« Elle (Léa) conçut encore et enfanta un fils, et elle déclara : « Cette fois, je rends grâce à D. » ; c’est pourquoi elle le nomma Yéhouda ; puis elle cessa d’enfanter. » (Vayétsé 29,35)

-> Le Sforno nous enseigne que le nom Yéhouda (יהודה) contient d’une part, les lettres du nom de D., le Tétragramme (יהוה), et d’autre part, le radical הדה, signifiant : « gratitude » et « louange » ; ce nom connote donc la louange et le remerciement adressé à D.

-> Le ‘Hidouché haRim note que les juifs ont finalement reçu le titre de Yéhoudim, dérivé de Yéhouda, parce que c’est cette attitude qui les caractérise : éprouver toujours de la reconnaissance envers D. et être conscients qu’Il nous donne plus que notre part légitime.

-> Le Maharam Shick fait remarquer qu’en réalité, Léa n’a pas juste dit : « cette fois je remercie Hachem », mais plutôt elle l’a fait sous forme interrogative : « [Est-ce uniquement pour] cette fois que je dois remercier Hachem? Non! Je me dois de Le remercier constamment et continuellement! Je dois toujours me souvenir des bontés que Hachem me fait, comme les 4 enfants qu’Il m’a accordé, et qui sont plus que ma part! »

=> C’est pour cela qu’elle l’a appelé Yéhouda : afin que durant toute sa vie, lorsqu’elle dira ou pensera au nom de son fils, cela sera pour elle comme un rappel à remercier Hachem pour Sa grande bonté permanente.

-> D’ailleurs, la guémara (Béra’hot 7b) enseigne qu’en nommant son fils Yéhouda pour exprimer sa gratitude, Léa est devenue la 1ere personne de l’histoire à remercier Hachem.

Le rav Berel Povarsky (Bod Kodech) dit que certainement auparavant les Patriarches et Matriarches avaient déjà remercié D., cependant Léa en nommant son fils a introduit la notion de remerciement éternel.
Yéhouda sera pour elle une assurance de toujours pouvoir être reconnaissante envers D.

Nous sommes appelés les Yéhoudim pour cette même raison, car un juif se doit de toujours se rappeler de remercier Hachem pour les millions de bonté qu’il reçoit chaque jour (et encore ce n’est que ce dont nous avons conscience!).

Dans notre routine quotidienne, il est facile d’oublier, et d’avoir la tête dans le guidon de nos préoccupations.
Cependant, si nous prenions du recul, et faisions d’un côté la liste de nos problèmes, et de l’autre la liste de toutes les bonnes choses de notre vie, nous verrions que nous avons beaucoup plus de raisons de le remercier que de se plaindre!

-> Le rav Shlomo Zalman Auerbach recommandait ainsi de noter dans un cahier toutes les bontés dont nous bénéficions durant la journée, même les plus petites, et ensuite de dire : « Merci Hachem! »
Il ajoutait : « Cela a la capacité de changer notre vie. Non seulement car nous sommes alors plus heureux et reconnaissant, mais également car le plus nous remercions Hachem, le plus Il nous déverse Sa bonté sur nous! »

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-> Léa s’est montré particulièrement reconnaissante cette fois, car en mettant au monde un tiers des 12 fils de Yaakov, elle avait reçu plus que sa part (Rachi).

Suite à cela, elle a cessé d’enfanter car elle a remercié pour le passé, mais elle n’a pas prier pour le futur.
En effet, la guémara (Béra’hot 54a) enseigne qu’il faut : « Remercier pour le passé et prier pour le futur ».

=> Après avoir exprimés notre gratitude, nous devons continuer par prier afin de témoigner pleinement que tout vient de Hachem.
Par ailleurs, même si nous pensons que tout vient totalement de D., nous ne devons pas rester les bras croisés, dans l’attente. En effet, il nous faut également prier, car telle est la façon de fonctionner du monde.
[si tu pries, alors tu peux recevoir toutes les bénédictions divines qui étaient jusque là en attentes pour toi!].

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+ « Cette fois-ci je remercierai Hachem … et elle arrêta d’enfanter »

-> Rabbénou Bé’hayé écrit que lorsque Hachem fait un miracle à l’homme, il faut dissimuler ce miracle et le cacher pour que le mauvais œil n’ait pas de prise dessus.
Il ajoute : Ne t’étonne pas de ce que la force du mauvais œil soit si grande, pour qu’il ait une prise même sur les choses sur lesquelles s’étend le miracle, car nous trouvons à la naissance des tribus qu’à cause d’une parole de Léa, qui a dit « je remercierai Hachem », en reconnaissance du fait que le 4e fils était en plus de sa part, le mauvais œil a eu une prise sur elle, c’est ce qui est écrit immédiatement après : « elle arrêta d’enfanter ».

Il n’y a pas de plus grand miracle que le don de la Torah, et là-bas on trouve que le mauvais œil a eu une prise.
Les Sages ont dit : Pourquoi les 1eres Tables ont-elles été brisées?
Parce qu’elles avaient été donnée en public [toute la Création s’arrêtant pour écouter les paroles de Hachem Lui-même, dans un climat solennel], le mauvais œil a eu une prise sur elles et elles ont été brisées.
Par contre les 2e Tables ont été données discrètement, ainsi qu’il est dit : « Que personne ne monte avec toi et que personne ne soit vu sur toute la montagne », et il en découle que le mauvais œil n’a pas eu de prise et elles n’ont pas été brisées.

De même, c’est pourquoi Yaakov a fait des manœuvres avec les bâtons pour sélectionner les bêtes qui reviendraient ou non à Lavan (tachetés, mouchetés, …), ce qui était un acte naturel, pour dissimuler le miracle. En effet, il fallait que Lavan et ses gens ne comprennent pas, afin que le mauvais œil n’ait pas de prise.

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+ « Elle déclara : « Cette fois, je rends grâce à D. »

=> Pourquoi est-il écrit que Léa remercie Hachem précisément au sujet de Yéhouda, et non concernant ses 3 premiers fils?

Rabbi Méïr Sim’ha haCohen (Messsekh ‘Hokhma) explique :
Nos Sages n’ont pas instauré de bénédiction lorsque l’homme profite des sens de la vue, de l’ouïe et du toucher, alors qu’ils en ont institué une pour celui de l’odorat, en s’appuyant sur le verset : « toute âme Te louera », qui selon eux se réfère à ce qui procure de la satisfaction à l’âme (guémara Béra’hot 43b).

C’est la raison pour laquelle, à la naissance des 3 premiers enfants de Léa, on ne trouve pas qu’elle louât Hachem, car ils se réfèrent respectivement
– aux sens de la vue = Réouven : « parce que Hachem a vu mon humiliation » ;
– de l’ouïe = Chimon : « parce que le Seigneur a entendu que j’étais dédaignée » ;
– et du toucher = Lévi : « désormais mon époux me sera attaché ».

=> Elle ne rendit grâce à D. qu’à la naissance de Yéhouda, ancêtre du machia’h, au sujet duquel il est dit : « animé (vahari’ho) de la crainte de D. » (Yéchayahou 11,3), qui est un verset évoquant le sens de l’odorat (réa’h) à travers le mot : vahari’ho (וַהֲרִיחוֹ).

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