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Lorsque Yossef se dévoile à ses frères : "Et maintenant, ne vous affligez point, ne soyez pas irrités contre vous-mêmes de m’avoir vendu pour ce pays ; car c’est pour le salut que Hachem m’y a envoyé avant vous ... Non, ce n’est pas vous qui m’avez fait venir ici, c’est D. ; et Il m’a fait devenir le père de Pharaon, le maître de toute sa maison et l’arbitre de tout le pays d’Égypte [afin de préparer l’exil et la Délivrance d’Egypte]" (Vayigach 45,5-8).

Ainsi, après 22 ans de séparation d’avec sa famille, Yossef voit ses rêves enfin se réaliser (la vénération que lui témoignent ses frères).
=> Que signifie cette période de 22 ans qui sépare la vente de Yossef aux retrouvailles familiales?

1°/ Calcul de ces 22 années :
Sur le verset : "Et Yaakov déchira ses vêtements et il mit un cilice sur ses reins et il porta longtemps le deuil de son fils" (Vayéchev 37,34), Rachi commente : 22 ans se sont écoulés entre la vente de Yossef et la venue de Yaakov en Egypte (midrach Béréchit rabba 84,20).
En effet, il est écrit : "Yossef, âgé de 17 ans" (v. 37,2), et il en avait 30 lorsqu’il a été présenté à Pharaon (Mikets 41,46). Il s’est ensuite écoulé 7 années d’abondance et 2 années de famine, soit un total de 22 ans, correspondant aux 22 années pendant lesquelles Yaakov n’a pas honoré son père et sa mère (guémara Méguila 17a) : Les 20 ans passés chez Lavan, plus 2 ans sur le chemin du retour, à savoir un an et demi à Souccot et six mois à Beit El.
Ainsi, la Guémara (Méguila 16b) démontre que Yaakov n’a pas été puni pour avoir négligé d’honorer ses père et mère durant les 14 années d’étude à la yéchiva de Ever (il alla étudier toutes ces années avant de se rendre chez Lavan). En effet, poursuit la guémara, Yaakov a été séparé de son père pendant précisément 36 ans (14+22 = 36). Or, la séparation d’avec son fils Yossef (mesure pour mesure) n’a duré que 22 ans.
[derrière ce constat, la guémara corrobore le principe suivant : étudier la Torah est plus important que le fait d’honorer père et mère].

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2°/ Quelques raisons :
Yaakov a été puni pendant 22 ans pour différentes raisons parmi lesquelles :

1°/ Parce qu’il ne s’est pas contenté d’épouser Léa, comme l’envisageaient ces parents ; il désira aussi Ra’hel et travailla 7 ans pour l’acquérir. Ainsi, il resta de nombreuses années chez Lavan de son plein grès.
[Rabbénou Bé’hayé - Toldot 28,5]

2°/ Après les 14 premières années, au cours desquelles il bâtit une famille, Yaakov aurait dû retourner chez son père. Il préféra pourtant travailler 6 années de plus chez Lavan dans le but de s’enrichir. Cette décision personnelle ouvra la porte au Satan qui l’accusa d’avoir eu des intentions lucratives durant les 14 premières années.
[Ben Ich 'Haï - Ben Yéhoyada]

3°/ Le temps de la descente en Egypte de Yaakov n’était pas encore arrivé à son terme. [Divré Yoël]
Le guémara (Béra'hot 55b) enseigne : "Une personne doit toujours espérer que le bon rêve qu’elle a fait se réalise jusqu’à ce que 22 années se soient écoulées. D’où savons-nous cela? De Yossef (car ses rêves se sont réalisés que 22 ans après qu’il les ait faits, comme le démontre la guémara)".
[...]
La Birkat Cohanim a la propriété de réparer un mauvais rêve, lorsque l’on prie à cet effet au moment de sa récitation (Beit Yossef - Ora’h ‘Haïm 130).
C’est pour cela que le temps donné à la réalisation d’un bon rêve est de 22 ans. [Ben Ich 'Haï - Ben Yéhoyada]

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-> Les 10 fils de Yaakov (hormis Binyamin) séparèrent leur jeune frère Yossef de leur père durant une période de 22 années (voir Rachi sur Vayéchev 37,34).

Selon le Yalkout Réouvéni : Chacun des 10 frères de Yossef a contribué à la séparation de Yossef d’avec son père durant 22 ans. Ainsi, de manière réciproque, Hachem a-t-il puni leurs descendants par un Exil [qui s’apparente aussi à une séparation] de durée égale à : 10x22 [220] moins 10 ans, correspondant à une année par Tribu, en raison de l’expiation causée par leur mort.

De même, une des causes de l'exil en Egypte rapportée par le Meam Loez (Chémot 6,1) est :
"les fils de Yaakov avaient fait souffrir leur père. Yaakov porta le deuil de son fils pendant 22 ans : depuis la vente de Yossef jusqu'à ce qu'il ait appris qu'il était vivant.
10 frères (en excluant Yossef et Binyamin) étaient responsables de ce crime.
Les juifs méritaient un exil de 22 ans pour chacun des frères, soit 220 ans au total. Mais puisque les 10 frères moururent hors de la terre Sainte, cette punition réduisait leur sentence d'un an pour chacun.
Les juifs demeurèrent donc en Egypte pendant 210 ans."

-> Si Yossef s'était abstenu de rapporter ses rêves devant ses frères, ils se seraient réalisés plus tôt. Leur jalousie le frappa du mauvais œil, et ils ne s'accomplirent que 22 années plus tard.
[Zohar - rapport dans le Méam Loez - Vayéchev 40,21-22]

-> Si Hachem avait accordé l'inspiration Divin à Yaakov pendant ces 22 années [de disparition de Yossef], ses prières auraient été exaucées et la situation de Yossef lui aurait été révélée.
D'après le Binyan Yéhochoua (sur Avot déRabbi Nathan 30,4), c'est uniquement après que l'inspiration Divine lui ait été rendue que Yaakov a [pleinement] cru que Yossef était en vie, la présence Divine elle-même l'en ayant informé.
[il se peut que Séra'h a réveillé la joie en Yaakov, permettant alors à la Présence Divine de revenir sur lui, et d'ainsi lui assurer la certitude que son fils Yossef était vivant.]

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-> Yaakov a subi ces 22 années de chagrin pour avoir négligé d'honorer ses propres parents pendant 22 ans.
Il avait séjourné 20 ans chez Lavan, 18 mois à Souccot, et 6 mois à Béthel, soit 22 ans en tout.
[les 14 années durant lesquelles il demeura à la yéchiva ne sont pas prises en compte car l'étude de la Torah prime sur les obligations filiales].
=> C'est pourquoi Yaakov dit à Lavan : "J'ai passé, moi, 22 années dans ta maison" (Vayétsé 31,41). Ces 22 ans furent pour moi comptées contre moi [à l'inverse de celles à la yéchiva]. Ces années vont me coûter très chères, elles m'ont empêché d'accomplir le commandement d'honorer mes parents."
[Méam Loez - Vayéchev 37,34]

-> Le Targoum Yonathan (v.32,8) écrit également que si : "Yaakov eut très peur", c'est parce qu'il n'a pas activement honorer ses parents pendant 22 années.
[c'est lorsqu'il apprend que Essav se dirige vers lui avec 400 hommes]

"Yossef leur donna des chariots selon la parole de Pharaon" (Vayigach 45,21)
"Il vit les chariots que Yossef avait envoyés pour le transporter et l'esprit de leur père Yaakov revint à la vie" (Vayigach 45,27)
"Dans les chariots que Pharaon avait envoyés pour le transporter" (Vayigach 46,5)

-> Pharaon a ordonné à Yossef de prendre des chariots, car il voulait que Yaakov vienne en Egypte.
[Tsor haMor]

-> Bien que Pharaon avait préparé des chariots pour eux, Yossef a dû en envoyer d'autres, car ceux de Pharaon étaient décorés par des symboles idolâtres.
[Rabbi 'Haïm Paltiel]

-> Il existait une loi en Egypte interdisant aux chariots de quitter l'Egypte, s'il n'y avait pas un symbole idolâtre gravé dessus.
Yossef a dû demander à Pharaon de donner un ordre spécial lui permettant de quitter l'Egypte avec ses chariots pour aller chercher Yaakov.
[Mochav Zékénim miBaalé haTossafot]

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-> Yossef transmettait à son père le message qu'il était un maître sur l'Egypte, dans le sens où il n'est pas tombé dans l'immoralité égyptienne, qu'il n'avait pas succombé à leur style de vie, et que plutôt il dominait tout cela.

Yaakov a été pleinement rassuré quand on lui a rapporté les paroles de Yossef : "D. m'a fait maître ... sur tout le pays d'Egypte" (v.48,5). Il était heureux, car son fils était toujours humble.
[Béer Moché]

-> Yossef n'était pas en train de fanfaronner de sa grandeur, de son très haut poste, ...
En réalité, dans son humilité, Yossef déclarait qu'absolument tous les honneurs qu'on lui témoignait en Egypte, ne l'étaient que parce qu'il était le fils d'un père aussi important [en mérites] et saint : Yaakov.
[Rabbi Avraham Yéhochoua Heshel - l'Apter Rav]

[dans toute son humilité, c'est comme s'il lui proclamait : Regarde papa! Tout ce que j'ai, c'est grâce à toi!! ]

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-> "Ils lui racontèrent, en disant : "Yossef est en vie"" (v.45,26)

Selon le Zohar :
- "ils lui racontèrent" (vayaguidou lo) = c'est une allusion à la sagesse, ils ont dit à Yaakov que son fils était toujours en vie spirituellement et sage.

- "en disant" (lémor) = c'est une référence à l'immoralité, ils lui ont dit que Yossef avait résisté à l'immoralité, et que grâce à cela il a le mérite de gouverner l'Egypte.

[Kissé Ra'hamim]

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-> "Parce qu'il ne les croyait pas" (v.45,26)

Pourquoi Yaakov ne les a-t-il pas crus?

Rabbi Chimon dit : Tel est le châtiment du menteur : on ne le croit pas même lorsqu'il dit la vérité.
En effet, les fils de Yaakov avaient inventé un mensonge, comme il est dit : "Il l'a reconnu et a dit : 'c'est la tunique de mon fils'."
C'est pourquoi cette fois-ci, il ne les a pas crus même s'ils disaient la vérité.
[Avot déRabbi Nathan]

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-> Selon la plupart des commentateurs, Yaakov ne découvrira jamais la vérité à propos de la vente.
Les frères ont répété tout ce qui s'est dit en Egypte mais ne révèleront pas qu'ils ont vendu leur frère.
D'autres commentateurs (voir Tour, Tsor haMor) objectent que les bénédictions de Yaakov à ses fils sont pleines d'allusions à la vente, ce qui montre que Yaakov était au courant des événements.
D'après le commentaire de Rachi sur Vayé'hi, Yaakov savait la vérité.
[rav Yossef Deutsch]

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"Il vit les chariots que Yossef avait envoyés pour le transporter et l'esprit de leur père Yaakov revint à la vie" (Vayigach 45,27)

+ Symbolique des chariots (agalot) envoyés à son père :

-> Le Chem miChmouël enseigne que : chariot (agala - עגלה) est lié au terme : cercle (igoul - עיגול). [galgal : roue - גלגל]
Dans un chariot, l'élément principal est les roues.
En effet, on aura beau mettre le meilleur conducteur, les meilleurs chevaux, si les roues ne sont pas bonnes, alors ils n'iront pas très loin.

Une roue symbolise l'idée que pour avancer, cela nécessite un mouvement où ce qui était tout en haut (au top!), devient ensuite tout en bas (au fond du trou!), ...
Ainsi, c'est le changement de situation qui permet à une roue d'aller de l'avant, et de ne pas rester statique.

En voyant les roues du chariot, Yaakov a compris le message : il lui était nécessaire de descendre en Egypte, afin de permettre à sa descendre de pouvoir s'élever dans le futur jusqu'à devenir une grande nation, et recevoir la Torah.

Le Kédouchat Lévi apporte une réponse similaire.
Des épreuves temporaires, comme le fait de devoir quitter la terre Sainte d'Israël, vont lui permettre finalement d'apporter beaucoup plus de biens, de choses positives pour sa descendance.

Nous devons appliquer ce message à nous même :
- lorsque nous sommes en bas (période difficile), cela signifie que la prochaine étape (de la roue de la vie), c'est de monter.
Il faut ainsi garder le moral, que c'est un signe que de belles choses arrivent pour nous.
- Lorsque tout va bien, nous devons les savourer, les apprécier, car on ne sait jamais combien de temps cela va durer.

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-> Lorsque les juifs sont arrivés en Egypte, ils se sont installées dans le territoire de Gochèn.
Or, il s'avère que la guématria de : "à Gochèn" (Gochena - גשנה), est la même que : machia'h (משיח).

La paracha se nomme : Vayigach (ויגש), qui signifie : "il [Yéhouda] s'approcha" (v.44,18).
De plus, au moment où Yossef dévoile son identité, il est écrit : "ils s'approchèrent et il dit : "Je suis Yossef votre frère" (v.45,4), où l'on peut noter également l'emploi du terme : "vayigachou" (ils approchèrent - וַיִּגָּשׁוּ).

[ => cela vient conforter l'idée précédente : en descendant en Egypte à Gochen, ils ont alors rapproché la venue du machia'h!]

-> Qu'est-ce qui a été la cause de ses souffrances, de l'exil en Egypte?
"Ils [les frères] l'aperçurent [Yossef] de loin ; et, avant qu'il fût près d'eux, ils complotèrent de le faire mourir" (Vayéchev 37,18)

Rabbi Nisson Alpert (Limoudé Nisson) fait remarquer que :
- ce qui amène des malheurs, rallonge l'exil, c'est notre attitude de : "ils l'aperçurent de loin" (vayi'ou oto méra'hok);
- à l'inverse, ce qui rapproche la guéoula, amène la bénédiction divine sur tous, c'est un comportement de type : "ils approchèrent" (vayigachou).

=> Vayigach est un appel à se rapprocher l'un de l'autre, car il en découle le meilleur pour tous.
D'ailleurs, il vaut mieux subir quelques souffrances (ex: en ne répondant pas aux provocations), car le gain qu'il en résultera du shalom, est infiniment plus élevé que cette petite perte momentanée.

[à l'image d'un père [Hachem] qui a toutes les richesses du monde, et qui gâte au maximum ses enfants en résultat du plaisir de voir que la paix règne entre eux!]

=> Les chariots témoignent d'une volonté que toute la famille se retrouve réunie, c'est le symbole qu'un amour profond règne entre tous les frères.
Cela a réjouit l'esprit de Yaakov!

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-> [A la demande de son père, Yossef se rendit auprès de ses frères. Alors qu'il approchait] "Ils l'aperçurent de loin ; et avant qu'il fût près d'eux, ils complotèrent de le faire mourir" (Vayéchev 37,18)

Le rabbi de Vorki (rabbi Its'hak Kalich de Vorki - Ohel Its'hak) commente :
Si 2 adversaires se rencontrent et discutent de leurs différends, ils découvriront que leur hostilité mutuelle a été déclenchée par de fausses rumeurs et de la médisance.
Ils deviendront alors de bons amis immédiatement.
Mais s'ils gardent une distance et ne parlent pas ouvertement, leur haine grandira de jour en jour.

Le verset cité véhicule cette idée :
- "Ils l'aperçurent de loin" = ils ont agi avec froideur et détachement, le tenant à distance.
- par conséquent, leur animosité s'accrut à un point tel que "ils complotèrent de le faire mourir".

[on a trop tendance à se dire que c'est à autrui de faire le 1er pas. En effet, pourquoi dois-je me rabaisser à demander pardon, lui aussi est responsable de cette situation!
Lorsque les 2 parties campent sur leur égo (MOI je ne cède pas le 1er pour reconnaître mes tords, Moi je peux me débrouiller sans lui, ...), alors la situation va pourrir, se développer négativement.]

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-> Le terme agalot (chariots - עגלות) est formé de la lettre Ayin (ע - équivalant numériquement à 70) et du mot galout (exil - גלות), laissant entendre qu’à travers celles-ci, le Patriarche perçut la vaillance de son fils, parvenu à continuer à étudier la Torah, aux 70 facettes, alors qu’il se trouvait exilé.
Cette perception le fit littéralement revivre.
[rabbi David Pinto]

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-> b'h, d'autres divré Torah à ce sujet : cf. vayigach 45,27 : https://todahm.com/2010/12/06/paracha-vayigach

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"A son père : il [Yossef] envoya ce que voici : 10 ânes chargés du meilleur de l'Egypte ..." (Vayigach 45,23)

-> Rachi rapporte la guemara (Méguila 16b) qui précise que Yossef a envoyé à son père du vin vieux, spécialement salutaire aux vieillards.

-> Le Maharal de Prague fait remarquer que les termes : "vin vieux" (yayin yachan - יַיִן יָשָׁן), ont une guématria de : 430.
Par cela, Yossef fait allusion à son père que l'exil égyptien durera 430 années.

-> Le rav 'Haïm Yossef Kofman dit que 430 est également la guématria de : "réjouit le cœur" (méchamé'hé lev - משמחי לב).

Le vin devient meilleur avec l'âge.
En lui envoyant du vin, Yossef transmet l'idée à son père que lorsqu'il arrivera en Egypte, qu'il y verra l'unité retrouvée entre ses enfants, il comprendra que les épreuves à venir en Egypte le sont pour davantage de bontés au final.

Le vin devait réjouir le cœur de Yaakov, puisque renvoyant aux magnifiques années futures durant lesquelles la présence divine sera quotidienne ressentie, qu'il y aura le Temple, ...

[l'Egypte est le creuset amenant à la véritable naissance de la nation juive, au don de la Torah. En pensant à tout cela, l'esprit de Yaakov s'en trouva apaisé (ex: chaque minute en Egypte nous rapproche de la Torah!)]

[On peut noter que de même qu'il faut écraser des raisins pour faire du vin, de même les juifs devrons se faire écraser durement par les égyptiens, y vidant leur jus, afin que Hachem lève cette coupe pleine du vin vers les plus hautes grandeurs.]

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-> Le rabbi Avraham Avli de Vilna demande : L'Egypte était-elle un pays loué pour son vin? Au contraire, le raison est un des 7 fruits caractéristiques de la terre d'Israël.

En réalité, nos Sages (guémara Baba Batra 98a) ont dit : "Quiconque se montre prétentieux, son vin devint aigre".
Ainsi, il n'y avait pas de chance de trouver en Egypte, pays rempli d'arrogance, un bon vin, et encore moins un vin vieux.
De cette manière, en envoyant à son père un vin vieux, Yossef voulait lui prouver qu'il n'avait pas appris des mauvaises midot des égyptiens, et qu'il était restait droit. Preuve en est que son vin n'était pas devenu aigre.

=> On apprend d'ici que ce que la Torah appelle : "meilleurs produits de l'Egypte" ne désigne pas une ressource que l'on y trouvait spécialement. Au contraire, le vin était une denrée rare en Egypte et c'est pourquoi elle pouvait faire partie des "meilleurs produits" du pays.
[d'une certaine façon la denrée rare que Yossef envoyait à son père était : sa mida d'humilité!]

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-> Le Mahari Assad dit que tous les bois conviennent pour le foyer de l'autel (mizbéa'h) dans le Temple, sauf celui de la vigne et de l'olivier.
Pourquoi ne brûle-t-on pas la vigne et l'olivier sur l'autel?
A cause de leurs produits, l'huile et le vin.
Sur l'autel on faisait des libations de vin, et on sacrifiait des offrandes accompagnées d'huile, et c'est pourquoi ils épargnaient à leurs "ascendants" d'être brûlés.

Yaakov pensait tout le temps qu'il descendrait au chéol vers son fils. Et qui avait dit que son fils se trouvait au Guéhinam?
La réponse est que Yaakov croyait que Yossef, avec sa beauté, avait certainement fauté. Et s'il a fauté, je vais le suivre au Guéhinam, parce que j'ai un fils mauvais.
=> Yossef lui a donc envoyé du vin et de l'huile, en allusion au fait qu'on ne brûle pas la vigne parce qu'elle a un fils juste : le vin.

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-> Selon le midrach (sur v.45,23), Yossef a envoyé à son père : "du vieux vin que les personnes âgées apprécient".
Rabbi Yéhouda Tsadka (Kol Yéhouda) donne l'explication suivante :
Les jeunes se vantent toujours en disant que les vieux ont vieilli et n'ont plus de raison d'être, la nouvelle génération est plus développée, ce qui n'est pas le cas des vieillards.
C'est pourquoi le vieux vin est apprécié par les personnes âgées, parce que les vieux disent le contraire : que c'est justement l'esprit des vieillards qui est plus détendu et plus posé. Ils ont plus de goût que les jeunes dont l'intelligence pétille, et la preuve en est le vieux vin : plus il devient vieux plus il s'améliore, c'est pourquoi les vieillards l'apprécient.

Or Yossef craignait que son père pense que Yossef tendait déjà à adopter l'avis des jeunes et ne lui obéirait pas.
Dans ce cas, quelle utilité y aurait-il à aller chez lui?
=> C'est pourquoi Yossef a pris les devants et lui a envoyé du vin vieux, pour lui suggérer qu'il appréciait l'âge comme par exemple celui du vin, qui plus il prend de l'âge plus il s'améliore. Or, les juifs sont comparés à la vigne, plus ils prennent de l'âge plus ils deviennent sages, comme l'adage : "Plus les anciens de la Torah prennent de l'âge, plus leur opinion devient fiable."

[on peut éventuellement commenter : l'âge représente la tradition, et l'idée que plus une personne est âgée, plus elle est proche du don de la Torah, et donc on doit la respecter pour cela!
En envoyant du vin vieux, Yossef exprime à son père à quel point il vit selon cette réalité (la Torah devant être notre référentiel pour toute chose).]

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-> Le rabbi Chlome Alter enseigne :
Le vin devient de plus en plus fameux en vieillissant, si au début, c'était un vin fin fabriqué avec des raisins de 1eres qualités.
Mais lorsqu'un vin de qualité médiocre vieillit, il devient de plus en plus acide. La vieillesse est certes une qualité, mais elle dépend de ce qu'était l'homme dans sa jeunesse.
[Yossef voulait rassurer son père, en lui disant que malgré son apparence (de vice-roi d'Egypte), il était resté intérieurement le même qu'avant.]

-> "Ne considère pas le récipient. Il peut y avoir un récipient neuf rempli de vieux vin" (Pirké Avot 4,20).
Yossef voulait dire à son père que, malgré son apparence, il était resté intérieurement le même qu’avant. La voie qu’il avait apprise chez Yaakov était restée entière en son coeur. Il savait qu’ainsi, il apaiserait la conscience de son vieux père, qui s’inquiétait de la situation spirituelle de son fils.
Tel est le sens des propos de Rachi : "Il lui envoya du vieux vin" = il lui fit dire que le vin à l’intérieur de lui était resté le même vieux vin que par le passé, sans altération, "que les personnes âgées apprécient" = car cela sera approprié de son vieux père. Le vin devient de plus en plus fameux en vieillissant si, au début, c’était un vin fin fabriqué avec des raisins de première qualité. Mais lorsqu’un vin de qualité médiocre vieillit, il devient de plus en plus acide. La vieillesse est, certes, une qualité mais elle dépend de ce qu’était l’homme dans sa jeunesse.
[Rabbi Chlome Alter]

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-> "Et à son père, il (Yossef) envoya 10 ânes chargés des meilleurs produits de l’Égypte et d10 ânesses portant du blé, du pain et des provisions de voyage pour son père" (Vayigach 45,23).

-> Pour rassurer son père à propos de sa descente en Egypte, Yossef lui transmit-il le message suivant:
Même si effectivement l’Egypte représente une vertigineuse décadence spirituelle [symbolisée par les "10 ânes" - figures des égyptiens (voir Yé'hezkiel 23,20)], il n’empêche que se dissimule au fond d’elle [le mot יין - yayin (vin) a la même valeur numérique (70) que סוד – Sod (secret)], un trésor divin (les "étincelles de sainteté") ["les meilleurs produits de l’Égypte"] que les descendants de Yaakov se saisiront lors de leur sortie d’Egypte [voir Ohev Israël].

La précision de l’ancienneté du vin ("vin vieux" (יין ישן - yayin yachan) cachait également un signe : L’asservissement en Egypte durera 430 années (voir Bo 12,40), autant que la valeur numérique de 70+360 (יין ישן).
En annonçant à son père la durée de l’exil, Yossef, d’une part, rassurait : L'exil commencera depuis la naissance d’Its’hak, chose que "que les personnes âgées [Abraham et Its’hak] apprécient". [Ben Ich 'Haï - Ben Yéhoyada], et d’autre part, révélait que la raison profonde du décret de l’exil, étant la réparation de l’âme d’Adam HaRichone [le mot נפש (Néfech – âme) a pour valeur numérique 430 (comme la durée de l’exil) ; ce terme est aussi le את־בש (At Bach) de טּוּב (de מִטּוּב מִצְרָיִם - "meilleurs produits de l’Égypte")]. [Mégalé Amoukot]

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-> "A son père, il envoya ceci : 10 ânes chargés de tout le bon de l'Egypte" (v.45,23)

Selon nos Sages, la charge moyenne qu'un âne peut porter sur son dos est de 90 kabin. Or, un kab équivaut à 1,376 litre.
La charge de 10 ânes est donc de 900 kabin, soit 1 238 litres de vin.
=> Yaakov était-il un ivrogne pour que pendant la courte période avant qu'il descende en Egypte, il lui faille tant de vin?

Le Séfer "Séder haDorot" de rabbi Yé'hiel Halpérin, rapporte au nom du midrach une description des dernières heures de Yaakov au pays de Canaan :
"On donna à chacun selon ce qu'avait envoyé Yossef et tout le monde s'habilla selon ce qu'il avait envoyé. Yaakov mit sur sa tête le turban qu'il lui avait envoyé.
Tous les habitants de Canaan entendirent et vinrent se réjouir avec Yaakov, il leur fit un festin pendant 3 jours, et tous les rois de Canaan et les notables du pays se réjouirent."

=> Il en découle que le vin était nécessaire pour le festin d'adieu que Yaakov a fait aux habitants de Canaan. Pour cette raison, Yaakov avait besoin de la charge portée par 10 ânes, du vin vieux que les personnes âgées apprécient.

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-> "A son père, il envoya ceci : 10 ânes chargés de tout le bon de l'Egypte" (v.45,23)

Le Maharal (Guévourot Hachem 10) explique que les ânes ne sont pas conscients de ce qu'ils portent, ni de pourquoi ils le portent.
Yossef a envoyé à son père 10 ânes pour faire allusion au fait que ses 10 frères ne sont pas responsables de l'avoir vendus en Egypte.
A l'image des ânes, ils ne savaient pas ce qu'ils faisaient.
Ils pensaient agir d'eux-mêmes, mais ils ne faisaient que mettre en œuvre le plan d'Hachem.
Le message de Yossef est : "Ne soit pas en colère contre mes 10 frères qui m'ont vendu. Au final, c'était le plan d'Hachem que je sois vendu en Egypte, et c'est la raison principale pour laquelle cela s'est produit".

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-> "Et à son père, il (Yosseph) envoya comme ceci (chala'h kazot) : 10 ânes qui portaient du meilleur du pays ..." (Vayigach 45,23)

=> Les mots "comme ceci" (kazot - כָּזֹאת) semblent superflus. Le verset aurait pu en faire l'impasse et dire directement "à son père, il envoya 10 ânes"
Rachi explique : "Il envoya comme ceci = comme ce nombre (ka'hechbon azé).
Mais, on peut se demander que vient expliquer Rachi par ce commentaire.

-> Le rabbi Israël de Rouzhin explique :
En fait, à présent, une famine sévissait dans le monde. Or, il y a un Nom Sacré auquel il est bon de penser pour attirer la subsistance. C'est le Nom חת''ך qui ressort des lettres finales des mots פותח את ידך (potéa'h ét yadé'ha - ouvre Ta Main), qui est le verset approprié à la subsistance. [en ce sens, c'est l'intention à avoir dans ce verset du achré dans la prière]
Ainsi, Yossef transmet à son père qu'il serait bon de penser à ce Nom Saint pour permettre d'attirer la subsistance dans cette période de famine.

C'est à ce message que Rachi fait allusion dans son commentaire. Les mots "comme ceci" se disent dans la Torah כָּזֹאת dont la valeur numérique est de 428, soit la même valeur numérique que les lettres חת''ך .
C'est à cela que fait allusion Rachi qui commente : "Il envoya comme ceci (כזאת) = comme ce nombre", c'est-à-dire comme le nombre, soit la valeur numérique, de ce mot. Cela fait allusion au Nom Sacré חת''ך . C'est justement cela que Yossef envoya à son père. Il lui transmit comme message de penser sur ce Nom, pour pouvoir attirer la bénédiction de la subsistance par la force de sa sainteté.

[ainsi en cette période de très grande famine en Egypte, Yossef envoya comme message à son père Yaakov : "Puisses-tu prier pour la parnassa avec le Nom d'Hachem חתך".
Il lui demanda que l'abondance puisse se déverser sur le monde par son mérite. ]

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"Racontez à mon père tout l'honneur qui est le mien en Egypte" (Vayigach 45,13)

En quoi importait-il à Yaakov de savoir que Yossef avait de l'honneur, de la gloire en Egypte?

Yaakov était très prudent à descendre en Egypte, car il avait conscience que cela marquerait le début de l'exil.

Au travers l'histoire de notre peuple, de nombreux juifs ont quitté le bon chemin spirituel : soit à cause de leurs souffrances, soit parce qu'ils se sont laissés séduire par les richesses qu'ils ont pu amasser.

Yossef leur dit : "Les actions des parents sont un signe pour leurs enfants. J'ai pu subir ces 2 extrêmes : être un esclave humilié, et atteindre une gloire fabuleuse, et j'ai toujours conservé mon niveau spirituel.
S'il vous plaît dites cela à mon père pour lui diminuer ses craintes."

[le Divré Chaoul - Rav Yossef Chaoul Nathanson]

[Le chariot (agala) peut renvoyer au fait que Yossef est descendu en tant qu'esclave dans des caravanes de marchands, et que maintenant il est vice-roi d'Egypte, pouvant même faire sortir des chariots royaux (sans idoles dessus).
Aussi bien en haut, qu'en bas de la roue de sa vie, il a toujours gardé la bonne direction : Hachem!

Cela peut également se comprendre à un niveau plus global.
En effet, lorsqu'un parent surmonte une épreuve difficile, il transmet à sa descendance une facilité pour vaincre cette épreuve dans le futur.
Par exemple, le fait que Yossef a triomphé dans la très difficile épreuve de l'immoralité, va permettre à tous les juifs venant ensuite d'avoir plus de facilité à en faire de même.

Ainsi, symboliquement son passage de chariots d'esclaves à chariots du vice-roi d'Egypte, symbolise qu'il a réussi à amasser de nombreux trésors, une richesse de mérites spirituels, qui vont permettre aux juifs d'avoir davantage de facilités à rester fidèle à Hachem.
Cette idée a réjoui grandement Yaakov, qui était auparavant préoccupé à l'idée de devoir descendre en Egypte. ]

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-> "Pour toi, tu es chargé de cet ordre : Faites ceci : Prenez pour vous, du pays d'Egypte, des charrettes pour vos enfants et pour vos femmes" (Vayigach 45,19)

-> Le rav Yossef Né'hémia Kourtziner enseigne :
"A priori, on peut se demander pourquoi la Torah détaille et précise : ‘Pour vous, pour vos enfants, pour vos femmes’. Il aurait en effet suffi d'écrire : "Prenez des charrettes et venez ici!"
A mon humble avis, il me semble que l'on peut l'expliquer à partir de l'enseignement que mon aïeul, le 'Hatam Sofer, donne sur le verset : "Vous vous tenez tous ... chaque homme d'Israël, vos enfants et vos femmes" (paracha Nitsvim) et qui est le suivant : "Car en rassemblant tout le peuple devant Moché, il était inconvenable que viennent ensemble hommes et femmes, ce qui aurait pu conduire à des embuches. C'est pourquoi dans le verset il existe une interruption entre "chaque homme d'Israël" et "vos femmes" (pour suggérer qu'ils fassent des séparations entre les hommes et les femmes lorsqu'ils se rassembleraient)."

Si Yossef Hatsadik était, certes, intègre dans toutes les vertus qui caractérisent un homme de sa stature spirituelle, il se distinguait néanmoins particulièrement par l'une d'entre elles : la sainteté des mœurs.
Il ne fait aucun doute que sa vigilance dans ce domaine fit grande impression sur le peuple au milieu duquel il se trouvait, tant et si bien que Pharaon lui-même comprit qu’il en était de même pour les frères de Yossef. Méticuleux à ce sujet, ils se gardaient de tout ce qui pouvait ressembler de près ou de loin à une proximité inconvenante.
Aussi cela aurait-il été une abomination pour eux que les hommes et les femmes voyagent ensemble.
C'est pourquoi il dit à Yossef : Prenez des charrettes qui conviennent pour vous ... pour vos enfants et pour vos femmes, à savoir des charrettes où les enfants constitueraient une séparation entre vous et vos femmes. Or, lorsque ses frères revinrent chez Yaakov et qu'ils lui dirent que Yossef était encore vivant, et que bien qu'il résidât en terre d'Egypte, terre tellement dépravée dans ses mœurs, il s’était maintenu dans sa foi, sans avoir le moins du monde entaché la sainteté de sa conduite, son cœur resta froid, car il ne put se résoudre à les croire, pensant qu'il était impossible de demeurer intègre dans un tel environnement.
Cependant, lorsqu'il aperçut les charrettes que Yossef avait envoyées, conçues de telle manière qu'elles garantissaient la pureté des mœurs et la décence en conformité avec les exigences du judaïsme, la vie revint au cœur de Yaakov, car il dut alors se rendre à l'évidence qu'en effet, Yossef était encore vivant, et que son âme était demeurée intègre."

"Avraham a planté des acacias à Béer Shéva.
Lorsque Yaakov est descendu en Egypte, il a transplanté ces arbres là-bas.
Il a alors dit à ses enfants que Hachem leur ordonnera un jour de construire le Michkan, et ils devront utiliser ces arbres.

Il y avait sûrement de très bons arbres en Egypte. Pourquoi nos Patriarches se sont-ils compliqués la vie à planter des arbres, et à ensuite les transplanter?

S'ils ont agi ainsi, c'est pour remonter le moral à leurs descendants qui seront esclaves en Egypte.
En effet, il n'était pas suffisant de promettre aux juifs qu'ils seraient délivrés, la vision des acacias que Yaakov avait planté en Egypte, était un rappel concret que leur éventuelle libération sera une réalité."

[rav Yaakov Kamenetsky - Emet léYaakov]

[de la même façon dans notre difficile exil, nous sommes rassurés à la vue du Kotel, qui témoigne que d'un moment à l'autre Hachem va reconstruire le Temple, nous libérant totalement de l'emprise de nos oppresseurs]

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-> Yaakov eut la vision de tous les événements qu'allaient connaître ses descendants, et il sut qu'ils construiraient le Michkan ... ces arbres appartenaient à une espèce rare, introuvable dans d'autres régions, poussant droit ; ils étaient de taille impressionnante (près de 15 mètres), et de plus ne comportaient ni nœud ni fissure.
[Méam Loez - Vayigach 46,1]

"Et maintenant ne vous affligez pas" (Vayigach 45,5)

A quoi fait allusion le terme : "Maintenant"?

Nos Sages enseignent que la faute de la vente de Yossef fut payée plusieurs générations plus tard, par les 10 martyrs qui furent tués par les romains (dont Rabbi Akiva).

Ainsi, Yossef voulait faire allusion à cela à ses frères.
Il leur dit :"Et maintenant, ne vous affligez pas" = c’est comme s’il leur disait : "Maintenant, dans cette génération, vous n’avez pas à vous affliger, car vous n’allez pas payer pour la faute de la vente. Mais dans le futur, dans la génération des 10 martyrs, c’est là que vous aurez lieu de vous affliger, car c’est là que vous allez payer cette faute par la mort des 10 martyrs !"

[Rabbi 'Haïm Vital]

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-> Le Ben Ich 'Haï enseigne que lorsque Yossef s'est révélé à ses frères, il a pleuré, et ce n'était pas qu'un simple pleur personnel.
En effet, son pleur comprenait également les pleurs des autres tribus, ceux de tout le peuple d'Israël, et ceux des 10 martyrs tués par les romains.

Yossef a pleinement ressenti la douleur des autres, et son pleur était si puissant que toute l'Egypte et le palais de Pharaon ont pu l'entendre, puisqu'étant composé d'un cumul de pleurs collectifs représentant un nombre considérable de souffrances et de douleurs.

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"Et maintenant ne vous affligez pas, ne soyez pas irrités contre vous-mêmes de m'avoir vendu" (Vayigach 45,5)

-> Le rabbi de Shinov explique que Yossef leur disait : "Ne vous attardez pas sur votre faute de m'avoir vendu, mais plutôt "Et maintenant" = pensez au présent ; "ne vous affligez pas" = n'en soyez pas tristes.

-> Rabbi Guerchon de Radzin enseigne également :
"L'homme triste n'a pas besoin de raison particulière pour être coléreux. Dès son réveil, il s'emporte contre le monde entier. Il en veut à chacun. A ses yeux, le monde entier est coupable.
C'est la raison pour laquelle, en prenant congé de ses frères, Yossef, le vice-roi d'Egypte, leur a dit : "Et maintenant, ne vous affligez point, ne soyez pas irrités contre vous-mêmes!" (Vayigach 45,5)."

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A ce sujet :
- Un être vivant c’est celui qui vit dans le présent : http://todahm.com/2020/12/27/un-etre-vivant-cest-celui-qui-vit-dans-le-present
- http://todahm.com/2020/12/27/29930

Le Beit Aharon enseigne : "la tristesse n'est pas une faute, mais elle peut amener les gens plus bas que la pire des fautes. La joie n'est pas une mitsva, mais elle peut élever une personne plus haut que la plus grande des mitsva".

"Yossef ne put se contenir ... Faites sortir tout le monde de devant moi!" (Vayigach 45,1)

-> Le nom Yossef, fait ici référence à Hachem.
La guématria de Yossef (156 - יוסף) est équivalente au Nom Divin (26 - Tétragramme - יהוה) multiplié par 6.
Nous sommes actuellement dans le 6e millénaire [suivant la Création du monde], "Hachem ne peut plus supporter/se contenir" de nous voir en exil, et Il désire se révéler à nous.

Finalement, Hachem va renvoyer tous les Accusateurs Célestes qui L'empêchent d'amener le machia'h et de se rapprocher de Son peuple. Il annoncera alors au monde entier : "Faites sortir tout le monde de devant moi!", et Il se révélera alors Lui-même à nous!

[le Abir Yaakov - Rabbi Yaakov Abou’hatséra]

"Pharaon dit à Yaakov : "Combien sont les jours des années de ta vie?"
Yaakov dit à Pharaon : "Les jours des années de mes pérégrinations sont 130 ans. Peu nombreux et mauvais ont été les jours des années de ma vie et ils n'ont pas atteint les jours des années de la vie de mes pères, les jours de leurs pérégrinations"." (Vayigach 47,8-9)

-> Le Daat Zékénim rapporte le midrach suivant :
"Quand Yaakov dit : "Peu nombreux et mauvais ont été les jours des années de ma vie", Hachem lui dit : "Je t’ai sauvé des mains d’Essav et de Lavan, Je t’ai rendu Dina, ainsi que Yossef et tu te plains d’une vie courte et malheureuse! Par ta vie, le nombre de mots depuis "Pharaon dit" jusqu’à "les jours de leurs pérégrinations" te sera déduit et tu ne vivras pas aussi longtemps que ton père, Its’hak. En effet, Its’hak vécut 180 ans et Yaakov mourut à l’âge de 147 ans."

=> Le midrach blâme Yaakov qui qualifia les années de sa vie de "peu nombreuses et mauvaises". Il perdit à cause de cela une année de vie par mot employé dans ce dialogue plaintif. Or celui-ci comprenait 33 mots et c’est ainsi que Yaakov ne vécut que jusqu’à 147 ans au lieu des 180 années de vie de son père.
[il est important de se rappeler que nos Sages grossissent les erreurs des grands personnages de la Torah pour que cela nous serve d’exemple. Yaakov souffrit plus que ce que l’on pourrait imaginer et fut jugé de manière très rigoureuse pour ces paroles.]

-> Le Rav ’Haïm Chmoulévitz (Si’hot Moussar - Maamar 29) note que Yaakov ne prononça que 25 mots, les 8 autres ont été dits par Pharaon ou ont servi à introduire la question de ce dernier.
=> Yaakov ne fut pas seulement sanctionné pour les mots qu’il émit, mais aussi pour ceux de son interlocuteur. Pourquoi?

Le rav Chmoulévitz tire 2 enseignements du midrach :
1°/ le rav explique que Yaakov semblait tellement âgé à cause de son attitude face aux souffrances. S’il n’avait pas eu une vision aussi négative de la vie, il n’aurait pas paru si vieux et cela n’aurait pas éveillé cette question immédiate de la part de Pharaon. Donc, il perdit 25 ans à cause de sa réaction face à ses épreuves, et 8 ans supplémentaires à cause de cette même attitude qui le fit paraitre vieux, au point que Pharaon le questionne à ce propos.
Ceci nous apprend que les sentiments de la personne jouent sur son aspect extérieur et si cette apparence transmet un message négatif, l’individu en est tenu responsable.

2°/ On ne prétend pas que Yaakov n’a traversé aucune difficulté dans sa vie, mais [dans le midrach ci-dessus] Hachem évoqua les 4 grandes épreuves que Yaakov dut affronter : la menace d’Essav, l’affreuse période passée auprès de Lavan, l’enlèvement de Dina et la disparition de Yossef.
Hachem souligna qu’Il l’avait finalement sauvé d’Essav et de Lavan et qu’Il lui avait rendu Dina et Yossef.
Yaakov est donc critiqué pour ne s’être focalisé que sur la douleur causée par ces événements plutôt que sur le sauvetage d’Hachem à chaque fois (quoique la souffrance endurée à ces moments fût terrible).

C’est une leçon fondamentale ; bien évidemment, on traverse parfois des moments douloureux dans la vie, qui ne se terminent pas de la manière la plus rose qui soit. Mais souvent, l’individu parvient à sortir de cette difficulté et cette même épreuve s’avère parfois positive.
La sévère réprimande contre Yaakov nous enseigne que nous devons tous nous efforcer à voir le côté positif des désagréments subis et de ne pas ressasser sans arrêt leur côté éprouvant.
L’observation du Rav Chmoulévitz va plus loin et s’avère plus exigeante : si l’on traverse une dure épreuve, il nous faut quand même paraître radieux et sereins.
[même si c'est dur actuellement dans notre vie, une pensée doit dissiper cela : la conscience que cela vient de notre papa Hachem pour notre bien ultime! Même si je n'y comprend rien, Lui qui peut tout, Il sait ce qu'il fait!!]

-> De nombreux Guédolim furent frappés par de grandes tragédies au cours de leurs vies, mais on retrouvait toujours en eux un comportement positif. Prenons l’exemple du rav de Brisk : il souffrit le martyre durant l’Holocauste, perdit sa femme et 3 enfants. Sa douleur était telle qu’il n’arrivait même pas à en parler, il en faisait souvent des cauchemars. Il était par ailleurs connu pour son impressionnante crainte du Ciel et pour son sérieux.
Pourtant, son proche disciple (et membre de sa famille), Rav Moché Chmouël Shapira témoigna que ce qui émanait dans la maison du Rav de Brisk, c’était la joie de vivre ambiante.

[cet échange entre Yaakov et Pharaon doit nous aider à mieux aborder nos difficultés de la vie.]

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-> Le rav Moché Sternbuch (Taam véDaat) explique que probablement Yaakov avait peur que Pharaon devienne jaloux de sa longue vie, et mette sur lui son mauvais œil (ayin ara). C'est pour cela qu'il a dit : "peu nombreux et mauvais ont été les jours des années de ma vie".

Le rav Sternbuch ajoute : "Nous voyons de là que nous ne devons jamais nous vanter à propos de notre famille, de notre richesse, ... et éviter ainsi le mauvais œil, qui vient sur nous par le biais de la jalousie."

-> b'h, sur le lien entre la jalousie et le ayin ara : https://todahm.com/2018/12/09/jalousie-et-mauvais-oeil

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-> Yaakov a vécu 33 ans de moins que son père (Its'hak qui est mort à 180 ans), parce qu’il est écrit "une malédiction injuste ne se réalisera pas", à propos de la malédiction qu’il a donnée à Ra’hel en disant : "celui chez qui tu trouveras tes dieux ne vivra pas (lo i’hié)" (Vayétsé 31,32).
Il lui manquait le compte de i’hié (יִחְיֶה), à savoir 33, dans ses années.
[Baal haTourim]

["La durée de la vie de Yaakov fut de 147 années" (Vayé'hi 47,28)]

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-> Le rav Simshon Raphael Hirsch donne l'explication suivante :
Dans sa réponse, Yaakov exprime : Les jours des années de ma vie ne sont pas nombreux et ne peuvent se comparer à ceux de mes pères qui ont vécu davantage, au sens où chaque jour de leur existence a été vécu pleinement.

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+ "De combien sont les jours des années de ta vie?"

-> Parce qu'on a dit à Pharaon qu'à l'arrivée de Yaakov, le Nil était monté à ses pieds, alors il en avait été très heureux, et pensait que tant que Yaakov serait en vie, le Nil monterait à ses pieds et arroserait la terre.
Cependant, lorsqu'il vit Yaakov et s'aperçut qu'il était maigre comme un vieillard, il se dit qu'il était certainement très âgé, et qu'il allait mourir bientôt, par conséquent qu'elle cause de réjouissance les égyptiens avaient-ils?
=> C'est pourquoi il lui a demandé son âge, et Yaakov lui a alors répondu : les jours des années de ma vie ont été peu nombreux et mauvais, la vieillesse qui m'atteint vient du nombre des épreuves que j'ai traversées, mais j'espère encore arriver au même âge que mon père, qui a vécu 180 ans.
[Kli Yakar]

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+ "De combien sont les jours des années de ta vie?"

-> Au palais, en Egypte, c'était la coutume que la porte de la pièce où se tenait le roi soit une ouverture basse, de façon à ce que celui qui rentrait soit obligé de se prosterner.
Quand Avraham en son temps se présenta devant Pharaon le roi d'Egypte, Hachem lui fit un miracle et cette ouverture s'éleva, de sorte qu'il ne fut pas obligé de se baisser, mais entra devant lui la tête haute.
Quand Yaakov rentra chez Pharaon, le même miracle se produisit.
=> C'est pourquoi Pharaon s'étonna, car il croyait que l'homme qui se tenait en face de lui était Avraham. Et il a ainsi demandé : "Mais quel âge as-tu?"

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"Yéhouda s'approcha de lui et dit : ... auprès de ton serviteur mon père" (Vayigach 44,18,24)

-> En parlant à Yossef de leur père Yaakov, il en fait allusion par : "ton serviteur, mon père".
Bien que Yossef devait vivre 120 ans, il a perdu 10 années de sa vie car il a permis à ses frères d'appeler ainsi leur père, sans les stopper.
Mais pourquoi a-t-il été puni par 10 années, alors que les frères ne mentionnent qu'à 5 reprises leur père comme étant son serviteur (v.43,28 ; 44,24 ; 44,27 ; 44,30 ; 44,31)?

Le Pirké déRabbi Eliézer (29) répond qu'il a entendu une fois les paroles en hébreu, et qu'ensuite on les lui a traduites, puisque tout le monde pensait qu'il ne connaissait pas l'hébreu.
[le Gaon de Vilna]

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-> C'est Ménaché, le fils de Yossef, qui était le traducteur.
Il a compris que c'était les frères de son père, et dans sa traduction, il a employé : "mon père", en excluant : "ton serviteur", par respect pour Yaakov
=> La question reste alors entière : pourquoi 10 ans?

Yossef a été puni pour avoir demandé des nouvelles de son père lorsque ses frères ont apporté Binyamin.
En effet, à son niveau, il aurait dû anticiper qu'ils pourraient employer ce terme : "ton serviteur".
Il a été puni par 10 ans de vie en moins, car les 10 frères ont répondu en même temps à sa question.
[le Pardess Yossef]

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-> "Il lui apparut, tomba à son cou et pleura abondamment à son cou" (Vayigach 46,29)
Yossef a perdu 10 années de sa vie car il a causé le fait que Yaakov s'est incliné devant lui.
Yossef est venu accueillir son père en revêtant l'habit royal qui comporte 10 vêtements.
Lorsque Yaakov a observé Yossef de loin, il ne l'a pas reconnu, et la vision des habits royaux, l'a poussé à s'incliner.
Si Yossef n'avait pas de tels habits, il aurait évité à son père de se prosterner devant lui!
[Targoum Yonatan ben Ouziel]

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-> Le Haémek Davar (rapporté dans le Darach David) explique que Yossef s'efforçait de faire en sorte que son second rêve s'accomplisse.
Yossef s'affligeait cependant de devoir contraindre son père à se prosterner devant lui.
Du reste, ses jours n'en seraient-ils pas écourtés puisqu'il transgressait ainsi le 5e commancement disant : "Honore ton père et ta mère ... afin que tes jours soient prolongés" (Dévarim 5,16).
Ses pleurs, lors de ses retrouvailles avec Yaakov, soulignaient aussi sa peine pour cette atteinte à l'honneur de son père et son désir qu'il lui pardonne.
Malgré cela, son père se prosterna devant lui, et avec lui toute sa famille ; ainsi le second rêve de Yossef se réalisa à son tour.

Questions/Réponses – Paracha Vayigach

+ Questions/Réponses - Paracha Vayigach :

1°/ "Il adviendra, lorsqu'il verra que le jeune homme n'est pas là [Binyamin], et tes serviteurs auront fait descendre la vieillesse de ton serviteur notre père avec affliction dans la tombe" (Vayigach 44,31)

=> Pourquoi est-ce que Yéhouda évoque à Yossef, uniquement la douleur de leur père Yaakov, et nullement celle des 10 enfants qu'avait Binyamin à cette époque?

Rabbi Mendel de Kotzk enseigne qu'on peut dériver de là que l'amour d'un père pour chacun de ses 12 enfants est plus grand, que le cumul de l'amour de chacun des 10 enfants pour leur père.

Le rav Dessler écrit que les sentiments d'amour envers une autre personne, proviennent de tout ce que l'on a pu faire bénévolement pour elle.
Comme tout parent peut l'affirmer, élever un enfant représente une opportunité de pouvoir constamment donner de soi-même. C'est pourquoi, les sentiments d'amour générés n'ont pas d'équivalents, comme Yéhouda l'explique à Yossef.

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2°/ Comment comprendre une apparente contradiction entre les 2 versets suivants :

-> "[Pharaon dit à Yossef : ] Si tu sais qu'il y a parmi eux des hommes vaillants, nomme-les intendants surs les troupeaux qui m'appartiennent." (v.47,6)

-> "[Yossef dit à ses frères : ] Vous demeuriez dans la province de Gochen, car tout berger de moutons est une abomination pour les Égyptiens" (v.46,34)
Rachi commente Gochèn : c’est une région de pâturage. Lorsque vous lui direz que vous n’êtes pas experts à un autre travail, il vous éloignera de lui et vous y fera demeurer.
Le mouton est pour eux une divinité.

-> Le Ibn Ezra écrit que les troupeaux de Pharaon n'étaient pas constitués de moutons, mais de chevaux et d'ânes.

-> Le Maskil léDavid affirme que les égyptiens possédaient certainement des moutons, et comme preuve, on peut voir qu'ils donnaient à Yossef des moutons en échange de nourriture (v.47,17), et lors de la 5e plaie (la peste) Moché avertit Pharaon que les moutons des égyptiens seraient touchés (Chémot 9,3).

Ainsi, il est d'avis que les égyptiens avaient de la haine uniquement envers ceux qui élevaient des moutons dans le but de les égorger et de les manger, mais ils respectaient ceux qui prenaient soin d'eux pour les engraisser.

En effet, tous les égyptiens avaient pour divinité les moutons, et ils détestaient les bergers.
Cependant, Pharaon se voyant lui-même comme un dieu, il n'avait pas besoin d’idolâtrer les moutons, et il avait donc son propre troupeau.

-> Le Mochav Zékénim (46,34) explique que les égyptiens avaient interdit la présence de moutons parmi eux, mais loin d'eux ils étaient permis, et c'est pour cela que Yossef conseilla à ses frères qu'en se déclarant berger, ils auront l'assurance de vivre séparément à Goshén.

=> On peut comprendre leur haine envers ceux qui mangent leur divinité : les moutons, mais pourquoi également envers les bergers qui prennent soin d'eux?

-> Selon le Sifté 'Hakhamim, c'est parce que les bergers sont constamment autour des moutons, devenant ainsi témoins de tous leurs actes, et donc du fait qu'ils font les mêmes activités que les autres créatures.
Les bergers réalisent donc clairement qu'ils ne sont en rien des divinités et qu'ils ne possèdent aucun pouvoir particulier.

=> En raison de leur conscience de la véritable nature des dieux qu'ils idolâtraient, les égyptiens avaient de la haine pour les bergers.
[ce qui est parfait pour maintenir une distance entre les juifs et les égyptiens]

-> Le Ibn Ezra écrit qu'en étant fréquemment présent avec les moutons, les bergers buvaient de leur lait.
Les égyptiens voyaient cela comme une attitude insultante et dégradante envers leurs divinités, et c'est pour cela qu'ils les détestaient.

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3°/ Quelles bénédictions Yaakov a-t-il récité lorsqu'il a retrouvé Yossef en Egypte?

-> La guémara (Béra'hot 58b) enseigne qu'une personne qui rencontre un ami, après ne pas l'avoir vu pendant une période d'au moins 12 mois, doit réciter la bénédiction : barou'h mé'hayé amétim (Beni est celui qui fait revivre les morts).
Le Chou'han Arou'h (Ora'h 'Haïm 225,1) ajoute que cette bénédiction n'est à dire que si cette personne nous est extrêmement précieuse à nos yeux, et que le fait de la retrouver nous procure de la joie.

Le Na'halat Avraham écrit que Yaakov et Yossef ont récité cette bénédiction en se revoyant pour la 1ere fois depuis 22 ans.

-> Le Shibolé haLékét ajoute que lorsque Yaakov est arrivé en Egypte, et que tous ses enfants ont été de nouveau réunis, il a également récité la bénédiction : barou'h ata Hachem mékabets nid'hé amo Israël (Béni Tu es Hachem qui réuni les exilés du peuple d'Israël).

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4°/ "Yossef leur dit : Ne vous agitez pas en chemin" (Vayigach 45,24).

Une des explications de Rachi est : Ne marchez pas à grandes enjambées.
En effet, la guémara (Taanit 10b) enseigne qu'en faisant ainsi, cela entraîne à une personne de perdre 1/500e de sa vue.

=> Pourquoi une personne ne devient-elle pas totalement aveugle après avoir fait 500 grandes enjambées?

-> Les Tossefot (Taanit 10b) écrivent que la 1ere enjambée retire un 1/500e de la vision d 'une personne, et la 2e enjambée lui en retire moins : 1/500e de ce qu'il reste.
Ainsi, puisque chaque nouvelle enjambée retire de moins en moins, même un nombre important ne rend pas totalement aveugle.

=> Pourquoi est-ce que c'est particulièrement la 1ere enjambée qui retire le plus de vision?

-> Les Tossefot répondent que : "tous les débuts sont difficiles", signifiant qu'il est plus dur de commencer.

Par ailleurs, ils suggèrent que seule la 1ere enjambée entraîne véritablement des dommages, car ensuite une personne est de plus en plus habituée à faire des enjambées.

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-> b'h, un beau dvar Torah indirectement lié : Le Shabbath rend la vue : https://todahm.com/2015/02/16/le-shabbath-rend-la-vue

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-> b'h, d'autres explications sur ce verset (v.45,24) : http://todahm.com/2020/11/02/38180

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5°/ "Fils de Acher : Yimna, Yichva, Yichvi, Béria et leur sœur Séra'h" (Vayigach 46,17)

-> Le Baal haTourim (Dévarim 33,24 - citant le Pirké déRabbi Eliézer 38) écrit que lorsque les frères ont vendu Yossef en tant qu'esclave, ils ont émis une interdiction entraînant qu'aucune personne ne pouvait rapporter ce qui s'y été déroulé.
[certains commentateurs disent que Hachem et Its'hak ont également été associés à ce serment de ne rien révéler]

Le Targoum Yonathan ben Ouziel (Béréchit 46,17) écrit que la vérité à propos du destin de Yossef a été révélée de façon prophétique à Séra'h fille de Acher, qui a alors rapporté à Yaakov que Yossef était encore en vie en Egypte.
Lorsque les frères de Yossef ont entendu que Séra'h connaissait leur secret, ils ont supposé qu'elle avait dû l'apprendre de son père Acher, et ils ont décidé de l'excommunier pour avoir violer l'interdiction.
Par la suite, Moché rabbénou a été au courant de la véritable source d'information de Séra'h, et à la fin de sa vie, il a pu modifier son excommunication.

La guémara (Moéd Katan 15b) enseigne qu'un excommunié ne peut pas avoir de relation conjugale. C'est pourquoi Moché a béni Acher d'avoir des enfants (barou'h mibanim Acher).

De plus, puisque ses frères avaient pris de la distance avec lui, Moché l'a béni : "qu'il soit agréable à ses frères".
[idem sur le fait de porter des chaussures, car selon le Yoré Déa (334,2), un excommunié n'a pas le droit d'en porter]

-> Selon le Pirké déRabbi Eliézer, c'est Séra'h qui a été choisie pour annoncer la bonne nouvelle que Yossef était vivant. Elle le fit en jouant de la harpe et en chantant délicatement cette annonce à Yaakov.
Ce dernier a alors béni sa petite-fille de lui avoir apporté la consolation, lui promettant qu'elle mériterait pour cela la longévité ; elle a effectivement vécu de longs siècles et finalement, elle est entrée vivante au gan Eden.

Par exemple, Rabbénou Ephraïm, rapporte qu'on moment de la sortie d'Egypte, Moché va s’adresser à Séra’h, fille d’Acher, seule descendante directe des tribus restant encore en vie.
Elle lui apprendra que les égyptiens ont scellé les restes de Yossef au fond du Nil, espérant que sa présence apportera la bénédiction.
[Grâce à cela, Moché pourra récupérer les ossements!]

[Séra'h jouira d'une vie extrêmement longue, puisqu'on cite son nom dans les chroniques de l'histoire (Divré haYamim), plus de 690 ans plus tard, au temps du roi David. ]

-> Le Pérouch Yonathan (v.46,17) dit que Naftali est arrivé le 1er auprès de Yaakov et lui a appris que Yossef était vivant. Il ne l'a pas cru et c'est seulement après la douce mélodie de Séra'h que Yaakov a permis à la vérité d'entrer dans son cœur et a admis que Yossef était vivant.

-> Si Hachem avait accordé l'inspiration Divin à Yaakov pendant ces 22 années, ses prières auraient été exaucées et la situation de Yossef lui aurait été révélée.
D'après le Binyan Yéhochoua (sur Avot déRabbi Nathan 30,4), c'est uniquement après que l'inspiration Divine lui ait été rendue que Yaakov a [pleinement] cru que Yossef était en vie, la présence Divine elle-même l'en ayant informé.
[il se peut que Séra'h a réveillé la joie en Yaakov, permettant alors à la Présence Divine de revenir sur lui, et d'ainsi lui assurer la certitude que son fils Yossef était vivant.]

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-> Le saviez-vous?

Binyamin est arrivé à un niveau attribué à personne d'autre dans l'histoire juive.
En effet, c'est le seul à faire partie des 2 listes suivantes :
- Selon la guémara (Shabbath 55a ; Baba Batra 17a), il y a uniquement 4 personnes dans l’histoire du monde qui sont mortes sans n’avoir jamais fait de faute.
Il s’agit de : Binyamin (le fils de Yaakov), Amran (le père de Moché), Yshaï (le père du roi David) et Kilav (le fils du roi David). Selon certains, on peut y ajouter : Lévy et Yéhochoua.
Rachi explique : "Cela signifie qu'il n'avait pas mérité de mourir (puisque sans faute personnelle), mais le décret avait été prononcé pour toute la descendance d'Adam à la suite du conseil du serpent".
- Nos Sages (guémara Baba Batra 17a) le comptent parmi les 7 personnes qui n'ont pas été la proie des vers après la mort (il y a : Avraham, Its'hak, Yaakov, Moché, Aharon et Myriam. Certains ajoutent le roi David).

"Je suis Yossef ; mon père vit-il encore? (aod avi 'haï - הַעוֹד אָבִי חָי)
Ses frères ne purent lui répondre, car ils avaient été frappés de stupeur devant lui.
Yossef dit : ... Je suis Yossef votre frère" (Vayigach 45,3-4)

-> Pourquoi est-ce que Yossef a commencé par dire : "Je suis Yossef", et ensuite : "Je suis Yossef votre frère"?

Au départ Yossef ne savait pas si ses frères regrettaient de l’avoir vendu, et il ne pouvait donc pas les considérer véritablement comme ses frères s’ils ont toujours de mauvais projets à son égard.
Mais quand il vit qu’en entendant ses propos ils furent bouleversés et eurent honte, il en déduisit qu’ils regrettaient leur acte et en avaient profondément honte.

Nos Sages (guémara Béra'hot 12b) enseignent que toute personne qui fait une faute et qui en a ensuite honte, sa faute lui est pardonnée.

S'il en est ainsi, ses frères n'ont plus la faute de l'avoir vendu, et de fait cela explique pourquoi Yossef les appelle alors : "Je suis Yossef votre frère".
A présent que la haine est terminée et qu’ils regrettent de l’avoir vendu, la fraternité peut être rétablie.

[Ktav Sofer]

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-> Yossef disait à ses frères : "Je suis Yossef", signifiant : Je suis toujours le tsadik connu comme Yossef. Non seulement je n'ai pas perdu mon nom Yossef, mais "encore" (aod - הַעוֹד) : la lettre ה était עוד, c'est-à-dire ajoutée à mon nom [Je suis maintenant connu comme : יהוסף].

Ainsi : "mon père est encore en vie", car si Yossef avait fauté, il aurait entraîné un défaut spirituel également Yaakov.
En effet, le Zohar déclare : Yaakov représente le corps, et Yossef représente la brit, et ils sont les 2 considérés comme un.
Puisque Yossef n'a pas fauté : "mon père est encore en vie" = Yaakov est encore en vie et sans défaut [du fait de son fils].

[Ben Ich 'Haï]

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-> Rabbi Schechter enseigne que le mot : "père" (אָבִי) a une guématria de 13, comme le mot : "un" (אחד).

Yossef exprime à ses frères que ce qu'ils ont pu faire est derrière eux.
Il leur témoigne de l'amour, et le fait qu'il ressent leur chagrin.
Ainsi, le verset peut se lire : "Est-ce que notre unité (a'hdout) vit-elle encore?"

-> Le Ben Ich 'Haï fait remarquer que le mot : "un" (אחד) d'une valeur de 13, fait allusion au fait que les 2 enfants de Yossef : Ménaché et Efraïm, vont chacun être à la tête d'une tribu, comme les autres frères de Yossef.
=> Ainsi, les 13 tribus vont former une seule unité (אחד) : le peuple juif.
["Est-ce que notre unité (de 13 tribus) vit-elle encore?"]

"Vous direz : "tes serviteurs sont des bergers …" Car tout berger est une répugnance pour l’Egypte" (Vayigach 46,34)

En général, les gens aiment bien plaire devant les autorités et avoir une certaine importance devant le monde extérieur. Pour cela, ils s’efforcent de dire des choses qui trouveront grâce à leurs yeux.

Cependant, Yossef n’a pas agi ainsi, puisque c'est parce qu’il savait que l’Egypte répugne les bergers, qu’il a dit que ses frères sont des bergers.
Il a justement dit ce qui n’allait pas favoriser leur intégration, et ce pour ne pas que se crée de proximité entre les égyptiens et sa famille.

['Hidouché Harim]

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-> b'h, pour approfondir ce sujet : https://todahm.com/2018/02/20/6023

"Et Yossef ne put se contenir en présence de tous ceux qui se tenaient devant lui ; il s'écria : "Faites sortir tout le monde de devant moi!" Et personne ne resta auprès de lui lorsque Yossef se fit connaître à ses frères" (Vayigach 45,1)

-> Selon Rachi : Il ne pouvait accepter que les Égyptiens se tiennent là et qu’ils assistent à l’humiliation de ses frères au moment où il s’en ferait reconnaître.

-> Le midrach rapporte qu'une fois que Yossef a congédié tout le monde, ne laissant avec lui que ses frères, ces derniers ont décidé de le tuer, n'ayant pas réalisé que c'était leur frère.
L'ange Gavriel est alors intervenu et les a tous éparpillés aux 4 coins du palais, afin qu'ils ne puissent faire aucun mal à Yossef.

-> Le Yichma'h Moché poursuit en expliquant que nous pouvons établir que l'ange Gavriel est toujours resté aux côtés de Yossef.

En effet, par exemple :
-> 1°/ Lorsque Pharaon l'a nommé vice-roi, ses serviteurs ont alors argumenté qu'il n'était pas convenable qu'un serviteur reçoive une position si élevée, et qu'il ne parlait pas plusieurs langues.

=> L'ange Gavriel est immédiatement apparu, et il a enseigné à Yossef 70 langues.

[La guémara (Sotah 36b) relate cela, en disant qu'il y avait une loi en Egypte imposant de savoir parler 70 langues pour prétendre à la royauté.
Suite à l'intervention de l'ange Gavriel, Yossef maîtrisait une langue de plus que Pharaon : le lachon hakodech.
Il a essayé de la lui apprendre, mais Pharaon ne retenait rien du tout, entraînant que ce dernier l'a fait juré de ne pas révéler publiquement sa faiblesse.

De nombreuses années plus tard, lorsque Yossef a voulu faire sortir le cercueil de Yaakov pour l'enterrer en Israël, il avait peur que Pharaon refuse cela, car la venue de Yaakov avait amené beaucoup de bénédictions au pays (ex: fin de la famine, Nil en était béni).
C'est pourquoi, il a dit à Pharaon : "Mon père m'a fait juré de le sortir d'Egypte afin de l'enterrer en terre de Canaan".
Pharaon a répondu : "Demande aux Sages d'annuler ton vœux!"
Yossef lui a alors dit : "Dans ce cas, je vais demander aux Sages d'annuler le vœux que je t'ai fait : à savoir de ne pas révéler que tu ne parles par le lachon haKodech."

Pharaon n'avait alors d'autre choix que d'accepter la demande de Yossef : aller enterrer son père en Israël.]

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-> 2°/ Lorsque Yaakov a demandé à Yossef d'aller retrouver ses frères pour prendre de leurs nouvelles, il est écrit qu'en arrivant à Chékhem, lieu où devait normalement se trouver ses frères, il y trouva à la place : un homme (Vayéchev 37,15).
Le Targoum Yonathan (ainsi que Rachi) explique que cet homme était l'ange Gavriel, qui avait pris un aspect humain.
[Rachi tire cela de : "et “l’homme” Gavriel." (véa'Ich Gavriel - Daniel 9,21)]

Selon le Ramban, D. a délégué cet ange pour qu'il conduise Yossef auprès de ses frères, afin que la prophétie faite à Avraham s'accomplisse.

=> Le Yichma'h Moché conclut que l'ange Gavriel était toujours au côté de Yossef, le protégeant de tout mal.

Lorsque Yossef a fait partir tout le monde, même l'ange Gavriel n'est plus resté à ses côtés comme d'habitude, puisqu'il était occupé à éparpiller les frères de Yossef dans toutes les directions pour pas qu'ils le tuent.

Littéralement le verset est : "vélo amad ich imo", et il peut se comprendre : exceptionnellement, l'ange Gavriel (ha'Ich) ne se tenait pas à côté de lui à ce moment, puisque occuper à disperser les frères.

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-> Selon le midrach (Zouta, Eikha 1,23), dans le futur Hachem viendra apaiser le peuple juif, qui lui demandera alors : "Avec quoi seront-nous consolés? Tu n'as pas agi avec nous comme Yossef l'a fait.
En effet, Yossef ne s'est pas vengé de ses frères, et il a même eu de la pitié pour eux, bien qu'ils l'aient traité d'une mauvaise façon."

[nous demandons de même à Hachem de nous traiter avec beaucoup de pitié, même si nous avons beaucoup fauté envers Lui!]

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+ Cette nuit-là, l'Ange Gavriel vint apprendre à Yossef les 70 langues.
Yossef ne réussit pas à tout apprendre (en une nuit) ; l'Ange ajouta alors au nom de Yossef une des lettres (le ה) du Nom Divin (et il connut les 70 langues) ...
Le lendemain, Yossef répondit dans toutes les (70) langues que Pharaon lui parlait.
Yossef parla dans la langue sainte (l'hébreu) à Pharaon ; ce dernier ne comprenait pas ce qu'il lui disait et demanda : "Quelle langue parles-tu?"
Yossef répondit : "l'hébreu".
Pharaon demanda : "Enseigne-moi cette langue".
Yossef essaya en vain. Pharaon fit jurer à Yossef de ne révéler à personne son ignorance de l'hébreu.
[guémara Sota 36b]

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=> L'Ange Gavriel changea le nom de יוסף en יהוסף et Yossef put ainsi retenir les 70 langues apprises. Pourquoi cela?

-> Dans la guémara (Sota 36b), rabbi Chimon dit que Yossef a mérité l'adjonction de la lettre ה du Nom Divin à son nom, pour avoir sanctifié Hachem en secret en refusant les séductions de l'épouse de son maître Potifar.
Cette adjonction sera effectuée plus tard par l'Ange Gavriel au moment où Yossef devra connaître les 70 langues pour être nommé roi, selon l'usage en Egypte.
Si Yossef avait fauté avec l'épouse de Potifar, il n'aurait jamais pu assimiler les 70 langues.
Mais depuis que l'Ange Gavriel a ajouté à son nom la lettre ה, en témoignage pour avoir sanctifié Hachem par sa retenue, le cœur de Yossef s'est ouvert, et ainsi il a pu apprendre les 70 langues afin d'être nommé roi, en récompense pour avoir maîtrisé son yétser ara.
[Iyoun Yaakov]

-> Chacune des 70 nations est représentée dans le Ciel par un prince (sar) qui dirige sa nation et la langue parlée par cette nation.
C'est pourquoi, chacun de ces princes, jaloux de Yossef, est intervenu cette nuit-là pour faire oublier à Yossef la langue apprise, afin qu'il ne puisse pas être nommé vice-roi par Pharaon.
Alors, l'Ange Gavriel intervint en ajoutant au début du nom de Yossef la lettre ה qui avait le pouvoir d'empêcher les princes de faire oublier chacun leur langue apprise.
[Ben Ich 'Haï]

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=> Qu'en est-il de la langue sainte (hébreu)?

-> L'hébreu ne fait pas partie des 70 langues des nations du monde ; d'ailleurs, Israël n'est pas gouverné par un prince (sar) dans le Ciel, comme les 70 autres nations.
Nous pouvons également déduire cela de par le fait qu'à la fête de Souccot, le peuple d'Israël offre 70 taureaux au total en faveur des 70 nations, et le sacrifice spécifique à Israël est offert en plus.
[Tossefot Santz]

-> Si Pharaon tenait à apprendre la langue sainte, ce n'est pas pour apprendre une 70e langue, sans la connaissance de laquelle il ne serait pas digne de régner, car la langue sainte n'est pas inclus dans les 70 langues.
La seule raison qui a poussé Pharaon à apprendre l'hébreu est la honte, le déshonneur, qu'il ressentait de voir que Yossef, le vice-roi, connaissait les 70 langues et l'hébreu, donc une langue de plus que le roi lui-même qui ne connaissait pas l'hébreu.
[Maharcha]