+ Le mal est bon à sa source :
-> On pourrait se demander : dans le contexte de la création, la Torah déclare à plusieurs reprises [ "cela était bon" ; et à la fin de celle-ci (Béréchit 1,31)] "et voici, cela était très bon".
Dans le Livre du Dévarim, cependant, il est écrit : "Vois, j’ai placé devant toi la vie et le bien, la mort et le mal" (Nitsavim 30,15). D’où vient le mal?
On ne peut pas interpréter cela à la manière dont nous parlons du mal réel.
[En réalité,] le "mal" aussi est bon, sauf qu’il s’agit du niveau le plus bas du bien absolu. C’est ce à quoi fait allusion le Zohar lorsqu’il parle de "mile'eil oumile ra" (d’en haut et d’en bas).
Ainsi, lorsqu’il sert à faire le bien, le mal devient lui aussi le bien. Mais lorsqu’on faute, à D. ne plaise, il devient le mal réel.
Prenons, par exemple, un balai pour balayer la maison : dans le contexte du nettoyage de la maison, il possède une certaine qualité positive. C’est [peut-être] un niveau bas, mais c’est tout de même le bien.
Mais lorsqu’on l’utilise pour frapper un enfant qui fait quelque chose de mal, le balai devient véritablement mauvais lorsqu’il frappe l’enfant.
[Baal Shem Tov - Tsava'at haRivach - 130]
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-> Tout ce que Dieu a créé est bon. Par le biais du tsimtsoum (contraction divine), un processus de dévolution a donné naissance à la matière brute et aux entités les plus basses que l'on puisse trouver sur terre. La source et le cœur de tous les êtres, cependant, est la spiritualité pure, le bien absolu. Sans l'étincelle divine inhérente à tous les êtres, ceux-ci ne pourraient exister.
Ainsi, même les choses qui sont interdites et condamnées par la Torah, et qui constituent ce que nous appelons le mal, trouvent leur racine dans la bonté divine.
Elles sont apparues pour permettre à l’homme de se réaliser en lui offrant le libre arbitre ("la vie et le bien" contre "la mort et le mal").
Les choses que la Torah qualifie de mauvaises sont véritablement mauvaises par rapport à nous-mêmes. Dans leur origine (et leur finalité), cependant, elles sont réellement bonnes.
Ce principe est expliqué à travers une parabole populaire dans le Zohar (II,163a) :
Un roi a donné à son fils la meilleure éducation et les meilleurs enseignements pour mener une vie morale exemplaire. Afin de tester l’obéissance et la dévotion de son fils, il a engagé une femme belle et intelligente et lui a ordonné de séduire le prince. Cette femme a utilisé toutes les flatteries pour tenter le prince, mais il a rejeté ses séductions.
Inutile de dire que cela procura une grande joie au roi et qu’il récompensa son fils par de précieux cadeaux et des honneurs.
Or, qui a joué un rôle déterminant pour apporter toute cette gloire au prince?
Nulle autre que la tentatrice! Elle doit donc être louée à tous égards : elle a accompli les ordres du roi, et grâce à elle, le prince est devenu digne de ses récompenses et d’un amour accru de la part de son père.
Ce que nous appelons le mal est donc, en réalité, un "fondement (littéralement, un siège) du bien".
En substance, en termes d’origine (et de finalité), il est bon. Cependant, à mesure qu’il descend vers sa manifestation mondaine, le bien est entièrement dissimulé et invisible, et tout ce que nous voyons n’est que l’enveloppe véritablement mauvaise.
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-> Les klipot (c’est-à-dire le royaume du mal) n’existent qu’en vertu de la volonté divine. Elles sont soutenues par des étincelles de sainteté profondément ancrées en elles, bien que dans une mesure limitée qui est juste suffisante pour leur objectif prévu.
Lorsque l’homme faute, cependant, il insuffle une vitalité et une énergie supplémentaires dans les klipot, ce qui leur donne le pouvoir d’aller au-delà de la tentation de l’homme, pour tenter de "conquérir et de l’emporter avec toute leur force". Ainsi, cela devient le mal réel.