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"Comme on emmenait [Tamar], elle envoya dire à son beau-père" (Vayéchev 38,25)

-> Nos Sages apprennent de ce verset : "Il est préférable de se jeter dans une fournaise plutôt que d'humilier son prochain en public." (guémara Béra'hot 43b)

Rachi explique : "Elle aurait en effet pu déclarer ouvertement : "Ces objets [laissés en gage] appartiennent à Yéhochoua, car je suis enceinte de lui".
Au lieu de cela, elle a dit : "Je suis enceinte de l'homme à qui ces choses appartiennent" : s'il avoue, tant mieux, et s'il refuse, je préfère être brûlée vive plutôt que de l'humilier."

-> Pourquoi la guémara emploie-t-elle l'expression : "il est préférable", plutôt que : "l'homme doit"?

Le rav Yéhouda Leib 'Hasman (Ohr Yahel) explique que par cela nos Sages formulent un principe édifiant : il est effectivement préférable pour tout homme lucide de se jeter dans une véritable fournaise, plutôt que d'avoir un jour à endurer les souffrances du feu de l'enfer (guéhinam) suscité par l'humiliation causée à autrui.

Pour beaucoup de personnes, la satire, les vexations et autres railleries infligées à leurs semblables sont une manière comme une autre d'acquérir un prestige certain dans la société.
Or, selon nos Sages, si nous avons le choix entre soit être brûlés vifs, soit attenter au respect d'autrui, notre décision ne doit faire l'objet d'aucun doute : il est mille fois préférable d'endurer des souffrances dans ce monde, que d'avoir à payer une humiliation (petite ou grande) de notre prochain dans le monde à venir.

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-> Dans la guémara (Kétoubot 63b), il est raconté que dans le quartier du Sage Mar Oukva, vivait un pauvre que ce maître soutenait financièrement.
Pour ce faire, il glissait chaque jour, en toute discrétion, 4 pièces d'or par la charnière de sa porte, sans jamais dévoiler au pauvre homme son identité.

Un jour cependant, ce dernier décida de savoir qui était son énigmatique bienfaiteur en le guettant furtivement.
S'étant ce même jour attardé à la maison d'étude plus que de coutume, Mar Oukva se rendit chez son protégé accompagné de sa femme.
Dès que l'indigent vit le couple apparaître, il sortit de sa cachette et se précipita sur lui.

Le maître et son épouse, réalisant qu'ils étaient sur le point d'être découverts, tournèrent aussitôt les talons et prirent la fuite.
Sur leur route, ils aperçurent un grand four dans lequel ils s'engouffrèrent. Malheureusement, celui-ci venait seulement d'être éteint, et sa température était encore très élevée : à sa grande consternation
Mar Oukva sentit que ses pieds commençaient à brûler par la chaleur du sol. Sereine, sa femme lui proposa de grimper sur ses propres pieds, car la chaleur ne l'affectait pas.
Constatant combien le mérite de sa femme dépassait le sien, puisqu'elle seule ne subissait pas l'effet du feu, Mar Oukva ne pu cacher son désarroi et sa déception quant à son propre niveau.

Mais son épouse vertueuse le rassura aussitôt : "Comme je reste généralement à la maison, et je peux ainsi leur offrir du pain, de la viande et toutes sortes de denrées alimentaires. Toi en revanche, tu ne leur distribues que de l'argent, ce qui contraint ces pauvres gens à préparer eux-mêmes les repas."

=> Pourquoi mirent-ils leur vie en danger pour éviter que le pauvre ne les reconnaisse?

Mar Oukva savait qu'il fallait opter pour ce choix par nécessité, qu'il valait mieux se jeter dans les flammes d'un incendie plutôt que d'être à l'origine d'une humiliation.

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-> Dans la ville de Brisk, on avait l'habitude de se rendre au cours de rabbi Yéhochoua Leib Diskin, à l'issue du Shabbath.
Il arriva une fois que le bedeau confondit le sel et le sucre et, comme la santé du rav réclamait quotidiennement une importante dose de sucre, il versa plusieurs bonnes cuillères de sel dans sa tasse de thé brûlante.

Le Maharal Diskin avala quelques gorgées de l'infect breuvage, sans manifester le moindre haut-le-cœur, tant et si bien que son auditoire ne remarqua aucun changement dans son attitude.
Pendant que le maître buvait, sa femme s'aperçut tout à coup de la méprise et s'exclama soudain : "Il y a du sel dans ta tasse de thé!"
Les personnes présentent, qui goûtèrent plus tard à ce liquide, furent proprement stupéfaites par la maîtrise de soi dont avait fait preuve le rav en absorbant cette boisson : il était même parvenu à réprimer la nausée suscitée par ce goût insoutenable.

Plus tard, sa femme l'interrogea sur son comportement, et lui demanda comment il avait pu boire de ce breuvage qui aurait pu porter atteinte à sa santé, alors que la Torah (Dévarim 4,15) déclare clairement : "Prenez bien garde à votre vie!"

Il lui répondit : "Les Sages n'ont-ils pas énoncé explicitement : "Il est préférable pour l'homme de se jeter dans une fournaise plutôt que d'humilier son prochain en public!" "

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La guémara (Shabbath 104a) apporte l'interprétation suivante des lettres de l'alphabet :
-> alef puis bét : signifie : "Va apprendre [alef signifiant : alfa, l'instruction] la sagesse [de la racine : bina]" ;

-> guimel et dalet : suggère l'idée de : "prodiguer [gomel] le bien aux indigents [dalim]".

La guémara s'interroge alors sur la forme de ces 2 lettres : - "Pour quelle raison le pied du guimel (ג) s'allonge-t-il vers le dalet (ד)? Parce que l'usage des bienfaiteurs est de poursuivre les indigents.

- Et pourquoi le pied du dalet penche-t-il légèrement en direction du guimel? Parce qu'il leur incombe également de se faire connaître des bienfaiteurs.

- Alors pourquoi le dalet tourne-t-il le dos au guimel? Pour qu'on apprenne à leur donner la charité discrètement, afin de leur épargner toute honte."

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"Ce fut à cette époque, Yéhouda descendit de parmi ses frères" (Vayéchev 38,1)

=> Pourquoi la Torah introduit-elle l'histoire de Yéhouda et Tamar juste avant l'histoire de Yossef quand il descendit en Egypte?

C'est que la conclusion de l'histoire de Yéhouda avec Tamar fut la naissance de leur fils Pérets qui sera l'ancêtre du Machia'h. La Torah voulait poser les bases de la délivrance finale avant de développer la racine de l'exil d'Egypte qui fut le premier exil d'Israël.
Avant même qu'apparaisse le premier exil, Hachem fit déjà apparaître les bases de la dernière délivrance. Car Hachem prépare la guérison avant que n'apparaisse même le tout début de la plaie.
[le Nétsiv - Haémek Davar - se basant sur le midrach]

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-> Le comportement de Yéhouda avec Tamar ne doit pas être remis en cause.
En effet, avant le don de la Torah, les rapports sexuels entre hommes et femmes non-mariés étaient parfaitement libres.
Si un homme rencontrait une femme dans la rue et que tous deux étaient d'accord, il la payait ce qu'elle demandait, et ils pouvaient avoir une relation. Après quoi, chacun pouvait continuer son chemin.
[...]
Il est vrai que les Patriarches respectaient la Torah avant même qu'elle ne fut donnée. Si Yéhouda se comporta comme tout homme de son époque, alors qu'on aurait pu s'attendre à une plus grande rigueur de sa part, on ne peut néanmoins juger sa conduite comme étant immorale.
Son cas n'est pas différent de celui de Yaakov, qui épousa 2 sœurs, bien que la Torah l'interdise et prescrive le retranchement pour sanctionner un tel acte.
[...]
Yéhouda tenta d'ignorer Tamar et de continuer son chemin, mais cependant, Hachem envoya l'ange responsable du désir, et celui-ci força Yéhouda à aborder cette femme.
[...]

Appelée pour être exécutée, Tamar commença à chercher les 3 objets que Yéhouda lui avait laissés en caution (son sceau, sa cape et le bâton qu'il portait à la main), mais ne les trouva pas .
Elle leva les yeux et dit : "Hachem! éclaire mes yeux afin que je puisse retrouver ce gage. Si tu m'exauces, j'aurai 3 descendants ('Hanania, Mi'haël et Azaria) qui consentiront à être consumés dans une fournaise ardente comme martyrs pour la gloire de ton Nom."

Tamar ne parvenait pas à trouver les objets, car Samaël, l'ange gardien d'Essav, les avait cachés.
Il désirait que Tamar fut brûlée, de sorte qu'elle ne puisse avoir le roi David pour descendant, lequel allait exterminer Edom (Chmouël II 8,14).
Hachem entendit sa prière et dépêcha l'ange Gavriel (certains disent Mi'haël) lui révéler l'emplacement des objets. Elle les envoya ensuite à la cour.
[elle adressa à Yéhouda un message affirmant que même si elle devait être brûlée, elle ne révélerait rien du propriétaire de ces objets, et qu'elle s'en remet entièrement à D. pour être sauvée de la mort.
- "Il vaut mieux pour l’homme qu’on le fasse tomber dans une fournaise ardente plutôt que de faire honte à son prochain en public." (Rabbi Chimon bar Yo’haï – guémara Baba Métsia 59a) ;
- "Quiconque fait honte à son prochain en présence de tiers n’a pas de part au monde à venir." (guémara Baba Métsia 59a)]
[...]

Tout d'abord, Yéhouda fut tenté de nier que ces objets lui appartenaient, afin d'éviter une situation plus qu'embarrassante.
Puis, il pensa : "Il est préférable que je subisse la honte en ce monde plutôt que d'être humilié dans le monde futur en présence de mes ancêtres. Le feu terrestre peut être éteint, pas le feu céleste. Là-bas, il s'agit d'un autre type de brûlure."
[Méam Loez - Vayéchev 38,16 & 25 & 26]

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+ Le secret du nom "Yéhoudi" (juif) :

-> Avant d'aller avec elle, lorsque Yéhouda donna son sceau (bague) à Tamar, sa belle-fille, il la sanctifia. Comme il est rapporté dans le langage de Tossefot : "Tamar dit à Yéhouda : si tu me donnes un gage" = certains expliquent qu'il est allé avec elle après l'avoir épousée.
Comme il est dit : "Que me donneras-tu si tu viens vers moi"? = ce qui signifie : "comment vas-tu me sanctifier pour te marier avec moi légalement?"
Yéhouda lui répondit : "Je t'enverrai un chevreau ... Quel est le gage que je te donnerai"?
"Elle lui répondit : ton sceau, ta corde et ton bâton" = c'est-à-dire "la bague avec laquelle tu signes".
Yéhouda lui donna sa bague et la sanctifia avec son sceau ... Rachi ajoute que la "corde" signifie "le vêtement avec lequel tu te couvres"

=> D'après les paroles de nos Sages, ces 3 éléments donnés par Yéhouda à Tamar, à savoir la bague, la corde, et le bâton, représentent les composantes nécessaires pour réaliser un mariage sous la 'houpa : "le sceau" : c'est la bague; "la corde" : c'est la 'houpa, c'est-à-dire le vêtement placé au-dessus de la tête du 'hatan et de la kala; "le bâton" représente les piliers de la 'houpa."
Nous apprenons de là que la coutume d'Israël de sanctifier une femme avec une bague est en souvenir de Yéhouda, qui a lui-même sanctifié et épousé Tamar par son sceau.

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-> Le Zohar (Lé'h Lé'ha 89) enseigne que le nom יְהוּדָה (Yéhouda) se compose des lettres du Nom d'Hachem יהוה avec en supplément la lette dalét - ד , cette dernière faisant allusion au roi David (דוד), descendant de Yéhouda.
=> Pourquoi le Nom Divin entoure celui du roi David?

-> Les Sages nous ont enseigné que les événements se déroulant entre Yéhouda et Tamar étaient orchestrés par le Ciel, afin de rapprocher la délivrance, comme il est expliqué dans la guémara (Makot 23b) : "Yéhouda reconnut et dit : elle a raison, c'est de moi" (Vayéchev 38,26). Une voix céleste sortit du Ciel et proclama : "De Moi sont sorties les conquêtes".

Rachi explique que cela signifie : "c'est de Moi que sortiront 2 enfants qui vont conquérir le monde. Et en effet, dans le futur règneront le roi David, et le roi Machia'h".
Il est également expliqué dans le midrach (Béréchit rabba 85,1) : "Ce fut à cette époque, Yéhouda descendit d'auprès de ses frères" (Vayéchev 38,1). Rabbi Chmouel Bar Na'hman enseigne que les tribus étaient affairées dans la vente de Yossef, Yossef s'était consacré à jeûner et a revêtu un cilice, Réouven s'était consacré à jeûner et a revêtu un cilice, Yaakov s'était consacré à jeûner et a revêtu un cilice, Yéhouda s'était affairé à prendre une femme, et Hachem était occupé à créer les lumières du roi Machia'h".

-> Nos Sages enseignent : une grande néchama (âme) ne peut descendre dans le monde qu'en empruntant des voies tortueuses, en forme de labyrinthes, et ce, afin de tromper les forces du mal. Celles-ci ne peuvent ainsi formuler d'accusation et empêcher la venue au monde de cette âme spéciale.
Comme l'exprime clairement le Arizal (Likouté Torah Iyov) avec la sainteté de son langage :
"Lorsqu'une âme est très précieuse et de grande valeur, elle doit venir dans le monde parmi les forces de l'impureté ... Celles-ci se nourrissent de cette âme, et ne lui laissent aucun répit ... Leur intention est de rendre cette âme impure afin qu'elle reste constamment entre leurs mains et en leur pouvoir. Ainsi, la néchama est déposée en un endroit défectueux précisément (par les forces d'impureté) afin qu'elle puisse s'y détériorer davantage".

=> Pourquoi la Providence agit-elle ainsi? Pourquoi donc ces saintes âmes (néchamot kedochot) descendent-elles dans notre monde, dans des endroits qui sont, à nos yeux, discutables?
Le Sifté Cohen répond que Hachem a agencé le monde de cette manière afin que puisse venir le roi Machia'h, car au vu de la situation, le Satan n'est pas sur ses gardes et n'accuse point. En effet, le Satan pense que le roi machia'h ne peut provenir d'une union interdite, mais seulement d'une voie sainte et limpide ; aussi, il détourne son attention de cette sainte âme et la laisse descendre sur Terre dans notre monde.

Rabbi Méir de Prémichlan nous rapporte une allégorie à ce sujet : lorsqu'un commerçant, qui détient des marchandises de grande valeur, souhaite passer la frontière d'un pays sans payer d'impôts, il jette alors de la boue et de la terre sur toute sa marchandise, si bien qu'elle devient sale et nauséabonde. Ceci afin que les douaniers pensent que la marchandise est défectueuse et abîmée, donc sans valeur. Ainsi ils accepteront de le laisser entrer dans le pays sans payer d'impôts, car la marchandise obsolète est non imposable.
Une fois qu'il est entré dans le pays avec sa marchandise, il lui suffit de la laver et elle redevient propre comme elle l'était au départ ...

-> Le Bné Yissa'har (Tichri maamar 10) enseigne : "Sache que, par l'intermédiaire de la lumière encerclante, s'enfuient toutes les forces du mal, comme il est écrit : "Tous les peuples de la Terre verront que le Nom d'Hachem est invoqué sur toi et te craindront" (Ki Tavo 28,10) - "Le Nom d'Hachem est invoqué sur toi" = cela évoque précisément de la lumière qui nous encercle."
La source des propos de cet enseignement se trouve dans le Arizal (Chaar haKavanot daf 2), qui écrit : "Il n'y a rien qui puisse repousser les klipot (les forces de l'impureté) comme la lumière encerclante, car les forces du mal n'ont aucune emprise et ne peuvent se nourrir de la lumière encerclante"
Nous apprenons ici que le Nom d'Hachem (יהוה) symbolise la lumière encerclante, celle qui fait fuir les forces de l'impureté.

Le rav Pin'has Friedman commente :
À présent, nous comprenons pourquoi le Nom d'Hachem (יהוה), symbolisant la lumière encerclante, entoure la lettre dalet (ד) du nom Yéhouda (יהודה). Cela fait allusion au fait que le Nom d'Hachem encercla la néchama de David (דוד) de toutes parts, afin de la protéger des forces négatives. Et de la sorte, ces forces néfastes ne pourront jamais prendre le contrôle sur elle.

"Le Nom d'Hachem encercla la néchama de David (דוד) de tous les côtés". En hébreu, la lettre hé (ה) est constituée de 2 lettres assemblées : la lettre dalet (ד) en haut à droite et la lettre youd (י) inversée en bas à gauche.
Ainsi le Nom d'Hachem (יהוה) comporte en réalité 3 lettres youd dont 2 dissimulées à première vue : la première lettre qui est un youd classique, et les deux autres youd qui, avec le dalet, constituent les deux lettres hé. Si l'on retire ces 3 youd du Nom d'Hachem, on retrouve le nom David (דוד).
C'est par Yéhouda que naîtra le roi David et par lui descendra le Machia'h. Cette démonstration corrobore cette idée puisque ces 3 youd retirés du Nom d'Hachem ont pour valeur numérique 3 x 10 = 30 qui est la valeur numérique de Yéhouda (יהודה).

Dorénavant, nous comprenons pourquoi la Providence dirigea les événements de sorte que Yéhouda épousa Tamar en lui confiant son sceau portant le nom Yéhouda. Car de cette union naîtra le Machia'h ben David. Comme il est expliqué dans le Zohar Hakadoch (Lé'h Lé'ha 81) : "Le Roi David vit pour l'éternité et il sera le Roi Machia'h".
En effet, l'âme si précieuse du Machia'h ben David nécessitait une protection particulière. D'où la nécessité de la bague donnée par Yéhouda à Tamar, sur laquelle était inscrit le nom de Yéhouda (יהודה), formé des 4 lettres du Nom d'Hachem (יהוה), dont la lumière entoure la lettre dalet (ד) qui fait, elle, allusion au Roi David (דוד).

Désormais s'éclaircit également la profondeur des paroles de Rabbi Chimon Bar Yohaï, lorsqu'il commente la bénédiction de Yaakov notre patriarche à Yéhouda : "Yéhouda, toi, tes frères te reconnaîtront" (Vayé'hi 49,8) = tout le peuple juif sera appelé par ton nom : Yéhouda (Yéhoudim), et non par le nom d'une autre tribu.
Ceci vient nous enseigner que, de la même façon que le nom de Yéhouda contient le Nom d'Hachem, celui-ci enveloppant et protégeant l'âme de David, il en est de même pour tous les juifs. Lorsque nous observons la Torah et les mitsvot, nous sommes nous aussi entourés de lumières encerclantes qui soumettent nos ennemis, comme il est écrit : "Tous les peuples de la Terre verront que le Nom d'Hachem est invoqué sur toi et ils te craindront" (Ki Tavo 28,10).

Les golems

+++ Les golems (paracha Vayéchev) :

"Avraham courut vers le troupeau" (Vayéra 18,7)

-> Le Malbim commente que le veau s'est échappé, et que Avraham ne pouvant pas le rattraper, il a été obligé d'en créer un nouveau.
C'est le sens de la suite du verset (v.18,7) : "il s'est dépêché de le faire (laassot oto)".

-> Le grand-père du 'Hida, le 'Hessed léAvraham, écrit que Avraham créait du bétail en utilisant le Séfer Yétsira, comme il est écrit dans le verset : "le veau qu'il a fait (achèr assa)" (Vayéra 18,8).

D'ailleurs, le Malbim explique que c'est la raison pour laquelle Avraham a donné à ses invités (les anges) du lait et de la viande (mélange interdit selon la Torah).
Ceci n'a été possible, que parce que la viande qu'il leur a donné n'était pas de la vraie viande naturelle, mais une qu'il avait créé lui-même.

-> Le Raavad écrit que Avraham créait également des golems humains.
Cela peut se voir directement dans la lecture littérale des mots : "les gens qu'ils avaient faits (achèr assou) à 'Haran" (Lé'h Lé'ha 12,5).
[dans son Pirouch haRaavad léSéfer Yétsira 6,4]

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+ Les Golems dans la guémara :

---> Golem humain :

Rava créa un homme (un golem en utilisant les forces de la sainteté), et l'envoya voir Rabbi Zeira.
Rabbi Zeira commença à parler avec lui, mais celui-ci n'a pas répondu. [En effet, un golem ne possédant pas d'âme, n'a pas la capacité de parler]

Rabbi Zeira (réalisant que ce n'était pas réellement un homme) va s'exclamer : "Mon ami (Rava) a dû te créer. Retourne à ta poussière."
[guémara Sanhédrin 65b]

---> Golem animal :
Rav 'Hanina et Rav Ochia s'asseyaient ensemble tous les vendredis pour étudier le Séfer Yétsira (le livre de la création). Au travers de leur étude, un veau se créait, qu'ils mangeaient par la suite [en l'honneur du Shabbath].
[guémara Sanhédrin 67b]

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-> Le Ben Ich 'Haï (Sanhédrin 65b) dit que manger de la viande qui a été créée par le Séfer Yétsira ne rassasie pas, ni ne nourrit le corps ... et sûrement on ne ressent pas le goût de la nourriture.
Si tel est le cas, pourquoi Rabbi 'Hanina and Rav Ochia ont-ils créé un veau la veille de Shabbath avec le Séfer Yétsira (en utilisant différents arrangements des lettres du Nom d'Hachem à partir desquels Il a créé le monde), et l'ont mangé pendant Shabbath?
Ils ont agi ainsi afin de montrer la puissance de la sainteté des Noms saints d'Hachem, qui [par exemple] ont permis de créer ces veaux.

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On peut citer certains emplois du Nom d'Hachem :
1°/ Rachi (Chémot 2,14) nous dit que Moché a utilisé le chem haméforach (le Nom Divin Havaya tel qu'il est écrit) pour tuer l'égyptien qui a frappé un juif ;
2°/ Rabbi 'Hanina and Rav Ochia se plongeaient dans les lois de la création (Séfer Yétsira) la veille de Shabbath, ils créaient un veau et le mangeaient. Cela était réalisé uniquement en combinant les lettres du Nom d'Hachem avec lesquelles le monde a été créé. [Rachi - guémara Sanhédrin 67b]
3°/ Rava créait un personne avec le séfer yétsira, puisqu'il avait appris comment arranger les lettres du Nom d'Hachem, avec lesquelles Il a créé le monde. [Rachi - guémara Sanhédrin 65b]

4°/ Rabbi Avraham Weinsberger (1805-1885) a une fois rendu visite au 'Hatam Sofer, et ils ont discuté de l'antisémitisme rampant de l'époque, en plus des difficultés à obtenir sa subsistance.
En raison cette situation, la émouna de nombreux juifs commençait à diminuer.
Rabbi Weinsberger a alors proposé au 'Hatam Sofer qu'il serait peut-être approprié d'utiliser les Noms saints d'Hachem pour créer un golem ou autre créature similaire, afin d'augmenter la émouna des juifs.
Le 'Hatam Sofer lui a dit : "Crois-moi. J'ai la capacité avec les Noms saints et la combinaison des Noms d'Hachem de créer un golem sans beaucoup d'effort, comme avaler un verre d'eau.
Mais la raison pour laquelle je ne le fais pas est à cause de la guémara (Yérouchalmi Yoma 3,7) qui dit que celui qui est familier avec le Nom Divin ne peut tirer aucun avantage d'autrui, et je tire avantage d'autrui puisque je reçois différentes choses des gens car je suis un rav".
[Shu"t 'Hatam Sofer - Ora'h 'Haïm 198]

5°/ Rabbi Shimshon d'Ostropoli enseigne que les noms : אדני et יהוה ont été utilisés pour ouvrir la mer Rouge.
Il est écrit : "Et toi, lève ton bâton et étends ta main au-dessus de la mer et fends-la" (véata arèm ét maté'ha ounété ét yadékha al ayam ouvkaéou - Béchala'h 14,16).
Si tu lève (arèm) les lettres de : "maté'ha" (ton bâton - מַטְּךָ), alors nous avons : ניל qui a une valeur de 90.
Ensuite, on va sous (nété) les lettres de : "yadé'ha' (ta main - יָדְךָ), nous avons : טגי qui a une guématria de 22.
Puis, au-dessus (al) des lettres de yam (mer - יָּם), on a : כנ, soit une valeur de 70.
Nous avons un total de 182 (soit : 90+22+70).
La dernière étape est "fends-la" (ouvkaéou), divise en deux 182 = 91, qui correspond à la guématria de la sommes de אדני et יהוה.

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-> Selon le Kouzari (maamar 4,25), l'auteur du Séfer Yétsira (livre de la création) est notre Patriarche Avraham.

-> Rabbi 'Haïm de Volozhin écrit sur son maître le Gaon de Vilna :
"Le Séfer Yétsira était totalement clair pour lui depuis qu'il était enfant ...
En discutant d'une certaine partie du Séfer Yétsira avec lui, je lui ai dis que selon ce qu'il était en train de signifier, le fait de créer un golem est une grande tâche à accomplir.

Il m'a répondu qu'une fois, il a commencé à créer un golem, mais cependant en plein milieu du processus, une certaine image est passée dans sa tête, de laquelle il a compris qu'il ne devait pas continuer, car il était alors trop jeûne.
Je lui ai demandé quel âge il avait à ce moment là, et il m'a répondu qu'il n'avait pas encore 13 ans.

[Hakdamat Rabbi 'Haïm Volozhin au Biour haGra léSafra déTsniouta]

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-> Le Tséma'h David, un des principaux élèves du Maharal de Prague, a écrit un livre d'histoire, dans lequel il y a la biographie de son illustre maître.
Cependant, il ne mentionne à aucun moment qu'il a créé un golem.

De même, le 'Hida a écrit le livre : Shèm haGuédolim, qui consiste en des biographies des personnages importants de l'histoire juive.
Il y rapporte que Rabbi Eliyahou Baal Chem (1550-1583) a créé un golem, mais en abordant le Maharal de Prague, il ne faut aucune mention de cela.

=> Il semblerait que le Maharal de Prage n'a jamais créé de golem.

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-> Rabbi Yaakov Emden (le Yaavets), fils du Chacham Tzvi, qui était lui-même le petit-fils de Rabbi Eliezer Baal Chem de Chelm, raconte que son ancêtre a créé un golem qui a beaucoup trop grandi, au point qu'il a décidé de le tuer.
Au moment où son ancêtre essayait de faire cela, le golem l'a griffé à son visage.
[Le 'Hida rapporte qu'ayant beaucoup grandi, il a craint qu’il ne détruise le monde, c’est pourquoi il a enlevé le Nom de D. de son front et il est retourné à la poussière.]

Rabbi Yaakov Emden aborde également le fait qu'un golem ne peut pas compter dans un minyan, car il n'a pas la capacité de parler ou d'entendre.
[Chéélat Yaavets - vol.2, 82]

-> Le 'Hida (Birké Yossef - Ora'h 'Haïm 55,4) écrit :
"Il n’y a pas de doute qu’un tel homme a le même statut que quelqu’un qui est sourd-muet. En effet, quand on crée un tel homme, il n’a la force que de respirer, donc il ne peut certainement pas participer à un minyan, car il est comme un homme qui n’entend pas et ne parle pas, il ne participe pas à un minyan."

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"Yossef rapportait des paroles médisantes sur eux, à leur père" (Vayéchev 37,2)

-> Rachi rapporte : Tout ce qu’il voyait de mal chez ses frères, les fils de Léa, il le rapportait à son père.
Il s'agit du fait : qu’ils mangeaient de la viande arrachée à des animaux vivants, qu’ils humiliaient les fils des servantes en les traitant de serviteurs, qu’ils étaient soupçonnés d’actes de débauche.

=> Comment comprendre que ces enfants de Yaakov, si justes (à l'origine de tribus!) puissent commettre de telles fautes?
Et s'ils ne les ont pas commises comment Yossef a-t-il pu dire de tels mensonges à leur sujet?

D'ailleurs, le Chla haKadoch fait remarquer que l'utilisation du terme : "vayavé" (rapportait - וַיָּבֵא), et non pas : "véotsi" (mot impliquant le fait d'inventer une histoire), implique que les frères avait réellement fait ce que Yaakov a rapporté.

-> Le Chla haKadoch répond en rapportant que Avraham a écrit le Séfer Yétsira, et qu'il l'utilisait pour créer des golems.
Il a ensuite transmis ce livre à Its'hak, qui l'a passé à Yaakov, qui l'a alors transmis aux enfants de Léa, puisqu'ils avaient une généalogie plus pure que celle des servantes : Bila et Zilpa.

Utilisant le Séfer Yétsira, les enfants de Léa, ont créé des animaux (cf. à l'image de rav 'Hanina et rav Ochia ci-dessus).
Un animal qui est créé de cette façon ne nécessite pas d'abattage rituel (ché'hita), et l'interdiction de manger de sa chair alors qu'il est toujours vivant (Sanhédrin 65b), ne s'applique pas.
Yossef a été témoin de ses frères agissant ainsi, mais il n'a pas réalisé que l'animal en question n'était pas un vrai.

De plus, ses frères créaient des golems sous une forme féminine, et lorsque Yossef a vu ses frères marchant avec une femme, il a supposé à tord que c'était une vraie femme.

Par ailleurs, lorsque les enfants de Léa étaient en train d'étudier le Séfer Yétsira, et que leurs autres frères souhaitaient les rejoindre, ils l'interdisaient au motif qu'ils étaient les enfants de servantes (et non d'une lignée généalogique directe menant à Avraham).
Yossef ne voyant pas toute l'histoire, a rapporté à Yaakov qu'ils humiliaient les enfants de Bila et Zilpa, en les traitant de serviteurs.

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-> Yossef raconta à son père que ses frères consommaient de la chair d'un animal vivant, ce qui constitue un interdit des 7 lois noa'hides (guémara Yérouchalmi Péa 1,1).
En réalité, les frères de Yossef ne souhaitaient pas prendre des animaux du troupeau de leur père. Ils avaient appris de leur père les profondeurs des secrets de la Torah. Or lorsqu'ils voulaient manger de la viande, ils utilisaient la kabbala pour créer un animal à partir de rien. Ce type d'animal ne nécessite pas de ché'hita réglementaire.
Yossef n'ayant pas encore atteint l'âge de 20 ans, il n'avait pu recevoir de Yaakov l'enseignement de cette sagesse et donc ne connaissait pas ces choses.
Il pensa, par conséquent, que ces animaux nécessitaient un abattage rituel d'après la halakha.
[...]

De plus, la guémara (Sanhédrin 59b) demande s'il est possible que la viande tombe du Ciel?
La guémara répond par l'affirmative et rapporte l'histoire de Rabbi Chimon ben Halafta qui rencontra en chemin des lions affamés qui voulaient le dévorer. Il mentionna donc le verset : "Le lionceaux rugissent après la proie, demandant à D. leur pâture" (Téhilim 104).
Deux morceaux de viande tombèrent alors du Ciel pour épargner Rabbi Chimon. Le premier morceau fut dévoré par les lions, Rabbi Chimon emporta au beit hamidrach le second morceau et demanda si cette viande était impure et inapte à la consommation ou si elle était pure et consommable.
Il fut répondu qu'il n'y a rien qui ne tombe du ciel qui soit impur.
[Tsor ha'Haïm]

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-> Les liens entre Yossef et ses frères commencèrent à se détériorer quand il fit des rapports négatifs à leur père, Ya'acov. L’une d’elles concernait le "Ever min ha'haï" : les frères consommaient d’un animal abattu tandis que le corps de l’animal continuait de bouger (ce qu’on appelle "méfarkesset"). Yossef pensait qu’ils transgressaient l’interdit de Ever min ha’haï, consommer d’un animal qui vit encore.

Le Parachat Dérakhim (darouch 1) précise que d’après les lois de la Torah pour les Bné Israël, une fois l’animal abattu, il est autorisé d’en consommer les membres, même s’il remue encore. Mais selon la loi pour les Bné Noa’h, même si l’animal a été tué, tant qu’il bouge, il est considéré comme vivant et il est alors interdit de le consommer.

Le Parachat Dérakhim ajoute que les frères se considéraient comme des Bné Israël en tous points et qu’il leur était donc parfaitement permis de manger la bête même si son corps remuait encore.
Yossef était d’accord sur ce statut des Bné Israël, mais du fait de sa sublime vertu, il estimait qu’il ne devait prendre compte de ce rang que quand la Halakha était plus exigeante. Par contre, quand le statut de Ben Israël permettait plus de souplesse, il agissait avec rigueur, comme s’il était un Ben Noa’h.
Le fait qu’il ait été très strict envers lui-même n’aurait certainement pas dérangé les frères, mais ce qui posa problème, c’est que Yossef pensait qu’ils devaient être aussi rigoureux que lui.
Il alla jusqu’à informer Yaakov qu’ils transgressaient l’interdit de Ever min ha'haï en consommant d’un animal qui remuait encore (ce qui n’est interdit que pour les Bné Noa’h).

-> Le rav Yéhonathan Gefen commente :
Comme c’est toujours le cas, nos Sages mettent en avant les défauts des grands personnages de la Torah et grossissent leurs erreurs pour qu’elles nous touchent, à notre niveau. Ainsi, il semblerait que l’erreur de Yossef ait été de vouloir imposer ses exigences personnelles aux autres, ce qui engendra en un profond ressentiment de leur part.

Ce développement nous permet donc de tirer la leçon suivante : il ne fait pas imposer ses comportements louables ou exigences à autrui.
Ceci s’applique également à la façon dont nous considérons les personnes qui ne sont pas à ce niveau ; lorsqu’une personne fait preuve d’une certaine rigueur en matière de Halakha, elle a tendance à regarder de haut les individus qui n’agissent pas de la sorte. Les dégâts causés par cette attitude supplantent les bénéfices de la bonne action en question.
Un grand Rav dit à quelqu’un qui voulait s’imposer une nouvelle ’Houmra que si, à cause de celle-ci, il allait regarder les autres de haut, il valait mieux s’en abstenir, car le fait de se sentir supérieur aux autres entraîne un préjudice qui outrepasse le bénéfice apporté par la nouvelle exigence.

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+ Bonus (b'h) : Yossef et le lachon ara :

-> "... avec les fils de Bilha et les fils de Zilpa, épouses de son père ; Yossef rapportait des paroles médisante sur eux, à leur père" (Vayéchev 37,2)

Comment est-ce que Yossef a-t-il pu dire du lachon ara sur ses frères?

Il a bien respecté les 3 conditions cumulatives permettant de rapporter des paroles dénigrantes :

1°/ Si on a pu dire à cette personne d'arrêter son mauvaise action, et qu'elle ne nous a pas écouté, alors nous pouvons le dire à quelqu'un d'autre que cette personne sera susceptible d'écouter.

"avec les fils de Bilha et les fils de Zilpa" = Yossef a essayé de les faire changer, mais ils ont répondu que s'il se permettait de dire cela, c'est uniquement parce qu'ils sont les fils des servantes, et qu'il pensait être meilleur qu'eux.

2°/ On doit rapporter exactement ce qui s'est passé sans ajouter d'opinion subjective.

"Yossef rapportait (des paroles)" (vayavé Yossef) : le verset utilise : "rapportait" plutôt que : "disait/racontait", afin de signifier qu'il répétait exactement l'histoire sans aucunement l'enjoliver.

3°/ On ne doit pas tirer de profit du fait de donner l'information.

"à leur père" (el avihem) : Yossef ne dit pas : "à son père", car il ne souhaitait obtenir aucun honneur, aucune faveur de son père pour son comportement. Son seul désir était que leur père à eux (Yaakov) puisse les influencer afin qu'ils changent leur comportement pour le mieux.

"Ils prirent la tunique de Yossef, égorgèrent un bouc et trempèrent la tunique dans le sang" (Vayéchèv 37,31) <-> Pessa'h

Le Ben Ich 'Haï fait remarquer que dans toute la Torah, on trouve 2 fois la mention de "tremper" :

-> une 1ere fois : au sujet des frères de Yossef et de la manière dont ils ont trempé sa tunique dans le sang (cf. verset ci-dessus) ;

-> une 2e fois : paracha Bo (Chémot 12,2), il est écrit : "Vous prendrez un bouquet d'hysope, vous le tremperez dans le sang qui se trouve dans la coupe et vous toucherez le linteau et les 2 montants avec le sang qui se trouve dans la coupe".

Le Ben Ich 'Haï dit que la pratique de tremper 2 fois pendant le Séder de Pessa'h (cf. le ma nichtana où l'on pose la question : "Pourquoi trempe-t-on 2 fois alors, que les autres nuits, on ne trempe pas même une fois ?"), vient afin de faire un parallèle avec ces 2 mentions de "tremper" dans la Torah.

Il semble évident que la 2e mention est en lien avec Pessa'h.
Mais que vient faire le trempage de la tunique de Yossef dans le sang avec la fête de Pessa'h, au point où nous devons le commérer pendant le Séder?

Le Ben Ich 'Haï de donner la réponse suivante.
Les juifs ont terminé l'esclavage en Egypte (cf. la 2e mention dans la Torah), parce qu'il y a eu à l'origine de la haine et du lachon ara, dont le 1er trempage fait partie.

Ainsi, les 2 sont liés : le 1er (la tunique) a été un catalyseur entraînant l'arrivée de Yossef en Egypte, qui a entraîné ensuite celle de tout le peuple juif, et c'est cela qui a rendu possible le 2e : la délivrance.

A la fin de la Haggada de Pessa'h, lorsque nous souhaitons sincèrement : "l'année prochaine à Jérusalem" (léchana aba bé'Yérouchalayim), nous voulons qu'ait lieu la délivrance (guéoula - 2e trempage), mais pour que cela devienne une réalité, nous devons revenir à l'origine du 1er trempage : arrêter de dire du lachon ara et d'avoir de la haine entre nous.

En effet, les 2 étant liés, si nous désirons l'un, nous devons forcément vouloir l'autre, pour que cela se réalise.

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-> Le rabbi de Radzymin (Bikouré Aviv) s'interroge : pourquoi devaient-ils convaincre leur père que Yossef avait été tué?

La réponse est que tant qu'il existerait même une chance infime qu'il puisse revenir, alors Yaakov aurait un bita'hon parfait dans le fait que Yossef soit encore en vie.
En effet, selon nos Sages : "Même si une épée tranchante est posée en travers de notre gorge, on ne doit pas se retenir de prier pour [bénéficier de] la miséricorde Divine" (guémara Béra’hot 10a).
Yaakov qui avait un bita'hon a un niveau extrêmement élevé, aurait une confiance totale en Hachem que Yossef reviendrait.
Or, lorsque nous avons confiance en Hachem de tout notre cœur, alors cela amène l'aide Divine.
Yaakov avec son niveau phénoménal de bita'hon et de prières, aurait amené l'aide Divine à libérer Yossef d'Egypte, et à le ramener à la maison.
Yossef risquerait alors de tout raconter à son père, et Yaakov serait en colère contre eux.
Ils ont donc égorgé une chèvre, trempé la tunique de Yossef dans le sang, et l'ont transmise à leur père pour qu'il pense que Yossef a été tué.
Yaakov arrêterait alors de prier, et de témoigner du bita'hon ...

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-> Le fait de devoir attacher plusieurs hysopes en une botte (cf. 2e trempage), est un symbole de l'unité du peuple juif, qui est une condition préalable à une libération de l'exil.

-> Selon le midrach, en Egypte, aucun juif n'a dit de lachon ara sur une autre personne, rectifiant par là la faute des frères de Yossef.

Rabbi Mattisyahou Salomon dit : "En faisant de même à notre époque, nous pouvons également espérer quitter l'exil actuel".

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+ Nissan : le mois de la parole

-> Le mois de Nissan (ניסן) a une guématria de 170, soit celle de 2 fois le mot : "bouche" (pé - פה).
Par ailleurs, le mot : Pessa'h (פסח) se décompose en : "pé sha'h" (la bouche parle - פה סח).
Or, le mot : sha’h (סח) a pour valeur numérique 68, tout comme le mot : haïm (la vie – חיים). Ainsi, Pessa'h = pé sa’h = la bouche de la vie!

A l'opposé, notre ennemi en Egypte était : Pharaon (פרעה), dont les lettres peuvent former : "pé ra" (la bouche mauvaise - פה רע).

=> En Nissan (dont Pessa'h), nous devons tout particulièrement travailler sur le pouvoir énorme qu'a notre bouche : émettre des paroles de vie, des paroles de mort. En ce début d'année juive (naissance du peuple juif), nous devons choisir la vie!

-> Selon le Zohar, l'essentiel de la guéoula d'Egypte a été la guéoula de la parole (guéoulat hadibour), c'est-à-dire la capacité d'apprendre à utiliser convenablement sa parole.
[rav Karelenstein - Kountres léPessa'h - p.56]

"[Yaakov] la reconnut et dit : La tunique de mon fils! Une bête sauvage l'a dévoré! Yossef a sûrement été déchiqueté (tarof toraf Yossef) " (Vayéchev 37,33)

En exprimant sa peur que Yossef ait été tué, Yaakov emploie : "tarof toraf", qui littéralement signifie : "déchiré déchiré".
Pourquoi emploie-t-il cette expression redondante?

-> Le Nétsiv répond que c'est comme si Yaakov disait : Cela aurait été déjà suffisamment tragique qu'il ait été tué par un homme ... mais comment se peut-il qu'il ait été tué par un animal, une créature qui n'a pas de libre arbitre?

Puisque cela serait un drame encore plus grand, Yaakov exprime son chagrin sur cette double circonstance (il est tué, et en plus par un animal), par l'emploi d'une expression redondante.

-> La guémara (Sanhédrin 38b) et le Zohar, enseignent qu'une bête sauvage ne peut pas prendre le dessus sur un homme, sauf si cette personne lui apparaît comme un animal.

Yaakov pensait que Yossef était un tsadik.
Comment se peut-il alors qu'il ait été comme un animal aux yeux de la bête sauvage?

Etant profondément troublé, il a employé le mot : "déchiré" par 2 fois.

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+ "Une bête sauvage féroce ('haya raa) l'a dévoré"

=> Y a-t-il une bête sauvage qui est féroce et une bête sauvage qui n'est pas sauvage?

-> Le Séfer Birkat Eliyahou explique que Its'hak avait été ligoté sur l'autel (lors de la Akédat) et avait donné sa vie pour la sanctification du Nom de D., mais un bélier avait été offert à sa place et cela avait été considéré comme si lui-même avait été brûlé.
Or le feu du Ciel qui était descendu sur l'autel avait la forme d'un lion, c'était donc une "bête sauvage non féroce".

=> C'est de cela que Yaakov se désolait en disant : "Une bête sauvage féroce l'a dévoré", comme quelqu'un qui se plaint : Si seulement c'était une bête bénéfique qui l'avait dévoré, c'est-à-dire un feu dévorant venu du Ciel sous la forme d'un lion, et non une bête féroce corporelle, qui est comparée à une "bête sauvage féroce".

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+ "Yaakov déchira ses vêtements [de douleur], et il mit un cilice sur ses reins, et il porta longtemps le deuil de son fils" (Vayéchev 37,34)

-> Yaakov porta le deuil de Yossef durant 22 ans.
Yossef avait 17 ans quand il fut vendu (v.37,12), et 30 lorsqu'il parut devant Pharaon (v.41,46) => soit 13 ans.
Puis vinrent les 7 années d'abondance, ce qui donne 20 ans.
Enfin, Yaakov émigra en Egypte après 2 ans de famine (v.45,6), et on obtient donc un total de 22 années écoulées.

Yaakov a subi ces 22 années de chagrin pour avoir négligé d'honorer ses propres parents pendant 22 ans.
Il avait séjourné 20 ans chez Lavan, 18 mois à Souccot, et 6 mois à Béthel, soit 22 ans en tout.
[les 14 années durant lesquelles il demeura à la yéchiva ne sont pas prises en compte car l'étude de la Torah prime sur les obligations filiales].

=> C'est pourquoi Yaakov dit à Lavan : "J'ai passé, moi, 22 années dans ta maison" (Vayétsé 31,41). Ces 22 ans furent pour moi comptées contre moi [à l'inverse de celles à la yéchiva]. Ces années vont me coûter très chères, elles m'ont empêché d'accomplir le commandement d'honorer mes parents."

De plus, Yaakov subit également ce châtiment pour la peine causée à Its'hak lorsqu'il s'attribua la bénédiction d'Essav, puisque la Torah souligne que "Its'hak fut saisi d'un frayeur extrême" (Toldot 27,33).
Or, Hachem exige des tsadikim la perfection.
Its'hak fut victime de la ruse de Yaakov grâce aux peaux de chèvres dont celui-ci s'était recouvert les bras. De la même façon, Yaakov devait lui aussi être abusé au moyen d'un chevreau ; ses fils tuèrent un chevreau, tempèrent le vêtement de Yossef dans le sang de celui-ci, et dirent qu'une bête sauvage avait dévoré leur frère (v.37,31).
Le châtiment est toujours en rapport avec le crime commis.
[Méam Loez - Vayéchev 37,34]

[selon le Maharam Shif (sur guémara Guittin 57b), c'est uniquement lorsque le sang d'un chevreau et du sang humain sont regardés ensemble qu'on peut voir la différence entre eux. Lorsqu'ils sont vus séparément, ils se ressemblent beaucoup.]

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+ "Tous ses fils et toutes ses filles se mirent en devoir de le consoler ; mais il refusa toute consolation et dit : "Non! Je rejoindrai, en pleurant, mon fils dans la tombe!" Et son père continua de le pleurer." (Vayéchev 37,35)

-> L'expression "son père" se réfère au père de Yaakov : Its'hak.
Lorsque Its'hak était en présence de son fils, il prenait le deuil avec lui, par respect pour ses sentiments.
Mais une fois seul, il abandonnait ce faux-semblant. En effet, Its'hak savait que Yossef était bel et bien vivant, mais il refusait de le révéler à Yaakov.
Il se disait : "Si D. lui-même ne souhaite pas le lui dévoiler par la voie prophétique, pourquoi le devrai-je?"

En principe, on ne doit pas prendre de position extrême. Quelle que soit la tragédie qui advienne, il faut faire preuve de patience. Dans cette optique, le comportement de Yaakov échappe à notre compréhension.
[...]

Yaakov demeura plongé dans un profond deuil jusqu'à ce que Yossef fut sorti de prison et occupa un rang très important en Egypte. Dès ce moment, son deuil s'allégea, car une intuition prophétique lui apporta une lueur d'espoir au sujet de son fils disparu. Il ignorait de quelle manière cela se concrétiserait, mais il savait seulement que tout se terminerait bien.
[Méam Loez - Vayéchev 37,35]

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-> Le Sifté Cohen explique que certes Its'hak savait par inspiration Divine que Yossef était vivant, mais Hachem a décidé de tenir Yaakov dans l'ignorance pour permettre à la trame des événements qui aboutiront à sa descente en Egypte de se mettre en place.

[d'une certaine façon, c'est une miséricorde Divine à l'égard de Yaakov, car normalement pour que le décret d'exil et de servitude se réalise, c'est chargé de chaînes et avec un collier d'esclave que Yaakov aurait dû être conduit en Egypte. Finalement, seul Yossef subira ce sort, tandis que Yaakov descendra en exil couvert d'honneurs, pour retrouver son fils devenu vice-roi d'Egypte.]

-> Its'hak, sachant qu'il était vivant, faisait mine de pleurer Yossef en présence de Yaakov, mais les larmes qu'il verse sont sincères car il sait qu'il ne reverra plus jamais son petit-fils.
Le midrach (Téhilim 15) rapporte que Binyamin savait également par prophétie que son frère est en vie, mais il respect le serment ('hérem) des frères de ne rien révéler ce qui a été fait à Yossef.

-> Pour Yaakov, la perte de Yossef, c'était une tragédie d'autant plus grande que la disparition d'une des tribus empêcherait la création du peuple d'Israël.

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-> "Tous ses fils et toutes ses filles se mirent en devoir de le consoler"

=> Que vient nous apprendre l'utilisation de : "tous ... toutes"? On on aurait pu avoir simplement : "ses fils et ses filles se mirent en devoir de le consoler".

Rabbi Shalom Its'hak Lévitan explique qu'il est dit dans la guémara (Moéd Katan 27b) : "Celui qui souffre trop pour son mort, risque de pleurer pour un autre mort".
C'est pourquoi les tribus, quand ils ont vu que leur père Yaakov pleurait trop son fils et n'acceptait aucune consolation, se sont toutes rassemblées : les fils, les filles et les petits-enfants, y compris les bébés, sans aucune exception, et ils lui ont dit :
"Notre père, selon ce qu'on dit les Sages, que "celui qui souffre trop pour son mort risque de pleurer pour un autre mort", il semblerait qu'un membre de la famille risque de manquer. Tu as donc de là un preuve absolue que Yossef est encore vivant, sinon comme tu l'as trop pleuré, ainsi qu'il est écrit : "il pleura sur son fils de nombreux jours", quelqu'un d'autre de nos frères aurait dû mourir, or nous avons vu que personne d'entre nous en maque, et ce doit être pour toi la consolation de savoir qu'il est vivant."

=> C'est pourquoi le verset dit 2 fois : "tous ... toutes" = pour nous enseigner que tous les fils et toutes les filles sont venus, il ne manquait pas une seule personne, pour le consoler par le fait que s'ils se trouvaient devant lui, cela prouvait que Yossef était vivant.

"Il [Yossef] ne l'écoutait pas pour reposer près d'elle, pour être avec elle" (Vayéchev 39,10)

-> "Elle a tenté de le séduire par tous les moyens possibles : par des paroles, en changeant continuellement de toilette, en le menaçant de le faire jeter en prison, de l'humilier et de le rendre aveugle, et en faisant miroiter à ses yeux la perspective de recevoir d'énormes sommes d'argent"
[guémara Yoma 35b]

-> Rachi rapporte la guémara (Sotah 3b), où elle souhaitait qu'il s'allonge près d'elle, même sans avoir de rapports.

Elle essayait de l'attirer en lui faisant comprendre : viens au plus proche de moi, comme cela tu acquerras plus de mérites pour le fait de m'avoir résisté.

-> La guémara (Avoda Zara 5a) explique :
- "pour reposer près d'elle" : comme faisant référence à ce monde. Yossef ne voulait pas fauter avec elle.
- "pour être avec elle" : cela fait allusion au monde à venir.

Yossef avait compris que fauter avec la femme de Potiphar dans ce monde entraînerait le fait d'être avec elle dans le monde à venir.

-> Dans cette même guémara (Avoda Zara 5a), il est également écrit :
"Lorsqu'une personne réalise une mitsva dans ce monde, la mitsva le précède et va devant lui dans le monde à venir.

Chaque faute qu'une personne commet va l'envelopper et l'accompagner au jour du jugement.
Selon Rabbi Eliézer, une faute nous devient liée comme peut l'être un chien."

Le Maharcha explique qu'une entité spirituelle est créée lorsque l'on réalise un mitsva ou une avéra.
L'accomplissement d'une mitsva va créer un défenseur pour son auteur, tandis que l'accomplissement d'une avéra (faute) va créer un accusateur pour son auteur.

Lorsque l'on raccompagne quelqu'un d'important, on est devant lui.
Lorsque l'on escorte un malfrat, on est derrière lui, pour parer à toute éventualité de fuite.

De même, l'ange créé par une mitsva va nous "précéder et aller devant" son auteur, annonçant l'arrivée d'un homme juste.
Tandis que l'ange créé par une avéra "va envelopper et accompagner" son auteur, l'amenant à son destin en enfer.

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-> A ce sujet, le Yéchouot Yaakov rapporte un passage de la prière de Arvit : "retire le Satan de devant nous et de derrière nous" (véasser Satan miléfanénou ouméa'harénou).

Une explication est que l'attaque du yétser ara peut venir de tous les côtés.

Mais, il apporte également une autre explication :
- "de devant nous" = avant la faute, le Satan essaie de nous tenter et de nous leurrer par des plaisirs matériels. Il se met devant nous et cherche à vendre sa marchandise.

Marchant devant, il se fait passer à nos yeux pour quelqu'un escortant une personne importante (nous), au point que l'on en oublie d'être fidèle à Hachem.
[je suis quelqu'un de tellement grand, que Hachem et sa volonté en deviennent inexistant!]

- "de derrière nous" = après que nous ayons fauté, ce même Satan va nous pousser et nous guider vers un destin épouvantable.

En général après une faute, le yétser ara cherche à nous faire culpabiliser (je suis vraiment un moins que rien!), à envelopper en nous de la tristesse, ce qui a le pouvoir de nous entraîner au plus bas.

Marchant derrière, il se fait passer comme accompagnant un bandit (nous), cherchant à entretenir cette phase de déprime destructrice suite à nos regrets.
[de toute façon je suis quelqu'un de tellement mauvais, que c'est normal si je fais de actes mauvais! Pourquoi faire de bons actes, vu comment je suis un racha!]

-> Le rav David Abehssera donne une autre explication de ce passage :
- "de devant nous" = il s'agit des mitsvot positives, ce que nous devons faire. Notre yétser ara se tient devant nous et fait tout pour nous empêcher de l'accomplir, en anesthésiant nos envies d'avancer spirituellement.
- "de derrière nous" = il s'agit des mitsvot négatives, ce devant quoi nous devons fuir/reculer. Notre yétser ara se tient derrière nous, nous barrant la route et nous poussant à avancer vers la faute.

-> Rabbi Nissim Yaguen (Nétivé Or) enseigne :
- "de devant nous" = le yétser ara essaye de bloquer notre route lorsque nous voulons faire une mitsva ... Il essaye de mettre des embûches sur notre chemin, de nous montrer combien est dure à réaliser cette bonne action que nous désirons faire, et nous dissuader de mettre en application nos bonnes intentions.
Ce Satan là : nous demandons à Hachem de le retirer.
- "de derrière nous" = ici le rôle du yétser ara est de nous pousser à fauter, d'aider, d'assister, ainsi il réussit à nous leurrer facilement et à nous conduire dans la proximité des péchés ...
Pour être également sauvé du yétser ara, une aide divine particulière est nécessaire, c'est pour cela que nous prions qu'Hachem retire le Satan de derrière nous.

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-> "Écarte-toi du mal et fais le bien" (Tehilim 34,15).
Au-delà de la compréhension littérale, le Beth Avraham nous éclaire de la façon suivante :
Quand on souhaite faire de bonnes choses, le mauvais penchant se présente avec les montagnes de fautes que l'on a commises, non pas pour qu’on s’en repente, mais plutôt pour nous décourager de réaliser la bonne action.
Ainsi, "écarte-toi du mal" : ne considère pas le mal que tu as commis (si cela n'est pas constructif) ; "et fais le bien" : comme si tu n’avais jamais fauté.

["de derrière nous" : le yétser ara peut également tenir des propos opposés : "Quel tsadik tu es! Combien de belles actions/mitsvot tu as pu faire! Tu mérites bien de te laisser un peu aller, juste un peu, comme cela après tu auras encore plus de forces pour les mitsvot."
Il ne peut pas nous faire fauter directement, alors il cherche à ce que l'on fasse moins, petit à petit, jusqu'à tomber (à l'image d'une minuscule mite qui va à force de persévérance faire s'écrouler un imposant bâtiment!).]

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Ainsi, Yaakov avait conscience que s'il fautait, ce ne serait pas l'histoire d'un moment, car il serait alors lié avec elle par la faute, dans le monde à venir.

=> Avant tout acte demandons-nous : "Qu'est-ce que je gagne? Qu'est-ce que je perds?", car c'est vraiment dommage de devoir se retrouver à payer un prix très très élevé pour une consommation aussi éphémère.

Dans le monde à venir, est-ce que nous voulons être entouré d'anges qui crient nos bonnes actions dans ce monde, ou bien, voulons-nous être enveloppé par des anges qui hurlent toutes nos fautes?

Ce monde est éphémère, mais ses conséquences sont éternelles ...

NB: La téchouva sincère par amour a le pouvoir de transformer un accusateur (derrière nous) en défendeur (devant nous), dans le cas où nous n'avons pas fauté en sachant que nous pourrions ensuite y faire téchouva.

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"Ce fut, quand elle (la femme de Potiphar) lui parlait (à Yossef) jour après jour, et qu’il ne l’écoutait pas" (Vayéchev 39,10)

Nos Sages disent que la femme de Potiphar pensait que c’était une volonté Divine qu’elle ait un enfant de Yossef, d’après ce qu’elle voyait dans les astres. Mais en fait, même Yossef avait un doute et pensait qu’elle avait peut-être raison, ce qui lui rendait l’épreuve bien plus dure.
Seulement, quand Yossef vit son insistance ("jour après jour"), il comprit que ce n’était pas une bonne chose et qu’au contraire, cet acte émane du mauvais penchant.
En effet, l’habitude du bon penchant est de dire une fois ou deux à l’homme de faire une mitsva, puis il le laisse le suivre ou non. Mais, quand on voit que dans un sujet, on ressent au fond de soi une insistance incessante, alors on peut en conclure que cela provient du mauvais penchant, qui ne cesse de pousser l’homme à la faute, jusqu’à ce qu’il cède, D. Préserve.
=> Ainsi, quand on sent une grande insistance, souvent il ne faut pas suivre ce chemin.
[le 'Hidouché haRim]

"Yaakov demeura (vayéchev Yaakov) dans le pays des pérégrinations de son père, dans le pays de Canaan" (Vayéchev 37,1)

-> Il y a 112 versets dans la paracha Vayéchev.

-> Le Rokéa'h commente que cela correspond aux 112 mots du Téhilim 92, qui commence par :"Mizmor chir léyom haShabbath".

Quel est le lien entre les 2?

Le rav Mattitiahou Salomon explique que le lien entre la paracha et ce Téhilim se trouve dans les erreurs incompréhensibles contenues dans la paracha.
Par exemple, comment Yaakov peut-il témoigner du favoritisme à l'un de ses enfants (37,4)? Pourquoi a-t-il envoyé Yossef retrouver ses frères alors qu'il savait qu'ils le haïssaient (37,13)? Et comment le tsadik Yéhouda a-t-il pu avoir une rencontre avec une prostituée (38,16)?

La réponse est que c'est le déploiement du plan divin.

Ces éléments surprenants vont être le commencement de la Brit ben haBétarim, où Hachem apparut à Avraham et lui dévoila que sa descendance serait esclave quelques années plus tard en Egypte, mais qu'elle en sortirait avec plein de richesses et habiterait ensuite en terre d'Israël.

Dans ce Téhilim, on y trouve entre autre : "Car tu me combles de joie, ô Hachem, par tes hauts faits; je veux célébrer les œuvres de tes mains. Qu’elles sont grandes tes œuvres, ô Hachem, infiniment profondes tes pensées! L’homme dépourvu de sens ne peut savoir, le sot ne peut s’en rendre compte."

=> Ce qui se passe dans notre vie peut nous sembler surprenant, mais il fait savoir que cela fait partie du plan divin, et qu'il ne nous sert à rien de se plaindre sur le moment, car dans le monde de vérité nous dirons forcément : "Qu’elles sont grandes tes œuvres, ô Hachem, infiniment profondes tes pensées!

Tous ses fils et toutes ses filles essayèrent de le consoler, mais il refusa d'être consolé et dit : "Car je descendrai dans la tombe en pleurant mon fils." Et son père (Its'hak) pleura sur lui. (Vayéchev 37,35)

-> Rachi commente : "Yaakov ne pouvait pas être consolé de la perte de Yosef, car on ne peut pas être consolé d'une personne vivante que l'on croit morte".

En effet, il existe un décret céleste selon lequel une personne décédée sera oubliée du cœur. Cependant, ce décret ne s'applique pas à une personne que l'on croit morte mais qui est en fait vivante.
Malgré son incapacité à être consolé, Yaakov n'a pas conclu que Yossef était réellement vivant. En effet, il n'existe pas de durée fixe pour l'oubli d'un défunt dans le cœur.
Tout le monde ne vit pas son deuil de la même manière. Certains ne se consolent pas facilement et restent dans le deuil pendant une longue période. Yaakov pensait qu'il faisait partie de ceux qui ne se consolent pas facilement et, par conséquent, son chagrin interminable ne lui prouvait pas que Yossef était toujours en vie.

Le fait de ne pas être facilement consolé découle du trait de caractère négatif qu'est l'obstination. Seules les personnes obstinées refusent d'accepter un décret d'Hachem avec amour et ne sont pas facilement consolées de la mort d'un parent.
Nos Sages qualifient Yaakov de "le meilleur" (de bé'hir) des Patriarches, et il n'avait certainement pas ce trait de caractère négatif.
Si Yossef était effectivement mort, Yaakov aurait accepté le décret d'Hachem avec joie, à l'instar des grands hommes de notre nation. Cependant, dans son humilité, Yaakov ne s'est pas considéré comme une personne juste (tsadik), et il a cru que c'était son obstination qui ne lui permettait pas d'être réconforté (alors qu'en fait, c'était parce que Yossef était encore en vie).

Une autre raison plausible pour laquelle Yaakov n'a pas conclu que Yossef était vivant (en vertu de son incapacité à être consolé) est qu'il était conscient, grâce au roua'h hakodech (inspiration Divine), qu'il ne connaîtrait pas le Guéhinam si tous ses enfants restaient en vie de son vivant.
Les 12 fils de Yaakov correspondaient aux 12 mois de l'année, et il avait la garantie que si aucun d'entre eux ne le précédait, il serait épargné des 12 mois du Guéhinam, qui est la peine maximale pour une personne racha (guémara Shabbath 33b). [en ce sens, on prend le deuil pendant une année, car même un racha au bout d'un an, est libéré de sa purification de ses fautes au Guéhinam. ]
Par conséquent, la mort perçue de Yossef était doublement dévastatrice pour Yaakov : il avait perdu à la fois son fils et cette garantie. Yaakov attribua donc son incapacité à trouver du réconfort à cette perte et non à la mort réelle.
C'est pourquoi il pensait qu'il ne pouvait pas être réconforté. Ce n'était certainement pas le cas, car Yossef était bel et bien vivant, et Yaakov ne sera finalement pas du tout puni dans le Guéhinam.
[d'après le Maharal - Gour Aryé]

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-> En résumé :
Si Yaakov n'a pu être consolé de la mort de son fils Yossef, c'est parce que ce dernier était encore en vie. Cependant, Yaakov n'a pas tiré la conclusion que Yossef était toujours en vie, car il pensait que son trait de caractère négatif d'obstination ne lui permettait pas d'être consolé.
Ou encore, Yaakov pensait qu'il ne pouvait pas être consolé parce qu'il craignait que la mort de Yossef n'annonce son futur châtiment dans le Guéhinam.

Les allégations de Yossef

+++ Les allégations de Yossef :

"Voici les descendants de Yaakov : Yossef avait 17 ans ; il était avec ses frères qui gardaient les troupeaux, et il était jeune avec les fils de Bilha et de Zilpa, femmes de son père ; et Yossef apporta à leur père une mauvaise nouvelle à leur sujet" (Vayéchev 37,2)

-> Rachi commente que Yossef a rapporté tout ce qu'il a vu de négatif chez ses frères, les fils de Léa.
Il a rapporté que ses frères mangeaient des membres d'un animal vivant (du éver min ha'haï), qu'ils rabaissaient les fils des servantes en les appelant esclaves, et qu'ils étaient suspects dans l'interdiction des relations interdites (arayot).

-> Le Maharal nous enseigne :
Yossef a été puni pour ces 3 accusations.
Pour avoir prétendu qu'ils avaient mangé du éver min ha'haï, ses frères l'ont vendu comme esclave et ont ensuite abattu une chèvre (Vayéchev 37,31). Cependant, ils n'ont pas mangé de ses membres alors qu'elle était encore en vie.
[il ne s'agit pas d'une punition au sens classique du terme. Cependant, le but d'une punition est de démontrer que le fauteur a commis une erreur. Le fait que les frères n'aient pas mangé du éver min ha'haï montre à Yossef que ses accusations étaient sans fondement. ]

Pour avoir dit qu'ils traitaient leurs frères d'esclaves, Yossef lui-même a été vendu comme esclave. (Téhilim 105,17)
Pour les avoir accusés d'avoir eu un comportement licencieux, il a été séduit par la femme de son maître, comme le dit la Torah : " La femme de son maître leva les yeux" (Vayéchev 39,7).

=> Pourquoi Yossef a-t-il été puni pour avoir dénoncé leur comportement répréhensible?
Après tout, l'interdiction de calomnier quelqu'un ne s'applique que lorsque cela n'est pas fait dans un but constructif. Il est permis (et c'est même une mitsva) de signaler un comportement immoral à une figure d'autorité comme Yaakov afin qu'il puisse les réprimander et les aider à changer leurs habitudes.
[bien qu'un témoignage en bonne et due forme dans un tribunal juif nécessite 2 témoins, le témoignage d'un seul témoin est suffisant pour la réprimande si cette personne bénéficie de la confiance implicite de la figure d'autorité.]

La réponse se trouve une étape avant le rapport. Yossef n'a pas été témoin de la transgression de ces actes interdits par ses frères, et en effet, les saints géniteurs de la nation juive étaient innocents de ses allégations. En fait, Yossef a seulement été témoin d'un comportement qui a fait naître le soupçon qu'ils ne s'étaient pas suffisamment éloignés de ces graves interdictions.
Yossef a été appelé "Yossef haTsadik", Yossef le juste, en raison de son niveau élevé. Il s'est éloigné du moindre comportement interdit. Parce qu'il était si scrupuleux, il trouvait déconcertant que ses frères soient moins vigilants dans leur prise de distance.
Néanmoins, parce qu'il n'avait pas été témoin d'actes interdits, il était interdit à Yossef de faire part de ses soupçons à son père.

=> Si Yossef n'a pas vu ses frères commettre de véritables actes interdits, qu'a-t-il rapporté à Yaakov?
Yossef signale que ses frères autorisent leurs esclaves à cuisiner pour eux, ce que Yossef considère comme interdit car on ne peut pas faire confiance aux esclaves pour éviter de cuisiner éver min ha'haï (guémara Guittin 67b).
Yossef rapporte également que ses frères, les fils de Léa, refusent de s'associer avec leurs frères de Bilha et de Zilpa. Yossef, dans sa grande droiture, considérait que cela revenait à les traiter d'esclaves.
Enfin, Yossef rapporta que ses frères ne détournaient pas suffisamment leur regard en présence de femmes, ce qui les entachait à ses yeux d'une trace de l'interdiction des relations interdites, car cela crée une ouverture pour le mauvais penchant.

Bien que la Torah ne précise pas les allégations de Yossef, nos Sages les déduisent des mots "dibatam ra'a" (rapports de mauvaise conduite) dans ce verset. Le mot "ra'a" désigne ces 3 allégations, car la Torah associe ce terme à 3 attributs négatifs : "yétser hara" (mauvais penchant), "ayin hara" (mauvais œil) et "lev hara" (mauvais cœur).
Le "yétser hara" pousse une personne vers des relations interdites, car il la séduit pour qu'elle suive ses désirs physiques au détriment de son intellect.
Le "ayin hara" est la source de l'envie, qui pousse une personne à se valoriser aux dépens d'une autre.
Le "lev hara" est la racine de tout comportement insensible, qui pousse une personne à agir avec cruauté envers les créatures d'Hachem, comme lorsqu'elle consomme les membres d'un animal qui ont été séparés lorsque l'animal était encore en vie.

Ces comportements conduisent une personne hors de ce monde, comme le déclare Rabbi Yéhochoua : "Le Ayin hara, le yétser hara et la haine insensée conduisent une personne hors de ce monde" (Pirké Avot 2,11). [la haine insensée est un des aspects du lev hara]
Cependant, comme les frères étaient innocents de ces allégations, Yossef a été puni pour les avoir accusés, comme nous le disent nos Sages : "Celui qui soupçonne l'innocent subira un préjudice physique."

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-> En résumé :
Yossef a calomnié ses frères, les accusant de s'être engagés dans des comportements interdits. Il n'a pas prétendu qu'ils avaient commis des transgressions réelles, mais plutôt qu'ils ne s'étaient pas suffisamment éloignés d'elles.
Yossef était très strict sur ces questions et ne pouvait tolérer la moindre trace de ces interdictions chez ses frères.

"Et comment puis-je commettre un si grand méfait, et pécher envers D.?" (Vayéchev 39,9)

=> Yossef abandonne la femme de Potiphar, qui l'incite à fauter et s'enfuit.

Nos Sages (guémara Sota 13) de commenter :
"C'est grâce à ce mérite qu'il est dit à Yossef : "Il s'enfuit et s'élança dehors" ; grâce à ce mérite, Israël vit que la mer rouge se scindait en 2, lors de leur sortie d'Egypte.
Comme il est dit : "la mer vit et s'enfuit". Que vit la mer?
Elle vit les ossements de Yossef qui passaient avec le peuple d'Israël.

La mer refusait de se scinder, elle demandait d'accomplir la volonté de son Créateur selon la nature de sa création et, non pas de changer son essence.
Mais lorsque la mer vit les ossements de Yossef, elle dit : "Comment, lui, Yossef, a su résister à l'épreuve hors nature, moi aussi, je domine ma propre nature "en fuyant" (en me scindant) devant les enfants d'Israël."

Et durant toutes ces années pendant lesquelles Israël vivait dans le désert, le cercueil de Yossef et l'arche sainte (le texte en hébreu utilise le même mot "arone" pour désigner : cercueil et arche) marchaient côte à côte, et ceux qui passaient devant eux, s'interrogeaient : "Quelle est la qualité de ces 2 "aronot"?

On répondait : l'un est celui d'un mort et l'autre, celui de la présence divine.
Et depuis quand un mort accompagne-t-il la présence divine?
On répondit : "Celui-là a accompli tout ce qui est écrit dans celui-là". "

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+ Le saviez-vous?

-> Selon 'Hida (se basant sur le Séfer haYachar), lorsque sa femme a accusé Yossef d'avoir tenté de la séduire, Potiphar est devenu fou de rage et a décidé de le tuer.

Hachem a alors réalisé un miracle : un enfant dans son lit de bébé a commencé à parler, et a révélé qu'en réalité c'était la femme de Potiphar qui a essayé de séduire Yossef.

Potiphar et son foyer ont été témoins de ce grand miracle, et ont pris conscience de la réalité.
Ils ont alors laissé Yossef en vie, mais afin de préserver leur honneur, ils l'ont condamné à de l'emprisonnement.

-> L'épouse de Potiphar s'appelait : Zoulékha.
[Séfer haYachar - Vayéchev]

"Ils prirent, et ils le jetèrent dans le puits. Et le puits était vide, il n'y avait pas d'eau." (Vayéchev 37,24)

Le puits ne contenait pas d'eau, mais seulement des serpents et des scorpions., nous apprend la guémara (Shabbath 22a).

Le Gaon de Vilna de dire qu'au-delà de la signification 1ere de cette explication, la guémara nous propose ici un regard approfondi sur la nature humaine.

Le prophète Yéchaya (55,1) s'exclame : "Vous qui avez soif, venez, voici de l'eau!"
La guémara (Baba Kama 82a) explique que "l'eau", c'est la Torah.

Les serpents et les scorpions symbolisent le côté le plus sombre de la nature humaine, ses tendances les plus grossières.

==> La guémara nous enseigne donc que, tout comme un puits ne peut contenir que 2 choses : soit de l'eau, soit des serpents ou des scorpions, de même une personne sans "l'eau" de la Torah pour raffiner son caractère, est rempli/fourmille "de serpents et de scorpions".

Une personne ne doit pas penser qu'elle peut être vide de Torah, tout en ayant par ailleurs d'innombrables qualités. La règle est que : s'il n’y a pas d’eau, de Torah, alors il y a naturellement des serpents et des scorpions, des défauts et des vices.

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-> Pourquoi est-ce que Réouven a proposé à ses frères de jeter Yossef dans un puits qui était à priori rempli de serpents?

Selon nos Sages, la punition pour celui qui parle du lachon ara est d'être mordu par les serpents.

Réouven voulait que ses frères constatent que bien que Yossef était dans un puits avec des serpents, les serpents ne le touchaient pas.
Il espérait qu'ainsi ses frères réaliseraient que Yossef n'avait pas commis la faute de lachon ara lorsqu'il parlait d'eux à Yaakov.

-> Pourquoi est-ce que la Torah insiste sur le fait que le puits était vide d'eau?

Il existe un serpent appelé : "arod" dont la morsure est mortelle.
Cependant, si une victime d'une morsure de ce serpent parvient à atteindre une source d'eau avant que le serpent n'y arrive, elle est sauvée et le serpent meurt instantanément.

S'il y avait de l'eau dans le puits, les frères de Yossef auraient pu se dire qu'il a été sauvé du arod grâce à l'eau présente.
Cependant, Yossef étant dans un puits sans eau, ainsi le fait d'y avoir survécu était la plus grande preuve qu'il n'avait prononcé aucun lachon ara.

[le Birkat Avraham]

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+ "Le puits était vide, il n'y avait pas d'eau"

=> Explication : Il n'y avait pas d'eau, mais il y avait des serpents et des scorpions.

-> Rabbi Zalman Sorotzkin (le Oznaïm laTorah) commente :
Ce verset vient nous apprendre que le puits dans lequel a été jeté Yossef avait une qualité et un défaut :
- la qualité = il n'y avait pas d'eau dedans ;
- et le défaut = il y avait dedans des serpents et des scorpions.
On remarquer tout le respect que témoigne la Torah à de l'inerte (un puits) = en effet, la qualité est exprimée ouvertement ("il n'y avait pas d'eau"), tandis que le défaut est caché, puisque déduit de la tournure du verset.

=> Le Oznaïm laTorah en conclut :
Si cela paraît évident quand il s'agit d'un puits, à plus forte raison d'un être humain : nous devons faire son éloge clairement, et si parfois il est nécessaire de révéler un défaut, efforçons-nous de le faire par allusion.

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+ "Le puits était vide, il n'y avait pas d'eau"

=> Explication : Il n'y avait pas d'eau, mais il y avait des serpents et des scorpions.

-> Le Séfer 'Hassidim signale que les initiales de : én bo (il n'y a pas dedans - אֵין בּוֹ) sont : Aval Né'hachim Vékravim Yéch Bo (mais il y a dedans des serpents et des scorpions).
[rapporté dans le Torat Bné Yissa'har]

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+ "Et ils le saisirent, et le jetèrent dans le puits. Le puits était vide, il n'y avait pas d'eau."

-> Selon une autre opinion, il y avait 2 puits. [C'est pourquoi les frères dirent : "Jetons-le dans un des [2] puits" (Vayéchev 37,20)].
Plus tard, le mur qui les séparait tomba, et ils ne formèrent plus qu'une et même fosse.
L'un de ces puits était pleins de pierres, et l'autre de serpents.
[...]
Le verset : "Le puits était vide, il n'y avait pas d'eau" ... = le mot "vide"] désigne les frères, car ils ne bénéficiaient pas de l'eau de la Torah. Ils ignoraient qu'un verset de la Torah énoncerait : "Celui qui aura enlevé un homme et l'aura vendu ... sera mis à mort" (Chémot 21,16).
S'ils avaient eu connaissance de cette loi, ils n'auraient jamais agi de la sorte.

Dans la Torah, le terme "vayiKa'houhou" (et ils le saisirent - וַיִּקָּחֻהוּ) est écrit sans la lettre "vav". [Comme la Torah ne comporte pas de voyelles, on peut également lire : "vayika'héhou" = et ils le prit]. Ceci sous-entend que seul un des frères jeta Yossef dans le puits, agissant au nom de tous les autres. Il s'agissait de Chimon.
[Plus tard, Yossef demandera que Chimon reste comme gage, alors que ses frères iront chercher Binyamin - cf. Mikets 42,24]
[Méam Loez - Vayéchev 37,24]

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"Les pères des tribus étaient occupés à la vente de Yossef, Yossef était affairé à son cilice et à son jeûne, Réouven était affairé à son cilice et à son jeûne, Yaakov était affairé à son cilice et à son jeûne, et Yéhouda était affairé à trouver une épouse.
Et [pendant ce temps], Hachem s’affairait à créer la lumière du machia’h."
[midrach Béréchit rabba 85,1]

-> Après que les tribus aient jeté Yossef dans un puits, ils l'en ressortirent pour le vendre.
Suite à cela, Réouven, qui était alors absent lors de la vente, revint pour sortir Yossef du puits et le ramener à son père, mais, il ne l'y trouva plus. Alors, il s'écria : "L'enfant n'est plus là, et moi où irai-je?" (Vayéchev 37,30).
Rachi (v.37,29) commente sur : "Réouven revint à au puits et voyant que Yossef n'y était plus, il déchira ses vêtements" : Il n’avait pas assisté à la vente, car c’était à son tour, ce jour-là, d’aller servir son père. Autre explication : Il était occupé, couvert d’un sac, à jeûner pour avoir mis le désordre dans la couche de son père.

Le midrach explique : "Où irai-je à cause de ma faute avec Bil'a?" = Réouven relia la disparition de Yossef avec sa faute avec Bil'a.
[Suite à la mort de Ra'hél, Yaakov a mis sa couche dans la tente de Bil'a. Réouven dont la mère est Léa, a pris parti pour sa mère en disant : "Si la sœur de ma mère a été la rivale de ma mère, faut-il que la servante de la sœur de ma mère soit aussi la rivale de ma mère? C’est alors qu’il s’est levé et a déplacé sa couche [celle de Yaakov, dans la tente de sa mère]" (guémara Shabbath 55b)]

=> Mais quel est le rapport entre la disparition de Yossef du puits et sa faute avec Bil'a?

-> Le midrach explique que Réouven sauva Yossef parce que quand il entendit que Yossef rêva de 11 étoiles qui se
prosternèrent devant lui, il en déduisit que lui aussi fait partie des étoiles. Malgré sa faute, il n'a donc pas été écarté des tribus. En gratitude vis à vis de Yossef qui lui fit réaliser une telle chose, il décida de le sauver.
Mais, à présent qu'il revint près du puits et que Yossef avait disparu, il pensa qu'il était mort et donc que le rêve de Yossef n'était pas un vrai rêve prophétique. Or, si ce rêve n'est pas authentique, si c'est un rêve futile, alors toute la preuve qu'il fait encore partie des tribus, des 11 étoiles, n'est plus valable.
=> C'est pourquoi, la disparition de Yossef lui raviva son inquiétude de ne pas avoir été pardonné de sa faute, et d'être écarté des tribus.

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-> Le Sfat Emet explique que quand quelqu'un commet une faute, il doit s'attacher à un tsadik qui est irréprochable au niveau de cette faute, et cela contribuera à sa réparation.
En effet, quand quelqu'un s'attache et même s'efface devant un tsadik, il bénéficie par cela de la perfection et du travail de ce tsadik.

Or, la faute de Réouven concernait la sainteté de la vie conjugale, puisqu'il se mêla de l'intimité de son père.
Pour réparer sa faute, Réouven décida de s'attacher à Yossef, qui était déjà réputé pour se sanctifier à ce niveau-là. C'est d'ailleurs pour cela qu'il fut justement éprouvé, plus tard, avec la femme de Potifar, pour mettre à jour sa sainteté et son éloignement de cette faute.
=> Ainsi, en s'attachant à Yossef, Réouven espérait bénéficier de sa sainteté et ainsi, cela contribuera à réparer sa faute. Cependant, quand Réouven réalisa que Yossef avait disparu, il comprit qu'il ne pourrait pas profiter de sa perfection et craignit donc ne plus pouvoir réellement se nettoyer de sa faute.

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-> Le Birkat Pérets explique que quand quelqu'un commet une faute, son repentir consiste à prendre justement le contre-pied de cette faute. Ainsi par exemple, celui qui a profané le Nom d'Hachem, pour se repentir, il devra multiplier les actes où il sanctifiera Son Nom.

Quand Réouven troubla l'intimité et s’immisça dans la vie conjugale de son père, cela provoqua une grande peine et une grande contrariété à Yaacov. Réouven qui en avait conscience, pensa que sa réparation devait être d'entraîner à contrario une grande joie et une satisfaction importante à celui-ci.
Et quand on jeta Yossef dans le puits, Réouven imagina la douleur que son père ressentira en pensant que son cher fils est mort. En parallèle, Réouven savait quelle joie ressentirait son père s'il lui restitue Yossef : il en sera immensément heureux.
=> Par cette joie qu'il lui permettra de ressentir, Réouven pensa réparer la peine qu'il lui provoqua par sa faute.
Mais quand Réouven réalisa que Yossef avait disparu et qu'il ne pourrait donc plus le rapporter à son père, cela réactiva son inquiétude par rapport à sa faute, car il avait raté une excellente occasion de réparer son acte, en restituant Yossef à son père, avec toute la joie qui en aurait suivi.

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-> Le Panim Yafot fait remarquer que Réouven avait moins de 20 ans quand il commit sa faute. Or, nos Sages enseignent que le Tribunal Céleste ne punit pas quelqu'un qui a moins de 20 ans, ce qui rassura Réouven.
Malgré tout, celui-ci avait quand même un doute, car il se dit que peut-être que les hommes pieux et servant Hachem peuvent être punis par le Ciel même avant 20 ans. Et que ce sont les gens simples qui ne sont punis qu'à partir de 20 ans.

Quand Yossef fut jeté dans la fosse qui contenait, selon nos Sages des serpents et des scorpions, Réouven pensait que Yossef sera épargné. En effet, même si lui aussi avait fauté en rapportant des médisances sur ses frères à leur père, malgré tout il n'avait alors que 17 ans.
Ainsi, puisqu'il avait moins de 20 ans, Réouven pensait que Yossef allait être épargné par le Ciel.
En effet, ses grands mérites justifiaient qu'il bénéficie d'un miracle. De plus, Hachem ne lui tiendrait pas rigueur pour sa faute, car il avait moins de 20 ans.

Mais quand à son retour près du puits, Réouven ne trouva pas Yossef, il pensa que les serpents l'avaient dévoré. Il en conclut que Yossef avait été puni pour sa faute même s'il avait moins de 20 ans. C'est donc bien que les tsadikim peuvent être punis par le Ciel même avant 20 ans.
=> Cela réveilla son inquiétude par rapport à sa propre faute avec Bil'a, car même s'il avait lui aussi moins de 20 ans, il serait quand même considéré comme fautif par le Ciel.

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-> "Réouven entendit et le sauva de leurs mains" (Vayéchev 37,21)

Quand Réouven vit que ses frères allaient tuer Yossef, il s'interposa et proposa de le jeter dans un puits plutôt que de le tuer. Son intention était de revenir par la suite le sortir du puits et le ramener à son père. Sur ce verset, le midrach enseigne que si Réouven savait que la Torah allait écrire à son propos : "Il le sauva de leurs mains", il l'aurait accompagné à son père sur ses épaules.
=> Ce midrach paraît étonnant. Réouven cherchait-il à obtenir les éloges de la Torah? Est-ce pour cela qu'il se serait encore plus empressé de sauver son frère? Mais cela manque d'authenticité!

-> Le Divré Yé'hezkel explique qu'en fait, suite à ce qui s'est passé avec Bil'a, Yaakov avait un peu repoussé Réouven et ne se comportait plus avec lui aussi chaleureusement qu'avant. Or, à présent, si Réouven restitue Yossef, le fils bien-aimé de son père, il est clair que Yaakov se montrera extrêmement reconnaissant vis-à-vis de
lui et recommencera de nouveau à le rapprocher et lui témoigner de la bienveillance comme avant. C'est justement cela que Réouven craignait.
En effet, ce qu'il cherchait à présent à faire, c'est de sauver Yossef. Il s'agissait là d'accomplir cette très grande mitsva. Et il voulait la réaliser avec le plus d'authenticité et avec l'intention la plus pure et la plus désintéressée possible. Et il craignait qu'au fond de lui, dans son subconscient, il ne cherche aussi un peu à récupérer l'amour et la considération de son père. Mais alors, sa mitsva de sauver Yossef ne serait pas la plus pure, car se mélangerait dans cet acte son intérêt personnel.

C'est pourquoi, il se méfia de trop s'empresser, soupçonnant que le zèle supplémentaire proviendrait de cet intérêt. Mais s'il savait que la Torah témoignerait sur lui qu'il le sauva des mains de ses frères, puisque la Torah est une Torah de vérité, cela signifierait donc qu'en vérité, sa seule intention était bien de le sauver. Et dans ce cas, il aurait était assuré qu'après avoir scruté son coeur, Hachem avait bien perçu la pureté totale de son acte. Il ne cherchait en rien son intérêt. Et de ce fait, il n'aurait plus hésité à se dépêcher et aurait porté son frère sur ses épaules pour le ramener à son père.

=> Nous apprenons de là qu'un homme doit constamment s'efforcer d'être le plus honnête avec soi-même. Et même, il convient de se suspecter de peut-être chercher un intérêt personnel dans notre comportement, ce qui l'entacherait de l'intérieur. Même quand on accomplit une mitsva, ne soyons pas trop emballé et convaincu de la perfection de notre acte. Car peut-être qu'au fond, plus que la mitsva, c'est notre intérêt que l'on cherche.
Aussi, l'homme doit tendre le plus possible à la pureté de son intention, de se concentrer essentiellement sur la réalisation de la Volonté d'Hachem.

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+ Lien entre Réouven et les lumières de 'Hanoucca :

-> "Réouven entendit et le sauva de leurs mains" (Vayéchev 37, 21).
Cela est étonnant car celui-ci conseilla à ses frères de jeter Yossef dans un puits rempli tout de même de serpents et de scorpions. Même si l’on suppose que Réouven ignorait la présence des serpents et des scorpions, pourquoi la Torah attribue-t-elle malgré tout le sauvetage de Yossef à Réouven plutôt qu’à Yéhouda, car en définitive c’est le conseil de Yéhouda qui a maintenu Yossef en vie?

En réalité, le conseil de Réouven de jeter Yossef au puits, était porteur d’une certitude d’un point de vue spirituel, car aucun danger spirituel n’existait dans le puits. Même s’il y avait tout de même un danger d’un point de vue physique, ce danger restait incertain.
De plus, ce danger n’était que temporaire puisque Réouven avait envisagé cette solution seulement afin de calmer les esprits et de revenir plus tard au puits pour sauver définitivement son frère, et le ramener à son père. Par contre, Yéhouda a réellement exposé Yossef à un danger certain d’un point de vue spirituel, car il conseilla de le vendre à des Yichmaëlim qui voyageaient en Egypte, qui était le pays le plus imprégné de débauche.
C’est pour cette raison que la Torah attribue le sauvetage de Yossef à Réouven qui le sauva d’un danger spirituel certain et concret, et non à Yéhouda qui le sauva physiquement, mais qui l’exposa de façon certaine au pire des dangers.

A ‘Hanoucca, les ‘Hachmonaïm se sont battus avec don de soi (messirout néfech) pour défendre leur spiritualité (la Torah), menacée d’anéantissement par les Grecs, et non leur identité physique. Leur identité spirituelle avait beaucoup plus de signification pour eux que leur identité physique, tout comme Réouven.
C'est pourquoi sur le verset : "Les mandragores (doudaïm) répandent leur parfum, et à nos portes se trouvent toutes sortes de délices" (Chir haChirim 7,14), le midrach (Yalkout Réouvéni Vayetsé) enseigne : "Les mandragores ont donné leur parfum = il s’agit de Réouven ; et à nos portes se trouvent toutes sortes de délices = Il s’agit des bougies de ‘Hanoucca". [les mandragores citées ici désignent Réouven, car il en avait un jour cueilli pour sa mère Léa (voir Vayétsé 30,14-16)]
Ainsi, le midrach met en rapport Réouven (qui sauva Yossef du danger spirituel) avec les bougies de ‘Hanoucca, symbole de la victoire spirituelle de la Torah sur l’obscurantisme des Grecs.
On peut noter que les mandragores que donna Réouven à sa mère Léa furent cédées à Ra’hel en échange d’une nuit passée avec Yaakov (voir Béréchit 30, 14-18). L’union qui s’en suivit donna naissance à Yissa'har, "le pilier de Torah", symbolisé par la Ménora du Temple, objet du miracle de ‘Hanoucca.
[Kol Yéhouda]