+ La charité sauve l'homme
-> La guémara (Baba Batra 10a) dit qu'à Roch Hachana, Hachem détermine "mézonotav chel adamé, ce qu'un homme va gagner, ainsi que " 'hesronotav", ce qu'il va perdre. Si l'on a du mérite, l'argent qu'on est destiné à perdre ira aux causes charitables ; sinon, l'argent ira à des personnes qui ne méritent pas de le recevoir.
La somme d'argent qu'on est destiné à perdre est donc déjà décrétée au début de l'année, mais chacun peut décider la façon dont il s'en séparera.
-> Cette guémara le prouve grâce à une histoire : Rabbi Yo'hanan ben Zakaï vit en rêve que ses neveux allaient perdre au cours de l'année à venir 700 dinars, une somme d'argent très importante.
Rabbi Yo'hanan leur conseilla de donner des sommes conséquentes à la charité. Ils suivirent ses recommandations et donnèrent 683 dinars au total.
La veille de Yom Kippour, des employés du gouvernement vinrent recouvrer 17 dinars d'impôt auprès des neveux de Rabbi Yo'hanan. Ceux-ci eurent très peur que le gouvernement leur demande ensuite davantage.
Rabbi Yo'hanan les rassura qu'ils n'avaient rien à craindre. Il leur raconta son rêve et leur expliqua qu'en donnant 683 dinars à la charité, ils avaient réduit le décret à 17 dinars, et qu'ils ne devraient pas payer davantage.
-> Le 'Hafets 'Haïm (Ahavat 'Hessed, Vol.2, chap.13) demande pourquoi faut-il deux décrets différents: combien gagner et combien perdre. Pourquoi Hachem ne décrète-t-Il pas simplement combien un homme va gagner au total (dans l'année à venir)?
Au lieu de décréter, par exemple, qu'il va gagner 100 000 euros et perdre 20 000 euros, pourquoi ne décrète-t-Il pas qu'il va gagner 80 000 euros?
Il répond que quand l'homme mérite une punition pour ses fautes, Hachem émet deux décrets séparés pour son bien, pour qu'il puisse obtenir l'expiation sans connaître de graves malheurs.
Par ces deux décrets séparés, l'homme peut "racheter" sa punition par des pertes d'argent. S'il gagnait simplement moins d'argent, la réduction ne compterait pas comme un "rachat" parce qu'il ne ressentirait pas la peine qu'il éprouverait s'il perdait cette somme.
En décrétant que l'homme gagne une certaine somme puis en lui faisant perdre une partie, Hachem lui cause un dommage qui sert de punition pour ses fautes, à la place d'une chose plus grave.
Le 'Hafets 'Haïm ajoute que, comme le dit la guémara, non seulement la perte d'argent le protège d'une punition plus grave, mais un don à la charité a le même effet.
La charité a donc un double bénéfice : elle réduit la quantité d'argent qu'on est destiné à perdre et deuxièmement, c'est une mitsva pour laquelle nous sommes largement récompensés.
Adopter cette idée rend la mitsva de donner la charité facile et agréable.
<------------------------->
-> La guémara (Shabbat 156b) rapporte que l'Amora Chmouel eut un jour une conversation avec un astrologue non-juif appelé Avlet.
Tôt le matin, ils virent une équipe de travailleurs se diriger vers la forêt pour couper du bois. Avlet montra l'un d'eux du doigt et dit à Chmouel que cet homme n'allait pas revenir vivant. Cet astrologue était capable de prédire que l'homme allait mourir ce jour-là.
Chmouel répliqua que si l'homme était juif, il reviendrait vivant.
Effectivement, à la fin de la journée, Chemouel et Avlet virent le groupe entier revenir des bois, y compris l'homme dont l'astrologue avait prédit la mort. Avlet était déconcerté. Ses prédictions s'étaient toujours avérées justes.
Ils allèrent demander à cet homme de leur raconter ses expériences de la journée. Alors qu'Avlet ôtait le faisceau de branches du dos du bûcheron, il fut stupéfait de trouver un serpent coupé en deux. Un serpent était apparemment couché dans les branches et quand le bûcheron les avait coupées, il avait tué le serpent.
Avlet avait raison : cet homme était bien destiné à mourir, mais un miracle lui avait sauvé la vie.
Chmouel lui demanda s'il avait fait quelque chose de spécial ce jour-là.
L'ouvrier répondit que chaque jour, avant de partir au travail, chaque membre du groupe apportait quelque chose pour le déjeuner et ils mettaient leur pain en commun. Ce jour-là, l'un des membres du groupe n'avait pas apporté à manger.
"Je ne voulais pas qu'il ait honte, dit-il, alors je me suis porté volontaire pour recueillir le pain de chacun. Nous nous sommes mis d'accord et, quand je suis passé devant lui, il a fait semblant de mettre quelque chose dans le sac. J'ai rétabli la différence en donnant davantage de ma propre nourriture."
"Tu as fait un acte de vraie charité!" s'exclama Chmouel.
Il enseigna plus tard que lorsque le verset dit : "La charité sauve de la mort", il veut dire non seulement que l'homme charitable est épargné d'une mort violente, mais il peut même échapper à la mort.
-> Nous pouvons remarquer qu'après avoir entendu la prédiction d'Avlet, Chmouel n'a pas couru prévenir le bûcheron qu'il était en danger. Cela ne pouvait pas le sauver s'il était destiné à mourir.
Chmouel ne lui a pas non plus conseillé de donner la charité, parce que bien que la charité soit une grande mitsva même si on la fait pour des motifs ultérieurs, dans l'espoir de recevoir une récompense, cette sorte de tsédaka pourrait ne pas donner suffisamment de mérite pour sauver la vie d'un homme destiné à mourir.
Chmouel a plutôt eu confiance qu'Hachem, dans Sa bonté infinie, allait donner au bûcheron le mérite dont il avait besoin pour annuler le décret.
Le verset dit : "Digne de louanges est celui qui agit sagement envers le pauvre ; D. le sauvera au jour du malheur" (achré maskil el dal béyom raa yémaltéhou Hachem - Téhilim 41,2).
Le Alchikh haKadoch explique qu'il y a certains "jours du malheur", c'est-à-dire un moment où un décret sévère est émis contre un homme, et à ces occasions, il peut être sauvé en aidant les pauvres.
Comme nous ne savons jamais quel jour nous sommes visés par un décret sévère, il est prudent de saisir chaque occasion qui se présente pour accomplir des mitsvot, en particulier, aider les pauvres avec sagesse en comprenant leurs besoins, comme l'a fait le bûcheron.
Nous devons nous rendre compte qu'Hachem nous envoie constamment ce genre d'occasions. À nous de rester éveillés et d'en tirer profit lorsqu'elles se présentent.
[rav David Sutton]