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Réflexions sur la jalousie

+ Réflexions sur la jalousie (par le rav Wachtfogel) :

-> Le Roch (Or'hot 'Haïm - Chap. 113) écrit : "La jalousie (Kina) est une maladie horrible qui n'a pas de remède."
C'est un fait ; nous pouvons voir que c'est vrai. La jalousie n'est pas seulement une maladie, c'est un poison. C'est la racine du mal.
Kayin a tué Hével à cause de la jalousie. Adam haRichon a mangé de l'Arbre de la Connaissance (éts hadaat) à cause de la jalousie.
Tous les problèmes du monde découlent de cette terrible maladie.
[...]

En ce qui concerne toute autre maladie, tout autre mauvais trait de caractère, il est possible de s'en occuper et de travailler dessus. On peut les affaiblir et les adoucir.
Mais la jalousie est un poison, elle est sans remède. Il faut la déraciner jusqu'à la dernière trace.
[...]

Nous devons déraciner complètement la jalaousie, mais comment?
En n'y pensant pas du tout. La jalousie est un poison si puissant qu'elle pénètre dans une personne et brûle profondément en elle jusqu'à la détruire totalement. C'est pourquoi il est tout à fait absurde de s'en préoccuper.
Chaque fois qu'une personne pense à la jalousie, même si elle réfléchit à la manière de la déraciner, elle est déjà en train de s'en occuper. Par conséquent, une personne ne doit pas y penser du tout, et c'est ainsi qu'elle la déracine complètement.

La façon de se débarrasser de la jalousie est de s'élever au-dessus de tous les jeux enfantins, du fait d'être si impliqué dans ce monde-ci (olam azé). Pensez à quel point tout cela est vide.
Soyez comme un adulte qui n'est pas jaloux des jouets d'un petit enfant. Il se préoccupe de choses bien plus précieuses et bien plus importantes.
C'est ainsi qu'une personne peut éviter de se laisser prendre par les sottises, qui poussent les gens à être jaloux les uns des autres, à se battre pour leur honneur et à se disputer.
Il doit se rendre compte que les questions qui semblent si importantes ne le sont pas vraiment.
[on doit remettre les choses en perspective : est-ce que cela vaut vraiment le coup de se gâcher ce monde si éphémère (la vie passe trop vite!), en comparaison du devoir de se préparer pour le monde éternel à Venir.
Ce monde est comme un vestibule menant à la salle des fête, alors c'est pas si important si le vestibule n'est pas parfait! ]

La jalousie entre sages en Torah [kinat sofrim] (c'est-à-dire être jaloux de quelqu'un qui connaît plus de Torah que nous, ou qui a de meilleures midot que nous), est très saine. Ce n'est pas un poison.
C'est une bonne chose de vouloir suivre l'exemple de quelqu'un et de s'améliorer.

"Et Ra'hél était jalouse de sa sœur" (Vayéchev 30,1).
Rachi commente : Ra'hél était jalouse des bonnes actions de sa sœur et se disait : "Elle doit être plus juste que moi, et c'est pourquoi c'est elle qui a des enfants".
Ra'hél considérait que sa sœur était plus grande qu'elle, elle était jalouse et voulait suivre son exemple. Ce type de jalousie est bon ; il pousse les gens à s'élever de plus en plus haut.
[on a tous des capacités différentes, ainsi il ne faut pas que cette jalousie nous amène de la tristesse, de la déprime, mais uniquement un boost, du positif. ]

Adam haRichon avait un autre type de jalousie : "Tu seras comme Elokim, tu connaîtras le bien et le mal" (Béréchit 3:5). Il voulait être comme Hachem, ce qui n'était pas du tout dans ses cordes.
Ce type de jalousie était un culte idolâtre, un poison.

Il existe un moyen de discerner le type de jalousie que vous avez, qu'il s'agisse de kinat sofrim ou d'une forme préjudiciable de jalousie.
Hachem dit à Kayin : "pourquoi ton visage est-il tombé?" (Béréchit 4,6). C'est le signe. Si une personne a de la kinat sofrim, cela la renforcera et la motivera. Elle aura plus de désir d'apprendre la Torah et plus d'énergie pour servir Hachem.
Mais le type de jalousie nuisible fait tomber le visage de la personne. Elle lui fait perdre l'intérêt pour les choses et la confiance en elle-même. C'est ainsi que l'on peut faire la différence.
[rav Nathan Wachtfogel - Léket Réchimot]

Une des questions qui nous sera posée lorsque l'on quittera ce monde est :
"Est-ce que tu as fait de ton prochain un roi?"
[Réchit 'Hokhma - chaar haYira - chap.12]

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-> De même, d'autres Sages disent également que l'une des questions posées au tribunal céleste après la mort d'une personne est : "As-tu fait de ton compagnon un roi sur toi-même?" (imla'hta 'havérkha alé'ha).
La Torah attend de nous que nous considérions et traitions chaque autre juif comme un roi, comme une personne spéciale et importante méritant l'honneur et un traitement royal. En effet, Rabbi Elazar a enseigné à ses disciples que la chose sur laquelle il faut se concentrer le plus pour s'assurer de mériter sa place dans le monde à Venir est de faire très attention à l'honneur d'autrui (guémara Béra'hot 28b).

=> b'h, nous allons voir quelques éléments pour nous renforcer dans ce domaine.

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-> L'Alter de Kelm ('Hokhma Ou'Moussar - vol.1, ch.13) souligne que la mitsva de "d'aimer son prochain comme soi-même" (véahavta léré'akha kamo'ha) présente une opportunité rare qui n'existe dans aucune autre mitsva.
Plutôt qu'une mitsva générale d'aimer tout le monde, il existe une exigence distincte d'aimer chaque juif. Si vous aimez deux personnes en même temps, vous accomplissez la mitsva deux fois.
Si vous aimez 100 000 personnes, vous accomplissez 100 000 mitsvot en une seule fois.
Aucune autre mitsva ne peut être accomplie autant de fois en une seconde. C'est l'une des raisons pour lesquelles le yétser ara combat cette mitsva avec tant d'acharnement, car il sait que nous pouvons obtenir une récompense phénoménale en très peu de temps.
C'est donc une bonne habitude à prendre, lorsqu'on se trouve au milieu d'un groupe de juifs, de se dire : "J'aime tous les gens qui sont dans cette pièce!" En un instant, vous avez accompli la mitsva de "véahavta léré'akha kamo'ha" des centaines de fois!

-> Aimer une autre personne n'est pas quelque chose qui vient naturellement ; cela doit être cultivé et nourri au fil du temps.
Le 'Hovot haLévavot donne une outil : choisissez une personne. Lorsque vous le voyez ou que vous pensez à lui, dites à haute voix (sans que personne ne l'entende, bien sûr) : " J'aime ce juif! Au début, vous vous sentirez peut-être gêné et mal à l'aise, mais après quelques fois, vous remarquerez que votre état d'esprit change lentement. Au fil du temps, vous commencerez à l'apprécier, puis à l'aimer."

[plus on s'habitue à exprimer en nous notre amour pour un autre juif (même si on le connaît pas personnellement), [uniquement parce qu'il est juif, ou bien en louant une qualité qu'il semble avoir], voir même à le bénir par amour, alors plus on développe un regard naturel d'amour pour les juifs. ]

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-> Chaque juif est aimé par Hachem plus qu'un père n'aime son fils. Nous devons prendre le temps de réfléchir à la grandeur et à l'importance infinies de chaque juif. Cela relève du commandement de nos Sages : "Que l'honneur de ton prochain te soit aussi cher que le tien" (Pirké Avot 2,15).
Cela engendrera à son tour un sentiment naturel de respect et d'amour pour autrui, surtout si nous nous rappelons que tous les juifs font partie d'une grande entité commune (que seule la matérialité semble divisée) et que chaque personne est comme un membre différent d'un même corps spirituel appelé le peuple juif.

Chaque juif mis au monde par Hachem a une tâche unique que personne d'autre dans le monde ou même dans l'histoire ne peut accomplir.

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+ Honorer et aimer :

-> La guémara (Yébamot 67a) enseigne qu'un mari doit aimer sa femme comme lui-même et l'honorer plus que lui-même.
Pourtant, lorsque le Rambam (Hilkhot Ichout 15,19) cite cette halakha, il en inverse l'ordre : "Nos Sages ont ordonné à un homme d'honorer sa femme plus que lui-même et de l'aimer comme lui-même".

Le rav 'Haïm Chmoulévitz explique que la guémara énonce d'abord l'objectif de la Torah pour un mari = atteindre un stade où il aime sa femme autant qu'il s'aime lui-même. Cependant, le Rambam est un livre de lois. Il nous enseigne comment atteindre un tel objectif = en honorant sa femme plus qu'il ne s'honore lui-même.
[ cela explique pourquoi la guémara dit qu'il faut l'honorer plus que soi-même et l'aimer comme soi-même. Le but est d'atteindre l'amour, qui ne peut être qu'à la hauteur de l'amour que l'on se porte à soi-même. Cependant, le moyen d'y parvenir est de l'honorer plus que soi-même.]

-> Comment honorer une autre personne?
Le rav 'Haïm Chmoulévitz (Si'hot Moussar - Balak 5732) définit la mitsva d'honorer un parent comme l'obligation pour l'enfant de trouver une qualité dans laquelle le parent excelle, et de l'honorer et de le respecter pour cette qualité comme si, dans cette qualité, il était la plus grande personne de toute la génération.
Il dit avoir appris cela de son père, qui a fait de même avec son propre père. Le rav 'Haïm Chmoulévitz écrit qu'il n'a jamais compris pourquoi son père agissait de la sorte, jusqu'à ce qu'il réalise enfin que pour honorer véritablement quelqu'un, il faut avoir pour lui un respect réel et authentique. Et pour l'acquérir, il faut trouver la qualité unique de cette personne qui mérite un tel respect.

-> Ce concept se retrouve dans le Séfer 'Harédim (9,35) : "La principale façon d'honorer ses parents est de les considérer comme de grandes personnes et des personnalités respectées et honorables. Car en agissant ainsi, on en vient à les honorer dans ses paroles et ses actes."

-> Le Rambam (Hilkhot Déot 6,3) mentionne la mitsva d'aimer chaque juif et dit :
"Par conséquent, on est tenu de faire l'éloge d'autrui, de se préoccuper de ses biens de la même manière que l'on se préoccupe de ses propres biens et que l'on souhaite être honoré.
Nous voyons que le fait de mentionner les bonnes qualités d'une autre personne est un accomplissement de la mitsva d'aimer une autre personne."

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+ Dents brillantes ou odeur désagréable? :

-> La capacité à voir les bons côtés des autres est en fait la marque d'un tsadik.
"Les fous [les réchaïm] parlent de la culpabilité des autres, mais ceux qui sont droits parlent de ce qui est bon chez les autres" (Michlé 14,9).

-> Rabbénou Yona (Chaaré Téchouva 3:217) explique qu'un fauteur est toujours à la recherche d'échecs et de mauvais points chez les autres. Il se concentre uniquement sur ce qu'ils ont fait de mal ou sur ce qui leur manque.
Rabbénou Yona compare ces personnes à une mouche, qui est attirée par les endroits sales.

[ le Or'hot Tsadikim (chaar lachon ara) ajoute que : parler mal des autres est une source d'embarras pour soi-même, car les gens parlent surtout de ce qu'ils ont dans le cœur et l'esprit. Quelqu'un qui parle mal des autres montre qu'il a lui-même le même défaut, qui est toujours dans son esprit, et c'est pourquoi il mentionne ce défaut chez les autres.
(d'une certaine façon, on est tout content d'avoir trouvé du mauvais en autrui, pour mieux se valoriser, oubliant qu'on a ce défaut en nous! )]

Le juste, quant à lui, ignore tout ce qui est mauvais chez une personne et ne parle que de ses bons côtés.
[Après le Déluge, la Torah décrit en détail comment Noa'h s'est enivré et comment ses fils l'ont couvert pour cacher sa honte. Il les a bénis et les bénédictions ont été accomplies.
Le 'Hafets 'Haïm (Introduction, Commandements positifs 2) explique que cette histoire se trouve dans la Torah pour nous enseigner l'importance de couvrir les mauvais points et la honte d'une autre personne. ]

Rabbénou Yona rapporte ensuite l'histoire de 2 personnes qui passent devant une carcasse en décomposition. L'un d'eux s'exclame : "Quelle odeur épouvantable !", ce à quoi le sage répond : "Mais qu'elles sont belles ses dents blanches et brillantes !".
Le tsadik est celui qui peut se concentrer sur le positif et ne parler des autres qu'en termes élogieux.

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+ 'Hafets 'hessed :

-> Le Ramak, rabbi Moché Cordovero (Tomer Dévorah - chap.1) écrit que cette caractéristique est l'un des traits de miséricorde d'Hachem appelé : 'hafets 'hessed" (Il désire le 'hessed).
Cela signifie que même lorsque le peuple juif mérite d'être puni pour les fautes qu'il a commises, Hachem aura pitié de lui et l'épargnera s'il a le mérite de faire du 'hessed les uns envers les autres.

Ainsi, il est écrit dans le Tomer Dévorah :
"Même si quelqu'un vous fait du tort et vous met en colère, s'il a une qualité, telle que l'aide aux autres ou un autre bon trait de caractère, cela devrait être une raison suffisante pour annuler toute votre colère contre lui, et il devrait trouver grâce à vos yeux.

D'autant plus avec sa femme [nos Sages (Yébamot 63a) enseignent que Rabbi 'Hiya avait une femme difficile, mais chaque fois qu'il trouvait quelque chose qu'il savait qu'elle aimerait, il le lui apportait, expliquant] : "Il suffit qu'elle élève nos enfants et qu'elle m'épargne de la faute".
De même, une personne devrait dire à propos de tout le monde : "Il me suffit qu'il ait fait telle ou telle chose pour moi ou avec quelqu'un d'autre, ou le bon trait de caractère qu'il possède"."

-> Le Tomer Dévorah décrit un trait de caractère encore plus élevé. Il s'agit du fait qu'Hachem aime le peuple juif en toutes circonstances, même lorsqu'il ne le mérite pas, parce qu'Il se souvient de l'amour qu'Il a eu pour nous lorsque nous avons quitté l'Egypte et que nous L'avons suivi dans le désert hostile sans aucune provision.
De même, le Tomer Dévorah insiste sur le fait que même si quelqu'un n'est pas digne d'être aimé à l'heure actuelle, il faut se souvenir des moments passés avant qu'il ne se soit écarté du droit chemin.
De cette manière, écrit-il, il n'y a pas une seule personne à propos de laquelle on ne puisse pas trouver une qualité qu'elle avait autrefois, et l'aimer à cause de cette qualité.

[ selon le rav 'Haïm Soloveichik cela n'est vrai que pour quelqu'un qui n'affecte pas les autres par son comportement. Mais cela ne s'applique pas à une personne qui incite les autres à fauter, en particulier si elle persuade les jeunes d'abandonner la Torah et les mitsvot.
La Guemara dit que faire fauter une autre personne est pire que de la tuer, car elle lui fait perdre son monde à Venir, et il faut haïr une personne qui essaie de la détruire. ]

-> Le Tomer Devorah (chap.2) résume qu'il n'y a personne d'aussi acceptant ou humble qu'Hachem, qui comble Ses créations d'une bonté infinie, indépendamment de leur comportement ou des fautes qu'ils commettent.
Il y est écrit : "Une personne doit agir de la même manière. Aucune raison au monde ne devrait l'empêcher de faire du bien aux autres. Aucune faute ou comportement inapproprié ne doit l'empêcher d'aider ceux qui sont dans le besoin à tout moment ... On ne doit mépriser personne et doit considérer même la personne la plus humble comme extrêmement importante, et on doit aider tous ceux qui ont besoin de son aide."

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+ Faire l'éloge des gens :

-> Le 'Hafets 'Haïm (Chemirat haLachon - chaar Tévouna - chap.7) consacre un chapitre entier à cette idée [de louer le peuple juif à Hachem] et écrit qu'une personne qui loue constamment les mérites des juifs et implore Hachem d'avoir pitié d'eux "sera aimée et chérie par Hachem".

Il rapporte ensuite une prière que Eliyahou haNavi a adressée à Hachem, en citant les actes méritoires de la nation juive : "Maître du monde, regarde notre affliction, prends en compte nos doléances et remarque l'humiliation dont nous souffrons constamment. Souviens-Toi des nombreux foyers d'Israël qui n'ont pas d'argent et qui, pourtant, apprennent la Torah chaque jour ..."
Le 'Hafets 'Haïm nous implore d'apprendre du prophète Eliyahou et de parler à Hachem des actes méritoires de Ses enfants bien-aimés.

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+ Pourquoi est-ce si difficile?

-> Certaines personnes ont du mal à louer les qualités des autres. Cela peut provenir d'un manque d'estime de soi ; elles ont l'impression que leur propre valeur est menacée s'il y a des gens meilleurs qu'elles dans de nombreux domaines. Cependant, la bonne attitude à adopter est de se rappeler le principe selon lequel l'ensemble du peuple juif constitue une seule et même âme.

Tout comme un corps possède différents organes et membres, et que chacun d'entre eux a une fonction unique qu'aucune autre partie du corps ne peut remplir, de même, au sein du peuple juif, chacun a son propre travail individuel qu'il est le seul à pouvoir accomplir. Je ne pourrai jamais être le 'Hafets 'Haïm, mais le 'Hafets 'Haïm ne pourrait pas accomplir ma tâche.
[il faut accepter le rôle et les capacités que Hachem m'a donné, et chacun aura à répondre de les avoir utilisés du mieux qu'il pouvait. Chacun est unique et nécessaire dans la partition qui conduira à révéler et proclamer fortement Hachem dans le monde. ]

Grâce à cette prise de conscience, non seulement je ne suis pas gêné si quelqu'un a une qualité différente de la mienne, mais je veux qu'il en soit ainsi. Puisque chacun a une tâche unique qu'il est le seul à pouvoir accomplir, chaque personne doit disposer d'un ensemble d'outils exclusifs. Je veux que mon prochain juif réussisse à utiliser ses outils, afin qu'ensemble, en tant qu'équipe unie, nous puissions atteindre la grandeur maximale du peuple juif.

-> Le Ram'hal (Messilat Yécharim - chap.22) écrit :
"Quelqu'un qui est beaucoup plus intelligent que les autres ne fait que ce que sa nature lui permet de faire.
De même qu'un oiseau vole parce que c'est sa nature et qu'un bœuf tire des poids lourds parce qu'il est né avec cette capacité, de même, il [la personne intelligente] est sage parce que c'est sa nature.
Si l'on donnait la même intelligence à une autre personne qui n'est pas aussi intelligente que lui, cette personne serait tout aussi intelligente. Il n'y a donc aucune raison d'être orgueilleux.
Au contraire, si une personne a été dotée d'intelligence, elle est tenue d'enseigner aux autres, comme l'a enseigné Rabbi Yo'hanan ben Zakaï : "Si tu as appris beaucoup de Torah, ne garde pas ce bien pour toi, car tu as été créé dans ce but" (Pirké Avot 2,9).
[la traduction habituelle est : Si tu as appris beaucoup de Torah, ne t’en fais pas l’éloge, car c’est dans ce but que tu as été créé. Le Ram'hal apporte ici une autre version. L'idée que si on a reçu davantage d'outils (ex: intelligence, richesse, capacité à être joyeux, à l'écoute, ...), alors on est responsable dans faire profiter autrui. (à l'image de la tsédaka, si on reçoit un bien d'Hachem, c'est dans un but d'en faire également bénéficier notre prochain juif. )]
S'il est riche, il doit être heureux de son sort et aider ceux qui sont dans le besoin. S'il est fort, il doit aider les faibles et les sauver de leurs oppresseurs. A quoi cela est-il comparable? Aux serviteurs d'une maison, où chacun est chargé d'une tâche différente, et chacun doit veiller à faire le travail qui lui a été confié."

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+ Que lui arrive-t-il?

-> Le principe fondamental du 'hessed est de ressentir ce que vit la personne comme si on le vivait soi-même (nossé béol im 'havéro). Ce n'est qu'à cette condition que nous pouvons vraiment comprendre ce qu'il ressent et faire tout ce qui est en notre pouvoir pour l'aider.
Cette tâche n'est pas simple. Nous ne pensons naturellement qu'à notre propre vie et à nos propres émotions. C'est une tâche colossale que de sortir de son propre égo et de se mettre à la place de quelqu'un d'autre.

Comme l'écrit le Or'hot Tsadikim (fin de chaar Sim'ha), c'est quelque chose qui ne peut être acquis que par la pratique. Il faut passer quelques secondes, pas plus d'une minute, à essayer de ressentir ce que quelqu'un doit ressentir dans sa situation.

Chaque jour, prenez une personne différente dans une situation différente afin de vous exercer à une variété d'émotions. Si vous entendez quelqu'un se fiancer, fermez les yeux et imaginez et ressentez l'excitation et la montée d'adrénaline.
C'est un outil très puissant que de dire à haute voix : "Je suis tellement heureux pour lui". En effet, même si nous ne ressentons pas vraiment cela, notre état d'esprit peut être modifié au fil du temps par nos paroles. [un comportement extérieur, a une influence sur notre intériorité (ex: se forcer à sourire, à se réjouir d'autrui, ...)]
De même, on peut aussi ressentir la douleur d'un parent malade, l'espoir d'une personne qui attend une bonne nouvelle, la frustration d'une personne qui a été rejetée lors d'un entretien d'embauche et la honte d'une personne qui a dérapé en public, ...

[ex: en prenant même 5-10 secondes pour penser à la douleur et aux conséquences d'un malade, alors la prière qu'on va faire pour sa réfoua chéléma aura une force plus grande, et donc un impact plus fort, en plus du mérite de la mitsva d'aimer son prochain qui est faite. [Hachem désire et apprécie l'amour qu'il y a entre Ses enfants adorés! Ainsi, lorsque l'on sort de notre égo/confort personnel pour se mettre à ressentir la douleur actuelle d'autrui, alors cela a beaucoup de valeur! ]
Ces pensées ressemblent au fait de tendre/tirer davantage un arc permet à la flèche d'aller plus loin, d'être plus utile pour celui auquel nous prions. ]

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+ Le bénéfice du doute :

-> Le Yessod véChorech haAvoda (chaar 1, chap.6) écrit que sans le le concept d'accorder aux autres le bénéfice du doute (juger favorablement - dan lékaf zé'hout), nous ne serions jamais en mesure d'accomplir correctement la mitsva d'aimer un autre juif comme nous-mêmes.

-> Le 'Hafets 'Haïm (Chemirat haLachon - chaar haZé'hira - chap.12) enseigne que si quelqu'un a accepté le lachon ara et qu'il a cru une calomnie que quelqu'un aurait dit sur lui, alors il est "pratiquement impossible" de s'empêcher par la suite de blesser ou de se disputer avec cette personne.
Il est presque inévitable qu'ils finissent par devenir des ennemis, espérant que l'autre souffrira ou tombera (c'est bien fait pour elle!), ce qui l'antithèse exacte de l'amour pour un autre juif.
Le 'Hafets 'Haïm écrit que la seule méthode pour éviter ce scénario est de perfectionner l'art d'accorder le bénéfice du doute lorsque quelqu'un semble avoir dit ou fait quelque chose contre nous.

[on a ainsi l'idée que "aimer autrui" cela implique de faire l'effort de toujours le voir sous un angle davantage positif. On voit cela particulièrement dans le couple, où en se focalisant trop sur ce qui peut être négatif (il est humain!), on en vient à fissurer, à réduire l'admiration et l'amour.
(la Torah ne nous demande pas d'être naïf, et il faudra prendre ses distances en cas de danger, mais malgré tout dans la très grande majorité des cas le fait de juger positivement autrui ne nous impact pas négativement.)]

-> Il est souvent beaucoup plus facile qu'on ne le pense d'accorder le bénéfice du doute. Il suffit de penser aux moments où nous avons eu une journée stressante, où, fatigués et affamés, nous avons commis une erreur, ou encore où nous avons parlé à quelqu'un d'une manière inappropriée.
Nous savons que nous n'aurions jamais agi de la sorte en temps normal, et que nous l'avons fait uniquement en raison de la journée très difficile que nous avons passée.
Nous nous disons : "Si les gens savaient ce que je traverse, ils sauraient que ce n'est pas moi qui ai dit cela".
De même, nous ne pouvons jamais savoir ce que vit une autre personne. Il peut sembler heureux, comme si tout allait bien, mais intérieurement, un million de choses peuvent lui arriver. Il peut avoir mal à l'estomac, ne pas avoir dormi la nuit dernière parce que ses enfants étaient malades, avoir un parent à l'hôpital ou une lourde dette à payer. Il peut avoir eu une enfance très difficile ou s'être disputé avec sa femme.
Les possibilités sont si nombreuses et étendues qu'il devrait être relativement simple de penser que, tout comme je n'ai pas agi correctement uniquement parce que j'avais tel ou tel problème, cette personne n'a probablement dit ou fait quelque chose de blessant à mon égard que parce qu'elle avait quelque chose d'important à l'esprit.
[idéalement, en réalisant qu'actuellement "elle n'est pas elle même" (contre sa volonté), alors on devrait demander à Hachem de la bénir du meilleur, pour qu'elle puisse de nouveau être elle-même : un magnifique juif plein de joie et de bénédictions. ]

Le rav Wolbe (Alé Shour, vol.2, p.207) ajoute que si quelqu'un se soucie vraiment d'une autre personne, il veut que cette personne soit innocente, et il la juge donc en conséquence.
Avec un tel état d'esprit, il est beaucoup plus facile de trouver une raison pour justifier ses actions.

[évidemment cela demande un travaille sur nous (surtout au début), car naturellement on "aime" qu'autrui se comporte mal, car on se dit alors que nous ne sommes pas si mal que cela [au regard de ce qu'il a fait]! Cela flatte mon égo, et permet de justifier mes mauvaises attitudes.
Mais on demande à un juif d'aller au-dessus de sa nature humaine, et de se rattacher au fait que nous sommes tous une même âme spirituelle, que nous devons aimer et chérir autrui juif. ]

-> Le rabbin Ephraïm Wachsman raconte l'histoire suivante :
Il y avait un homme dont le travail consistait à livrer de la viande à domicile. Une fois, il était très en retard et n'atteignit l'un de ses clients qu'à minuit. Le propriétaire ouvrit la porte et, avec un grand sourire, lui dit : "Bonjour, je suis si heureux de voir que vous êtes arrivé!"
Sur ce, le livreur s'effondre en sanglots ininterrompus. L'hôte a rapidement fait entrer l'homme, l'a fait asseoir, lui a apporté une boisson et il a fini par le calmer.
Après quelques minutes, le livreur raconte son histoire. "Ma femme a été opérée aujourd'hui. J'ai passé la journée à l'hôpital avec elle et tout a été retardé. J'étais épuisé physiquement et moralement, mais je dois payer les factures et j'ai donc entrepris ma tournée. Partout où je suis allée, j'ai été accueillie par des froncements de sourcils furieux parce que j'étais si en retard. Je suis arrivée chez vous à minuit et je redoutais votre réaction. Mais je dois te remercier. Vous êtes la première personne à m'avoir dit quelque chose de gentil de toute la journée!"

Cet homme était un héros pour avoir tenu bon malgré tous ses soucis et son stress. Les personnes qui ne s'intéressent qu'à elles-mêmes fronçaient les sourcils à cause des inconvénients qu'elles subissaient (ex: comment peut-il me manquer de respect en venant en retard, est-ce qu'il pense à la gêne que cela m'occasionne, ... ).
Quelqu'un qui donne à autrui (baal 'hessed), par contre, dont les yeux sont ouverts pour penser aux autres, se rend compte qu'il est inhabituel que cet homme livre la commande si tard. Il ne se contente pas de penser à son propre désagrément, mais se soucie de ce que l'autre personne peut endurer, et lui offre alors le sourire chaleureux et amical et l'encouragement qu'elle méritait et dont elle avait tant besoin.

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+ Hachem, aide-moi à l'aimer :

-> Le Choul'han Aroukh (Ora'h 'Haïm 110:8) stipule que chaque matin, avant de commencer à étudier la Torah, il faut dire la prière que le sage Rabbi Né'hounya ben Hakana disait avant d'apprendre.
Il y demande : "Je ne devrais pas être heureux si mes amis commettent une erreur dans la halakha et ils ne devraient pas être heureux si je le fais".
Cela est basée sur le verset : "Ne te réjouis pas lorsque ton ennemi trébuche" (Michlé 24,17). D'autant plus si c'est un ami qui trébuche!

-> Le 'Hafets 'Haïm (Chemirat haLachon - chaar Tévouna - chap.17) assimile le fait de se réjouir de la chute d'une autre personne à de l'avoda zara (idolâtrie) et le cite comme l'une des raisons pour lesquelles le Temple a été détruit.
Le 'Hafets 'Haïm conseille de penser qu'en raison de nos fautes, nous mériterons nous aussi de faire un faux pas et d'être embarrassé en public, mais qu'en raison du mérite de nos ancêtres, Hachem nous épargne une telle douleur.
[l'idée est incroyable : lorsque je vois autrui tomber, je dois non seulement avoir de la compassion pour lui (l'aidant et priant pour son bien), mais en plus je dois remercier Hachem de ne pas m'avoir mis à sa place alors que j'aurai dû y être! (en remerciement pour mes ancêtres, je dois me renforcer et leur faire honneur par mon comportement dans ce monde, pour l'élévation de leurs âmes!) ]

-> Le Or'hot Tsadikim (chaar Sim'ha) explique que Rabbi Né'hounya a réalisé qu'il est courant pour les gens de rire ou de se réjouir lorsque quelqu'un d'autre fait quelque chose de mal, car cela leur donne le sentiment d'être supérieurs à eux.
Cependant, la Torah attend de nous que nous ressentions son profond embarras et que nous soyons peinés pour lui. Ceci est particulièrement important si l'erreur a été commise dans le domaine de la halakha (loi juive), ce qui pourrait amener les gens à transgresser la volonté d'Hachem.
Rabbi Néhounya savait que pour se préserver de cette réaction presque naturelle, il devait prier pour obtenir une aide spéciale d'Hachem. Il nous incombe de faire de même.

-> Le Maharcha (guémara Béra'hot 28b) explique la prière de Rabbi Né'hounia de manière légèrement différente. Il dit qu'il a prié pour que ses amis soient vraiment heureux qu'il n'ait pas fait d'erreurs et qu'il se réjouisse qu'ils n'aient pas trébuché.
Dans notre relation avec notre prochain on attend de nous d'être sincèrement heureux des succès des autres, mais Rabbi Né'hounya a compris qu'il fallait une aide Divine spéciale pour surmonter son égo personnel et ressentir honnêtement ce sentiment.

L’importance de l’unité

+ L'importance de l'unité :

-> Nos Sages (Tana déBé Eliyahou rabba - ch.28) enseigne qu'Hachem dit au peuple juif : "Mes enfants bien-aimés, est-ce qu'il me manque quelque chose que Je dois vous demander? Mais il y a une chose que Je vous demande, c'est de vous aimer les uns les autres, de vous respecter les uns les autres et d'avoir de l'admiration les uns pour les autres. [Entre vous] ne fautez pas, ne volez pas et ne vous comportez pas de manière désagréable".

-> Le 'Hafets 'Haïm (Za'hor léMyriam - ch.11) écrit que nous apprenons ici que "l'unité entre les juifs apporte satisfaction et bonheur à Hachem ... et si chaque juif aimait l'autre comme il se doit, chaque personne recevrait une bénédiction supplémentaire dans ses efforts".

Il conclut que cela est suggéré dans le verset où nous apprenons le concept de 'hessed. La Torah écrit : "Tu aimeras ton prochain comme toi-même ; Je suis Hachem". Les deux derniers mots, "Je suis Hachem", sont ajoutés pour nous enseigner que "si tu aimes ton prochain comme toi-même, alors Moi, Hachem, je serai parmi vous et je vous aimerai tous les deux".

=> L'unité et la paix permettent à la Présence divine de résider en nous, ce qui apporte avec elle toutes les bénédictions infinies d'Hachem.

‘Hessed & importance d’imiter Hachem

+++ 'Hessed & importance d'imiter Hachem :

=> Pourquoi les midot (traits de caractère) constituent-ils une partie aussi fondamentale du juif?
Quelle est la raison profonde pour laquelle le rav 'Haïm de Volozhin exhortait ses enfants à se rappeler constamment qu'un homme n'est né que pour aider les autres ?

+ Un monde de bonté :

-> Dans le Birkat haMazon, nous décrivons Hachem comme "Le Bon, qui a fait le bien, qui fait le bien et qui fera le bien pour nous" (HaTov ... Hou hétiv, Hou métiv, Hou yétiv lanou).
Quelle est la définition du mot "bon" (tov)?

Le Séfer ha'Hinoukh (mitsva 430) explique : "On ne peut vraiment qualifier quelqu'un de bon que s'il fait du bien aux autres".
Hachem fait constamment du bien à toutes ses créations. Il les comble de vie, de santé, d'intelligence, de nourriture et de bien d'autres choses encore. En effet, le verset dit : "le monde a été créé pour la bonté" (olam 'hessed yibané - Téhilim 89,3).
Le désir d'Hachem est de faire du bien à Ses créations, et Il a créé le monde uniquement dans ce but, afin qu'il y ait des personnes pour lesquelles Il puisse faire preuve de bonté.

-> Quelle est la plus grande bonté qu'Hachem puisse faire pour nous?
Le Ram'hal (Déré'h Hachem (pt.1, ch.2) explique qu'Hachem est le summum de la bonté et que, par conséquent, la plus grande chose qu'Il puisse faire est de nous laisser nous attacher à Lui et profiter de cette connexion.
Ailleurs, le Ram'hal (introduction au Messilat Yécharim) écrit : "L'homme a été créé dans le seul but de se délecter d'Hachem et de se délecter de la splendeur de la Présence divine, ce qui constitue la joie ultime et le plus grand de tous les plaisirs de l'existence".

[un juif vit sa vie en s'efforçant de gagner la récompense ultime qui consiste à profiter d'avoir le plus de proximité avec la gloire d'Hachem dans le monde à venir, ce qu'il fait en accomplissant les mitsvot et en apprenant la Torah (qui sont des moyens de nous y attacher). ]

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-> Le 'Hafets 'Haïm (Ahavat 'Hessed - pt.2, ch.2) ajoute une condition effrayante qui doit être remplie pour que l'on puisse recevoir cette récompense :
"Le fait que l'homme mérite ou non de se prélasser de la gloire d'Hachem dans le monde à venir dépend de son attachement à Hachem de toutes ses forces pendant qu'il est encore en vie.
[S'attacher à Hachem] signifie s'attacher à Ses Attributs. Tout au long de sa vie, une personne doit s'efforcer d'acquérir les Attributs Divins, qui consistent à ne faire que du bien et de la bonté.
Elle méritera alors de rester pour l'éternité devant Hachem et d'assouvir le désir de son âme. Cela n'arrivera pas à quelqu'un qui n'a pas vécu sa vie en essayant d'aider les autres. S'il agit à l'encontre des voies d'Hachem, comment pourra-t-il finalement s'attacher à Hachem dans l'autre monde?"

-> La guémara (Roch Hachana 17b) rapporte qu'Hachem a enseigné à Moché Rabbénou que si le peuple juif commet une faute, il doit dire les 13 Attributs Divins de Miséricorde, et Hachem lui pardonnera. Hachem a même fait une alliance pour qu'ils soient toujours exaucés de leur demande.
Pourtant, les commentaires notent que beaucoup ont essayé mais ne semblent pas avoir réussi.
Le Eitz Yossef, commentant la guémara, cite le Alchikh haKadoch et répond que la guémara ne dit pas que nous devrions dire les 13 Attributs, mais plutôt : "Ils feront devant Moi les 13 Attributs" (yéassou léfanaï kesseder hazé) = seule une personne qui met en œuvre concrètement ces traits de bonté et de miséricorde en elle-même (à l'image d'Hachem) a la garantie qu'Hachem répondra à ses prières lorsqu'elle sera elle-même dans le besoin.

-> Le 'Hafets 'Haïm (Ahavat 'Hessed - pt.2, ch.7) ajoute que quelqu'un qui nie la nécessité de faire du 'hessed est sévèrement étiqueté par nos Sages comme un hérétique qui nie les fondements du judaïsme.
La raison en est que : "Hachem est la source de tout bien et de toute bonté et Il a créé l'ensemble de la création dans le but que Ses créations acquièrent des mérites afin qu'à la fin, Hachem soit en mesure de leur donner Sa bonté et tous Ses bienfaits.
C'est dans ce but que la Torah et toutes ses mitsvot nous ont été données ... Par conséquent, si une personne nie le concept de 'hessed et se dit : "Qu'est-ce que le 'hessed a à voir avec moi?", elle est considérée comme si elle avait nié Hachem".

-> Une personne qui a passé sa vie à apprendre la Torah et à faire des mitzvos recevra certainement une récompense ; cependant, elle ne pourra pas jouir du plaisir exquis de s'attacher à Hachem si elle ne s'est pas transformée pour devenir un donneur comme Hachem.
[Il y a un nombre infini de niveaux à cela et plus on devient généreux, plus on est capable de s'attacher à Hachem. ]
Le but ultime de Sa création ne sera pas atteint et le désir d'Hachem de nous procurer un bonheur infini sera frustré.

L'insistance de la Torah sur l'importance des midot et du ben adam la'havéro (comportement avec son prochain) découle du but ultime du monde : le désir d'Hachem d'accomplir la bonté pour Ses créations.
Le Rav Chaim de Volozhin exhortait constamment ses élèves à aider les autres au mieux de leurs capacités.
Il leur disait : "Imitez Hachem! Faites de vous quelqu'un qui agit à l'image de D. et vous mériterez ainsi la félicité et le bonheur éternels de vous prélasser de Présence Divine d'Hachem dans le monde à venir."

Le Rachba (Responsa 1:149) explique la bénédiction de Boré Néfachot, prononcée après certains aliments, comme signifiant qu'Hachem a créé de nombreuses personnes qui manquent du nécessaire pour vivre (boré néfachot rabot vé'hesronot). Comment cela peut-il être considéré comme un éloge d'Hachem? Ne serait-il pas préférable de nous avoir créés complets?
Une explication est qu'en faisant en sorte que les gens manquent de tout ce dont ils ont besoin, Hachem a intégré dans la composition du monde la nécessité pour les gens de faire du 'hessed les uns avec les autres. Cela permet à chacun de L'imiter en donnant aux autres et d'atteindre ainsi la grandeur spirituelle.

-> Au moment de l'ouverture de la mer Rouge, le peuple juif a chanté le chant (chira) de la mer, et ils y ont proclamé : "Zé Kéli vé'anvéhou" (c'est mon D. et je Le glorifierai).
La guémara (guémara Shabbath 133b) nous enseigne que le mot "anvéhou" est composé de deux mots : ani et véhou (moi et Lui), et signifie : "Tout comme Il est miséricordieux, vous devez être miséricordieux ; tout comme Il est compatissant, vous devez être compatissants" (Ma hou ra'houm, af ata ra'houm, ma Hou 'hanoun, af ata 'hanoun).
=> La méthode dont nous disposons pour glorifier Hachem consiste à imiter Ses voies bienveillantes et à faire de notre mieux pour toujours aider les autres.

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+ Qu'est-ce qu'un Adam?

-> La Torah désigne l'être humain sous le nom d'adam (אדם).
[ Qui est appelé "Adam"? Seul Israël (les juifs) est appelé Adam et non les nations du monde. (guémara Yébamot 61a)]

Le Chla haKadoch écrit que ce mot peut être lu de deux façons, avec des significations opposées.
Si quelqu'un se conduit avec les midot d'Hachem et est donc lié à Lui, il est appelé adam, du mot adamé, qui signifie "j'imiterai". Il est le sommet de la création, ressemblant à Hachem lui-même. C'est l'image de l'homme que l'on trouve sur le Trône de Gloire d'Hachem, et à cet égard, l'homme est même plus grand que les anges.
Les anges ne peuvent faire que ce qu'on leur ordonne de faire, mais l'homme peut choisir de changer et de s'élever pour devenir une image ambulante d'Hachem dans ce monde.

Cependant, si l'homme n'a aucun lien avec Hachem et agit d'une manière contraire à aux bonnes midot d'Hachem, il est appelé adam, du mot adama (la terre). Il a été créé à partir de la terre et c'est là qu'il retournera, et il ne possède aucune grandeur au-delà de la terre d'où il a été tiré.

[le terme Adam ne renvoie qu'aux juifs, car il est l'état le plus élevé de la Création (même supérieur aux anges!), lorsqu'un être humain dépasse sa naturalité animale pour imiter les midot d'Hachem. ]

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-> Le 'Hafets 'Haïm (Chem Olam - pt.2, ch.10) écrit que les âmes du Gan Eden seraient prêtes à renoncer à toute leur part dans le Monde à venir pour avoir l'opportunité de revenir dans ce monde et d'accomplir des mitsvot.

=> Une telle affirmation est basée sur le plus grand désir que l'on puisse avoir : le désir de la vie elle-même. La vie signifie la capacité d'imiter Hachem en devenant un donateur pour les autres, et cela ne peut se faire que dans ce monde.

-> Le rav Wolbe développe l'idée que la vie nous est donnée pour aider les autres, et la pulsion de vie inhérente est en fait le désir ardent de l'âme d'imiter Hachem et d'utiliser sa vie pour faire tout ce qu'elle peut pour le bien des autres.

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+ Un Ben Olam haBa :

-> La guémara (Taanit 22a) raconte que Rav Béroka 'Hoza'a rencontra Eliyahou haNavi sur la place du marché et lui demanda si quelqu'un sur le marché était un ben Olam HaBa (un membre du monde à Venir).
Eliyahou indiqua deux personnes qui entraient sur le marché et déclara qu'elles remplissaient les conditions requises. Rav Béroka se précipita vers eux pour leur demander ce qu'ils faisaient. Ils répondirent qu'ils étaient des comiques et que lorsqu'ils voyaient quelqu'un se sentir déprimé ou triste, ils lui faisaient une blague et lui remontaient le moral. S'ils voient deux personnes se disputer, ils s'efforcent de faire la paix entre elles.

Cela semble surprenant. Certes, nous pouvons en déduire l'importance qu'Hachem accorde au fait d'aider les autres et de les rendre heureux, car Il les récompense par le monde à Venir (olam haba). Mais étaient-ils les seuls, sur toute la place du marché, à mériter une récompense dans le monde à Venir? Il y avait certainement d'autres personnes qui apprenaient la Torah et accomplissaient des mitsvot, et qui méritaient également le Olam haBa.

Les commentateurs font une observation fascinante sur le langage de la guémara. Rav Béroka a demandé s'il y avait un ben Olam haBa "sur ce marché". Il ne voulait pas dire "qui ici va gagner une récompense dans le monde à venir".
Il demandait plutôt au prophète Eliyahou : "En ce moment même, qui sur le marché est une personne qui vit déjà comme une personne du Olam haBa ?".
Eliyahou a répondu : les deux comiques qui font tout pour remonter le moral des gens tristes. Leur seul intérêt est d'aider les gens qui souffrent, qui est la mida de ceux qui sont déjà dans le Olam haBa.
De même qu'Hachem se consacre exclusivement au bien d'autrui, tous ceux qui se trouvent dans le monde à Venir partagent cette mida. Et la personne qui la pratique dans ce monde a le statut de ben Olam haBa bien avant d'y arriver.

En revanche, nos Sages (Pirké Avot 3,11) disent que quelqu'un qui embarrasse publiquement une autre personne n'a pas de part dans le monde à venir.
Nos Sages du moussar expliquent qu'il ne s'agit pas d'une punition, mais que cela signifie plutôt qu'une telle personne n'a aucun lien avec le Olam haBa.

D'après le principe du 'Hafetz 'Haïm, il s'agit là d'un principe élémentaire. Le Olam haBa (monde à Venir) est l'endroit où l'âme se connecte totalement avec Hachem. Hachem est la source et l'ultime moyen de faire du bien aux autres. Une personne qui se soucie si peu des autres qu'elle est capable d'infliger à une autre personne la douleur insupportable d'une humiliation publique ne peut avoir aucun lien avec la source de toute bonté.

[pour un petit plaisir d'avoir le dernier mort, d'écraser autrui pour me se valoriser, ... on l'humilie (et on se donne bonne conscience : ça va c'est rien! c'est une petite nature!), et alors comme prix à payer on aura des regrets et une souffrance éternelle d'être plus éloigné de papa Hachem, réduisant la qualité de notre monde futur.
D'une certaine façon, un ben Olam haBa est quelqu'un qui a déjà la tête dans le monde à Venir (ex: notre passage dans ce monde est si rapide pour se prendre la tête avec autrui, aidons-nous plutôt!), et ainsi n'aborde pas les choses comme les non-juifs avec l'instinct naturel, mais plutôt avec la hauteur, la noblesse, d'un juif.]

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+ Le lachon ara :

-> Le lachon ara est considéré comme l'une des transgressions les plus graves de la Torah, au point que nos Sages l'assimilent aux 3 péchés capitaux réunis que sont : l'idolâtrie, le meurtre et les relations illicites. [c'est une faute 3 en 1]

-> Le rav Yérou'ham Lévovitz (Daat 'Hokhma ouMoussar - vol.2) en donne l'explication suivante :
"Le fait que les gens parlent de lachon ara et d'autres paroles blessantes similaires est uniquement dû à l'énorme fossé qui existe entre elles et l'autre personne (sur laquelle elle parle). Ce fossé est si grand qu'elles ne ressentent pas [leur prochain] et ne le connaissent même pas. [n'essayant nullement d'être à sa place pour comprendre/expliquer son comportement, ... ]
En vérité, comment est-il possible pour quelqu'un de dire quelque chose de mal à propos d'une autre personne s'il dépensait ne serait-ce qu'une petite quantité de pensée pour cette personne. S'il entendait son cri, lorsqu'il supplie : "Ayez pitié de moi et ne me mettez pas dans l'embarras" ... "

[ainsi lorsqu'une personne dit du mal de quelqu'un d'autre, c'est parce qu'elle ne voit pas ou ne pense pas un seul instant à la personne dont elle parle, et qu'elle peut donc dire ce qu'elle veut sans se rendre compte de la terrible douleur qu'elle inflige.]

-> Il existe une coutume répandue qui consiste à dire les 10 Rappels (zékhirot) que nous devons avoir quotidiennement, après la prière de cha'harit. Il s'agit de : le Shabbath, la sortie d'Egypte, le don de la Torah sur le mont Sinaï, la faute du Veau d'or, l'obligation d'exterminer notre ennemi juré Amalek, ...
Le 8e Rappel consiste à se souvenir comment Myriam a été punie pour avoir parlé du lachon ara à propos de son frère Moché.
Qu'y a-t-il de si fondamental avec toute parole de lachon ara pour qu'il soit compris avec les Rappels les plus importants du judaïsme et qu'il soit prononcé tous les jours?

Le rav Chatzkel Lévenstein en tire la leçon suivante :
"Le principe fondamental de toute chose est d'imiter Hachem, qui est la source de tout bien et de toute bonté. Mais le lachon ara est méchant, l'exact opposé du but recherché qui est de s'attacher à la bonté".
Ce principe est si important qu'il faut s'en souvenir tous les jours.

Aimer son prochain comme soi-même = tous les juifs ne sont qu’une seule et même âme (2e partie)

+++ Aimer son prochain comme soi-même = tous les juifs ne sont qu'une seule et même âme (2e partie) :

+ Prier pour les autres :

-> Le 'Hatam Sofer cite la guémara (Béra'hot 12b), qui dit que quelqu'un qui pourrait prier pour les autres [juifs], mais ne le fait pas est considéré comme un fauteur.
Selon le 'Hatam Sofer, la guémara poursuit en disant qu'un talmid 'hacham doit se rendre malade en priant pour les autres. Il explique cette exigence de la manière suivante : Puisque le peuple juif tout entier est comme une seule âme et un seul corps, lorsqu'une personne souffre, l'autre doit également ressentir cette douleur ("se rendre malade").
Puisque les deux personnes souffrent maintenant, il est également capable de prier, car il n'est plus considéré qu'il prie pour quelqu'un d'autre, mais plutôt comme une personne priant avec sa bouche pour qu'il soit guéri de la douleur dans son doigt.
Ceci est vrai pour tout le monde, mais la guémara souligne qu'un talmid 'hakham devrait particulièrement le faire, parce que sa grandeur supplémentaire le rend semblable à la tête du corps, qui est plus importante et plus influente que les autres parties du corps et qui est donc plus apte à prier.

[ex : un conseil est de prendre quelques secondes pour imaginer et ressentir les douleurs du malade, la souffrance de sa famille, ... et alors on pourra prier avec davantage de cœur, et donc avoir une prière qui aura plus d'impact.
Juste quelques secondes où l'autre (pour lequel on prie) devient nous-même! (cela peut être valable également pour les bonnes nouvelles, l'essentiel étant de vivre ce qu'il vit autant que possible, même quelques secondes) ]

-> Cette idée nous conduit à la compréhension la plus simple du Arizal, qui écrit [dans sa courte prière que nous disons] avant de commencer chaque prière, il faut avoir à l'esprit d'accomplir la mitsva de "aimer son prochain comme soi-même". En effet, on ne peut vraiment prier pour un autre juif que lorsqu'on réalise que nous sommes tous une seule entité et que sa douleur est la mienne.
Nos prières sont très souvent à la forme plurielle car elles ont un impact et le pouvoir de sauver notre prochain juif de ses difficultés.
[de même, certains ont l'habitude de donner des pièces à la tsédaka avant de prier. On peut voir cela comme une façon de s'ouvrir concrètement à l'amour d'autrui, à la conscience que nous sommes liés. ]

-> Nombreux sont ceux qui s'inquiètent de ne pas voir leurs prières porter leurs fruits. Il leur semble qu'Hachem ne répond pas aux prières et souvent, par frustration, ils cessent de prier.
Pourtant, la tradition transmise par de nombreux grands tsadikim veut qu'Hachem réponde à chaque prière qu'un juif Lui adresse.

Il existe de nombreuses raisons pour lesquelles nous ne voyons pas nos prières exaucés, mais nous mentionnerons ici le principe expliqué par le Déguel Ma'hané Efraïm (Ki Tétsé).
Il écrit que parfois, Hachem prend une prière dite par quelqu'un dans une partie du monde et l'utilise pour aider un autre juif ailleurs. Un juif de Paris peut prier pour une aide financière et Hachem répondra à sa prière en permettant à un juif d'Australie d'avoir de l'aide pour avoir une bonne parnassa.

[il est intéressant de noter que tous les juifs sont liés peut importe l'espace (le lieu où ils se trouvent) et le temps, puisque par nos actions nous influençons les juifs décédés, ainsi que ceux à venir.]

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+ Etre jaloux? Pas de soi-même! :

-> Nos Sages (Sanhédrin 105b) nous disent que naturellement, un parent n'est pas jaloux de son enfant, ni un rabbi de son disciple. Ils estiment que leurs enfants ou leurs disciples sont des prolongements d'eux-mêmes et que la jalousie n'a donc pas sa place.
Il incombe à chacun de développer l'état d'esprit selon lequel il fait partie du grand corps du peuple juif, travaillant tous ensemble pour répandre l'honneur d'Hachem dans le monde.

-> Celui qui croit cela ne sera jamais jaloux de la position d'une autre personne dans la vie ou de ses succès dans la avodat Hachem. Au contraire, il sera ravi de voir d'autres personnes progresser dans la Torah et les mitsvot, car cela signifie que le peuple juif tout entier a accompli une plus grande partie de la volonté d'Hachem. Il lui importe peu de savoir si c'est lui qui a mérité de le faire ou quelqu'un d'autre, du moment que de la satisfaction a été apporté à Hachem.

[lorsque mon prochain juif va bien spirituellement, alors il impact la collectivité juive, et par ricochet il m'impact personnellement. Ainsi, en priant et me réjouissant pour la réussite d'autrui, en réalité c'est également pour moi que je le fais (en plus de le faire pour la grandeur d'Hachem, que le kidouch Hachem soit maximal).
De toute façon, Hachem peut donner l'infini à chaque juif, et Il aura encore l'infini à nous donner ... ainsi ce qu'autrui a ne me limite nullement, donc je ne dois pas m'inquiéter/être jaloux de cela (sinon j'ai une vision limitante de D.). ]

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+ Combattre dans l'armée d'Hachem :

-> Un jour, quelqu'un a demandé au 'Hafets 'Haïm : "Pourquoi devons-nous avoir autant de sortes de juifs différents? Il y a les 'hassidim, les séfarades, et tant d'autres. Certains mettent l'accent sur l'apprentissage, d'autres sur la prière, d'autres encore sur la danse et le chant. Qu'y aurait-il de mal à ce que tout le monde soit pareil, à ce que nous fassions tous la même prière et que nous fassions tout de la même façon?
Le 'Hafets 'Haïm a répondu : "Pourquoi ne posez-vous pas la même question au sujet du tsar de Russie? Pourquoi a-t-il autant de types de soldats? Il a des fantassins, de la cavalerie, des équipes d'artillerie, des pilotes et des sous-mariniers. Qu'y aurait-il de mal à ce qu'il n'ait qu'un seul type de soldat avec un seul type d'arme, sous la direction d'un seul général?
La réponse est que lorsque vous faites la guerre, vous devez utiliser toutes les tactiques possibles pour garantir la victoire. Un fantassin a l'avantage du combat au corps à corps. La cavalerie, quant à elle, peut effrayer l'ennemi et le faire fuir.
Les responsables des canons et des roquettes peuvent faire la guerre à distance.

Même les chanteurs et les musiciens participent à l'effort de guerre en maintenant le moral des soldats.
"Il en va de même pour la guerre contre le yétser ara. Tous les différents groupes de juifs, les 'hassidim et les non-'hassidim, se joignent aux soldats de l'armée d'Hachem pour combattre le yétser ara.
Certains luttent en apprenant la Torah, d'autres en faisant leur prière, d'autres en chantant et en louant, d'autres encore en soufflant dans le shofar. Tant que chacun garde à l'esprit qu'il le fait pour le Ciel"
['Hafets 'Haïm al HaTorah - Réé 14,1]

-> Le 'Hafets 'Haïm a dit un jour :
"Je ne sais qu'une chose. Lorsque quelqu'un décède et que son âme se rend dans l'autre monde, on ne lui demandera pas s'il appartenait à tel ou tel groupe. Tout ce qu'ils feront, c'est ouvrir un séfer Torah et lui demander : "As-tu respecté ce qui est écrit ici? As-tu accompli tout ce qui est dit dans l'ensemble de la Torah? S'il peut répondre par l'affirmative, il ira au Gan Eden, mais s'il répond par la négative, il finira dans les feux de Guéhinam".
["notre peuple n'est un peuple que par sa Torah" - rav Saadia Gaon]

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+ L'amour véritable :

-> Le Tanya (ch.32) pousse cette idée un peu plus loin. En vérité, la seule façon d'aimer vraiment quelqu'un d'autre est de l'aimer pour son âme.
L'amour véritable ne peut exister que dans quelque chose qui est une seule entité, où toutes les parties sont essentiellement une. Quelque chose composé de différentes parties qui ont été combinées aura toujours une séparation intrinsèque qui empêche le niveau ultime d'unité.
Au niveau de l'âme, nous sommes tous unis et entièrement connectés, et nous pouvons donc éprouver de véritables sentiments d'amour les uns pour les autres.
Dans le monde physique/matériel, cependant, nous sommes divisés en différents corps, avec des apparences, des idéaux et des possessions différents.
Par définition, notre physique nous différencie les uns des autres, et donc si j'aime quelqu'un pour tout ce qu'il a de physique, il est impossible qu'il s'agisse d'un véritable amour.

-> Le Baal HaTanya ajoute que c'est la raison pour laquelle Hillel a dit au non-juif que toute la Torah est basée sur "tu aimera ton prochain comme toi-même", même s'il semble qu'elle ne concerne que les mitsvot avec son prochain (ben adam la'havéro) mais pas avec D. (ben adam laMakom).
Pour vraiment aimer quelqu'un, il faut comprendre la grandeur de l'âme, et combien elle est plus significative et spéciale que le corps physique qui nous sépare. Dès que l'on contemple cela, on est automatiquement inspiré à suivre les désirs de l'âme d'accomplir les mitsvot et d'ignorer les tentations du yéter ara de s'adonner au plaisir physique.

-> L'Alter de Kelm (Chochmah U'Mussar 1) écrit :
"Il est impossible d'aimer son ami comme soi-même tant que l'on n'a pas éliminé toutes les traces de matérialité (gachmiout) le concernant et que l'on ne se retrouve pas dans une pureté dépourvue de barrières physiques.
Alors, les parties de l'âme peuvent se réunir pour ne faire qu'un, car dans la spiritualité (rou'hniyout), il n'y a pas de séparation ou de division, contrairement à la matérialité dans laquelle il n'y a pas de véritable unisson puisqu'elle est composée de différents matériaux."

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+ Donner, c'est aimer :

-> Le rav Eliyahou Dessler (Kountres ha'Hessed - ch.4)explique qu'il y a 2 types de personnes dans le monde, celles qui donnent et celles qui prennent. Naturellement, les gens sont des preneurs.
Le mot pour l'amour dans la Torah est ahava, dont la racine (hé et bét - הב) signifie "donner".
Contrairement à ce que les gens pensent, on aime quelqu'un à qui l'on donne, et non pas quelqu'un qui nous donne.
C'est la véritable raison pour laquelle les parents aiment leurs enfants plus que ces derniers ne les aiment. Les parents se donnent corps et âme pour tout donner à leurs enfants, et ces années de don constant génèrent un amour profond pour leurs enfants qui ne pourra jamais être égalé.
Le rav Dessler cite nos Sages : "Si tu veux développer l'amour pour ton ami, implique-toi dans des actions qui lui sont bénéfiques".
Pourquoi est-ce vrai

Le rav Dessler nous donne un aperçu de la psychologie humaine :
"Une personne aime les fruits de ses actions parce qu'elle y sent une partie d'elle-même. Qu'il s'agisse d'un enfant qu'il a mis au monde ou recueilli, d'un animal qu'il a élevé, d'un arbre qu'il a planté, ou même de quelque chose d'inanimé comme une maison qu'il a construite. Dans tous ces cas, il est lié par l'amour à l'œuvre de ses mains, car c'est en elle qu'il se retrouve.
En résumé, ce qu'une personne donne à une autre n'est jamais perdu, il s'agit plutôt d'une extension de son propre être. Il peut voir une partie de lui-même dans son prochain à qui il a donné. C'est à cet attachement entre l'homme et son semblable que l'on donne le nom d'amour".

Il est impossible d'aimer quelqu'un d'autre comme soi-même. Mais en donnant aux autres, on peut s'élargir et les intégrer comme une partie de soi.

-> Le rav Shimon Shkop (Intro à Chaaré Yosher) écrit :
"À première vue, l'amour de soi et l'amour des autres semblent être deux concepts différents. Mais nous devons aller plus loin et clarifier ce qu'est le véritable moi d'une personne, car c'est à cette aune que nous pouvons mesurer la grandeur de chacun.
Chez une personne humble et peu raffinée, son "moi" se limite à son moi physique et à son corps. Une personne plus élevée se rend compte qu'elle possède à la fois un corps et une âme.
Plus haut encore, une personne intègre dans son "moi" son foyer et sa famille. Une personne vivant selon la Torah inclut dans son "moi" l'ensemble du peuple juif, puisqu'en vérité chaque Juif est un membre du corps appelé le peuple juif.
Le véritable grand homme réalise que le monde entier fait partie de son "moi" et qu'il n'est qu'une petite partie de l'ensemble de la Création. Dans cet esprit, le sentiment d'amour de soi qu'il éprouve l'aidera à aimer chaque juif et le monde entier."

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+ L'amour véritable :

-> C'est la compréhension profonde du mot ahava. Hav (הב) signifie "donner". La lettre alef au début de ahavah signifie "je". L'amour véritable signifie que nous nous donnons entièrement à l'autre personne, que vous donnez et faites tout ce que vous pouvez pour son bien.

-> La même idée est mentionnée par le rav Shimshon Rafael Hirsch ('Horev - chap.9) à propos de l'amour d'Hachem :
"Aimer signifie ressentir son propre être uniquement à travers et dans l'être d'un autre. Aimer Hachem signifie donc sentir que sa propre existence et sa propre activité ne sont rendues possibles et n'acquièrent de valeur et de signification que par Hachem et en Hachem".

-> Lorsque quelqu'un se donne vraiment et de tout cœur à quelqu'un d'autre, cela crée le plus grand lien et la plus grande connexion possibles. En vous donnant, je m'agrandis et je vous incorpore en moi. Notre âme est absorbée et fusionnée avec la mienne. Le sentiment qui en résulte, celui d'une unité totale et d'un ensemble, celui de faire partie de l'autre et de vivre comme s'il s'agissait d'une seule et même personne, est cette émotion mystérieuse et indescriptible que l'on appelle l'amour.
L'amour est peut-être la plus profonde et la plus intense de toutes les émotions. Il est si puissant que "l'amour couvre toutes les offenses" (Michlé 10,12) et que "de nombreuses eaux ne peuvent éteindre l'amour, ni des rivières le laver" (Chir HaChirim 8,7).

-> Le monde occidental présente l'idéal du "coup de foudre".
Le "coup de foudre" est tout au plus un engouement. Il découle généralement de la convoitise, qui, dans en hébreu, est taava.
Le rav Hirsch (sur Béréchit 3,6) explique que la racine de la taava est d'essayer de prendre pour soi tout ce que l'on n'a pas. C'est l'antithèse exacte de la ahavah, où l'on se donne aux autres.

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+ "Mais je ne serai jamais le 'Hafets 'Haïm" :

-> Nous rencontrons de nombreuses personnes qui se sentent frustrées et désillusionnées par rapport à leur avodat Hachem. Elles éprouvent des regrets et se sentent coupables de choses qu'elles n'auraient pas dû faire, elles ont du mal à faire la prière et à accomplir les mitsvot, et elles se demandent quel bénéfice elles apportent au peuple juif et ce qu'Hachem pense vraiment d'elles.
Ce sentiment est amplifié lorsqu'elles lisent et entendent des récits sur la sainteté et la grandeur surhumaine de guédolim tels que le 'Hafets 'Haïm et le rav Moché Feinstein.

Un tel sentiment est une erreur tragique. Il s'agit d'un stratagème du yétser ara, qui veut nous faire sentir si inutiles que nous renonçons à essayer de nous améliorer. L'une des raisons de cette attitude peut maintenant être comprise à la lumière de ce que nous venons d'apprendre.

Il est vrai que nous ne serons peut-être jamais aussi grands que le 'Hafets 'Haïm ou le Gaon de Vilna. Cependant, nous faisons tous partie de ce grand corps qu'est le peuple juif.
Dans le corps humain, il y a certains membres dont la vie de la personne dépend, comme le cœur et les poumons. Sans eux, la personne meurt. La perte d'un pied ne met pas la vie en danger, mais une personne qui perd un pied est gravement handicapée. Cette personne peut encore fonctionner, nouer des relations et accomplir de nombreuses choses, mais elle éprouvera des difficultés à fonctionner.
Oui, le Gaon de Vilna était à des années-lumière de nous dans son avodat Hachem, mais chaque personne du 21e siècle fait tout autant partie du corps juif que le Gaon de Vilna, et doit faire sa part pour s'assurer que le corps est complet.

Comme l'a écrit le 'Hazon Ich (3, lettre 62) : "de la même manière que les membres d'une personne ont des fonctions différentes, les yeux voient, les oreilles entendent et les mains créent, de même le peuple juif est comme un corps avec de nombreuses parties individuelles, et il incombe donc à chaque personne de remplir son rôle".

De plus, le cœur est la source de vie du corps, mais il ne peut pas faire le travail des jambes ou des doigts. Je ne pourrai peut-être jamais faire ce que les géants des générations précédentes ont accompli, mais ils ne pouvaient pas non plus faire ce que je peux faire.
Hachem, dans Son infinie sagesse, nous a choisis pour vivre à l'époque actuelle et nous a donné les capacités que nous avons, avec une tâche à accomplir qu'aucune autre génération dans l'histoire n'a pu faire.
Notre travail n'est peut-être pas très prestigieux, mais la personne mûre se rend compte de l'énormité et de l'importance de sa contribution unique à l'histoire juive et se consacre avec joie à son corps et à son âme pour contribuer à la perfection de cette belle entité qu'est le peuple juif.
[dans tous les cas plutôt que de se plaindre, que de baisser les bras (si j'avais les capacités du Gaon de Vilna, si je comprendrais les raisons des mitsvot, ... alors je ferais ...), on doit accepter la réalité du contexte et des capacités dont Hachem nous a doté et faire notre mission dans ce monde du mieux que nous le pouvons. ]

En vérité, cette analogie des membres manquants n'est pas tout à fait exacte.
Dans le corps humain, un cœur absent provoque une mort instantanée, alors qu'un doigt manquant ne fait que nuire à la perfection de la personne.
Dans la spiritualité, cependant, ce n'est pas vrai. Comme l'écrit le Yaarot Dvavh, la Chékhina d'Hachem ne peut résider pleinement si le peuple juif est souillé. Si une personne ne fait pas sa part, cela limite la totalité de la présence divine dans le monde, ce qui entrave le but ultime du peuple juif et de la création du monde. Il s'agit d'une mort partielle en termes spirituels, dont les proportions ne nous sont pas vraiment compréhensibles (d'où la comparaison avec le corps humain).

D'un autre côté, nous devons contempler l'incroyable succès du travail et du renforcement de notre avodat Hachem, car en faisant cela, nous méritons d'aider le peuple juif tout entier à être béni par la présence d'Hachem parmi nous.
[d'après le rav A. Tabor]

Aimer son prochain comme soi-même = tous les juifs ne sont qu’une seule et même âme (1ere partie)

+++ Aimer son prochain comme soi-même = tous les juifs ne sont qu'une seule et même âme (1ere partie) :

-> Rachi (citant le midrach Tan'houma 15) enseigne que la façon d'accomplir le 'hessed est de se mettre à la place du pauvre et de sentir ce qu'il traverse afin de l'aider comme s'il s'agissait de son propre problème.
En réalité, il s'agit de l'explication la plus littérale du commandement monumental de la Torah : "Tu aimeras ton prochain comme toi-même" (véaavta léréa'ha kamo'ha).
Comme l'écrit le Ram'hal (Messilat Yécharim - ch.11), la Torah "énonce ici une règle qui englobe tout. Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Comme toi-même sans aucune différence, comme toi-même sans aucune distinction, sans aucune ruse ou machination à son égard, mais tu aimeras ton prochain exactement comme toi-même".

=> Comment est-il possible d'aimer une autre personne exactement comme je m'aime moi-même ?

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+ Qui suis-je ?

-> Avant d'expliquer comment aimer les autres comme nous-mêmes, nous devons comprendre ce qu'est un juif.
Nous disons tous les jours à Kédouch, lors de la répétition du Amida par le 'hazan : "Nous sanctifierons Ton Nom dans ce monde comme [les saints anges] le sanctifient dans les Cieux".

Le 'Hafets 'Haïm (Chem Olam - pt2, ch.10) note qu'il s'agit là d'une extraordinaire arrogance de notre part. Pouvons-nous vraiment nous comparer aux anges les plus saints du ciel, qui louent constamment Hachem?

Examinons ce qu'est réellement un juif.
Avant notre naissance, notre âme réside dans les mondes supérieurs avec les anges dont le travail consiste à servir et à louer Hachem en permanence.

Hachem désire également des âmes qui le serviront dans ce monde.
Il "choisit" certains âmes et les envoie dans ce monde en tant que Ses messagers pour accomplir Son service. Les anges et nous-mêmes sommes tous deux des serviteurs d'Hachem. Nous sommes tous deux chargés de sanctifier le nom d'Hachem.
Le lieu de service des anges est au Ciel et le nôtre est sur terre.

Un ambassadeur en Russie portera un manteau de fourrure russe épais et lourd ainsi qu'un chapeau pour se protéger du rude hiver russe, mais lorsqu'il retournera dans son pays d'origine, il l'enlèvera et s'habillera à nouveau comme la population locale.
De même, lorsque l'âme descend dans le monde physique, elle doit revêtir les "vêtements" de ce monde, un corps physique. Cependant, une fois son travail terminé, elle enlève le corps physique et retourne à sa place devant le Trône de Gloire d'Hachem.

Le juif fait partie des rares âme à avoir le mérite d'être un ambassadeur d'Hachem dans ce monde. Il est observé par Hachem et par toutes les milliards d'âme [des autres nations] et d'anges au Ciel pour voir comment il se comporte. S'il réussit, écrit le 'Hafets 'Haïm, "il reçoit beaucoup de faveurs d'Hachem et ses actes sont inscrits dans le livre spécial du souvenir d'Hachem.
Ses actes sont rendus publics devant tous les anges et il recevra un grand honneur et une grande gloire lorsqu'il atteindra le monde à Venir (olam haba) pour avoir mérité d'être un serviteur loyal du Roi des Rois."

C'est un honneur si prestigieux d'être choisi comme l'un des rares messagers à venir dans ce monde que n'importe quelle âme serait prête à renoncer à toute sa part dans le mhkonde à venir pour avoir cette opportunité!
[par exemple, la guémara (Kétoubot 103a) rapporte qu'après la mort de Rabbi Yéhouda haNassi (l'auteur/compilateur de la Michna), il retournait chez lui tous les vendredis soirs pour faire le Kiddouch pour sa famille. Il s'est arrêté que lorsque l'un des voisins le voyait et il ne voulait pas faire honte aux autres tsadikim du ciel qui n'avaient pas reçu la permission de faire de même.]

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-> Plus nous réalisons la grandeur et l'importance exceptionnelles que nous avons en tant qu'ambassadeur d'Hachem, trié sur le volet dans ce monde (moins de 0,2% de la population mondiale!) et que votre prochain juif l'est également, alors plus nous sentons à quel point tout juif mérite d'être aimé et respecté.

-> Le verset "Tu aimeras ton prochain comme toi-même" se termine par les mots "Je suis Hachem" (ani Hachem). Pourquoi ces deux mots sont-ils ajoutés à cette mitsva particulière?

Le 'Hafets 'Haim (Chemirat haLachon - chaar Tévouna - ch.6) nous transmet l'idée suivante : Comment peut-on aimer tous les juifs? Ani Hashem!
Rappelez-vous qu'Hachem Lui-même aime cette personne (peu importe ce qu'elle a pu faire, uniquement parce qu'elle est Son enfant adoré [béni bé'hori]) et l'a choisie pour être Son messager/représentant sur terre et Son serviteur personnel. [on doit du respect aux importants serviteurs/ministres du roi, uniquement de par leur titre. A plus forte raison pour chaque juif qui est également le fils unique d'Hachem (double raison de l'honorer : représentant du Roi des rois dans ce monde, et en respectant le fils on respect le père (D.). ]
Cela signifie qu'il s'agit d'une personne extrêmement importante et spéciale, qui mérite le plus grand respect et le plus grand honneur, et c'est notre mérite de faire tout ce que nous pouvons pour aider une telle personne!

-> Le 'Hovot haLévavot (chaar Yy'houd haMaassé - ch.5) écrit :
"Comment puis-je détester quelqu'un qu'Hachem aime? Comment puis-je dédaigner quelqu'un qu'Hachem loue? Ce n'est pas ainsi que je peux m'acquitter de ma dette de gratitude envers Hachem.
Au contraire, je dois aimer ceux qu'Il aime, car c'est une façon d'aimer Hachem, et je dois honorer les personnes qu'Hachem honore, car c'est la façon dont je L'honore".

-> Le Ram'hal (Tomer Dévorah - ch.2) ajoute que lorsque le roi David étudia les merveilles des créations d'Hachem, il s'exclama : "Ma rabou maassé'ha!" (Téhilim 104,24).
Il explique que David n'a pas dit "Ma gadlou" (comme c'est grand), mais plutôt "Ma rabou", ce qui signifie : combien Tes créations sont importantes et significatives, Hachem.
Cela implique que dans chaque être humain et dans chaque partie de la création, on peut voir la sagesse et la bonté infinies qu'Hachem a investies dans Sa création.
Considérer une autre personne comme sans importance ou sans particularité est une insulte directe, non pas à la personne elle-même, mais plutôt au Maître Créateur qui l'a créée.
Faire l'éloge d'une personne, c'est aussi faire l'éloge d'Hachem.

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+ De quelle couleur sont les chaussettes du gadol hador?

-> Un jour, un spectateur a exprimé son étonnement face à l'immense affection et au respect que le Rav 'Haim Kanievsky témoignait à un soldat qui lui demandait une bénédiction. Le soldat venait d'un milieu complètement différent de celui de Rav 'Haim, ne partageait pas la même vision de la Torah et n'avait rien en commun.
Quelqu'un expliqua au spectateur ce qui suit : "Lorsque vous entrez dans la chambre d'un géant de la Torah comme le Rav 'Haim, vous êtes envahi par le sentiment d'être en présence d'une grande personne. Vous pouvez ressentir la crainte, le respect et l'admiration que tous ceux qui entrent ont pour lui.
Leurs yeux sont rivés sur chacun de ses mouvements, ils tendent l'oreille pour ne pas manquer un mot de ce qu'il dit, et ils éprouvent de l'admiration rien qu'en sa présence.
Que diriez-vous si, après avoir quitté la pièce, je vous demandais de quelle couleur étaient les chaussettes de Rav 'Haim Kanievsky? Vous penseriez que je suis fou! Au milieu de l'admiration et de la sainteté qui émanent de ce tsadik, vous ne remarquez pas ses chaussettes. Elles ne sont qu'une futilité pathétique, une non-entité dans la lumière aveuglante de sa personnalité rayonnante.

"Croyez-moi, il en va de même pour Rav 'Haim Kanievsky lorsqu'il voit un autre juif entrer dans la pièce. Il voit une âme juive (qui est une partie d'Hachem), un enfant bien-aimé d'Hachem, rayonnant de sainteté et de grandeur.
Dans la lumière aveuglante de la grandeur d'un juif, le choix de son couvre-chef et la couleur de sa chemise sont aussi insignifiants pour Rav 'Haïm que la couleur des chaussettes de Rav 'Haïm l'est pour vous!"

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+ Une seule âme :

-> Il y a un niveau beaucoup plus profond dans la compréhension de "kamocha" (comme toi-même).
Le Ram'hal (Tomer Dévorah - ch.1, trait 4) écrit :
"Une personne et son prochain, tous les juifs, sont une chair commune. Et c'est pourquoi chaque juif est responsable de l'autre, parce que chacun a littéralement une partie de chaque autre juif en lui.
Si un juif faute, il se fait du tort à lui-même et à la partie des autres qui est en lui ... C'est pourquoi il est normal qu'une personne désire le bien de son compagnon et soit heureuse que son prochain [juif] ait de bonnes choses, et son honneur doit être aussi précieux que son propre honneur, parce que cette personne est littéralement elle-même.
C'est pour cette raison qu'il nous a été ordonné : "Tu aimeras ton prochain comme toi-même".

Le Ram'hal nous explique que : "toute personne [juive] est littéralement nous-même" = cette déclaration étonnante est le principe fondamental de tous les mitsvot envers autrui. Un autre juif n'est pas simplement une autre âme très spéciale et importante qui mérite d'être respectée.
Lui et nous sommes une seule et même âme. Il existe une grande entité appelée le peuple juif, et tout comme une personne possède de nombreux membres individuels qui, ensemble, constituent un corps, de même, le conglomérat des âmes de chaque juif individuel constitue le corps spirituel appelé le peuple juif.
En vérité, il est impossible d'aimer quelqu'un d'autre comme moi-même. Cependant, la Torah nous ordonne d'aimer les autres juifs comme moi, parce qu'ils ne sont pas quelqu'un d'autre!
Nous faisons tous deux partie de la même âme, et par conséquent, ses problèmes sont mes problèmes et son bonheur est mon bonheur. Il est moi.

-> Le 'Hafets 'Haïm (Chmirat haLachon - chaar Tévouna - ch.6) cite une parabole du Yérouchalmi (guémara de Jérusalem) pour illustrer cette idée.
Le Yérouchalmi demande comment la Torah peut attendre de quelqu'un qu'il ne se venge pas d'une personne qui l'a blessé. Le Yérouchalmi répond que supposons que quelqu'un coupe un morceau de viande, que sa main glisse et qu'il se fasse une profonde blessure à l'autre main. Il ne lui vient pas à l'esprit de se venger de la main qui tient le couteau. Ses deux mains font partie de lui et on ne se venge pas contre soi-même!
De la même manière, tous les juifs sont une seule et même âme, de sorte que si quelqu'un vous blesse, vous venger ne reviendrait qu'à vous punir vous-même.

Le 'Hafets 'Haïm résume ce concept ainsi :
"Si quelqu'un ne vous a pas aidé, ou pire encore, s'il vous a blessé ou maudit, ne vous vengez pas contre lui. Car qui est-il et qui êtes-vous? Vous venez tous les deux de la même source ... car les âmes des juifs sont toutes une seule et même âme.
Mais chacun a aussi sa propre individualité. Tout comme chaque partie du corps humain est une seule et même personne, mais il existe des membres principaux, comme la tête et le cœur, et des membres secondaires, comme les mains et les jambes ...
Mais dans ce monde, étant donné que chaque âme est revêtue d'un corps physique différent, avec ses propres problèmes et circonstances, une personne s'imagine qu'elle est une personne privée qui n'a aucun lien avec un autre juif, mais en vérité, ce n'est pas le cas".

[le juifs ne sont qu'un, seule la matière laisse croire à une division. Tout notre travail de juif(ve) est de porter une vision juive sur le monde environnant, malgré le fait que l'on va souvent à contrecourant de la pensée populaire, de notre naturalité humaine, ...
Cela implique de constamment se renforcer dans ce domaine, de prendre du temps à l'imaginer dans son esprit, et surtout à le vivre sur chaque juif. Au début on peut le faire par des mots extérieurs, qui vont progressivement influencer notre intériorité à ressentir pleinement la vraie réalité des choses.
On doit également prier Hachem pour qu'Il nous aide à cela. ]

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-> Rabbi Akiva fait cette déclaration : "Tu aimeras ton prochain comme toi-même ; c'est un grand principe de la Torah (vé'ahavta léré'akha kamo'ha ; zé klal gadol baTorah)".
Le disciple de Rabbi Akiva, Ben Azai, fait remarquer qu'il existe un autre verset qui constitue une règle encore plus importante dans la Torah : "Ce sont les descendants d'Adam [l'homme]" (zé toldot haadam -Beréchit 5,1).
Le Malbim (Kéochim 19,19) explique que Ben Azaï n'était pas en désaccord avec son maître. La grande règle de la Torah est d'aimer son prochain comme soi-même. Mais comment peut-on atteindre un tel niveau de réussite pour ressentir cela?

La réponse est "zé toldot haadam", c'est-à-dire réaliser que tous les individus font partie de l'âme unique qui unit tous le juifs.
C'est le même Ben Azaï qui a enseigné (Pirké Avot 4,3) : "Ne dépréciez personne" (al téhi vaz lékol adam), car chaque personne fait partie de la grande âme du peuple juif, et chaque partie du corps est importante, précieuse, et a une fonction spéciale à remplir.

[de même qu'aucun organe humain n'est inutile, de même chaque juif a son utilité unique. Chaque personne est jugé sur l'effort et l'exploitation de ses potentialités. ]

-> La guémara (Yébamot 61a) dit que seul le peuple juif est appelé : adam.
[ en hébreu, il existe 4 termes pour désigner un homme : ich, énoch, guéver et adam. De tous ces termes, adam est le seul qui n'ait pas de forme plurielle. C'est pourquoi seuls les juifs sont appelés adam, car dans leur essence, tous les juifs ne forment qu'une seule personne.
Les non-juifs sont des personnes importantes mais ne possèdent pas cet attribut unique d'être tous une seule âme.]

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-> Un exemple de ce sentiment se trouve dans une lettre que le géant de sa génération le 'Hazon Ich a écrite à un jeune étudiant de yéchiva qu'il ne connaissait pas personnellement :
"Il existe un concept de "génération", qui est un corps composé de parties. Chaque personne est un membre du corps, vivant une vie commune avec une âme commune...
Puisque je suis l'un des membres de ce corps, je suis peiné par tout mal qui arrive à d'autres membres du corps qui vivent avec nous. C'est dans cette perspective que je me tourne vers toi pour te dire, mon cher ami, que même si je ne t'ai jamais rencontré, mon âme est liée à la tienne.
J'ai entendu dire qu'auparavant tu apprenais avec beaucoup de joie et de compréhension, rempli de sainteté et sans interruption. Mon cœur souffre beaucoup d'apprendre que des personnes vides ont jeté de la terre sur votre chemin et peut-être même sur vos yeux. Je n'ai pas le droit d'exiger de vous que vous fassiez cesser ma douleur, mais je me sentirais coupable de ne pas vous l'exprimer.
En raison de l'amour profond que je vous porte, j'aurai beaucoup de plaisir à vous entendre. Je vous bénis avec beaucoup de paix et j'attends votre estimée réponse."

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+ Affecter l'ensemble du corps :

-> Selon le Ram'hal (Tomer Dévora), chaque membre du peuple juif est responsable de tous les autres membres. Les actions de chaque individu n'affectent pas que lui-même, mais ont des ramifications sur l'ensemble du peuple juif.

-> Le 'Hafets 'Haïm (Chmirat haLachon - chaar Tévouna - ch. 6) cite un midrach qui fait l'analogie avec une personne assise dans un bateau et qui perce un trou sous son siège. Ses compagnons de voyage remarquent ce qu'il fait et lui crient d'arrêter, car il met en danger tout le monde dans le bateau. Il lève la tête d'un air perplexe et répond : "Quel est le problème? C'est mon siège et je ne fais que percer le trou en dessous et nulle part ailleurs". Il n'y a rien de tel que de faire ses propres affaires.
Nous ne faisons qu'un et, que nous le voulions ou non, nos actions affectent tout le monde.

[notre égo naturel d'humain nous pousse à proclamer : "Je fais ce que JE veux!", mais la réalité est que chacune de mes actions a un impact sur chaque juif individuellement et collectivement.
Cela est motivant car je ne suis jamais seul (ex: d'autres juifs me donnent des forces spirituelles!), et également responsabilisant (j'aimerai me la couler douce mais d'autres comptent sur moi [sur le flux de spiritualité que mes actes peuvent générer, pour eux avoir l'énergie, les moyens d'agir à leur tour (effet domino qui peut revenir sur moi!)] ).
Le Arizal prononçait les ta'hanounim avec beaucoup de kavana, même s'il n'avait réalisé quasiment aucune des fautes avouées, car tous les juifs étant liés, j'ai indirectement une responsabilité sur ce qu'autrui a pu faire.
Nos Sages rapportent également qu'en priant pour une amélioration spirituelle d'autrui, j'ai le pouvoir d'impacter son libre arbitre positivement, car nous sommes liés. ]

-> C'est pourquoi le Ram'hal (Messilat Yécharim - ch.13) écrit qu'une personne pieuse qui se rapproche d'Hachem mérite que tous les autres membres du peuple juif aient également plus d'amour pour Hachem. Comme nous formons tous un seul corps, si une partie du corps se rapproche d'Hachem, le reste du corps doit en faire autant.
Pour la même raison, si quelqu'un commet une faute, même en privé, cela a des répercussions sur l'ensemble de la nation.
[à chaque instant lorsque je m'élève j'élève le monde entier (dont peut être un autre juif à l'autre bout du monde), et à l'inverse lorsque je chute spirituellement (faute) je vais chuter le monde entier. ]

-> C'est pourquoi le rav Yonathan Eibshitz (Yaarot Dvach), dans son commentaire sur la Amida, écrit qu'il est fondamental de prier pour que même une personne totalement racha qui est malade se rétablisse, "car si elle meurt sans se repentir, il manquera un membre à tout le corps du peuple juif, et la Chékhina d'Hachem ne peut résider que lorsque le corps est complet et sans tache".
[rapporté par le rav Wolbe (Alé Chour - vol.1)]

-> De même, le Ram'hal (Tomer Dévorah ch.2) enseigne :
"Une personne devrait s'entraîner à aimer chaque personne, même le racha, comme s'il était son frère et même plus que cela, jusqu'à ce qu'elle solidifie dans son cœur l'amour de tous les gens.
Dans son cœur, il doit aimer même les réchaïm et se dire : "Si seulement ces gens se repentaient, devenaient des tsadikim et étaient de grandes personnes qui trouveraient grâce aux yeux d'Hachem".

[ néanmoins, nous disons toujours dans Amida la bénédiction de Vélamalchinim, dans laquelle nous demandons à Hachem de détruire rapidement les calomniateurs et les pécheurs gratuits.
Parfois, une partie du corps est tellement infectée qu'il n'y a pas le temps de la traiter avec les médicaments habituels, et une amputation d'urgence doit être faite avant qu'elle ne mette en danger le corps tout entier. La méchanceté des calomniateurs et autres est tellement dangereuse et empoisonnée pour la nation entière que 3 fois par jour dans la bénédiction, nous demandons à Hachem de provoquer rapidement leur chute.
Mais, en général, nous pouvons toujours prier pour que les réchaïm se rétablissent et fassent complètement téchouva. ]

-> Certaines mitsvot ne peuvent être accomplies par tout le monde. Par exemple, seul un Cohen peut travailler dans le Temple, seuls les hommes sont tenus d'accomplir les mitvot qui sont limitées dans le temps, et ainsi de suite.
Cependant, le Sefer 'Harédim (ch.61) écrit que, puisque nous sommes tous considérés comme une seule âme, si une personne aide quelqu'un d'autre à accomplir une mitsva que lui seul peut faire, c'est comme si elle avait fait la mitsva elle-même. C'est ainsi qu'une personne peut accomplir les 613 mitsvot.

[cela s'applique également au niveau qualitatif. Par exemple, un des avantage des prières en minyan est qu'on va prendre les meilleurs moments des prières de chaque participant pour en offrir une belle à Hachem. En ce sens, chaque juif avec sa sensibilité, son unicité, a la possibilité de sublimité la prière collective, et donc d'amener de meilleures bénédictions.]

Témoigner du ‘hessed à autrui = une question de vie et de mort!

+++ Témoigner du 'hessed à autrui = une question de vie et de mort!

-> "Si quelqu'un donne une prouta [une petite pièce de monnaie] à un pauvre, il reçoit 6 bénédictions ; s'il le console, même s'il ne lui a pas donné d'argent, il reçoit 11 bénédictions".
[guémara Baba Batra 9b]

[ le Maharcha note que si on a de l'argent à donner, on est certainement tenu de le faire. La guémara veut seulement dire que si on n'a pas d'argent, on recevra tout de même 11 bénédictions si on parvient à le consoler. Si on donne de l'argent et qu'on le console, on recevra 17 bénédictions. ]

-> Le simple fait de donner de l'argent à un pauvre est un acte de tsédaka et mérite une bénédiction. Il peut s'agir de donner froidement un euro à quelqu'un qui en a demandé un.
En revanche, consoler une personne exige de sortir de sa zone de confort personnelle. Cela implique de se mettre à la place de l'autre personne pour ressentir sa douleur et sa honte d'avoir à demander de l'aide.
Nos Sages enseignent que "les mots qui sortent du cœur entrent dans le cœur". Une personne n'est consolée que si elle entend une préoccupation sincère dans les paroles de celui qui parle.
Si elle entend que la personne qui lui parle ressent vraiment sa douleur et voit que le langage corporel de la personne qui lui parle exprime une préoccupation et une attention réelles, alors elle sera réconfortée et consolée.
S'il repart réconforté, c'est le signe que le donateur a atteint le niveau élevé de 'hessed dans lequel "il met son cœur et son esprit à trouver ce qui est le mieux pour la personne pauvre" (Rachi - guémara Soucca 49b). Et pour cela, il mérite beaucoup plus de bénédictions que quelqu'un qui n'a donné que de la tsédaka.

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-> Imaginez que vous êtes dehors par une journée caniculaire, assoiffé, lorsque vous voyez soudain quelqu'un marcher dans la rue et distribuer des gobelets de lait glacé à tous les passants. Vous seriez impressionné par sa générosité et sa sollicitude à l'égard de ceux qui souffrent de la chaleur.
Pourtant, la guémara (Kétoubot 111b) affirme que sourire à quelqu'un est encore plus important que de lui donner une tasse de lait.

[ le rav Shimshon Pinkous explique que la guémara a utilisé l'exemple d'une tasse de lait, car non seulement elle étanche la soif comme l'eau, mais elle contient également des nutriments qui renforcent et nourrissent le buveur.
(ainsi le fait de sourire va encore davantage donner des forces et des aliments au moral d'autrui)]

-> La michna (Pirké Avot 1,15) enseigne que nous devons saluer quelqu'un "avec un visage bienveillant" (bé'séver panim yafot).
Le rav Eliyahou Dessler (Mikhtav méEliyahou - vol.5) souligne qu'il ne s'agit pas d'un niveau élevé réservé uniquement aux grands tsaddikim. L'auteur de cette michna est le sage Chamaï. Tout au long de Talmud (du Shass), Chamaï est connu pour suivre strictement la halakha (sans ajout personnel).
Si Shamaï nous dit que nous devons saluer tout le monde de manière bienveillante/amicale, cela signifie qu'il s'agit d'une exigence fondamentale absolue de la loi de la Torah, et non d'un supplément facultatif.

La guémara (Béra'hot 6b) va jusqu'à dire que si quelqu'un souhaite le shalom à un passant et que celui-ci ne répond pas, ce passant est qualifié de voleur (guézel shalom).
Le rav Dessler prouve ici que je "possède" le droit d'être salué par vous, et que si vous ne me saluez pas, vous me volez quelque chose que je mérite légitimement.

[le fait de saluer agréablement autrui est une chose tellement vitale, indispensable, à la vie d'autrui que la loi juive e base nous impose de le faire. ]

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+ Etre honorer (kavod) = le plus grand besoin de toute personne :

-> L'importance de la manière dont nous nous traitons les uns les autres est résumée par nos Sages (Avot déRabbi Nathan 13,4) dans les mots suivants :
"Celui qui offre à son ami tous les meilleurs cadeaux du monde, mais qui le fait avec une expression amère sur le visage, la Torah considère que c'est comme s'il ne lui avait rien donné.
Mais celui qui salue son ami avec une expression agréable, même s'il ne lui a rien donné, la Torah considère que c'est comme s'il lui avait donné tous les meilleurs cadeaux du monde!"

[ le Shach (Yoré Déa 249,3) cite le Smag selon lequel il transgresse également le commandement négatif de "Ton cœur ne doit pas se sentir mal lorsque tu lui donnes" (Réé 15,10).
La guémara ('Haguiga 5a) dit que Rav Yanaï a enseigné que si quelqu'un embarrasse publiquement un pauvre en lui donnant de l'argent, il vaut mieux ne pas lui donner du tout. ]

=> Pourquoi la Torah accorde-t-elle une telle importance au sourire et aux salutations amicales? Pourquoi le fait de donner avec une expression amère est-il considéré comme ne rien donner?

-> Le plus grand besoin émotionnel d'une personne est d'être validée, respectée et appréciée. C'est le besoin et le désir d'honneur (kavod), que les maîtres du moussar enseignent comme étant le plus grand et le plus puissant de tous les désirs humains.

Qu'est-ce que le kavod?
Tout ce qui existe dans ce monde a la valeur que nous lui donnons, qui est généralement mesurée par la somme d'argent que nous sommes prêts à payer pour l'acquérir.
Le prix élevé d'un diamant rare montre qu'il a de la valeur aux yeux des gens.

Le rav Shimshon Hirsch (Yitro 20,12) dit : "le kavod est l'expression de la valeur spirituelle et morale d'un être".
Par exemple, en nous comportant avec le plus grand respect dans une synagogue, nous montrons qu'il s'agit d'un lieu d'une extrême importance. En se levant devant un séfer Torah, on montre qu'on le respecte en tant qu'objet le plus important dans la vie d'un juif.

De même, le fait de montrer du respect et de l'honneur à une personne indique à quel point nous l'estimons. Plus je l'honore, plus je lui montre ce qu'il "vaut" en tant que personne.
La nourriture et l'argent peuvent être des nécessités pour vivre, mais l'honneur d'une personne touche à l'essence de ce qu'elle est.
Nos Sages (Béra'hot 6b) nous disent que chaque fois qu'une personne est forcée d'accepter la charité, c'est comme si elle était condamnée à être punie par le feu et l'eau.
Si ce sentiment s'accompagne de la pensée que "personne ne se soucie de moi, que je suis sans importance ou indésirable", il s'agit du sentiment le plus douloureux, le plus déprimant et le plus dangereux qu'une personne puisse éprouver.
Il peut atteindre un stade où il a l'impression (même inconsciente) qu'il n'a aucune raison de vivre et où il brûle de ressentiment et de haine envers lui-même et le monde.
Les conséquences sont trop souvent douloureuses et tragiques.

Servir de la nourriture à quelqu'un avec une mine mécontente ou une attitude colérique envoie le message suivant : "Je n'aime pas te donner et je suis contrarié de devoir le faire. Tu n'es qu'une nuisance".
Ce message peut causer une énorme douleur émotionnelle à la personne qui le reçoit. Elle est rabaissée, humiliée et se sent indésirable. Elle a l'impression qu'elle est ennuyeuse à côtoyer.
Tout avantage matériel qu'elle reçoit de la nourriture qu'elle mange est insignifiant comparé à la terrible douleur qu'elle ressent en même temps.
C'est pourquoi nos Sages nous disent que c'est comme si le donneur ne lui avait rien donné.

En revanche, sourire à quelqu'un, c'est lui dire que l'on est heureux de le voir.
Cela lui dit que vous pensez qu'il mérite de l'attention et de la reconnaissance et qu'il est désiré et aimé.
Vous lui montrez qu'il a quelque chose à offrir aux autres et que sa présence vous rend heureux.
Il n'y a presque rien qui puisse exprimer votre reconnaissance et votre validation d'une personne autant que de lui offrir un sourire sincère. Sourire à quelqu'un est infiniment plus puissant que de lui donner une tasse de lait nutritif, car le sourire nourrit son âme.

[ex: La guémara (Guittin 62a) stipule qu'il est interdit de se rendre dans la maison d'un adorateur d'idoles le jour de sa fête. Rachi explique que nous avons peur que le non-juif se sente tellement excité par le fait que le juif le considère comme important et digne de respect, qu'il courra louer et remercier son idole. (on voit à quel point un acte de valorisation donne de la force à autrui!)]

Par conséquent, si vous accueillez votre ami avec une expression agréable, même si vous ne lui apportez aucun avantage physique, nos Sages considèrent que c'est comme si vous lui offriez tous les meilleurs cadeaux du monde.

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-> Si toute trace de kavod était retirée à une personne, elle en mourrait.
[l'Alter de Slabodka - rapporté par le rav Wolbe - Alé Shour - vol.2)

[dans notre génération grâce à D. nous avons généralement des moyens pour subvenir à nos besoins nécessaires, mais par contre nous sommes tous très pauvres dans le kavod.
Ainsi, en souriant à autrui, en lui donnant de l'écoute, des mots positifs/d'appréciation, alors nous évitons qu'il soit trop affamé (donc mal dans son intériorité), nous évitons qu'il soit un mort vivant car sans une alimentation en kavod (le risque est qu'il perde sa vie à rechercher sa dose de kavod dans le regard des autres, en vendant ses valeurs pour cela).]

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+ L'exemple de la mitsva d'hospitalité :

-> Ce concept est illustré dans une halakha importante.
Le Rambam (Hilkhot Avel 14,1) énumère de nombreux types de 'hessed qu'une personne doit accomplir : visiter les malades, réconforter les personnes en deuil, accompagner les morts, subvenir aux besoins d'une mariée, raccompagner les invités, s'occuper de tous les détails de l'enterrement, rendre heureux les mariés et subvenir à leurs besoins.
De cette liste, quelle mitsva mérite la plus grande récompense?

Le Rambam écrit que le fait de raccompagner un invité après l'avoir accueilli reçoit la plus grande récompense de toutes, et que ce 'hessed unique a été institué par le pilier du 'hessed, Avraham Avinou.

Cela demande une explication. A priori, la partie essentielle de la mitsva est certainement de prendre soin de l'invité et de répondre à tous ses besoins (lorsque nous le recevons chez nous).
Mais le Rambam souligne que l'accompagnement de l'invité est plus important que l'accueil proprement dit.

-> "La récompense pour raccompagner une personne est sans limite"
[guémara Sotah 46b]
[nos Sages rapportent que même des non-juifs racha qui ont raccompagné les juifs (même 2-3-4 pas) ont reçu une grande récompense pour cela.]

-> Le Sma'h ('Hochen Michpat) enseigne que de nos jours nous devons accompagner notre invité jusqu'à la porte ou au moins sur une distance de 2 mètres.

-> Le Rambam (Hilkhot Avélout - chap.14,2) écrit : "La mitsva d'accompagner est supérieure à toute, c'est la loi qu'a érigée Avraham, l'hospitalité est plus grande que l'accueil de la Présence Divine, et il est plus important de raccompagner les invités que de les recevoir ...
Toute personne qui ne raccompagne un invité, c'est comme s'il avait fait couler son sang"

-> Rabbi Yits'hak Berkovits explique ces propos :
"La mitsva de recevoir des invités l'est essentiellement afin de leur garantir : nourriture et hébergement.
Cependant, accompagner un invité est considéré comme étant plus important que cela, car on lui témoigne de l'honneur, ce qui va développer sa confiance en lui, et qui l'aidera ainsi à faire face à la suite de sa vie."

-> Le Saba de Kelm donne l'explication remarquable suivante :
"Nos Sages nous ont révélé ce qui se trouve dans le subconscient profond de l'invité.
Il est assis dans la maison de son hôte, appréciant la délicieuse nourriture, mais de temps en temps, l'idée lui vient que l'hôte veut peut-être qu'il parte déjà.
Même après que l'hôte l'a nourri, lui a donné à boire, lui a fourni un endroit pour dormir et l'a traité comme un roi, l'invité est toujours tourmenté par le soupçon que l'hôte serait peut-être plus heureux s'il n'était plus là. Il en aura la preuve dès que je partirai ... il fermera immédiatement la porte derrière moi et poussera certainement un soupir de soulagement en se libérant enfin de moi (ex: enfin, bon débarras!).
Si l'invité quitte la maison avec le sentiment que son hôte est heureux qu'il parte enfin, l'hôte est considéré comme un meurtrier. L'invité se lamente dans son cœur d'avoir été un invité indésirable dont l'hôte ne demandait qu'à se débarrasser. Si l'invité se sent ainsi, c'est comme si son sang avait coulé!
En revanche, si l'hôte accompagne l'invité, ne serait-ce que 4 amot (2 mètres), l'invité aura le sentiment que l'hôte a apprécié sa compagnie et qu'il était heureux de l'accueillir.

De cette façon, il repart avec une joie qu'il était un invité désiré, et que l'hôte était heureux qu'il soit là. Le Saba de Kelm conclut : "Insuffler ce sentiment à un invité et lui faire sentir qu'il est heureux et désiré est le principe fondamental de la mitsva d'accueillir des invités".

Nous parlons d'un hôte qui a donné à son invité tout ce dont il avait besoin et qui l'a fait de manière agréable sans exprimer le moindre signe de contrariété ou d'insatisfaction. Pourtant, s'il n'a pas raccompagné l'invité, il n'a pas pu éliminer le sentiment fugace (jamais exprimé et peut-être même pas remarqué, totalement inconscient) de l'invité de se sentir indésirable. Provoquer un tel chagrin d'amour à quelqu'un équivaut à le tuer!
L'hôte n'accomplit pleinement la mitsva d'hospitalité que si l'invité repart en se sentant apprécié.

Accompagner l'invité prouve que toute la nourriture, la boisson, le logement et la compagnie fournis à l'invité l'ont été dans le même état d'esprit et dans le même but, transformant tout ce qui a été fait en un 'hessed parfait, comme l'exige la Torah.

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-> Selon la guémara (Sotah 46b), en raccompagnant son invité, on s'assure qu'il ne subisse pas de mal.

Le Maharcha (Sotah 45b) explique qu'en raccompagnant son invité, on permet aux "anges gardiens" de pouvoir accompagner notre invité après notre départ, le protégeant alors de tout danger jusqu'à sa destination.

Le Méam Loez (Vayéra 18,16) enseigne qu'il est extrêmement bénéfique de raccompagner son visiteur, car ainsi la Présence Divine l'accompagne et le protège sur la route du retour.

[on peut éventuellement dire qu'en faisant l'effort de raccompagner un invité, lui témoignant amour et considération, par cela on montre à Hachem qu'on aime sincèrement notre frère juif, et ainsi Hachem est tellement heureux qu'Il se joint à nous, et par conséquence l'invité est protégé sur son chemin.
On voit là l'importance de faire du 'hessed pour faire plaisir à papa Hachem, et pour amener sur nous Sa Présence et les plus belles bénédictions.]

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-> Nos Sages (Béra'hot 6b) nous disent que chaque fois qu'une personne est forcée d'accepter la charité, c'est comme si elle était condamnée à être punie par l'eau et le feu.
Elle brûle de la honte d'être un preneur et d'être considérée comme infructueuse. Cependant, si l'hôte fait sentir à son invité qu'il était heureux de l'avoir et de le servir, et qu'il a apprécié sa compagnie, il transforme son invité en donneur plutôt qu'en preneur.
Non seulement il élimine toute honte d'être un preneur, mais il transforme l'invité en donneur, en tant que personne qui a procuré du plaisir et du bonheur à son hôte.
Il y a un renversement complet des rôles. [en le raccompagnant, on lui fait comprendre qu'on a été honoré de profiter de sa présence, qu'il est quelqu'un de si bien et agréable, qu'on en a tiré beaucoup de joie. Certes cela nous a demandé des efforts de le recevoir, mais en comparaison de ce que sa présence nous a apporté ... ]

Faire ressentir à celui que l'on reçoit qu'il est vraiment celui qui donne le plus, est la vraie grandeur et la perfection ultime du 'hessed.

-> La guémara (Soucca 49b) nous enseigne que "Rabbi Elazar a dit : 'La tsédaka n'est récompensée qu'en fonction du 'hessed qu'elle implique'".
Rachi explique que le don d'argent proprement dit est appelé : tsédaka.
Il ajoute que la notion de : " 'héssed" signifie : "chénoten libo védaato létovato chél ani" = il met son cœur et son esprit à trouver ce qui est le mieux pour le pauvre.
Dans notre scénario, la tédaka est l'accueil de l'invité, la nourriture et le confort fournis. Et le 'hessed de la mitsva est de s'assurer que l'invité reçoive le meilleur, c'est-à-dire le sentiment qu'il n'est pas un preneur mais un donneur.

=> Ce concept ne s'applique pas uniquement à l'accueil d'invités. Nous devons apprendre à l'appliquer à toutes nos interactions avec d'autres personnes, quelles qu'elles soient.
Si la personne avec laquelle nous avons interagi a le sentiment d'avoir été une gêne et un fardeau pour nous, ou que nous la considérons comme un raté/boulet de la société, alors nous avons échoué dans notre ben adam la'havéro (relation avec autrui).
Si elle repart avec le sentiment chaleureux que nous avons apprécié de passer du temps avec elle et que nous la respectons en tant que personne, alors nous avons réussi dans le domaine de la Torah et nous marchons dans les voies d'Hachem.

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[Hachem également nous donne tellement de chose à chaque instant, et pour nous épargner le "pain de la honte", Il va nous demander un petit service (qu'Il n'a pas besoin car étant parfait), et cela va effacer tout sentiment de honte (certes Hachem me donne beaucoup, mais j'ai la sensation d'agir également pour Lui, donc je n'ai pas une dette de redevabilité). ]
[naturellement une personne n'aime pas être en situation de redevabilité envers une autre, et c'est donc un grand 'hessed de permettre à autrui de perdre ce sentiment d'infériorité, d'être lié à nous retourner une faveur. ]

Une Torah de ‘hessed

+++ Une Torah de 'hessed :

-> La Torah commence par de la guémilout 'hassadim et se termine par des guémilout 'hassadim.
Son début est un accomplissement de bonté, comme il est écrit : "Et Hachem fit pour Adam et sa femme des vêtements de peau et les habilla". Et sa fin est un accomplissement de bonté, comme il est écrit : Hachem l'enterra à Gaï".
[guémara Sotah 14a]

-> Selon le 'Hafets 'Haïm (préface à son Ahavat 'Hessed), cela nous apprend l'importance considérable que la Torah accorde au 'hessed. Si la Torah commence et se termine par le sujet du 'hessed, cela signifie que le thème central de toute la Torah doit être le 'hessed.

Le 'Hafets 'Haïm commence alors à énumérer tous les endroits où l'on trouve des exemples de 'hessed dans le 'houmach. Après plusieurs pages, il cite un exemple tiré de la paracha Michpatim, puis il écrit :
"Je ne vais plus énumérer en détail tous les endroits où la Torah a parlé de 'hessed. La personne avisée réfléchira à ce que j'ai écrit et se rendra compte que le caractère de 'hessed est si saint que toute la Torah en est remplie et qu'une personne doit s'efforcer de le pratiquer toute sa vie".

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+ Ce n'est pas un mensonge :

-> Si votre ami a acheté un nouveau vêtement et vous demande si vous le trouvez beau, la halakha dit que vous devez en faire l'éloge, même si vous ne l'aimez pas du tout.
Cela nécessite une explication, car cela semble contredire le commandement de la Torah "il faut rester loin du mensonge" (Michpatim 23,7).
La guémara (Kétoubot 17a) répond que nous apprenons ici que : "il faut toujours s'efforcer de s'entendre avec les gens".
=> Cependant c'est difficile à comprendre : le fait de vouloir être amical et de n'offenser personne nous autorise-t-il à mentir?

Nos Sages nous enseignent quelque chose de très profond sur la psychologie humaine.
Rachi explique que la guémara nous enseigne qu'il est permis de "faire pour chacun ce qu'il veut".

Le rav Kalonymus Kalman Shapira of Piaseczna ('Hovat haTalmidim - p.64) explique plus en détail :
Si une personne vous demande ce qu'elle pense de son nouveau costume, elle n'est pas intéressée par votre opinion sur le fait qu'il soit beau ou non. Une personne ne supporte pas de perdre son amour-propre en s'entendant dire qu'elle a acheté quelque chose de mauvaise qualité ou de mauvais goût.
S'il pensait que vous pourriez dire que ce n'est pas bon ou qu'il ne vaut pas ce qu'il a payé, il ne vous l'aurait jamais demandé!
En vous demandant votre avis, il vous dit en réalité : "S'il vous plaît, faites-moi un compliment!
Le fait que vous disiez à quel point vous l'aimez n'est rien d'autre que le fait d'accéder à sa demande.

C'est ce que Rachi entend par "tu peux faire pour lui ce qu'il veut".
Ce n'est pas un mensonge, puisqu'il ne vous a jamais demandé de donner votre véritable avis.
C'est ainsi que la Torah attend d'une personne qu'elle se comporte avec les autres. Elle exige de voir les autres à travers la lentille d'un baal 'hessed, de voir, de sentir et d'entendre ce qu'ils veulent vraiment et de faire ensuite tout ce qui est en votre pouvoir pour le leur fournir.

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=> Que se passerait-il si quelqu'un ignorait le conseil de nos Sages et exprimait sa véritable opinion sur le vêtement?

Le Roch (Or'hot 'Haïm lehaRoch 91), écrit que cela causera à la personne un 'halichat hadaat, littéralement une "faiblesse de l'esprit". Elle se sentira inadéquate et embarrassée par sa propre stupidité d'avoir acheté un tel objet.
Le Roch qualifie un tel commentaire [de notre part sous couvert de dire la vérité] d'"acte d'imbécile".
Aux yeux de la Torah, seul un imbécile peut faire sentir à quelqu'un d'autre qu'il ne vaut rien et qu'il n'a pas réussi. L'homme sage est celui qui aide les gens à se sentir bien dans leur peau, dans toutes les situations.

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+ Le 'hessed dans un couple :

-> Le verset (Michpatim 21,3) écrit qu'à la fin de ses 7 années d'esclavage, l'esclave hébreu (l'éved ivri) est libéré et sa femme l'est également. ["s'il était marié, sa femme sortira avec lui" ]
Cela laisse perplexe, car sa femme n'a jamais été esclave.

Le rav Yonathan Eibshitz (Tiféret Yonathan) donne l'explication suivante :
"La Torah nous enseigne qu'un mari et sa femme sont comme une seule et même personne, et que s'il souffre, elle ressentira également cette douleur. Même si elle n'a pas été vendue et n'a pas servi d'esclave, néanmoins, puisqu'ils sont comme une seule personne, et qu'il souffre d'être esclave, c'est comme si elle était également esclave avec lui.
C'est pourquoi la Torah écrit que sa femme est libérée avec lui, parce qu'elle était aussi esclave"

-> L'expression ultime du 'hessed, qui est le fait de ressentir les sentiments d'une autre personne comme s'il s'agissait des siens, est pleinement possible dans le cadre du mariage. La Torah considère comme acquis qu'une femme est si profondément en contact avec les émotions et les expériences de son mari qu'elle les reflétera exactement et les vivra elle-même.
C'est le modèle que la Torah attend pour toutes les relations ben adam la'havéro (une personne avec son prochain).

-> Un jour, alors que sa femme avait mal à la jambe, le rav Arié Lévine répondit au médecin demandant la raison de leur visite : "Nous avons mal à la jambe".

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+ Le lachon ara

-> La Torah interdit de dire du lachon ara.
Le 'Hafets 'Haïm consacre plusieurs livres à la gravité et à l'énormité de cette faute, que nos Sages assimilent aux 3 péchés capitaux réunis que sont l'idolâtrie, le meurtre et les relations illicites.

Le rav Yérou'ham Lévovitz (Daat 'Hokhma ouMoussar - vol.2) en donne l'explication suivante :
"Le fait que les gens parlent de lachon ara et d'autres paroles blessantes similaires est uniquement dû à l'énorme fossé qui existe entre elles et l'autre personne (sur laquelle elle parle). Ce fossé est si grand qu'elles ne ressentent pas [leur prochain] et ne le connaissent même pas. [n'essayant nullement d'être à sa place pour comprendre/expliquer son comportement, ... ]
En vérité, comment est-il possible pour quelqu'un de dire quelque chose de mal à propos d'une autre personne s'il dépensait ne serait-ce qu'une petite quantité de pensée pour cette personne. S'il entendait son cri, lorsqu'il supplie : "Ayez pitié de moi et ne me mettez pas dans l'embarras" ... "

=> Parler du lachon ara doit être considéré comme l'un des actes les plus cruels, les plus barbares et les plus honteux que l'on puisse imaginer. En effet, la Torah pousse une personne à être un baal 'hessed, à se concentrer sur les besoins et les sentiments de son prochain juif, grimaçant à l'idée de la douleur et de la honte ressenties par l'autre personne.
Il est impossible de ressentir cela et de lui causer froidement une blessure aussi insupportable.
[le lachon ara est tellement contraire au but de la Torah ('hessed = se mettre à la place d'autrui), qu'il est aussi grave que le cumul des 3 fautes très graves, qu'il y a autant d'avertissements de nos Sages sur la gravité d'en dire. ]

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-> Nos Sages nous enseignent qu'il est préférable d'être jeté dans une fournaise ardente plutôt que d'embarrasser une autre personne en public. [guémara Baba Métsia 59a]

-> La gravité d'embarrasser quelqu'un est évidente dans la halakha du motsi chem ra.
La Torah (Dévarim 22) parle d'un homme qui a faussement accusé sa fiancée d'adultère. Il est puni en devant payer une lourde amende "car il a répandu une mauvaise réputation sur une jeune fille juive".
Cela laisse perplexe : s'il avait réussi à l'accuser, elle aurait été mise à mort. Ne devrait-il pas être puni pour le crime bien plus grave d'avoir tenté de faire tuer une femme innocente?

Rabbénou Yona (Shaaré Téchouva 3,111) répond que la Torah nous enseigne que c'est une plus grande faute d'embarrasser une personne que de la faire tuer, "car la douleur de l'humiliation est pire que la mort".

La michna (Pirké Avot 3,11) ajoute que celui qui embarrasse une personne en public "n'a pas de part dans le monde à Venir".
[le 'Hafets 'Haïm (Chmirat haLachon 2,17) se basant sur le Rambam (Hilkhot Téchouva 3,14), précise que cela n'est vrai uniquement pour celui qui agit ainsi de manière habituelle, et non si cela n'a lieu qu'une fois (très occasionnellement).]
Nos maîtres du moussar expliquent qu'il ne s'agit pas d'une punition, mais qu'une telle personne n'a aucun lien avec le monde à Venir (olam haba). Son essence est l'exact opposé des personnes qui méritent le monde à venir.
Quelqu'un qui se soucie si peu des sentiments d'une autre personne qu'il peut l'humilier publiquement est si éloigné de ce que désire Hachem qu'il n'aura rien avoir à faire avec Hachem dans le Monde à venir.

-> La guémara (Sotah 42a) nous dit que les personnes qui disent du lachon hara font partie de celles qui sont incapables de rencontrer la Ché'hina.

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-> Un autre exemple de la mitsva visant à éviter l'embarras d'autrui, est celui des soldats renvoyés du service militaire.
La Torah décrit de nombreuses catégories d'hommes qui ne sont pas autorisés à participer à une guerre et qui sont renvoyés chez eux depuis le front. Il s'agit notamment de ceux qui ont construit une nouvelle maison mais ne l'ont pas inaugurée, de ceux qui ont planté une vigne mais n'en a pas encore acquis la jouissance, de quelqu'un qui a promis mariage à une femme et ne l'a pas encore épousée, et également de ceux qui ont peur et dont le cœur est lâche (Choftim 20,5-8).

Dans la michna (Sotah 44a), Rabbi Yossé haGalili explique que le dernier type est celui d'une personne qui a peur d'aller au combat à cause des fautes qu'elle a commises.
Rachi explique que les trois premiers sont exemptés de la bataille parce que s'ils devaient aller à la guerre, chacun souffrirait d'une grande détresse à l'idée que quelqu'un d'autre inaugurerait peut-être leur maison, rachèterait leur vigne ou épouserait leur fiancée. Pour leur épargner ces stress, la Torah leur permet de rentrer chez eux.
Ce faisant, la Torah nous enseigne jusqu'où nous devons aller pour éviter de causer du stress à quelqu'un d'autre.

Rabbi Yossé ajoute une raison plus profonde à leur exemption du service militaire.
Le 4e type de personne a peur d'aller à la guerre parce qu'il a commis des fautes. En effet, en période de danger, une personne est susceptible d'être examinée par le tribunal céleste pour voir si elle mérite d'être sauvée et les fautes d'une personne peuvent l'empêcher de recevoir la miséricorde du Ciel.
Cependant, s'il était la seule personne exemptée d'aller à la guerre, alors il souffrirait d'un énorme embarras car les gens penseraient qu'il est forcément un fauteur.
C'est pourquoi, afin d'épargner une telle honte à un fauteur, la Torah ordonne que tous les autres groupes rentrent également chez eux. Le fauteur peut rentrer chez lui en toute sécurité, sachant que personne ne connaît la véritable raison de son départ.

=> La Torah considère qu'il vaut la peine de priver l'armée de nombreux bons combattants si, ce faisant, nous préservons le respect d'une seule personne, même d'un seul fauteur.

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-> Lorsqu'elle apportait un korban (sacrifice), une personne avait toujours le choix d'apporter soit un animal, soit un oiseau.
Les animaux étaient tués par ché'hita (trancher le cou avec un couteau), tandis que les oiseaux étaient tués par mélikah (le Cohen brise le cou avec son ongle).

Le Séfer ha'Hinoukh (124) suggère la raison suivante pour expliquer cette différence :
en général, seule une personne pauvre apportait un oiseau, car elle n'avait pas les moyens d'acheter un animal. La Torah nous enseigne que lorsqu'on a affaire à une telle personne, il faut être particulièrement attentif à l'aider le plus rapidement possible.
Le Séfer ha'Hinoukh explique que c'est pour ne pas faire perdre de temps au pauvre. C'est aussi pour qu'il n'ait pas l'impression que son korban est considéré comme moins important que celui, plus cher, de la personne riche.

Pour faire la ché'hita, il faut acquérir un couteau et s'assurer que la lame est aiguisée comme un rasoir, sans le moindre défaut. Pour éviter tout retard, la Torah ordonne au Cohen de tuer l'oiseau avec son ongle, afin que le korban soit apporté le plus rapidement possible. De cette manière, le temps et le respect du pauvre sont préservés.

Qu’est-ce que le ‘hessed?

+++ Qu'est-ce que le 'hessed? ;

-> Dès sa naissance, l'homme est par nature égoïste. Il prend soin de lui et fait tout ce qu'il peut pour s'assurer qu'il est à l'aise et en sécurité et que tous ses besoins sont satisfaits.
[en ce sens, un enfant va dire : c'est MOI qui fait, Moi je veux, ... ]
Il voit le monde et tous ses événements à travers le prisme de sa place dans le monde et de la manière dont ils l'affecteront. Toutes ses actions et tous ses processus de pensée sont fondés sur l'effort subconscient qu'il déploie pour s'avantager et améliorer sa propre situation.
Comme l'a dit le prophète : "ani vé'afsi od" = "il y a moi, et en dehors de moi, il n'y a rien" (Yéchayahou 47,8).

-> Le rav 'Haïm de Volozhin était le plus proche disciple du Gaon de Vilna, et dans l'introduction de son Néfech ha'Haïm, son fils écrit que son père avait l'habitude de les exhorter constamment : "C'est là tout l'objectif de l'homme. Il n'a pas été créé pour son propre bénéfice. Il a été créé dans le seul but d'aider les autres au maximum de ses capacités".

=> On est face à un paradoxe : l'homme a une tendance naturelle à ne penser qu'à son intérêt, son égo, et d'un autre côté la vision juive de la vie réside dans le fait de donner, d'être utile à autrui.

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+ Qu'est-ce que la notion de 'hessed?

-> La guémara (Soucca 49b) nous enseigne que "Rabbi Elazar a dit : 'La tsédaka n'est récompensée qu'en fonction du 'hessed qu'elle implique'".
Rachi explique que le don d'argent proprement dit est appelé : tsédaka.
Il ajoute que la notion de : " 'héssed" signifie : "chénoten libo védaato létovato chél ani" = il met son cœur et son esprit à trouver ce qui est le mieux pour le pauvre.
C'est-à-dire qu'il consacre du temps et des efforts à examiner la situation du pauvre (matériel, émotionnel) et à juger ce qui sera le mieux pour lui, et ce n'est qu'ensuite qu'il lui donne la tsédaka.

=> Rachi nous donne un éclairage sur ce qu'est le 'hessed = c'est exactement le contraire de "ani vé'afsi od" (il y a moi, et en dehors de moi, il n'y a rien). Au lieu de voir la situation à travers mes yeux, je m'efforce de la voir spécifiquement du point de vue de l'autre personne.
Je mets de côté mes désirs et je me concentre uniquement sur l'autre personne. Il s'agit d'un don pur pour le bien de l'autre, et non pour moi-même.

-> "Porter le fardeau de son ami" (nossé bé'ol im 'havéro - Pirké Avot 6,6).
En apparence, cela signifie que si votre ami a un problème, vous essayez de l'aider à le résoudre. Toutefois, cela ne suffit pas, car votre ami a toujours un problème.
Porter le fardeau de son ami = l'accepter sur nous de manière à ce qu'il devienne votre propre difficulté. Cela implique d'abord de reconnaître qu'il a un vrai problème qui le perturbe, puis d'essayer d'en comprendre la cause et la manière dont il l'affecte. [à mes yeux cela n'est pas une difficulté, mais je dois me mettre à sa place, voir avec ses yeux, son ressenti. (chaque personne est unique face aux choses de la vie)]
Nous devons essayer de ressentir ses émotions, d'imaginer sa douleur, ses craintes et ses doutes. Nous devons nous mettre, du mieux que nous pouvons à sa place, pour vivre ce qu'il vit.
Ce n'est qu'à ce moment-là que nous pourrons commencer à le réconforter et à l'encourager d'une manière véritable et significative, et l'aider à trouver une solution.
[souvent en permettant à autrui de décharger en paroles son fardeau moral, alors il va beaucoup mieux, il se sent plus léger pour repartir de l'avant dans sa vie. ]

Il est à préciser : si une personne vient nous voir, affolée et sanglotant de manière incontrôlable, cela ne l'aidera pas si nous reflétons ce comportement. Au contraire, elle a besoin de quelqu'un de fort sur qui s'appuyer et qui la calme.
L'analogie est celle d'un maître-nageur qui sauve un homme en train de se noyer. Il doit se trouver dans la même situation que l'homme qui se noie, mais rester suffisamment calme pour pouvoir le sauver.
De même, l'aidant doit essayer sincèrement de ressentir l'état d'esprit et les sentiments de la personne afin de pouvoir faire preuve d'empathie, tout en gardant suffisamment de distance pour pouvoir apporter l'aide nécessaire.

-> Selon le rav Shlomo Wolbe (Alé Shour - vol. 1) : faire du 'hesed, où l'on ne s'intéresse qu'à l'autre personne (sans motifs purement intéressés), n'est possible qu'après avoir acquis l'amour du 'hessed.
Pour cela, il faut apprendre à apprécier à quel point il est important que les autres soient heureux et qu'on doit s'occuper d'eux, et à ressentir du bonheur lorsque les autres sont dans une bonne situation.

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-> Le mot gadol (גדל - grand) peut être divisé en deux parties, ג et דל (dal).
La lettre guimel s'écrit גימל, qui vient de la racine : guémilout 'hassadim (faire du 'hessed).
Dal (דל) signifie une personne pauvre.
Dans la Torah, un gadol est quelqu'un qui est gomel dal = il fait du 'hessed avec les personnes dans le besoin.

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-> Le Ramban (Mikets 42,21) explique que la principale faute des frères de Yossef en le vendant en Egypte n'était pas la vente elle-même, mais plutôt le fait qu'ils n'aient pas prêté attention à sa demande de pitié.
La cruauté d'être si insensible à la douleur d'une autre personne est le plus grand péché de ben adam la'havéro.

-> La tribu de Lévi a été épargnée par le terrible esclavage d'Egypte. Cependant, le midrach écrit qu'Hachem les a tenus pour responsables parce qu'ils n'ont pas ressenti la douleur de leurs frères au degré attendu d'eux. En conséquence, ils n'ont pas reçu leur propre terre en Eret Israel et ont toujours dû compter sur l'aide des autres. [cité dans le midrach Haggadah - p.32]

-> "L'enfant devint grand (vayigdal) ... Moché grandit (vayigdal)" (Chémot 2,10-11).
Rachi explique : "Il concentra ses yeux et son cœur (notèn énav vélibo) pour s'attrister à leur sujet".
Moché pouvait rester confortablement dans le palais de Pharaon, il n'avait pas à s'impliquer dans ce qui arrivait aux juifs. Tout juif qui aurait pu échapper à ce terrible esclavage aurait sauté sur l'occasion. [face aux horreurs et douleurs de l'esclavage égyptien]

Moché était grand, et alors que les petites personnes vivent pour elles-mêmes, les grandes personnes vivent pour les autres.
"notèn énav vélibo" = Moché a consacré du temps et des efforts à remarquer ce que vivaient les juifs et il a ressenti leur douleur, leur peur et leur lutte.
Le midrach dit que Moché a même enlevé le lourd fardeau du dos d'un juif brisé et l'a porté lui-même. Il s'est mis à leur place pour ressentir directement ce qu'ils vivaient. Ce faisant, il a été en mesure de leur apporter un soutien émotionnel en ces temps difficiles.
[ainsi la répétition de "vayigdal" nous apprend que si Moché est devenu ce si grand personnage de l'histoire juive (on a la Torah grâce à Lui!, il est inégalable en humilité ...), c'est parce qu'il a grandi autrui (ses frères juifs, fils adoré d'Hachem) en se mettant à sa place, et en conséquent mesure pour mesure, Hachem l'a grandi. ]

-> Nous trouvons un autre exemple de l'attention et du souci de Moché pour les autres lorsque Yéhochoua mena les juifs dans la bataille contre leur ennemi juré, Amalek.
Moché gravit la montagne et se tint là, les bras levés en prière pour leur succès. La Torah (Béchala'h 17,12) rapporte que ses bras devinrent lourds et qu'il s'assit sur un rocher. (tant que ses mains étaient levés ils gagnaient le combat).
En tant que chef du peuple, il aurait certainement été plus approprié de lui fournir un endroit respectable et confortable pour s'asseoir. La guémara (Taanit 11a) explique que Moché a refusé une telle option ; si le peuple juif était en détresse, il devait partager cette détresse.
La guemara apprend ainsi que nous devons ressentir la douleur des autres, que "celui qui souffre avec la communauté méritera et sera témoin de la consolation de la communauté".

-> Au buisson ardent, Rachi (Chémot 4,14) rapporte que Moché craignait que son frère aîné, Aharon, ne soit blessé par le fait que Moché ait eu l'honneur d'être le chef et le rédempteur. Le privilège d'être le chef n'en valait pas la peine pour Moché s'il devait causer de la peine et de la déception à Aharon.
Moché discuta donc avec Hachem : oui, fais sortir les juifs dès que possible (pas une seconde de souffrance en plus pour eux!), mais fais-le de manière à ce qu'Aharon ne ressente pas la moindre peine ou humiliation.
Ce n'est que lorsque Hachem assura à Moché qu'Aharon ne se sentirait pas du tout blessé, mais qu'au contraire, il serait heureux que Moché soit le chef, que Moché accepta.
Notre maître Moché, avec sa sensibilité à l'égard des autres, nous enseigne la leçon fondamentale selon laquelle la grandeur ne peut être atteinte au détriment des sentiments d'autrui.

Pensons à voir toujours la grandeur de notre prochain et non ses défauts, que nous parlions chacun sur notre prochain de manière droite et respectable à nos yeux, et que n’apparaissent aucune haine entre une personne et son prochain, à D. ne plaise.
[Noam Elimélé'h]