« Comme on emmenait [Tamar], elle envoya dire à son beau-père » (Vayéchev 38,25)

-> Nos Sages apprennent de ce verset : « Il est préférable de se jeter dans une fournaise plutôt que d’humilier son prochain en public. » (guémara Béra’hot 43b)

Rachi explique : « Elle aurait en effet pu déclarer ouvertement : « Ces objets [laissés en gage] appartiennent à Yéhochoua, car je suis enceinte de lui ».
Au lieu de cela, elle a dit : « Je suis enceinte de l’homme à qui ces choses appartiennent » : s’il avoue, tant mieux, et s’il refuse, je préfère être brûlée vive plutôt que de l’humilier. »

-> Pourquoi la guémara emploie-t-elle l’expression : « il est préférable », plutôt que : « l’homme doit »?

Le rav Yéhouda Leib ‘Hasman (Ohr Yahel) explique que par cela nos Sages formulent un principe édifiant : il est effectivement préférable pour tout homme lucide de se jeter dans une véritable fournaise, plutôt que d’avoir un jour à endurer les souffrances du feu de l’enfer (guéhinam) suscité par l’humiliation causée à autrui.

Pour beaucoup de personnes, la satire, les vexations et autres railleries infligées à leurs semblables sont une manière comme une autre d’acquérir un prestige certain dans la société.
Or, selon nos Sages, si nous avons le choix entre soit être brûlés vifs, soit attenter au respect d’autrui, notre décision ne doit faire l’objet d’aucun doute : il est mille fois préférable d’endurer des souffrances dans ce monde, que d’avoir à payer une humiliation (petite ou grande) de notre prochain dans le monde à venir.

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-> Dans la guémara (Kétoubot 63b), il est raconté que dans le quartier du Sage Mar Oukva, vivait un pauvre que ce maître soutenait financièrement.
Pour ce faire, il glissait chaque jour, en toute discrétion, 4 pièces d’or par la charnière de sa porte, sans jamais dévoiler au pauvre homme son identité.

Un jour cependant, ce dernier décida de savoir qui était son énigmatique bienfaiteur en le guettant furtivement.
S’étant ce même jour attardé à la maison d’étude plus que de coutume, Mar Oukva se rendit chez son protégé accompagné de sa femme.
Dès que l’indigent vit le couple apparaître, il sortit de sa cachette et se précipita sur lui.

Le maître et son épouse, réalisant qu’ils étaient sur le point d’être découverts, tournèrent aussitôt les talons et prirent la fuite.
Sur leur route, ils aperçurent un grand four dans lequel ils s’engouffrèrent. Malheureusement, celui-ci venait seulement d’être éteint, et sa température était encore très élevée : à sa grande consternation
Mar Oukva sentit que ses pieds commençaient à brûler par la chaleur du sol. Sereine, sa femme lui proposa de grimper sur ses propres pieds, car la chaleur ne l’affectait pas.
Constatant combien le mérite de sa femme dépassait le sien, puisqu’elle seule ne subissait pas l’effet du feu, Mar Oukva ne pu cacher son désarroi et sa déception quant à son propre niveau.

Mais son épouse vertueuse le rassura aussitôt : « Comme je reste généralement à la maison, et je peux ainsi leur offrir du pain, de la viande et toutes sortes de denrées alimentaires. Toi en revanche, tu ne leur distribues que de l’argent, ce qui contraint ces pauvres gens à préparer eux-mêmes les repas. »

=> Pourquoi mirent-ils leur vie en danger pour éviter que le pauvre ne les reconnaisse?

Mar Oukva savait qu’il fallait opter pour ce choix par nécessité, qu’il valait mieux se jeter dans les flammes d’un incendie plutôt que d’être à l’origine d’une humiliation.

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-> Dans la ville de Brisk, on avait l’habitude de se rendre au cours de rabbi Yéhochoua Leib Diskin, à l’issue du Shabbath.
Il arriva une fois que le bedeau confondit le sel et le sucre et, comme la santé du rav réclamait quotidiennement une importante dose de sucre, il versa plusieurs bonnes cuillères de sel dans sa tasse de thé brûlante.

Le Maharal Diskin avala quelques gorgées de l’infect breuvage, sans manifester le moindre haut-le-cœur, tant et si bien que son auditoire ne remarqua aucun changement dans son attitude.
Pendant que le maître buvait, sa femme s’aperçut tout à coup de la méprise et s’exclama soudain : « Il y a du sel dans ta tasse de thé! »
Les personnes présentent, qui goûtèrent plus tard à ce liquide, furent proprement stupéfaites par la maîtrise de soi dont avait fait preuve le rav en absorbant cette boisson : il était même parvenu à réprimer la nausée suscitée par ce goût insoutenable.

Plus tard, sa femme l’interrogea sur son comportement, et lui demanda comment il avait pu boire de ce breuvage qui aurait pu porter atteinte à sa santé, alors que la Torah (Dévarim 4,15) déclare clairement : « Prenez bien garde à votre vie! »

Il lui répondit : « Les Sages n’ont-ils pas énoncé explicitement : « Il est préférable pour l’homme de se jeter dans une fournaise plutôt que d’humilier son prochain en public! »  »

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La guémara (Shabbath 104a) apporte l’interprétation suivante des lettres de l’alphabet :
-> alef puis bét : signifie : « Va apprendre [alef signifiant : alfa, l’instruction] la sagesse [de la racine : bina] » ;

-> guimel et dalet : suggère l’idée de : « prodiguer [gomel] le bien aux indigents [dalim] ».

La guémara s’interroge alors sur la forme de ces 2 lettres : – « Pour quelle raison le pied du guimel (ג) s’allonge-t-il vers le dalet (ד)? Parce que l’usage des bienfaiteurs est de poursuivre les indigents.

– Et pourquoi le pied du dalet penche-t-il légèrement en direction du guimel? Parce qu’il leur incombe également de se faire connaître des bienfaiteurs.

– Alors pourquoi le dalet tourne-t-il le dos au guimel? Pour qu’on apprenne à leur donner la charité discrètement, afin de leur épargner toute honte. »

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« Ce fut à cette époque, Yéhouda descendit de parmi ses frères » (Vayéchev 38,1)

=> Pourquoi la Torah introduit-elle l’histoire de Yéhouda et Tamar juste avant l’histoire de Yossef quand il descendit en Egypte?

C’est que la conclusion de l’histoire de Yéhouda avec Tamar fut la naissance de leur fils Pérets qui sera l’ancêtre du Machia’h. La Torah voulait poser les bases de la délivrance finale avant de développer la racine de l’exil d’Egypte qui fut le premier exil d’Israël.
Avant même qu’apparaisse le premier exil, Hachem fit déjà apparaître les bases de la dernière délivrance. Car Hachem prépare la guérison avant que n’apparaisse même le tout début de la plaie.
[le Nétsiv – Haémek Davar – se basant sur le midrach]

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-> Le comportement de Yéhouda avec Tamar ne doit pas être remis en cause.
En effet, avant le don de la Torah, les rapports sexuels entre hommes et femmes non-mariés étaient parfaitement libres.
Si un homme rencontrait une femme dans la rue et que tous deux étaient d’accord, il la payait ce qu’elle demandait, et ils pouvaient avoir une relation. Après quoi, chacun pouvait continuer son chemin.
[…]
Il est vrai que les Patriarches respectaient la Torah avant même qu’elle ne fut donnée. Si Yéhouda se comporta comme tout homme de son époque, alors qu’on aurait pu s’attendre à une plus grande rigueur de sa part, on ne peut néanmoins juger sa conduite comme étant immorale.
Son cas n’est pas différent de celui de Yaakov, qui épousa 2 sœurs, bien que la Torah l’interdise et prescrive le retranchement pour sanctionner un tel acte.
[…]
Yéhouda tenta d’ignorer Tamar et de continuer son chemin, mais cependant, Hachem envoya l’ange responsable du désir, et celui-ci força Yéhouda à aborder cette femme.
[…]

Appelée pour être exécutée, Tamar commença à chercher les 3 objets que Yéhouda lui avait laissés en caution (son sceau, sa cape et le bâton qu’il portait à la main), mais ne les trouva pas .
Elle leva les yeux et dit : « Hachem! éclaire mes yeux afin que je puisse retrouver ce gage. Si tu m’exauces, j’aurai 3 descendants (‘Hanania, Mi’haël et Azaria) qui consentiront à être consumés dans une fournaise ardente comme martyrs pour la gloire de ton Nom. »

Tamar ne parvenait pas à trouver les objets, car Samaël, l’ange gardien d’Essav, les avait cachés.
Il désirait que Tamar fut brûlée, de sorte qu’elle ne puisse avoir le roi David pour descendant, lequel allait exterminer Edom (Chmouël II 8,14).
Hachem entendit sa prière et dépêcha l’ange Gavriel (certains disent Mi’haël) lui révéler l’emplacement des objets. Elle les envoya ensuite à la cour.
[elle adressa à Yéhouda un message affirmant que même si elle devait être brûlée, elle ne révélerait rien du propriétaire de ces objets, et qu’elle s’en remet entièrement à D. pour être sauvée de la mort.
– « Il vaut mieux pour l’homme qu’on le fasse tomber dans une fournaise ardente plutôt que de faire honte à son prochain en public. » (Rabbi Chimon bar Yo’haï – guémara Baba Métsia 59a) ;
– « Quiconque fait honte à son prochain en présence de tiers n’a pas de part au monde à venir. » (guémara Baba Métsia 59a)]
[…]

Tout d’abord, Yéhouda fut tenté de nier que ces objets lui appartenaient, afin d’éviter une situation plus qu’embarrassante.
Puis, il pensa : « Il est préférable que je subisse la honte en ce monde plutôt que d’être humilié dans le monde futur en présence de mes ancêtres. Le feu terrestre peut être éteint, pas le feu céleste. Là-bas, il s’agit d’un autre type de brûlure. »
[Méam Loez – Vayéchev 38,16 & 25 & 26]

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