« [Yaakov] la reconnut et dit : La tunique de mon fils! Une bête sauvage l’a dévoré! Yossef a sûrement été déchiqueté (tarof toraf Yossef)  » (Vayéchev 37,33)

En exprimant sa peur que Yossef ait été tué, Yaakov emploie : « tarof toraf », qui littéralement signifie : « déchiré déchiré ».
Pourquoi emploie-t-il cette expression redondante?

-> Le Nétsiv répond que c’est comme si Yaakov disait : Cela aurait été déjà suffisamment tragique qu’il ait été tué par un homme … mais comment se peut-il qu’il ait été tué par un animal, une créature qui n’a pas de libre arbitre?

Puisque cela serait un drame encore plus grand, Yaakov exprime son chagrin sur cette double circonstance (il est tué, et en plus par un animal), par l’emploi d’une expression redondante.

-> La guémara (Sanhédrin 38b) et le Zohar, enseignent qu’une bête sauvage ne peut pas prendre le dessus sur un homme, sauf si cette personne lui apparaît comme un animal.

Yaakov pensait que Yossef était un tsadik.
Comment se peut-il alors qu’il ait été comme un animal aux yeux de la bête sauvage?

Etant profondément troublé, il a employé le mot : « déchiré » par 2 fois.

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+ « Une bête sauvage féroce (‘haya raa) l’a dévoré »

=> Y a-t-il une bête sauvage qui est féroce et une bête sauvage qui n’est pas sauvage?

-> Le Séfer Birkat Eliyahou explique que Its’hak avait été ligoté sur l’autel (lors de la Akédat) et avait donné sa vie pour la sanctification du Nom de D., mais un bélier avait été offert à sa place et cela avait été considéré comme si lui-même avait été brûlé.
Or le feu du Ciel qui était descendu sur l’autel avait la forme d’un lion, c’était donc une « bête sauvage non féroce ».

=> C’est de cela que Yaakov se désolait en disant : « Une bête sauvage féroce l’a dévoré », comme quelqu’un qui se plaint : Si seulement c’était une bête bénéfique qui l’avait dévoré, c’est-à-dire un feu dévorant venu du Ciel sous la forme d’un lion, et non une bête féroce corporelle, qui est comparée à une « bête sauvage féroce ».

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+ « Yaakov déchira ses vêtements [de douleur], et il mit un cilice sur ses reins, et il porta longtemps le deuil de son fils » (Vayéchev 37,34)

-> Yaakov porta le deuil de Yossef durant 22 ans.
Yossef avait 17 ans quand il fut vendu (v.37,12), et 30 lorsqu’il parut devant Pharaon (v.41,46) => soit 13 ans.
Puis vinrent les 7 années d’abondance, ce qui donne 20 ans.
Enfin, Yaakov émigra en Egypte après 2 ans de famine (v.45,6), et on obtient donc un total de 22 années écoulées.

Yaakov a subi ces 22 années de chagrin pour avoir négligé d’honorer ses propres parents pendant 22 ans.
Il avait séjourné 20 ans chez Lavan, 18 mois à Souccot, et 6 mois à Béthel, soit 22 ans en tout.
[les 14 années durant lesquelles il demeura à la yéchiva ne sont pas prises en compte car l’étude de la Torah prime sur les obligations filiales].

=> C’est pourquoi Yaakov dit à Lavan : « J’ai passé, moi, 22 années dans ta maison » (Vayétsé 31,41). Ces 22 ans furent pour moi comptées contre moi [à l’inverse de celles à la yéchiva]. Ces années vont me coûter très chères, elles m’ont empêché d’accomplir le commandement d’honorer mes parents. »

De plus, Yaakov subit également ce châtiment pour la peine causée à Its’hak lorsqu’il s’attribua la bénédiction d’Essav, puisque la Torah souligne que « Its’hak fut saisi d’un frayeur extrême » (Toldot 27,33).
Or, Hachem exige des tsadikim la perfection.
Its’hak fut victime de la ruse de Yaakov grâce aux peaux de chèvres dont celui-ci s’était recouvert les bras. De la même façon, Yaakov devait lui aussi être abusé au moyen d’un chevreau ; ses fils tuèrent un chevreau, tempèrent le vêtement de Yossef dans le sang de celui-ci, et dirent qu’une bête sauvage avait dévoré leur frère (v.37,31).
Le châtiment est toujours en rapport avec le crime commis.
[Méam Loez – Vayéchev 37,34]

[selon le Maharam Shif (sur guémara Guittin 57b), c’est uniquement lorsque le sang d’un chevreau et du sang humain sont regardés ensemble qu’on peut voir la différence entre eux. Lorsqu’ils sont vus séparément, ils se ressemblent beaucoup.]

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+ « Tous ses fils et toutes ses filles se mirent en devoir de le consoler ; mais il refusa toute consolation et dit : « Non! Je rejoindrai, en pleurant, mon fils dans la tombe! » Et son père continua de le pleurer. » (Vayéchev 37,35)

-> L’expression « son père » se réfère au père de Yaakov : Its’hak.
Lorsque Its’hak était en présence de son fils, il prenait le deuil avec lui, par respect pour ses sentiments.
Mais une fois seul, il abandonnait ce faux-semblant. En effet, Its’hak savait que Yossef était bel et bien vivant, mais il refusait de le révéler à Yaakov.
Il se disait : « Si D. lui-même ne souhaite pas le lui dévoiler par la voie prophétique, pourquoi le devrai-je? »

En principe, on ne doit pas prendre de position extrême. Quelle que soit la tragédie qui advienne, il faut faire preuve de patience. Dans cette optique, le comportement de Yaakov échappe à notre compréhension.
[…]

Yaakov demeura plongé dans un profond deuil jusqu’à ce que Yossef fut sorti de prison et occupa un rang très important en Egypte. Dès ce moment, son deuil s’allégea, car une intuition prophétique lui apporta une lueur d’espoir au sujet de son fils disparu. Il ignorait de quelle manière cela se concrétiserait, mais il savait seulement que tout se terminerait bien.
[Méam Loez – Vayéchev 37,35]

<—>

-> Le Sifté Cohen explique que certes Its’hak savait par inspiration Divine que Yossef était vivant, mais Hachem a décidé de tenir Yaakov dans l’ignorance pour permettre à la trame des événements qui aboutiront à sa descente en Egypte de se mettre en place.

[d’une certaine façon, c’est une miséricorde Divine à l’égard de Yaakov, car normalement pour que le décret d’exil et de servitude se réalise, c’est chargé de chaînes et avec un collier d’esclave que Yaakov aurait dû être conduit en Egypte. Finalement, seul Yossef subira ce sort, tandis que Yaakov descendra en exil couvert d’honneurs, pour retrouver son fils devenu vice-roi d’Egypte.]

-> Its’hak, sachant qu’il était vivant, faisait mine de pleurer Yossef en présence de Yaakov, mais les larmes qu’il verse sont sincères car il sait qu’il ne reverra plus jamais son petit-fils.
Le midrach (Téhilim 15) rapporte que Binyamin savait également par prophétie que son frère est en vie, mais il respect le serment (‘hérem) des frères de ne rien révéler ce qui a été fait à Yossef.

-> Pour Yaakov, la perte de Yossef, c’était une tragédie d’autant plus grande que la disparition d’une des tribus empêcherait la création du peuple d’Israël.

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-> « Tous ses fils et toutes ses filles se mirent en devoir de le consoler »

=> Que vient nous apprendre l’utilisation de : « tous … toutes »? On on aurait pu avoir simplement : « ses fils et ses filles se mirent en devoir de le consoler ».

Rabbi Shalom Its’hak Lévitan explique qu’il est dit dans la guémara (Moéd Katan 27b) : « Celui qui souffre trop pour son mort, risque de pleurer pour un autre mort ».
C’est pourquoi les tribus, quand ils ont vu que leur père Yaakov pleurait trop son fils et n’acceptait aucune consolation, se sont toutes rassemblées : les fils, les filles et les petits-enfants, y compris les bébés, sans aucune exception, et ils lui ont dit :
« Notre père, selon ce qu’on dit les Sages, que « celui qui souffre trop pour son mort risque de pleurer pour un autre mort », il semblerait qu’un membre de la famille risque de manquer. Tu as donc de là un preuve absolue que Yossef est encore vivant, sinon comme tu l’as trop pleuré, ainsi qu’il est écrit : « il pleura sur son fils de nombreux jours », quelqu’un d’autre de nos frères aurait dû mourir, or nous avons vu que personne d’entre nous en maque, et ce doit être pour toi la consolation de savoir qu’il est vivant. »

=> C’est pourquoi le verset dit 2 fois : « tous … toutes » = pour nous enseigner que tous les fils et toutes les filles sont venus, il ne manquait pas une seule personne, pour le consoler par le fait que s’ils se trouvaient devant lui, cela prouvait que Yossef était vivant.

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