monde.
Il n’a pas permis à ses efforts à faire la volonté de D., de s’en trouver amoindris par une faible évaluation de soi-même.

L’humilité doit être le trait de caractère qui domine, mais il doit cependant y avoir une minuscule mesure d’orgueil (1/64e).
Si l’on veut atteindre des sommets spirituels, on doit s’en sentir capable.

[Ben Ich ‘Haï – Ben Yéhoada sur la guémara Sotah 5a]

On peut comparer cela à un ressort, qui a besoin de se faire petit afin de s’élever le plus haut possible.
Il faut se faire petit, afin de laisser de la place à Hachem, et alors : « Humbles auront été tes débuts, mais combien brillant sera ton avenir! » (Iyov 8;7)

Les juifs sont comparables aux étoiles. Extérieurement, ils sont humbles (minuscules), mais lorsqu’on s’en rapproche (intérieurement), on remarque qu’ils sont énormes.

=> Il faut savoir être à sa place : ni je sais tout, je peux tout ; ni je suis un zéro, je ne vaux rien.
Il faut être ce que D. nous permet d’être, et agir en toute responsabilité en utilisant au mieux.nos capacités, car c’est pour cela qu’on vit.

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-> Le Zohar dit que la prière de Yaakov était très précieuse à Hachem, car c’était une prière remplie d’humilité.
En effet, il Lui demandait un cadeau gratuit, conscient qu’il ne pouvait prétendre à rien.

Moché a agit de même en suppliant Hachem de le faire rentrer en Israël.
Selon le Ba’h : « J’ai supplié » (Vaét’hanan) : cela implique toujours l’idée de don gratuit, de faveur.

-> Le Gra enseigne que si l’on prie parce que Hachem nous doit quelque chose, alors on aura uniquement ce qu’on mérite avoir.
Mais si l’on prie afin d’obtenir un cadeau, alors il n’y a pas de limite au flux divin.

-> « Voici l’échelle était dressée vers la terre et son sommet [de l’échelle] arrivait au ciel » (Vayétsé 28,12)
Selon le Panim Yafot, cela fait référence à Yaakov.
Sa tête atteignait le Ciel, et ce par le biais de son trait de caractère d’humilité, comme l’exprime le mot : katon’ti.

=> Lorsqu’on se considère comme de la terre qu’on piétine, alors on atteint en réalité des sommets, le Ciel.
Pour qu’une prière monte, il faut venir comme un pauvre qui n’a rien et dont son futur dépend totalement de Hachem.
Mais, il faut également avoir un peu d’orgueil (la tête au ciel), afin de toujours viser grand (certes, je suis en bas de l’échelle, mais b »h, je vais arriver tout en haut!).

=> L’humilité est indispensable, mais quelques graines d’orgueil sont parfois nécessaires afin de préserver le tout, d’éviter que ça tourne mal.

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+ « Le véritable service de D. est d’atteindre l’humilité dans la joie.
Comment peut-on se réjouir tout en se sentant humble ?

En sachant que de cette manière, on accomplit la volonté de D. Ce seul argument est déjà une raison suffisante pour être joyeux. »

[Rabbi Meïr de Apta]

Un orgueil permis est la fierté d’avoir comme boss : Hachem!

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Je suis petit (du fait) de toutes les bontés … que Tu as fait pour Ton serviteur » (Vayichla’h 32,11)

Ce verset, qui est inclus dans la prière que Yaakov a adressée à Hachem, fait allusion au fait que quand une personne ressent une réelle humilité, elle doit savoir que même cela est une bonté d’Hachem, Qui lui réalise ce bienfait de pouvoir être humble.
C’est ce que fait allusion ce verset : « Je suis petit », et même ce sentiment de « petitesse » et d’humilité, fait partie « de toutes les bontés ».
Naturellement, la dimension opaque de l’homme lui génère constamment des sensations d’orgueil. Ainsi, même s’il se travaille et arrive à l’humilité, il doit savoir qu’en réalité, cette modestie est un bienfait qui lui vient d’Hachem.
[le ‘Hozé de Lublin]

-> « Lorsque l’on se considère comme non méritant, comme ne pouvant recevoir de bonnes choses que par ‘hessed (bonté) de D., alors Hachem nous donnera ce dont nous avons besoin.
Par contre, si l’on se considère comme méritant (de recevoir du bien), alors nous n’aurons du bien qu’en fonction de nos mérites (donc limité à l’opposé de la bonté divine gratuite et infinie).
Yaakov affirme que même le fait qu’il est devenu petit et davantage humble (katon’ti), est également une bonté de Hachem. »
[Sfat Emet]
[en se faisant tout petit, il permet à Hachem de se faire tout grand en lui, apportant alors des bénédictions sans limites!]

-> Le Baal haTanya (Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi) enseigne :
Le mot « katon’ti » : « Je ne suis pas méritant », peut également se traduire par : « Je suis devenu petit ».
Yaakov disait : La grande miséricorde dont Hachem a fait preuve à mon égard, a entraîné que je suis devenu petit et humble.
En effet, la miséricorde divine envers une personne, va l’amener à devenir plus proche de Hachem, et le plus proche l’on est de D., le plus humble nous devenons. »

-> Rabbénou Bé’hayé dit qu’on apprend de ce verset que durant la prière, on doit se concentrer sur notre impuissance, et sur le fait que Hachem, que nous servons, surpasse absolument tout.
C’est pour cela que dans ce verset (32,11), Yaakov se fait référence à lui-même comme « Ton serviteur ».

[En effet, il est écrit : « Yaakov dit : D. … je me suis fais petit (katon’ti) par tous les bienfaits … que Tu as fait à Ton serviteur … sauve-moi, de grâce, de la main de mon frère. »

Le terme katon’ti fait allusion au fait que l’on se fait petit, proportionnellement à notre conscience de la grandeur infinie de Hachem.
Certains commentateurs (comme le Baal haTanya) notent que dans le 1er verset du Shéma Israël, la lettre dalet du mot : é’had (un) est agrandie. Cela représente alors un gros marteau, comme nous exprimant qu’il faut taper dans notre tête cette notion d’unicité de D. jusqu’à être plus plat que plat (sans orgueil).
De plus, autrefois, nos Sages prenaient 1 heure de préparation avant la prière, principalement pour développer en eux la toute puissance du D., devant qui ils allaient prier. ]

Selon la guémara, une prière doit se faire selon le schéma : remerciement sur le passé, puis demande pour le futur.
Yaakov s’est fait petit (katon’ti), sous sa prise de conscience que Hachem l’a toujours comblé de bonté, et ensuite il a demandé : « sauve-moi », convaincu qu’il en sera de même dans le futur.
Il est à noter que la nature humaine tend à fonctionner à l’inverse : lorsque tout va bien c’est grâce à moi, mais lorsque cela ne va plus (comme on le souhaiterait), alors on en vient à accuser D. (pourquoi, qu’est-ce que j’ai fait, …).

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« Yaakov resta seul et un homme lutta avec lui jusqu’au lever du jour » (Vayichla’h 32,25)

-> Rachi cite la guémara (‘Houlin 91a) : Yaakov avait oublié quelques « pa’him kétanim » (des petites cruches), et il est retourné les chercher.

-> Lorsqu’elle traite du miracle de ‘Hanoucca, la guémara (Shabbath 21b) dit : « badkou vélo matsou ella pa’h é’had chèl chémen » (ils ont cherché et ont trouvé seulement une cruche d’huile).

-> Le Chela haKadoch écrit : « Il y a sans aucun doute un grand symbolisme et une grande signification derrière les « pa’him kétanim » (petites cruches) de Yaakov, et avec cela nous pouvons comprendre le secret de la « pa’h shémen » (cruche d’huile) de ‘Hanoucca ».

-> « Les premiers frémissements du miracle de ‘Hanoucca ont commencé au moment où la colombe a eu la feuille d’olivier dans sa bouche » [Tikouné Zohar 13]

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Nous allons b »h voir un développement se basant sur ces points par le rabbi Avraham Bukspan.

La colombe est retournée auprès de Noa’h avec une feuille d’olivier dans sa bouche, comme il est écrit : « et voici elle avait saisi dans son bec une feuille d’olivier » (Noa’h 8,11).
Le midrach (Béréchit rabba 33,6) rapporte l’opinion que cette feuille provenait du gan Eden.

Rabbi Bukspan suggère que que cette feuille va ensuite être plantée par Noa’h, afin de pouvoir utiliser ses olives pour produire de l’huile pure, qui va servir à offrir des sacrifices à Hachem.
Par la suite, Noa’h a transmis cette huile à son fils Chèm, qui est aussi connu sous le nom de : Malkitsédék, le Cohen léKeil Elyon.

Le Chla hakadoch (Torah Ohr – Vayéchev-Mikets-Vayigach) attribue le sceau du Cohen gadol sur la petite fiole/cruche (pa’h), à personne d’autre que : Malkitsédék, le Cohen léKeil Elyon, qui était un Cohen gadol.

A son tour, Malkitsédét a donné l’huile à Avraham, qui l’a donné à son fils Its’hak, qui l’a transmise ensuite à Yaakov, qui l’a stocké dans ses « pa’him kétanim », pour lesquelles il est revenu en arrière pour les récupérer.

A la lumière de cela, on comprend que ce n’était pas de simples ustensiles, car il y avait en eux de l’huile provenant du gan Eden.
Yaakov était prêt à risquer sa vie pour cette huile au top du top de la casherout, transmise de génération en génération.

Rabbi Bukspan suggère que c’est cette même huile, qui va se retrouver dans la fiole à l’époque de ‘Hanoucca, et qui va permettre d’illuminer de façon miraculeuse tous les cœurs des juifs jusqu’à aujourd’hui.

En effet : « Les premiers frémissements du miracle de ‘Hanoucca ont commencé au moment où la colombe a eu la feuille d’olivier dans sa bouche » (Tikouné Zohar 13).

Cela donne encore plus de profondeur à l’attitude de Yaakov de tout faire pour les récupérer.

-> Le Imré Noam (‘Hanoucca) et le Pri Mayim ‘Haïm tiennent le même développement et concluent par : Ce sont ces fioles que Yaakov était parti rechercher et il les dissimula ensuite sur le site du Temple, préparant ainsi le futur miracle de ‘Hanoucca.

-> « Yaakov resta seul ». Le mot « seul » se dit : lévado (לְבַדּוֹ), et peut se décomposer en : bad (בַּד) qui fait référence au pressoir à huile (bét bad – בֵּית בַּד – allusion à l’huile), et les lettres restantes : לו , ont une valeur numérique de 36, qui est le nombre de bougies allumées pendant ‘Hanoucca.
[Mégalé Amoukot – Vayichla’h]

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-> Le livre Sifté Cohen enseigne qu’il s’agit de la cruche qui est apparue miraculeusement de la pierre sur laquelle Yaakov a dormi, lorsqu’il a eu la vision de l’échelle (cf. midrach Béréchit rabba 69,8).
Ensuite : « il versa de l’huile » (Vayétsé 28,18) sur cette pierre avec l’huile de cette cruche, et il a pu constater qu’elle restait toujours pleine d’huile.
Yaakov a alors réalisé qu’elle était destinée à la bénédiction.

Le Sifté Cohen continue en disant que l’huile de cette cruche a également été utilisée :
– pour oindre les récipients du Michkan par Aharon et ses enfants ;
– lorsque Eliyahou dit à une veuve très pauvre du nom de Tsarfata, d’utiliser sa cruche d’huile et que celle-ci ne se videra pas (Méla’him I 17,8-16) ;
– par la femme du prophète Ovadia suite à la mort de son mari, qui devait faire face à des créanciers. Elicha lui conseilla de verser l’huile de cette cruche dans le maximum de récipients possibles, et d’aller vendre ensuite l’huile ainsi générées (Méla’him II 4,1-7). Quelque soit le nombre de récipients, la cruche contenait toujours de l’huile.

=> Yaakov en voyant par inspiration divine, toutes les implications futures de cette cruche, est revenu sur ses pas pour cette cruche certes petite, mais unique.

-> Le père du Kav haYachar, dans son livre Birkat Chmouël (paracha Mikets) ajoute que pour lui, il est certain que c’est la même cruche remplie d’huile qui a été trouvée à l’époque des ‘Hachmonaïm, et qui a été utilisée pour le miracle de ‘Hanoucca.
[il est à noter que le ‘Hida s’oppose à cet avis du Birkat Chmouël]

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-> Le Baal Hafla’ah (Rav Pin’has haLévi Horowitz) enseigne que si Yaakov a pris le risque de revenir sur ses pas pour récupérer des petites cruches (cf. Rachi ci-dessus), c’est qu’il avait entendu que Essav venait vers lui.
Or, il savait que selon les coutumes des non-juifs, il devrait lui offrir à boire.
Cependant, lorsqu’il appris que Essav avait 400 hommes avec lui, et qu’il devra fournir à chacun assez de boisson alcoolisée, il s’est dépêché de revenir sur ses pas pour récupérer ces petites cruches supplémentaires, qu’il avait laissé derrière. En effet, maintenant, il en aura pour sûr besoin!

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+ « Yaakov resta seul »(Vayichla’h 32,25)

-> « Pourquoi Yaakov resta-t-il seul?
C’est parce qu’il est retourné récupérer des petits récipients qu’il avait laissé derrière lui.
De là, il est dit : « Les biens des tsadikim sont plus importants pour eux que leur propre corps ».  »
[guémara ‘Houlin 91a]

-> Le rav Israël Salanter disait que l’on peut apprendre de là : les biens des tsadikim sont plus importants que LEUR PROPRE corps, mais pas plus importants pour eux que le corps des AUTRES personnes.
Dès qu’il s’agit du bien-être de notre prochain, il ne faut pas être radin avec notre argent, et au contraire, il faut lui donner tout ce dont il a besoin.

-> « Les tsadikim aiment leur argent plus que leur propre personne » (‘Houlin 91a)
Les tsadikim évitent scrupuleusement le pus petit soupçon de malhonnêteté.
Selon nos Sages, si Yaakov a jugé utile de revenir sur ses pas pour des objets très ordinaires, c’est parce que sa mission chez Lavan était de sanctifier les activités les plus triviales.
Ainsi, les petites cruches acquises au prix d’une honnêteté scrupuleuse, étaient imprégnées de sainteté, et par conséquent, elles étaient aussi précieuses que des bijoux.
[chez Yaakov, chaque objet ordinaire était comme un trophée spirituel témoignant de ses efforts intenses pour rester honnête dans un univers où l’escroquerie régnait.]

-> Certaines des femmes dans le camp étaient Nida à ce moment-là, de sorte que Yaakov ne voulait pas qu’elles touchent ces bouteilles sacrées. Dans cet esprit, il les dissimula pendant qu’il aidait tout le monde à traverser le fleuve. Malheureusement, en raison de son épuisement, il oublia leur existence et fut contraint de revenir en arrière pour les rechercher.
[Sifté Cohen ; Imré Shéfer]

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-> Le Ari zal (Chaar haPessoukim) écrit :
« Yaakov étant resté seul : les biens des tsadikim sont précieux à leurs yeux : tout bien matériel étant octroyé par le Ciel n’est pas convenable de le dédaigner, car si l’homme n’en avait pas utilité, Hachem ne le lui aurait pas envoyé.
C’est la raison pour laquelle Yaakov revint pour ces petites fioles, car s’il n’était pas revenu, on aurait pu croire qu’il n’en voulait pas.
Ainsi, pour toute chose accordée par le Ciel, il convient de rebrousser chemin pour la récupérer. »

=> Ainsi, lorsque l’ange vit que Yaakov était revenu tout particulièrement pour de petites fioles, il comprit que sa démarche était suscité par sa confiance profonde en la providence divine, et sa conscience que ces ustensiles ordinaires lui étaient destinées à une fin précise (si D. me les a donné, c’est pour une raison particulière!).

C’est donc sur ce point que l’ange entama le débat : il tenta tout d’abord d’instiller chez Yaakov l’idée pernicieuse que, si Hachem pourvoit certes aux besoins de toutes les créatures, Sa providence ne détermine toutefois pas à qui revient ces objets de peu de valeur.
Et lorsque nos Sages attestent qu’ils firent monter la poussière soulevée par leur combat jusqu’au Trône céleste, c’est une allusion à la teneur du débat : la poussière illustre tous ces éléments menus et négligeables, et renvoie à l’idée que même ces petites particules insignifiantes sont orientées depuis le Trône céleste jusqu’à leur destination.

Le Gaon de Vilna (cf.Sidour haGra) explique que si nous évoquons le Trône céleste (« kissé kévodé’ha ») dans la prière de « Acher yatsar » (récitée en sortant des toilettes), c’est pour démentir l’idées que Hachem ne gouverne pas le monde jusqu’à des niveaux terre-à-terre.

=> La poussière soulevée lors du combat de Yaakov contre l’ange d’Essav nous enseigne que même la plus petite parcelle matérielle est envoyée en ce monde à partir des hauteurs du Trône céleste.
En allant chercher ses cruches insignifiantes, Yaakov témoignent concrètement de cette idée.
[compilaiton personnelle issue du Yalkout Léka’h Tov – rav Yaakov Israël Beifuss]

-> « Nul ne peut toucher à ce qui est destiné à autrui, même à la mesure de l’épaisseur d’un cheveu » (guémara Yoma 38b)
=> Rien n’est trop grand, rien n’est trop petit pour Hachem, qui gère absolument tout!