« Donner, tu lui donneras … » (Réé 15,10)

Le Yalkout Chimoni (Michlé 31) fait remarquer que dans notre paracha la Torah double les mots :
-> « Ouvrir, tu lui ouvriras ta main » (Patoa’h tiphta’h – Réé 15,8)
-> « Donner, tu lui donneras » (Naton titen – Réé 15,10).

Pourquoi ces répétitions?

Une personne peut rencontrer une grande lutte interne au moment de donner de la tsédaka, en se disant rationnellement : « J’ai travaillé très dur pour cet argent, pourquoi devrais-je le donner à d’autres? »

Par ces répétitions, la Torah nous suggère une méthode facilitant la réalisation de cette mitsva.
En donnant de façon très répétée, on en devient habitué (selon le principe du Ram’hal : un acte extérieur conduit à impacter notre intériorité), et cela pourra même devenir un plaisir d’employer au mieux ses ressources.

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-> Rachi commente notre verset par : « Il faut lui donner et lui donner » même 100 fois.

-> Le Rambam (sur le Pirké Avot 3,15) nous enseigne : « Un homme n’acquiert pas des qualités par la grandeur de ses actions, mais par leur nombre ».

-> Le ‘Hafets ‘Haïm de nous dire :
Il apparaît qu’il est préférable de partager 100 dinars entre 100 pauvres plutôt que de les donner à un seul car on s’habitue de la sorte à lutter 100 fois contre le mauvais penchant et on le domine plus facilement.

De plus, le don devient, par habitude, une seconde nature.
On peut percevoir cette idée dans le Téhilim (112,9) : « (Pusiqu’) il distribue (son argent) en le donnant à de (nombreux) pauvres, (il est assuré que) sa charité subsistera à jamais », car l’habitude devient une seconde nature.

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-> Le Alchikh nous dit que cette redondance (donner, tu donneras) vient suggérer : D. te « donne » pour que tu puisses à ton tour « donner » à ceux qui sont dans le besoin.

-> Le ‘Hida explique, au nom de Aboudraham, que si nous ne récitons pas de bénédiction avant d’accomplir la mitsva de la tsédaka, c’est parce qu’on ne peut jamais être certain que l’indigent acceptera notre aumône (peut-être par honte), la bénédiction risque d’avoir été prononcée en vain.

-> On peut se demander, pourquoi la Torah nous demande d’ouvrir notre main, sachant qu’en général elle est vide, en place d’ouvrir : « nos trésors » (ou notre compte bancaire!).

Nos Sages de dire que lorsque les doigts sont fermés dans la paume de la main, ils semblent tous avoir la même taille.
En ouvrant totalement la main, on se rend compte, cependant, que les doigts ont des tailles différentes.

En nous demandant d’ouvrir notre main, la Torah nous envoie le message que de même que tes doigts ont chacun une taille différente, de même, toutes les causes de charité ne sont pas les mêmes.
=> Mesure et évalue l’importance et l’utilité de chacune des causes et des institutions, et soutiens-les en conséquent.

A mon humble avis, on peut rajouter :
-> On ne peut pas mettre beaucoup de choses dans une main, ainsi, cela renvoie peut être à ce qu’on a vu précédemment : il vaut mieux donner plusieurs fois de petites portions, plutôt que tout d’un coup.

-> Lorsque l’on ouvre la main totalement, c’est souvent pour saluer, dire bonjour à quelqu’un.
De même, la Torah nous demande d’humaniser, de personnaliser notre acte de charité, en se mettant à la place de la personne qui est en face de nous, en lui donnant en plus de l’argent, des paroles qui vont lui remonter le moral et l’encourager.

En hébreu, le mot pour main est : « yad » (יד) et a une valeur numérique de 14.
En tendant la main à autrui, j’arrive à 2 yad = 2*14=28, qui est la valeur du mot : koa’h : la force (כח).
Par la main, que je tends à autrui, je l’aide à se relever matériellement et psychologiquement.

Nos Sages nous enseignent :  » 6 bénédictions récompensent celui qui donne un sou à un pauvre, 11 bénédictions récompensent celui qui le rassure et l’encourage par des paroles, et 17 à celui qui fait les deux » (guémara Baba Batra 9b)

-> La main renvoie à souhaiter au nécessiteux : bientôt, ce sera toi qui donnera à autrui (garde espoir, tu vas t’en sortir, tu es quelqu’un de bien, tu comptes à mes yeux …).

-> La main (on serre des mains pour valider un contrat) renvoie au fait qu’il faut chercher à inciter autrui à donner à la charité.
(de façon latente, c’est : top-là, dans ma main que tu vas donner à cette institution/cause !).

Nos Sages de dire : « Celui qui incite les autres à donner aux pauvres a encore plus de mérite que celui qui fait la charité » (guémara Baba Batra 9a)

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+ « [Tu] ne fermeras pas ta main à ton frère nécessiteux » (Réé 15,7 – לֹא תִקְפֹּץ אֶת-יָדְךָ, מֵאָחִיךָ הָאֶבְיוֹן )

Le rav Israël de Rizhin nous enseigne :
Les 1eres lettres de ces mots sont : lamed, tav, youd, mém et hé, et permettent de former le mot : Téhilim (תהילים).
Le fait de réciter des Téhilim pour une personne pauvre est bien, mais ce n’est pas assez, il faut également ouvrir sa main et lui donner de la subsistance matérielle.

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« Donner tu lui donneras (au pauvre), et que ton cœur ne soit pas mauvais quand tu lui donneras » (Réé 15,10)

Cela signifie qu’il ne faut pas donner la Tsedaka avec un cœur mauvais, c’est-à-dire qu’il faut donner avec joie et non avec peine.
=> On peut s’interroger : comment peut-on demander de ne pas donner avec peine. Si quelqu’un a du mal à ouvrir sa main pour donner, il est normal qu’il en ressente de la difficulté et qu’il peinera à donner. Comment comprendre alors cette injonction de la Torah de ne pas donner avec peine, ce qui va à l’encontre de la nature?

-> Le Kli ‘Hemda donne la réponse suivante.
Si quelqu’un a du mal à accomplir une certaine action, le fait de se forcer à répéter cet acte à de multiples reprises aidera à le rendre plus facile. En effet, au début ce sera certes difficile, mais à force de répétitions, on finira par acquérir une habitude, qui deviendra comme une seconde nature.
[le Ram’hal explique qu’un acte extérieur impacte notre intériorité. Par exemple, en se forçant à être heureux, on développe de la joie en nous. A plus forte raison, en agissant de manière répétée, cela s’enracine profondément dans notre nature.]

C’est ainsi que cette action qui était au démarrage difficile, finira par devenir même naturelle.
Il en est de même pour la tsédaka. Si une personne ressent des difficultés à donner et que cela s’oppose à sa nature, le conseil que la Torah lui donne est de répéter des actes de charité à de multiples reprises, jusqu’à ce que cela devienne plus facile.
C’est ce que dit le verset : « Donner tu lui donneras » = cette redondance du verbe « donner », employée par la Torah, vient suggérer que l’homme doit donner à plusieurs reprises, même si cela représente pour lui un grand effort et un sacrifice important.
Et ensuite : « ton cœur ne sera pas mauvais quand tu lui donneras » = le sentiment négatif de difficulté s’atténuera et finira par s’en aller.
=> Ainsi, la Torah vient ici proposer un conseil pour faire disparaître le sentiment négatif lié au fait de donner : « donner tu donneras ».

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-> Rabbi Ména’hem Mendel de Rimanov enseigne que parfois, on peut avoir tendance à donner de la tsédaka par pitié.
Quand on voit un indigent dans le besoin, on peut ressentir de la peine pour lui, et lui donner du fait de ce sentiment négatif.
Cependant, tel n’est pas le plus haut niveau de la mitsva. En effet, l’idéal est de donner pour accomplir la Volonté Divine de la tsédaka, et non pas de
donner par pitié.
C’est pourquoi, si on ressent de la pitié pour le pauvre, alors après lui avoir donné et s’être ainsi libéré du sentiment de pitié, il convient ensuite de lui redonner une seconde fois, cette fois-ci pour la mitsva et pas par pitié.

Cela est en allusion dans notre verset : « Donner tu lui donneras » = la répétition du verbe « donner » vient suggérer qu’il convient de donner à deux reprises : la première, pour se libérer du sentiment négatif de pitié, de sorte que la deuxième fois, on donnera pour accomplir la Volonté Divine.
=> Ainsi, « donner tu lui donneras », à deux reprises, de sorte que « ton cœur ne soit pas mauvais », pris d’un sentiment négatif telle que la pitié « quand tu lui donneras ». En effet, ce sentiment négatif aura été évacué après le 1er don. Dès lors, au moment du 2e don, le cœur ne sera plus sous l’effet du sentiment négatif et le don pourra être pleinement dirigé pour la mitsva.

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-> Le rav David Pardo explique qu’il arrive que l’on se justifie auprès du nécessiteux que l’on ne puisse pas lui donner avec largesse, parce qu’on traverse soi-même des moments difficiles et que l’on est dans la peine et la difficulté.
[certes le pauvre n’est pas dans une bonne situation, mais moi aussi je ne vais pas bien en ce moment, on est ainsi un peu dans un état similaire, pourquoi alors lui donner pleinement de la tsédaka! C’est difficile la vie pour tout le monde!!]

La Torah demande à l’homme de donner selon ses moyens. Il ne faut pas trouver des prétextes pour ne pas donner correctement en invoquant le fait que l’on traverse des difficultés.
« Donner tu lui donneras, et que ton cœur ne soit pas mauvais quand tu lui donneras » = c’est-à-dire n’invoque pas le fait que ton cœur est mauvais et peiné parce que tu traverses des difficultés, pour te dispenser de donner avec largesse, compte tenu de ta situation difficile.

=> Ainsi, cette explication propose une autre interprétation du fait que le cœur ne soit pas mauvais. Il ne s’agit pas de la difficulté à donner, mais des difficultés de la vie qui rendent plus difficile le fait de donner et qui ne doivent pas servir de prétextes à ne pas donner selon ses réels moyens.

[lorsque l’on traverse des moments difficiles notre tête est remplie de problèmes, et on peut en venir à oublier de se mettre à la place de notre prochain pauvre, pour pleinement ressentir/compatir à sa situation.
Ce qui ne va pas doit rester en nous, et autrui ne doit pas en payer le prix, car il n’a rien à voir la dedans.
Que ça aille ou pas dans notre vie, jamais nous devons être aveugle aux besoins de notre prochain juif (lui donner de la tsédaka, un sourire, des compliments, …)]

À propos kol26
rak kol26. Tous unique, tous unis!

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  1. Ping: Aux délices de la Torah

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