« N’approche pas d’ici! Enlève ta chaussure » (Chémot 3,5)

-> Quand on porte des chaussures, il est possible de marcher sur le sol avec facilité, sans se faire mal par des embûches.
Mais, quand on marche sans chaussures, on ressent alors tous les piques et les pierres qui font mal.

Hachem fait ici une allusion à Moché : un dirigeant d’Israël doit être sensible et ressentir toutes les difficulté, les peines et les douleurs de son peuple, à l’image d’un pieds nu qui ressent fortement tout ce qu’il y a par terre.

Il doit toujours faire attention de ne rien avoir qui puisse l’empêcher de ressentir les souffrances d’autrui, comme si elles étaient les siennes.

[le Olélot Efraïm]

<—–>

Bien qu’évoluant dans le très confortable palais royal, il est écrit au sujet de Moché :
-> dans le midrach (Chémot rabba 1,27):
« Il fut témoin de leurs souffrances (Chémot 2,11) »
Que signifient ces mots?
Moché les voyait et en pleurait.
Il disait : « Combien de chagrin me suscitez-vous! Qui me laisserait mourir à votre place? » …
Il n’hésita pas à prêter son épaule et à aider chacun d’eux. […]
Hachem dit : « Tu as délaissé tes propres occupations pour aller voir la souffrance des juifs, te comportant ainsi comme un frère, Je jure de délaisser les Mondes supérieurs et les mondes inférieurs pour venir te parler ». »

-> dans le midrach (Chémot rabba 2,6) :
« Que signifie : « il s’approchait pour regarder [le buisson] » (Chémot 3,4)?
Hachem dit : « Cet homme s’implique et s’attriste en voyant les souffrances des enfants d’Israël en Egypte, il mérite de devenir leur berger! »
C’est pourquoi il est dit aussitôt : « D. l’appela de l’intérieur du buisson ». »
[son attitude a permis d’initier le processus de libération du peuple juif!]

-> Rachi commente : « il fut témoin de leurs souffrances » = Il s’appliqua de tous ses yeux et de tout son cœur à souffrir avec eux.
Le Saba de Kelm (‘Hokhma ouMoussar) commente : il ne se contenta pas d’avoir une pensée pour ceux qui souffrent, reprenant ensuite le fil de ses occupations, mais il travailla sans cesse sa sensibilité et son imagination pour éprouver la souffrance d’autrui, comme s’il s’agissait de la sienne propre.

Le Saba de Kelm affirme même que : c’est en faisant preuve de pitié envers ses frères que Moché suscita la clémence divine!

<—–>

-> Rabbi Yonathan Eibeschetz (Yaarot Dvach) explique que si Pharaon n’a pas soumis la tribu de Lévi à l’esclavage c’est parce que ses astrologues lui avaient prédit que le sauveteur des juifs viendrait de cette tribu.
En laissant les Lévi’im libres, il leur empêchait de ressentir la douleur des autres juifs, et donc de ressentir l’urgence de les libérer de leur esclavage.

En effet, d’un point de vue psychologique, plus nous avons faisons des efforts pour obtenir un chose, plus cela aura de la valeur à nos yeux, plus nous en serons liés, concernés.
Pharaon espérait ainsi effectuer une déconnexion entre le sauveteur (tribu de Lévi) et le restant du peuple, puisque les Lévi’im pouvaient au mieux intellectualiser leur douleur, mais non pas la vivre émotionnellement.

=> Si Moché a pu devenir le défenseur de ses frères, c’est parce que sans cesse il quittait son confort royal pour ressentir pleinement leur douleur physique et psychologique.

<—>

+ Quelques exemples chez nos Sages :

-> Pendant la 1ere guerre mondiale, le ‘Hafets ‘Haïm dormait à même le sol avec ses mains servant d’oreiller, et il s’expliqua à sa femme : « Dehors, nos frères juifs rescapés errent d’un bout à l’autre du pays, souffrant du froid et de la faim. Nos fils couchent à même le sol. Et au front, dans les tranchées, la mort les encercle de toute part. Comment aurais-je le cœur de dormir paisiblement, dans un lit confortable? »

-> Lorsqu’un feu a ravagé la majorité du quartier juif de la ville de Brisk, le rav ‘Haïm Soloveitechik (rav de la ville, dont sa maison avait été épargnée), a insisté pour dormir dans la synagogue avec ceux qui étaient sans maison afin de partager leur souffrance.
Il a dit : « Comment puis-je dormir dans mon lit, alors que tant de juifs n’ont même pas où se loger? »

-> Pendant la période de la guerre du Golfe, le rav Chakh refusa de s’étendre dans son lit, entraînant qu’il dormait très mal. Il disait : « Les parents de nos élèves ne sont pas en sécurité (car inquiets pour leurs enfants en Israël en temps de guerre) … Comment pourrais-je dormir? »

[Un juif doit savoir être là pour partager les moments de joie de son prochain, mais également ses moments de peine.
La mitsva « d’aimer son prochain comme soi-même », nous exhorte également à nous préoccuper du sort de nos frères, et à éprouver pour eux de l’inquiétude, comme si nous formions réellement une seule famille.
Il y a une différence entre « partager les épreuves d’autrui » par la pensée, et entre les partager par une ou des actions concrètes pour encore davantage les ressentir, les vivre.]

<————————–>

+ Enlève ta chaussure!

-> Le rav ‘Haïm de Volozhin (Roua’h ‘Haïm sur Pirké avot – 1,1) de nous apprendre :
« L’essence de l’âme est son origine supérieure, là-bas est sa demeure principale.

Une partie divine est descendue dans le corps, qui a le statut de « chaussure » pour l’âme.
De la même façon que la chaussure n’est pas un habit pour tout le corps, mais [en couvre] la partie inférieure [c.-à-d les pieds], ainsi le corps n’est pas un vêtement recouvrant la totalité de l’âme.
Il agit plutôt comme un revêtement couvrant seulement la partie inférieure de l’âme.

Le corps est comme une « chaussure » pour l’âme, n’en couvrant uniquement la partie inférieure, et c’est la signification de « retire tes chaussures de tes pieds » [que D. ordonna à Moché dans le buisson ardent], signifiant [enlève] le corps.  »

-> La bénédiction du matin : « qui m’a fait tout mon besoin » (chéassa li kol tsorki) est associée au fait de revêtir des chaussures. (Ora’h ‘Haïm 46,1).
Le Maharchal explique que porter des chaussures démontre notre domination sur les animaux vivants, desquels les chaussures sont faites pour notre avantage, puisque le monde entier a été créé pour nous servir.
Rav Yossef Tsvi Salant (le Béer Yossef) explique qu’il n’est pas convenable de porter une chose renvoyant à notre contrôle dans le monde lorsque nous sommes sur un sol saint en face de la présence divine.
C’est pourquoi Moché les a spécifiquement retiré à ce moment là, dans un but de se rappeler Qui est le Véritable Roi.

<—>

+ Pourquoi avons-nous l’interdiction de porter des chaussures en cuir à Yom Kippour?

Le jour de Kippour, lorsque chaque juif se repent, toute la Création est élevée.
Oui, même la terre sur laquelle nous marchons est élevée à un niveau plus haut et devient une terre sanctifiée.
=> C’est pour cette raison qu’à Yom Kippour, nous avons l’interdiction de marcher dessus avec des chaussures.

Cette pensée trouve un écho dans l’épisode au cours duquel D., apparaissant devant Moché dans le buisson ardant, lui demanda d’enlever ses chaussures en disant : « Ôte ta chaussure, car l’endroit que tu foules est un sol sacré! » (Chémot 3,5).
[rabbi Ména’hem Mendel de Rymanov – Ména’hem Tsion]

<————————–>

-> Au moment du miracle du buisson ardant, D. a ordonné à Moché : « N’approche pas d’ici! Ôte ta chaussure, car l’endroit que tu foules est un sol sacré! » (Chémot 3,5).

Les paroles introductrices de l’ordre divin de retirer sa chaussure sont : « al tikrav alom » (N’approche pas d’ici!).
Le mot « alom » (d’ici – הֲלֹם) a pour valeur numérique : 75, qui est la même que le mot : « Cohen ».

Ainsi, ce verset est un message aux Cohanim : « N’approche pas Cohen, ôte ta chaussure. »

[ En effet, selon la loi juive (Ora’h ‘Haïm 128,5), lorsque le Cohen récite la bénédiction des Cohanim, il doit retirer sa chaussure. ]

<———>

+ Pourquoi les Cohanim bénissent-ils avec leurs mains?

-> « Et maintenant, il pourrait étendre sa main et cueillir aussi du fruit de l’arbre de vie » (Béréchit 3,22)

Le Rama de Pano commente :
« Lorsque Adam mangea du fruit de l’arbre de la Connaissance du bien et du mal, ses bras ne le suivirent pas, ils refusèrent de s’étendre, ses mains ne s’ouvrirent pas et ses doigts ne voulurent toucher le fruit ».

=> Il fut contraint de saisir le fruit directement avec sa bouche.
Les Cohanim bénissent leurs frères juifs avec leurs mains, car puisque celles de Adam (englobant toutes les âmes à venir) n’ont pas fauté, elles revêtent ainsi une force particulière et sont le vecteur de la bénédiction.
[Adéret Eliyahou]

[de la même façon qu’elles ne se sont pas étendues pour fauter, de la même façon elles peuvent s’étendre pour déverser sans déperdition les bontés provenant de D., en passant par les Cohanim.]

<————————–>

+ « L’endroit que tu foules est un sol sacré! » (v.3,5)

-> « Toute situation dans laquelle on peut se trouver est sacrée.
En effet, Hachem attend que nous Le servions dans chaque situation et environnement, malgré les difficultés que cela impliquent. »
[‘Hafets ‘Haïm]

<————————–>

« Hachem lui apparut dans une flamme de l’intérieur du buisson » (Chemot 3,2)

Le buisson, qui est composé d’épines, fait allusion aux souffrances, à la détresse.

Ce verset vient donc faire allusion au fait que la flamme sacré, qui est l’enthousiasme spirituel pour le service Divin, s’éveille souvent du fait des souffrances, comparées au buisson.
En effet, quand tout va bien, on a malheureusement trop souvent tendance à oublier le service d’Hachem et à se refroidir de ce feu spirituel.
[‘Hatam Sofer]

À propos kol26
rak kol26. Tous unique, tous unis!

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :