« Kora’h, fils de Yits’ar, fils de Kéhat, fils de Lévi, prit … » (Kora’h 16,1)

-> « Que prit-il?
Il a prit la vérité » [midrach Pliya 182]

Que signifie ce midrach?

Les lettres du mot אמת (vérité – émet) correspondent à : אליצפן (Elitsafan) ; מקושש (mékochéch) et תכלת (té’hélét).
C’est à partir de ces 3 sujets que Kora’h a commencé la dispute.

1°/ Elitsafan : Kora’h pensait qu’il devait être choisi comme nassi avant Elitsafan.

[Rachi : Quelle raison a-t-elle poussé Kora’h à se quereller avec Moché ?
Il a pris ombrage de la nomination d’Elitsafan fils de ‘Ouziel, que Moché avait, sur ordre divin, désigné comme prince (nassi) sur les enfants de Kéhat.

Il s’est dit : « Mon père et ses frères étaient au nombre de 4, comme il est écrit : « Et les fils de Kéhat : ‘Amram et Yits’ar et ‘Hèvron et ‘Ouziel » (Chemoth 6, 18).
Les fils de ‘Amram (Moché et Aharon), qui était l’aîné, ont recueilli 2 dignités : l’un est devenu roi et l’autre grand prêtre. Qui aurait dû obtenir la 2e place ? N’est-ce pas moi, qui suis le fils de Yits’ar, le 2e fils après ‘Amram ?
Or, c’est le fils du plus jeune des frères qu’il a désigné ! Je vais m’opposer à lui et faire invalider ce qu’il a dit!  » ]

2°/ Té’hélét : selon le midrach, Kora’h demanda si un vêtement fait entièrement de té’hélét (le bleu azur) nécessitait qu’on y mette des tsitsit.

3°/ Mékochéch : Kora’h soutenait à Moché que la mort du mékochéch (l’homme qui a profané le Shabbath – cf.fin paracha précédente v.15,32) était contraire à la loi juive.

[le Binat Névonim]

En se faisant passer pour le défenseur de la vérité, Kora’h a commencé sa quête de pouvoir en menant une attaque sur ces 3 fronts.

<———————————->

-> Qu’est-ce qui a poussé Kora’h à faire quelque chose de si stupide (se rebeller contre Moché et donc Hachem)?

Le ‘Hida (dans son ‘Hadré Béten) répond que Kora’h a placé ses yeux sur l’argent, et cela l’a poussé à se tromper si gravement.

[ « Kora’h prit » : cela fait allusion à sa soif de toujours avoir davantage, même s’il avait déjà besoin de 300 mules blanches pour porter les clés en cuir (car moins lourd que le métal) de son immense trésor (guémara Sanhérin 110a).

L’argent peut nous aveugler au point de faire ce qu’il ne faut pas faire, et ne pas faire ce qu’il nous faudrait faire!
Au final tout cette phénoménale richesse a été engloutie par la terre (avec Kora’h) sans que personne n’en profite.

De plus, tout le peuple a pris des richesses en quittant l’Egypte comme paiement pour le dur labeur de l’esclavage, à l’exception des Lévi’im qui n’avait pas travaillé.
En prenant cet énorme trésor que Yossef avait mis de côté, cela lui a été préjudiciable. ]

<———————————->

-> Le rav Shlomo Margolis (Darké haChlémout) faire remarquer qu’après la faute du Veau d’or, après la faute des explorateurs, Moché a toujours prié pour leur pardon.
Cependant pour Kora’h, non seulement il n’a pas fait cela, mais il a prié pour qu’ils n’aient pas l’opportunité de faire téchouva (midrach Tan’houma Kora’h 7).
Pourquoi cela?

Le rav Margolis répond que jusqu’à présent en révélant leurs erreurs (avec amour), il y avait une possibilité qu’ils se repentent.
Mais pour Kora’h et ses hommes c’était différent, ils portaient un tallit fait en té’hélét (bleu azur).
En observant cela, Moché a vu qu’ils ont fait de Hachem leur « partenaire » dans la rébellion en se revêtant d’un voile de sainteté et des mitsvot, et il a alors compris qu’il n’y avait aucun espoir de les convaincre de leurs erreurs. Il ne restait plus qu’à prier pour leur chute.
[au vu du ‘hilloul Hachem, du fait que le temps passant ils ajoutaient faute après faute, et risquaient de contaminer d’autres personnes]

=> « Kora’h prit » : il prit Hachem avec lui, pour s’en revêtir.
Il faut que nous fassions très attention dans notre vie à ne pas faire de même, en habillant du divin nos envies.
On se créé le Hachem que l’on veut afin de légitimer ce que l’on souhaite.

-> « L’homme doit servir D. et non pas se servir de D. »
[rav Yigal Avraham]

<———————————->

-> En remettant en question (ex: tsitsit, mézouza), Kora’h a « pris » comme arme la Torah elle-même, dont Hachem fait référence comme son : « léka’h (tov) » (son (bon) enseignement – לקח).
Ce mot (לקח) peut aussi se lire : « laka’h » (prendre).
Son erreur réside dans le fait que la Torah est d’origine divine, et qu’elle est ainsi très au-delà des capacités de réflexion humaine, qui sont elles limitées.

Les lettres du nom Kora’h (קרח) peuvent former : ‘hoker (חקר – analyser).
Sa tendance à vouloir analyser les choses qui sont au-delà de ses capacités l’a amené à sa perte.

De plus, si nous comparons la guématria de Moché (משה) qui est de 345, et celle de Kora’h (קרח) qui est de 308, nous constatons que Moché a 37 de plus que Kora’h.
Cela est équivalent au mot : évél (הבל – une absurdité, un non-sens).
Moché à la différence de Kora’h comprenait et acceptait la divinité de la Torah, ne remettant pas en cause ce qui pourrait y sembler absurde.

[Rabbi David Feinstein]

<———————————->

-> Selon la guémara (Yoma 38b), il est interdit de nommer un enfant du nom d’un récha.

Pourquoi le tsadik Yits’ar a-t-il nommé son fils Kora’h, qui est le nom d’un des enfants d’Essav (cf. Vayichla’h 36,5)?

Le ‘Hatam Sofer est d’avis que Yits’ar s’est trompé en appelant son fils suivant le racha Kora’h (fils d’Essav), et cela à contribuer à sa chute.
Ainsi, même si ses ancêtres étaient de grand tsadikim tels que Yits’ar, Kéhat et Lévi, le fait qu’il portait le nom d’un racha a fait pencher la balance et l’a mené à la faute.

=> Cela est en allusion dans le verset (16,1), qui se traduit littéralement ainsi : « [l’influence négative du nom] Kora’h a pris [le dessus sur le fait qu’il était le], fils de Yitshar fils de Kehat fils de Levi ».

<———————————->

-> La guémara (Sanhedrin 37a) enseigne que Adam a été créé seul car ainsi personne ne pourra dire à son ami qu’il lui est supérieur en raison du fait que son père est plus grand que le sien.
En effet, nous provenons tous du même père!
[…]
Il y a 3 partenaires dans la création d’une personne : Hachem, son père et sa mère.
Les parents fournissent les différentes parties du corps.
Hachem fournit la néchama, qui est habillée par le corps.

On ne doit jamais enorgueillir, car la généalogie de tous remonte à Adam.
Chaque personne se doit de travailler sur elle-même, sur sa néchama, qui lui a été donnée par Hachem, et ne pas regarder ses « habits » (ce qui est lié au corps) pour en tirer de l’honneur.

[le Noam Mégadim]

=> C’est une réponse à l’attitude de type « Kora’h » de se revêtir de son ascendance afin d’obtenir des honneurs.

Le rav Avraham Pam disait que l’ascendance d’une personne (le yi’hous), c’est comme plein de zéros.
Si on travaille sur soi afin d’intégrer les qualités qui ont fait de nos ancêtres de grandes personnes, alors on ajoute un 1 avec les zéros ensuite. C’est une grande richesse.

Dans le cas où l’exploitation de notre ascendance est purement extérieure à nous, alors nous avons plein de zéros avant le 1, et la valeur n’est pas très élevée.

<———————->

-> Le Yalkout Chimoni rapporte que Kora’h a vu par roua’h haKodech que le prophète Chmouël, qui était équivalent à Moché et à Aharon, allait être un de ses descendants.
Cette vision lui a joué un mauvais tour.
Il s’est dit que si autant de grandeur allait venir de lui, personne ne pourrait jamais l’anéantir, qu’il était intouchable!
Cependant, ce qu’il n’a pas vu c’est que ses enfants allaient faire téchouva (composant même des Téhilim!), et qu’ils ne vont pas être anéantis contrairement à lui.

-> Le Ben Ich ‘Haï (Od Yossef ‘Haï) demande à ce sujet : étant quelqu’un de très sage, comment a-t-il pu ne pas prendre en compte le fait que sa descendance pourrait faire téchouva?

Il répond que les 248 membres d’une personne vont en parallèle aux 248 mitsvot positives de la Torah.
Les yeux sont comparables à la mitsva des tsitsit (our’itèm oto).
En tournant en dérision la mitsva des tsitsit, Kora’h a entraîné la perte de sa capacité de voir, et c’est ce qui fût la cause de sa chute (puisque même ce qui est évident, il ne le voyait plus!).

-> Selon le Béer Moché, Kora’h était si perdu, qu’il pensait que la dispute qu’il avait créé était une mitsva.

<———————->

-> Sur notre verset, Rachi fait remarquer que la Torah ne remonte pas la généalogie de Kora’h jusqu’à Yaakov, car ce dernier a prié pour ne pas que son nom soit mentionné dans la révolte de Kora’h.
En quoi est-ce si important de ne pas citer le nom de Yaakov?
Hachem aime même les fauteurs, comment Yaakov peut en apparence renier totalement un de ses descendants?

En réalité, c’était une grande bonté que Yaakov a fait à Kora’h de prier pour que son nom ne soit pas mentionné dans sa révolte.

A un enfant issu d’une famille de « magouilleurs », qui va commettre un vol, on va prendre cet aspect familial comme une circonstance atténuante (vu le milieu dans lequel il a grandi, ce n’est pas étonnant).
Cependant, à un enfant issu d’une famille de tsadikim, le milieu familial va devenir une circonstance aggravante (comment a-t-il pu faire cela alors qu’il est entouré de gens de si grande valeur!).

=> Ainsi, en retirant son nom, Yaakov évite que Kora’h soit encore davantage puni, car dans sa famille directe et proche il a un Patriarche.
Bien en avance, il a tout fait pour atténuer autant que possible la potentielle punition de son descendant.

[adapté du ‘Hidouché Harim]

<———————————->

-> Rabbi Sim’ha Bounim de Pschischa note que Kora’h avait de magnifiques qualités, il provenait d’une famille très distinguée, était un érudit, possédait une richesse extraordinaire, …
Pourquoi n’a-t-il pas mérité d’être un responsable?

C’est parce qu’il s’est « séparé lui-même » ; il n’a pas attendu patiemment le moment où il serait appelé à diriger le peuple.

Le Rabbi de Pschischa dit qu’il a été puni mesure pour mesure.
De même qu’il a voulu prendre le pouvoir avec son temps en se révoltant contre Hachem, de même la terre l’a englouti avant que son heure de mourir « normalement » ne soit arrivée.

<————————————————>

+ Supplément :

Pour se rendre compte des dégâts d’une telle attitude,
-> on a au départ :
– « Kora’h était un très grand Sage et faisait partie de ceux qui portaient l’Arche » (midrach Bamidbar rabba 18,3) ;
– « [Kora’h] était le plus grand homme de sa tribu [Lévi], ses frères sont considérés comme secondaires à lui » (midrach Bamidbar rabba 18,9)
– « Aharon et Kora’h étaient égaux [en grandeur] » (midrach Bamidbar rabba 18,17)

-> On arrive à un résultat final de :
– « Kora’h a renié les aspects divins de la Création du monde » (Zohar) ;
– « Kora’h a dit que la Torah ne vient pas du Ciel, que Moché n’est pas un prophète (navi), et que Aharon n’est pas un Cohen Gadol. » (guémara Yérouchalmi Sanhédrin 10,1)
– « Kora’h a tourné en hérésie et a renié la Torah et toutes les mitsvot » (midrach haGadol)

=> Quel énorme gâchis!
Tâchons dans notre vie d’être à l’image de Moché et Aharon, de tout faire pour maximiser nos magnifiques potentiels en accord avec la Torah et non selon nos envies personnelles.
L’essentiel étant d’agrandir la présence de D. dans ce monde, et non notre égo.

3 Questions/Réponses – Paracha Kora’h

+ 3 Questions/Réponses – Paracha Kora’h :

1°/ La guémara (Yoma 75a) enseigne que la manne tombait à l’entrée de la tente des tsadikim, très loin pour les réchaïm et entre les 2 pour les autres (en fonction de leur comportement). Pourquoi est-ce que Moché n’a-t-il pas pu répondre à Kora’h en lui montrant en public que sa manne tombait très loin de sa tente?

Le Shévet Moussar citant le midrach nous enseigne que les disputes et les discordes sont des fautes si graves que durant la journée de la rébellion de Kora’h, la manne n’est pas tombée, tandis que pendant la journée du Veau d’or (à priori une faute plus grave), la manne est quand même tombée car il y avait de la paix et de l’unité entre les gens (même si c’était dans un mauvais but).

=> Ceci explique pourquoi Moché n’était pas capable de prouver le vrai niveau de Kora’h en se basant sur la manne.

Le rav Aharon Leib Steinman suggère qu’en ce jour les juifs ont mangé de la nourriture achetée à des marchands nomades passant près de leur campement.

<—————————>

2°/ Fait intéressant : il y a dans cette paracha le mot ayant la guématria la plus élevée de toute la Torah.
Quel est-il? Que pouvons-nous apprendre de cela?

Le mot : תשתרר (tichtarèr – Kora’h 16,13) n’a que 5 lettres, mais possède une guématria de 1500.

Le Panéa’h Raza explique qu’après avoir échoué à influencer positivement Kora’h, Moché a approché Dathan et Aviram.
D’une manière effrontée, ils ont refusé les paroles de paix de Moché et l’ont accusé de : תשתרר (dominer), de se grandir et de dominer le peuple juif.

=> Ainsi, il convient bien au mot ayant la guématria la plus importante de faire référence à cette fausse accusation sur Moché, cherchant à se faire le plus important sur le peuple.

[lien Torah & peuple juif : les 600 000 lettres comme les 600 000 membres du peuple.
Le mot ayant la guématria la plus importante s’élève sur toute la Torah, comme Moché s’élève sur tout le peuple d’Israël]

<—————————>

3°/ Après que les responsables de chaque tribu aient apporté un bâton avec leur nom écrit dessus, Moché les a placé dans le Ohel Moèd du Michkan.
Le jour suivant, uniquement le bâton de Aharon (représentant la tribu de Lévi) a fleuri, « il avait produit une fleur, fait jaillir un bourgeon et des amandes avaient mûri » (v.17,23).
Quel autre miracle le bâton de Aharon a accompli?

Le Baal haTourim note que le bâton de Aharon a été placé parmi les « matotam » (leurs bâtons – v.17,21).
Ce mot est également utilisé lorsque le bâton de Aharon (transformé en serpent) a avalé les bâtons (matotam – Vaéra 7,12) des sorciers de Pharaon.

=> Ainsi, comme en Egypte, le bâton de Aharon a avalé celui des autres tribus, et pour cette raison cela a été le seul qui a fleuri.

Lorsque Moché a retiré ce seul bâton restant du Ohel Moèd, ce dernier a expulsé tous les autres bâtons.
[la spiritualité, la kédoucha (Ohel Moèd) unit (tous les bâtons sont avalés par celui du Cohen Gadol), tandis que la matérialité divise (ex: recherche des honneurs, du pouvoir, de l’argent, …).]

A ce moment dans la Torah, on peut constater que le terme « matot » (les bâtons – הַמַּטֹּת – v.17,24) est écrit sans la lettre vav, faisant allusion qu’en les retirant il n’y en avait plus qu’un seul (ו).

-> L’ordre naturel est qu’un bourgeon apparaît et ensuite les fleurs vont en sortir.
Selon le Radak, miraculeusement, Hachem a fait fleurir le bâton de Aharon d’une façon contraire à la nature afin d’augmenter la grandeur du miracle.
[l’ordre du verset le montre bien : « produit une fleur » puis « fait jaillir un bourgeon »]

-> Les bâtons étaient mis dans le Ohel Moed, et Hachem avait conscience qu’on pourrait accuser Moché de tricherie, par le fait d’avoir déjà préparé un 2e bâton tout fleuri pour Aharon, trompant alors tout le monde en l’échangeant discrètement.

Selon Rabbénou Efraïm, pour contrer cela, Hachem a fait un miracle.
Le bâton de Aharon a fleuri une première fois dans le Ohel Moed, et après que Moché l’ait pris en dehors, il a de nouveau fleuri devant le regard du peuple.
Le verset (17,23) met cela en avant : « voici qu’avait fleuri le bâton d’Aharon [dans le Ohel Moed] … il avait produit une fleur [de nouveau dehors aux yeux de tous] ».

-> Normalement lorsqu’un fruit apparaît, naturellement les fleurs et les bourgeons tombent et disparaissent.
Cependant, miraculeusement, sur le bâton d’Aharon les amandes, les fleurs et les bourgeons s’y trouvaient tous en même temps.

Selon rabbi Moché Feinstein (Darach Moché), ce miracle est venu montrer la différence entre le spirituel et le matériel.
Les bourgeons préparent le fruit et symbolisent l’effort qui permet d’obtenir le résultat, qui est le fruit.
– Dans le monde matériel, seul le résultat compte. Celui qui a investi beaucoup d’effort et a échoué n’aura aucune reconnaissance.
– Ce qui n’est pas le cas dans la Thora. L’effort de l’étude compte autant que le résultat qui est la compréhension de l’étude. Celui qui s’est donné à fond, même s’il n’a pas compris sera plus grand que celui qui a compris de suite, sans effort.
Les bourgeons et les fleurs sont aussi importants et comptent autant que le fruit.

Dans le spirituel, même quand le fruit et le résultat apparaissent, les fleurs et les bourgeons (nos efforts investis) ne tombent pas et sont encore présents.

-> Pourquoi des amandes?
Rachi (v.17,23) : Pourquoi des amandes ? Elles sont, de tous les fruits, celui qui fleurit en premier. Aussi vite vient la punition infligée à celui qui se rebelle contre la kéhouna,

Rabbi David Feinstein fait remarquer que les lettres du mot : shékédim (amandes – שקדים) peuvent être réarrangées en : kédochim (saints – קדשים).
Hachem a utilisé les amandes afin de révéler ceux qu’Il considère être particulièrement saints.

Rabbi Chimchon Raphaël Hirsch rapporte que de même que les amandiers sont les plus rapides de tous les arbres fruitiers à fleurir, de même les lévi’im ont immédiatement fait preuve de zèle pour défendre l’honneur de D. quand leurs frères ont idolâtré le Veau d’or.

Selon le Léka’h Tov, la floraison des amandes est une allusion aux malheurs qui attendent le peuple juif : tout comme les amandes mûrissent 21 jours après la floraison, une période de 3 semaines séparera la date où la brèche a été faite dans l’enceinte du Temple (le 17 Tamouz) et la date où il a été détruit (le 9 Av).

-> Ensuite, les chefs de tribus sont revenus prendre chacun son bâton (Rabbénou Bé’hayé v.17,24).
Seul celui de Aharon restera dans le Michkan, près de l’Arche d’alliance, comme souvenir et comme avertissement, symbole de la légitimité indiscutable de Aharaon et de ses descendants et leurs droits exclusifs à la prêtrise.
C’est là qu’il demeurera jusqu’à la destruction du 1er Temple, ainsi que le flacon de manne conservé pour les générations futures, l’huile d’onction et les tuniques portées par le Cohen Gadol (vêtement en lin blanc qu’il portait une seule fois à Yom Kippour, sans le réutiliser ensuite).
En effet, quelques années avant la destruction, voyant la situation politique se dégrader, le roi Yochiyahou les a cachés dans un caveau souterrain préparé par le roi Salomon dans ce but (cf. Bamidbar rabba 18,23 ; Yoma 52b ; Rambam).

Le bâton est resté miraculeusement frais et bourgeonnant durant tout ce temps (Léka’h Tov), prouvant qu’il s’agissait d’un prodige divin et non d’une sorcellerie ou d’une supercherie qui n’aurait duré que quelques heures (Sifté ‘Haïm).

Rabbénou Bé’hayé rapporte qu’il y avait 2 grappes d’amandes sur le bâton : l’une amère et l’autre douce.
Lorsque le peuple faisait des fautes et mécontentait D., les amandes amères germaient tandis que les douces se flétrissaient, indiquant le mécontentement divin, [et inversement]

« Un seul homme (a’ish é’had) fauterait et Tu T’emporterais contre toute l’assemblée » (Kora’h 16,22)

Pourquoi est-il écrit : a’ish é’had (un seul homme) et pas uniquement : « un homme »?

Une des grandes différences entre le peuple juif et les autres nations réside dans l’idée d’unité.
Tous les juifs sont liés en une seule entité (que seule la matérialité divise en apparence), à l’opposé des autres nations dont chaque individu n’a pas de lien avec un autre.

Pour Israël, il est écrit : « Toutes les personnes (kol néféch) composant la lignée de Yaakov étaient au nombre de 70 âmes » (Chémot 1,5)
Le mot néfech y est au singulier : il y avait 70 personnes, mais elles ne formaient qu’une seule entité.

A l’opposé, au sujet d’Essav, il est écrit : « Essav prit ses femmes, ses fils, ses filles et tous les gens (kol nafchot) de sa maison » (Vayichla’h 36,6)
Bien qu’il y avait 6 personnes dans son foyer, le verset utilise la forme plurielle : nafchot. En effet, chacune des personnes étaient totalement indépendante les unes des autres.

Puisque tout les juifs sont considérés comme une seule néfech (âme), lorsque l’un de ses membres faute, c’est l’ensemble des juifs qui en paie les conséquences.

De même, lorsqu’un juif fait une mitsva, c’est la totalité des juifs qui se partage sa récompense.

Maintenant, nous pouvons comprendre ce que Moché a dit à Hachem : Lorsqu’un membre du peuple juif fait une faute (avéra), alors tout le peuple en souffre.
Cependant, Kora’h et ses hommes ont créé une dispute et se sont séparés du restant du peuple.

« Un seul homme (a’ish é’had) » = cette personne qui a fauté est seule, ne fait plus partie du peuple juif, et ainsi l’ensemble de la nation ne doit pas partager sa punition.

[le Ben Ich ‘Haï – Adéret Eliyahou]

<———————————–>

+ « Que chaque homme prenne son encensoir » (Kora’h 16,17)

Pourquoi est-ce que le test permettant de révéler l’erreur de Kora’h devait passer par de l’encens ?

Nos Sages disent que l’encens était composé de 11 senteurs : 10 qui avaient une bonne odeur et 1 qui sentait mauvais. Cela vient nous signifier que même un racha, s’il se joint et s’associe à la communauté, il sera accepté par le mérite de la communauté.

Or Kora’h voulait devenir le chef de la tribu de Lévi (en place d’Aharon), et pour cela il s’est séparé du reste du peuple.
[Rachi : « pour se séparer de la communauté » – 1er verset de la paracha]

Les encens qui attestent de la grande vertu de se mêler à la communauté, au point même de sauver les réchaïm, allaient à présent démontrer l’erreur de Kora’h qui voulait se dénoter et se séparer du reste de l’assemblée en voulant prendre le titre de chef.

[Rabbi Na’hman de Breslev – Likouté Halakhot]

<————————————–>

-> La guémara (Yébamot 61a) dit que le terme : adam (un homme), n’est utilisé qu’en référence au peuple juif.

Rabbi Yaakov Schechter explique qu’une raison à cela, est qu’il n’y a pas de pluriel pour ce mot (adam).
En effet, seuls les juifs peuvent atteindre ce magnifique statut d’unité.

« Ils s’assemblèrent contre Moché et contre Aharon, et leur dirent : « C’en est trop pour vous! Car toute l’assemblée, tous sont saintes et Hachem est parmi eux ; et pourquoi vous élevez-vous au-dessus de l’assemblée de Hachem? » (Kora’h 16,3)

-> « C’en est trop pour vous! » – Selon Rachi : Vous vous êtes approprié beaucoup trop d’honneurs pour vous-mêmes.

-> A ce sujet le rabbi de Kotsk enseigne :
Kora’h avait remarqué que quand il faisait son service de Lévi, de chanter dans la cour du Michkan, il ressentait une grande élévation spirituelle.
C’est pourquoi il souhaitait bénéficier également de la prêtrise pour servir aussi à l’intérieur du Michkan, car il mériterait ainsi encore plus d’élévation.
Il voulait donc prendre la fonction de Aharon.

Mais ce qu’il ne savait pas c’est que toute cette grandeur qu’il ressentait de par son service dans la cour, ne lui parvenait que grâce au mérite de Aharon qui servait à l’intérieur.

-> Kora’h était jaloux de Moché, car s’il n’était intéressé que par la volonté de Hachem, il ne se soucierait pas du fait que Moché était le responsable.
Kora’h désirait ardemment devenir le dirigeant, plutôt que de voir la volonté de D. réalisée.
[le Kédouchat Lévi]

A l’inverse, Moché dit : « Par ceci vous saurez que Hachem m’a envoyé accomplir tous ses actes, que ce n’est pas de moi-même » (v.16,28)

<————–>

-> « [Les tsitsit :] Afin que vous vous souveniez et accomplissez tous Mes commandements, et que vous soyez saints (kédochim) pour votre D. » (Chéla’h Lé’ha 15,40)

Kora’h pensait que Hachem avait dit à Moché qu’il serait le dirigeant jusqu’à ce que le peuple reçoive la mitsva des tsitsit, car tous les juifs seraient alors kédochim.
C’est son argument à Moché : « toute l’assemblée, tous sont saintes et Hachem est parmi eux ».

Depuis la réception de cette mitsva des tsitsit, tout le monde est égal en sainteté, et ainsi Moché et Aharon n’ont plus aucune supériorité sur le restant du peuple.
[le Kéhilat Yits’hak]

-> Selon Rabbi Soloveitchik, certes chaque juif a en lui une sainteté inhérente, mais dans sa volonté de flatter le peuple, Kora’h oublie de mentionner un autre aspect de la sainteté, celui qui dépend du mérite personnel de chacun : plus une personne se parfait, plus elle s’élève en sainteté.

=> Kora’h reconnait la sainteté naturelle collective et commune à tous les juifs, mais ne prenait pas en compte l’essentiel : l’individu et son mérite personnel.

« Il parla à Kora’h et à toute l’assemblée, en disant : « Au matin, Hachem fera savoir qui est à Lui et qui est le saint » (Kora’h 16,5)

-> Rachi commente : Moché leur a dit : « Hachem a fixé des limites dans Son monde. Ce n’est que si vous êtes capables de transformer le matin en soir que vous pourrez abroger le statut de Aharon. »

Pourquoi est-ce que Moché utilise-t-il spécialement les limitations du jour et de la nuit?

-> Le Sfat Emet cite le Zohar (3,176) sur cette paracha disant : « Kora’h s’est battu contre la paix et le Shabbath » (Kora’h ‘halak al shalom).
Qu’est-ce que cela signifie?
On comprend que sa rébellion va à l’encontre de la paix, mais en quoi a-t-il combattu le Shabbath?

-> Le Séfer Gvoul Binyamin (cité dans le Otsar haTéfillot) explique pourquoi Shabbath est appelé : ‘hemdat yamim, comme nous le disons dans la prière de Shabbath : ‘hemdat yamim oto karata (le jour désiré, Tu l’as nommé).

A l’origine, Hachem a créé une semaine avec 6 jours, dont chacun avait une durée de 28 heures (faisant une semaine à 168 heures).
Ces 6 jours sont allés voir Hachem et Lui ont dit : « Nous ne pouvons pas être tous égaux, nous avons besoin d’un chef, un jour vers lequel se tourner ».

Hachem a demandé à chacun de ces jours de donner 4 heures afin de créer un 7e jour.
Ainsi, les 6 autres jours ont tous permis équitablement de créer le jour du Shabbath, qui est devenu leur chef.

Ceci est le sens de : « le jour désiré » (‘hemdat yamim), puisque c’est un jour désiré par tous les autres jours.

=> Le Shabbath représente l’idée qu’il doit y avoir une hiérarchie, que nous ne pouvons pas tous être égaux, car sinon il n’y a pas de véritable paix.

[Rabbi ‘Hanina dit : « Prie pour la paix du gouvernement, car si on ne le craignait pas, les hommes s’entre-dévoreraient vivants. » (Pirké Avot 3,2)]

Et c’est spécialement ce contre quoi s’opposait Kora’h : « Toute l’assemblée, tous sont saints et Hachem est parmi eux ; et pourquoi vous élevez-vous au-dessus de l’assemblée de Hachem? » (Kora’h 16,3).
Pour Kora’h tout le monde est saint, et il n’y a pas de nécessité d’un responsable.

=> On comprend l’analogie de Moché de l’impossibilité « de transformer le matin en soir ».

Selon Kora’h pour une vrai égalité, le jour du Shabbath doit disparaître, et nous devons revenir à une semaine de 6 jours de 28 heures, en place des 24h actuelles, avec le rythme jour-nuit sur cette nouvelle base.
On aurait alors en quelques jours une modification totale, et ce qui aurait été le jour sera la nuit, et inversement.

Moché dit à Kora’h que de même que l’on ne peut pas changer le calendrier des jours et des semaines, nous ne pouvons pas changer Moché et Aharon de leur position de responsables, car cela enlèverait la paix entre les gens.

« Datan et Aviram s’avançaient fièrement à l’entrée de leurs tentes avec leurs femmes, leurs fils et leurs jeunes enfants » (Kora’h 16,27)

-> Rachi de commenter (en rapportant le midrach Tan’houma) :
« Viens voir combien la discorde est dévastatrice, car le tribunal terrestre ne sanctionne qu’à partir de l’âge de 13 ans (après les signes de puberté) et le Tribunal céleste ne sanctionne que ceux qui ont dépassé 20 ans, mais ici périrent même les nourrissons qui tétaient leurs mères »

Si les adultes ont fauté, pourquoi ces bébés innocents ont-ils subi ce châtiment?

-> « De peur qu’il n’existe en vous de racine qui développerait des fruits empoisonnés et amers » (Ki Tavo 29,17) ;

Le Ramban de commenter : « Les racines du mal implantées chez le père se développent et, dans le futur, feront sortir de mauvais fruits, amers …, car le père enracine et le fils conserve ces racines et les développe. »

-> Rabbi ‘Haïm Chmouévitch (Si’ha 86) de développer cela :
Du fait que Datan et Aviram sont des querelleurs, leurs enfants après eux seront également des querelleurs et leur esprit de discorde sera encore supérieur à celui manifesté par leurs pères, car les racines du mal se développent chez les enfants.

C’est pourquoi, ces nourrissons ont également été engloutis : il est préférable qu’ils meurent innocents en bas âge que de mourir coupable à l’âge adulte.
Il est écrit (à propos du fils rebelle) : « Qu’il meure innocent plutôt que coupable » (guémara Sanhédrin 107a).

On peut retenir :
-> « Viens voir combien la discorde est dévastatrice » ;
-> nous transmettons à nos enfants plus qu’un patrimoine génétique, car nos « gènes spirituels » passent aussi à nos enfants.
C’est ainsi, que si l’on veut des enfants tsadikim, il faut commencer par y tendre soi-même.

<————————————————–>

+ La discorde :

-> « Le Shalom est tellement important que même si un groupe de juifs servent les idoles et que la paix règne parmi eux, le Satan ne peut pas les atteindre, comme il est dit : ‘Ephraïm est attaché aux idoles, qu’on le laisse!’ (Ochéa 4,17).
Par contre, s’ils sont en discorde, qu’est-il dit à leur sujet? ‘Leur cœur est partagé, ils en portent la faute maintenant’ (Ochéa 10,2).
Ainsi, le Shalom est grand et la discorde est détestée. »
[Yalkout Chimoni – Nasso 611]

-> « La génération du roi David était composée d’hommes justes. Mais, du fait qu’il y avait parmi eux des délateurs, ils sortaient en guerre et tombaient.
[…]
Par contre, les gens de la génération du roi A’hav, plongés dans l’idolâtrie, descendaient en guerre et étaient vainqueurs par le fait qu’il n’y avait pas de délateurs parmi eux »
[guémara Yérouchalmi – Péa 1,1]

-> « Deux personnes se querellaient chaque veille de Shabbath, excitées par le Satan.
Rabbi Méïr s’est invité chez eux 3 veilles de Shabbath consécutives jusqu’à rétablir la paix.
Rabbi Méïr entendit alors le Satan qui disait : ‘Malheur à moi, car Méïr m’a chassé de ma maison!’  »
[guémara Guittin 52a]

-> « Vous n’allumerez pas de feu dans vos demeures le jour de Shabbath » (Vayakel 35,3)
Le Zohar commente qu’il nous est également interdit d’attiser le feu de la dispute, car le Shabbath est un jour incompatible avec les discordes (on dit pas : Shabbath Shalom, pour rien!).

C’est pourquoi le yétser ara utilise tous les moyens pour troubler notre sérénité la veille et le jour du Sabbath (ex: on relâche la pression/fatigue de la semaine, l’arrivée précipitée du Shabbath, plus de temps pour parler et dire du lachon ara, …).

<——————->

-> « Du fait que le peuple d’Israël a détesté la querelle et aimé le Shalom, ils ont constitué un campement unitaire, c’était le moment propice pour que Je leur donne Ma Torah »
[Talmud Déré’h Erets Zouta – 11]

-> « Lorsque Israël est uni dans la fraternité et l’amitié, alors Hachem est roi sur le peuple d’Israël.
Par contre, au moment où le peuple et ses dirigeants sont divisés, la présence divine se retire et, si l’on peut dire, Hachem n’est plus roi sur son peuple »
[Baalé haTossefot – sur Dévarim 33,5]

-> « Que D. bénisse son peuple dans le Shalom! » (roi David – Téhilim 28,11)

-> « Grand est le Shalom, au point que toute la Torah n’a été donnée que pour qu’il y est le Shalom dans le monde » [Rambam – Hilkhot Méguila 4,14]

-> Le rav Yaakov Greenwald explique qu’il y a 3 types de Shalom : avec soi-même (qui n’est possible qu’à partir du moment où l’on est toujours satisfait de ce que l’on a car provenant de D. ; il faut se focaliser sur ce que l’on a plutôt que sur ce que l’où voudrait avoir ou bien sur ce que l’on aurait pu perdre qui restera toujours minime devant tout ce qui nous reste : la vie!), avec autrui, et avec Hachem.

<————————————————->

+ Lorsque la controverse est utile :

-> « Toute divergence (ou discorde) dont les motifs sont purs (léchem chamayim) finira par se maintenir (la finalité étant constructive, elle aboutira à une clarification de la vérité) ; celle dont les motifs sont impurs ou égoïstes finira par avorter.
Quel est l’exemple de divergence avec motifs purs? C’était celle de Hillel et Chamaï.
Quel est l’exemple de divergence avec motifs impurs? C’était la dispute de Kora’h et de son assemblée. »
[Pirké Avot 5,17]

-> L’exemple de Kora’h :
« Moché a voulu discuter avec Kora’h pour l’apaiser, mais Kora’h ne lui répondait pas le moindre mot, car il avait mis son intelligence au service du mal.
Kora’h se dit : ‘Si je lui réponds, je sais qu’il est un grand sage et qu’il va me vaincre dans cette discussion et je devrai accepter ses paroles contre mon gré. Il est donc préférable de l’ignorer.’  »
[Yalkout Chimoni – Kora’h 750]

Rabbi Yonathan Eybeschutz demande : pourquoi est-il écrit : « C’était la dispute de Kora’h et de son assemblée »? N’était-elle pas entre Moché et Kora’h?
Il répond qu’on apprend de là qu’il n’y avait aucune dispute avec Moché, qui au contraire faisait tout son possible pour apaiser cette querelle.
[Rachi (Kora’h 16,12) citant la guémara (Sanhedrin 110a) : « D’où l’on apprend que l’on ne doit pas s’obstiner dans une querelle, puisque Moché insistait auprès d’eux afin de les calmer par des paroles conciliantes. »]
C’était au niveau de Kora’h et de son assemblée que se situait la dispute : chacun combattant pour avoir un maximum de pouvoir et de force.

-> L’exemple d’Hillel et de Chamaï :
« Pourquoi Hillel a-t-il mérité que la loi soit fixée (en général) d’après son opinion?
C’est parce que ses disciples enseignaient les paroles de l’école de (leur maître) Hillel et aussi celle de l’école de Chamaï. Mieux encore, ils citaient les paroles de Bet Chamaï avant les leurs »
[guémara Erouvin 13b]

Ainsi, le « léchem chamayim » se caractérise par l’écoute des arguments de l’autre et à les accepter s’ils sont convaincants, et ainsi qu’à ne s’opposer à l’autre que parce qu’il pense que sa propre opinion traduit la vérité.

<—————>

-> « Celui qui s’oppose à son prochain, non pas avec une intention de le contredire, mais avec la seule volonté de connaître la vérité, ses paroles se maintiendront et ne cesseront pas (d’exister). »
[Ramban – Pirouch haMichnaïot – Pirké Avot 5,17]

<—————>

-> « Même un père et son fils, même un maître et son élève, deviennent des ‘ennemis’ lorsqu’ils discutent de la Torah à la même porte.
Mais ils ne quittent les lieux (où ils étudient) que lorsqu’ils redeviennent des amis. »
[guémara Kidouchin 30b]

Rachi commente : « ils deviennent des ennemis », par :
« Du fait qu’ils s’opposent l’un à l’autre et aucun d’entre eux n’accepte (au début de leur discussion) les arguments de l’autre. »

Le Méiri d’expliquer : « Leur controverse n’avait pas pour intention de vaincre l’autre (sur le plan des idées), mais les deux avaient pour intention d’aboutir à la vérité. »

<—————>

-> On peut citer l’exemple de Rabbi Yo’hanan qui regretta fortement la mort de son beau-frère et compagnon d’étude Rech Lakich. Il dit ainsi :
« Lorsque j’avançais une affirmation, Rech Lakich me faisait 24 objections auxquelles je devais fournir 24 réponses et nos échanges étaient fructueux (notre étude était profitable). »
[guémara Baba Métsia 84a]

Une étude est féconde, lorsqu’elle provient d’opinions divergentes et de discussions qui débouchent sur la vérité.
Elle conduit également à lier fortement ses participants (tous unis par la recherche du véritable émet).

-> b »h, Tâchons de veiller à ce que nos discordes soient toujours « pures », dans un but véritable de « léchem chamayim ».
C’est alors que chaque personne peut amener sa contribution personnelle, à une démarche collective unique de dévoilement du émet.

« Kora’h, fils de Yitshar, fils de Kéhat, fils de Lévi, prit … » (Kora’h 16,1)

-> « Kora’h était un très grand Sage et faisait partie de ceux qui portaient l’Arche »
[midrach Bamidbar rabba 18,3]

-> « [Kora’h] était le plus grand homme de sa tribu [Lévi], ses frères sont considérés comme secondaires à lui »
[midrach Bamidbar rabba 18,9]

-> « Aharon et Kora’h étaient égaux [en grandeur] »
[midrach Bamidbar rabba 18,17]

=> Comment est-ce possible qu’il soit tombé si bas au point de se rebeller contre D. et Ses Cohanim et de nier les principes de la foi?
D’ailleurs, la guémara (Yérouchalmi Sanhédrin 10,1) qualifie Kora’h de renégat et rapporte : « A ce moment là, Kora’h dit : La Torah n’est pas d’origine divine, Moché n’est pas prophète et Aharon n’est pas Cohen ».

=> Dans quel domaine a-t-il échoué pour tout perdre?

Kora’h était égal à Aharon, mais il n’a pas admis le fait qu’il n’ait pas été choisi pour la prêtrise (Cohen Gadol).
Dès que Kora’h s’est senti en position d’infériorité par rapport à Aharon, il ne pouvait plus trouver de satisfaction dans quoi que ce soit.
Cela l’a poussé à réhausser son honneur et sa fonction au-dessus de ceux d’Aharon à tout prix, désir qui l’a finalement conduit à l’hérésie et à la rébellion contre D.

=> Tout ce qui lui manquait, c’était une mesure d’humilité.

Quant à Aharon, il avait atteint la perfection dans l’attribut de l’humilité.
Il s’est par exemple réjoui intérieurement lorsque son jeune frère (Moché) est venu diriger le peuple juif.

Par ailleurs, après avoir écouté les paroles de Kora’h, il est écrit : « Moché entendit et tomba sur sa face » (Bamidbar 16,4).
Le Ramban de commenter : « il n’est pas dit ‘ils tombèrent’ car Aharon dans son raffinement et sa sainteté, ne réagit absolument pas pendant toute cette querelle. Il a gardé le silence, comme s’il reconnait que Kora’h était plus grand que lui, mais qu’il avait simplement suivi l’ordre de Moché et accompli le décret du roi ».

<—————->

-> « Si une personne s’abaisse, D. l’élève ; et si une personne s’élève, D. l’abaisse. Si un homme poursuit les honneurs, les honneurs le fuient, mais si un homme fuit les honneurs, les honneurs le poursuivront. »
[guémara Erouvin 13b]

-> « Dans Sa colère, Hachem abaisse les arrogants et selon Sa volonté, Il élève ceux qui sont abaissés.
Ainsi, abaisse-toi et D. t’élèvera »
[Iguéret haRamban]

-> Lorsque Kayin a vu que D. avait accepté l’offrande de Hével, il n’a pas pu supporter d’admettre la supériorité de son frère, car elle faisait ressortir son échec.
Il a tué son jeune frère uniquement parce qu’il ne pouvait pas admettre qu’il était inférieur à lui.

Le Ramban commente les paroles de D. à Kayin (Béréchit 4,7) en disant que s’il s’était amélioré et avait dominé sa jalousie envers son frère, D. l’aurait élevé à un niveau où il aurait eu plus d’honneurs que Hével.

=> Le meilleur moyen de se priver d’honneurs, c’est d’y porter son attention …
[en cherchant à en avoir, ou en cherchant à ne pas en avoir!]

N’oublions pas que chaque honneur dans ce monde ne vient qu’après un décret de D.
Pourquoi alors s’en préoccuper : si D. pense que c’est bien pour moi j’en aurai, sinon j’ai beau faire tous les efforts du monde, je n’en aurai pas.

Tâchons plutôt (b »h) d’investir notre temps et nos forces à apprécier la chance que l’on a d’être en vie, toutes les bonnes choses dont D. nous comble.