« N’accepte pas de rapport mensonger » (Michpatim 23,1)

-> Selon Rachi, ce verset constitue l’avertissement, adressé au juge, de ne pas recueillir la déposition d’un plaignant en l’absence de son adversaire.

-> Selon le Rambam (Séfer haMitsvot – lo taassé 281) :
« La Torah met en garde le juge de n’entendre les arguments d’aucun plaignant tant que son adversaire ne s’est pas présenté … pour éviter que ne se dessine dans son cœur une image des faits injuste et erronée. »

-> « Qui parle le premier dans un jugement a raison ; viendra la partie adverse, on approfondira ses arguments » (Michlé 18,17)
Le Ralbag de commenter : « Ce verset signifie qu’aux yeux du juge, le premier venu est considéré comme étant dans son bon droit, car il tiendra ses déclarations pour vraies.
Et lorsque le second surviendra et avancera des propos contraires, il n’acceptera d’y croire qu’après une minutieuse enquête.
C’est pourquoi la Torah interdit au juge de recueillir la déposition d’un plaignant avant que son adversaire se présente. »

-> « Que désigne-t-on comme un « fourbe rusé »?
Rabbi Yo’hanan dit : Celui qui expose son point de vue au juge avant que son adversaire se présente »
[guémara Sota 21b]

Rachi explique : « Parce que lorsque le bon droit de ce plaignant prend racine dans le cœur du juge, il devient difficile de l’en déloger.
C’est en cela que consiste la ruse de cet homme. »

-> Le Rav ‘Haïm Chmoulévitch note que la Torah connaît la nature de tout être humain.
Un juge (même si c’est un grand sage!), a beau savoir qu’un autre plaignant viendra ensuite contredire les propos du premier, la version du second n’aura jamais le même poids que celle du premier.
En effet les premières paroles entendues seront désormais imprimées dans son cœur, et le jugement sera obligatoirement faussé!

<————————>

« Éloigne-toi de la parole mensongère » (Michpatim 23,7)

-> « D’où savons-nous que si 2 hommes se présentent au Bet Din, l’un vêtu de haillons et le second d’une tunique d’une valeur de 100 pièces, on dit au second de s’habiller comme le premier pour éviter aux juges de corrompre leur verdict?

Du verset qui dit : « Éloigne-toi de paroles mensongères ».  »
[guémara Chvou’ot 31a]

-> « A tout moment, le juge doit considérer qu’une épée est plantée entre ses jambes et que l’enfer est ouvert sous ses pieds »
[guémara Yébamot 109]

Normalement, le souci premier de tout juge est de prononcer un verdict droit, juste et impartial.

=> Nous pouvons réaliser l’immense pouvoir de nos yeux sur notre conscience.
En effet, selon la Torah, même le plus saint et le plus sage des juges, ne peut s’empêcher d’obéir aux sollicitations de ses yeux (ex: en voyant un plaignant magnifiquement vêtu et un autre au look misérable), et réciproquement, dès l’instant où une image s’efface de sa vue, il reprend aussitôt ses esprits.

[d’où la nécessité que les 2 parties soient habillées de la même façon]

<———->

-> b’h, également à propos du mensonge : https://todahm.com/2019/02/14/8339

<————————>

« N’accepte pas de présent corrupteur, car la corruption trouble la vue des clairvoyants et fausse la parole des justes » (Michpatim 23,8)

-> « Pour quelle raison les pots-de-vin sont-ils interdits?

Parce que dès qu’un homme en reçoit, son esprit se rapproche de celui de son bienfaiteur et le considère comme coupable.
Que signifie le mot « cho’had » (pot-de-vin)?

« Chéou ‘had » (il n’est qu’un).  »
[guémara Kétouvot 105a]

-> Selon le Slaba de Slabodka (Ohr haTsafoun), lorsqu’un homme reçoit une gratification quelconque, il s’attache tellement à son bienfaiteur que : « le donneur et le bénéficiaire s’unissent en un seul cœur! » (Rachi sur la guémara précédente).

Inconsciemment, le bénéficiaire perd toute lucidité et son esprit ne peut désormais plus condamner le donateur, ses décisions deviennent totalement partiales.

-> La Torah connaît en profondeur la nature humaine, et cela s’applique même aux personnes les plus élevées.
On peut citer :

1°/ Selon Rachi (sur ce verset 23,8) : « Même un sage en Torah, s’il prend un présent corrupteur, son esprit finira par sombrer dans la confusion »

2°/ Selon le Rambam (Hilkhot Mélakhim), quiconque accède au trône est reconnu comme un homme d’une moralité irréprochable.
Mais la Halakha établit qu’on ne peut « demander à un roi de statuer sur l’embolisme » [qui consiste à ajouter un second mois d’Adar à l’année courante], et ceci, ajoute la guémara (Sanhédrin 18) : « à cause des pensions militaires ».

Selon Rachi : « comme le roi distribue une certaine somme d’argent à ses armées par an, il est donc intéressé à ce qu’elles soient toutes embolismiques [afin que ses hommes le servent un mois supplémentaire pour le même prix] ».

=> Ainsi, même l’un des plus grands justes du peuple juif est susceptible d’être influencé par des calculs pécuniaires.

3°/ Pour être nommé Cohen Gadol, il fallait avoir le roua’h haKodech. [guémara Yoma 73b]
De plus, le Cohen Gadol ne devait pas se lever devant le roi, alors qu’inversement, ce dernier était tenu de se lever devant lui.

Pourtant, ce très haut personnage ne pouvait également pas décider en matière d’embolisme.
Pourquoi?

La guémara (Sanhédrin 18b) répond : « Le froid ».
En effet : « De crainte qu’il n’ait intérêt à ne pas déclarer l’année embolismique, pour éviter que le mois de Tichri ne tombe pendant la saison froide, attendu qu’il devait à 5 reprises se tremper dans un mikvé pendant Yom Kippour » (le Rambam – Hilkhot Kidouch ha’Hodech).

=> Ainsi, même si en Israël, au mois de ‘Hechvan (environ novembre), il ne fait pas si froid ; et qu’on pouvait ajouter de l’eau chaude au mikvé du Temple, le Cohen Gadol pouvait quand même inconsciemment être enclin à juger l’année embolisme de manière erronée.

<—————————————–>

+ Conclusion & implication dans notre vie :

-> On a vu que tout juge doit :

1°/ Ne pas recueillir la déposition d’un plaignant en l’absence de son adversaire ; [v.23,1]

2°/ Avoir les 2 parties habillées de façon identique ; [v.23,7]

3°/ Ne recevoir aucune gratification de la part d’une des parties. [v.23,8]

-> Le rav Israël Salanter (Iguéret haMoussar) disait qu’à chaque instant, nous sommes les juges de notre propre vie.

Toutes les idées et les moindres pensées, les actes et leurs intentions, tout transite inévitablement par le jugement et l’appréciation de la conscience.
Naïvement, les hommes suivent aveuglément « l’opinion » vers laquelle les dirigent leurs innombrables partis-pris (plus ou moins consciemment), sans prendre conscience du piège grand ouvert sous leurs pieds.

-> Ainsi, dans une démarche de sincérité et d’objectivité, par exemple :

1°/ il ne faut pas laisser son yétser ara venir donner seul ses arguments.

A certains moments, on perd le contrôle et le yétser ara prend seul les commandes, souhaitant nous inciter à la faute.
Il faut lui dire qu’en tant que juge, je me dois d’attendre le retour de mon yétser atov, afin de pouvoir arbitrer (yétser ara : patiente donc un peu!).

On doit avoir une attitude pleine d’humilité où l’on ne se refuse pas d’entendre les arguments des autres parties, afin de ne pas s’empêcher de découvrir ses erreurs (sinon on risque de devenir têtu, préférant penser avoir toujours raison, quitte à rester dans le mal).

<———->

2°/ Le yétser ara est spécialisé pour vendre du rêve, pour nous vendre la faute comme une mitsva, comme une affaire indispensable.
Il faut veiller à ce que nos 2 penchants soient « habillés » pareils : « Qu’est-ce que je gagne? Qu’est ce que je perds? » ; « Qu’est-ce qu’en pense Hachem? ».

Nous devons également ne jamais juger quiconque en fonction de son apparence ou de sa condition sociale, mais uniquement en fonction de ses véritables valeurs.

La guémara (Béra’hot 5) préconise : « Que l’homme excite continuellement son bon penchant contre son mauvais penchant. »

En s’appuyant sur la suite de la guémara, nous pouvons poursuivre :
– Si tu parvient à vaincre ton yétser ara, tant mieux, sinon si tu t’es laissé séduire par ses belles parures : « qu’il étudie la Torah » et qu’il se délecte de ses merveilleux enseignements.

– Si ce conseil ne suffit pas, parce que le yétser ara est encore « trop beaux » à tes yeux, alors « qu’il lise le Chéma », car en acceptant sur soi le joug divin, l’homme prend conscience de la beauté du judaïsme et de l’Unité de Hachem ;

– Si cela ne suffit pas pour réduire l’attrait du yétser ara à nos yeux, il faudra « se souvenir du jour de la mort », où seulement les mitsvot accompagnent l’homme pour l’éternité (et non son argent).

Rabbi Na’hman dit que toutes les fautes prennent racine dans le fait que nous pensons être immortel.

=> Grâce à cette lucidité acquise en « déshabillant » le mauvais penchant (de ses fausses promesses et tentations), on pourra prononcer un verdict juste et positif.

<———->

3°/ Seul la vérité doit compter, et aucun présent corrupteur ne doit intervenir.

Les pots-de-vin peuvent avoir de nombreuses formes, comme par exemple le fait que nous nous jugeons nous-même (influence du regard d’autrui, paresse, orgueil, environnement, …).
A l’image de nos Sages, lorsque nous avons reçu un pot-de-vin, ou bien lorsque la décision sur le problème est trop dure à prendre, il nous faut laisser place à un autre juge, comme par exemple un rav compétent, une personne avisée.

Il faut avoir conscience que personne n’échappe à cette influence, même inconsciemment, et il faudra donc être vigilant dans les décisions que nous prenons en tant que juge de notre vie, pour qu’elle soit la plus réussie possible.

À propos kol26
rak kol26. Tous unique, tous unis!

One Response to

  1. Ping: Aux délices de la Torah

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :