La grandeur extrême de ceux qui protègent leurs yeux

+ La grandeur extrême de ceux qui protègent leurs yeux :

-> Un jeune étudiant en Torah (ba’hour) alla rendre visite au Steïpler, 6 mois avant que celui-ci ne quitte ce monde et il n’entendait déjà presque plus, si bien que le ba’hour écrivit tout ce qui lui était arrivé :
« Je suis un ba’hour de 19 ans. Depuis Roch ‘Hodech Elloul jusqu’à présent, je me suis beaucoup efforcé de préserver mes yeux de toute contemplation interdite.
Aujourd’hui, j’étais obligé de me faire soigner les dents et j’ai dû voyager à Tel Aviv. A cause de cela, j’ai gravement trébuché dans cette faute sur le chemin et également chez le dentiste.
Depuis mon âme ne me laisse pas en paix. Que puis-je faire? »

Le ba’hour signa de son nom et de celui de sa mère, et il tendit la lettre au Steïpler.
Après que ce dernier eut achevé de la lire, il planta son regard pénétrant dans les yeux du ba’hour (celui qui subissait cette expérience était pris de tremblement) et d’une voix tonitruante, il lui demanda : « Réponds-moi : as-tu réussi une seule fois en chemin à vaincre ton yétser ara, et à préserver tes yeux? »

Le ba’hour lui répondit par écrit : « Rav, ma situation est des plus amères! »
Le Stéïpler réitéra sa question jusqu’à ce que le ba’hour reconnaisse qu’en effet, il s’était abstenu de regarder pendant une partie du chemin.

Le Steïpler s’adressa alors à lui dans ces termes :
« Je n’exagère en rien et je ne mens pas!
Si j’en avais la force, je me serais levé de toute ma hauteur devant toi.
D’après les estimations, le voyage depuis ici jusqu’à Tel Aviv dure environ 35 minutes. A chaque fois que tu t’es retenu, tu as accompli la mitsva de « Tu craindras ton D. », celle de « Je serai sanctifié au sein des Bné Israël », et ainsi que celle de « Tu aimeras Hachem ton D. de tout ton cœur et de toute ton âme ».
Certes tu es passible d’un châtiment sur les fois où tu as échoué. Mais à chaque fois que tu surmontes ton penchant dans cela ou dans tout ce qui relève de la sainteté, tu es au même niveau que Yossef haTsadik, exactement au même niveau.
L’essentiel est de combattre. Continue à te battre, bats-toi encore et encore! »

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-> Le Zohar (Vaéra 23a) écrit que quiconque résiste vaillamment aux tentations de la chair mérite le titre de tsadik, et il cite Yossef comme exemple d’une conduite de ce genre.

[certes notre yétser ara nous pousse à la faute, mais surtout après il nous pousse à désespérer.
Au lieu de cela nous devons nous inspirer des paroles du Steïpler afin d’avoir conscience de l’extrême grandeur d’arriver à résister aux tentations de visions interdites dans notre génération.]

L’homme possède 2 alliances (britot) : la bouche et la brit mila.
On ne peut réussir à prier correctement avec notre bouche que si la seconde alliance, celle de la brit mila, est préservée de toute faute.

[Maggid de Kouznitz – un élève du Maggid de Mézéritch]

« Et toute la grande peur que Moché accomplit aux yeux de tout Israël » (Vézot haBéra’ha 34,12)

-> Lorsque nous terminons la lecture annuelle de la Torah à Sim’ha Torah, nous commençons dans la foulée la lecture de la 1ere paracha : Béréchit, pour indiquer qu’il n’y a pas de fin à la Torah.
Ainsi, le dernier verset de la Torah a dans sa continuité immédiate le 1er verset de la Torah.

Le Beit Israël (rabbi Israël Alter) donne l’enseignement suivant.
Lorsque nous sommes vigilant à ce que l’on regarde, et que l’on fait une bonne utilisation de ce cadeau de la vision, alors nous pouvons commencer à reconnaître la grandeur du Créateur, et les multitudes de merveilles du monde.
Grace à cela nous pouvons atteindre un niveau supérieur dans notre service Divin.

En réalité, cela est en allusion dans le dernier et le 1er verset de la Torah.
– « Et toute la grande peur [du Ciel] que Moché accomplit/instilla »
=> Comment a-t-il fait cela?

– « aux yeux de tout Israël » = par les yeux des Bnei Israël, par le fait qu’ils ont gardé ce qu’ils observaient en s’assurant de ne jamais regarder quelque chose de nuisible à leur spiritualité.

– Cela a permis qu’il puisse pleinement prendre conscience que : « Au commencement de la Création Hachem a créé les cieux et la terre [avec toutes ses merveilles] » (béréchit bara élokim ét achamayim véet aarets).

=> Il en résulte de cela que : protéger ses yeux des impuretés nous permet de pleinement reconnaître les merveilles de ce monde, et d’ainsi acquérir un niveau supérieur dans notre service d’Hachem.

A Yom Kippour, le Cohen Gadol dit 10 fois le nom Divin (יהוה – écrit הויה – havaya).
La guématria de ce Nom Divin est de 26. [10*26 = 260].

Puisque nous avons 2 yeux, la guématria de 2 fois : « ayin » (un œil – עין) est de 260.
Cela implique que lorsqu’on est vigilant avec nos yeux, alors on est comparable au Cohen Gadol le jour de Kippour.

[rav Elimélé’h Biderman]

Rabbi Méïr avait l’habitude de mépriser ceux qui transgressaient les Lois de la Torah.
Un jour, le Satan apparut à rabbi Méïr sous l’apparence d’une femme, de l’autre côté de la rivière.
Il n’y avait pas de bac pur traverser cette rivière.
Rabbi Méïr saisit la corde tendue entre les 2 rives et traversa ainsi la rivière (pour la rejoindre).
Lorsque rabbi Méïr arriva à mi-chemin, le Satan se fit reconnaître et lui dit : « Si le Ciel ne m’avait pas recommandé d’avoir des égards pour rabbi Méïr et sa Torah, ta vie n’aurait pas valu 2 sous ».

Rabbi Akiva également avait l’habitude de mépriser les fauteurs.
Un jour, le Satan lui apparut sous les traits d’une femme, en haut d’un palmier.
Il grimpa sur le tronc du palmier (pour la rejoindre).
Arrivé à mi-chemin, Satan fit cesser son illusion et dit à rabbi Akiva : « Si le Ciel ne m’avait pas recommandé d’avoir des égards pour rabbi Akiva et sa Torah, ta vie n’aurait pas valu 2 sous! »

[guémara Kidouchin 81a]

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-> Rabbi Méïr avait coutume de se « moquer » des pécheurs, c’est-à-dire de les mépriser, en critiquant leur faiblesse, car il pensait qu’il était facile de lutter contre le mauvais penchant et de réussir à le vaincre si on le veut vraiment.
[Rachi]

-> Par ses propos méprisants envers ceux qui transgressaient les mitsvot, entraînés par leur yétser ara, rabbi Méïr rabaissait ainsi le niveau des tsadikim et celui des baalé téchouva.
En effet, rabbi Méïr minimisait ainsi leurs efforts contre le yétser ara pour arriver à lui résister, car il pensait qu’il était facile pour eux de le vaincre.
C’est pourquoi le Satan a eu l’autorisation du Ciel d’attaquer rabbi Méïr, afin qu’il reconnaisse le haut niveau de ceux qui parviennent à le repousser.
[Ben Ich ‘Haï]

-> En méprisant (à son niveau) les pécheurs et leur faiblesse de résistance au yétser ara, rabbi Méïr mettait indirectement en valeur sa grandeur personnelle, lui qui n’avait jamais fauté.
C’est pourquoi, il est tombé dans le piège tendu par le yétser ara qui a cherché à le rabaisser et ce n’est que par le mérite de sa Torah qu’il a été sauvé.
[rav Dessler – Mikhtav méEliyahou – tome.5, p.354]

[on apprend de là que nous ne devons pas mépriser les agissements d’autrui, car qui peut dire qu’à leur place (même vécu, environnement, tendances naturelles, …) nous aurions fait mieux qu’eux!
Occupons-nous de corriger nos défauts, plutôt que de s’en dispenser en se sentant supérieur à autrui]

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=> Pourquoi le Satan/yétser ara apparut-il sous les traits d’une femme, et non d’une véritable femme?

-> Le Ben Ich ‘Haï donne 2 réponses :
– 1°/ Hachem a accepté que le Satan éprouve rabbi Méïr, afin d’enseigner aux Sages (de toutes les générations) combien le désir suscité par le yétser ara peut être puissant et combien il est difficile de lui résister.

Cependant, Hachem ne voulait pas que rabbi Méïr commette la moindre transgression.
Or, si le Satan lui avait présenté une véritable femme dans cette épreuve, même si rabbi Méïr a finalement été épargné de tout contact avec cette femme, il aurait cependant transgressé l’interdit de l’observation de cette femme.
Maintenant qu’il s’agit d’une femme fictive que rabbi Méïr avait l’illusion de voir, il n’a pas transgressé par ce regard porté sur une illusion.

– 2°/ Si le Satan avait testé rabbi Méïr avec une véritable femme, cette femme saurait que rabbi Méïr, un Gadol d’Israël, aurait porté sur elle un regard de désir, et elle aurait pu s’en vanter et cela constituerait une forme de profanation du Nom Divin (‘hilloul Hachem).
C’est pourquoi, le Satan a agi sur l’imagination de rabbi Méïr en créant une illusion dont il a l’art.

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=> A quoi font allusion la rivière et la corde saisie par rabbi Méïr?

-> La corde épaisse tendue fait allusion à la puissance du yétser ara : en effet, rav Assa (guémara Soucca 52a) dit qu’au début, le yétser ara apparaît à l’homme aussi fin qu’un cheveu ou que le fil d’une toile d’araignée, et finit par être aussi épais que la corde qui permet de tirer un char.

D’autre part, le Satan est apparu à rabbi Méïr près de la rivière pour lui faire l’allusion suivante : par le mérite de ta Torah, comparée à l’eau de cette rivière, tu seras épargné de toute transgression dans cette épreuve.
[Ben Ich ‘Haï]

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=> Pourquoi le Ciel a-t-il recommandé au Satan d’avoir des égards pour rabbi Méïr et pour rabbi Akiva?

-> Il est certain que le yétser ara attaque davantage les fils d’Israël que les fils des nations, et surtout les plus grands d’entre eux, c’est-à-dire les talmidé hakhamim.
Cependant, le Ciel leur assure que par le mérite de leur étude de la Torah, ils seront protégés des pièges que leur tend le yétser ara, en accord avec la guémara (Soucca 21a) : « L’étude de la Torah nous protège des épreuves et nous sauve du yétser ara ».
[Maharcha]

-> Du fait que rabbi Méïr et rabbi Akiva étaient tous 2 des fils de convertis, ils ne bénéficiaient pas du mérite des pères (zékhout avot) pour les protéger des sollicitations du yétser ara.
C’est pourquoi, c’est leur étude de la Torah qui les sauvera.
[Iyoun Yaakov]

-> « Tout est entre les mains du Ciel, sauf la Crainte du Ciel » (rabbi ‘Hanina – guémara Béra’hot 33b)
Ainsi, comment le Ciel a-t-il pu intervenir en leur faveur, contrairement à ce principe?

Le Ben Ich ‘Haï donne la réponse suivante :
Rabbi Méïr et rabbi Akiva avaient déjà dépassé la moitié de leur vie sur terre lorsque le Satan les a éprouvés. Or, dans la guémara (Yoma 38b), rabbi Yo’hanan dit : « Lorsqu’un homme a passé plus de la moitié de sa vie sans pécher, il ne fautera plus », en s’appuyant sur le verset : « Hachem veille sur les pas de ses hommes pieux » (Chmouël I 2,9).
Donc le principe énoncé par rabbi ‘Hanina ne s’applique que dans la 1ere moitié de la vie d’un homme et celui de rabbi Yo’hanan dans la seconde moitié de sa vie.
C’est pourquoi Hachem a pu protéger ces 2 Sages déjà âgés.

-> Selon la guémara (Sanhédrin 82a), un sage qui ferait une faute relative à la débauche est sanctionné par une mauvaise compréhension de son étude avec les autres Sages et une difficulté à transmettre la Torah ; c’est pourquoi, le Ciel a demandé exceptionnellement que l’étude et l’enseignement de la Torah de rabbi Méïr et rabbi Akiva demeure intacte après cette épreuve.
[Hamakné]

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=> Pourquoi est-ce au sommet d’un palmier que le Satan apparut à rabbi Akiva?

-> Le palmier est un arbre très haut sur lequel il est difficile de grimper, car il y a très peu de prise sur son tronc.
C’est pourquoi le Satan lui est apparu sous forme d’une femme illusoire, au sommet du palmier, afin d’augmenter la difficulté pour rabbi Akiva de monter et afin de lui montrer à quel point il était attiré par cette illusion.
[Rachach]

-> Selon le Ben Ich ‘Haï, il y a une double allusion :
1°/ Le Satan lui rappelle qu’il est un tsadik, que le roi David compare au palmier, selon le verset : « Le tsadik fleurit comme le palmier » (Téhilim 92,13), et il signifie donc à rabbi Akiva, par allusion, qu’il sera finalement épargné de toute transgression grâce à sa tsidkout.

2°/ Dans la guémara (Ména’hot 29b), on enseigne que rabbi Akiva savait interpréter les taguine (fioritures ou couronnes – תגין) au-dessus des lettres de la Torah.
C’est pourquoi, le Satan apparut au sommet du palmier, l’endroit où ses fruits (les dattes) sont très hauts par rapport au sol, en allusion à la puissance de la Torah acquise par rabbi Akiva. [au point où Moché a demandé pourquoi c’est pas lui qui donnait la Torah à sa place au peuple juif!]
[Ben Ich ‘Haï]

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-> La guémara (Kidouchin 81a) cite également un 3e récit :
Rav Amram ‘Hassida hébergea à l’étage supérieur de sa maison des jeunes filles libérées après avoir été captives, et il fit retirer l’échelle d’accès afin de protéger ces jeunes filles.

Au cours de la nuit, animé d’un grand désir, rav Amram se leva et prit l’échelle très lourde, il fallait plus de 10 personnes pour la soulever, et il monta cette échelle.
Arrivée au milieu de l’échelle, il s’interrompit pour résister à son yétser ara, et il cria : « Il y a le feu dans la maison d’Amram! »

Les voisins, des rabbanim, accoururent : « Tu nous fais honte! »
Rav Amram répliqua : « Il est préférable d’assister à la honte de rav Amram dans ce monde-ci et sans transgression que dans le monde à venir si j’avais transgressé. »
Cette honte ressentie en public a eu un effet expiatoire sur son comportement.

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-> « Plus un homme est grand, plus son yétser ara est grand » (guémara Soucca 52a)
Ainsi, plus le yétser hatov grandit, plus le yéter ara grandit.

-> La guémara (Soucca 52a) relate le récit suivant :
« Abbayé entendit un homme dire à une femme : « Allons et prenons la route ensemble ».
Abbayé s’est dit : « Je vais les suivre pour leur éviter une transgression ».
Après les avoir suivis sur une distance de 3 parsa (environ 12km), il constata qu’ils sont demeurés pudiques.
Abbayé s’est dit alors : « Si c’était moi qui avais été en compagnie de cette femme, je ne suis pas sûr que j’aurai pu me retenir! »

Ainsi, Abbayé témoigna que l’épreuve à laquelle a résisté ce jeune homme, simple, lui-même n’aurait pas pu résister tant le combat contre le yétser ara est difficile pour un Talmid ‘Hakham.

[rabbi ‘Haïm Chmoulévitch – Si’hot Moussar (si’ha 91)]

Quiconque a le mérite de s’abstenir d’une union prohibée (erva) bénéficiera d’un miracle en sa faveur.

[guémara Kidouchin 40a]

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-> Le Ben Ich ‘Haï commente :
Pourquoi est-ce spécialement en faveur d’un homme mis en situation d’union interdite (erva), et qui fait tout pour ne pas fauter, que le Ciel produit un miracle pour lui, et pourquoi pas s’il s’abstient de fauter dans un autre domaine?

La raison est qu’Hachem réagit avec cet homme, mesure pour mesure. En effet, lorsque cet homme fait de gros efforts pour essayer de maîtriser sa nature, imprimée en lui, qui le pousserait au désir, Hachem produit pour lui un miracle, c’est-à-dire un événement à contre-nature, pour l’aider à ne pas transgresser.
[…]

Un homme mis en situation de commettre une transgression, et qui se retient de fauter, sanctifie Hachem.

Par cet acte de kiddouch Hachem, il s’attache aux 2 niveaux de son Créateur, caractérisés par 2 Noms Divins :
– le Tétragramme (יהוה) formé des 4 lettres, qui pleinement sont : יוד (youd), הא (hé), ואו (vav) et הא (hé) de guématria « pleines » respectives : 20+6+13+6 = 45.

– et le nom אדני qui a une guématria de : 65.
Les 2 Noms Divins ont ainsi une guématria totale de 110 qui est la même que celle du mot : ness (נס).

Rav Na’hman dit : « Des pensées impures (lascives) sont plus pénibles que le péché lui-même »
[guémara Yoma 28b]

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-> Lorsque rav Na’hman affirme que les pensées impures sont plus pénibles que le péché lui-même, c’est au sujet du néfech (l’âme) qu’il fait cette comparaison.
En effet, des mauvaises pensées détruisent davantage le néfech et rendent plus difficile la réparation de ce défaut (pgam) sur le plan spirituel que le péché lui-même.
[Sfat Emet]

-> Les pensées impures se font avec la tête et l’intellect, la partie la plus importante de l’homme, alors que la transgression concrète se fait par les membres du corps, moins importants.
Or, la rébellion d’un prince important (comparait à l’intellect) contre le roi est plus grave que celle d’un serviteur (comparé aux membres du corps).
Cela explique pourquoi les pensées impures sont plus pénibles que les actes.
[Rambam – Moré Névou’him 3,8]

-> Bien qu’une transgression avec une femme interdite, soit plus grave que des pensées lascives sans acte, cependant les pensées impures sont plus pénibles pour le corps, car le désir n’est pas satisfait.
[Rachi]

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-> « Hachem n’assimile pas une mauvaise intention à une action mauvaise » [guémara Kidouchin 40a].

Selon le rav Dessler (Mikhtav méEliyahou – tome.1,p.125), cela signifie que ces mauvaises intentions (pensées impures) ne sont pas jugées et sanctionnées aussi sévèrement que les actes ; cependant il a commis une transgression dans son cœur.
Cette transgression dans le cœur est la source du mal qui peut conduire au péché concret.

C’est à cela que faisait allusion rav Na’hman lorsqu’il affirme que les pensées impures sont plus pénibles que le péché lui-même, car le travail spirituel de l’homme doit se porter essentiellement sur le cœur.

+ « Lorsque les gens de la génération du désert portaient leur regard sur des fruits de la terre d’Israël, amenés par des marchands étrangers, ils mourraient » ( rabbi Akiva – midrach Yalkout Chimoni).

En effet, ils avaient été condamnés à ne pas voir le pays d’Israël et à mourir dans le désert ; la vision des fruits d’Israël ressemblait à la vision du pays d’où provenaient ces fruits, ce qui explique que cette vision leur retirait la vie.

[rabbi ‘Haïm Chmoulévitch – Si’hot Moussar (si’ha 44)]

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=> Dans cette Si’ha, le rav Chmoulévitch enseigne l’idée que :
La vision a le pouvoir d’attacher non seulement à la chose observée, mais également à tout ce qui représente une ressemblance.

[cela doit nous sensibiliser à l’importance de surveiller ce que l’on regarde, car cela nous impact fortement!]

« Hachem est pur, de même l’âme demeure pure »
[guémara Béra’hot 10a]

-> La pureté de l’âme (néchama) demeure malgré ses péchés, au même titre qu’Hachem demeure pur malgré les péchés de l’humanité.
[rav Dessler – Mikhtav méEliyahou (tome 3 , p.254)]

-> Hachem demeure pur en tout endroit, même dans les endroits de ce monde qui ne sont pas propres (nékiim) ou purs (téorim).
De même, l’âme demeure pure même dans les membres du corps qui ne sont pas propres. En effet, les saletés ne s’attachent qu’au corps et non pas à l’âme (néchama).
[Kad haKéma’h]

[c’est pourquoi nous ne devons jamais désespérer, se voir comme totalement mauvais, car même au plus bas nous aurons toujours cette parcelle de sainteté, de Divinité, qui a une capacité énorme d’irradier positivement et de tout changer pour le meilleur! ]

« Toute la sainteté d’une personne dépend de ses yeux. »

[Gaon de Vilna – sur Béréchit 38,21]

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-> Le Ben Ich ‘Haï (Bén Yéhoyada – guémara Sota 8) note que la guématria de : réiya (la vision – ראיה) est la même que : « guévoura » (force, puissance – גבורה).
En effet, nous devons mobiliser nos forces pour contrôler ce que nos yeux voient, car c’est par là que le yétser ara met un 1er pied chez nous.

-> Le ‘Hafets ‘Haïm dit que les yeux sont le point d’entrée clé pour que le désir [au mal] entre et s’agrippe à notre âme.
Cela est en allusion : « Mes yeux ruinent mon âme (éni oléla lénafchi) » (Eikha 3,51).

[avoir de mauvais regards, c’est laisser une porte ouverte pour que le yétser ara puisse alors nous inciter à réaliser d’autres fautes!]

-> Rachi (Vayétsé 28,13) fait remarquer que Hachem associe son nom avec Its’hak, durant sa vie, ce qui n’est pas le cas d’Avraham et de Yaakov. Pourquoi cela?
C’est parce que Its’hak avait déjà perdu la vue, et par conséquent son yétser ara était verrouillé.

-> Le ‘Hafets ‘Haïm avertit que bien que nous disons à chaque bénédiction: « acher kidéchanou bémitsvotav » (Qui nous sanctifie par Ses mitsvot = chaque mitsva que nous réalisons nous rend plus saint), cette transformation ne peut avoir lieu que chez celui qui fait attention à ses yeux et à son imagination.

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-> Si tu Me donne ton cœur et tes yeux, alors Je saurai que tu es Mien » (midrach Yalkout Chimoni – Michlé chap27)

[on a tendance à se dire : « ça va, je n’ai rien fait, ce n’est qu’un regard! », mais on oublie que par nos yeux nous prouvons que nous sommes attachés à Hachem ou pas (« Je saurai que tu es Mien! »).]

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-> Le Séfer ‘Hassidim (140) assure que celui qui est vigilant avec ses yeux, aura une place réservée tellement haute, tellement proche de Hachem, que mêmes les anges (mala’him) ne pourront pas l’approcher.

En effet, les anges sont pré-programmés, n’ayant pas un libre arbitre, ils devront restés en dehors de ce cercle de personnes proches de D., et d’ailleurs, les anges leur demanderont : « Qu’est-ce que Hachem fait? »

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-> Avoir des yeux purs permet de mieux retenir la Torah que l’on étudie.
Cela est en allusion dans la portion du Shéma par la proximité de : « lo tatourou » (ne va pas après tes yeux) et des mots : « lémaan tézakérou » (afin que tu te rappelles).
[rav Shimon Shkop]

-> A l’inverse, rabbénou Bé’hayé (Pirké Avot 1,5) écrit :
« Avec une tête pleine de pensées méprisables, comment est-il possible d’absorber en même temps des pensées de Torah? C’est l’un ou l’autre.
Ceux qui sont submergés par la poursuite des tentations de ce monde, deviennent insensibles à la beauté de la spiritualité.
Ces 2 opposés ne peuvent pas se tenir l’un à côté de l’autre dans le même cœur ».

[à nous de jouer : chaque mauvais regard retire de la Torah, de la spiritualité en nous, et donne davantage de place à notre matérialité, aux envies fautives de ce monde.]

-> Le Ben Ich ‘Haï (Bo) nous avertit qu’un esprit d’impureté rôde autour de nous et essaie d’enlever de notre esprit nos études de Torah.
La façon d’empêcher ses activités nuisibles est de préserver la sainteté de nos yeux.

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-> Le simple fait de suivre ses yeux peut être considéré comme un acte d’adultère [guémara Béra’hot 12b].
Pourquoi cela?

Les yeux sont les fenêtres par lesquelles notre âme absorbe les images et les scènes de l’extérieur, et ensuite elles deviennent une part de notre personnalité et vont devenir de la matière à notre imagination.
Le simple fait de regarder va créer un lien connectant celui qui regarde avec ce qu’il regarde.
Une fois que nous avons regarder une chose, nous ne sommes plus le même qu’avant, puisqu’une marque permanente va rester pour toujours en nous.

A l’image d’une éponge, notre âme absorbe ce que nos yeux lui donne à manger.
Est-ce que nous désirons utiliser nos yeux pour donner à notre âme une bonne nourriture cashère ou bien des substances toxiques, nuisibles.
C’est pourquoi nos Sages (guémara Méguila 28a) nous avertissent de ne pas regarder le visage d’un racha car cela va impacter négativement notre âme.

[Il faut avoir conscience de la particularité de cet organe (l’œil), qui contrairement aux autres amènent en nous ce qu’il y a dehors, et ce en bien ou en mal en fonction de nos visions.]
[rabbi Yossef Goldschmidt]

-> La guémara (Yoma 29a) dit qu’avoir des pensées de plaisirs immoraux, est d’une certaine façon pire que les actes immoraux eux-mêmes.

En effet, le corps d’un juif est comme un Temple sur terre, et le cœur (l’esprit) correspond au Kodech haKodachim (Saint des saints).
Le racha Titus a démoli le Temple, mais par de mauvaises pensées un juif fait davantage de dégâts. Il profane le Saint des saints du Temple qui se tient en Haut (cf. Néfech ha’haïm part.1,chap.4). [et ce à chaque mauvaise pensée!]
[rabbi Yossef Goldschmidt]

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-> Regarder des choses interdites nous empêche d’avoir de l’enthousiasme pour les mitsvot avec un cœur plein de chaleur.
[rav Matisyahou Salomon]

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-> Se régaler les yeux de visions interdites peut bloquer le chemin pour faire téchouva.
[Rambam – Hilkhot Téchouva 4,4]

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-> Tout celui qui voit quelque chose [d’indigne] et ne s’en régale pas les yeux, méritera de voir la Face de la Présence Divine.
[Déré’h Eretz – chap.1]

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-> Le Ben Ich ‘Haï (Od Yossef ‘Haï – Vaét’hanan) enseigne :

Une source importante de plaisir dans ce monde provient du fait de manger et de boire.
Dans le monde à Venir, nous entrerons d’abord dans le Gan Eden inférieur où les âmes profitent d’agréables parfums, et ensuite nous montons vers le Gan Eden supérieur pour prendre part à l’émerveillement de voir la Gloire Divine.

Cette progression se manifeste dans la structure du visage : en bas la bouche (manger, boissons), au-dessus le nez (parfums), et au plus haut il y a les yeux.
Cela nous transmet le message suivant : à tout prix nous devons conserver la spiritualité de notre vision.

C’est le désir le plus tendre et profond de tout juif que de pouvoir un jour apprécier la luminescence de la Présence Divine, à l’image du roi David qui désire : « contempler la splendeur de Hachem » (la’hazot bénoam Hachem – Téhilim 27,4).
C’est la plus haute dimension [de plaisir, joie] que l’on peut ressentir.

[Nos yeux sont un organe tellement central/élevé, que plus nous avons des yeux saints, plus nous pourrons contempler et être proches de la Présence Divine, et ce pour l’éternité dans le monde à Venir.]

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-> « L’aide de Hachem vient aussi vite que le clignement d’un œil » (yéchouat Hachem kééréf ayin)

Le rav Its’hak Zilberstein, au nom du Taharat haKodech, dit que simplement en tournant ses yeux d’une vision inappropriée, nous méritons d’être plus proches de Hachem, et d’avoir un moment favorable (ét ratson) pour faire une prière à Hachem.
En effet, « aussi vite que le clignement d’un œil » (devant une vision interdite), vient : « l’aide de Hachem » = ce moment où nos demandes à D. sont plus facilement acceptées.

De même, le Gaon de Vilna écrit qu’à chaque fois qu’un juif se retient de regarder ce qui ne convient pas, il acquiert un pouvoir de prière considérable.
A ce moment précis, il peut s’adresser à D. et obtenir de très grandes choses.

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-> Si les juifs regardent des choses interdites, alors les puissances de Essav et d’Ichmaël reprennent des forces.
Mais si nous sommes vigilants à protéger notre sens de la vision, alors Essav et Ichmaël seront anéantis et le machia’h viendra.
[‘Hida – Na’hal Kédoumim – Béréchit]

-> Le midrach Tan’houma (fin de Vayigach) compare ce qui se passe à Tsion avec la vie de Yossef.
Le rav Don Segal commente que de même que Yossef a obtenu la royauté grâce à la pureté de ses yeux, de même le retour de Jérusalem comme capitale du monde sera essentiellement précédé d’épreuves où les juifs devront garder la pureté de leurs yeux.

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-> Le Maharcha (guémara Sanhédrin 100b) enseigne que pour nous tester, le Satan a la capacité de donner de la grâce et de la beauté à une femme qui serait sinon pas attrayante.

[Le Satan/yétser ara a un énorme pouvoir d’illusion, et c’est à nous d’être sur nos gardes et de rester fidèle à la volonté de Hachem.]

-> Le rav Avigdor Miller explique que l’eau volée à un meilleure goût qu’une eau achetée.
La raison de cette douceur est parce qu’elle n’est pas à nous.

[à l’image d’un enfant qui dit : « pourquoi lui il a cela et pas moi! », et une fois qu’il l’a, il n’en a rapidement plus véritablement envie.]

=> De même, une grande partie du désir de regarder des choses interdites est simplement parce que cela nous est interdit, ne nous appartient pas.

[d’une manière générale nous prenons plus de plaisir dans l’anticipation, dans l’imagination d’une activité que nous allons faire, par rapport à l’action en elle même sur le moment.
Ainsi, le yétser ara utilise la puissance de l’imaginaire pour nous attirer sur des choses interdites!]

-> Le Gaon de Vilna rapporte que rien que le fait d’entendre les pas d’une femme était suffisant pour nuire à sa sainteté.

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-> A chaque fois que nous refusons de céder aux visions indésirables, nous devons ressentir une élévation et même de la joie égale à la joie d’une mitsva, [comme] lorsque nous réalisons la mitsva de la Soucca ou du loulav.
[en effet, à chaque fois nous avons réalisé la mitsva de la Torah ne pas aller après notre cœur et nos yeux (Bamidbar 15,39)!]
[Baal haTanya – Likouté Amorim]

-> Nous ne pouvons pas imaginer à quel point est phénoménale la récompense pour chaque seconde où l’on se bat avec notre yétser ara, et ce même si au final on en sort perdant »
[rav Israël Weintraub]

Le ‘Hafets ‘Haïm dit que pour un juif chaque effort déployé est un succès, rien n’est perdu, quelque soit le résultat final.
[tant que l’on est dans une optique sincère de faire de notre mieux, il ne faut pas s’attrister mais au contraire se focaliser sur chaque seconde, chaque effort déployé, qui génère un résultat magnifique, dont on peut être fier pour continuer à mener bataille dans la joie!
A l’inverse des non-juifs où seul le résultat final compte.]

De plus, la guémara (Makot 10b) affirme : On est mené dans le chemin où l’on désire aller.

Le Maharcha commente que ce sont des anges qui vont mener une personne vers la direction de ses aspirations personnelles.
[ainsi tant que nous aspirons sincèrement à suivre la volonté de D., à être dans la Vérité, alors même si au final nous échouons, puisque Hachem connaît les intentions présentes dans notre cœur, alors Il va forcément nous aider à aller dans le chemin de la sainteté, à se rapprocher de Lui.]