« Ne hais pas ton frère en ton cœur. Tu réprimanderas le membre de ton peuple, et tu ne porteras pas de faute à cause de lui. » (Kédochim 19;17)


-> Selon le Kanféi Nécharim :
Nos Sages enseignent : « Corrige-toi, et ensuite, corrige les autres. »
C’est ce que dit ici le verset : « Tu réprimanderas le membre de ton peuple », mais veille à « ne pas porter la faute » = au moment où tu lui fais des reproches, ne sois pas toi-même coupable de la faute, que tu l’as vu commettre.

-> Le Sfat Emet donne une interprétation sublime …
Réprimande-toi au moment où tu réprimandes ton prochain, car sache qu’en toi aussi se trouve une partie de la faute de chaque juif (kol Israël arévim!).

« Et tu ne porteras pas de faute à cause de lui » = ne lui impute pas toute la faute.
==> Si tu te sens associé à sa faute, ta réprimande porteras et lui aussi se repentira.

D’ailleurs, le rav Moché Yéhoshua Heshel (dans son Yam haTalmud) donne une explication allant dans ce sens.
– Rachi (Kédochim 19;18) = « Rabbi Akiva dit : « [Tu aimeras ton prochain comme toi-même] est un grand principe de la Torah. »
– Guémara Shabbath 31 = « ce que tu détestes, ne le fais pas à ton prochain, c’est là toute la Torah, et les détails, va les étudier. »
Le rav Heshel se demande comment peut-on dire : c’est là toute la Torah?
En effet, de nombreux commandements entre l’homme et son Créateur n’ont aucun rapport avec celui-ci!
==> Nous savons que « tout le peuple est responsable l’un de l’autre. »
Ainsi, quand un juif commet une faute, bien qu’il soit le seul à avoir tiré un profit, les autres sont punis à cause de lui.

On devrait tous réfléchir et comprendre qu’à cause de la faute que l’on commet par intérêt personnel, des personnes innocentes souffriront à cause de nous, alors qu’elles n’auront tiré aucun bénéfice de notre faute.
Est-ce que nous sommes prêt à payer pour les fautes des autres?
Par conséquent, comment peut-on faire souffrir autrui pour son bénéfice personnel?
Cette réflexion doit nous empêcher de commettre la moindre faute.

Ainsi, ce principe : « ce que tu détestes, ne le fais pas à ton prochain », constitue donc bien le fondement de toute la Torah, car il empêche l’homme de commettre la faute.

Dans le même sens, le Rav ‘Hayim Vital explique que les enfants d’Israël sont comparables aux membres d’un même corps.
Quand l’un d’eux vient à pécher, tous les autres sont responsables de ce qui a été commis.
Telle est la raison pour laquelle, lorsque nous récitons le vidouï (la « confession »), nous employons la forme plurielle : ‘hatana (= nous avons péché), et non ‘hatati (=j’ai péché).
==> Même celui qui prie seul chez lui s’exprime ainsi, au pluriel, car le manquement de l’un est considéré comme ayant été perpétré par tous (leurs âmes étant liées, et garantes les unes des autres).

-> On apprend aussi de ce verset, que pour réprimander son prochain, il faut tenir compte de son tempérament, de ses traits de caractère et de son niveau spirituel.
Il ne faut pas agir en fonction de son tempérament à soi.
« Tu réprimanderas le membre de ton peuple » = réprimande-le en tant que « membre de ton peuple », selon sa nature, et non la tienne.

[ Un maître du moussar tire aussi de ce verset : « Réprimande ton prochain de la façon dont tu te réprimandes toi-même : avec le même ton et la même intensité. »
En effet, on a tous tendance à être clément avec nous-même, et à être très sévère/intransigeant avec autrui … ]

—> Il est écrit dans la guémara (Baba Metsia 31a) : « Réprimande, tu réprimanderas, même 100 fois ».
-> Selon le Rabbi Waldenstein d’Ostrovsta :
Généralement, quand pour une fois, un homme éprouve l’envie de faire une réprimande à quelqu’un, il le fait précipitamment et n’a plus ensuite aucun rapport avec lui.
Ce n’est pas ainsi, qu’il faut accomplir la mitsva de réprimander son prochain.
Il ne faut pas se contenter de parler une fois : il faut lui parler de façon à ce qu’on ait quoi se dire le lendemain.

-> Selon le Rabbi david Bekkher de Mézéritch :
Parfois, tu n’es pas capable de dire ce qu’il faudrait dire ; parfois, l’autre n’est pas capable d’entendre ce qu’il doit entendre.
Au bout de 100 fois, l’occasion se présentera peut-être où tu pourras dire ce qu’il faut et où l’autre pourra entendre.

—> A propos de la destruction du 2e Temple, on a :
– Guémara (Yoma 9) = « Le 2e Temple a été détruit à cause de la haine gratuite. »
– Guémara (Shabbath 119) = il a été détruit parce que les juifs ne se réprimandaient pas.

-> Le Avnei Azel, nous explique que ces 2 raisons n’en sont qu’une = comme la haine gratuite régnait parmi les enfants d’Israël, ils ne pouvaient pas se réprimander l’un l’autre.
Il manquait la condition essentielle pour pouvoir réprimander son prochain.

En effet, le Avnei Azel dit que l’homme ne peut réprimander son prochain que s’il éprouve de l’affection pour lui.
S’il l’aime, il s’inquiète de sa situation, et cherche vraiment à ce qu’il s’améliore, comme un père qui sermonne seulement son fils.

Plus l’amour est grand, plus la réprimande mue par l’affection a davantage d’effet : la personne ressent l’amour de celui qui la corrige, et accepte ses paroles.
Mais si un homme hait son prochain, il ne peut pas le réprimander, car son reproche sera inefficace.

=> Grâce au commandement « ne hais pas ton frère », il est possible d’accomplir « tu réprimanderas ».

 

Source (b »h) : compilation du « mayana chel Torah », du Rav Alexander Zoucha Friedman + le « talelé orot » du Rav Yissa’har Dov Rubin

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