« Ceci est le décret (‘houkat) de la Torah, que Hachem a prescrit » (‘Houkat 19,2)

-> Le terme « décret » (‘houka) fait référence à la mitsva de la vache rousse dont la raison n’a pas été révélée au peuple juif.

Le roi Chlomo (le plus sage de tous les hommes) a déclaré à son sujet : « J’ai dit que je deviendrai sage, mais elle [la mitsva de la vache rousse] était loin de moi » (Kohélet 7,23, d’après le midrach Bamidbar rabba 19,3).

=> Même en y mettant toute son incroyable sagesse, il n’a pu la comprendre.

-> Les eaux de la vache rousse avaient 2 propriétés contradictoires : elles purifiaient l’impur et rendaient impur le pur.
Cette mitsva semble contenir un paradoxe mystérieux : purifie-t-elle ou rend-elle impure ?
Le Midrach fait remarquer que seul Hachem, Qui est absolument Un, peut faire cela, car Son Unité permet de réunir les opposés et les divisions.

-> Le Béra’h Moché dit que cette mitsva a été donnée au peuple juif afin qu’il ne devienne pas arrogant, car on ne pourra jamais dire que l’on a une compréhension totale de la Torah, puisque l’explication de cette mitsva ne nous est pas accessible.
Plein d’humilité, nous devons suivre la volonté de D. même quand son sens nous est totalement caché.

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-> La Torah a voulu par l’expression : « Ceci est le décret », faire allusion que quiconque réaliserait ce commandement (de la vache rousse), bien qu’il ne connaisse pas la raison de cette loi irrationnelle, la Torah le considérera comme s’il a accompli toute la Torah qu’Hachem a ordonnée.

En effet, l’accomplissement d’un commandement irrationnel atteste de la foi et de l’acceptation de cette personne d’accomplir toutes les volontés de Son Créateur. »
[Ohr ha’Haïm haKadoch – Bamidbar 19,2]

-> Le rav ‘Haïm Chmoulevitch explique :
N’est considéré comme un authentique serviteur de D. que celui qui respecte les mitvot sans réclamer de justification.
Dès qu’un homme exige des explications, il n’est plus un « serviteur », mais une personne se considérant libre et agissant conformément à ses choix personnels. Or, notre rôle consiste précisément à devenir des serviteurs dévoués au Maître du monde.
Le prophète Yéchayahou adressa d’ailleurs un reproche en ce sens au roi ‘Hizkiyahou : « Pourquoi t’immisces-tu dans les calculs divins? Ce qu’on t’a ordonné de faire, tu dois l’accomplir! »
Autrement dit, conforme-toi aux ordres sans y impliquer tes calculs personnels! …

En vérité, ce point représente l’un des aspects les plus ardus de notre service Divin.
L’homme accepte difficilement d’être totalement soumis, contraint de respect les mitsvot parce que telle est la volonté de D.
Il préfère agir selon ce que son intellect lui dicte, et non en tant que serviteur soumis.

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-> L’intitulé de la vache rousse : « Ceci est le décret de la Torah » (‘Houkat 19,2) est également celui du passage énonçant les règles de purification des ustensiles utilisés par des non-juifs (Matot 31,21).
Quelle est la relation entre ces 2 thèmes? Pourquoi n’est-il pas écrit ici : « Ceci est le décret de la vache rousse », et là-bas : « Ceci est le décret des ustensiles »?

Selon le rav Moché Feinstein (Darach Moché), ces intitulés identiques nous apprennent une règle générale concernant la Torah tout entière : aussi bien les préceptes que nous pouvons comprendre que ceux dont le sens nous dépasse doivent être respectés comme des « décrets » incompréhensibles.
Même lorsque la Torah nous renseigne sur la signification d’une loi, et à plus forte raison si celle-ci est expliquée par la guémara ou les commentateurs, nous devons néanmoins la considérer comme une mitsva insondable.

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-> La mitsva de la vache rousse est une procédure qui fonctionne à l’opposé de toute logique.

Les eaux, confectionnées avec les cendres de la vache rousse purifient ceux qui sont impurs et rendent impurs ceux qui les préparent et qui étaient purs initialement.

L’expression : « Ceci est le décret » vient enseigner : ne crois pas que ce sont les cendres de la vache rousse qui ont un pouvoir purificateur ou impurificateur, mais c’est la volonté d’Hachem qui agit dans le sens indiqué par la Torah.
[Rabbi ‘Haïm Chmoulevitch]

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-> « Avraham dit : … Je ne suis que poussière (afar) et cendre (éfer)«  (Vaéra 18,27)

La guémara (‘Houlin 88b) enseigne que pour avoir dit : « afar » nous avons reçu la mitsva de la Sotah, et pour avoir dit : « éfer » nous avons reçu la mitsva de la vache rousse..

=> Comment comprendre que pour un seul acte d’humilité, Avraham nous a fait mérité 2 mitsvot?

Le Ben Ich ‘Haï (Ben Yéhoyda) apporte la réponse suivante.

Il existe 2 types différents d’humilité : l’humilité du corps et l’humilité de l’âme.

Certains en parlant de sujets spirituels attribuent tout à Hachem, mais dès que cela touche à la matérialité, il sont certains que tout n’arrive que grâce à eux.

D’autres, sont conscients que leur apparence physique, leur force, leur réussite, … provient totalement de Hachem, mais en ce qui concerne leur étude et leur accomplissement des mitsvot, ils s’attribuent tous les mérites.

Avraham a fait preuve d’une humilité à la fois matérielle (son corps est comme poussière, à l’image de tout corps après la mort) et à la fois spirituelle (son âme est comme cendre, élément sans usage).

Le peuple juif a reçu la mitsva de la Sotah qui représente la matérialité (poussière de terre dissoute dans l’eau) ; et la mitsva de la vache rousse pour la spiritualité (les cendres de la vache, ‘hok par excellence).

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-> Pourquoi est-ce que ces 2 mitsvot ont-elle nécessité un mérite pour les obtenir, contrairement au restant des 248 mitsvot positives?

Hachem a fait un miracle afin que l’on puisse facilement constater qu’une vache rousse n’a jamais porté de joug.
Il a placé 2 poils dans sa nuque qui y restent tant qu’elle n’a pas porté de joug, ce qui permet de la déclarer cashère.

De même, Hachem a fait un miracle avec la femme Sotah, afin que son mari puisse avoir un signe clair si elle est de confiance ou pas.
[Amenée au temple, elle suivre une procédure au terme de laquelle, si elle avait effectivement trompé son mari, elle décédait, et sinon elle était bénie de nombreuses bénédictions.]

Le Ben Ich ‘Haï conclut que ces 2 mitsvot sont spécifiques, dans le sens où D. a changé les lois de la nature afin de pouvoir les accomplir.
Nos Sages en ont déduit qu’elles n’ont pu nous être accordées que grâce à un mérite spécial.

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+ Quelques autres explications sur la mitsva de la vache rousse :

1°/ Selon le ‘Hatam Sofer :
Il rapporte un enseignement de la guémara qui dit que les juifs, compte tenu de leur haut niveau spirituel, n’auraient jamais dû commettre la faute du Veau d’or, et c’est seulement Hachem Lui-même qui les a poussés à cette faute pour enseigner à la communauté la force du repentir.

En effet, si une assemblée en venait à fauter, ils se diront que de même que lorsque le peuple a fait le Veau d’or, ils se sont repentis et Hachem les a pardonnés, ainsi eux-aussi en viendront à se repentir et ils seront pardonnés.

Il en ressort que les juifs étaient purs à la base.
Seulement, ils se sont souillés par la faute du Veau d’or malgré leur pureté, pour que d’autres personnes qui seraient impurs suite à leurs pêchés, apprennent d’eux la leçon du repentir et se purifient.
Or, comme le rapporte Rachi, la vache rousse venait expier la faute du Veau d’or.
[la vache, qui est la mère du veau, doit venir nettoyer la saleté de son fils – « Vienne une vache pour faire expier la faute du veau d’or » – cf. Rachi v.19,22].

=> Ainsi, à l’instar de la faute du Veau d’or, les cendres de la vache rousse aussi ont cette même particularité : elles rendent impur celui qui est au départ pur dans le but de purifier l’impur.

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-> « Pour quelle raison utilise-t-on une femelle pour le sacrifice de la vache rousse, alors que tous les autres sacrifices proviennent d’animaux mâles?
Rabbi Eibo enseigna : C’est à l’image du fils d’une servante qui aurait souillé le palais royal.
Le monarque déclara : « Que sa mère vienne nettoyer les excréments de son fils! »
Ainsi, Hachem s’est-Il exprimé : que la vache vienne expier la faute du Veau d’or ».
[midrach Bamidbar rabba 19,8]

-> Le rav Its’hak Goldwasser (Yitspon laYécharim Touchya) enseigne :
La fabrication du Veau d’or consista à transformer par l’effet du feu une matière inerte (un bloc d’or) en un être vivant.
C’est pourquoi, l’expiation était obtenue en transformant par les flammes une bête vivante, la vache rousse, en un tas de cendres.

Nous pouvons apprendre de là le pouvoir que détient le feu autant pour détruire que pour construire.
Mais cette propriété n’est pas exclusive au feu : toute force au monde peut agir dans un sens comme dans l’autre. Ne nous fions donc pas aux apparences, tel que notre intelligence les décrypte …
Tel est le message que nous enseignent le Veau d’or et la vache rousse : le processus de celle-ci semble consister en une destruction, mais il est pourtant l’unique moyen pour atteindre la purification.
Et vice-versa pour le Veau d’or : sa fabrication, obtenue en faisant fondre de l’or, n’entraîna que perte et destruction.

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2°/ Selon le Rabbi Mena’hem Mendel de Vorka :
Il disait que le secret de la vache rousse fait écho à la mitsva d’aimer son prochain.
En effet, les cendres de la vache rousse purifiait celui qui était impur et rendait impur celui qui était pur.
Ainsi, le Cohen était prêt à devenir impur et à contracter l’impureté, le tout pour purifier son prochain.

Cela nous permet de comprendre un midrach qui enseigne que Hachem n’a révélé le secret de la vache rousse qu’à Moché et à personne d’autre.
(Hachem a annoncé à Moché : « A toi, Je révèle la signification de la vache rousse, mais pour les autres, elle reste un décret » – midrach Bamidbar rabba 19,6)
En effet, Moché n’a pas seulement accepté de se rendre impur pour son peuple, mais il a été prêt à disparaître totalement (« efface-moi du livre que Tu as écrit (la Thora) »).
C’est grâce à cet acte d’amour absolu, que lui seul a pu atteindre le niveau pour comprendre ce secret de la vache rousse.

-> Nous allons voir un enseignement du Rabbi de Loubavitch permettant de développer l’idée précédente.

D’un côté, le Cohen qui s’affairait à purifier son prochain devenait lui aussi impur, car il devait créer un lien entre lui et la personne impure qu’il allait purifier.
Il devait lui aussi descendre de niveau et se mettre dans la situation d’impureté du juif qu’il allait rendre pur.

Mais d’un autre côté, l’impureté qu’il contractait à cette occasion était plus faible, car elle ne durait qu’un seul jour, contrairement à la personne impure au contact d’un mort, qui allait être purifiée par les cendres de la vache rousse, dont l’impureté s’étendait sur 7 jours.

[La vache rousse renvoie à l’idée que parfois, il faut savoir se jeter (de façon maîtrisée) dans la boue afin de pouvoir relever un frère juif qui y est, et lui redonner alors toute sa dignité.
Certes je me suis sali, mais voir autrui de nouveau propre, pur : qu’elle joie! ]

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3°/ Selon le Baal Chem Tov :
Il explique que la vache rousse symbolise le fait d’accomplir les mitsvot dans un but intéressé, pour obtenir des honneurs par exemple. En effet, la couleur rouge représente ce qui n’est pas pur, à l’instar de celui qui respecte les mitsvot de façon intéressée, dont l’intention n’est pas pure et relève de la couleur rouge.

Nos Sages enseignent qu’au départ, il convient justement de pratiquer la Torah avec des intentions intéressées, car cela est un moyen de se motiver et de rendre plus facile la pratique, qui peut paraître difficile au début.
Mais, le but final est d’en venir à une pratique désintéressée (sans intérêt personnel), uniquement pour réaliser la volonté d’Hachem, et s’il ne le fait pas, cela lui sera considéré comme une faute.

=> La vache rousse qui symbolise le service divin intéressé, purifie l’impur, c’est-à-dire qu’elle permet de rapprocher celui qui vivait jusqu’à présent dans la faute et l’impureté. L’impur devient pur (comme attiré par la carotte).
En revanche, celui qui est arrivé à un niveau de pureté et est déjà bien engagé, alors pour lui, la pratique intéressée sera négative et sera considérée comme une faute relevant de l’impureté.
La vache rousse rend le pur impur : il devra se débarrasser de son intérêt personnel dans l’accomplissement des mitsvot.

[Un enfant a besoin d’être motivé par des sucreries, tandis qu’un adulte n’en a pas besoin puisqu’il sait que c’est ce qu’il doit faire, que c’est pour son bien ultime.
Il en est de même dans la pratique de nos mitsvot, où notre maturité spirituelle se traduit par des actes désintéressés.]

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