« [Pendant] 6 années il travaillera, et la 7e, il sortira libre » (Michpatim 21,2)

-> Le Rabbi de Loubavitch commente :
– « 6 années » : cela symbolise les 6000 années d’existence de ce monde ;
– « il travaillera » : c’est une allusion à notre mission d’étudier la Torah et de réaliser les mitsvot ;
– « et la 7e » : en référence au 7e millénaire ;
– « il sortira libre » : machia’h viendra et délivra les juifs.

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[il en est de même avec Shabbath : pendant 6 jours nous travaillons, mais à Shabbath (7e jour) nous devons considérer tout notre travail comme terminé : nous sommes alors totalement libres pour nous unir à Hachem!]

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+ « Si tu achètes un serviteur juif, [pendant] 6 années il travaillera, et la 7e, il sortira libre » (2e verset de Michpatim)

Pourquoi le 1er sujet qui suit le don de la Torah (dans la paracha Yitro), c’est le sujet de l’esclave juif?

Après l’élévation spirituelle énorme qu’ont vécu les juifs lors du don de la Torah, ils risquaient de prendre confiance en eux-mêmes, pensant qu’ils ne descendraient plus et qu’ils resteraient à présent toujours élevés.
C’est ce sentiment de certitude que la Torah veut éradiquer.

L’homme doit toujours rester vigilant et il ne doit jamais avoir la certitude d’être protégé spirituellement.
C’est pour cela que la Torah fait suivre le don de la Torah par le sujet de l’esclave juif. Même un homme qui a acquis un esclave et qui est Maître sur lui, qui risquerait donc de s’imaginer qu’il le domine et que cet esclave est sa propriété. C’est là qu’elle vient lui dire : « 6 ans, il travaillera et la 7e, il sera libéré ».

Même le Maître ne doit pas sentir que l’esclave est à lui et est sa propriété, car la 7e année il s’en séparera et son état de Maître prendra fin.
=> Ainsi, l’homme ne doit jamais être sûr de maîtriser une quelconque situation. Même après l’élévation qui a suivi le don de la Thora, l’homme doit continuer à rester vigilent et ne doit pas sentir qu’il a acquis son élévation pour toujours. L’homme n’est définitivement Maître de rien.
[Rabbi Dovid Povarsky]

[même si l’on possède toutes les richesses matérielles de ce monde, qu’on est la personne la plus importante de l’univers, un jour où l’autre, nous devrons partir libre/vide de cela, n’y retrouvant alors que les récompenses générées par nos actions]

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-> Le Ramban explique que la libération des serviteurs au bout de 6 ans vient rappeler la libération des juifs de l’esclavage en Egypte.

[Nous ne devons pas suivre l’exemple des égyptiens qui nous ont asservi très durement, mais nous devons suivre l’esprit de la Torah.
(mon esclave n’est pas là pour me donner de l’importance, pour me permettre de décharger mon stress/colère, …).
De plus, la remise en liberté des esclaves nous fait acquérir un respect plus grand de la personne et des biens d’autrui en nous faisant comprendre que notre liberté et le droit de propriété que nous possédons sont des cadeaux de D. et nous appartiennent uniquement parce que D. nous a sortis d’un esclavage sans espoir.]

« Monte vers Moi sur la montagne, et sois là-bas » (Michpatim 24, 12)

Si nous montons sur la montagne, c’est que forcément nous serons là-bas! Pourquoi donc le préciser ?

Parfois quelqu’un se rapproche d’Hachem, mais n’arrive pas à rester dans cette situation, et il lui arrive de tomber et de se détacher de D.

– « Monte vers Moi sur la montagne » = il faut persévérer à monter vers Hachem, à s’élever et se rapprocher de Lui ;
– « Et sois là-bas » = et il faut tout faire pour rester dans cette proximité avec Hachem.

[Gaon de Vilna]

« De la parole mensongère tu t’éloigneras » (Michpatim 23, 7)

La Torah vient faire allusion que le fait de dire du mensonge, cela éloigne beaucoup d’Hachem, qui est D. de Vérité.

On peut comprendre ainsi le verset :
– « (Du fait) de la parole mensongère » = à cause du mensonge ;
– « tu t’éloigneras » = tu t’éloigneras d’Hachem, et même toutes les bonnes actions ne permettrons pas de se rapprocher de nouveau de Lui.

[Rabbi Zoucha d’Anipoli]

=> La vérité est à la base de tout juif, et de bonnes actions ne peuvent nous en dispenser.

Un serviteur juif doit être libéré par son maître au bout de 6 ans. S’il refuse d’être affranchi et désire demeurer chez son maître, ce dernier l’amènera au tribunal : « Et son maître lui percera l’oreille (droite) avec un poinçon et il le servira pour toujours » (Michpatim 21,6)

-> A propos de ce verset, Rabbi Yo’hanan ben Zakaï dit :
« Pourquoi est-ce l’oreille (qui est percée) plutôt que tout autre membre du corps?

C’est parce que D. dit : Cette oreille a entendu au mont Sinaï : « C’est à moi que les enfants d’Israël appartiennent comme serviteurs » (Béhar 25,55).
Or, cet homme a décidé de se donner un (autre) maître ; qu’on lui perce l’oreille! »
[guémara Kidouchin 22b]

Mais ce serviteur, dont on a percé l’oreille, n’était pas encore né au moment du mont Sinaï, son oreille physique n’a donc jamais réellement entendu le message de D.
=> Comment Rabbi Yo’hanan ben Zakaï a-t-il pu alors dire que « cette oreille a entendu au mont Sinaï » et doit être percée?

Rabbi ‘Haïm Chmoulévitch (Si’ha 39) répond que le pouvoir d’un organe qui a intégré un message spirituelle ne s’arrête pas lorsque l’homme disparaît, car tout ce qui est spirituel n’est pas limité à la vie du corps, mais passe de père en fils à toutes les générations.

Ainsi, le message divin enregistré par les oreilles de la génération du désert a été transmis de père en fils jusqu’à ce serviteur, dont l’oreille a conservé son pouvoir influençant.
C’est comme si lui-même l’avait entendu de sa propre oreille au mont Sinaï.

=> Combien devons-nous faire attention à notre spiritualité, car c’est un patrimoine que nous léguons à chacun de nos descendants.

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« Son maître lui percera l’oreille » (Michpatim 21, 6)

-> Rachi explique que quand un homme se vend en esclave du fait de sa pauvreté, s’il souhaite rester esclave après 6 années de travail, on doit lui percer l’oreille, comme pour lui dire : « L’oreille qui a entendu au mont Sinaï : « Les enfants d’Israël seront Mes serviteurs », et malgré tout il est allé acquérir un autre maître, qu’elle soit percée ».

Si cet homme était tellement pauvre qu’il n’a pas trouvé d’autre issue que de se vendre en esclave, comment peut-on lui en vouloir ? Qu’aurait-il pu faire d’autre ?

Le ‘Hidouché haRim apporte la réponse suivante.
Un homme qui reçoit sur lui le joug de la Royauté Divine et se considère pleinement comme serviteur d’Hachem, entraîne qu’en tant que Maître, Hachem devra lui combler tous ses besoins et cet homme ne pourra pas être pauvre.

S’il est devenu indigent, c’est qu’il ne s’est pas suffisamment soumis à la Royauté d’Hachem. Telle était sa faute.

C’est à cela que fait allusion Rachi en disant qu’il a entendu : « Les enfants d’Israël seront Mes serviteurs », et il n’a pas assez réalisé cet ordre.
C’est pourquoi, il a eu besoin d’acquérir un autre maître, car s’il avait vraiment reçu l’autorité Divine, il est sûr qu’il n’aurait pas été dans cette situation.

=> Nous devons faire de Hachem notre maître, afin qu’Il nous comble du meilleur.
[Quel maître autre que Lui, peut absolument tout nous octroyer! Il n’y a pas de meilleure adresse que celle du Créateur!!]

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« Son maître lui percera l’oreille » (Michpatim 21, 6)

-> Cette oreille a entendu au mont Sinaï : « C’est à moi que les enfants d’Israël appartiennent comme serviteurs » (Béhar 25,55).
Or, cet homme a décidé de se donner un (autre) maître ; qu’on lui perce l’oreille! »
[guémara Kidouchin 22b]

-> « Et voici les lois (michpatim) que tu placeras devant eux » (Michpatim 21,1)
Rabbi Bounim de Péchis’ha dit que les lois de la Torah doivent être placer avant même sa propre personne. En effet, la Torah et ses mitsvot précèdent l’homme, elles sont la raison d’être même de chacune de nos forces et de nos membres. Chaque membre n’a été créé que pour accomplir avec lui les mitsvot.
Cela rejoint l’enseignement de nos Sages selon lequel les 248 membres correspondent au 248 mitsvot positives et les 365 nerfs correspondent aux 365 mitsvot négatives (les interdits). C’est bien que l’homme dans sa totalité n’a d’existence que pour réaliser les mitsvot.
« Voici les lois que tu placeras devant eux » = c’est à dire avant eux, avant leur propre être !

=> Le ‘Hidouché haRim affirme que si l’oreille a entendu (« C’est à moi que les enfants d’Israël appartiennent comme serviteurs ») et que la personne n’a pas tenu compte de ce qu’elle a entendu, cette oreille n’a plus de raison d’être.

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Pourquoi la Torah nous demande de percer l’oreille que pour la transgression d’une seule mitsva : prendre un autre Maître que Hachem?

-> Le Maharcha cite les Tossefot qui rapportent un Midrach, qui dit que le terme : « un poinçon » (martséa – מרצע – v.21,6), qui est l’appareil avec lequel on perce l’oreille de l’esclave, a une guématria de : 400.
Cela fait allusion à l’exil d’Egypte qui a duré 400 ans, comme cela est indiqué dans l’alliance entre les morceaux, la brit ben habétarim (les 400 ans commencent dès la naissance d’Its’hak – cf.Lé’h Lé’ha 15,13).
Après ces 400 ans, Hachem a libéré Son Peuple de l’esclavage, mais cet homme est allé se prendre un autre Maître. C’est pourquoi, il sera poinçonné par un « martséa » (מרצע) ,dont la valeur numérique est de 400.

-> Rabbi Israël Its’hak Yanovsky (Séfer Hamakné) enseigne que toutes les mitsvot dépendent du fait d’accepter tout d’abord la Royauté d’Hachem.
L’homme qui souhaite prendre sur lui le joug d’un autre Maître, montre par là qu’il ne reçoit pas totalement le joug de la Royauté Divine. Hachem n’est pas son Seul Maître, il porte sur lui le joug d’un autre. En conséquence de cela, la pratique de toutes les mitsvot se trouve alors affaiblie.
C’est pourquoi, c’est uniquement pour cette mitsva d’accepter d’être les serviteurs d’Hachem, que cet homme n’a pas respecté, qu’on lui perce l’oreille et non pour une autre loi. Car toutes les mitsvot dépendent de celle-là.

-> Le Ben Ich ‘Haï (Ben Yéhoyada) explique que l’oreille est le membre par lequel on parvient à la compréhension.
[Surtout à l’époque où il n’y avait pas de livres,] Ecouter, c’est comprendre. Celui qui parvient à comprendre les enseignements de Torah pourra, par cela, vaincre son yétser ara et s’en libérer.

L’oreille, membre de la compréhension, est donc par là l’organe de la liberté, et l’esclave qui ne souhaite pas être libéré, porte ainsi atteinte particulièrement à l’oreille, qui doit alors être percée.

« Ne réponds pas à une querelle » (Michpatim 23,2)

-> « Faute de bois le feu s’éteint » [Michlé 26,20]

-> « Ces hommes qui sont offensés mais qui n’offensent pas, qui reçoivent des affronts mais qui n’y répondent pas, qui agissent par amour pur et qui se réjouissent de leurs épreuves, le verset dit à leur sujet : « Tes biens-aimés rayonneront comme le soleil dans sa gloire ».  »
[guémara Guittin 36]

-> « Si on te dit des choses méchantes, n’y réponds pas, et que l’homme important soit à tes yeux comme le plus insignifiant. [pourquoi lui répondre si c’est un moins que rien!]

Mais si tu as dit toi-même des choses méchantes à autrui, que l’homme insignifiant soit alors à tes yeux comme l’homme le plus important, jusqu’à ce que tu ailles t’excuser.  » [si tu avais insulter un roi influent, tu te dépêcherais de t’excuser!]

[traité Dérekh Erets Zouta]

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-> Le Tiféret Israël (Pirké Avot 4,1) enseigne :
« Lorsque ton rival se dressera sur ton chemin lançant ses flèches de toutes parts, garde le silence, ne lui cherche pas querelle et ne lui réponds pas! Ne laisse même pas la colère s’infiltrer dans ton cœur, afin que son sombre nuage n’obscurcisse pas tes pensées.

Ecoute alors attentivement chacune de ses paroles.
Certes, il en viendra certainement à t’accuser de choses dont tu es innocent, mais si tu as du cœur, tu découvriras également dans ses propos des éléments dont tu auras conscience, en ton for intérieur, qu’ils sont véridiques.
Et même s’il décuple tes défauts comme le ferait une loupe, tu pourras néanmoins te réjouir qu’il te les ait révélés de la sorte, car ainsi tu pourras t’efforcer de les supprimer totalement. »

-> Le ‘Hovot haLévavot (Chaar haKénia – chap.4) dit de même :
« Lorsqu’on dit du mal de toi, soumets-toi à ton Créateur et rends-Lui grâce de t’avoir dévoilé une petite part de tes défauts, pour t’éprouver et t’amener à te repentir. »

=> Face à une dispute, soit on est prêt à tout détruire tant que l’on n’a pas le dernier mot, soit on est prêt à écouter le message de vérité que D. nous envoie par l’intermédiaire d’autrui, et l’utiliser afin de construire.

« Il [Hachem] paiera les frais de guérison » (וְרַפֹּא יְרַפֵּא – Michpatim 21,19)

-> « Ceci nous enseigne que le médecin est autorisé à guérir » [guémara Baba Kama 85a]

Rachi de commenter : « Et on ne s’en tient pas au fait que c’est D. qui frappe, et c’est Lui qui guérit ».

Les Tossafot de dire : « Pourquoi l’expression est-elle répétée dans le verset (vérapo yérapé)?

La réponse est que si ce terme n’avait pas été répété, nous n’aurions autorisé que la guérison d’un mal occasionné par l’homme.
En revanche, pour une maladie envoyée du Ciel, on aurait pu penser qu’apporter au malade des soins médicaux reviendrait à s’opposer au décret du Roi.
C’est pourquoi cette expression est doublée. »

-> Sur ce sujet, le ‘Hafets ‘Haïm arrive à la conclusion que les maux qu’on peut endurer sont tous, sans exception, envoyés par Hachem.
Ainsi, même lorsqu’un homme se fait frapper par autrui volontairement, il s’agit aussi d’un décret du Ciel, simplement exécuté par le biais d’un homme peu méritant, qui devra rendre des comptes pour cela.

On trouve un exemple à cela dans l’épisode qui opposa le roi David à Chimi ben Guéra.
Après qu’il fut maudit et frappé par cet homme, le roi David proclama : « C’est D. qui lui a inspiré de me maudire » (Chmouël II 16,10).
=> Il avait la conviction que tout événement douloureux survenant sur son chemin est, à l’origine, décrété par le Ciel.

[On a tendance à se focaliser sur l’émissaire du « coup », plutôt que d’avoir à l’esprit que cela provient de D., comme une « tape » pour que l’on change notre comportement.
C’est comme s’énerver contre un bâton qui nous frappe en place de celui qui le tien, ou bien c’est comme s’attarder sur le doigt qui est tendu, plutôt que de se focaliser sur ce qu’il est en train de montrer.]

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-> Le ‘Hafets ‘Haïm ajoute qu’il ne fait aucun doute que Hachem, en tant que Père bienveillant, n’agit que pour le bien de Son peuple, et suscite des épreuves pour expier leurs fautes.
Par conséquent, la plus sage réaction aux affronts consiste à ne pas leur répondre, et au contraire, à remercier D. de nous avoir permis d’expier une part de nos fautes.

-> A ce sujet, nos Sages disent : « Les hommes qui sont offensés et qui n’offensent pas en retour … le verset dit à leur égard : « Tes bien-aimés rayonneront comme le soleil dans sa gloire » (Choftim 5,31). » (guémara Guitin 36b).

-> Le Gaon de Vilna disait : « Sil n’y avait pas les épreuves de la vie, jamais nous ne pourrions résister au Jugement dernier ».

-> Le ‘Hafets ‘Haïm expliquait que pour une personne qui a confiance en Hachem, les difficultés de la vie sont comme entourées de « grâce », à l’image d’un médicament amer qui a une enveloppe très sucrée et agréable. On en vient même à les aimer, comme des bonbons!

AInsi, pour chaque épreuve, son goût dépend de la émouna de la personne.

-> Le Steïpler a écrit dans une lettre :
« Les épreuves de la vie représentent un bien inestimable et extrêmement élevé : notre monde futur en dépend, au point que selon nos Sages, s’il devait s’écouler 40 jours de notre vie sans la moindre épreuve, on aurait la certitude qu’on est déjà en train de jouir de sa part dans le monde futur.
[…]
Dans le Ciel, elles sont considérées comme un bien inestimable, bien qu’amères et extrêmement difficiles à supporter.

Néanmoins, cette amertume n’est ressentie qu’envers celles que nous vivons présentement.
En revanche, les épreuves passées, celles qu’on a déjà subies, ne recèlent que bienfaits et bénédictions, parce que le passé est déjà loin et révolu.
Il s’avère donc que toute personne malade accumule de grands mérites par le simple fait de ses épreuves. »

[en regardant le passé : nos souffrances sont précieuses, ce sont des trésors de notre vie ; par contre en regardant le présent et le futur : nous ne voulons pas de souffrance, car nous ne pouvons être sûr de pouvoir y résister sans en être casser et tomber.]

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« Il [Hachem] pourvoira à la guérison » (וְרַפֹּא יְרַפֵּא – Michpatim 21,19)

-> On peut remarquer que peu avant, nous avons pu lire dans la Torah un verset s’y rapprochant : « Je suis Hachem qui te guérit » (כִּי אֲנִי יְהוָה, רֹפְאֶךָ – Béchala’h 15,26).

Nous allons rapporter ci-après un dvar Torah du ‘Hafets ‘Haïm à ce sujet (Maasé léMélékh al haTorah – Yitro).

Voyez la différence entre la guérison amenée par un médecin et celle accordée par Hachem :

-> Pour D., il est écrit : « rofé’ha » (רֹפְאֶךָ) avec un « fé », qui est une lettre légère, car Il guérit en un clin d’œil, sans fatigue ni effort, ni médicaments puissants.
Il parle et nous sommes guéris.

-> Pour le médecin, en revanche, il est écrit : « vérapo yérappé » (וְרַפֹּא יְרַפֵּא), avec 2 « Pé », comportant chacun un daguéch fort, car il lui faut fournir des efforts, prescrire des médicaments, parfois même des opérations et tout cela peut prendre longtemps.

« N’accepte pas de rapport mensonger » (Michpatim 23,1)

-> Selon Rachi, ce verset constitue l’avertissement, adressé au juge, de ne pas recueillir la déposition d’un plaignant en l’absence de son adversaire.

-> Selon le Rambam (Séfer haMitsvot – lo taassé 281) :
« La Torah met en garde le juge de n’entendre les arguments d’aucun plaignant tant que son adversaire ne s’est pas présenté … pour éviter que ne se dessine dans son cœur une image des faits injuste et erronée. »

-> « Qui parle le premier dans un jugement a raison ; viendra la partie adverse, on approfondira ses arguments » (Michlé 18,17)
Le Ralbag de commenter : « Ce verset signifie qu’aux yeux du juge, le premier venu est considéré comme étant dans son bon droit, car il tiendra ses déclarations pour vraies.
Et lorsque le second surviendra et avancera des propos contraires, il n’acceptera d’y croire qu’après une minutieuse enquête.
C’est pourquoi la Torah interdit au juge de recueillir la déposition d’un plaignant avant que son adversaire se présente. »

-> « Que désigne-t-on comme un « fourbe rusé »?
Rabbi Yo’hanan dit : Celui qui expose son point de vue au juge avant que son adversaire se présente »
[guémara Sota 21b]

Rachi explique : « Parce que lorsque le bon droit de ce plaignant prend racine dans le cœur du juge, il devient difficile de l’en déloger.
C’est en cela que consiste la ruse de cet homme. »

-> Le Rav ‘Haïm Chmoulévitch note que la Torah connaît la nature de tout être humain.
Un juge (même si c’est un grand sage!), a beau savoir qu’un autre plaignant viendra ensuite contredire les propos du premier, la version du second n’aura jamais le même poids que celle du premier.
En effet les premières paroles entendues seront désormais imprimées dans son cœur, et le jugement sera obligatoirement faussé!

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« Éloigne-toi de la parole mensongère » (Michpatim 23,7)

-> « D’où savons-nous que si 2 hommes se présentent au Bet Din, l’un vêtu de haillons et le second d’une tunique d’une valeur de 100 pièces, on dit au second de s’habiller comme le premier pour éviter aux juges de corrompre leur verdict?

Du verset qui dit : « Éloigne-toi de paroles mensongères ».  »
[guémara Chvou’ot 31a]

-> « A tout moment, le juge doit considérer qu’une épée est plantée entre ses jambes et que l’enfer est ouvert sous ses pieds »
[guémara Yébamot 109]

Normalement, le souci premier de tout juge est de prononcer un verdict droit, juste et impartial.

=> Nous pouvons réaliser l’immense pouvoir de nos yeux sur notre conscience.
En effet, selon la Torah, même le plus saint et le plus sage des juges, ne peut s’empêcher d’obéir aux sollicitations de ses yeux (ex: en voyant un plaignant magnifiquement vêtu et un autre au look misérable), et réciproquement, dès l’instant où une image s’efface de sa vue, il reprend aussitôt ses esprits.

[d’où la nécessité que les 2 parties soient habillées de la même façon]

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-> b’h, également à propos du mensonge : https://todahm.com/2019/02/14/8339

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« N’accepte pas de présent corrupteur, car la corruption trouble la vue des clairvoyants et fausse la parole des justes » (Michpatim 23,8)

-> « Pour quelle raison les pots-de-vin sont-ils interdits?

Parce que dès qu’un homme en reçoit, son esprit se rapproche de celui de son bienfaiteur et le considère comme coupable.
Que signifie le mot « cho’had » (pot-de-vin)?

« Chéou ‘had » (il n’est qu’un).  »
[guémara Kétouvot 105a]

-> Selon le Slaba de Slabodka (Ohr haTsafoun), lorsqu’un homme reçoit une gratification quelconque, il s’attache tellement à son bienfaiteur que : « le donneur et le bénéficiaire s’unissent en un seul cœur! » (Rachi sur la guémara précédente).

Inconsciemment, le bénéficiaire perd toute lucidité et son esprit ne peut désormais plus condamner le donateur, ses décisions deviennent totalement partiales.

-> La Torah connaît en profondeur la nature humaine, et cela s’applique même aux personnes les plus élevées.
On peut citer :

1°/ Selon Rachi (sur ce verset 23,8) : « Même un sage en Torah, s’il prend un présent corrupteur, son esprit finira par sombrer dans la confusion »

2°/ Selon le Rambam (Hilkhot Mélakhim), quiconque accède au trône est reconnu comme un homme d’une moralité irréprochable.
Mais la Halakha établit qu’on ne peut « demander à un roi de statuer sur l’embolisme » [qui consiste à ajouter un second mois d’Adar à l’année courante], et ceci, ajoute la guémara (Sanhédrin 18) : « à cause des pensions militaires ».

Selon Rachi : « comme le roi distribue une certaine somme d’argent à ses armées par an, il est donc intéressé à ce qu’elles soient toutes embolismiques [afin que ses hommes le servent un mois supplémentaire pour le même prix] ».

=> Ainsi, même l’un des plus grands justes du peuple juif est susceptible d’être influencé par des calculs pécuniaires.

3°/ Pour être nommé Cohen Gadol, il fallait avoir le roua’h haKodech. [guémara Yoma 73b]
De plus, le Cohen Gadol ne devait pas se lever devant le roi, alors qu’inversement, ce dernier était tenu de se lever devant lui.

Pourtant, ce très haut personnage ne pouvait également pas décider en matière d’embolisme.
Pourquoi?

La guémara (Sanhédrin 18b) répond : « Le froid ».
En effet : « De crainte qu’il n’ait intérêt à ne pas déclarer l’année embolismique, pour éviter que le mois de Tichri ne tombe pendant la saison froide, attendu qu’il devait à 5 reprises se tremper dans un mikvé pendant Yom Kippour » (le Rambam – Hilkhot Kidouch ha’Hodech).

=> Ainsi, même si en Israël, au mois de ‘Hechvan (environ novembre), il ne fait pas si froid ; et qu’on pouvait ajouter de l’eau chaude au mikvé du Temple, le Cohen Gadol pouvait quand même inconsciemment être enclin à juger l’année embolisme de manière erronée.

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+ Conclusion & implication dans notre vie :

-> On a vu que tout juge doit :

1°/ Ne pas recueillir la déposition d’un plaignant en l’absence de son adversaire ; [v.23,1]

2°/ Avoir les 2 parties habillées de façon identique ; [v.23,7]

3°/ Ne recevoir aucune gratification de la part d’une des parties. [v.23,8]

-> Le rav Israël Salanter (Iguéret haMoussar) disait qu’à chaque instant, nous sommes les juges de notre propre vie.

Toutes les idées et les moindres pensées, les actes et leurs intentions, tout transite inévitablement par le jugement et l’appréciation de la conscience.
Naïvement, les hommes suivent aveuglément « l’opinion » vers laquelle les dirigent leurs innombrables partis-pris (plus ou moins consciemment), sans prendre conscience du piège grand ouvert sous leurs pieds.

-> Ainsi, dans une démarche de sincérité et d’objectivité, par exemple :

1°/ il ne faut pas laisser son yétser ara venir donner seul ses arguments.

A certains moments, on perd le contrôle et le yétser ara prend seul les commandes, souhaitant nous inciter à la faute.
Il faut lui dire qu’en tant que juge, je me dois d’attendre le retour de mon yétser atov, afin de pouvoir arbitrer (yétser ara : patiente donc un peu!).

On doit avoir une attitude pleine d’humilité où l’on ne se refuse pas d’entendre les arguments des autres parties, afin de ne pas s’empêcher de découvrir ses erreurs (sinon on risque de devenir têtu, préférant penser avoir toujours raison, quitte à rester dans le mal).

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2°/ Le yétser ara est spécialisé pour vendre du rêve, pour nous vendre la faute comme une mitsva, comme une affaire indispensable.
Il faut veiller à ce que nos 2 penchants soient « habillés » pareils : « Qu’est-ce que je gagne? Qu’est ce que je perds? » ; « Qu’est-ce qu’en pense Hachem? ».

Nous devons également ne jamais juger quiconque en fonction de son apparence ou de sa condition sociale, mais uniquement en fonction de ses véritables valeurs.

La guémara (Béra’hot 5) préconise : « Que l’homme excite continuellement son bon penchant contre son mauvais penchant. »

En s’appuyant sur la suite de la guémara, nous pouvons poursuivre :
– Si tu parvient à vaincre ton yétser ara, tant mieux, sinon si tu t’es laissé séduire par ses belles parures : « qu’il étudie la Torah » et qu’il se délecte de ses merveilleux enseignements.

– Si ce conseil ne suffit pas, parce que le yétser ara est encore « trop beaux » à tes yeux, alors « qu’il lise le Chéma », car en acceptant sur soi le joug divin, l’homme prend conscience de la beauté du judaïsme et de l’Unité de Hachem ;

– Si cela ne suffit pas pour réduire l’attrait du yétser ara à nos yeux, il faudra « se souvenir du jour de la mort », où seulement les mitsvot accompagnent l’homme pour l’éternité (et non son argent).

Rabbi Na’hman dit que toutes les fautes prennent racine dans le fait que nous pensons être immortel.

=> Grâce à cette lucidité acquise en « déshabillant » le mauvais penchant (de ses fausses promesses et tentations), on pourra prononcer un verdict juste et positif.

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3°/ Seul la vérité doit compter, et aucun présent corrupteur ne doit intervenir.

Les pots-de-vin peuvent avoir de nombreuses formes, comme par exemple le fait que nous nous jugeons nous-même (influence du regard d’autrui, paresse, orgueil, environnement, …).
A l’image de nos Sages, lorsque nous avons reçu un pot-de-vin, ou bien lorsque la décision sur le problème est trop dure à prendre, il nous faut laisser place à un autre juge, comme par exemple un rav compétent, une personne avisée.

Il faut avoir conscience que personne n’échappe à cette influence, même inconsciemment, et il faudra donc être vigilant dans les décisions que nous prenons en tant que juge de notre vie, pour qu’elle soit la plus réussie possible.