"Tout premier-né de l'homme parmi tes fils tu rachèteras" (Bo 13,13)

-> Rachi commente : La valeur du rachat est fixée ailleurs (Bamidbar 18, 16) à 5 Shekels d’argent.

-> "Consacre-moi tout premier-né" (Bo 13,2), Rachi commente : "Je me les suis acquis, en frappant les premiers-nés en Egypte.".

=> Si la mitsva de rachat du premier-né (pidyon haben) vient en souvenir du fait que les premiers-nés juifs ont été épargnés par cette plaie, pourquoi est-ce que nous la réalisons uniquement dans le cas où c'est le premier-né garçon pour la femme, et non pour le père?

-> Le Avné Choham répond en comparant le pidyon haben avec la mitva des bikourim.
Après avoir investi tant d'efforts à labourer et planter la terre pendant des mois, il semble naturel de profiter de sa récolte.
Ainsi, en apportant les bikourim (ses premières récoltes) au Temple, ont combat l'instinct de s'accorder le crédit de notre production (c'est parce que j'ai travaillé!), et d'en oublier Hachem qui a rendu cela possible.

Sur notre trajet au Temple à Jérusalem, on rencontre une foule unie et joyeuse venant de tout Israël, et forcément cela pousse s'interroger : si des millions de personnes quittent tout pour offrir leurs premières récoltes (souvent beaucoup plus importante que la mienne!), alors moi aussi je me dois d'avoir beaucoup de gratitude à l'égard de D. (qui m'as tellement donné => je suis comblé!).

De même, lorsqu'un couple se marie, il lui semble naturel que durant les années suivantes, la femme va donner naissance à un enfant.
[de même que nous travaillons la terre pendant des mois, de même nous subissons des souffrances pendant les 9 mois et à la naissance, qui nous poussent à dire que nous en sommes à l'origine, oubliant D. (c'est comme cela, telle est la nature!)]

=> Pour empêcher que les parents prennent ce processus pour une normalité (ainsi va la vie!), le premier-né doit être racheté auprès d'un Cohen, rappelant qu'en réalité c'est un miracle, un cadeau unique de D.

Un pydian haben se fait uniquement sur le premier-né de la femme, venu d'une voie naturelle, et non pas en césarienne ou fausse-couche, car dans ces cas il est déjà évident que l'ordre naturel n'a pas été respecté, et il n'est alors pas nécessaire d'en avoir un rappel.

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-> Quelle était l'utilité de mettre du sang autour des portes des juifs pour les protéger, sachant que Hachem n'a aucune difficulté à les différencier?

Le rav Akiva Eiger et le rav Yossef Sonnenfeld apportent la réponse suivante.
Un premier-né d'une mère peut être facilement identifiable, tandis que pour un homme cela est plus difficile (surtout en Egypte, cette capitale de l'immoralité).
L'Ange de la mort a ainsi tué tous les premiers-nés maternels, tandis que Hachem a tué les premiers-nés paternels, puisque seul D. pouvait avoir une traçabilité totale du réel père de chaque naissance.

=> Pour les premiers-nés juifs, leur survie n'a pas été miraculeuse, puisqu'ils n'ont jamais été en danger de mort, Hachem ne voulant pas les tuer.
Par contre, pour les premiers-nés maternels, il a fallu un véritable miracle, car comme l'enseigne la guémara (Baba Kama 60a), une fois que la permission de tuer a été accordée à l'Ange de la mort, il ne fait pas la différence entre les tsadikim et les réchaïm.
=> Puisque Hachem les a miraculeusement sauvés (aucun juif n'est mort cette nuit là), ils deviennent sacrés dans toutes les générations à venir, et nécessitent d'être libérés, rachetés par un Cohen.

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-> "Prends les Lévi'im à la place de tous les premiers-nés israélites" (Bamidbar 3,40-45)

Hachem dit à Moché : "Les premiers-nés, destinés à accomplir Mon service, s'en sont rendus indignes depuis la fabrication du veau d'or.
Les Lévi'im ont pris leur place. Cependant, puisque les premiers-nés israélites avaient été mis à part et sanctifiés dans ce but, ils ont gardé une certaine sainteté. Cette sainteté doit à présent être transférée aux Lévi'im, par un procédé de rédemption et de substitution.
Tu dois donc dénombrer tous les premiers-nés israélites, puis effectuer le remplacement de chaque premier-né par un Lévi."

Moché se mit alors à compter tous les premiers-nés israélites âgés de plus d'un mois car c'est seulement à cet âge qu'un nourrisson est considéré comme viable.
Le résultat fut de 22 273 premiers-nés.
[Méam Loez – Bamidbar 3,40-45]

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-> [Prends de plus] un rachat ... 5 sicles (Shékels d’argent) pour chacun, selon la valeur du sanctuaire où le sicle équivaut à 20 guéra. Remets cet argent à Aharon et à ses fils comme rachat pour [les premiers-nés]. (Bamidbar 3,46-48)

Cette somme de 5 Shékels d’argent correspond au prix de la vente de Yossef (cf. Vayéchev 37,28) ...
De plus, puisque Yossef était le premier-né de sa mère Ra'hel, Hachem ordonna que chaque premier-né soit racheté en échange de 5 Shékels d’argent.
[Méam Loez]

-> Chacun des 10 frères reçut 2 dinars [sur la vente de leur frère], avec cette somme chacun s’acheta des chaussures.
[Le rabbi Yossef Deutsch affirme que cette somme de 20 dinars d’argent équivaut à 75 dollars actuels, soit uniquement moins de 8 dollars par frère!]
[...]
C’est parce que Yossef, qui était un premier-né, a été acheté pour un prix aussi bas que le rachat des premiers-nés, plus tard, sera également fixé au prix très bas de 5 Shékels d’argent.
[rabbi Yossef Deutsch]

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-> "Consacre-moi tout premier-né, toutes prémices des entrailles parmi les enfants d'Israël" (Bo 13,2)

Pourquoi l’aîné d’une femme doit-il être rachété au Cohen pour 5 sélaïm [pièces]?

Cela correspond aux 5 commandements qui incombent à l’homme et dont les femmes sont exemptes, et qui sont : résider dans la soucca, la mitsva de loulav, écouter le shofar, porter des tsitsit et mettre les téfilin.
Puisque les femmes sont exemptées de ces mitsvot, leurs fils seront rachetés pour 5 sélaïm afin qu’elles reçoivent une récompense comme si elles avaient accompli ces 5 commandements.
Nous apprenons d’ici que Hachem ne prive personne de sa récompense.
[Michnat Rabbi Eliezer]

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-> Lors du rachat d’un 1er né (pidiyon haben), le Cohen demande au père : "Qu’est-ce que tu préfères : ton enfant ou bien les 5 sélaïm [pièces]?"

=> Quel père va répondre en public devant tous ses proches : je préfères quelques pièces à mon fils?

En réalité, selon le rav de Poniovitch, l’idée est de faire réfléchir le père sur ses priorités dans la vie.
Est-ce qu’il va préférer « sacrifier » son fils pour amasser le plus d’argent possible (se donnant bonne conscience en lui achetant des cadeaux)?
Ou bien va-t-il fixer comme priorité l’épanouissement de son enfant selon ce qu’il est (et non ce que le père aimerait qu’il soit!), le guidant sur le bon chemin et le comblant d’amour?

[un exemple de reformulation de cette question peut être : est-ce que tu préfères donner de l’écoute/de l’affection à ton enfant ou bien être sur ton téléphone, ordinateur?]

-> Le désir pour l’argent est plus important que toute autre attirance matérielle, puisque c’est la seule qui est insatiable.
Il y a une limite à ce qu’une personne peut manger, et au nombre de fois où l’on peut commettre un faute terrible, mais il n’y a pas de limite concernant la quantité d’argent que nous pouvons accumuler.
La quête de richesse peut devenir la plus grande des obsessions, et trop souvent, les enfants sont le prix à payer à cette course vers la richesse.
[rav Tsadok haCohen de Lublin]

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-> b'h, également : http://todahm.com/2019/02/04/10183-2

Le sang sur les portes [des maisons juives au moment de la sortie d'Egypte] n'a pas empêché la plaie d'entrer dans leur maison, mais c'est plutôt ... tout celui qui croyait et avait confiance en Hachem, et n'avait pas peur de Pharaon et de ses décrets, en sacrifiant publiquement le dieu égyptien (l'agneau) ... celui-ci est considéré comme un tsadik.
Puisqu'il a confiance en Hachem, alors il mérite d'être protégé.

[rabbénou Bé'hayé]

[Plus nous développons une solide confiance en Hachem, plus nous sommes protégés contre toutes les mauvaises choses de la vie.]

"Voici comment vous devez le manger : votre ceinture à la taille, les chaussures aux pieds et le bâton à la main. Mangez-le à la hâte ; c'est le sacrifice de Pessa'h pour Hachem" (Bo 12,11)

-> Les juifs devaient garder "les chaussures aux pieds" pour se rappeler la faute de la vente de Yaakov lorsque ses frères utilisèrent l'argent de la vente pou s'acheter des chaussures.
A cause de cela, les juifs avaient dû pétrir de l'argile de leurs pieds nus [en tant qu'esclaves].
Pour montrer que ce péché était à présent expié, Hachem instruisit les juifs de garder leurs chaussures aux pieds pour consommer le sacrifice.

Ils devaient garder leur bâton à la main pour symboliser leur indépendance.
Jusqu'à présent, les bâtons se trouvaient dans les mains des égyptiens pour les battre chaque fois qu'il manquait une seule brique à leur quota.
A présent, ils pouvaient avoir leur bâton en main, pour montrer qu'ils étaient leurs propres maîtres.

Le sacrifice devait être consommé rapidement afin que les juifs ne jouissent pas de son goût.
S'ils avaient pu le manger lentement, ils en auraient savouré la viande et auraient davantage pensé à leur satisfaction qu'au commandement Divin. La mitsva aurait été alors imparfaite.
Hachem dit donc : "Mangez-le à la hâte ; c'est un sacrifice Pessa'h pour Hachem" = en le mangeant à la hâte, ils ne dériveraient pas de plaisir physique de la viande et n'auraient pour objectif que l'offrande à Hachem.
[...]

"Mangez-le à la hâte" = il y avait un raison mystique à leur empressement. Les juifs avaient déjà franchi 49 des 50 portes d'impureté. S'ils avaient passé la 50e, ils n'auraient jamais pu quitter l'Egypte.

La sortie d'Egypte se produisit par l'intermédiaire de Moché qui ne pouvait lutter contre les Forces du mal existant au-delà de la 50e porte.
Moché lui-même avait pu franchir 49 portes de sainteté. Chaque porte qu'il avait passée lui avait donné le pouvoir de dominer les Forces de la porte d'impureté correspondante.
Or, puisqu'il n'avait eu accès qu'à 49 portes, il ne pouvait faire sortir son peuple que par la 49e porte d'impureté.
Si les juifs avaient traversé la 50e porte, aucun être humain n'aurait pu les en faire revenir.
Hachem avait donné à Avraham le choix que ses descendants connaissent l'exil ou le Guéhinam (purgatoire).
Avraham choisit l'exil afin que s'ils fautaient, ils ne soient pas éternellement condamnés au Guéhinam.

C'est pour cette raison que les juifs devaient être libérés par Moché, et non par D. Lui-même.
Si Hachem en personne avait libéré les juifs aucune nation n'aurait jamais plus été capable de les asservir.
Le choix que fit Avraham, l'exil plutôt que le Guéhinam, n'aurait donc pas pu prendre effet.

Par contre, la rédemption finale se produira par l'intermédiaire de Hachem seul.
A ce sujet, le prophète prédit : "Vous ne partirez pas à la hâte ('hipazon) ; vous ne vous enfuirez pas, car Hachem ira devant vous" (Yéchayahou 52,12).
La rédemption finale aura lieu par Hachem seul et non par un mortel.
Lorsque les juifs quittèrent l'Egypte, ils durent le faire rapidement parce que s'ils avaient franchi la 50e porte d'impureté, Moché n'aurait pas pu les en faire revenir.
Par contre, la rédemption finale sera accomplie par Hachem Lui-même ; de la 50e porte d'impureté, D. pourra les racheter.
Il n'y aurait plus d'exil par la suite puisque personne n'oserait plus jamais asservir les juifs.

[Méam Loez - Bo 12,11]

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+ "Les chaussures aux pieds et le bâton à la main"

-> Selon certains, les Nuées de Gloire conduisirent les juifs au mont Moriah à Jérusalem afin qu'ils puissent offrir le sacrifice de Pessa'h à l'endroit où serait, plus tard, construit le Temple.
Ensuite, les Nuées les ramenèrent à Ramsès d'où ils commencèrent leur périple dans le désert.

C'est en allusion à ce phénomène que Hachem dit, plus tard, aux juifs : "Vous avez vu ce que J'ai fait aux égyptiens, que Je vous ai portés sur des ailes d'aigle et vous ai amenés à Moi" (Chémot 19,4).
Hachem a précisé aux juifs qu'ils pourraient consommer le sacrifice Pessa'h "les chaussures aux pieds et le bâton à la main".
En effet, puisqu'il est interdit de marcher sur le Mont du Temple chaussé ou muni d'un bâton, les juifs avaient besoin d'une dispense particulière de D.
[Méam Loez - Bo 12,37]

"Hachem est passé par dessus les maisons des enfants d'Israël, lorsqu'Il a frappé les égyptiens, mais nos maisons Il [les] a sauvées" (Bo 12,27)

-> Le mot Pessa'h vient du fait que Hachem est passé (passa'h - פָּסַח) sur les maisons des juifs, entraînant qu'aucun juif ne soit mort pendant cette nuit (même de mort naturelle!).

=> Est-ce que nous devons comprendre cela de façon littérale : Hachem est passé directement au-dessus des maisons, tout en punissant les 1ers nés égyptiens?

-> Rabbi Moché de Sassov enseigne qu'en réalité c'est exactement ce qui s'est déroulé.

Lorsque Hachem arrivait à une maison égyptienne, immédiatement il ressentait l'impureté et le manque total de spiritualité qu'il y avait.

Lorsque Hachem arrivait à une maisons d'une famille juive, Il percevait la sainteté qui y rayonnait.
La beauté d'une maison juive, lieu remplie de mitsvot, et possédant un niveau de sainteté élevé, a tellement rendu heureux Hachem, que pour ainsi dire, à chaque fois qu'Il passait sur une maison juive Il s'est mis à danser, et à chanter joyeusement : "Ici vit un juif! Ici vit un juif!"

=> Ainsi, Hachem est littéralement passé sur le toit des maisons juives [y restant, y dansant et exprimant sa joie d'avoir un tel peuple!]
==> Le mot Pessa'h va donc bien au-delà d'un simple passage, puisqu'étant une déclaration d'amour Divine à notre égard!
Combien devons-nous nous en réjouir, en être fier et agir en responsabilité!!

"Au 10e jour de ce mois, que chacun se procure un agneau pour sa famille paternelle" (Bo 12,3)

-> Le 10 Nissan, Shabbath précédant la sortie d'Egypte, les juifs ont reçu l'ordre de prendre un agneau (shé - שֶׂה) pour le Korban Pessa'h.
Les lettres de ce mot sont l'acronyme de : שבת הגדול (Shabbath Gadol).

Ce Shabbath marquait la fin officielle des 430 années d'exil en Egypte.
Une allusion à cela se trouve dans les dernières lettres de Shabbath Gadol : ל et ת, dont la guématria est de 430.

Lorsque l'on prend les lettres restantes (autres que les 1ers et dernières) de ce mot : le ב de Sabbath, et גדו de Gadol, on a une guématria de : 15.
Cela correspond à la date du 15 Nissan, 1er jour de Pessa'h, où ce Korban Pessa'h devait être mangé entièrement, avant la sortie d'Egypte.

[Rabbi Zalman Bass]

"Hachem parla à Moché en ces termes : Consacre-moi tout premier-né, toutes prémices des entrailles parmi les enfants d'Israël, soit homme, soit animal" (Bo 13,2)

-> Rabbi Israël Friedman de Rozhin (Irin Kaddichin) enseigne :
"Consacre-moi tout premier-né" = par "premier-né", la Torah désigne la première pensée qui entre dans votre esprit lorsque vous vous levez le matin.
Dédiez cette pensée initiale à D.

Si vous vous levez en vous sentant joyeux, réjouissez Hachem, quelle que soit la 1ere pensée que vous ayez ("soit homme [liée à la spiritualité], soit animal [liée à la matérialité]"), liez-la à D.

Questions/Réponses – Paracha Bo

+ 3 Questions/Réponses - Paracha Bo :

1°/ Le Zohar haKadoch (II,38a) enseigne que la nuit de la libération d'Egypte, une énorme lumière a brillé entraînant qu'il faisait aussi clair qu'en pleine journée.
S'il n'a pas fait sombre et que la journée du 14 Nissan ne s'est jamais terminée, comment ont-ils pu dans ce cas réaliser la mitsva de : "Ils mangeront la viande cette nuit-là" (Bo 12,8)?

-> Le Mirkévet haMichné répond que durant la 1ere moitié de la nuit, lorsque les juifs ont mangé le sacrifice de Pessa'h, il faisait noir obscur comme habituellement la nuit, et c'était considéré comme la nuit du 15 Nissan.
Ce n'est que pendant la 2e moitié de la nuit, après que les premiers-nés égyptiens aient été tués, qu'il a fait clair comme en plein jour.

-> Le Targoum Yonathan ben Ouziel (19,4) écrit que pendant la nuit de la libération d'Egypte, Hachem a emmené les juifs sur l'endroit du Temple à Jérusalem afin d'y offrir et d'y manger leur sacrifice Pessa'h. Il les a ramenés en Egypte plus tard cette nuit là.
La lumière brillait en pleine nuit en Egypte, mais pas en terre d'Israël, ce qui leur a permis de manger le sacrifice durant la nuit du 15 Nissan, à Jérusalem.

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2°/ Selon Rachi (Bo 10,22), un des objectifs de la plaie de l'obscurité était : Israël comptait en son sein des réchaïm qui ne voulaient pas sortir [d’Egypte] et qui sont morts pendant les 3 jours de ténèbres. Il ne fallait pas que les égyptiens puissent assister à leur ruine et dire : "Eux aussi ont été frappés comme nous !"

Un autre Rachi (Béchala'h 13,18) nous apprend : Les juifs sont sortis d’Egypte à raison de 1 sur 5, les 4/5e étant morts pendant les trois jours de ténèbres.

=> Comment est-il possible de cacher autant de morts aux égyptiens, sans qu'ils ne le remarquent une fois la plaie terminée?

-> Le rav Yossef Sorotzkin (Mégued Yossef) suggère que la préoccupation principale était que les égyptiens ne soient pas directement témoins de la mort des juifs, et le fait qu'ils allaient en être au courant par la suite n'était pas un problème.
En effet, le sentiment de satisfaction de voir directement son ennemi dans une situation difficile ou embarrassante, ne peut en rien être comparable à ce qui peut être ressenti en l'apprenant verbalement.

[d'une certaine façon, les égyptiens auraient pu en venir à fêter les plaies, en se persuadant qu'il valait la peine de les subir si cela a finalement pu permettre la mort d'autant de juifs. En effet, dans sa folie l'être humain est prêt à toutes les souffrances, tant qu'il peut voir son ennemi à terre.]

-> Rav Shimon Schwab (Mayan Beit haChoéva - Béchala'h) est d'avis que les paroles de Rachi ne doivent pas être comprises littéralement. En effet, il y aurait eu sinon un deuil massif impliquant émotionnellement chaque juif restant en vie, et surtout cela aurait généré une profanation du Nom d'Hachem parmi les égyptiens.
[ex : nous on les a fait souffrir, et leur D. il a fait encore bien pire : Il les a pratiquement tous tués!]

Après le 1er meurtre de l'Histoire, Caïn a été puni non seulement pour avoir tué Hével, mais également pour toute la descendance qui aurait pu potentiellement venir de lui.
(cf. Rachi (Béréchit4,10) : Son sang (de ton frère) et le sang de ses descendants).

Le rav Schwab affirme qu'il en est de même ici.
En réalité, il y a eu un nombre faible de juifs qui sont morts pendant la plaie des ténèbres, mais il a été pris en compte l'ensemble de leurs potentiels descendants, et l'on arrive alors à un nombre équivalent à 4 fois la population juive totale qui a quitté l'Egypte.

[on peut apprendre de là l'implication que doit avoir un enseignant avec ses élèves. Dans sa classe, il ne doit pas voir un cumul de 1 élève, mais il doit prendre en compte les millions de leurs descendants potentiels, dont leur destin va dépendre de l'éducation, de l'attitude qu'il aura sur leur ancêtre ici présent.]

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3°/ "Le 14e jour du mois, au soir vous mangerez des matsot" (Bo 12,18)

=> Comment comprendre que de nos jours, nous mangeons de la matsa le 15 Nissan au soir?

-> Le Panim Yafot (Noa'h 8,22) répond qu'avant que la Torah ne soit donnée, les juifs utilisaient le même concept de journée que les non-juifs : début le matin pour finir le soir.
Ce n'est qu'après avoir reçu la Torah, que nous avons changé vers un système où une journée démarre la veille au soir.

En se basant sur cela, le rav Aharon Leib Steinman (Ayélet haCha'har) répond à notre question.
En Egypte, les juifs ont reçu l'ordre de manger des matsot pendant ce qui était pour eux la nuit du 14 Nissan, ce qui correspond de nos jours à la nuit du 15 Nissan.

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+ Bonus (b'h) :

-> La Mékhilta nous rapporte que : "Les égyptiens avaient l'habitude d'enterrer leurs morts dans leur maison. Pendant, la nuit de la 10e plaie, les chiens ont creusé et ouvert ces tombes.
Ils en ont retiré les ossements des premiers-nés enterrés, et ils ont joué/promenés joyeusement avec ces os.
Cela a été aussi douloureux pour les égyptiens que le jour où ils ont pu enterrer leurs enfants."

Rabbi 'Haïm Palagi compare cela à la coutume de taper fortement lorsque le nom de Haman est prononcé durant la lecture de la méguilat Esther.
En effet, selon lui, une explication à cela est que chacun de nos coups va entraîner une souffrance terrible à l'âme et aux os de Haman, qui les ressent au plus profond de lui-même.

Ainsi, il en a été de même au cours de cette 10e plaie, lorsque les chiens ont joué avec les os des premiers-nés, cela a entraîné des souffrances énormes à ces âmes égyptiennes déjà décédées.

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-> "Les coursiers sortirent en toute hâte par ordre du roi, et l'édit fut publié ... et la ville de Suse était dans la consternation. Mordé'haï eut connaissance de tout ce qui s'était passé" (Méguilat Esther 3,15 & 4,1)

=> Comment se fait-il que Esther n'était pas au courant du décret, alors que Mordé'haï et tous les habitants de la ville le savaient?

-> Le midrach (Yalkout Chimoni Kohélet 978 ; Kohélet rabba 8,5) explique que Esther n'a pas entendu le décret de Haman car elle était occupée avec la mitsva de biour 'hamets (détruire le 'hamets avant Pessa'h).

-> Dans son commentaire sur ce midrach, le Maharzou note que Haman a émis son décret le 13 Nissan (cf. Méguilat Esther 3,12), et à ce moment Esther était méticuleusement en train de se préparer à Pessa'h et à la mitsva de bédikat 'hamets (rechercher dans sa maison le 'hamets).

-> Le Eits Yossef (sur le midrach) ajoute que ce mérite l'a protégée lorsqu'elle a risqué sa vie en allant parler directement au roi A'hachvéroch sans en avoir été appelée au préalable.

[En effet, il est écrit : "si quelqu'un ... pénètre chez le roi, dans la cour intérieure, sans en avoir été convoqué, une loi égale pour tous le rend passible de mort ; celui-là seul à qui le roi tend son sceptre d'or aura la vie sauve. Or moi, je n'ai pas été invitée à venir chez le roi depuis 30 jours." (Méguilat Esther 4,11)
"... Esther se revêtit de ses atours de reine et se présenta au ... roi ... le roi tendit à Esther le sceptre d'or qui [était] dans sa main" (Méguilat Esther 5,1-2)

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-> "Et vous direz : c’est un sacrifice de Pessa’h"

Le Midrach dit : On tire de là qu’il faut étudier les 'halakhot de Pessa’h 30 jours avant la fête.

Le Séfer "Lé'hem Oni" l’explique ainsi :
- La moitié de la lettre pé (valeur numérique: 80) est la lettre mem (valeur numérique: 40) ;
- la moitié de la lettre samekh (valeur numérique: 60) est la lettre lamed (valeur numérique: 30) ;
- et la moitié de la lettre ‘het (valeur numérique: 8) est la lettre dalet (valeur numérique: 4).
=> on trouve explicitement la lettre lamed (ל soit en forme écrite : למד).
Ce qui signifie: quand tu sacrifies le mot Pessa’h (פסח) en le coupant en deux, il y aura lamed, alors "vous direz" les halakhot de Pessa’h avant la fête, 30 (valeur du lamed - ל) jours avant la fête.
[Yalkout HaOurim]

"Pharaon leur dit : Allez, servez Hachem votre D. Quels sont ceux qui iront?" (Bo 10,8)

-> Pharaon va demander : "mi vami aolé'him" (Quels sont ceux qui iront? - מי ומי ההלכים), qui a la même guématria que : "Kalev bin Noun" (כלב ובן נון), avec 216.

En effet, Pharaon a pu voir par ses astrologues que la totalité de la génération allait mourir dans le désert à l'exception de "Kalev ben Yéfouné" et de "Yéhochoua bin Boun".

C'est pourquoi, Moché lui répond : "C'est avec nos jeunes et nos vieillards [que nous irons]" (v.10,9) = le décret ne concerne pas les jeunes de moins de 20 ans et les personnes âgées de plus de 60 ans.

[Baal haTourim]

"Ce mois-ci [Nissan] sera pour vous le commencement des mois, il sera pour vous le 1er des mois de l'année" (Bo 12,2)

-> La mitsva de proclamer le nouveau mois, est la 1ere donnée au peuple juif dans son ensemble.

-> Le mot : 'hodech (mois), est similaire à : 'hidouch (nouveau).
En disant que Nissan est le 1er de tous les mois, cela implique qu'il est à l'origine de toutes les nouveautés et de tous les miracles que Hachem va réaliser dans le futur.

Ainsi, bien que Tichri soit le 1er mois de la Création, Nissan est appelé le 1er, car c'est le plus important de tous les mois.
[Rabbi Gavriel Margolis - Torat Gavriel]

-> Le mois de Nissan est appelé : חודש אביב ('hodech aviv - mois du printemps), qui est la contraction de אב et de יב : le père de 12.
Ce mois est le "père" des 12 mois de l'année.
[Mégalé Amoukot]

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-> "Depuis qu’Hachem a choisi Son monde, il a choisi également Son premier mois parmi tous les mois de l’année : Nissan qui sera aussi Roch Hachana laMélakhim.
Lorsqu’Hachem a séparé Yaakov et ses enfants comme peuple, il leur a choisi également le mois de Nissan pour être libérés d’Egypte. Hachem a également choisi le mois de Nissan pour donner les bénédictions à Yaakov ; il a également choisi le mois de Nissan pour la naissance d’Its'hak ainsi que son sacrifice en tant que ‘’ola’’ par Avraham. C’est également ce mois qu’Il a choisi pour la délivrance finale.
C’est ce que dit le verset !: "Ce mois sera pour vous… le premier pour vous", ce qui veut dire le mois le plus important pour vous."
[midrach Chémot rabba 15,11]

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-> La guémara (Roch Hachana 11a) dit que le mois de Nissan a été choisi pour être celui durant lequel le peuple juif a été libéré d'Egypte, et ce sera également celui durant lequel le peuple juif mérita la géoula.

Cependant, puisque nous devons tous anticiper la venue du machia'h à chaque instant, comment concilier cela pendant les autres mois de l'année, où à priori selon la guémara il ne doit pas venir?

Le Agra déKalla, cite le rabbi Ména'hem Mendel de Riminov, qui affirme que les premiers 12 jours du mois de Nissan, représentent les 12 mois de l'année, et ils ont une influence sur l'année toute entière.

En réalité, le machia'h peut venir toute l'année, et c'est pourquoi nous devons l'attendre impatiemment chaque jour.
Nissan étant le 1er mois de l'année juive, ses 12 premiers jours comprennent les racines de tout ce qui va se dérouler durant l'année à venir.
Ainsi, peu importe le mois où la guéoula aura lieu, celui-ci a un jour le représentant durant le mois de Nissan, qui a cette particularité d'inclure en lui tous les autres mois à venir.

De même, la guémara (Béra'hot 56a) dit que le 1er mois est appelé Nissan, car tous les miracles (nissim) sont inclus en lui.
Tous les miracles qui vont avoir lieu pendant toute l'année à venir, ont leur source spirituelle dans le mois de Nissan.

[le Béer Moché]

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-> La guémara (Roch Hachana 10b) rapporte une divergence à savoir si le monde a été créé au mois de Tichri ou bien en Nissan.

Selon l'opinion que le monde a été créé en Tichri, comment comprendre que Nissan puisse être caractérisé de "1er mois de l'année"?

Jusqu'au moment de la sortie d'Egypte, les gens en général étaient faibles dans leur foi en Hachem, et la majorité du monde niait même son existence.
Cependant, au cours de la sortie d'Egypte, tout le monde a pu voir la grande main de D., et ils ont alors cru en Lui.

De ces miracles incroyables, l'humanité a alors compris, que c'est Hachem qui donne en permanence le flux de vie au monde, afin de lui permettre de continuer à exister.
En effet, s'Il arrêtait de donner la vie, ne serait-ce qu'un seul instant, le monde disparaîtrait immédiatement.

Ainsi, c'est pendant le mois de la sortie d'Egypte que la émouna (foi) en Hachem s'est fortement renforcée, et ce fût alors la plus grande chose qui soit arrivée depuis la création.

=> Tichri est le mois où le monde a été créé par Hachem, et Nissan est le mois où le monde a été créé aux yeux de l'humanité, par une prise de conscience de ce fait suite à la sortie d'Egypte.

['Hatam Sofer]

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-> Le rav David Pinto (La voie de à suivre - n°1171 [année 2021]) enseigne :
La seule créature sur laquelle nous pouvons déceler de façon sensible le renouvellement est la lune.
Durant les 6 jours de la Création, Hachem créa un monde parfait, dépourvu de tout péché. Puis, lorsque Adam fauta en consommant du fruit de l’arbre de la connaissance, il porta atteinte à cette faculté de renouvellement, atteinte qui accompagnera le peuple juif tout au long des générations.

Dans Sa grande Miséricorde, Hachem voulut pardonner ce péché à Ses enfants et c’est pourquoi Il leur prescrivit la mitsva de bénir la nouvelle lune. Car, chaque fois qu’ils prononcent la bénédiction sur celle-ci, ils en viennent à renouveler également leur propre âme et à la purifier de la souillure provoquée par le péché d’Adam.

Ainsi donc, cette mitsva a été donnée aux enfants d’Israël en Egypte, car elle détient le pouvoir de renouveler l’âme et de la nettoyer de toutes ses impuretés, ce qui était alors nécessaire, étant donné qu’ils étaient plongés dans le 49e degré d’impureté (Zohar ’Hadach - début de Yitro).
De plus, du fait qu’ils se trouvaient à ce piètre niveau, ils devaient lever leur tête en direction du ciel, afin de se rappeler "qui a créé ceux-là" (Yéchayahou 40,26). D’où une raison supplémentaire à l’accomplissement de cette mitsva, à ce moment-là.

Le jour de Roch ’Hodech est propice au pardon des fautes, car Hachem l’assimile aux 6 jours de la Création, durant lesquels le monde était encore nouveau et dépourvu de tout péché. C’est la raison pour laquelle le peuple juif recevra plus tard la mitsva d’apporter un bouc en sacrifice expiatoire le premier du mois.

-> Le rav David Pinto (La voie de à suivre - n°1067 [année 2019]) écrit :
Hachem dit à Moché : "Ce mois-ci est pour vous le commencement des mois".
Les mots Roch 'Hodech peuvent être interprétés dans le sens de roch mé'houdach, une tête renouvelée, exempte de toute faute, un nouveau départ spirituel. Car, de même que la lune se renouvelle chaque mois, l’homme doit renouveler son esprit et sa manière de réfléchir et les nettoyer de toute impureté qui se serait attachée à eux.
Il lui incombe de procéder mensuellement à un examen de conscience, d’examiner sa conduite et, s’il y trouve la moindre scorie, de la corriger immédiatement.
De cette manière, il méritera d’avoir une "nouvelle tête", toute propre pour servir correctement Hachem.

Si l’on réfléchit aux différentes phases de la lune, on notera qu’au début du mois, elle n’est pas encore visible, le lendemain, elle commence à apparaître faiblement, puis elle devient de plus en plus grande jusqu’à ce qu’on aperçoive finalement la pleine lune.
Le Créateur nous a donné la mitsva de sanctifier la nouvelle lune afin qu’on en déduise une leçon relative à notre service divin : il doit être progressif. Nous devons chaque jour avancer un peu dans notre ascension spirituelle, de sorte à parvenir, en fin de parcours, à la plénitude.

Tel est le profond secret de la mitsva de sanctification de la nouvelle lune. Hachem attend de l’homme, au moins une fois par mois, qu’il lève ses yeux vers le ciel pour contempler la lune et méditer sur son renouvellement.
Il y puisera une leçon édifiante quant à son devoir de progresser sans cesse en Torah et en crainte de D. afin de parfaire son âme.
Quiconque met à profit cette opportunité mensuelle de prendre exemple de la lune peut être assuré qu’il jouira d’un renouvellement et d’une purification de son esprit.
A l’instar de la lune, il s’efforcera de se renouveler dans son service divin, et l’esprit dépourvu de toute souillure s’y vouera avec un élan de pureté revigoré.

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-> "Ce mois-ci est pour vous le premier des mois"

Un jour, on a demandé à un certain Sage comment le mois de Nissan avait mérité d’être le premier mois de l’année.
Il répondit : Parce qu’il contient beaucoup de tracas et d’ennuis, les durs travaux du nettoyage de Pessa’h.
Par conséquent, il semble que le mois de Nissan fasse souffrir Israël, et les Sages (guémara Guitin 56b) ont dit : "Quiconque fait souffrir Israël devient le premier".
[rapporté dans "La voie de à suivre" (n°244) du rav David Pinto]

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-> Selon rabbénou Tam, en Tichri Hachem a créé le monde en théorie, tandis qu'en Nissan, il a mis Ses "pensées" en pratique et a créé le monde dans la réalité.

=> Si le monde a été concrètement créé en Nissan, pourquoi le jour du jugement des Créatures a lieu en Tichri?

Le Ginzé Israël (rabbi Israël Friedman) répond :
De même que Hachem a créé par la pensée l'homme au mois de Tichri, il nous juge en Tichri, car dans Son infinie miséricorde, bonté, Il nous juge en fonction de notre état du moment. Ainsi, Il accepte de nous juger en y incluant nos pensées et nos bonnes intentions au moment du Jugement, en les comptant à notre actif alors même que nous n'avons encore rien fait concrètement.

[les 6 jours de la Création ont commencé le 25 Elloul, pour se terminer le 1er Tichri avec la Création de l'Homme.
C'est véritablement le jour de la Création du monde, car la raison de toute création antérieure ne l'a été que pour la venue de l'homme (et en particulier celle du peuple juif).]

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+ "Chacun des jours du mois de Nissan ont la sainteté de Roch 'Hodech."
[Chla haKadoch]

-> Les 30 jours de Nissan, chacun correspondant à un Roch 'Hodech, représentent 30 mois, soit 2 ans et demi.

Beit Chamaï et Beit Hillel ont débattu pendant 2 ans et demi pour savoir s'il aurait mieux valu que l'homme soit créé ou pas (guémara Erouvin 13b).

Les Tossafot disent que si c'est un tsadik, alors il évident que c'est mieux qu'il ait été créé.
Or, il est écrit : "koulanou tsadikim" = les membres de la nation choisie par D. sont tous des tsadikim.

Hachem a choisi la nation juive au mois de Nissan, et c'est considéré comme le commencement du monde, car c'est à ce moment que la Création du monde s'en est trouvée justifiée. (tous les juifs étant alors des tsadikim)

=> Ainsi, les "2 ans et demi" (30 jours) du mois de Nissan, font allusion à cette dispute entre Beit Chamaï et Beit Hillel.

['Hatam Sofer]

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-> "Moché montra la nouvelle lune à Israël et lui dit : Lorsque vous la verrez ainsi, fixez le nouveau mois pour toutes vos générations" [c'est-à-dire que la sanctification des mois dépend du peuple juif].
[Mékhilta - Bo 12,2]

-> "Voici les moments fixés (moadé) de Hachem que vous désignerez comme convocations saintes" (Emor 23,37)

Le midrach (Yalkout Chimoni Chémot 191) commente :
"Si vous les désignez, elles seront Mes convocations saintes. Et sinon, elles ne seront pas Mes convocations. [...]
Les Anges de service se rassemblent devant Hachem et Lui demandent : "Maître du monde! Quand tombe Roch Hachana?"
Il leur répond : "Est-ce donc à Moi que vous posez la question? Moi et vous devons aller la poser au Tribunal d'en bas!" [cela dépendra de sa déclaration]"

-> Selon le Saba de Slabodka (Ohr haTsafoun), c'est ainsi que lorsqu'une date est fixée ici-bas, même D., si l'on peut dire, ne peut rien y changer, avec toutes les conséquences que cela peut avoir!

Nos Sages (Mékhilta - Bo) disent qu'Adam, le premier des hommes, comptait le temps en fonction du cycle solaire, et que tous les Patriarches agirent de même.
Or voilà que dans ces versets, la Torah ordonne aux juifs de bouleverser tous les calculs antérieurs et d’entamer un nouveau mode de comptage. Désormais la fixation des mois dépend de la décision des hommes.
En effet, dès que le Beit Din proclame : "Sanctifié! Sanctifié!", le nouveau mois débute, même si la date ne correspond pas avec la nouvelle lune.
Ce pouvoir est attribué aux hommes, même s'ils devaient commettre une aberration exprès ou par méprise.

De plus, le Beit Din est également en mesure de déclarer une année embolismique (13 mois au lieu de 12), modifiant alors tout le calendrier.
D'ailleurs, le Yalkout Léka'h Tov (rav Beifuss) enseigne que cette déclaration va en réalité plus loin.
Par exemple, lorsque le Beit Din décide d'ajouter un mois supplémentaire à l'année, cela va entraîner que la puberté de tous les jeunes gens [en âge d'être bar mitsva] va être repoussée d'un mois entier.

=> La mitsva de sanctification du nouveau mois nous permet de se rendre compte à quel point Hachem nous a "cédé" certains de Ses pouvoirs.
Non seulement nous avons une partie divine en nous (l'âme), mais en plus nous avons une capacité à faire des actions qui ont des conséquences digne de D.

Cette prise de conscience du fait que Hachem a mis en nous des capacités phénoménales, doit renouveler notre motivation et notre fraîcheur à les exploiter au mieux, avec responsabilité.
Le 'Hidouché haRim enseigne que la mitsva de sanctifier le mois, peut être comprise comme la capacité que donne D. aux juifs de créer de la nouveauté et de la fraîcheur dans leur vie ((it'hadchout - התחדשות).

[Il est intéressant de constater que le peuple juif décide des dates des moadim (fêtes), mais cependant le Shabbath reste fixe tous les 7 jours depuis la Création.
Cela symbolise bien le fait que Hachem est et restera toujours Le Maître absolu sur tout, même s'il peut nous donnant beaucoup de pouvoirs divins.]

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+ La sanctification de la lune :

-> Rabbi Yo'hanan dit : Prononcer la bénédiction sur la lune est semblable à accueillir la face de la Ché'hina (Présence Divine).
[guémara Sanhédrin 42a]

-> "En sanctifiant la nouvelle lune au début de chaque mois, le peuple juif témoigne que D. renouvelle sans cesse le monde."
[Rabbénou Bé'hayé]

-> Le peuple juif compte ses mois en se basant sur la lune, qui règne de jour comme de nuit.
Cela fait allusion au fait que les juifs mériteront à la fois ce monde-ci (la "nuit", où Hachem n'est pas clairement visible) et le monde à venir (le "jour").
Le peuple juif parvient à voir Hachem même dans l'obscurité de ce monde.
[midrach Béréchit rabba 6,3]

[à l'image de la lune qui va alterner entre une phase pleine, et une phase d'absence, le peuple juif est éternel, avec des périodes "agréables" et d'autres plus difficiles.
De même au niveau individuel, nous avons des périodes d'obscurité, où il peut nous sembler que D. n'est plus là pour gérer le monde, à l'image des moments où la lune n'est pas visible, comme absente.

Nous sanctifions la lune dans sa période de développement, comme pour pleinement remercier Hachem de sans cesse renouveler nos forces individuelles et collectives.
Nous réveillons également notre conscience au fait que de même la lune est toujours là, de même Hachem est toujours présent à nos côtés, même lorsque nous ne le voyons plus!]

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-> Le Maharil ne récitait pas la bénédiction sur la lune (kiddouch haLévana) lorsqu'un yom tov tombait à la sortie de Shabbath.
Pourquoi cela?

Car lorsque l'on récite cette bénédiction, nous recevons la présence divine, et c'est comme si on allait au Ciel.
Or, puisqu'à Yom Tov (comme durant Shabbath), nous n'avons pas le droit de sortir du té'houm (la limite de 2000 ama, après la dernière habitation), il ne récitait pas la bénédiction sur la lune, puisque aller au Ciel est une distance supérieure au té'houm.

[la halakha ne suit pas son avis, et il est possible de dire la birkat halévana à yom tov]

[le Taz - Ora'h 'Haïm 426,1]

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-> On ne doit pas dire la birkat halévana sous un toit, mais directement sous le ciel.
En effet, puisque réciter cette bénédiction est équivalent à accueillir la présence divine, il n'est pas respectueux de se tenir sous un toit, mais on doit être à l'extérieur à l'image d'une personne allant à la rencontre d'un roi mortel.
[Michna Broura 426,1]

-> Un des textes que nous lisons après la Birkat haLévana est :
"On enseigne dans le Beit midrach de Rabbi Ichmaël : Si les juifs avaient uniquement reçu le mérite de recevoir la face de leur Père qui est dans les cieux une fois par mois, cela leur aurait suffi".
=> Cela signifie que ce grand mérite de sanctifier la nouvelle lune, aurait suffi à légitimer l’existence du peuple d’Israël durant toute l’histoire.

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-> "Les nations du monde construisent leur calendrier autour du soleil, tandis que les juifs se basent sur la lune.

Les non-juifs peuvent survivre tant que la lumière brille sur eux, mais dès qu'ils rencontrent l'obscurité, ils meurent et disparaissent de l'Histoire.
Cependant, à l'image de la lune qui brille même pendant l'obscurité de la nuit, les juifs survivent et diffusent de la lumière dans l'obscurité."
[Sfat Emet]

-> Le rav Eliyahou Lopian dit : les véritables Bné Torah vivent une vie de simplicité matérielle. Leur maison manque beaucoup de luxes et de nécessités, dont leur entourage ne peut pas se passer.
[On pourrait en venir à penser qu'ils vivent dans l'obscurité absolue]
En réalité, ces gens pleinement dévoués à la Torah ressentent une réelle satisfaction, et aucune privation.

[la lune n'a pas de lumière propre, elle ne fait que refléter celle du soleil.
En sanctifiant la lune, nous exprimons la réalité qu'à l'image de la lune, nous n'avons d'existence que grâce aux forces de vie, que Hachem nous envoie.
Toute personne, toute espèce vivante, s'éteint à la seconde même où D. le décide.

Un juif n'a pas de plus grand joie que de se lier à Son Créateur par la Torah, les bonnes actions.
Le fait d'être trop plongé dans la matérialité, agit comme des nuages cachant la lune, cela créé une distanciation, des séparations avec D.

Crées à l'image de Hachem, nous nous devons de travailler à illuminer l'obscurité de ce monde, à l'image du soleil avec la lune (ex: un sourire, des paroles de émouna, être exemplaire selon la volonté de D., ...).]

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"Ce mois-ci [Nissan] sera pour vous le commencement des mois, il sera pour vous le 1er des mois de l'année" (Bo 12,2)

=> Est-ce que les juifs réalisaient la mitsva de sanctifier la lune dans le désert?

-> Rabbénou 'Hananel explique que dans le désert les juifs étaient entourés par les Nuées de Gloire (Anané haKavod), entraînant qu'ils ne pouvaient voir ni la lune, ni le soleil. C'est pourquoi, ils sanctifiaient le nouveau mois, non pas en se basant sur des témoignages de témoins, mais plutôt sur le calcul de quand cela va se produire, comme nous le faisons de nos jours.

La guémara (Baba batra 75a) rapporte que les Anciens du peuple se sont attristés car ils ont remarqué que le visage de Moché étaient comparable au soleil, et celui de Yéhochoua à la lune.
Cela témoignait de la différence de niveaux entre eux 2, et les Anciens se sont attristés à l'idée de ne pas avoir pu profiter davantage de l'incroyable grandeur de Moché, pour encore plus s'élever spirituellement.

Le rav Yonathan Eibschutz fait remarquer que si c'est uniquement les Anciens qui ont pu faire cette comparaison, c'est parce qu'après 40 années dans le désert sans pouvoir observer la lune et le soleil, c'était les seuls qui pouvaient véritablement se rappeler à quoi cela ressemblaient (lune, soleil)!

-> Le rav Aharon Leib Steinman est d'avis que les Nuées étaient par nature des réalités spirituelles, et non physiques.
Le 'Hazon Ich maintient également qu'il était tout à fait possible de voir le soleil et la lune au travers des Nuées. Cependant, de même que nous ne pouvons pas faire le kidouch haLévana si l'on regarde une lune voilée par des nuages, de même dans le désert ils ne pouvaient pas sanctifier la lune en la regardant au travers des Nuées.

"Hachem dit à Moché : Viens chez Pharaon (bo él Pharaon - בֹּא אֶל-פַּרְעֹה)" (Bo 10,1)

-> Viens chez Pharaon : Si l'on va littéralement dans le mot : Pharaon (פַּרְעֹה), on a :
- la lettre pé qui s'écrit pleinement : פה, et sa lettre interne est le : ה ;
- la lettre réch s'écrit en totalité : ריש, avec en intérieur : יש ;
- la lettre ayïn s'écrit pleinement : עין, avec intérieurement : ין ;
- la lettre hé s'écrit en totalité : הא, avec à l'intérieur : א.

Lorsque l'on va à l'intérieur du mot (dans) : Pharaon, on obtient les lettres : ה ; יש ; ין et א, qui ont une guématria totale de : 376.
C'est la même que : Essav (עשו), c'est-à-dire : Edom, qui est le dernier exil. ["Essav, c’est Edom" - Vayichla'h 36,1]

=> Cela fait allusion au fait que nous serons délivrés de l'exil d'Edom par ces mêmes plaies.

Littéralement les mots : בֹּא אֶל-פַּרְעֹה (Viens chez Pharaon) signifient : בֹּא (guématria de 3) chez פַּרְעֹה (valeur de 355), soit : 358, qui est celle de : machia'h (משיח).

[le Gaon de Vilna]

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-> "Hachem dit à Moché : Viens chez Pharaon"

Le rabbi Mendel de Kotzk enseigne que Hachem ne dit pas à Moché : "Va chez Pharaon", car on ne peut jamais s’éloigner du Créateur, Sa gloire emplissant le monde entier.
C’est pourquoi Il lui dit : "Viens chez Pharaon", sous-entendu : "Viens avec Moi chez Pharaon, car Je suis à tes côtés en tout lieu où tu te rends."

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-> La phrase "Viens chez Pharaon" sous-entend : "Allons-y, Moi et toi".
Pourquoi Hachem devait-Il accompagner Moché?
Parce que ce dernier ne voulait plus se rendre chez Pharaon : il s'était tellement sanctifié avec la 7e plaie que ses yeux ne supportaient plus de voir la face d’un racha.
[Zohar - 2e partie, 34a]

-> Le rav David Pinto commente :
Hachem signifiait par cela à Moché : "J'entrerai en premier chez lui et Je supprimerai l'écorce qui l'entoure. Alors, vous pourrez entrer à votre tour sans aucune crainte."
Il est fait allusion à cette idée dans le mot "Bo" (בֹּא) : la lettre "beit" (ב - de valeur
numérique deux) est une allusion à Moché et Aharon, et le "aleph" (א - de valeur numérique un) est une allusion au Maître du monde, à l'Unique (Hachem).
[...]
Selon la guémara (Kidouchin 30b) : "Le yétser ara cherche chaque jour à nous vaincre et à nous tuer, et sans l’aide de Hachem, nous ne pourrions pas le vaincre".
[Pharaon symbolise le yétser ara] ...
Hachem a créé le yétser ara pour qu'il nous importune : de notre côté, nous devons nous éveiller et nous battre contre lui.
En voyant cela, Hachem renforce le yétser ara pour qu'il continue à nous contrarier.
Mais si nous ne cessons pas de lutter et de nous opposer à lui, Hachem nous devance et détruit l'écorce du yétser ara.
En conséquence de l'apparition de la Présence Divine, nous recevons des forces de sainteté exactement au moment où l'écorce se soumet.

["Viens chez Pharaon" = si tu fais l'effort de lutter contre ton yétser ara, alors Hachem vient avec toi et anéantit le yétser ara.
Ceci permet à Hachem de nous donner le meilleur sans que cela le soit gratuitement ("pain de la honte"), mais basé sur ce que nous avons pu faire. (la joie est totale car nous avons l'impression de le mériter, même si en réalité sans D. nous en pouvons rien!)]

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-> "Hachem dit à Moché : Viens chez Pharaon" (bo él Pharaon - בֹּא אֶל-פַּרְעֹה)"

Le Noam Elimélé'h explique que : "bo" signifie aller d'une façon répétée, tandis que "lé'h" (לך) signifie y aller qu'une seule fois.
Hachem demande à Moché d'aller souvent chez Pharaon.
Pourquoi cela?

Pharaon représente le yétser ara.
Or, il est marqué : "Viens chez Pharaon car j'ai endurci son cœur".
Nous devons tous les jours se parler à soi-même des paroles de émouna, de crainte d'Hachem, ... et alors avec le temps elles vont finir par entrer dans les profondeurs de notre être, de notre cœur.
[et alors Pharaon laissera partir les Bné Israël = notre yétser ara nous laissera plus facilement faire la volonté de D.]

Nos Sages disent qu'il ne suffit pas de mettre les téfilin sur la tête, mais nous devons également internaliser le message que les téfilin nous enseignent.
Par exemple, les téfilin doivent nous rappeler tous les jours, encore et encore, que c'est Hachem qui nous a fait sortir d'Egypte, qu'Il peut absolument tout faire, que rien ne se passe sans un décret de Sa part ...
Au fur et à mesure, nous ne mettons plus les téfilin sur la tête, mais bien dans la tête!

-> Le Baal haTanya fait remarquer que dans la 1ere phrase du Shéma, le mot : "é'had" (אחד) a un dalét (ד) qui est écrit en grand. Cela ressemble à un marteau, allusion à l'idée qu'il faut marteler tous les jours ces notions de l'Unicité d'Hachem, pour que cela pénètre vraiment en nous.

-> "éémanti ki adaber" (J’ai de la émouna car je parle – Téhilim 116,10)
Le rav Lévovitz explique que le fait de parler de la émouna amène sur nous de la émouna.