« Les enfants d’Israël camperont, chacun sous sa bannière, selon les insignes de leur maison paternelle, à distance et autour du Ohel Moed, ils camperont » (Bamidbar 2,2)

-> Chaque bannière (de 3 tribus) possédait une couleur distincte [et, d’après le Targoum Yonathan, chaque bannière comportait les couleurs des 3 tribus qu’elle représentait]
Chaque tribu possédait également son propre drapeau, doté lui-même d’un emblème illustrant les traits dominants de son caractère.
Le drapeau de chaque tribau était de la couleur de la pierre la représentant sur le Pectoral du Cohen Gadol.
[Rachi]

-> Le midrach (Bamidbar rabba 2,10) enseigne que le campement d’Israël sur terre est la contrepartie de la Cour Céleste où le trône Divin est entouré de 4 groupes d’anges, à l’instar des 4 camps situés autour du Michkan.

-> « C’est des bannières (dégalim) du peuple juif que les nations du monde ont appris à faire des bannières/drapeaux colorés »
[midrach Bamidbar rabba 2,7 ]

-> Au-delà de l’unité, les bannières étaient le signe d’un amour de Hachem pour son peuple : https://todahm.com/2016/06/30/4611

-> « Les bannières ont cessé quand le peuple s’est dispersé à travers tout le pays pour le conquérir et ne campait plus autour du michkan. Par conséquent, la sainteté du camp d’Israël a cessé d’exister. »
[Rachi – guémara Zéva’him 112b]

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-> « Le juste fleurira comme le palmier » (Téhilim 92,13)

« [Le palmier représente le peuple juif car] il ne contient pas de déchets : ses dattes sont mangées, ses feuilles sont utilisées comme loulavim à Souccot, ses branches séchées servent de sekha’h (toit) sur la Soucca, ses fibres sont torsadées pour faire des cordes, ses brindilles sont tressées en paniers et ses longues planches sont rabotées pour en faire des pièces de bois de soutient de la toiture.

De même, Israël ne contient pas de déchets : certains excellent dans la Torah, d’autres dans la michna, d’autre dans la Aggada, d’autres dans l’observance des mitsvot, d’autres dans les bonnes actions. »
[midrach bamidbar rabba]

=> Les bannières mettaient en avant les qualités de chacune des tribus.

D’un côté, il faut suivre l’ordre de campement imposé par Hachem, mais d’un autre côté, chacun se doit d’utiliser au mieux ses particularités dans lesquelles il excelle.
Lorsque chacun est à sa place pour accomplir son rôle, n’empiétant pas sur celle d’un autre, ni ne le jalousant, alors la partition est sublime!

Tout comme chaque juif a une mission unique à remplir, chaque tribu a une tâche particulière à assumer.
L’unité du peuple juif et l’intégralité de ce que Hachem attend de nous ne peuvent être atteintes que si chaque individu remplit sa mission personnelle, sans usurper l’espace ou la tâche d’un autre (ex: par orgueil), car la mission de l’un ne correspond pas au caractère et au potentiel de l’autre.
Les bannières aident, par la visualisation, à se rendre compte de cela.

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-> « Chaque homme selon sa bénédiction, il les a bénis » (Vayé’hi 49,28)

Le Or ha’Haïm haKadoch explique que la façon dont Yaakov a béni chacun de ses fils montre que les bénédictions convenaient à la personnalité et aux actes de chacun car chaque personne a un trait particulier qui la distingue de ses semblables.
Pour certains, ce trait peut être la prêtrise, pour d’autres la royauté, pour d’autres la Torah, la force, la richesse, le succès, …

En bénissant ses fils, Yaakov inspiré par l’esprit prophétique a donné à chacun la bénédiction qui lui convenait en fonction de ses dispositions positives et négatives sans changer leur destinée.

=> Tâchons d’avancer dans la vie sous la bannière du peuple juif qui nous convient le mieux (être réellement soi-même), afin d’enrichir la collectivité par notre individualité.

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-> b’h, Nous allons voir un dvar Torah du Ben Ich ‘Haï (Aderet Eliyahou – Balak 23,10).

Lorsque le peuple d’Israël était divisé selon des bannières, il y avait 4 groupes différents.
Le mot : ישראל a une guématria de 541. Si on le divise par 4, on obtient : 135, ainsi que 1 (représentant le fait que c’est le seul peuple véritablement uni).

Lorsque ces 4 groupes (valeur de 135) se tournent vers l’Unique, il invite le 1, et arrivent à 136, qui est la guématria de : kol (קול).
C’est une allusion au fait que la force d’Israël se tient dans sa « voix » lorsqu’il étudie la Torah (akol kol Yaakov – יעקב קול הקול – Béréchit 27,22).

Il y a 4 groupes de : « kol », comme les 4 niveaux de la Torah : le pchat, le rémez, le drach et le sod.

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+ « Bila’am leva les yeux et vit Israël camper selon ses tribus » (Balak 24,2)

-> « Cela fait allusion aux bannières. Il leva les yeux et dit : ‘Qui est capable de toucher à ce peuple? Ils reconnaissent leurs ancêtres et les membres de leur famille! …
Les bannières étaient à la fois une mesure de grandeur et une frontière pour le peuple juif »
[midrach Bamidbar rabba 2,4]

-> Les 12 tribus étaient répartis en 4 groupes, ayant chacun sa bannière.
Ce système de bannières a été établi par Yaakov, au moment où il a demandé à être enterré en Israël.
Il a alors enseigné à ses enfants l’emplacement de chacun au moment où l’on portera son cercueil.

Lorsque Yaakov a donné ses bénédictions à Ménaché et Ephraïm, il est dit : « II plaça Ephraïm avant Ménaché. » (Béréchit 48,20).
Rachi commente : afin de placer Ephraïm avant Ménaché dans la formation des bannières.
C’est ainsi, que l’on trouve dans notre paracha : « La bannière du camp d’Ephraïm, avec ses légions, occupera le couchant … Près de lui, la tribu de Ménaché. » (Bamidbar 2,18-20)

-> « [Au moment d’établir les bannières, Hachem dit à Moché :] Je ne dis rien de nouveau : leur place dans le camp leur a été attribuée par leur père Yaakov. Ils disposeront leur camp autour du michkan de la même façon que leurs pères se sont placés autour du cercueil de Yaakov pour l’emporter d’Egypte en terre d’Israël ».
[midrach Bamidbar rabba 2,8]

=> La vision des bannières rappelait à chaque juif ses racines et sa généalogie, et cela transmet de la grandeur.
(à la vue de notre bannière, on vient à penser : étant un descendant direct des Patriarches, comment puis-je me comporter ainsi! ; ayant une telle ascendance, c’est sûr que je peux faire de grandes choses dans ma vie!).

Les bannières rappellent que nos désirs égoïstes passent au second plan, et que nos désirs doivent être en accord avec l’objectif commun : témoigner de l’honneur à Hachem.

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-> b’h : Un dvar Torah sur ce sujet : https://todahm.com/2013/10/27/panneau-dinterdiction-de-maudire

+ Qu’est-ce qui est si spécial à propos de ceux qui accomplissent la mitsva de la Chemita? Hachem n’a-t-il pas promis qu’Il augmentera Ses bénédictions pendant la 6e année au point où ils auront suffisamment de nourriture jusqu’à la fin de la Chemita.

Cependant, cela nous montre la pleine mesure et pouvoir du yétser ara dans sa bataille contre l’homme et pour pervertir ses pensées …

Même si un homme possède 3 années de récolte (la 6e année, l’année de la chemita, et l’année suivante où l’on plante avec de récolter), qu’il a conscience de l’énorme miracle de cette bénédiction [Divine], il va quand même regarder son champ qui est en jachère et [se focaliser à] penser combien il est en train de perdre [à cause de la Chemita].

[Rabbi Aharon Kotler – Michnat Rabbi Aharon – Béhar]

=> D’une manière générale, quelques soient les bénédictions dont Hachem nous comble, en tant qu’être humain nous trouverons toujours à nous plaindre, sans apprécier ces bontés énormes.

« Tous les recensements des Lévi’im … chaque mâle âgé d’un mois et au-delà, furent de 22 000 » (Bamidbar 3,30)

=> Pourquoi est-ce que la plus sainte tribu des Lévi’im est également la moins nombreuse?

-> Il est écrit : “à mesure qu’ils l’accablaient ainsi il se multipliait” (Chémot 1,12)
Rachi : Plus ils tourmentaient les juifs, plus ceux-ci se multipliaient.

Ainsi, le Ramban explique que puisque la tribu de Lévi était exempte de l’esclavage en Egypte, ils n’ont pas mérité la bénédiction de donner naissance à 6 enfants en même temps.

-> Le Ohr ha’Haim haKadoch répond que lorsque Pharaon a décrété que tous les bébés mâles juifs soient tués, Amram (le père de Moché et responsable de la tribu de Lévi) a divorcé de sa femme, et le restant des Lévi’im ont suivi son exemple.
Bien que par la suite Amram s’est remarié avec sa femme, il se peut que de nombreux autres Lévi’im n’ont pas procédé de la sorte, et cela a entraîné que leur population était nettement moins nombreuse.

-> Le Beit haLévi suggère que puisque la tribu de Lévi était soutenue par les autres juifs, par le biais de donations de dîme (maaser), Hachem a fait en sorte que leur tribu soit la moins nombreuse pour ne pas accabler le restant de la nation.

[même si Hachem pouvait désirer davantage de juifs étudiant la Torah, cela ne devait pas se faire au détriment des autres juifs qui auraient alors davantage d’efforts à déployer pour venir en aide matériellement à leurs frères Lévi’im]

-> Le Nétsiv (HaEmek Davar) est d’avis que les Lévi’im étaient déjà choisis pour servir Hachem, et ainsi ils étaient jugés avec davantage de sévérité, entraînant que leur nombre global soit réduit en raison de leurs fautes, puisqu’etant punis immédiatement par la peine de mort.

-> Le rav El’hanan Wasserman (Kovetz Maamorim) écrit que Hachem a créé le monde de telle manière que tout ce qui est plus noble est également plus rare [à trouver].
De même que les animaux dépassent en nombre les êtres humains, de même il y avait davantage de non Lévi’im que de Lévi’im.

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-> Compte les enfants de Lévi … à partir de un mois tu les compteras » (Bamidbar 3,15)

=> La fonction des Lévi’im étaient de garder le Michkan. Ainsi, comment un nourrisson de un mois peut-il garder quoi que ce soit ?

Cela prouve que la garde du Michkan n’était pas une garde physique, par des gens physiquement forts, mais c’était spirituel.
Ce n’était pas par la force de leurs corps que les Lévi’im ont gardé le Michkan, mais par leur sainteté et leur grand niveau spirituel. Or, les Lévi’im disposent de ces dimensions déjà dès leur naissance.

[Avné Ezel]

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+ « Par tête » (Bamidbar 1,2)

=> En revanche, pour le compte des Lévi’im, il n’est pas dit qu’il soit fait [un compte] « par tête ». Pourquoi cette différence ?

En réalité, la guémara (Ména’hot 37a) parle de l’existence d’individus qui ont 2 têtes. C’est ce qu’on appelle des siamois.
Seulement, nos Sages disent que ces individus ne peuvent pas vivre plus que 12 mois.

Ainsi, les juifs qui furent comptés à partir de 20 ans, pouvaient être comptés par tête, car ils n’avaient pas le risque d’avoir des siamois. [ne vivant que 12 mois maximum]
Mais les Lévi’im, qui étaient comptés depuis un mois, pouvaient avoir ce risque de compter un bébé avec 2 têtes. C’est pourquoi, il n’est pas dit qu’ils soient comptés par tête, pour ne pas qu’on compte pour deux ce genre de personnes.
[‘Hatam Sofer]

« Depuis l’âge de 20 ans et au-delà, quiconque part pour l’armée en Israël, vous les compterez » (Bamidbar 1,3)

– Selon le Ramban : avant cet âge de 20 ans, l’homme n’est pas suffisamment fort pour affronter l’ennemi.

– Selon la guémara (Baba Batra 121b) : les hommes âgés de plus de 60 ans n’étaient pas inclus dans le dénombrement.

=> Est-ce que ceux qui étaient malades au point de ne pas pouvoir partir à la guerre étaient inclus dans le compte?

-> Le Sifté ‘Hakhamim écrit que les juifs (entre 20 et 60 ans) qui étaient maladies et incapables d’aller à la guerre, étaient quand même inclus dans le compte.

-> Le Gaon de Vilna et le Nétsiv ne sont pas d’accord, et sont d’avis que la capacité de servir dans l’armée était un prérequis pour être inclus dans le recensement, et cela explique pourquoi les mots : « quiconque part pour l’armé », sont répétés constamment en rapportant les détails du recensement.

-> Le Ohr ha’Haïm haKadoch suggère que ces mots ne sont répétés que pour nous apprendre qu’à ce moment tous les hommes au-delà de 20 ans étaient forts, en parfait santé et donc aptes à servir dans l’armée juive. La question ne se posait même pas!

« Pour la tribu de Réouven : 46 500 … pour la tribu Chimon : 59 300 … pour la tribu de Gad : 45 650 … pour la tribu de Yéhouda : 74 600 … » (Bamidbar 1,21-26)

Le recensement de toutes les tribus est un multiple de 100, sauf pour celle de Gad qui est un multiple de 50.
=> Est-il possible que chacune des tribus avait un nombre aussi précis, ou bien la Torah a-t-elle arrondi le total du recensement au 50 ou 100 le plus proche?

-> Le Imré Noam (cité dans le Chaaré Aharon 1,21) est d’avis que la Torah n’est pas précise sur les petits nombres, et il suggère que le recensement de chaque tribu a été arrondi à la centaine la plus proche.
Puisque la tribu de Gad avait précisément 45 650 personnes, ce compte ne pouvait pas être arrondi autrement.

Comme preuve que la Torah arrondi les nombres, il cite le commandement de compter le Omer : « vous compterez 50 jour » (Emor 23,16), alors que nous comptons réellement 49 jours.
De même, il est écrit que le tribunal condamnera une personne ayant transgressée un commandement négatif à : « 40 [coups de fouet], il le frappera » (Ki Tétsé 25,3), mais en pratique selon nos Sages on doit en donner 39 coups.

Le Messekh ‘Hokhma (Bamidbar 3,16) est également du même avis.

-> Le rav ‘Haïm Kanievsky (Déré’h Sichah) rapporte qu’au début il pensait que les nombres du recensement des tribus étaient arrondis, mais lorsqu’il a mentionné cela à son père, le Steïpler, il lui a répondu qu’un nombre écrit dans la Torah se doit d’être exact. Hachem doit avoir une raison au pourquoi Il a miraculeusement causé que chaque tribu était composée d’un tel total de personnes.

« Rangés chacun sous une bannière distincte, d’après leurs tribus paternelles, ainsi camperont les enfants d’Israël » (Bamidbar 2,2)

-> Le rav Aharon Kotler (michnat Rabbi Aharon) en déduit le principe suivant : toute démarche liée au service divin et aux règles de sainteté exige ordre et structuration.
Si l’ordre ne règne pas, les valeurs spirituelles les plus élevées risquent d’être corrompues.
En témoigne la guémara (Arakhin 11b) qui statue : « Un Lévi dont la tâche est de chanter et qui se chargerait de fermer une porte [rôle attribué à d’autres Lévi’im] serait passible de mort ».

Le midrach (Bamidbar rabba 5,1) rapporte que tous les enfants de Lévi souhaitaient participer au transport de l’Arche, si bien qu’on assista à des accrochages entre plusieurs membres de cette tribu.
Une grande confusion s’ensuivit, l’atmosphère perdit en gravité, et l’Arche sainte eu égard à sa sainteté causa la mort d’un certain nombre d’entre eux.

Ainsi, par manque d’attribution des rôles, les lévi’im en vinrent à se disputer le privilège de porter l’Arche, entraînant de l’irrespect à la place de la solennité respectueuse.
L’édifice le plus saint au monde, devint aux yeux des hommes, la cause d’une conduite répréhensible.

=> C’est par le mérite de l’harmonie (suivre la partition Divine de la Torah) qui régnait parmi les enfants d’Israël qu’ils furent jugés aptes à recevoir la Torah .

[face au mont Sinaï : « comme un seul homme, animés d’un même cœur » => chaque juif était à sa place, à l’image d’un corps humain où chaque organe est à sa place, jouant son rôle unique et indispensable pour le bon fonctionnement global.]

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-> « L’absence d’ordre conduit à la confusion. Or, une personne confuse dans sa vie et dans son quotidien le sera aussi dans son service divin. »
[rav Zoundel de Salant – rapporté dans le Tnouat haMoussar – tome I p.132]

-> « Dans la yéchiva du Saba de Kelm, l’ordre n’était pas considéré comme accessoire : il s’agissait d’une qualité fondamentale, du reflet de l’état moral de chacun.
Si quoique ce soit dans l’aspect extérieur d’une personne est inadéquat, c’est la preuve qu’elle souffre d’un problème intérieur.

Si ses affaires sont désordonnées, ses pensées le sont donc également.
Si quelqu’un ne veille pas à la propreté de sa maison, c’est qu’il néglige aussi la pureté de son âme.

A cet égard, dans la yéchiva de Kelm, le moindre manquement à l’ordre suscitait de véritables tollés.
Si un élève faisait preuve de nonchalance dans sa conduite, ou s’il n’accordait pas d’importance, par exemple, au fait que l’eau avait été renversée sur le sol, on en concluait qu’il était laxiste par nature, et qu’il ne faisait guère cas de la qualité de ses actes et de ses pensées.

Si untel ne rangeait pas convenablement ses chaussures à leur place, c’était la preuve qu’il était aussi brouillon et désordonné dans ses pensées et dans son comportement.

Un jour, le rav Sim’ha Zissel (le Saba de Kelm) alla rendre visite à son fils rav Na’houm Zéev. On raconte qu’en arrivant dans la ville (proche de Vilna), il se rendit directement à l’auberge où était installé son fils, et il vérifia l’état de sa valise.
C’est seulement après qu’il eut constaté que ses affaires étaient correctement rangées, qu’il alla retrouver son fils.

Le Saba de Kelm ne contrôla pas ses connaissances en guémara, il ne prit pas de renseignements sur sa conduite. En effet, la manière dont il prenait soin de ses effets personnels lui suffit pour savoir que tout allait bien pour lui. »

[rapporté dans le Tnouat haMoussar]

« Toute la sainteté d’une personne dépend de ses yeux. »

[Gaon de Vilna – sur Béréchit 38,21]

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-> Le Ben Ich ‘Haï (Bén Yéhoyada – guémara Sota 8) note que la guématria de : réiya (la vision – ראיה) est la même que : « guévoura » (force, puissance – גבורה).
En effet, nous devons mobiliser nos forces pour contrôler ce que nos yeux voient, car c’est par là que le yétser ara met un 1er pied chez nous.

-> Le ‘Hafets ‘Haïm dit que les yeux sont le point d’entrée clé pour que le désir [au mal] entre et s’agrippe à notre âme.
Cela est en allusion : « Mes yeux ruinent mon âme (éni oléla lénafchi) » (Eikha 3,51).

[avoir de mauvais regards, c’est laisser une porte ouverte pour que le yétser ara puisse alors nous inciter à réaliser d’autres fautes!]

-> Rachi (Vayétsé 28,13) fait remarquer que Hachem associe son nom avec Its’hak, durant sa vie, ce qui n’est pas le cas d’Avraham et de Yaakov. Pourquoi cela?
C’est parce que Its’hak avait déjà perdu la vue, et par conséquent son yétser ara était verrouillé.

-> Le ‘Hafets ‘Haïm avertit que bien que nous disons à chaque bénédiction: « acher kidéchanou bémitsvotav » (Qui nous sanctifie par Ses mitsvot = chaque mitsva que nous réalisons nous rend plus saint), cette transformation ne peut avoir lieu que chez celui qui fait attention à ses yeux et à son imagination.

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-> Si tu Me donne ton cœur et tes yeux, alors Je saurai que tu es Mien » (midrach Yalkout Chimoni – Michlé chap27)

[on a tendance à se dire : « ça va, je n’ai rien fait, ce n’est qu’un regard! », mais on oublie que par nos yeux nous prouvons que nous sommes attachés à Hachem ou pas (« Je saurai que tu es Mien! »).]

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-> Le Séfer ‘Hassidim (140) assure que celui qui est vigilant avec ses yeux, aura une place réservée tellement haute, tellement proche de Hachem, que mêmes les anges (mala’him) ne pourront pas l’approcher.

En effet, les anges sont pré-programmés, n’ayant pas un libre arbitre, ils devront restés en dehors de ce cercle de personnes proches de D., et d’ailleurs, les anges leur demanderont : « Qu’est-ce que Hachem fait? »

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-> Avoir des yeux purs permet de mieux retenir la Torah que l’on étudie.
Cela est en allusion dans la portion du Shéma par la proximité de : « lo tatourou » (ne va pas après tes yeux) et des mots : « lémaan tézakérou » (afin que tu te rappelles).
[rav Shimon Shkop]

-> A l’inverse, rabbénou Bé’hayé (Pirké Avot 1,5) écrit :
« Avec une tête pleine de pensées méprisables, comment est-il possible d’absorber en même temps des pensées de Torah? C’est l’un ou l’autre.
Ceux qui sont submergés par la poursuite des tentations de ce monde, deviennent insensibles à la beauté de la spiritualité.
Ces 2 opposés ne peuvent pas se tenir l’un à côté de l’autre dans le même cœur ».

[à nous de jouer : chaque mauvais regard retire de la Torah, de la spiritualité en nous, et donne davantage de place à notre matérialité, aux envies fautives de ce monde.]

-> Le Ben Ich ‘Haï (Bo) nous avertit qu’un esprit d’impureté rôde autour de nous et essaie d’enlever de notre esprit nos études de Torah.
La façon d’empêcher ses activités nuisibles est de préserver la sainteté de nos yeux.

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-> Le simple fait de suivre ses yeux peut être considéré comme un acte d’adultère [guémara Béra’hot 12b].
Pourquoi cela?

Les yeux sont les fenêtres par lesquelles notre âme absorbe les images et les scènes de l’extérieur, et ensuite elles deviennent une part de notre personnalité et vont devenir de la matière à notre imagination.
Le simple fait de regarder va créer un lien connectant celui qui regarde avec ce qu’il regarde.
Une fois que nous avons regarder une chose, nous ne sommes plus le même qu’avant, puisqu’une marque permanente va rester pour toujours en nous.

A l’image d’une éponge, notre âme absorbe ce que nos yeux lui donne à manger.
Est-ce que nous désirons utiliser nos yeux pour donner à notre âme une bonne nourriture cashère ou bien des substances toxiques, nuisibles.
C’est pourquoi nos Sages (guémara Méguila 28a) nous avertissent de ne pas regarder le visage d’un racha car cela va impacter négativement notre âme.

[Il faut avoir conscience de la particularité de cet organe (l’œil), qui contrairement aux autres amènent en nous ce qu’il y a dehors, et ce en bien ou en mal en fonction de nos visions.]
[rabbi Yossef Goldschmidt]

-> La guémara (Yoma 29a) dit qu’avoir des pensées de plaisirs immoraux, est d’une certaine façon pire que les actes immoraux eux-mêmes.

En effet, le corps d’un juif est comme un Temple sur terre, et le cœur (l’esprit) correspond au Kodech haKodachim (Saint des saints).
Le racha Titus a démoli le Temple, mais par de mauvaises pensées un juif fait davantage de dégâts. Il profane le Saint des saints du Temple qui se tient en Haut (cf. Néfech ha’haïm part.1,chap.4). [et ce à chaque mauvaise pensée!]
[rabbi Yossef Goldschmidt]

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-> Regarder des choses interdites nous empêche d’avoir de l’enthousiasme pour les mitsvot avec un cœur plein de chaleur.
[rav Matisyahou Salomon]

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-> Se régaler les yeux de visions interdites peut bloquer le chemin pour faire téchouva.
[Rambam – Hilkhot Téchouva 4,4]

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-> Tout celui qui voit quelque chose [d’indigne] et ne s’en régale pas les yeux, méritera de voir la Face de la Présence Divine.
[Déré’h Eretz – chap.1]

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-> Le Ben Ich ‘Haï (Od Yossef ‘Haï – Vaét’hanan) enseigne :

Une source importante de plaisir dans ce monde provient du fait de manger et de boire.
Dans le monde à Venir, nous entrerons d’abord dans le Gan Eden inférieur où les âmes profitent d’agréables parfums, et ensuite nous montons vers le Gan Eden supérieur pour prendre part à l’émerveillement de voir la Gloire Divine.

Cette progression se manifeste dans la structure du visage : en bas la bouche (manger, boissons), au-dessus le nez (parfums), et au plus haut il y a les yeux.
Cela nous transmet le message suivant : à tout prix nous devons conserver la spiritualité de notre vision.

C’est le désir le plus tendre et profond de tout juif que de pouvoir un jour apprécier la luminescence de la Présence Divine, à l’image du roi David qui désire : « contempler la splendeur de Hachem » (la’hazot bénoam Hachem – Téhilim 27,4).
C’est la plus haute dimension [de plaisir, joie] que l’on peut ressentir.

[Nos yeux sont un organe tellement central/élevé, que plus nous avons des yeux saints, plus nous pourrons contempler et être proches de la Présence Divine, et ce pour l’éternité dans le monde à Venir.]

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-> « L’aide de Hachem vient aussi vite que le clignement d’un œil » (yéchouat Hachem kééréf ayin)

Le rav Its’hak Zilberstein, au nom du Taharat haKodech, dit que simplement en tournant ses yeux d’une vision inappropriée, nous méritons d’être plus proches de Hachem, et d’avoir un moment favorable (ét ratson) pour faire une prière à Hachem.
En effet, « aussi vite que le clignement d’un œil » (devant une vision interdite), vient : « l’aide de Hachem » = ce moment où nos demandes à D. sont plus facilement acceptées.

De même, le Gaon de Vilna écrit qu’à chaque fois qu’un juif se retient de regarder ce qui ne convient pas, il acquiert un pouvoir de prière considérable.
A ce moment précis, il peut s’adresser à D. et obtenir de très grandes choses.

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-> Si les juifs regardent des choses interdites, alors les puissances de Essav et d’Ichmaël reprennent des forces.
Mais si nous sommes vigilants à protéger notre sens de la vision, alors Essav et Ichmaël seront anéantis et le machia’h viendra.
[‘Hida – Na’hal Kédoumim – Béréchit]

-> Le midrach Tan’houma (fin de Vayigach) compare ce qui se passe à Tsion avec la vie de Yossef.
Le rav Don Segal commente que de même que Yossef a obtenu la royauté grâce à la pureté de ses yeux, de même le retour de Jérusalem comme capitale du monde sera essentiellement précédé d’épreuves où les juifs devront garder la pureté de leurs yeux.

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-> Le Maharcha (guémara Sanhédrin 100b) enseigne que pour nous tester, le Satan a la capacité de donner de la grâce et de la beauté à une femme qui serait sinon pas attrayante.

[Le Satan/yétser ara a un énorme pouvoir d’illusion, et c’est à nous d’être sur nos gardes et de rester fidèle à la volonté de Hachem.]

-> Le rav Avigdor Miller explique que l’eau volée à un meilleure goût qu’une eau achetée.
La raison de cette douceur est parce qu’elle n’est pas à nous.

[à l’image d’un enfant qui dit : « pourquoi lui il a cela et pas moi! », et une fois qu’il l’a, il n’en a rapidement plus véritablement envie.]

=> De même, une grande partie du désir de regarder des choses interdites est simplement parce que cela nous est interdit, ne nous appartient pas.

[d’une manière générale nous prenons plus de plaisir dans l’anticipation, dans l’imagination d’une activité que nous allons faire, par rapport à l’action en elle même sur le moment.
Ainsi, le yétser ara utilise la puissance de l’imaginaire pour nous attirer sur des choses interdites!]

-> Le Gaon de Vilna rapporte que rien que le fait d’entendre les pas d’une femme était suffisant pour nuire à sa sainteté.

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-> A chaque fois que nous refusons de céder aux visions indésirables, nous devons ressentir une élévation et même de la joie égale à la joie d’une mitsva, [comme] lorsque nous réalisons la mitsva de la Soucca ou du loulav.
[en effet, à chaque fois nous avons réalisé la mitsva de la Torah ne pas aller après notre cœur et nos yeux (Bamidbar 15,39)!]
[Baal haTanya – Likouté Amorim]

-> Nous ne pouvons pas imaginer à quel point est phénoménale la récompense pour chaque seconde où l’on se bat avec notre yétser ara, et ce même si au final on en sort perdant »
[rav Israël Weintraub]

Le ‘Hafets ‘Haïm dit que pour un juif chaque effort déployé est un succès, rien n’est perdu, quelque soit le résultat final.
[tant que l’on est dans une optique sincère de faire de notre mieux, il ne faut pas s’attrister mais au contraire se focaliser sur chaque seconde, chaque effort déployé, qui génère un résultat magnifique, dont on peut être fier pour continuer à mener bataille dans la joie!
A l’inverse des non-juifs où seul le résultat final compte.]

De plus, la guémara (Makot 10b) affirme : On est mené dans le chemin où l’on désire aller.

Le Maharcha commente que ce sont des anges qui vont mener une personne vers la direction de ses aspirations personnelles.
[ainsi tant que nous aspirons sincèrement à suivre la volonté de D., à être dans la Vérité, alors même si au final nous échouons, puisque Hachem connaît les intentions présentes dans notre cœur, alors Il va forcément nous aider à aller dans le chemin de la sainteté, à se rapprocher de Lui.]