+ La racine du libre arbitre :
-> Hachem a donné à l'homme le libre arbitre, lui permettant de choisir le bien et de mépriser le mal, et de vaincre le mauvais penchant.
Si l'homme ne possédait pas une pulsion mauvaise qui le tente constamment à assouvir ses désirs et de faire ce qui est mal aux yeux de D., il n'y aurait rien d'exceptionnel à ce que l'homme choisisse de servir Hachem. Il n'y aurait donc pas de grand plaisir pour D. dans le service divin de l'homme. [Zohar 2,163b]
Nous, le peuple juif, Sa nation, qui sommes appelés les enfants d'Hachem (Réé 14,1 ; Pirké Avot 3,14), avons reçu le libre choix, et nous possédons un mauvais penchant qui s'efforce de nous détourner du chemin d'Hachem. Néanmoins, nous acceptons le joug du Ciel en étudiant la Torah et en observant les mitsvot dans le cadre de notre service à D.
Cela magnifie et accroît la gloire d'Hachem.
[il est à noter qu'afin de nous permettre de choisir librement, D. doit se cacher, c'est-à-dire réduire notre conscience divine, car si nous possédions une pleine conscience du divin, la conscience spirituelle qui en résulterait ne nous permettrait pas de transgresser la volonté de D.
C'est donc à dessein qu'Hachem nous place dans les "ténèbres" spirituelles, c'est-à-dire qu'il limite notre conscience divine, afin de nous permettre de choisir librement. Ce n'est qu'en exerçant notre libre choix pour vaincre le mauvais penchant, qui ne peut nous tenter que lorsque nous sommes dans les ténèbres spirituelles, que nous glorifions vraiment Hachem. ]
La génération du désert ne possédait pas de mauvais penchant. Comme l'expliquent nos Sages (midrach Vayikra rabba 18,3) à propos du verset ; "Les Lou'hot étaient l'œuvre de D., et l'écriture était l'écriture de D., gravée sur les Lou'hot" (Ki Tissa 32,16), en interprétant le mot "gravé" ['harout] comme signifiant "libre" ['hérout] : ils étaient libres à la fois de la mort et du mauvais penchant.
Leur service d'Hachem ne sortait donc pas de l'ordinaire. Par conséquent, leur service divin n'a pas tellement augmenté la gloire de D.
... En servant Hachem malgré notre mauvais penchant (et l'obscurité de l'exil actuel), [nous contribuons à ce que] la gloire d'Hachem soit plus grande qu'elle ne l'aurait sans yétser ara.
En exerçant notre libre choix de choisir le bien et de mépriser le mal, et d'accomplir la volonté d'Hachem en observant la Torah et les mitsvot et en faisant de bonnes actions, nous nous attachons à la source de la vie, à D., qui vit et demeure éternellement.
Comme le disent nos Sages (Béra'hot 18a ; Kohélet rabba 9,4) : "Grands sont les justes, qui même après leur mort sont appelés vivants", car par leurs bonnes actions, en s'attachant à la Torah et aux mitsvot, ils s'attachent à la source de la vie éternelle.
En revanche, les réchaïm, même vivants, sont appelés morts (Béra'hot 18a), car par leurs mauvaises actions, ils s'attachent à la source de la mort.
[rabbi Lévi Its'hak de Berditchev - Kédouchat Lévi - Chéla'h Lé'ha 14,21-22 ]
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=> Le libre arbitre est un élément central de notre vie dans ce monde.
Notre yétser ara essaie de l'exploiter en nous poussant à fauter, et surtout en utilisant ensuite cette faute pour nous faire désespérer, nous attrister spirituellement (suite à cette chute spirituelle, on reste au sol longtemps, se morfondant négativement sur nous-même, baisant nos ambitions spirituelles).
Mais à l'inverse, il faut lui réponde qu'on fait de notre mieux, et il est normal de tomber dans la faute (nous sommes humains), tant qu'on se relève rapidement. Mais surtout que le libre arbitre est une occasion de glorifier Hachem, d'amener de la fierté et de la joie à Hachem par nos actions (préférant faire sa volonté).
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-> Si nous sommes honnêtes avec nous-mêmes, nous pouvons probablement tous convenir que nous glisserions dans la complaisance sans le mauvais penchant. Après tout, qu'est-ce qui nous oblige à lutter et à faire quelque chose de nous-mêmes, si ce n'est le mauvais penchant?
En effet, nos Sages (Baba Batra 16a) enseignent que l'intention du mauvais penchant est pour le bien du Ciel. Il veut nous inciter à travailler plus dur et à ce que nous le vainquions.
Si nous ne devions pas travailler si dur pour surmonter les épreuves qu'il nous lance, nous n'atteindrions pas le niveau élevé que nos efforts nous ont permis d'acquérir.
Le rav Gamliel Rabinovitz disait : "Les gens viennent me voir pour se plaindre de la difficulté qu'ils ont à gérer leur mauvais penchant, et je leur dis : "Votre mauvais penchant est là pour vous forcer à le surmonter et à devenir grand! C'est vraiment un cadeau!"
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+ Le yétser ara : c'est la vie!
-> Avoir des tendances au mal (un yétser ara) n'est pas une honte, au contraire c'est un signe que Hachem désire que nous Le servions et qu'ainsi nous nous rapprochons de Lui.
"Le tsadik tombe 7 fois, et se relève ; mais les réchaïm sont effondrés par le malheur" (Michlé 24,16) = ainsi le fait de tomber dans la faute atteste que nous avançons dans la vie, tandis que le contraire signifie à priori que nous sommes anesthésiés, que nous vivons comme des somnambules, des morts vivants (à part de très très rares exceptions, il n'existe pas d'homme qui ne faute jamais!).
Le yétser ara nous fait sortir de notre suffisance, de notre paresse, afin que face au mur nous puissions sortir nos forces cachées. Après coup, nous le remercions car nous sommes alors des juifs meilleurs.
-> Au début de la paracha, lorsque Rivka voulait savoir pourquoi elle souffrait autant pendant sa grossesse, elle est allé au beit midrach de Chem (fils de Noa'h).
Chem a prophétisé que : "2 nations sont dans ton sein et 2 peuples sortiront de tes entrailles ; un peuple sera plus puissant que l’autre (oul'om mil'om yéémats)" (Toldot 25,23).
Le rabbi Yéhochoua de Belz explique : "Une nation sera plus forte en raison de l'autre".
Yaakov sera une personne meilleure grâce aux batailles que Essav va mettre sur son chemin.
Ainsi, les juifs grandissent des épreuves que les non-juifs et leur yétser ara va placer devant eux.
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-> Le jour où Avraham est mort, Nimrod est mort.
Le jour où Yaakov est mort, Essav est mort.
Le jour où Moché est mort, Bil'am est mort.
[midrach]
=> Que souhaite nous enseigner ce midrach?
Le Beit Israël de Gour répond que nous voyons que les réchaïm sont placés dans ce monde dans l'intérêt des tsadikim.
Hachem a créé Nimrod pour remettre en cause Avraham, et Hachem a mis Essav dans ce monde pour tester Yaakov.
Ainsi, lorsque Avraham et Yaakov meurent, il en est de même pour leur adversaire (Nimrod et Essav), car ces derniers ne vivaient que pour les premiers.
Le Beit Israël explique qu'en apparence Nimrod, Essav et Bil'am dérangeaient ces grands tsadikim (cela serait mieux sans eux!), mais en réalité ils étaient là pour les aider.
Ils sont venus dans ce monde uniquement pour eux.
Sans les remises en question que ces réchaïm ont placé devant eux, ces tsadikim n'auraient pas pu atteindre une telle grandeur.
=> Ainsi, les épreuves, les défis de la vie, ne sont pas des punitions de D., mais au contraire des opportunités de grandir, et d'apporter un plaisir beaucoup plus grand à Hachem.
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-> Hachem ne met son Nom que sur les tsadikim après leur mort.
C'est pourquoi, nous disons "Eloké Avraham" (D. d'Avraham), après la mort d'Avraham.
En effet, Hachem ne veut pas placer son Nom sur quelqu'un de vivant, car tant qu'il y a de la vie il y a des épreuves et personne n'a la garantie de rester tsadik dans le futur.
(n'ai pas [trop] confiance en toi avant ta mort [en baisant la garde face au yétser ara en pensant que c'est gagné]).
Il y a une exception à cela : "Je suis Hachem, le D. d'Avraham ton père et d'Its'hak" (Vayétsé 28,13).
Avraham était mort, mais Its'hak était encore vivant.
Rachi écrit : "nulle part dans la Torah, Hachem n’a associé de leur vivant Son nom à celui des tsadikim, en écrivant "Elokim d’un tel" ... Ici, cependant, Il a uni Son nom à celui de Its'hak, parce que sa vue s’était assombrie et qu’il était obligé de rester chez lui. Il était donc considéré comme mort, et son yétser ara l’avait quitté, [de sorte qu’il était devenu hors d’état de pécher] .
Cependant, Yaakov va dire : "Si le D. de mon père, le D. d'Avraham (éloé Avraham) et celui que révère Its'hak (pha'had Its'hak)" (Vayétsé 31,42).
Le Divré David (Taz) explique qu'il aurait été inapproprié à Yaakov de dire à son père : "éloé Its'hak".
En effet, cela impliquait que son père ne faisait plus l'objet d'épreuve du yétser ara, ce qui revenait à lui dire qu'il n'avait plus de raison de vivre, et un fils ne doit pas parler ainsi à son père.
[De même que nous avons un cœur au niveau physique, nous avons un yétser ara au niveau spirituel, pour permettre notre vie et assurer notre vitalité dans ce monde]
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+ L'intensité des épreuves de la vie :
-> Il est très clair que Hachem tient le yétser ara avec une chaîne en fer, ne le laissant pas mettre à l'épreuve quelqu'un au-delà de ses capacités."
[Gaon de Vilna]
-> La guémara ('Haguiga 5) rapporte que Rabbi Yéhochoua ben 'Hananiya savait répondre aux questions des hérétiques (apirkorsim). Cela était important pour empêcher à des juifs d'être influencés par eux.
Lorsqu'il était sur son lit de mort, ses élèves lui ont demandé : "Que ferons-nous maintenant? Qui réfutera les hérétiques?"
Il leur a répondu : "lorsque les juifs perdent leur avocat/défendeur, leur sagesse [de ceux qui les attaques] se trouve réduite".
=> Ainsi, cette guémara nous illustre l'idée que les épreuves et les défis sont toujours en proportion des capacités des gens.
Ici une baisse de notre capacité à répondre à leurs questions de émouna, va entraîner une baisse de leur niveau de questionnement.
-> Une allusion à cela se trouve dans le Séder de Pessa'h : le Sage ('hakham), le racha, le simple (tam) et celui qui ne sait pas poser de question (chééno yodéa lich'ol).
Lorsqu'il y a des Sages, alors en face il y a des réchaïm.
Mais s'il y a un niveau de simple (tam), alors en face il y a une opposions qui ne sait pas vraiment poser des questions.
-> Le rav Elimélé'h Bidermen enseigne que parfois l'épreuve n'est pas que nous réussissions et surmontions le yétser ara, mais plutôt c'est un test pour mettre au grand jour à quel point le fait de faire la volonté de Hachem est important pour nous.
[c'est une sorte de baromètre de notre bita'hon, de notre niveau de fidélité dans la réalité et pas en paroles!]
Hachem souhaite nous voir prier, crier de tout notre cœur vers Lui, afin que nous réussissions la dure épreuve.
Même si nous pouvons échouer, ce qui compte c'est l'état d'esprit de faire de notre mieux, d'aller vers Hachem!
Lorsque notre yétser ara se réveille en nous, nous devons penser : "Qui sait si cette faute que le yétser ara me pousse à faire ne va pas bloquer des bénédictions que Hachem souhaite m'adresser? Je risque de perdre beaucoup si je cède à la tentation."
On peut aussi s'interroger : "Si quelqu'un me proposerai 100 millions pour que je surmonte cette épreuve du yétser ara, est-ce que je céderai?"
Cela nous permet de se rendre compte que nous pouvons souvent faire bien davantage que ce que nous faisons actuellement.
N'oublions pas que Hachem nous offre une récompense infiniment plus importante et surtout éternelle.
[mais pour permettre le libre arbitre la Vérité nous est dissimulée dans ce monde.]