Selon rav Yéhouda bar Idi qui cite rabbi Yo’hanan, la Présence Divine s’est déplacée à 10 reprises (à l’époque du 1er Temple) …

Voici, selon la tradition, les 10 déplacements de la Présence Divine : du propitiatoire (kaporét) au chérubin (kérouv), du chérubin au seuil du Temple, du seuil à la cour (‘hatser) du Temple, de la cour à l’autel (mizbéa’h), de l’autel au toit du tabernacle (hékhal), du toit au mur d’enceinte du parvis (‘azara) du Temple, du mur d’enceinte à la ville (de Jérusalem), de la ville vers le mont des Oliviers, du mont des Oliviers au désert.
Du désert, la Présence Divine remonta vers Sa résidence (dans les cieux), selon le verset : « Je m’en irai et Je reviendrai dans Ma résidence » (Ochéa 5,15) …

Rabbi Yo’hanan dit : La Présence Divine attendit 6 mois dans le désert qu’Israël se repente, mais Israël ne se repentit pas.
Hachem dit alors : « Que leur âme expire! »

[guémara Roch Hachana 31a]

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-> Après qu’Israël ait fauté et jusqu’à la destruction du 1er Temple, la Présence Divine s’est retirée peu à peu et non pas brusquement en une seule fois.
Hachem espérait, à chaque étape de la Présence Divine, que le peuple d’Israël fasse téchouva afin d’arrêter le processus d’exil de la Présence Divine (ché’hina).
[Rachi]

[d’après le Sifté ‘Hakhamim, de la même façon que la Présence Divine s’est éloignée du Temple où elle résidait initialement en 10 étapes, de même le Grand Sanhédrin (le Tribunal de 71 sages) s’est exilé et s’est éloigné progressivement du Temple, d’où il siégeait initialement en 10 étapes.

D’après le Ben Ich ‘Haï, c’est parce que ce monde-ci a été créé par 10 Paroles, donc en 10 étapes, qu’Hachem a retiré progressivement Sa Présence Divine de ce monde en 10 étapes.]

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=> A quoi correspond cette période d’attente de 6 mois?

-> Le Maharcha explique :
Les 6 mois d’attente de la Présence Divine dans le désert, dans l’espoir d’une téchouva d’Israël, ont eu lieu durant les 6 mois du siège de Jérusalem par le roi de Bavél Névoukhanétsar et ses troupes.
D’après le chapitre 52 du prophète Yirmiyahou, ces 6 mois ont commencé le 10 tévét (début du siège de Jérusalem) et se sont terminés le 9 tamouz (1ere brèches dans les murailles).

En conséquence du non repentir des enfants d’Israël, la Présence Divine est remontée au Ciel le 9 tamouz, et c’est pourquoi depuis ce jour, nous ne pouvions plus offrir l’offrande quotidienne (korban tamid).

-> Le Ben Ich ‘Haï commente :
« Le Sage a les yeux et le sot marche dans les ténèbres » (Kohélet 2,14)
La durée de 6 mois peut être justifiée par le fait que cette période dure environ 180 jours, qui fait allusion à la valeur numérique du mot : « énaïm » (les yeux – עינים), de guématria : 180.
Ainsi, la durée de 6 mois leur a été accordée afin que leurs yeux se dessillent et qu’ils se repentent.

[par amour infini, pour ainsi dire, Hachem avait les yeux constamment tournés vers nous, scrutant et espérant la moindre miette de téchouva pour pouvoir revenir étreindre Son peuple chéri!
Rempli de patience, Papa Hachem était comme nous suppliant : « s’il vous plaît, mes enfants adorés, ne M’obligez pas à m’éloigner de vous! J’ai tellement envie d’être au plus proche de vous, vous comblant des meilleures bénédictions!! » ]

+ « [D. dit : ] Vous avez pleuré sans raison ; J’établirai pour vous une raison de pleurer [ce jour là : le 9 Av] pour les générations à venir. »
[guémara Taanit 29a]

-> L’essentiel de la réparation (tikoun) de la destruction du Temple consiste à raffermir notre émouna qu’Hachem est notre Père miséricordieux et qu’Il agit à chaque instant pour notre bien, en nous abstenant de pleurer en vain sur notre propre sort.

Certes, ils s’agit d’un travail sur soi-même de toute une vie, et il n’est pas un seul instant où nous sommes exempts d’enraciner en nous-mêmes cette foi.
Cependant, cette obligation devient davantage pressante durant cette période de deuil sur la destruction du Temple qui trouve sa source dans les larmes vaines versées par nos pères.
[rabbi Elimélé’h Biderman]

[d’une certaine façon, le 9 av nous pleurons d’être arrivés à un niveau où durant toute l’année nous pleurons (apitoyons) sans réelle raison.
Cette prise de conscience doit nous permettre de planter, de déployer de la émouna pour illuminer notre année à venir de joie. ]

Le sens d’un jeûne

+ Le sens d’un jeûne :

1°/ La tsédaka :

-> « Taanit » (jeûne – תענית) est formé des mêmes lettres que : « tat ani » (donner aux pauvres – תת עני).
« Taanit » a la même valeur numérique que : « kématnat yado » (comme il donne), cela nous enseigne qu’il faut donner de la tsédaka pendant les jeûnes.
[Chla haKadoch]

-> Cela fait référence à la parole de nos Sages : « La récompense principale d’un jour de jeûne est déterminée par le montant de tsédaka donné » (guémara Béra’hot 6b).

– Le Ba’h en donne la raison : nos Sages ont dit que certaines personnes aiment leur argent plus que leur corps, et le jeûne ne leur est ainsi pas tellement difficile.
C’est pourquoi, si on jeûne est qu’on donne en même temps de la tsédaka, alors l’expiation est complète.

– Le Guilioné haShass donne une autre raison : c’est afin que le jeûne soit totalement pour l’amour du Ciel, et qu’il n’y ait pas un profit du fait qu’on a gagné l’argent des repas de ce jour-là.
C’est pourquoi, on donne aux pauvres l’argent qu’il aurait fallu dépenser pour les repas, ainsi le jeûne est entièrement pour l’amour du Ciel.

– Le Maté Moché enseigne : Par le fait qu’il ne nous est pas agréable de devoir nous priver de nourriture en jeûnant, nous pouvons nous rendre compte de la souffrance de nos frères pauvres qui sont dans cette situation au quotidien.
En effet, aimer son prochain comme soi-même, c’est vivre son vécu (ex: ne pas avoir forcément de quoi manger tous les jours!), pour mieux comprendre, ressentir sa douleur physique et psychologique.
=> Ainsi : comment alors ne pas donner à la tsédaka, à destination de nos frères qui sont contraints à quasiment jeûner tous les jours, faute de moyens suffisants?

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2°/ La téchouva

-> Au sujet des jeûnes d’une manière générale, il est écrit dans la michna Béroura (549:1) :
« C’est pourquoi chacun doit faire son introspection lors des jours de jeûne, évaluer ses actions, et faire téchouva [corriger ses actions et ses traits de caractère].
Parce que l’essence de ce jour n’est pas le jeûne. […]
Parce que le jeûne n’est qu’un prélude à la téchouva.
C’est pourquoi ces personnes qui vont se promener et perdent leur temps les jours où ils jeûnent ont placé ce qui est secondaire [jeûner] avant ce qui est primordial [la téchouva]. »

-> Le rav Shlomo Ganzfried (Kitsour Shoul’han Arou’h 121,1) enseigne que le but d’un jeûne est d’éveiller notre cœur à la téchouva.
En un tel jour, l’essentiel n’est pas le jeûne, mais c’est la téchouva.

Pour preuve, dans le livre de Yona, il est écrit : « Hachem considéra leur conduite, voyant qu’ils avaient abandonné leur mauvaise voie » (Yona 3,10).
Nos Sages commentent qu’il n’est pas dit que Hachem a vu qu’ils jeûnaient, mais qu’Il a vu « leur conduite », le fait qu’ils ont « abandonné leur mauvaise voie ».

=> Ainsi, le jeûne n’est qu’une mise en condition préalable à la téchouva, et ne se focaliser que sur la partie jeûne s’est : « se saisir de l’accessoire, et abandonner l’essentiel ».

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-> A chaque jeûne, il faut éveiller son cœur aux larmes … c’est un grand devoir pour l’homme de se lamenter et de regretter amèrement tous ces événements qui ont pour ainsi dire provoqué une grande douleur au Créateur [Hachem], et un grand malheur à Ses enfants [les juifs].
[Yessod véChorech haaVoda]

-> [L’essentiel d’un jeûne du calendrier juif] est d’éveiller les cœurs à s’ouvrir au repentir (téchouva), et que ce soit un souvenir de nos mauvaises actions et des actions de nos pères qui ressemblent à nos actions actuelles, au point qu’elles leur ont causé, à eux et à nous, ces malheurs, pour que par le souvenir de ces choses nous revenions à une meilleure conduite.
[Rambam]

[Cela peut éventuellement s’expliquer par le parallèle suivant :
-> Selon la guémara (Yoma 86b), lorsqu’une personne fait téchouva par amour pour Hachem, ses fautes ne sont pas seulement effacées, mais elles sont transformées en mérites ;
-> « Ainsi dit D. : [Les 4 jours de jeûne] seront pour la maison de Yéhouda pour la joie et le bonheur, et pour des fêtes joyeuses. » (Zé’haria 8,19).
Nos 4 jours de jeûne actuels, deviendront des jours de joie lorsque le Temple sera reconstruit
=> Ainsi, notre téchouva par amour, en ces jours de jeûnes actuels, va nous générer tellement de mérites que ces jours deviendront éternellement des moments de joie, de bonheur, …]

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b’h, à ce sujet :
-> https://todahm.com/2020/03/11/13316
-> https://todahm.com/2017/03/10/5535

« Si les nations savaient quel bénéfice le Michkan (plus tard le Temple) leur apporte, elle l’entoureraient de gardes et le protégeraient pour qu’il dure à jamais. »

[rabbi Yéhochoua ben Lévi – midrach]

Le Temple

+ « [Yossef] tomba au cou de Binyamin et pleura » (Vayigach 45,14).

-> « Ton cou est comme la tour de David » (Chir haChirim 4,4)
Comme le cou, situé au haut du corps, le Temple est la couronne de gloire du peuple juif.
Tout comme c’est dans le cou que passent les artères indispensables pour la vie dans le corps, c’est par le Temple que passent les artères apportant la vie au peuple d’Israël.
De même que c’est autour du cou qu’on porte des bijoux, le Temple est paré par les Cohanim et les Lévi’im qui sont « les ornements » du peuple d’Israël.
De même que les ornements sont suspendus au cou, la réussite du monde est suspendue au Temple.
De même que le cou est plus belle partie du corps, le Temple est le lieu le plus beau du monde.
[rabbi Yossef Deutsch]

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-> Le Temple est appelé « cou », ainsi qu’il est écrit : « Ton cou est comme une tour d’ivoire » (Chir haChirim 7,5).
Tant que le Temple existait, Israël fut prospère et libre, et pouvait marcher la tête haute et la nuque raide.
Dès la destruction du Temple, Israël commença à subir des humiliations et des persécutions.
Les nuques des juifs se courbèrent, ils ne purent plus jamais relever la tête au sein des nations.

Le Temple est désigné de cette façon pour une autre raison. A la différence des autres parties du corps, si le cou d’une personne est tranché, celle-ci meurt. Il en va de même du Temple sans lequel Israël ne peut vivre.

Lorsque le Temple existait, si un homme péchait par inadvertance, il offrait un sacrifice pour expier sa faute.
Nos Sages enseignent que personne, à Jérusalem, n’allait dormir avant d’avoir expié un péché.
Deux sacrifices quotidiens étaient offerts dans le Temple : un le matin et un autre le soir (Bamidbar 28,4).
Le sacrifice du matin servait à expier les péchés commis durant la nuit, tandis que celui du soir annulait les fautes de la journée.
Les gens étaient ainsi purifiés de tout péché. Aujourd’hui, malheureusement, nous ne sommes plus en mesure d’effacer nos péchés.
[Méam Loez – Vayigach 45,14]

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-> Le cœur de tous les juifs doit être dirigé vers un seul et même endroit : le Temple.
Le cou est ce qui relie la tête avec le restant du corps, et cela symbolique la liaison entre la spiritualité (la tête) et la matérialité (le restant du corps).
Il en est de même avec la fonction du Temple, qui est de relier ensemble : la spiritualité avec la matérialité, le Ciel avec la terre.
La guémara (Béra’hot 30a) affirme que le Temple est le conduit qui nous connecte avec le Ciel (chamayim).
La prière de chaque juif s’élève au Ciel par le biais du Temple, et Hachem nous comble de bénédictions d’En-Haut jusqu’à ce monde par le biais du Temple.
[Avné Nézer]

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-> b’h, provenant du divré Torah : https://todahm.com/2015/12/27/4266

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+ « Ton cou est comme la tour de David » (Chir haChirim 4,4)

-> Comme le cou est dans la partie haute de l’homme (juste sous sa tête), et représente sa splendeur, le Temple est dans la partie haute de la terre d’Israël (à Jérusalem) et représente sa splendeur.
[Maharcha]

-> C’est à travers la trachée artère du cou que s’effectue la respiration (néchima) qui assure la vitalité de l’âme (néfech) et c’est à travers l’œsophage du cou que s’effectue le transit de la nourriture et de la boisson qui assurent la vitalité du corps.
De même, c’est à travers le Temple que se déverse dans le monde l’abondance sur le plan spirituel et sur le plan matériel.
[Sifté ‘Hakhamim]

-> De même que c’est sur le cou d’une femme que sont placées la majorité de ses bijoux et parures, c’est pour le Temple qu’Israël a prélevé son or, son argent et ses parures.
[Torah Témima]

-> Durant la période d’existence du Temple, le cou d’Israël est levée et dressé.
Cependant, durant la période où le Temple est détruit, Israël marche la tête basse et son cou est courbé.
[Méam Loez]

-> Les lettres du mot : « tsavar » (cou – צואר) peuvent se réarranger pour former le mot : « otsar » (trésor – אוצר) qui désigne le Temple selon le verset : « Apportez toutes les dîmes dans Mon « otsar » (trésor) afin qu’il y ait des provisions dans Ma maison » (Mala’hi 3,10).
Ainsi, le cou (צואר) et le Temple (אוצר) sont formés des mêmes lettres hébraïques.
[Ben Ich ‘Haï]

« Hachem les a arrachés de leur terre, avec colère, avec courroux et avec une grande fureur, et Il les a jetés vers un autre pays comme ce jour » (Nitsavim 29,27)

-> « Les juifs ont été exilés parce que la terre d’Israël leur a été accordé à la condition qu’ils observent la Torah.

« Il leur a donné des terres occupées par des peuples : ils héritèrent du labeur d’autres nations, afin qu’ils gardent Ses statuts et observent Ses enseignement (torotav) » (Téhilim 105,44-45)
=> Lorsque les juifs ont fauté, D. les a chassé de leur terre. »

[Méam Loez]

« Lorsque le Sanhédrin a été exilé, la Présence Divine n’est pas partie en exil avec lui ; lorsque les gardes de Cohanim ont été exilées, la Présence Divine n’est pas partie en exil avec elles ; mais lorsque les juifs ont été exilés, la Présence Divine est partie avec eux. »

[midrach Eikha 1,32 –
sur : « Ses enfants sont partis en captivité, toute Sa splendeur à quitté Sion » (Eikha 1,5-6)]

-> « A chaque fois que le peuple juif a été exilé, la présence divine les a accompagné »
[guémara Méguila 29a]

« 40 années avant que le Temple n’ait été détruit, des signes de sa destruction imminente étaient évidents »
[guémara Yoma 39b]

=> Pourquoi particulièrement 40 années?

Hachem a transmis comme allusion au peuple juif que s’ils faisaient attention à la Torah, qui a été donnée [à Moché] pendant 40 jours [au Ciel], et qu’ils l’étudiaient de façon désintéressée, alors le mérite de la Torah allait annuler le dur décret contre eux.
Comme l’enseigne le midrach (Béréchit rabba 65,20) : « Lorsque le peuple juif étudie la Torah, Essav ne peut pas régner sur eux et détruire leurs lieux saints »

[Ben Ich ‘Haï – Bénayahou – Yoma 39b]

=> On voit à quel point la Torah, a le pouvoir de sauver des décrets même les plus difficiles.

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-> Ce n’est pas Nabuchodonosor ou Titus qui détruisirent le Temple, ils n’ont « fait que moudre une farine qui l’était déjà ».
[guémara Guittin 56b]

Divers sur la période du 9 Av – Le saviez-vous?

+ Divers sur la période du 9 Av – Le saviez-vous? :

-> « Ainsi parle Hachem : Le jeûne du 4e mois et le jeûne du 5e, le jeûne du 7e et le jeûne du 10e mois seront changés pour la maison de Yéhouda en joie et en allégresse et en fêtes solennelles. » (Zé’haria 8,19)

=> Pourquoi le prophète ne donne-t-il pas de façon explicite la date exacte des jours de jeûne?

Le Min’ha ‘Hinoukh (301,7) enseigne qu’avant la destruction du 2e Temple, pendant le mois désigné, chaque personne avait la possibilité de choisir la date de son choix pour jeûner.
C’est uniquement ensuite, que nos rabbanim ont uniformisé la pratique en fixant une date particulière pour chaque jeûne.

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+++ Comment se passait-il le 9 Av dans le Temple?

-> Selon le Rambam (michna Roch Hachana 1,3), pendant la période du 2e Temple, il n’était pas obligatoire de jeûner, mais la pratique était de jeûner en raison des nombreuses tragédies qui sont arrivées ce jour aux juifs.

-> Le Tashbatz, ainsi que le ‘Hida (Ma’hazik Bra’ha – Ora’h ‘Haïm 550,2), ne sont pas d’accord avec le Rambam, argumentant que la guémara dit clairement que pendant la période du 2e Temple, les juifs ne jeûnaient pas le 9 Av, ni à aucun autre jeûne.
Au contraire, ils fêtaient ces jours de jeûnes avec de la grande joie.
[le ‘Hida rapporte même un Tossafot (Taanit 12a) en ce sens)]

-> Le rav Yaakov Kamenetsky (Emet léYaakov – Avot 1,1) est d’avis que le 2e Temple n’a jamais été considéré comme un remplacement du 1er Temple (de nombreuses choses y étaient manquantes), mais c’était plutôt une aide afin d’atténuer la douleur du peuple juif dans leur période d’exil.
Pour cette raison, il n’a pas été construit selon les instructions de la prophétie de Yé’hezkel pour le Temple final.

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+ Réactions lors de la construction du 2e Temple :

Au moment de la construction du 2e Temple, il y avait 2 types de réaction :
-> 1°/ la grande majorité était fou de joie comme jamais, car après des dizaines d’années en exil, ils avaient la possibilité de nouveau d’avoir le Temple.

Il est écrit : « Lorsque les maçons jetèrent les fondations du sanctuaire de Hachem, on disposa les prêtres, revêtus de leurs habits [pontificaux], avec des trompettes … avec des cymbales, pour célébrer Hachem … Ils entonnèrent des hymnes et des actions de grâces en l’honneur de l’Eternel, [chantant] « car il est bon ; car sa bienveillance s’étend éternellement sur Israël ».
Et tout le peuple poussait de grandes acclamations, au moment où l’on rendait gloire à Hachem pour la fondation de Son temple. » (Ezra 3,10-11)

-> 2°/ le restant était composé de personnes suffisamment âgées pour avoir connues le 1er Temple.
Ces gens ne se réjouissaient pas, mais plutôt ils pleuraient car le 1er Temple était tellement meilleur!

Ils ne voyaient le 2e Temple que comme une maigre consolation de leur glorieux passé, et la contraste était flagrant.
Le 2e Temple leur rappelait la grandeur du 1er, et c’était trop difficile à supporter …

D’ailleurs, pour se rendre compte de leur douleur, Ezra rapporte que leurs cris étaient si puissant que l’on ne pouvait entendre les expressions de joie du restant du peuple.

Il est écrit : « Mais beaucoup de prêtres, de Lévites et de chefs de famille, avancés en âge, qui avaient encore vu l’ancien temple, lorsqu’ils furent témoins de la fondation de ce [nouveau] temple, pleurèrent hautement, tandis que beaucoup d’autres faisaient retentir des cris de triomphe et de joie.
Les gens ne pouvaient distinguer les clameurs joyeuses des sanglots bruyants du peuple ; car le peuple poussait de grands cris, dont l’écho se faisait entendre au loin. » (Ezra 3,12-13)

=> On peut comprendre que le jeûne du 9 Av ne soit pas obligatoire à cette époque.
En effet, pour certains, le 2e Temple était un moment de grande joie, et pour d’autres un moment de grande tristesse (remuant le couteau dans la plaie de la perte du précédant).

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+ Punition pour ceux qui ont causé la destruction des Temples :

Hachem a puni :

-> 1°/ Névou’hadnétsar pour avoir détruit le 1er Temple, qui avait nécessité 7 ans pour être construit.
Il a été contraint d’errer parmi les animaux durant 7 années.

En effet, il est écrit dans Daniel (4,29) : « On va t’expulser de la société des hommes, et ta demeure sera avec les bêtes des champs ; on te fera manger de l’herbe comme aux bœufs, et 7 époques passeront sur toi, jusqu’à ce que tu reconnaisses que Hachem est le maître de la royauté des hommes et qu’Il la donne à qui il veut. »

-> 2°/ Titus a exilé le peuple juif qui est comparé a une colombe, et il a ainsi été puni par un moucheron lui mangeant le cerveau jusqu’à devenir de la taille d’une colombe. [Séfer ‘Hassidim 1,151]

Le Zohar ‘Hadach (Chir haChirim 75a) dit que le Temple est comparé à la tête et au cerveau.
Puisque Titus a détruit la tête et le cerveau de la nation juive (le 2e Temple), il en a été de même pour sa tête et son cerveau.

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+ Les bâtisseurs du Temple :

-> La Pessikta rabbati (6) enseigne que tous les travailleurs impliqués dans la construction du Temple ont été bénis par des réussites miraculeuses.
C’est ainsi que durant toute la période de sa construction aucun travailleur n’a été malade, ni n’est mort, et aucun outil n’a été endommagé, même légèrement.

-> Le Baal haTourim (Dévarim 22,7-8) dit que toute personne qui est impliquée dans la construction du futur Temple, bénéficiera d’une longue vie.

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+ Perte du Temple = perte de l’honneur de Hachem :

-> La guémara (Béra’hot 3a) rapporte qu’à chaque fois que les juifs en exil répondent pendant le Kadich : « Amen yéhé chémé rabba », Hachem [métaphoriquement] secoue Sa tête et dit : « Heureux est le Roi qui est loué de cette façon dans Sa maison. Que reste-t-il pour le Père qui a exilé Ses enfants, et malheur aux enfants qui ont été exilés de la Table de leur Père. »

Le Maharcha note que Hachem ne fait référence à Lui, comme un Roi, uniquement lorsque le Temple existe, mais après sa destruction, Son statut est diminué à celui de Père.

-> Le Gaon de Vilna enseigne que bien que la royauté de Hachem est éternelle, la destruction du Temple a énormément diminué l’honneur qu’on porte à Sa royauté.

Il écrit que l’on trouve une allusion à cela dans la guémara (‘Haguiga 3b), qui dit : « Pendant que le Temple existait les anges possédaient 6 ailes, mais après sa destruction 2 de leurs ailes ont disparu. »
=> Pourquoi cela?

Le Gaon de Vilna explique que les 6 ailes correspondent aux 6 mots : ברוך שם כבוד מלכותו לעולם ועד (« Béni soit le Nom dont la gloire du royaume est à jamais »).

En exil, le : כבוד מלכותו (la gloire du royaume – kévod mal’houto) est manquante, puisque Hachem a des émissaires qui font Sa volonté d’une telle façon que nous avons l’impressions de ne plus Le voir, faisant que Sa gloire est cachée.
[à l’époque du Temple, la présence Divine était palpable et il y avait constamment de très nombreux miracles (ex: cf.Pirké Avot 5,7). ]

D’ailleurs en ce sens, dans la prière de moussaf (Yom Tov) nous demandons à Hachem : « Révèle la gloire de Ton royaume sur nous ».

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+ Les larmes :

-> Le Zohar (Chémot 12b) dit que la délivrance des juifs de l’exil dépend uniquement de leurs larmes.
Si les nombreuses larmes versées durant notre exil ne suffisent toujours pas à apporter la délivrance, c’est parce qu’Hachem doit tout d’abord finir de payer à Essav la récompense pour les larmes qu’il a versé.
=> A quoi cela fait-il allusion?

Le midrach (Téhilim 80 et Tan’houma Toldot 24) relate qu’au moment où Essav a découvert que son frère Yaakov lui a pris en cachette les bénédictions de son père, il a pleuré 3 larmes.

Une larme s’est écoulée de l’œil droit, un 2e larme de l’œil gauche, et enfin une 3e qu’il a retenu.
Ces 3 larmes ont réveillé la miséricorde de Hachem, et en conséquence, Essav a mérité de régner dans ce monde entier en toute tranquillité, entraînant pour le peuple juif des larmes amères liées à leur exil.

Les juifs ont imploré Hachem : « Maître du monde, si Tu as été immédiatement rempli de compassion lorsque le racha Essav a pleuré 3 larmes, à plus forte raison doit-il en être pour nous qui pleurons constamment dans notre exil ».

Hachem a répondu qu’une fois qu’Essav aura reçu toute la mesure de sa récompense, viendra lors le temps pour la nation juive d’être éternellement élevée.

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+ Un deuil à l’excès :

-> Les règles de deuil pour la destruction du Temple sont plus strictes que celles concernant un endeuillé ayant perdu des proches de chair et de sang.
En effet, alors que le Rambam dissuade des manifestations trop excessives pour un mort, il considère comme un acte de piété de s’endeuiller à l’excès pour la destruction du Temps.
[Rambam – Michna Torah Avel 13,11 ; Taanit 5,9]

-> Pendant le 9 Av, nous récitons des lamentations qui suscitent des émotions de tristesse et de larmes, ce qui n’a pas de parallèle lorsque l’on perd une vie humaine (les hespédim rappellent la grandeur et le vide laissé par le mort afin de nous consoler, alors que les lamentations ont pour but de nous faire pleurer).

-> Selon le Hararé Kédem, le fait de pleurer à l’excès fait partie de la réparation de la faute des explorateurs, provoquant les pleurs des juifs sans raison.

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+ A la recherche du Temple :

-> Les idoles et les temples non juifs sont en général placés sur l’endroit le plus haut afin d’être visibles.
A l’opposé, le Temple n’était pas situé sur le sommet le plus élevé de Jérusalem (guémara Zéva’him 54b), comme la Torah le demande : « Que vous chercherez Sa présence et tu t’y rendras » (Réé 12,5).

Rabbi Yérou’ham Lévovitz explique que le « chercher » et un prérequis pour le : « t’y rendre ».
C’est une allusion au fait qu’on ne peut trouver la présence Divine que si nous l’a recherchons, que si nous la désirons ardemment.

Le : « t’y rendre » (parce que c’est tendance, pour le regard des autres) ne doit pas précéder le : « chercher ».
=> Le Temple doit être le fruit d’une démarche très personnelle et désintéressée (c’est parce que j’ai sincèrement envie d’être proche de D., que je mis rends!).

-> « Elle s’appelle Tsion, et personne ne la recherche » (Yirmiyahou 30,17)
La guémara (Roch Hachana 30a) commente : elle nécessite que nous la recherchions.

=> Ainsi, rabbi Binyamin Wurburger enseigne que de nos jours, par le fait de rechercher le Temple (ex: en pleurant, en faisant téchouva, en s’améliorant, … afin d’accélérer sa venue), alors cela va nous aider à créer une connexion, un lien avec ce lieu.

Pourquoi est-ce que le Shabbath précédant le 9 Av s’appelle-t-il : ‘Hazon (une vision)?

Cela ressemble à un homme qui achète un costume à son enfant, mais au lieu de prendre soin de ce nouveau vêtement, celui-ci va le couvrir de boue.
Le père lui achète alors un 2e costume, mais l’enfant le traite de la même manière.

Le père achète alors un 3e costume à son enfant, mais cette fois-ci, il ne le lui donne pas. Il le cache dans le placard, et de temps en temps, il permet à l’enfant d’y jeter un coup d’œil, lui disant : « Lorsque tu auras appris à [bien] te comporter alors tu auras le costume. »

[les 3 costumes sont en allusion aux 3 Temples]
C’est cela la signification de ‘Hazon (une vision). Hachem nous donne un aperçu de ce qui doit nous revenir, si seulement nous nous comportions comme il le fallait [surtout en se respectant/s’aimer les uns les autres].

[rav Lévi Its’hak de Berditchev – Likouté Kédouchat Lévi]

[il en résulte que le costume (Temple) est déjà prêt dans le placard, et papa Hachem n’attend plus que nous pour le sortir et nous le donner!]