« Dit à Elazar fils d’Aharon le Cohen de ramasser les encensoirs » (Kora’h 17,1)

=> Pourquoi Hachem ne demande-t-Il pas que ce soit plutôt Aharon, le Cohen Gadol, qui ramasse les encensoirs de l’assemblée de Kora’h, qui ont apporté de l’encens et en sont morts? Pourquoi demande-t-Il plutôt que ce soit Elazar, son fils?

Puisque Kora’h s’est opposé à Aharon et voulait être Cohen Gadol à sa place, quelque part sa punition lui a été causé de par Aharon. Et Hachem ne trouva pas cela vraiment correct que ce soit Aharon qui ramasse les encensoirs de ceux qui ont été punis en s’opposant à lui.

=> Même quand Hachem punit des réchaïm, Il prend en compte leur sensibilité et leur honneur, et même s’ils sont morts.
En effet, cela aurait été trop méprisant pour eux (alors morts) qu’Aharon lui-même vienne ramasser leurs encensoirs.

[Méiri ; le Ohr ha’Haïm commente également en ce sens]

=> Combien à plus forte raison nous devons faire attention à ne pas blesser autrui (qui est vivant).
Par exemple, si nous sommes obligés d’en venir à réprimander autrui, il faut que cela soit 100% pour son bien, en prenant le plus grand soin de sa sensibilité, de lui garder tout son honneur, avec beaucoup d’amour, …

« Aharon prit comme le lui avait dit Moché, et se précipita au milieu de l’assemblée, et voici que le fléau avait commencé parmi le peuple. Il disposa l’encens et obtint réparation pour le peuple » (Kora’h 17,12)

-> Hachem parla à Moché en disant : « Retirez-vous du sein de cette assemblée et Je vais l’anéantir en un instant! » Il tombèrent sur leur face. » (Kora’h 17,10)

Le Maharal Diskin donne l’explication suivante :
Le mot « éromou » (retirez-vous – הֵרֹמּוּ) est dérivé du mot : térouma, qui est la dîmes offertes aux Cohen.
Il y a 3 niveaux pour donner la térouma : on peut décider de donner 1/60e de notre production ; ou bien choisir de donner 1/50e ; et les plus généreux donnaient 1/40e.

Après l’incident de Kora’h et ses partisans, et leur mort miraculeuse, Hachem était furieux sur le fait que la nation juive continuait toujours à se plaindre.
Hachem a décidé de prendre une « térouma », un portion généreuse de gens, pour les tuer comme punition pour les fautes de tous.

Dans la paracha Bamidbar, le recensement a compté 603 550 membres du peuple juif.
1/40e de ce nombre fait : 15 088 personnes qui étaient prévus de mourir dans la plaie.
Cependant, le verset (17,14) rapporte que 14 700 sont morts dans cette plaie.
Si l’on y ajoute 253 qui sont morts avec Kora’h (250 hommes de la tribu de Réouven, plus Kora’h, Dathan et Aviram), il reste toujours une différence de 135.

Le Maharal Diskin fait remarquer que dans toute la paracha le camp d’Israël est décrit par : « éda », sauf dans le verset ci-dessus (v.12) où il est décrit par : « kahal ».
Le mot « kahal » (communauté – קָּהָל) a une valeur numérique de 135.

=> « [Aharon] se précipita au milieu de l’assemblée » = Aharon a réussi à sauver 135 personnes en agitant l’encens.

[Rachi (v.11) rapporte que lorsque Moché était monté au Ciel pour y recevoir la Torah, comme cadeau, l’Ange de la mort lui avait révélé que l’encens peut arrêter une plaie.]

« Mais si Hachem créé un prodige et si le sol ouvre et les engloutit avec tout ce qui est à eux » (Kora’h 16,30)

-> Rachi citant la guémara (Sanhedrin 110a) rapporte les paroles de Moché : « S’il a été créé, lors des 6 jours de la création, une ouverture de la terre, c’est bien. Sinon, que « Hachem la crée » maintenant. »

-> « 10 choses furent créés la veille du Shabbat [de la Création] au crépuscule. Ce sont : l’ouverture de la terre [qui engloutit Kora’h] … » (Pirké Avot 5,6)

=> Le ‘Hatam Sofer demande : Comment se peut-il que Moché avait un doute sur le fait que l’ouverture de la terre a été créée la veille du 1er Shabbath, alors que cela l’est clairement écrit?

Dans ce même Pirké Avot, il est écrit : « certains mentionnent également : le tombeau de Moché notre Maître »

Le tombeau de Moché, qui nous est inconnu, est une des choses créées la veille du 1er Shabbath.
Ainsi, selon le ‘Hatam Sofer, Hachem a fait oublier ces 10 choses à Moché pour qu’il n’entende rien sur sa propre mort.

« Kora’h, fils de Yichtar, fils de Kéhat, fils de Lévi, prit [parti] avec Datan et Avrim » (Kora’h 16,1)

-> Kora’h prit = Reich Lakich enseigne : « Il a pris une mauvaise affaire pour lui-même ».
[guémara Sanhédrin 110a]

=> Comment comprendre que Kora’h qui était quelqu’un d’extrêmement riche et intelligent, a pu en arriver à faire une mauvaise affaire?

-> Selon le ‘Hovot haLévavot (Chaar haKnia – chap.7), les mitsvot accomplies par une personne qui dit du lachon ara sont portées au crédit de sa victime, et les péchés de sa victime lui sont attribués.
Puisque cette personne avait pour objectif de se donner de l’importance en rabaissant sa victime, alors sa punition est infligée mesure pour mesure : le niveau spirituel de sa victime est rehaussé par les mérites du médisant, et le niveau spirituel du médisant est abaissé par les méfaits de sa victime.

-> « Il est permis de dire du lachon ara à propos d’un baal ma’hlokét (une personne qui amène des disputes) »
[Dérékh Erets Zouta]

=> Il en découle que normalement toute personne peut bénéficier du lachon ara dit sur elle afin de se débarrasser de toutes ses fautes (tout en obtenant les mitsvot de l’autre!).
Cependant, Kora’h « a pris une mauvaise affaire pour lui-même » = puisqu’en choisissant le chemin de la controverse, il a décidé de devenir un baal ma’hlokét, et par là il s’empêche toute possibilité de pouvoir retirer ses fautes.
[puisque lorsqu’on dira du lachon ara sur lui, cela sera considéré comme permis!]

[déjà qu’il est difficile de ne jamais dire de lachon ara, alors évitons en plus d’être un causeur de disputes, car sinon cela risque de nous coûter vraiment très cher.
En effet car dans ce cas, durant toute notre vie, on ne fera que prendre les fautes des autres, et donner nos mérites, sans occasion que ne se produise l’inverse!]

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-> Rachi (16,7) enseigne : Comment Kora’h, qui était pourtant un homme intelligent, a-t-il pu commettre pareille absurdité?

Et de répondre : C’est son œil qui l’a trompé. Il a vu [par prophétie] qu’une illustre descendance serait issue de lui : Chmouël, qui était l’égal de Moché et Aharon.
Il s’est dit : « Par le mérite [de Chmouël] je serai sauvé … »

-> Le Béer Yossef (rav Yossef Salant) rapporte les propos d’un des grands maîtres de Jérusalem :
Pourquoi le mérite des descendants de Kora’h n’est-il pas intervenu effectivement en sa faveur, pour lui épargner tous ces tourments?

En réalité, Kora’h a eu droit à cette prestigieuse lignée précisément « grâce » à la faute qu’il a commise.
En effet, bien que son initiative de s’opposer à Moché et de mettre en doute l’authenticité de ses prophéties fût extrêmement grave, ces mêmes faits entraînèrent pourtant une conséquence hautement bénéfique : après que la terre eut englouti Kora’h, le pouvoir prophétique de Moché s’en est trouvé confirmé et renforcé aux yeux du peuple juif.

Or, Hachem ne prive jamais personne d’une récompense qui lui revient. C’est pourquoi Kora’h, du fait des conséquences suscitées par sa démarche, a mérité que Chmouël soit issu de lui.

=> Certes, Kora’h a tiré indirectement avantage de sa rébellion, puisqu’une prestigieuse descendance est née de lui, mais cela n’en reste pas moins une : « mauvaise affaire pour lui-même », parce qu’elle lui a causé des maux indicibles : il subit le châtiment de l’Enfer (guéhinam) pour l’éternité (cf.guémara Baba Batra 74b).

[b’h, voir également : https://todahm.com/2017/03/10/5513 ]

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-> « Lorsqu’une personne est happée par ses désirs, son intelligence ne lui est d’aucun secours, : au contraire, elle utilise sa sagesse pour mieux se fourvoyer et tromper son entourage. »
[Léka’h Tov (du rav Yaakov Beifuss)]

« Moché dit à Kora’h : … N’est-ce pas assez pour vous que le D. d’Israël vous ait distingués … pour vous rapprocher de Lui » (Kora’h 16,9)

La même affirmation s’applique à chaque juif évoluant dans la Torah (ben Torah) : Pourquoi as-tu besoin de rechercher de l’honneur et du respect dans ta vie? N’est-il pas suffisant que tu passes tes journées dans la Maison de Hachem, à la recherche de Sa Torah?

[rav Yé’hezkel Abramsky]

+ Quelle était la « mesure pour mesure » (mida kénégéd mida) de la punition de Kora’h et de sa cohorte?

Puisque Kora’h et son assemblée ne pouvait pas attendre patiemment d’être couronnés comme des futurs responsables de personnes, de même, le sol n’a pas attendu patiemment qu’arrive le temps naturel où les gens sont étendus dans ses entrailles, après 120 années de vie.
Ainsi, ils se sont enfoncés : « vivants dans le précipice » (Kora’h 16,33).

[Rabbi Sim’ha Bounim de Peshischa]

« Le pouvoir de la prière est tellement puissant, que même les prières provenant d’un racha, qui devrait normalement n’avoir aucun crédit au Ciel, sont néanmoins acceptées et répondues.
C’est pourquoi, Moché a été forcé de demander à Hachem de ne pas écouter les prières, ni d’accepter les sacrifices de Kora’h et de ses acolytes. »

[rav Shimon Moché Diskin]

« Kora’h a échoué car il voulait s’emparer de la grandeur pour lui-même.

La grandeur est une bonne chose, uniquement si elle est accordée à un homme par le Ciel.
On ne peut pas aller et « prendre » la grandeur pour soi-même. »

[rav Sim’ha Bounim de Pshischa]

« Kora’h, fils de Yits’ar, fils de Kéhat, fils de Lévi, prit … » (Kora’h 16,1)

-> « Que prit-il?
Il a prit la vérité » [midrach Pliya 182]

Que signifie ce midrach?

Les lettres du mot אמת (vérité – émet) correspondent à : אליצפן (Elitsafan) ; מקושש (mékochéch) et תכלת (té’hélét).
C’est à partir de ces 3 sujets que Kora’h a commencé la dispute.

1°/ Elitsafan : Kora’h pensait qu’il devait être choisi comme nassi avant Elitsafan.

[Rachi : Quelle raison a-t-elle poussé Kora’h à se quereller avec Moché ?
Il a pris ombrage de la nomination d’Elitsafan fils de ‘Ouziel, que Moché avait, sur ordre divin, désigné comme prince (nassi) sur les enfants de Kéhat.

Il s’est dit : « Mon père et ses frères étaient au nombre de 4, comme il est écrit : « Et les fils de Kéhat : ‘Amram et Yits’ar et ‘Hèvron et ‘Ouziel » (Chemoth 6, 18).
Les fils de ‘Amram (Moché et Aharon), qui était l’aîné, ont recueilli 2 dignités : l’un est devenu roi et l’autre grand prêtre. Qui aurait dû obtenir la 2e place ? N’est-ce pas moi, qui suis le fils de Yits’ar, le 2e fils après ‘Amram ?
Or, c’est le fils du plus jeune des frères qu’il a désigné ! Je vais m’opposer à lui et faire invalider ce qu’il a dit!  » ]

2°/ Té’hélét : selon le midrach, Kora’h demanda si un vêtement fait entièrement de té’hélét (le bleu azur) nécessitait qu’on y mette des tsitsit.

3°/ Mékochéch : Kora’h soutenait à Moché que la mort du mékochéch (l’homme qui a profané le Shabbath – cf.fin paracha précédente v.15,32) était contraire à la loi juive.

[le Binat Névonim]

En se faisant passer pour le défenseur de la vérité, Kora’h a commencé sa quête de pouvoir en menant une attaque sur ces 3 fronts.

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-> Qu’est-ce qui a poussé Kora’h à faire quelque chose de si stupide (se rebeller contre Moché et donc Hachem)?

Le ‘Hida (dans son ‘Hadré Béten) répond que Kora’h a placé ses yeux sur l’argent, et cela l’a poussé à se tromper si gravement.

[ « Kora’h prit » : cela fait allusion à sa soif de toujours avoir davantage, même s’il avait déjà besoin de 300 mules blanches pour porter les clés en cuir (car moins lourd que le métal) de son immense trésor (guémara Sanhérin 110a).

L’argent peut nous aveugler au point de faire ce qu’il ne faut pas faire, et ne pas faire ce qu’il nous faudrait faire!
Au final tout cette phénoménale richesse a été engloutie par la terre (avec Kora’h) sans que personne n’en profite.

De plus, tout le peuple a pris des richesses en quittant l’Egypte comme paiement pour le dur labeur de l’esclavage, à l’exception des Lévi’im qui n’avait pas travaillé.
En prenant cet énorme trésor que Yossef avait mis de côté, cela lui a été préjudiciable. ]

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-> Le rav Shlomo Margolis (Darké haChlémout) faire remarquer qu’après la faute du Veau d’or, après la faute des explorateurs, Moché a toujours prié pour leur pardon.
Cependant pour Kora’h, non seulement il n’a pas fait cela, mais il a prié pour qu’ils n’aient pas l’opportunité de faire téchouva (midrach Tan’houma Kora’h 7).
Pourquoi cela?

Le rav Margolis répond que jusqu’à présent en révélant leurs erreurs (avec amour), il y avait une possibilité qu’ils se repentent.
Mais pour Kora’h et ses hommes c’était différent, ils portaient un tallit fait en té’hélét (bleu azur).
En observant cela, Moché a vu qu’ils ont fait de Hachem leur « partenaire » dans la rébellion en se revêtant d’un voile de sainteté et des mitsvot, et il a alors compris qu’il n’y avait aucun espoir de les convaincre de leurs erreurs. Il ne restait plus qu’à prier pour leur chute.
[au vu du ‘hilloul Hachem, du fait que le temps passant ils ajoutaient faute après faute, et risquaient de contaminer d’autres personnes]

=> « Kora’h prit » : il prit Hachem avec lui, pour s’en revêtir.
Il faut que nous fassions très attention dans notre vie à ne pas faire de même, en habillant du divin nos envies.
On se créé le Hachem que l’on veut afin de légitimer ce que l’on souhaite.

-> « L’homme doit servir D. et non pas se servir de D. »
[rav Yigal Avraham]

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-> En remettant en question (ex: tsitsit, mézouza), Kora’h a « pris » comme arme la Torah elle-même, dont Hachem fait référence comme son : « léka’h (tov) » (son (bon) enseignement – לקח).
Ce mot (לקח) peut aussi se lire : « laka’h » (prendre).
Son erreur réside dans le fait que la Torah est d’origine divine, et qu’elle est ainsi très au-delà des capacités de réflexion humaine, qui sont elles limitées.

Les lettres du nom Kora’h (קרח) peuvent former : ‘hoker (חקר – analyser).
Sa tendance à vouloir analyser les choses qui sont au-delà de ses capacités l’a amené à sa perte.

De plus, si nous comparons la guématria de Moché (משה) qui est de 345, et celle de Kora’h (קרח) qui est de 308, nous constatons que Moché a 37 de plus que Kora’h.
Cela est équivalent au mot : évél (הבל – une absurdité, un non-sens).
Moché à la différence de Kora’h comprenait et acceptait la divinité de la Torah, ne remettant pas en cause ce qui pourrait y sembler absurde.

[Rabbi David Feinstein]

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-> Selon la guémara (Yoma 38b), il est interdit de nommer un enfant du nom d’un récha.

Pourquoi le tsadik Yits’ar a-t-il nommé son fils Kora’h, qui est le nom d’un des enfants d’Essav (cf. Vayichla’h 36,5)?

Le ‘Hatam Sofer est d’avis que Yits’ar s’est trompé en appelant son fils suivant le racha Kora’h (fils d’Essav), et cela à contribuer à sa chute.
Ainsi, même si ses ancêtres étaient de grand tsadikim tels que Yits’ar, Kéhat et Lévi, le fait qu’il portait le nom d’un racha a fait pencher la balance et l’a mené à la faute.

=> Cela est en allusion dans le verset (16,1), qui se traduit littéralement ainsi : « [l’influence négative du nom] Kora’h a pris [le dessus sur le fait qu’il était le], fils de Yitshar fils de Kehat fils de Levi ».

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-> La guémara (Sanhedrin 37a) enseigne que Adam a été créé seul car ainsi personne ne pourra dire à son ami qu’il lui est supérieur en raison du fait que son père est plus grand que le sien.
En effet, nous provenons tous du même père!
[…]
Il y a 3 partenaires dans la création d’une personne : Hachem, son père et sa mère.
Les parents fournissent les différentes parties du corps.
Hachem fournit la néchama, qui est habillée par le corps.

On ne doit jamais enorgueillir, car la généalogie de tous remonte à Adam.
Chaque personne se doit de travailler sur elle-même, sur sa néchama, qui lui a été donnée par Hachem, et ne pas regarder ses « habits » (ce qui est lié au corps) pour en tirer de l’honneur.

[le Noam Mégadim]

=> C’est une réponse à l’attitude de type « Kora’h » de se revêtir de son ascendance afin d’obtenir des honneurs.

Le rav Avraham Pam disait que l’ascendance d’une personne (le yi’hous), c’est comme plein de zéros.
Si on travaille sur soi afin d’intégrer les qualités qui ont fait de nos ancêtres de grandes personnes, alors on ajoute un 1 avec les zéros ensuite. C’est une grande richesse.

Dans le cas où l’exploitation de notre ascendance est purement extérieure à nous, alors nous avons plein de zéros avant le 1, et la valeur n’est pas très élevée.

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-> Le Yalkout Chimoni rapporte que Kora’h a vu par roua’h haKodech que le prophète Chmouël, qui était équivalent à Moché et à Aharon, allait être un de ses descendants.
Cette vision lui a joué un mauvais tour.
Il s’est dit que si autant de grandeur allait venir de lui, personne ne pourrait jamais l’anéantir, qu’il était intouchable!
Cependant, ce qu’il n’a pas vu c’est que ses enfants allaient faire téchouva (composant même des Téhilim!), et qu’ils ne vont pas être anéantis contrairement à lui.

-> Le Ben Ich ‘Haï (Od Yossef ‘Haï) demande à ce sujet : étant quelqu’un de très sage, comment a-t-il pu ne pas prendre en compte le fait que sa descendance pourrait faire téchouva?

Il répond que les 248 membres d’une personne vont en parallèle aux 248 mitsvot positives de la Torah.
Les yeux sont comparables à la mitsva des tsitsit (our’itèm oto).
En tournant en dérision la mitsva des tsitsit, Kora’h a entraîné la perte de sa capacité de voir, et c’est ce qui fût la cause de sa chute (puisque même ce qui est évident, il ne le voyait plus!).

-> Selon le Béer Moché, Kora’h était si perdu, qu’il pensait que la dispute qu’il avait créé était une mitsva.

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-> Sur notre verset, Rachi fait remarquer que la Torah ne remonte pas la généalogie de Kora’h jusqu’à Yaakov, car ce dernier a prié pour ne pas que son nom soit mentionné dans la révolte de Kora’h.
En quoi est-ce si important de ne pas citer le nom de Yaakov?
Hachem aime même les fauteurs, comment Yaakov peut en apparence renier totalement un de ses descendants?

En réalité, c’était une grande bonté que Yaakov a fait à Kora’h de prier pour que son nom ne soit pas mentionné dans sa révolte.

A un enfant issu d’une famille de « magouilleurs », qui va commettre un vol, on va prendre cet aspect familial comme une circonstance atténuante (vu le milieu dans lequel il a grandi, ce n’est pas étonnant).
Cependant, à un enfant issu d’une famille de tsadikim, le milieu familial va devenir une circonstance aggravante (comment a-t-il pu faire cela alors qu’il est entouré de gens de si grande valeur!).

=> Ainsi, en retirant son nom, Yaakov évite que Kora’h soit encore davantage puni, car dans sa famille directe et proche il a un Patriarche.
Bien en avance, il a tout fait pour atténuer autant que possible la potentielle punition de son descendant.

[adapté du ‘Hidouché Harim]

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-> Le rav Klonymous Kalman de Krakow (Méor véChémech) écrit que l’attribut éternel associé à Yaakov est : la vérité (émet).
L’histoire de Kora’h, à son niveau le plus profond, était une bataille basée sur une logique fausse, mensongère.
Yaakov ne voulait en rien être lié avec quelque chose touchant à du mensonge, même si cela provenait de son arrière arrière petit fils.

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-> Rabbi Sim’ha Bounim de Pschischa note que Kora’h avait de magnifiques qualités, il provenait d’une famille très distinguée, était un érudit, possédait une richesse extraordinaire, …
Pourquoi n’a-t-il pas mérité d’être un responsable?

C’est parce qu’il s’est « séparé lui-même » ; il n’a pas attendu patiemment le moment où il serait appelé à diriger le peuple.

Le Rabbi de Pschischa dit qu’il a été puni mesure pour mesure.
De même qu’il a voulu prendre le pouvoir avec son temps en se révoltant contre Hachem, de même la terre l’a englouti avant que son heure de mourir « normalement » ne soit arrivée.

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+ Supplément :

Pour se rendre compte des dégâts d’une telle attitude,
-> on a au départ :
– « Kora’h était un très grand Sage et faisait partie de ceux qui portaient l’Arche » (midrach Bamidbar rabba 18,3) ;
– « [Kora’h] était le plus grand homme de sa tribu [Lévi], ses frères sont considérés comme secondaires à lui » (midrach Bamidbar rabba 18,9)
– « Aharon et Kora’h étaient égaux [en grandeur] » (midrach Bamidbar rabba 18,17)

-> On arrive à un résultat final de :
– « Kora’h a renié les aspects divins de la Création du monde » (Zohar) ;
– « Kora’h a dit que la Torah ne vient pas du Ciel, que Moché n’est pas un prophète (navi), et que Aharon n’est pas un Cohen Gadol. » (guémara Yérouchalmi Sanhédrin 10,1)
– « Kora’h a tourné en hérésie et a renié la Torah et toutes les mitsvot » (midrach haGadol)

=> Quel énorme gâchis!
Tâchons dans notre vie d’être à l’image de Moché et Aharon, de tout faire pour maximiser nos magnifiques potentiels en accord avec la Torah et non selon nos envies personnelles.
L’essentiel étant d’agrandir la présence de D. dans ce monde, et non notre égo.

3 Questions/Réponses – Paracha Kora’h

+ 4 Questions/Réponses – Paracha Kora’h :

1°/ La guémara (Yoma 75a) enseigne que la manne tombait à l’entrée de la tente des tsadikim, très loin pour les réchaïm et entre les 2 pour les autres (en fonction de leur comportement). Pourquoi est-ce que Moché n’a-t-il pas pu répondre à Kora’h en lui montrant en public que sa manne tombait très loin de sa tente?

Le Shévet Moussar citant le midrach nous enseigne que les disputes et les discordes sont des fautes si graves que durant la journée de la rébellion de Kora’h, la manne n’est pas tombée, tandis que pendant la journée du Veau d’or (à priori une faute plus grave), la manne est quand même tombée car il y avait de la paix et de l’unité entre les gens (même si c’était dans un mauvais but).

=> Ceci explique pourquoi Moché n’était pas capable de prouver le vrai niveau de Kora’h en se basant sur la manne.

Le rav Aharon Leib Steinman suggère qu’en ce jour les juifs ont mangé de la nourriture achetée à des marchands nomades passant près de leur campement.

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+ Le saviez-vous?

-> Les gens de la génération de la Dispersion (ceux qui ont participé à bâtir la Tour de Babel), se sont ensuite réincarnés dans les habitants de Sodome.
Kora’h et son assemblée étaient la réincarnation de ces personnes.
[selon Rabbénou Bé’hayé (Kora’h 16,2)]

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2°/ Fait intéressant : il y a dans cette paracha le mot ayant la guématria la plus élevée de toute la Torah.
Quel est-il? Que pouvons-nous apprendre de cela?

Le mot : תשתרר (tichtarèr – Kora’h 16,13) n’a que 5 lettres, mais possède une guématria de 1500.

Le Panéa’h Raza explique qu’après avoir échoué à influencer positivement Kora’h, Moché a approché Dathan et Aviram.
D’une manière effrontée, ils ont refusé les paroles de paix de Moché et l’ont accusé de : תשתרר (dominer), de se grandir et de dominer le peuple juif.

=> Ainsi, il convient bien au mot ayant la guématria la plus importante de faire référence à cette fausse accusation sur Moché, cherchant à se faire le plus important sur le peuple.

[lien Torah & peuple juif : les 600 000 lettres comme les 600 000 membres du peuple.
Le mot ayant la guématria la plus importante s’élève sur toute la Torah, comme Moché s’élève sur tout le peuple d’Israël]

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3°/ « Ceux qui moururent de ce fléau furent 14 700 » (Kora’h 17,14)
=> Pourquoi particulièrement ce nombre-là?

-> Kora’h arguait que l’intégralité de l’assemblée étant toute sainte, personne ne devait être au-dessus des autres. Ainsi, Kora’h s’opposait à l’élection de la tribu de Lévi, puisque toutes les tribus devaient être identiques, selon lui.
Or, cela s’opposait au testament de Yaakov qui avait demandé que tous ses enfants portent son cercueil sauf Lévi, car il sera amené à transporter l’arche sainte.
[en effet, Rachi (Vayé’hi 50,13) commente : Lévi ne portera pas [le cercueil de Yaakov], car il est destiné à porter l’Arche sainte. Yossef non plus ne portera pas, à cause de son titre de roi. A sa place se tiendront Menaché et Efraïm]

Ainsi, Yaakov avait déjà destiné Lévi au Service Divin. Et comme Kora’h s’opposa à cette volonté de Yaakov, l’épidémie qui a atteint le peuple suite à sa révolte, tua 14 700 personnes, allusion aux années de vie de Yaacov, qui vécut 147 ans (soit 100 fois plus).
[en effet : « les années de sa vie [de Yaakov], furent de 147 ans » (Vayé’hi 47,28)]
[le Messekh ‘Hokhma]

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4°/ Après que les responsables de chaque tribu aient apporté un bâton avec leur nom écrit dessus, Moché les a placé dans le Ohel Moèd du Michkan.
Le jour suivant, uniquement le bâton de Aharon (représentant la tribu de Lévi) a fleuri, « il avait produit une fleur, fait jaillir un bourgeon et des amandes avaient mûri » (v.17,23).
Quel autre miracle le bâton de Aharon a accompli?

Le Baal haTourim note que le bâton de Aharon a été placé parmi les « matotam » (leurs bâtons – v.17,21).
Ce mot est également utilisé lorsque le bâton de Aharon (transformé en serpent) a avalé les bâtons (matotam – Vaéra 7,12) des sorciers de Pharaon.

=> Ainsi, comme en Egypte, le bâton de Aharon a avalé celui des autres tribus, et pour cette raison cela a été le seul qui a fleuri.

Lorsque Moché a retiré ce seul bâton restant du Ohel Moèd, ce dernier a expulsé tous les autres bâtons.
[la spiritualité, la kédoucha (Ohel Moèd) unit (tous les bâtons sont avalés par celui du Cohen Gadol), tandis que la matérialité divise (ex: recherche des honneurs, du pouvoir, de l’argent, …).]

A ce moment dans la Torah, on peut constater que le terme « matot » (les bâtons – הַמַּטֹּת – v.17,24) est écrit sans la lettre vav, faisant allusion qu’en les retirant il n’y en avait plus qu’un seul (ו).

-> L’ordre naturel est qu’un bourgeon apparaît et ensuite les fleurs vont en sortir.
Selon le Radak, miraculeusement, Hachem a fait fleurir le bâton de Aharon d’une façon contraire à la nature afin d’augmenter la grandeur du miracle.
[l’ordre du verset le montre bien : « produit une fleur » puis « fait jaillir un bourgeon »]

-> Les bâtons étaient mis dans le Ohel Moed, et Hachem avait conscience qu’on pourrait accuser Moché de tricherie, par le fait d’avoir déjà préparé un 2e bâton tout fleuri pour Aharon, trompant alors tout le monde en l’échangeant discrètement.

Selon Rabbénou Efraïm, pour contrer cela, Hachem a fait un miracle.
Le bâton de Aharon a fleuri une première fois dans le Ohel Moed, et après que Moché l’ait pris en dehors, il a de nouveau fleuri devant le regard du peuple.
Le verset (17,23) met cela en avant : « voici qu’avait fleuri le bâton d’Aharon [dans le Ohel Moed] … il avait produit une fleur [de nouveau dehors aux yeux de tous] ».

-> Normalement lorsqu’un fruit apparaît, naturellement les fleurs et les bourgeons tombent et disparaissent.
Cependant, miraculeusement, sur le bâton d’Aharon les amandes, les fleurs et les bourgeons s’y trouvaient tous en même temps.

Selon rabbi Moché Feinstein (Darach Moché), ce miracle est venu montrer la différence entre le spirituel et le matériel.
Les bourgeons préparent le fruit et symbolisent l’effort qui permet d’obtenir le résultat, qui est le fruit.
– Dans le monde matériel, seul le résultat compte. Celui qui a investi beaucoup d’effort et a échoué n’aura aucune reconnaissance.
– Ce qui n’est pas le cas dans la Thora. L’effort de l’étude compte autant que le résultat qui est la compréhension de l’étude. Celui qui s’est donné à fond, même s’il n’a pas compris sera plus grand que celui qui a compris de suite, sans effort.
Les bourgeons et les fleurs sont aussi importants et comptent autant que le fruit.

Dans le spirituel, même quand le fruit et le résultat apparaissent, les fleurs et les bourgeons (nos efforts investis) ne tombent pas et sont encore présents.

-> Pourquoi des amandes?
Rachi (v.17,23) : Pourquoi des amandes ? Elles sont, de tous les fruits, celui qui fleurit en premier. Aussi vite vient la punition infligée à celui qui se rebelle contre la kéhouna,

Rabbi David Feinstein fait remarquer que les lettres du mot : shékédim (amandes – שקדים) peuvent être réarrangées en : kédochim (saints – קדשים).
Hachem a utilisé les amandes afin de révéler ceux qu’Il considère être particulièrement saints.

Rabbi Chimchon Raphaël Hirsch rapporte que de même que les amandiers sont les plus rapides de tous les arbres fruitiers à fleurir, de même les lévi’im ont immédiatement fait preuve de zèle pour défendre l’honneur de D. quand leurs frères ont idolâtré le Veau d’or.

Selon le Léka’h Tov, la floraison des amandes est une allusion aux malheurs qui attendent le peuple juif : tout comme les amandes mûrissent 21 jours après la floraison, une période de 3 semaines séparera la date où la brèche a été faite dans l’enceinte du Temple (le 17 Tamouz) et la date où il a été détruit (le 9 Av).

-> Ensuite, les chefs de tribus sont revenus prendre chacun son bâton (Rabbénou Bé’hayé v.17,24).
Seul celui de Aharon restera dans le Michkan, près de l’Arche d’alliance, comme souvenir et comme avertissement, symbole de la légitimité indiscutable de Aharaon et de ses descendants et leurs droits exclusifs à la prêtrise.
C’est là qu’il demeurera jusqu’à la destruction du 1er Temple, ainsi que le flacon de manne conservé pour les générations futures, l’huile d’onction et les tuniques portées par le Cohen Gadol (vêtement en lin blanc qu’il portait une seule fois à Yom Kippour, sans le réutiliser ensuite).
En effet, quelques années avant la destruction, voyant la situation politique se dégrader, le roi Yochiyahou les a cachés dans un caveau souterrain préparé par le roi Salomon dans ce but (cf. Bamidbar rabba 18,23 ; Yoma 52b ; Rambam).

Le bâton est resté miraculeusement frais et bourgeonnant durant tout ce temps (Léka’h Tov), prouvant qu’il s’agissait d’un prodige divin et non d’une sorcellerie ou d’une supercherie qui n’aurait duré que quelques heures (Sifté ‘Haïm).

Rabbénou Bé’hayé rapporte qu’il y avait 2 grappes d’amandes sur le bâton : l’une amère et l’autre douce.
Lorsque le peuple faisait des fautes et mécontentait D., les amandes amères germaient tandis que les douces se flétrissaient, indiquant le mécontentement divin, [et inversement]

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-> « son bâton fleurira » (matéou yifra’h – Kora’h 17,20)
Le Panéa’h Raza fait remarquer que ces mots : « matéou yifra’h » (מַטֵּהוּ יִפְרָח) ont la même valeur numérique que : machia’h (משיח).
En effet, la bénédiction de l’ère messianique sera d’offrir à chacun l’occasion de réaliser son potentiel, de faire jaillir toutes ses ressources intimes. Comme un jardin en fleurs, tous s’épanouiront et feront croître les fruits de leur labeur.

[on peut également dire que ce que nous plantons par l’effort dans ce monde, nous le récolterons dans la joie pour l’éternité dans le monde à venir.
Par ailleurs, avec la venue du machia’h, il ne restera plus que la Vérité, et même si le libre arbitre disparaîtra quasiment totalement, nous pourrons mettre au grand jour nos pleines capacités Divines.]

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-> Le rav David Feinstein (Kol Dodi) écrit que la guématria du mot : « shaked » (amande – שקד) est de 404. Or, le 1er Temple a duré 410 ans, mais ce nombre comprend les 6 années de construction. Ainsi, le Temple complet a tenu pendant 404 ans.