« Nous appelons cette fête : Sim’hat Torah, car lorsque nous acceptons de se consacrer à l’étude de la Torah, la Torah s’en réjouit! »
[Beit haLévi]

-> « Si l’essentiel était que le peuple juif se réjouisse et célèbre la Torah, on aurait dû appeler ce jour : « Sim’hat Israël ».
De là, il est clair que la mitsva de ce jour n’est pas que le peuple juif se réjouisse avec la Torah, mais le plus important est que la Torah se réjouisse avec le peuple juif! »
[Rabbi ‘Haïm Soloveitchik – Torat ‘Haïm]

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+ « A Sim’hat Torah, tout celui qui essaye de se réjouir avec la Torah de toutes ses forces, est assuré que la Torah ne quittera jamais ses descendants »
[Yessod véchorech haaVoda ; Sfat Emet]

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+ « Si tu ne peux pas danser à Sim’hat Torah sur ce que tu as, alors tu ne pourras pas pleurer à Yom Kippour sur ce qu’il te manque. »
[Rav Shraga Feivel Mendelowitz]

-> « Sim’ha Torah est une fête aigre-douce pour moi.
D’un côté, je me réjouis grandement de notre précieuse Torah.
D’un autre côté, je suis triste du fait que de nombreux juifs profanent quotidiennement la Torah.

Ainsi, le plus j’ai de la joie à Sim’ha Torah, le plus je ressens fortement de la peine concernant le niveau jusqu’où les gens ont pu descendre [spirituellement]. »

[Rav Israël Salanter]

« [A Chémini Atsérét, ] Hachem dit aux juifs : « il m’est difficile de vous voir partir » (Rachi – Vayikra 23,35-36).

Cette séparation fait référence à la distanciation des juifs, chacun retournant dans sa propre maison après avoir était si proches les uns des autres pendant la fête à Jérusalem [les gens montaient ensemble au Temple à Jérusalem].
Hachem dit alors : cette séparation est difficile pour Moi »

[le Tiférét Chmouel – Rav Chmouel Zvi d’Alexander]

=> A l’image des parents, Hachem adore voir l’union, l’amour entre Ses enfants, ce qui est particulièrement le cas pendant les fêtes.

Souccot

+ Souccot :

-> La guémara (Soucca 11b) apporte 2 avis :
– selon Rabbi Akiva : le mot Souccot est à prendre littéralement, il s’agit d’un souvenir de nos 40 années d’errance dans le désert, durant lesquelles nous avons été protégés de la forte chaleur par des cabanes dans lesquelles nous vivions.

– selon Rabbi El’azar : les Souccot font références aux Nuées de Gloire (Anané haKavod) qui entouraient notre peuple dans le désert.

-> Selon le Séfer haTodaah, il est possible que les 2 soient vraies, « cela et cela étant les paroles de D. »
Au début, les juifs ont construit des édifices physiques, et en récompense de leur don de soi d’avoir quittés l’Egypte dans des maisons aussi temporaires et sans se plaindre, Hachem les a alors enveloppés dans les Nuées de Gloire.

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-> Lorsque les juifs ont quitté l’Egypte, ils ont été immédiatement enveloppé de Nuées de Gloire.
Suite à la faute du Veaus d’or, ces Nuées sont parties, et c’est uniquement après que Hachem a accepté leur téchouva à Yom Kippour, qu’elles sont revenues.
Pendant les 40 années suivantes, ces Nuées ont voyagé avec eux dans le désert, et c’est ces 2e Nuées de Gloire dont nous commémorons à Souccot.

Cela explique aussi pourquoi nous nous asseyons dans des Souccot à partir du 15 Tichri, et non pas au mois de Nissan, mois durant lequel nous avons quitté l’Egypte.
En effet, c’est la téchouva de Yom Kippour qui nous a fait mérité ces Nuées de manière durable.
[le Gaon de Vilna]

[Ainsi, Souccot est la célébration du pouvoir de la téchouva, car même si l’on a fait les pires fautes, on sait qu’avec Yom Kippour, papa Hachem peut tout nous pardonner, comme il l’a fait avec nos ancêtres en ramenant les Nuées de Gloire, malgré la terrible faute du Veau d’or.]

-> Les Nuées de Gloire sont un signe de la protection et du pardon de Hachem.
Pendant 40 années, elles ont accompagné les juifs, malgré les nombreuses fois où ils ont testé D.
Ainsi, nous nous réjouissons avec ce symbole qui signifie que Hachem nous pardonne et renouvelle notre relation avec Lui.
Plus que cela, nous avons mérité de recevoir de nouveau la Torah, malgré la faute du Veau d’or.
[le Pa’had Its’hak]

-> Le midrach (Chir haChirim rabba 1,24) fait remarquer que même si le peuple juif a connu bien des tragédies durant son histoire, aucune n’a été aussi difficile et dévastatrice que le décret faisant que la présence divine ne réside plus parmi nous.
En effet, une fois que nous perdons cette connexion avec D., toute la lumière et toute la joie de notre vie disparaissent, laissant place à une vie misérable et triste en comparaison.
Rabbénou Bé’hayé (Chémot 33,4) ajoute que notre « bassesse » (sans la présence divine) est directement proportionnelle à notre « hauteur/grandeur » (avec elle).

[la Soucca ressemble à notre corps qui est matériel et temporaire ; tandis que l’intérieur est semblable à l’âme, au divin, qui est éternel.
Après avoir confessés nos fautes (à Kippour), Souccot est un moment opportun pour prendre conscience de l’impact négatif de nos fautes.
En effet, fauter c’est s’éloigner, s’exclure des bras de Hachem (Nuées/Soucca), c’est quitter LA Source de la Vie.
A l’aube d’une nouvelle année de notre vie, à nous de garder ces moments forts (Roch Hachana, Kippour, Souccot, …) qui ont révélé notre vraie nature : si magnifique, si élevée.
Papa Hachem a toujours les bras grands ouverts pour nous, est-ce que nous souhaitons vraiment aller vers Lui (tachouv hé) ou bien contre Lui (en fautant)? ]

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-> Pourquoi les femmes sont-elles exemptes de la mitsva de la Soucca, sachant qu’il y a une règle disant que si les femmes ont fait partie du miracle, elles doivent également participer à la mitsva (ex: les bougies à ‘Hanoucca, la matsa à Pessa’h, …). Or, elles ont également bénéficié des Nuées de Gloire dans le désert.

Le ‘Hatam Sofer dit que puisque les femmes n’ont pas pris part à le faute du Veau d’or, les Nuées ne vont revenir que pour les hommes, et non pas pour les femmes, car elles ne les ont jamais vraiment quittées.
Ainsi, c’est uniquement les hommes qui doivent s’asseoir obligatoirement dans la Soucca, pour se rappeler des Nuées qu’ils ont fait partir par leur faute, et qui vont revenir par leur téchouva.

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-> Selon le Gaon de Vilna, dans la Amida de Yom Tov, nous disons :
– « Tu nous as choisis d’entre tous les peuples » (ata bé’hartanou) = c’est relatif à Pessa’h, où la nation juive est née, choisie parmi toute par Hachem ;
– « Tu nous as aimés » (aavta otanou) = c’est Shavouot, où nous avons reçu le plus beau des cadeaux : la Torah ;
– « et Tu nous as désirés » (vératsita banou) = c’est Souccot, qui symbolise le fait que Hachem nous désire suite à l’acceptation de notre téchouva après notre faute.

[C’est la matérialisation des paroles du Rambam (Hilkhot Téchouva 7,4) : « Une personne qui a fait téchouva est aimée et chérie par D., comme si elle n’avait rien transgressé ».
=> Se basant sur ce constat, nous nous réjouissons à Souccot, plus que jamais! En effet, quoique nous puissions faire de mal, nous serons toujours les bien-aimés de papa Hachem!! ]

Le Gaon de Vilna ajoute qu’il en est de même dans la suite de cette prière :
– « et Tu nous as élevés d’entre toutes les nations » (véromamtanou) = c’est Pessa’h, en nous choisissant comme peuple ;
– « et Tu nous as sanctifiés par Tes Commandements » (vékidachtanou) = c’est Shavouot, en nous donnant la Torah ;
– « et Tu nous as rapprochés notre Roi … » (vékéravtanou malkénou) = c’est Souccot.

[C’est la matérialisation des paroles du Rambam (Hilkhot Téchouva 7,7) : « Quelle est formidable/merveilleuse la téchouva! Un jour, une personne peut être séparée de D., et le jour d’après, elle peut être attachée à la présence divine.
Tout de suite à Kippour, Souccot est ce moment d’union avec Hachem, un moment de plénitude, de joie absolue.
Plus aucune faute vient nous distancier de Lui, que c’est bon d’être dans Tes bras!! ]

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-> Dans le désert, il y avait 3 grands miracles : la manne, le puits de Myriam et les Nuées de Gloire.
Pourquoi est-ce que nous ne commérons que les Nuées et pas les 2 autres?

1°/ Le Mabit (Beit Elokim – Chaar Hayéssodot 37) explique que la manne et le puits étaient certes spectaculaires, mais néanmoins ils ne faisaient que fournir des besoins vitaux au peuple.
En effet, comment survivre sans eau et nourriture en plein désert?

Par contre, les Nuées de Gloire étaient non seulement pas nécessaires, mais par elles Hachem démontrait Son énorme amour pour nous.
Par exemple : lorsqu’il y avait une montagne ou une vallée, les Nuées aplanissaient le terrain pour ne pas nous demander des efforts : à l’arrière elle tuait les serpents et scorpions, à l’avant elle protégeait de la chaleur étouffante ; une autre devant montrait le chemin le jour et éclairait la nuit ;…
[il y avait 7 Nuées de Gloire, chacune avec sa mission propre]

Selon le Ibn Ezra, les Nuées de Gloire brillaient d’une lumière surnaturelle, semblable à celle créé par Hachem durant les 6 jours de la Création.
Les Nuées entouraient les juifs de tous les côtés, les protégeant des ennemies, et étaient comme des piliers allant du sol au Ciel.

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-> Les Nuées étaient une expérience de grand proximité avec Hachem.

Le Ari Zal (Pri Ets ‘Haïm ‘Hag Souccot 1) dit que les lettres du mot Soucca (סכה) sont le symbole de Hachem serrant dans Ses bras le peuple juif.
Il ajoute que ces 3 lettres renvoient aux différents types de Soucca cashères, et également aux différentes façons d’enlacer quelqu’un!

Il est écrit : « Son bras gauche soutient ma tête et sa droite me tient enlacée » (Chir haChirim 8,3)
Selon le Arizal, la 1ere partie fait référence aux Yamim Noraïm, et la seconde à Souccot.

D’ailleurs, le Maharal (Nétsa’h Israël 54) enseigne que les Nuées de Gloire sont synonymes de la présence divine, l’aspect de Hachem qui réside en nous.

=> Quelle chance nous avons d’avoir cette mitsva de la Soucca qui vient nous rappeler d’à quel point Hachem nous aime!

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-> Le ‘Hida (au nom du Séfer Tséma’h David) écrit que la manne et l’eau du puits de Myriam pouvait avoir le goût que nous désirions manger ou boire.
Ainsi, lorsque nous sommes dans la Soucca, mangeant de délicieux plats et boissons, nous pouvons également avoir en tête le souvenir de la manne et du puits.

-> « A chaque fois que nous célébrons un Yom Tov, la même influence propre à cette fête nous affecte d’une manière identique à celle présente à l’origine, où moment où le miracle s’est produit. »
[le Kédouchat Lévi – Kédouchat Pourim]

=> Bien plus qu’un souvenir, Souccot c’est revivre pleinement ce qui s’est passé dans le désert : l’incroyable proximité avec Hachem, suite à notre téchouva.

-> On comprend pourquoi Souccot est appelée : le zman Sim’haténou (le moment de notre réjouissance), et que le Rambam (Hilkhot Loulav 8,12) dit que nous devons à cette fête être encore plus joyeux et heureux.

Le Netsiv (Dévarim 16,15) enseigne que le mot ‘hag (fête) signifie : une danse.
A Souccot nous avons la mitsva d’être joyeux, et selon le Arizal (Chaar haKavanot) d’une manière générale l’élément essentiel d’une mitsva est d’être joyeux de la faire.
Ainsi à Souccot, nous nous réjouissons de faire la mitsva d’être joyeux, et à l’idée de pouvoir rendre Hachem joyeux.
La joie est totale!!

-> Souccot est la seule fête qui est appelée : la fête de Hachem (‘hag Hachem – חַג-יְהוָה – Emor 23,39).

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2°/ Le Sfat Emet donne l’explication suivante.

Selon la guémara (Shabbat 130a) : « Toute mitsva que les juifs ont accepté dans la joie, est toujours accomplie de nos jours dans la joie ».

Nous pouvons lire comment les juifs ont mérité d’avoir les Nuées de Gloire : « Ainsi parle Hachem : Je te garde le souvenir de l’affection de ta jeunesse, de ton amour au temps de tes fiançailles, quand tu me suivais dans le désert » (Yirmiyahou 2,2)

Par contre, la manne et le puits n’ont été obtenus que suite à des plaintes des juifs sur le fait de manquer de nourriture et d’eau.

=> C’est pour cela que nous ne sommes pas méritants de nous souvenir d’eux par le bais de mitsvot, contrairement à aux Nuées de Gloire (Souccot).

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3°/ La manne et le puits ont bénéficié à tout le monde, même au érev rav.
Par contre les Nuées de Gloire étaient réservées uniquement au peuple juif, [les autres suivants le peuple en dehors de ces Nuées].

[le Bné Yissa’har]

Le Loulav

-> Le Loulav :

« On illustre par une parabole : 2 hommes en litige sont entrés chez le roi pour être départagés et personne, à part le souverain, ne connaissait les détails du cas.
Le roi a jugé l’affaire sans qu’on sache lequel, des 2 plaignants, a eu gain de cause.

Le roi dit : « Celui qui sortira en brandissant une épée, tout le monde saura qu’il a gagné ».
De même, les juifs et les non-juifs sont amenés en jugement à Yom Kippour … Hachem dit : « Prenez vos loulavim en main afin que tout le monde sache que vous avez gagné dans le jugement! »

[midrach Tan’houma – Emor 18]

Les 4 espèces

+ Les 4 espèces :

-> Il est écrit dans le midrach (Vayikra Raba 30,14) :
« La branche de palmier du loulav ressemble à la colonne vertébrale d’un homme, le myrte aux yeux, le saule aux lèvres, et le cédrat au cœur.
[Le rapprochant du Téhilim 35,10, le midrach ajoute : ] Le roi David a déclaré : « Aucun organe n’est plus important que ceux-là, qui équivalent à eux seuls à l’ensemble du corps. »

=> L’homme doit les dominer et les utiliser pour le service divin.

-> Rabbénou Bé’hayé (Kad haKéma’h) nous dit que les transgressions commises par ces 4 organes seront pardonnées grâce à ces 4 espèces, car tout péché est absous quand l’homme accomplit une mitsva en contrepartie.

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-> Il est écrit dans le midrach (Béréchit rabba 10) que chaque herbe a un ange dans le ciel qui la frappe et lui dit : « Grandis! »

Le Mégalé Amoukot, précise que cet enseignement s’applique à toutes les plantes … à l’exception des 4 espèces du loulav : aucun ange n’a de pouvoir sur elles.
Elles se développent uniquement grâce à la Providence divine.

Le Bné Yissa’har ajoute que l’on peut alors comprendre un autre midrach (Vayikra Raba 30,2) : « Israël et les autres nations sont jugés à Roch Hachana … Lorsque les enfants d’Israël sortent avec les loulavim le 1er jour de la fête de Souccot, ils savent qu’ils ont gagné leur procès ».

En effet, en prenant les 4 espèces, qui ne sont pas sous l’emprise d’une force céleste, les juifs réaffirment qu’à la différence des autres nations, ils sont au-dessus de toute prédestination astrale et sont dirigés exclusivement par la Providence particulière (Hachem).

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-> Il est écrit dans le midrach (Vayikra Raba – paracha Emor) :

– Le cédrat, savoureux et odoriférant, fait allusion aux juifs qui brillent à la fois par la Torah et les bonnes actions.
– La branche de palmier dattier, dont le fruit est savoureux, mais pas odoriférant, représente les juifs qui se distinguent par la Torah mais pas par leurs bonnes actions.
– Le myrte, odoriférant mais non savoureux, évoque les juifs qui ont de bonnes actions à leur actif, sans Torah.
– Enfin, le saule, ni savoureux ni odoriférant,fait allusion aux juifs sans Torah et sans bonnes actions.

Comment D. agit-il à leur égard?

Les anéantir, il n’en est pas question!
D. déclare :  » Qu’ils se rassemblent en un seul bouquet afin que les uns fassent expiation pour les autres. »

Le rabbi Moché ‘Haïm Luzzato (le Ram’hal – Messilat Yecharim – chap.13) nous livre un enseignement se rapportant à ce midrach :
« A l’élite du peuple qui aspire à se rapprocher de D. et à faire profiter de ses mérites le commun des fidèles qui dépendent d’elle, il appartient d’observer les règles de grande piété que les autres ne peuvent pratiquer : à savoir, les lois de l’ascèse, voulues par D.
En effet, il est impossible que le peuple tout entier atteigne un même niveau ; chacun, selon ses capacités intellectuelles parvient à un degré différent.

Il est donc nécessaire qu’il y ait au moins une élite qui tente, par une préparation impeccable, d’atteindre la perfection.
Grâce à elle, ceux qui ne sont pas préparés jouiront, eux aussi, de l’amour de D. et de Sa présence, comme le disent les Sages à propos des 4 espèces du loulav : « Qu’ils se rassemblent en un seul bouquet afin que les uns fassent expiation pour les autres ». « 

Chémini Atsérét – Sim’ha Torah

+ Chémini Atsérét :

-> Selon le Gaon de Vilna, les 4 premiers versets du Chir haChirim correspondent aux 4 fêtes dans l’ordre :
– « Cantique des Cantiques » (v.1) : c’est Pessa’h, lorsque les juifs chantent des louanges à Hachem pour les avoir délivré de leur esclavage ;
– « Qu’il me prodigue les baisers de sa bouche » (v.2) : c’est Shavouot, lorsque Hachem parle aux juifs directement en donnant la Torah ;
– « une huile aromatique [de sacrifice au Temple] … c’est pourquoi les jeunes filles sont éprises de toi » (v.3) : c’est Souccot, lorsque les 70 sacrifices de taureaux sont amenés au Temple, au nom des 70 nations du monde ;
– « Le roi m’a conduit dans ses appartements » (v.4) : c’est Chémini Atsérét, qui est l’accomplissement du cycle des fêtes de l’année.

=> Selon le Gaon de Vilna, Chémini Atsérét se résume par : « [Hachem] m’a conduit dans ses appartements ».
En tant qu’aboutissement de toutes les fêtes, c’est un moment d’énorme proximité, d’intimité extrême avec Hachem.

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Le nom « Chémini Atsérét » provient du mot : « atsar » (retenir), car Hachem nous retient près de Lui pour un jour supplémentaire.

-> Rachi (Pin’has 29,36) rapporte que :
[Après Roch Hachana, Yom Kippour, les 7 jour de Souccot,] Hachem dit à Israël : « Restez encore un peu chez moi! » C’est là une expression d’amour, comme des enfants prenant congé de leur père, lequel leur dit : « Votre départ me consterne, restez encore un jour! »

-> Rachi (Emor 23,36) enseigne également que Hachem nous dit : « Je vous ‘retiens’ chez moi. »
C’est comme un roi qui aura invité ses enfants à un festin pendant plusieurs jours.
Lorsque le moment est venu pour eux de prendre congé, il leur dit : « Mes enfants! Restez s’il vous plaît encore un jour chez moi! Votre départ m’est pénible! » (guémara Soucca 55b)

[Le Ben Ich ‘Haï (Ben Yéhoyada – Soucca 55b) fait remarquer que Hachem a demandé spécialement un petit repas afin que tout le monde puisse réaliser qu’Il est venu spécialement pour nous, et non pas pour la nourriture. ]

-> Mais on peut s’interroger : pourquoi, n’y a-t-il pas un tel jour pour les autres fêtes : Pessa’h et Shavouot?

Le ‘Hizkouni répond que c’est comparable à un roi qui invite ses enfants à son palais plusieurs fois dans l’année.
A la fin de leur 1ere visite, le roi demande : « Quand allez-vous revenir? »
Les enfants de répondre : « dans 50 jours », et le roi les renvoi dans leur maison en paix.

Lorsqu’ils viennent lui rendre visite une 2e fois, le roi interroge également la date de leur prochaine venue, et ils lui répondent : « dans 4 mois ». Cette fois aussi le roi les renvoi en paix.

Pendant leur 3e visite, les enfants lui répondent qu’ils ne pourront pas revenir avant 6 mois.
Cette fois, le roi leur dit : « Cela m’est trop difficile d’être loin de vous pour si longtemps. S’il vous plaît restez un jour de plus ».

De la même façon, après Pessa’h il y a seulement 50 jours jusqu’à la prochaine fête : Shavouot, et entre Shavouot et Souccot, il y une distance de 4 mois, ce qui est soutenable.
En revanche, entre Souccot et Pessa’h, il y un espace de 6 mois, et Hachem trouve difficile cette si longue séparation avec nous …

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Le nom « Chémini Atsérét » provient du mot : « atsar » (retenir).

-> Le Yichma’h Israël dit qu’il faut garder, retenir les belles pensées et intentions que nous avons durant ces Yamim Tovim, [comme boussole, trésor pour le restant de l’année].

-> Selon le Beit Avraham, il faut retenir du temps afin de nous examiner et de se remémorer de tout ce qu’on a pu vivre pendant ces jours de fête.
On fait le point sur cette période, sur les bonnes résolutions que l’on a prises, et sur comment on va s’en trouver positivement influencé pendant l’année à venir.

[Juste avant de se jeter dans le grand bain de cette nouvelle année, nous prenons le temps de fixer clairement dans notre tête quelles sont nos priorités et vers où nous souhaitons que notre vie se dirige.]

-> Selon le Arizal (rapporté dans le Pri Tsadik – Séoudat Pidyon haBen), Atsérét signifie « klita » : absorber, intégrer, internaliser.
Cette fête vient comme clôture, une conclusion de ce que nous avons pu expérimenter, l’enracinant en nous pour le futur.

-> Le rav Chimchon Raphaël Hirsch enseigne également : « La fonction de Chémini Atsérét est de rassembler toutes les perceptions et résolutions que les fêtes de l’année ont pu produire en nous, afin de pouvoir conserver tous ses gains spirituels.
En les imprimant profondément dans notre cœur, ils resteront une possession permanente pour tous les jours de notre vie, vers lesquels nous pourrons nous tourner.
Ainsi « enrichis », nous pourrons rester avec Hachem quelque soit ce que l’année à venir va nous proposer! »

[les fêtes juives de la Torah se passent toutes pendant la période estivale : de Pessa’h à Souccot.
Ainsi à Chémini Atsérét, nous entreposons en nous afin de pouvoir passer l’hiver (jusqu’à Pessa’h) tous ces moments de chaleur spirituelle que nous avons pu vivre (Souccot, Roch Hachana, Kippour, …).
Dès qu’il fait froid en nous, nous pourrions les ressortir et retrouver toute notre ardeur dans notre vie juive.

A nous d’optimiser ces 24 heures de Chémini Atsérét afin de ramasser et d’entreposer en nous un maximum de brindilles de ce qu’on aura pu vivre pendant ces fêtes, car ainsi le feu sera d’autant plus puissant en nous.]

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+ Une opportunité unique pour nos prières :

-> « Il n’y a pas un jour semblable à celui-ci [Chémini Atsérét] où Hachem aime entendre les prières de l’homme au sujet de tout ce qu’il désire.
Comme il est dit dans le Zohar (Tsav – 31b) : ‘Tout ce que l’homme sollicite ce jour-là de D., Il accepte sa prière et réalise sa demande’. »
[Rabbi ‘Haïm Fallaggi – Moéd lé’Hol ‘Haï ]

Il ajoute également que si une personne était consciente de combien elle peut accomplir par ses prières en ce jour, elle s’enfermerait dans une pièce et prierait durant toute la journée.

-> « Pendant ces jours de fêtes (Chémini Atséret), la seule [nation] qui est avec le Roi, est la nation juive.
Celui qui est tout seul avec le Roi, sur demande du Roi, peut Lui demander tout ce qu’il désire et Il l’accordera. »
[Zohar Noa’h 63 ; Tsav 31b]

De même, le midrach Yalkout Chimoni (Bamidbar 782) dit que particulièrement en ce jour une personne doit « demander pour tous ses besoins ».

-> « A chémini Atsérét, nous pouvons rectifier toutes nos prières dites sans les bonnes intentions durant toute l’année.
Chaque personne à une « audience privée » avec Hachem et peut Lui demander tout ce qu’elle désire. »
[Rabbi Sim’ha Bounim de Peshischa – se basant sur le Zohar ci-dessus]

-> Le rabbi de Kobrin fait remarquer que nous devons d’abord prier pour notre spiritualité afin de pouvoir mieux servir Hachem, avant de prier pour d’autres choses.

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-> « Seul le peuple juif a su tisser une puissante relation avec le Créateur du monde qui leur voue alors une affection particulière.
[A Chémini Atsérét, ] Hachem consacre un jour à Son peuple et leur octroie une bénédiction d’abondance avant qu’ils ne se séparent. »
[Chem miChmouel]

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-> Dans la Torah, les fêtes sont dénommées ‘hag, terme dérivant de  » ‘houga » (un cercle).
Toutes les fêtes sont positionnées sur un cercle concentrique.
C’est ainsi que pour les juifs, on ne commémore pas une fête, mais on l’a revit avec la même intensité à chaque fois.
(ex: à Pessa’h on revit réellement la sortie d’Egypte, à Shavouot on reçoit de nouveau la Torah au mont Sinaï exactement de la même façon chaque année!).

Mais quel est le cœur, le centre de toutes les fêtes?

Le Rama di Pano, élève de Rabbi Moché Cordovero, enseigne que selon la Kaballa, Chémini Atsérét est l’épicentre de toutes les fêtes.
Contrairement à Roch Hachana qui a son Shofar, Pessa’h sa matsa, Souccot sa Soucca et ses 4 espèces, et Shavouot qui a l’offrande du Shté haLé’hem, Chémini Atsérét est tellement sublime qu’elle n’a besoin d’aucune mitsva particulière.

Le ‘Hatam Sofer (Souccot 581) qui reprend les paroles du Rama di Pano, conclut :
« La grande sainteté de Chémini Atsérét ne vient pas au travers d’actions, mais uniquement par le fait qu’une personne va atteindre de la joie et du plaisir avec Hachem.
[…]
Par certains aspects, Chémini Atsérét est similaire à Yom Kippour, c’est pourquoi les sacrifices de moussaf de ces 2 jours sont exactement les mêmes.
Mais en réalité, la sainteté de Chémini Atsérét surpasse celle de Yom Kippour.
La raison en est que la sainteté de Yom Kippour vient du fait que l’on afflige son corps, tandis que la sainteté de Chémini Atsérét vient du fait que l’on se réjouir avec Hachem. »

-> Le rav Gamliel Rabinovitch explique qu’à Chémini Atsérét nous n’avons aucune mistva particulière, et Hachem nous exprime par là l’idée qu’Il ne désire que nous, que notre service divin sans interférence.
Le Zohar haKadoch (vol.III 73a) dit : Hachem, la Torah et Israël ne sont qu’un.
Plus encore, le Zohar haKadoch (Béchala’h 60a), cité dans le Néfech ha’Haïm (4,10) rapporte que Hachem est appelé : « Torah ».
=> Ainsi, lorsque nous prenons la Torah pour danser, d’une certaine façon, c’est comme si c’était Hachem avec qui nous dansions.
C’est cela la joie de Sim’ha Torah : c’est le bonheur de pouvoir danser directement avec D., d’être au plus proche de Lui (Roch Hachana et Kippour ayant nettoyées toutes les fautes nous séparant de D.), c’est la joie extrême d’être totalement réunis à Lui!

Le rav Gamliel Rabinovitch ajoute que plus nous honorons la Torah en lui témoignant un maximum d’honneurs, plus la Torah nous honorera en nous révélant les secrets et les concepts cachés qui sont en elle.

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+ « Le 1er jour de Souccot, la Torah nous ordonne d’accomplir plusieurs mitsvot : la Soucca, le loulav, l’étrog, la joie, …
Les autres jours de Souccot, il n’y a plus que 2 mitsvot [de la Torah] : la Soucca et la joie.
Mais à Chémini Atsérét, la Torah est claire, il n’y a plus qu’une seule mitsva que nous devons réaliser : « Et tu ne seras que joie » (véayita a’h saméa’h). »
[le ‘Hatam Sofer]

-> Le rav Pinkous apporte un éclairage sur l’essence des fêtes juives :
– Pessa’h = représente la naissance de l’homme car elle représente l’émergence de la nation juive ;
– Shavouot = c’est l’étape de la bar mitsva, car c’est le moment où le peuple juif a reçu la Torah et les mitsvot ;
– Souccot = la Soucca rappelle la ‘Houppa, l’union sacrée entre un homme et une femme ;
– Chémini Atsérét = symbolise le moment où les époux quittent la ‘Houppa pour se retrouver. La mariée se pare de bijoux et d’ornements pour plaire à son époux durant les noces. Mais une fois que la cérémonie est passée, elle n’a plus besoin de ces accessoires car les époux sont déjà attachés. Une fois que le lien est établi, il n’y a plus besoin de parade.
C’est la raison pour laquelle la fête de Chémini Atsérét n’est pas marquée par des mitsvot ou des événements particuliers.

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-> Lorsque nous mentionnons Pessa’h, Shavouot et Souccot, dans la Amida et le Kiddouch, nous disons : ‘Hag haMatsot, ‘Hag haShavouot, ‘Hag haSouccot, plaçant ‘hag devant le nom du Yom Tov.
Cependant, à Chémini Atsérét, nous disons : Chémini Atsérét ha’Hag hazé, plaçant ‘hag après le nom du Yom Tov [selon la coutume Séfarade].
Pourquoi une telle différence?

Les 3 fêtes sont en souvenir de miracles : la sortie d’Egypte, le don de la Torah et les Nuées de Gloire.
Le miracle vient d’abord, et ce n’est qu’ensuite que la fête le célèbre.

Mais Chémini Atsérét ne rappelle aucun miracle.
Nous fêtons ce jour car Hachem nous a demandé de rester avec Lui un jour de plus.
Ainsi, c’est notre proximité avec Lui durant ce jour, qui est la cause de cette fête (‘hag).
C’est pourquoi le mot Chémini Atsérét vient avant ha’hag azé.

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+ A toutes les fêtes, nous apportons un minimum de 2 taureaux pour le sacrifice de Moussaf, et une des exceptions est pendant Chémini Atsérét où l’on n’en apporte qu’un seul.
Pourquoi cela?

-> On peut rapporter la réponse du Sforno (Kavanat haTorah 12).
Les 2 taureaux du sacrifice moussaf qui sont apportés à Pessa’h, Shavou’ot et Roch ‘Hodech représentent la dualité de notre service divin : par l’amour et par la crainte (aava et yir’a).

A Roch Hachana et à Yom Kippour, un seul taureau est amené, car le service principal de ces jours est seulement par la crainte.

Chémini Atsérét fait allusion à la période de la future délivrance, lorsque notre relation avec Hachem sera essentiellement par l’amour.
Ainsi, un seul taureau est offert, symbolisant l’amour [envers Hachem].

-> On peut également citer l’idée du midrach Bamidbar rabba (21,24).
Cela ressemble à un roi qui a fait un banquet officiel pour les habitants de son pays.
A la fin des 7 jours de festin, il appelle son meilleur ami et lui dit : « Nous avons accompli notre obligation envers le pays. Il est temps maintenant d’apprécier chacun la compagnie de l’autre, avec ce qu’on pourra trouver à manger [l’essentiel étant de passer un bon moment ensemble »] »

De façon similaire, les 70 taureaux offerts pendant Souccot correspondent aux 70 nations composant ce monde.
Chémini Atsérét représente le festin non officiel/privé, la relation de famille que Hachem a avec les juifs.

Ainsi, alors que le repas officiel est quelque chose d’élaborée, notre relation privilégiée avec Hachem est plus simple (à l’image du fait qu’il n’y a qu’un seul taureau offert en sacrifice moussaf).
L’essentiel n’étant pas sur le contenu du repas, mais sur l’appréciation de la proximité, de l’instant avec papa Hachem, alors que toutes les autres nations sont retournées vivre leur vie chez elles.

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-> Selon la guémara (Soucca 48a), il y a 6 lois qui font de Chémini Atsérét un Yom Tov qui est indépendant de Souccot.
Elles sont listées par un moyen mnémotechnique : p’zar k’shav (pé, zayin, réch, kouf, shin, bét).

Le Yalkout Ména’hem fait remarque que ces abréviations signifient : p’zar (disperser) ; k’shav (écoute), renvoyant au fait que les juifs sont dispersés parmi les nations.
A Chémini Atsérét, Hachem entend toutes leurs prières.

Pour information, ces différentes lois sont :
-> Payit : durant Souccot, il y avait 24 gardes en rotation pour les offrandes sacrificielles, et cela ne continuait pas pendant Chémini Atséret, où on tirait au sort quelle garde servira à l’autel.

-> Zman : contrairement au dernier jour de Pessa’h, on y récite la bénédiction de : Chéé’héyanou.

-> Régél : nous ne mangeons plus dans la Soucca (en dehors d’Israël nous n’y récitons plus la bénédiction), et la fête a un nom qui lui est propre (Chémini Atsérét ha’hag azé).

-> Korban : Le sacrifice moussaf de Chémini Atsérét est de 1 taureau, tandis qu’à Souccot, on en offrait plusieurs chaque jour.

-> Shir : le chant des lévi’im qui accompagnait le service des sacrifices était unique pour le jour de Chémini Atsérét : « Laménatséa’h al haChémini ».

-> Béra’ha : on faisait une bénédiction pour le roi d’Israël, comme il est dit : « Le 8e jour, il congédia le peuple, qui bénit le roi » (Méla’him I 8,66).

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-> Pourquoi est-ce que la Torah dispense de s’asseoir dans la Soucca à Chémini Atsérét?

Le ‘Hizkouni (Bamidbar 29,35) répond que puisqu’en ce jour, on a commencé à prier pour la pluie, Hachem souhaite qu’on récite cette prière de tout notre cœur.
En effet, si nous devions toujours résider dans la Soucca en ce jour, nous ne prierons pas d’une manière totale, car nous ne voudrions pas que la pluie perturbe et gâche notre repas de fête.

Cela nous renforce dans notre conscience de l’impact réel et certain de nos prières, b »h.

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-> Hachem dit à Israël : « Restez encore un peu chez moi! … Restez encore un jour! » (Rachi – Pin’has 29,36)

Le Binyan David (Béréchit 2) dit que potentiellement chaque jour peut être le dernier, et D. nous octroie avec bonté un jour de vie supplémentaire : « Restez encore un jour! ».
[les 1ers mots d’un juif en se réveillant sont le modé ani, où nous sommes plein de gratitude envers Hachem qui nous redonne la vie, plein de confiance en ce qu’on va en faire!].

Ce n’est pas une conception triste, mais au contraire, une façon de profiter pleinement de chaque opportunité, avec crainte et joie d’Hachem, ce qui n’est pas possible si nous pensons que nous sommes immortels (il y a le temps, plus tard, …).

Cette notion de : « Restez encore un jour! », doit aussi être comme un trésor que nous gardons durant toute l’année.
C’était tellement incroyable, magnifique d’être aussi proche de Toi, que chacun des jours suivants doit en être impacté positivement, comme par nostalgie.
Cela prouve à quel point nous avons apprécié ce moment d’extrême intimité avec papa Hachem.

[A l’image d’une photo d’un proche, dans les moments de solitude de notre vie, on se rappellera d’à quel point Hachem est proche et nous aime ; dans les moments où l’on veut fauter, on se rappellera qu’on ne peut pas agir contrairement à un père qui est tellement aimant et plein de bontés à notre égard, … ]

=> Chémini Atséret, c’est ce bisou d’un amour infini de D. pour nous, sur notre visage [alors que les invités – les nations du monde sont partis], qui illumine toutes nos journées de l’année à venir!!

Nous avons le meilleur des papas : c’est Papa Hachem. Tâchons qu’il puisse être fier de nous!!