« Dina, la fille que Léa avait enfantée à Yaakov, sortit pour faire connaissance avec les filles du pays. » (Vayichla’h 34,1)

-> Dina était destinée à être un garçon. En effet, Léa avait été enceinte d’un garçon, mais l’embryon s’est miraculeusement transformé en fille.
C’est pourquoi Dina se comportait comme un garçon, et aimait explorer chaque nouvel endroit.
[…]

Nos Sages enseignent que Yaakov mérita l’épreuve qu’il vécut dans cet épisode concernant Dina, en conséquence de péchés, dont les suivants :

1°/ Il avait ressenti une légère pointe d’orgueil quand D. lui annonça : « Tu domineras le monde d’ici-bas ».
Il fût châtié en ce que les habitants de Ché’hem ne le respectèrent pas.

2°/ Il laissa sa fille sortir de chez elle dans une ville étrangère et aux mœurs légères. Il aurait dû la réprimander et l’empêcher de sortir.
Puisqu’il manqua d’attention, D. permit aux événements de suivre leur cours naturel.

3°/ Il fit preuve d’orgueil lorsqu’il dit à Lavan, que grâce à son mérite, les brebis donnaient naissance à des agneaux tachetés.

4°/ Yaakov cacha Dina dans un coffre afin qu’Essav ne a voie pas et ne la prenne pas de force.
Ceci était répréhensible car une bonne épouse peut améliorer son mari.
Tout, dans une maison dépend de la femme. Si elle est bonne, elle peut rendre son mari meilleur, et sinon elle est capable du contraire …
Bien évidemment qu’il existe des exceptions à la règle … mais dans la plupart des cas, les hommes suivent leurs épouses.

Puisque Dina était une sainte, elle aurait pu inciter Essav à changer de voie, s’il l’avait épousée. Il aurait vu ses bonnes qualités, et cela aurait pu l’influencer de manière positive.
En réalité, nous voyons que Dina avait effectivement ce pouvoir, lorsque par la suite, elle épousa Iyov, lequel était un non-juif, qui sous l’influence de Dina, devint même un tsadik.

=> Si elle a pu agir de la sorte avec Iyov, elle aurait pu sans aucun doute et sans réelle difficulté améliorer Essav, qui était non seulement déjà circoncis, mais également le fils d’Its’hak et d’Avraham.
[…]

Dina qui était issue d’une lignée de tsadikim aussi prestigieuse que celle de Yaakov et Its’hak, ne courait pas le risque de suivre les voies du racha Essav. Si elle l’avait épousé, son influence aurait été sans aucun doute bénéfique. Par contre, Léa [qui pleurée pour ne pas épouser Essav], elle ne pouvait pas être certaine de parvenir à améliorer Essav, car elle était la fille d’un racha : Lavan.

=> L’attitude de Yaakov est répréhensible, car Essav en voyant Dina, aurait pu modifier son comportement, dans l’espoir que Yaakov lui permette de l’épouser.

[ex: la guémara nous rapporte que rabbi Yo’hanan a proposé sa sœur, très belle, à Rech Lakich qui était alors un jeune et fort chef de bandits.
De la même façon que rabbi Yo’hanan a ramené au repentir un chef de bandit, Essav aurait pu se repentir s’il avait vu la beauté de Dina. Yaakov avait donc eu tort de la lui cacher.]
[…]

En réalité, Dina était extrêmement modeste. Quand elle sortit, elle s’était complètement recouverte, afin que même son visage soit caché.
Mais l’un de ses bras se découvrit accidentellement, et Ché’hem put avoir une idée de sa beauté.

[Méam Loez – Vayichla’h 34,1]

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+ « Ché’hem, le fils du chef de la région, ‘Hamor le Hévéen, vit [Dina]. Il la prit et s’approcha d’elle en lui faisant violence » (Vayichla’h 34,2)

-> Ché’hem prit Dina de force.
Il avait entendu parler de la beauté de Dina, et avait préparé un plan pour l’attirer hors de la maison de son père.
Il engagea des danseuses pour créer une animation dans les rues, et quand Dina vint contempler le spectacle, il l’enleva et l’apporta dans son palais.
[Méam Loez]

[Le Méam Loez (v.34,8-12) commente qu’à ce moment, Dina avait 8 ans et un mois. Ché’hem lui promit donc des cadeaux afin qu’elle ne lui cause point de difficultés.]

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+ « Chimon et Lévi, frères de Dina … emmenèrent Dina hors de la maIson de Ché’hem, et ils ressortirent » (Vayichla’h 34,26)

-> Les fils de Yaakov attendirent 3 jours, jusqu’à ce que tous furent circoncis.
De plus, il fallut au moins 2 jours pour que tous les hommes soient circoncis.

Le jour où Lévi attaqua la ville, il avait 13 ans.
Chimon et Lévi ne consultèrent ni Yaakov, ni leurs frères. Ils étaient sûrs d’eux-mêmes, car ils savaient que les hommes de Ché’hem étaient faibles et souffraient [ex: une bonne partie était dans leur 3e jour après la circoncision, qui est le plus difficile!].
De plus, ils savaient qu’ils pouvaient s’appuyer sur le mérite de leur père Yaakov.

Quand Yaakov découvrit leur projet, il s’y opposa avec vigueur. Pourtant, il se dit : « Je ne puis les laisser seuls. Des habitants d’autres villes peuvent venir attaquer mes fils. »
Il prit donc son épée et son arc, et se posta devant la porte de Ché’hem.
Il dit : « Si des gens surviennent, ils devront m’affronter en premier ».
[…]

Dina enceinte de Ché’hem, donna naissance à une fille nommée Assenath.
Les frères voulurent tuer l’enfant, ils dirent : « Que penseront les gens? Yaakov a une bâtarde dans sa maison ».
Cependant, Yaakov ne le permit pas. Il prit une pièce de métal, y grava le nom Divin, et l’accrocha au cou de l’enfant, et ensuite, il l’abandonna dans un champ.

L’ange Mi’haël vint et emporta la petite fille en Egypte, dans la demeure de Potifar, le prête d’On.
Lui et sa femme ne pouvant engendrer, ils adoptèrent le nourrisson.
Cette même Assenath deviendra l’épouse de Yossef (Mikets 41,45).
[Méam Loez]

« Les messagers revinrent auprès de Yaakov, disant : « Nous sommes allés trouver ton frère Essav. Lui-même vient à ta rencontre, et 400 hommes l’accompagnent » (Vayichla’h 32,7)

-> Certains affirment qu’Essav avait 400 généraux, chacun à la tête de 400 hommes, soit un total de 160 000 soldats.
Les « 400 hommes » cités parla Torah se réfèrent aux généraux.

Selon une autre opinion, chacun des hommes d’Essav était capable de se battre contre 400 guerriers.

D’autres commentateurs disent qu’Essav avait acquis le droit de réclamer les douanes à la frontière.
Essav pensait : « Si mes hommes arrivent à vaincre Yaakov, parfait. Mais si ses hommes sont plus nombreux que les miens, je lui présenterai mes références et j’exigerai d’inspecter ses biens, afin de vérifier si certains ne tombent pas sous le coup d’une taxe. Pendant qu’il sera occupé à préparer ses biens pour l’inspection, je le tuerai. »
Puisqu’Essav préparait ce plan il n’emmena que 400 hommes, il n’en avait pas besoin de plus …

Un commentaire explique qu’Essav avait acquis les droits de douane car il avait appris que Yaakov avait caché sa fille Dina dans un coffre. Il avait pris cette mesure à cause de la très grande beauté de sa fille, et il redoutait qu’Essav ne désire la prendre pour femme.
Essav dit : « Maintenant, je dispose d’un plan excellent pour le tuer. Je demanderai qu’il ouvre chaque coffre pour voir les produits visés par l’impôt douanier. Quand il refusera d’ouvrir le coffre où se trouve sa fille, j’utiliserai cela comme une excuse pour le tuer. »

[Méam Loez – Vayichla’h 32,7]

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« Yaakov fut fort effrayé et inquiet. Il partagea son monde, ainsi que le menu, le gros bétail et les chameaux, en 2 camps. Il se dit : Ce sera, si Essav s’approche du 1er camp et l’attaque, le 2e camp sera épargné  » (Vayichla’h 32,8-9)

-> Même si Hachem avait promis à Yaakov de le protéger, malgré tout Yaakov craignait avoir commis une faute qui lui ferait perdre cette protection Divine. [cf. b’h, également : https://todahm.com/2018/12/09/7701 ]
Il craignait donc qu’Essav puisse malgré tout lui faire du mal et se prépara à cela, en divisant son camp en deux, de sorte à préserver tout au moins le 2 camp.

=> Mais on peut se demander comment Yaakov pouvait-il être aussi sûr que le 2e camp sera épargné? Comment savait-il que Essav n’allait pas attaquer les deux camps?

Nous allons voir, b’h, différentes explications :

-> 1°/ Le Na’halat Yaacov explique que Yaakov se trouverait dans le 1er camp, le plus proche de Essav.
– Quand celui-ci rencontrerait Yaakov, s’il accepterait de faire la paix avec son frère, alors tout se finira bien. Mais s’il voulait encore le tuer, alors Yaakov lui fera la guerre.
– Quand tout le reste de la famille (et des biens) de Yaakov qui se trouvaient dans le 2e camp, verraient que Yaakov et Essav se battent, ils en concluraient que Essav cherche toujours à leur faire du mal. Et alors, pour se protéger, pendant ce temps où Yaakov et Essav se battent, ils s’enfuiraient et auront ainsi la vie sauve. Ce 2e camp sera donc, de cette façon, épargné.

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-> 2°/ « Pourquoi vous perdrai-je tous les deux le même jour » (Toldot 27,45)
Rachi de commenter : Elle (Rivka) était inspirée par l’esprit saint et a prophétisé qu’ils (Yaakov et Essav) mourraient le même jour, comme il est expliqué dans la guemara (Sotah 13a).
En se basant sur cette prophétie le ‘Hanoukat haTorah écrit que Yaakov éloigna les 2 camps d’une distance d’un jour de marche. Yaakov se trouvait seul dans le camp le plus proche de Essav.
Ainsi, quand ce dernier le rencontrera, si dans le pire des cas il réussit à le tuer, alors il lui faudra un jour de marche pour se rendre dans le 2e camp et le combattre. Mais alors, conformément à la prophétie de Rivka, il mourra avant d’atteindre le deuxième camp. Celui-ci sera donc forcément sauvé.

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-> 3°/ Le rabbi méïr Yé’hiel d’Ostrovtsa explique que toute la force qu’Essav disposait pour nuire à Yaakov, il l’a obtenue de par son grand mérite du respect de son père. En effet, nos Sages rapportent qu’Essav honorait son père de façon exemplaire. C’est ce mérite qui lui donna toute sa force.

C’est pourquoi Yaakov divisa son camp en deux, et dans le camp le plus proche d’Essav, il n’y avait que lui. Quand Essav s’approchera, s’il décide de combattre Yaakov et arrive à le tuer, alors de ce fait, leur père Its’hak souffrira énormément de la mort de son fils.
Dès lors, Essav qui aura causé cette profonde peine à son père, en tuant Yaakov, perdra automatiquement tout son mérite lui venant du respect de son père, car il n’y a pas de peine plus grande que l’on peut causer à un père que de tuer un de ses enfants.
[combien il est dur à un parent de voir ses enfants se disputer entre eux, et à plus forte raison d’en arriver à se tuer (physiquement, par les mots, en s’ignorant, …)!]

Et lorsque Essav aura perdu son mérite du respect de son père, il ne lui restera plus de force pour faire du mal à la famille de Yaakov, car toute sa force ne lui venait que de ce mérite.
Dès lors, le 2e camp sera automatiquement préservé, car Essav, dépourvu de son mérite, n’aura plus la force de leur nuire.

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-> Le 4°/ Ramban affirme que ce passage de la division du camp en deux, est annonciateur de ce qui se passera pendant toute la période de l’exil.
Tout au long de l’Histoire, à chaque fois que les ennemis d’Israël se lèveront et leur feront du mal, alors même s’ils arrivent à causer des dégâts sur une partie du peuple, malgré tout : « le 2e camp sera préservé », et le peuple juif restera épargné.

=> Jamais aucun ennemi n’arrivera à vaincre tout le peuple juif dans son ensemble.

Ainsi, selon nos Sages, Hachem a réalisé une bonté avec Son peuple, de l’avoir dispersé de par le monde, car même si des persécuteurs causent des dégâts sur le peuple juif dans un coin du monde, les juifs des autres coins resteront saufs.
Jamais aucun ennemi n’arrivera à faire disparaître le peuple juif dans sa totalité.

=> La démarche de Yaakov était donc précurseur de ce qui arrivera à Israël tout au long de son histoire

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-> 5°/ Le ‘Hatam Sofer se base sur un enseignement de nos Sages qui dit que la prière permet d’obtenir au moins la moitié de ce que l’on cherche.

Yaakov pria pour être sauvé des mains de Essav.
Ainsi, Yaakov divisa le camp en deux pour que même si Essav attaque le 1er camp et obtient la victoire, le 2e camp sera forcément sauvé par le mérite de sa prière, qui sera au moins exaucé à moitié, de façon à ce que le 2e camp soit sauvé.

« Il (Essav) tomba à son cou et l’embrassa » (Vayichla’h 33,4)

-> Essav le racha, a gardé en son cœur de la rancune à Yaakov pendant ces 36 années, à chaque occasion il cherchait le moyen de le tuer.

Nos Sages nous racontent que Yaakov a envoyé des messagers, qui sont revenus en racontant qu’Essav avait gardé de la haine contre lui, et que rien n’avait changé. Et pourtant, dès qu’il s’est humblement prosterné devant Essav en l’appelant « mon seigneur », celui-ci s’est immédiatement adouci et sa haine a disparu, au point qu’il est tombé au cou de Yaakov et l’a embrassé.

Le Séfer Mélits Yocher en déduit la puissance de la corruption des honneurs, c’est cela la faiblesse de l’homme.

-> Selon le midrach : « Rabbi Chimon bar Yo’haï a enseigné : c’est une halakha connu qu’Essav déteste Yaakov, mais à ce moment là, sa pitié l’a emporté et il l’a embrassé de tout son cœur ».

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-> Selon une autre opinion, Essav tenta de mordre Yaakov au cou. Mais le cou de ce dernier devint dur comme du marbre, et les dents d’Essav s’y brisèrent.
Ils se mirent alors à pleurer de douleur : l’un pour son cou, l’autre pour ses dents …

Essav pensa : « Je ne vais pas tuer Yaakov avec mon glaive ou avec une autre arme, mais avec mes dents. Je vais trancher sa jugulaire et le saigner à mort. » …
Yaakov pleura à cause du danger, et Essav pleura parce qu’il ne pouvait le mordre.

En réalité, Essav hésitait à attenter à la vie de son frère. Its’hak vivait encore, et Essav ne voulait pas causer de chagrin [à son père]. Quand il vit le miracle dont bénéficia son frère, il adopta un comportement amical à l’égard de Yaakov, et l’embrassa sincèrement.

Yaakov méritait cette douleur, car il avait provoqué Essav en lui envoyant des cadeaux et en s’adressant à lui avec désinvolture. Or,telle n’était pas la volonté de D.
[Selon cette opinion,] Essav ne pensait aucunement à Yaakov et celui-ci n’avait pas à l’aborder.
Yaakov n’avait aucune raison de craindre Essav, car en quittant Lavan, D. lui avait dit : « Retourne aux pays de tes pères, et je serai avec toi » (Vayétsé 31,3).

D’après d’autres commentaires, quand Yaakov préleva la dîme de ses troupeaux, il l’envoya à Essav.
Hachem lui dit : « Ce que tu fais n’est pas juste. La dîme est sanctifiée, mais tu l’utilises dans un but profane. »
Yaakov répondit : « Mais cela est nécessaire, je dois le flatter, sinon il me tuera. »
D. dit : « Non seulement tu lui offres la dîme, mais tu violes aussi Ma parole : « Le plus grand sera le serviteur du plus jeune » (Toldot 25,23). Au lieu de te comporter en maître à l’égard d’Essav, tu te présentes à lui comme son serviteur (« Ainsi parle ton serviteur Yaakov » – Vayichla’h 32,5). Par ta vie, tu seras sous son joug en ce monde. »

Les actes de Yaakov sont surprenants.
La Torah dit : « Tu ne te prosterneras pas devant un autre dieu » (Chémot 34,14). Puisque Essav s’était érigé en divinité, comment Yaakov put-il s’incliner devant lui?

En réalité, Yaakov ne se prosterna pas devant Essav. Il le fit devant la présence Divine qui était venue à son secours. Cependant, Essav supposa qu’il agissait ainsi envers lui.

[le Zohar – rapporté dans le Méam Loez (Vayichla’h 33,4)]

Quand les juifs sont dans le malheur, les nations du monde les traitent comme des étrangers, et font semblant de ne jamais les avoir connus.
Quand il réussissent, les nations du monde les couronnent et font semblant d’être leurs frères.

C’est ainsi que Essav a dit à Yaakov, quand il a vu à quel point il avait réussi : « Mon frère, que ce que tu as soit à toi » (Vayichla’h 33,9).

[Sifri – Dévarim]

« J’ai passé ce Yarden avec mon bâton » (Vayichla’h 32,11)

-> Quand Yaakov est arrivé au Jourdain (Yarden) [après avoir quitté ses parents, suite aux bénédictions de son père en place d’Essav], il ne savait pas quoi faire, il a levé les yeux vers D. et il a dit : « Hachem! Tu sais que je n’ai rien d’autre avec moi que ce bâton ». [Elifaz, le fils de Essav lui ayant tout prit!]

Hachem lui a dit : « Frappe le Jourdain et passe », et c’est ce qu’il a fait.
Hachem lui a alors dit : « C’est un signe pour tes descendants : de même que le Jourdain s’est fendu devant toi, il se fendra aussi devant tes descendants ».

[midrach Yélamdénou]

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-> Rachi (v.32,11) écrit également : Je n’avais ni argent, ni or, ni bétail, mais seulement mon bâton.
Explication du midrach : Il a touché le Yarden de son bâton, et celui-ci s’est fendu pour lui livrer passage (Midrach Tan’houma Vayétsé 3).

« Sauve-moi, de grâce, de la main de mon frère, de la main d’Essav » (Vayichla’h 32,12)

-> Le Rokéa’h rapporte un midrach selon lequel, lorsque Yaakov fuyant Essav, partit à ‘Haran, Essav eut un fils qu’il appela « mon frère », afin de de ne pas oublier ce que Yaakov lui avait fait.
Quand cet enfant grandit, il lui ordonna de tuer son oncle Yaakov, en tout lieu où il le trouverait.

=> D’où la double prière de notre Patriarche : « Sauve-moi, de grâce, de la main de « mon frère », de la main d’Essav ».

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-> A ce sujet, on peut rapporter le Méam Loez (Vayichla’h 32,4) :
La Torah nous indique qu’Essav vivait dans le pays de Séir, à Sdé Edom
Ceci nous apprend combien Essav était rancunier. Il n’oublia jamais ce que Yaakov lui avait fait.
– [Séir signifie, en hébreu, chèvre]. Essav voulait garder constamment à l’esprit que Yaakov s’était couvert de peau de chevreaux afin que ses bras semblent velus, quand il trompa Its’hak pour recevoir la bénédiction.
Ainsi [le nom de cette région] lui rappelait sans cesse l’usurpation de la bénédiction.
– Il nomma sa ville Sdé Edom [car Edom signifie « rouge »]. Cette couleur était celle du plat de lentilles contre lequel il avait vendu son droit d’aînesse (v.25,30).
Cela aussi, il ne l’oublia pas.

« Pourtant, Tu as dit : « Je te comblerai de faveurs ». » (Vayichla’h 32,13)

-> Le rabbi Yé’hezkel de Kozmir commente ainsi ce verset :

Lorsque l’homme est empli de reconnaissance à l’égard de Hachem, ressentant qu’Il le comble de bienfaits et s’assure toujours que sa situation soit la meilleure possible, en retour, Hachem lui démontre combien il a raison, en déversant sur lui encore plus de bénédictions.

Cette idée peut se lire en filigrane à travers les mots de notre verset :
« Pourtant, Tu as dit : « Je te comblerai de faveurs (étév étiv ima’h – הֵיטֵב אֵיטִיב עִמָּךְ) ». »
En d’autres termes, si l’homme affirme que D. ne lui fait que du bien (hétév), alors Hachem le lui confirmera en le comblant d’autant plus (étiv).
Par contre, si l’homme se plaint de la médiocrité de sa situation, alors Hachem réagira en l’aggravant davantage, afin de lui signifier qu’auparavant, elle n’était pas si mauvaise qu’il le prétendait.

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-> b’h, également sur ce sujet : https://todahm.com/2017/04/26/5179

« Si Essav attaque l’un des camps et le met en pièces » (Vayichla’h 32,9)

-> Le mot : « véhikahou » (וְהִכָּהוּ – et le met en pièces) peut se lire dans les 2 sens.
C’est une allusion au fait qu’à chaque fois que les non-juifs frapperont le peuple juif, ils seront eux-mêmes frappés en retour.

« Yaakov eut très peur et fut angoissé » (Vayichla’h 32,8)

-> Rachi de commenter : Il s’est effrayé à l’idée d’être tué, et il a été angoissé à celle de devoir tuer des autres.

Il existe le principe suivant : « Si quelqu’un veut te tuer, tue le en premier ».
Ainsi Yaakov n’aurait pas dû être tourmenté de tuer Essav qui venait pour le tuer.
=> Pourquoi une telle réaction de sa part?

-> Le Gour Aryé explique qu’en réalité Yaakov ne craignait pas de tuer Essav, en soi.
Cependant, il avait peur que si son père apprend qu’il a tué Essav, il en vienne à le maudire, lui qui aimait particulièrement Essav.
Yaackov craignait surtout cette malédiction.

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-> Le Malbim explique qu’en réalité Yaakov a eu purement et simplement peur de Essav qui venait vers lui avec 400 hommes.

C’est ainsi que le verset dit : « Yaakov eu très peur », et lorsque le verset poursuit et dit : « et il fut tourmenté », cela signifie qu’ensuite il fut tourmenté du fait d’avoir eu peur, de sorte qu’on peut lire le verset ainsi : « Yaakov a eu très peur et il en fut tourmenté ».
Il regretta amèrement d’avoir eu peur et d’avoir ainsi manqué de confiance en Hachem qui le sauvera et qui lui a même fait des promesses.

En effet, un homme vraiment pieux ne doit rien craindre du tout, hormis Hachem et c’est cela qui tourmenta Yaakov.
D’ailleurs, on peut ajouter que Yaakov a ensuite craint que ce soit cette faute d’avoir eu peur qui lui cause préjudice devant Essav.

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-> Le Kli Yakar apporte 3 raisons pour lesquelles Yaakov pouvait être tourmenté.

1°/ La 1ere est que dans la guémara (Shabbath 32a), on apprend que quand Hachem réalise des miracles pour sauver quelqu’un cela lui enlève de ses mérites.
Ainsi Yaakov fut tourmenté du fait que peut-être Hachem lui enlèvera de ses mérites pour le sauver miraculeusement de Essav.

2°/ La 2e chose qui tourmentait Yaakov, c’était que Essav avait dit 20 ans auparavant, quand Yaakov lui avait pris les bénédiction, qu’il attendait la mort de son père pour se venger et allait tuer Yaakov.
Ainsi, quand ce dernier vit que Essav, accompagné de 400 hommes, se dirigeait vers lui pour lui faire la guerre, il en conclut que peut-être que son père était mort. C’est aussi cela qui le tourmentait.

3°/ La 3e chose se base sur un enseignement de nos Sages qui dit que : « quiconque flatte un racha finira par tomber entre ses mains ».
Or, Yaakov a flatté Essav, au début de la paracha, en lui envoyant un message où il disait : « à mon Maître Essav » (ladoni léEssav) ou encore « ton serviteur Yaakov » (avdé’ha Yaakov).
=> C’est cette faute que Yaakov craignait.

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-> Le Zohar explique que Yaakov a eu peur à cause du mérite du respect des parents que pouvait réaliser Essav et que lui ne pouvait pas pratiquer, car étant éloignés de ses parents.

De plus, Yaakov craignait que le fait qu’il ait épousé 2 sœurs, chose que la Torah interdira plus tard, lui soit compté comme faute et soit en défaveur pour lui devant Essav.

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-> Le Méam Loez (Vayichla’h 32,8) rapporte 2 avantages spirituels d’Essav sur lui :
1°/ Essav avait vécu en terre d’Israël, tandis que Yaakov en avait été absent pendant 20 ans.

2°/ Essav observait la mitsva d’honorer son père à la perfection. Même lorsqu’il brûlait d’envie de se venger de Yaakov, il attendit la mort de son père, pour tuer son frère.
Ainsi, au plus fort de sa colère, il ne voulait pas assassiner Yaakov du vivant de son père.

Yaakov, lui, n’avait pas honoré ses parents durant 20 ans. Il est vrai qu’il avait quitté la Terre sainte avec la bénédiction de D. (cf. paracha Vayétsé).
De plus, ses parents lui avaient enjoint d’aller chez Lavan (Toldot : v.27,43 ; 28,2), mais à condition qu’il y reste 7 ans, et pas plus.
Puisqu’il demeura si longtemps à l’étranger, il risquait d’être puni.

Durant cette période, Yaakov n’avait pas non plus étudié la Torah, car il devait conduire le bétail de Lavan.
Sa spiritualité aurait [également] pu aussi s’amoindrir du fait qu’il avait épousé 2 sœurs.

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-> Les grands rabbanim de la ‘hassidout ont expliqué que Yaakov « fut angoissé », parce qu’il avait « divisé son monde ». La division et la séparation régnaient sur son peuple, et de plein gré.
Or, Yaakov savait que tant que les juifs resteraient unifiés, la main d’Essav n’aurait aucune prise sur eux, mais que s’ils se divisaient en plusieurs camps, il y avait lieu de le craindre.

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-> La guémara (Béra’hot 4a) explique que Yaakov avait peur qu’à cause d’une faute qu’il aurait commise, il perde le bénéfice de la promesse et donc que Essav puisse lui faire du mal.

Mais les commentateurs se demandent malgré tout pourquoi avait-il peur de la faute. En effet, le Rambam enseigne qu’une prophétie positive ne peut jamais être annulée même à cause de fautes commises.

-> Le Chem miChmouël explique que cet enseignement du Rambam est valable pour une prophétie prononcée par un prophète, pour ne pas que l’on discrédite le prophète.
Mais là, la promesse de protection faite à Yaakov n’a pas été dite par un prophète mais par Hachem Lui-même, impliquant que le principe du Rambam ne s’applique pas.

=> Cela entraîne que Yaakov pouvait malgré tout avoir peur qu’une faute disqualifie la promesse.

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-> Le ‘Hidouché haRim explique la crainte de Yaakov malgré la promesse, d’une autre façon.

Il dit que Yaakov savait que dans les générations futures, ses descendants vont encore se trouver dans des moments de détresse, particulièrement à cause des descendants de Essav.
C’est pourquoi il voulait que son action soit profitable et ouvre une porte de secours pour les générations futures.
Or, dans l’avenir, les enfants d’Israël ne vont pas forcément bénéficier d’une promesse Divine leur assurant la victoire. Ainsi, ils seront dans une grande détresse et ressentiront réellement de la peur.

C’est pourquoi, bien que Yaakov avait une totale confiance en la promesse de Hachem, malgré tout, il décida de faire abstraction de cette promesse pour le profit de ses descendants qui n’auront pas cette même promesse.
=> Ainsi, il a eu peur, comme auront peur ses descendants, et pour leur montrer la voie, il s’est mis à prier, car c’est surtout cela que devront faire ses descendants.

Yaakov voulait nous montrer que c’est la prière qui nous sauvera.

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-> Le Péninim Yékarim rapporte la guémara (Guittin 56a) qui enseigne que le général romain Néron, s’est converti, et que Rabbi Méir est l’un de ses descendants.

Les romains sont associés à Edom, qui sont les descendants de Essav, ce qui entraîne que Rabbi Méir est un descendant de Essav.

La guémara (Horayot 13b) rapporte que la halakha n’est pas citée au nom de Rabbi Meir, mais par : « a’hérim omrim » (d’autres disent – אחרים אומרים), ni au nom de Rabbi Nathan mais par : « yech omrim » (certains disent).

On a vu ci-dessus que selon Rachi : « Yaakov a été angoissé à celle [l’idée] de devoir tuer des autres (ét a’hérim – אֶת אֲחֵרִים).

=> Ainsi, Yaakov craignait qu’en tuant Essav, il supprime aussi « d’autres » (אחרים), c’est-à-dire Rabbi Méir, qui allait sortir d’Essav.

[Concernant Rabbi Méir : Il est le 3e Sage le plus mentionné dans la michna.
Il avait pour maître Rabbi Akiva, et son élève Rabbi Yéhouda haNassi, va être celui qui va compiler toutes les michnayot.
Sa femme Brouria est une des rares femmes citées dans la guémara.
=> On comprend mieux la crainte de Yaakov!]

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-> Rachi : Fut très effrayé : d’être tué, et plein d’anxiété, il craignait de tuer.

Comment comprendre sa réaction puisqu’il existe ne halakha touchant à la légitime défense?

Toute la raison pour laquelle Yaakov a acquis le droit d’aînesse d’Essav n’était qu’à cause du service du Temple, qui était réservé aux aînés.
Or, c’est une halakha qu’un Cohen qui a tué n’a pas le droit de faire la « birkat Cohanim ».

Toute la haine d’Essav envers Yaakov n’était qu’à cause du droit d’aînesse, or si Yaakov tuait Essav, cela entraînerait qu’il serait désormais inapte à assurer le culte dans le Temple, et que donc il n’aurait rien gagné à avoir acquis le droit d’aînesse.
=> C’est pourquoi Yaakov redoutait terriblement de tuer.

[Maharel Tsints]

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-> b »h, à ce sujet voir également : https://todahm.com/2018/12/09/7701

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+ « Comme dans l’eau le visage répond au visage, ainsi le cœur de l’homme répond au cœur » (Michlé 27,19)

Le rav ‘Haïm Zonnenfeld fait un commentaire en lien avec notre paracha :

-> Au moment où les messagers revinrent auprès de Yaakov, ils lui déclarèrent : « Nous sommes allés trouver ton frère Essav » (v.32,7) : la répétition signifiant selon Rachi : « Celui que tu prenais pour « ton frère » se comporte encore comme « Essav le méchant », animé d’une haine toujours aussi intense. »
Or, si Essav haïssait Yaakov, il est par ailleurs certain que Yaakov entretenait pour son frère des sentiments identiques, fidèle au principe : « Ceux qui détestent D., je les déteste » (Téhilim 139,21).

-> Par la suite, lorsque le danger fut imminent : « Levant les yeux, Yaakov aperçut Essav qui venait, accompagné de 400 hommes », Yaakov adopta alors une conduite plus clémente : « Il se prosterna contre terre 7 fois avant d’aborder son frère » = c’est-à-dire qu’il eut des pensées bienveillantes avant d’aborder celui qu’il voulait considérer comme « son frère ».

Rachi commente : « Il (Essav) a été pris de pitié en le voyant se prosterner tant de fois … Rabbi Chimon bar Yo’haï dit : C’est un fait établi que Essav hait Yaakov, mais à cet instant, son amour pour lui jaillit et il l’embrassa de tout son cœur! »

=> On voit clairement que la bienveillance de Yaakov envers son frère ravivèrent des sentiments d’amour chez Essav, et les conséquences ne se firent pas attendre

C’est l’application du verset de Michlé : développer des pensées d’amour dans son cœur, va entraîner que va éclore de l’amour en autrui, même si c’est Essav en face de nous!

[ ==> si ton prochain ne t’aime pas, alors aime le davantage!!]

« Il prit ses 2 femmes, ses 2 servantes, et ses 11 enfants » (Vayichla’h 32,23)

Rachi explique que Dina ne figure pas ici car Yaakov l’a mise dans une boite qu’il a verrouillée, pour ne pas qu’Essav ne la voie et qu’il souhaite l’épouser.
Yaakov a été puni pour avoir mis sa fille dans cette boite, car elle aurait pu conduire Essav au repentir. C’est pourquoi, elle est tombée entre les mains de Chekhem.

=> Comment peut-on condamner Yaakov pour avoir empêché Essav le racha d’épouser Dina?
Au contraire, cela aurait été considéré comme jeter sa fille aux lions!

En fait, Yaakov a bien fait d’avoir empêché Essav de voir sa fille. Seulement, la Torah lui reproche que quand il a fermé la porte de la boite, il n’a pas malgré tout soupiré en exprimant un regret, se disant : »Ah! Peut-être que finalement, je prive Essav du repentir! »

Hachem a puni Yaakov d’avoir verrouillé la porte fermement et sereinement, sans avoir un petit sentiment de regret/tristesse pour son frère.

Cela montre combien Hachem est exigeant avec les tsadikim (les jugeant sur l’épaisseur d’un cheveu! – guémara Yébamot 121b) et les sanctionnant pour des considérations qui semblent minimes.

[le Sabba de Kelm]

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+ Quelques autres explications :

-> Le Moshav Zékénim est d’avis qu’à ce moment, Essav aurait pu être ouvert à se repentir, comme le prouve son offre de voyager avec Yaakov (« Mettons-nous en route … et j’irai à ton pas » – v.33,12)

-> Le Barténoura enseigne que les intentions (profondes) de Yaakov étaient mauvaises.
En effet, il voulait spécialement que son frère reste un racha, afin que celui-ci ne mérite pas l’accomplissement des bénédictions de son père.

-> Le Mérafsin Igri suggère que Dina avait un niveau si élevé que même Essav ne pouvait pas lui nuire spirituellement parlant, tandis qu’elle pouvait éventuellement l’aider dans une certaine mesure.

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+ On peut s’interroger : comment est-ce que Rachi a-t-il pu affirmer qu’il s’agissait de Dina, la fille de Yaakov, et non pas un de ses fils?

-> Le Gaon de Vilna (Kol Eliyahou) répond que nos Sages enseignent (Targoum Chéni – Esther 3,3) que la tribu de Binyamin a mérité d’avoir le Temple construit sur son territoire de la terre d’Israël, car Binyamin a été le seul fils de Yaakov qui ne s’est pas prosterné devant Essav.
En effet, celui-ci n’était pas encore né au moment de cette rencontre.

S’il y avait un autre de ses frères dans la boîte, cette raison n’aurait alors pas été suffisante, puisqu’une 2e tribu aurait pu demander à avoir le Temple.
Par conséquent, Rachi savait que l’enfant « manquant » ne pouvait être que sa fille Dina.