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La délivrance d’Egypte – Quelques enseignements

+++ La délivrance d'Egypte - Quelques enseignements :

+ Hachem désire notre délivrance :

-> Lorsque Moché a dit aux Bné Israël qu'ils seraient bientôt délivrés, les gens lui ont répondu : "Moché, notre maître, Hachem a dit à Avraham que nous serons esclaves pendant 400 années, et seulement 210 ans sont passés. Comment serons-nous capables d'être délivrés déjà maintenant?"
Moché a répondu : "Puisque Hachem désire votre délivrance, Il ne prête pas attention à ces calculs" ...

Lorsque Moché a dit aux juifs que leur délivrance est imminente, ils lui ont répondu : "Moché, notre maître, comment pouvons-nous être délivrés alors que l'Egypte toute entière est souillée du fait que nous pratiquons l'idolâtrie?"
Moché a répondu : "Puisque Hachem désire votre délivrance, Il ne regarde pas votre idolâtrie" ...

Lorsque les juifs ont répliqué à Moché qu'ils n'avaient pas suffisamment de bonnes actions pour mériter d'être délivrés, Moché leur a assuré que puisque Hachem désire leur délivrance, Il les sauvera quelque soit leur manque de mérite.
[midrach Chir haChirim rabba 2,8]

[de même de nos jours, nous devons savoir qu'aucune raison ne peut tenir pour empêcher la guéoula, car Hachem désire nous délivrer, ainsi à nous de le Lui demander de tout cœur.]

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-> Le 'Hayé Adam met cela en parallèle avec les 3 signes que Hachem a demandé d'accomplir devant les juifs :
1°/ Le bâton de Moché s'est transformé en serpent, et ensuite il est redevenu bâton.
Cela démontrait que Pharaon, qui est comparé à un serpent, deviendrait comme un bâton mort et qu'il serait immobilisé pour empêcher le départ prématuré des juifs d'Egypte.
=> Ainsi, peu importe que le temps prévu pour la délivrance ne soit pas arrivé, Pharaon ne pourra rien face au désir de Hachem de nous délivrer maintenant.

2°/ La main de Moché est devenue lépreuse, et ensuite a été miraculeusement guérie.
De même que la main de Moché a été guérie sans prendre de médicament ou réaliser une action, de même la faute de l'idolâtrie des juifs sera nettoyée, même sans téchouva de leur part.

3°/ Hachem a fait que l'eau se transforme en sang.
Les juifs avaient peur qu'ils n'aient pas suffisamment de mérites pour rester libres, et qu'ainsi Pharaon puisse finalement les poursuivre et les forcer à retourner en Egypte.
Pour apaiser cette crainte, Hachem a demandé à Moché de transformer l'eau en sang.
Le sang est le signe de l'effusion de sang (suite à un carnage), à une tuerie. (Maharal - Guévourot Hachem)
De même que le sang n'est pas redevenu de l'eau, de même les égyptiens seront complètement détruits et ils ne présenteront plus jamais un danger dans le futur. ('Hizkouni - Chémot 4,9)

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+ Un temps pour la circoncision :

=> Pourquoi Hachem a-t-il ordonné aux Bné Israël de réaliser la mitsva de la circoncision (mila) avant de quitter l'Egypte?

-> La Mékhilta (Bo 7) répond que c'était afin que Hachem puisse voir le sang de la circoncision, et ainsi se rappeler le mérite de la Akédat Its'hak.

-> Le Sifté Cohen (al haTorah - Bo) enseigne :
Pendant la nuit de la sortie d'Egypte, Hachem a exécuté de la justice stricte sur les égyptiens en tuant les premiers-nés.
Afin d'apaiser l'attribut de justice/rigueur, qui cherchait également à porter atteinte aux juifs en raison de leurs fautes, Hachem a ordonné que les juifs s'auto-affligent par la circoncision.

-> Le Maharal (Guévourot Hachem - chap.35) écrit :
La nation juive avait besoin d'un mérite particulier pour être sauvée de leur esclavage par les égyptiens.
Puisque la circoncision requiert un grand degré de sacrifice de soi, elle est particulièrement propice à éveiller la miséricorde d'Hachem.

-> Le Maharal y explique également :
La orla (le prépuce) crée une barrière spirituelle entre l'homme et son Créateur.
Les juifs devaient faire la brit mila afin de devenir réceptifs au service Divin et d'ainsi être méritants de la délivrance.

-> Selon rabbi Shlomo Kluger (Kéhilat Yaakov - vol.10) :
après que Avraham a été circoncis, il est devenu une figure paternelle bien-aimée pour toutes les nations. [ "tu seras le père d'une multitude de nations" - Lé'h Lé'ha 17,4]
C'est parce qu'il y a une qualité métaphysique dans la brit mila, elle accorde à celui qui a été circoncis de trouver grâce et faveur aux yeux de tous ceux qui le voient.
Hachem a ordonné aux juifs de subir la circoncision afin qu'ils puissent trouver grâce aux yeux des égyptiens, qui consentiraient alors à ce que les juifs prennent tous leurs biens de valeur.

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+ L'importance d'attendre la délivrance :

-> Avant que les juifs ne quittent l'Egypte, Hachem leur a ordonné de manger du korban Pessa'h avec "la ceinture aux reins (Rachi : Prêts à vous mettre en route), la chaussure aux pieds, le bâton a la main ; et vous le mangerez à la hâte" (Bo 12,11).

=> Puisqu'ils ont mangé le sacrifice (korban) pendant la nuit et qu'ils n'ont quitté l'Egypte qu'au matin, en quoi était-il nécessaire d'être aussi pressés dès le début de la nuit (ils ne sortiraient pas avant plusieurs heures)?

Le rav Yéhou'ham Lévovitz (Daat Torah - Bo 12,11) souligne que c'est parce qu'ils étaient préparés à partir et qu'ils attendaient avec impatience le moment de leur délivrance, qu'ils ont pu réellement mériter la délivrance.
La même chose s'applique à notre situation en exil.
Nous disons dans la prière de "Alénou" qui clôture chacune de nos prières : "Notre ferme espoir, Hachem notre D., est de voir rapidement les splendeurs de Ton pouvoir".
Si nous montrons qu'au sens figuré nous sommes avec "nos valises toutes prêtes", se tenant prêts à quitter l'exil actuel, et ne pouvant pas supporter d'attendre que ce moment arrive, alors par ce mérite nous serons méritants de la délivrance.

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+ Un départ à la hâte :

Au sujet de la délivrance d'Egypte :
- "c'est avec précipitation que tu as quitté le pays d'Egypte" (Réé 16,3)
- "la ceinture aux reins (Rachi : Prêts à vous mettre en route), la chaussure aux pieds, le bâton a la main ; et vous le mangerez à la hâte" (Bo 12,11).
Par contre, au sujet de la délivrance futur, il est écrit : "car ce n'est pas avec une hâte éperdue que vous vous échapperez, ce n'est pas dans une fuite précipitée que vous partirez" (Yéchayahou 52,12).

=> Pourquoi la délivrance d'Egypte a exigé de la hâte, mais cela ne sera pas le cas avec la délivrance finale?

-> Les juifs ont dû quitter l'Egypte avec hâte car s'ils étaient restés même une seconde de plus, ils seraient descendus au 50e niveau d'impureté, un point de non-retour duquel ils n'auraient jamais pu être délivrés.
Cependant, une fois que le peuple juif a reçu la Torah sur le mont Sinaï, ses propriétés protectives et purifiantes, les empêchent pour toujours de tomber dans un tel déclin spirituel. C'est pourquoi une délivrance à la hâte ne sera pas nécessaire dans le futur.
[Chla haKadoch (traité Pessa'him - perek Torah Ohr)]

-> Le Maharal (Nétsa'h Israël - chap.47) explique que la précipitation signifie un élément d'imperfection et d'éphémère.
Si les juifs étaient restés en Egypte la totalité des 400 années (paroles d'Hachem à Avraham), ils auraient atteint une perfection totale et ils n'auraient plus besoin de retourner de nouveau en exil.
Hachem a écourté les années de l'exil en Egypte par nécessité d'arrêter tout déclin spirituel supplémentaire.
Pour témoigner du fait que le moment de la délivrance n'était pas idéal, mais plutôt basé sur l'urgence, Hachem a pris les juifs d'Egypte d'une manière précipitée.

-> Selon rabbi 'Haïm Zaichik (Maayané ha'Haïm - vol.3) :
Lorsque les juifs ont quitté l'Egypte, ils ont ressenti un énorme élan d'inspiration spirituelle.
Hachem a conduit la délivrance avec précipitation pour servir de message sur le fait qu'une personne doit transformer avec hâte/précipitation une inspiration en une action.
C'est pourquoi les juifs ont reçu l'ordre de manger le korban Pessa'h avec précipitation, afin qu'ils puissent ancrer leur inspiration éphémère dans une action concrète pour éviter qu'elle ne disparaisse.
Cependant, au moment de la délivrance future, la gloire d'Hachem se manifestera constamment pour l'éternité, ainsi l'élément de la précipitation ne sera plus nécessaire à ce moment.
[de nos jours lorsqu'on a une vision de la réalité de la grandeur d'Hachem, on doit essayer de le matérialiser dans une action, de peur de perdre cet éclair de lucidité. Dans le futur on n'aura plus une telle peur car la présence d'Hachem sera toujours éclatante.]

-> Le 'yétser ara est comparé à de la levure et à de la pâte levée.
Rabbi Shnéour Zalman de Liadi explique que la pâte levée symbolise l'arrogance/l'orgueil, qui est à la base de la plupart des fautes, tandis que le pâte sans levain (qui n'a pas levé - la matsa) représente l'humilité et la simplicité.
A un niveau plus profond, Hachem a précipité la libération d'Egypte, pour que la pâte dans les juifs ne lève pas, c'est-à-dire pour leur enseigner de ne jamais manifester d'arrogance en Sa présence.
[bénéficiant d'incroyables miracles, ayant énormément de richesses, ... les juifs risquaient d'avoir un peu de d'orgueil dans leur coeur en quittant la tête haute l'Egypte (ex: c'est en partie grâce à moi! ; au regard de ce qui a été fait aux égyptiens, je suis le plus fort du monde!). Pour souligner la gravité de l'orgueil, et l'éviter, Hachem a fait sortir les juifs d'Egypte avec précipitation.
Comme on l'a vu précédemment, lors de la guéoula finale la présence d'Hachem sera tellement manifeste qu'on n'aura pas besoin d'être délivrés dans la hâte. ]

-> Selon le midrach (Chémot rabba 19,6), lorsque les juifs ont quitté furtivement l'Egypte, les égyptiens se sont motivés pour les poursuivre et récupérer leurs biens. C'est pourquoi, Hachem a juré qu'au moment de la délivrance future, les juifs ne seront pas libérés à la hâte.
[la guéoula ne se fera pas avec les juifs fuyant comme des "voleurs", mais paisiblement comme cela revient aux fils adorés du Roi des Rois, la gloire de leur papa Hachem sera alors manifeste aux yeux de toutes les nations.]

-> Le machia'h atteindra des niveaux de compréhension de D. qui n'ont jamais été atteint auparavant par un mortel, même pas par Moché Rabbénou, comprenant même le 50e niveau de compréhension.
Ainsi, le prophète [Yéchayahou] décrit ce futur dirigeant en de sublimes termes : "il s'élève, grandit, est placé très haut" (Yéchayahou 52,13), ce qui indique un niveau plus élevé que celui qu'a pu atteindre Moché.
En effet, Moché a demandé à Hachem : "De grâce, Seigneur, donne cette mission à quelque autre!" (Chémot 4,13) = c'était une requête pour qu'Il envoie l'ultime rédempteur pour libérer les juifs, sachant que ses capacités [à Moché] de délivrer les juifs étaient limitées.
A la lumière de cela, nous pouvons comprendre pourquoi contrairement à la sortie d'Egypte, la libération finale ne se déroulera pas dans la précipitation, comme le prophète l'affirme : "ce n'est pas avec une hâte éperdue que vous vous échapperez, ce n'est pas dans une fuite précipitée que vous partirez" (Yéchayahou 52,12).
[Sfat Emet - 5659]

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+ Les 2 sorties d'Egypte :

-> "Hachem, ton D., t'a fait sortir d'Egypte, la nuit" (Réé 16,1)
-> " il faut que tu te souviennes, tous les jours de ta vie, du jour où tu as quitté le pays d'Egypte" (Réé 16,3)

=> Pour la sortie d'Egypte, la Torah fait allusion à la fois à la nuit et à la journée. Laquelle était-ce?

-> Le rav Shimon Schwab explique qu'il y avait 2 périodes distinctes :
1°/ la véritable sortie des frontières d'Egypte, qui a eu lieu lorsque le soleil s'est levé le matin ;
2°/ lorsque les juifs ont égorgés le korban Pessa'h, qu'ils ont mis le sang sur les linteaux de leur porte, qu'ils se sont assis autour de la table du Séder avec leur femme et leurs enfants, alors leur demeure a été transformée d'une maison égyptienne en une maison juive.
Ces maisons juives étaient totalement déconnectées de toute influence égyptienne, que ce soit culturellement, spirituellement, ...
Ainsi dès ce moment-là, les juifs ont déjà été délivrés d'Egypte, ils étaient déjà dans un autre domaine.
[d'une certaine façon cela ressemble à une ambassade. Ils étaient en Egypte, mais l'espace de leur maison avait des propriétés 100% juives. ]

"Hachem, ton D., t'a fait sortir d'Egypte, la nuit" = Physiquement, les juifs n'ont pas quitté l'Egypte avant la lumière du jour, mais d'un point de vue culturel et spirituel, ils ont pu être délivrés la nuit précédent ce "jour où tu as quitté le pays d'Egypte".

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=> Quel est la plus grande délivrance : celle de la nuit ou du jour?

-> Le rav Its'hak Hutner (Maamaré Pa'had Its'hak - chap. 101) explique :
La délivrance de la nuit de Pessa'h n'était pas une délivrance (guéoula) complète, qui n'est devenue pleinement réalité que le lendemain matin. Cependant, c'était quelque chose de plus grand. C'était une géoula parfaite.
Lorsque Hachem a sauvé le peuple juif pendant la plaie des premiers-nés, Il a créé : "béni bé'hori Israêl" (Mon premier-né, Israël). Pendant ce moment, les juifs étaient à 100% pour Hachem, et ils ont divorcé complétement de leur entourage égyptien.
Pendant la nuit de Pessa'h, nous sommes capables de nous élever et de revivre cette guéoula parfaite.

Lorsque le peuple juif a quitté [physiquement] l'Egypte le lendemain : "le érev rav les avait suivis" (Bo 12,38). Rachi explique le "érev rav" = un mélange de convertis venus des nations.
Ainsi, pendant le restant de l'année, nous ne pouvons pas se connecter à l'incroyable délivrance de la nuit de Pessa'h. Puisque nous vivons dans un monde imparfait, nous sommes alors uniquement capables de nous rappeler de la délivrance (guéoula) imparfaite et tangible, celle de la sortie concrète d'Egypte le matin du 15 Nissan.

La descente en Egypte – Quelques enseignements

+++ La descente en Egypte - Quelques enseignements :

+ Une descente en Egypte

=> Pourquoi Hachem a-t-il décrété que les juifs soient exilés en Egypte?

-> Le Abarbanel donne plusieurs raisons à cela :
1°/ Avraham a été puni que ses enfants (sa descendance) soient esclaves en Egypte car il a enrôlé des sages en Torah pour l'aider dans la guerre contre les 4 rois (guémara Nédarim 32a) ;

2°/ Avraham a été puni pour avoir consenti à laisser les prisonniers de guerre en la possession du roi de Sodome. Avraham a ainsi raté l'opportunité de leur enseigner les voies d'Hachem et de les amener sous les ailes de la Présence Divine. (guémara Nédarim 32a)

3°/ Lorsque Hachem a promis à Avraham que ses enfants hériteront de la terre d'Israël, il a témoigné d'un manque de émouna totale, en demandant ensuite : "Hachem, comment saurai-je que J'en hériterai?" (Lé'h Lé'ha 15,8). Pour cela, il a été puni que ses descendants soient esclaves en Egypte.

Abarbanel demande : pourquoi est-ce que les descendants d'Avraham ont-ils été punis pour une faute que leur ancêtre Avraham a pu commettre?
Il répond que l'exil en Egypte ne doit pas être vu comme une punition mais plutôt comme une conséquence de la minuscule carence spirituelle qu'Avraham possédait et qu'il a transmis à sa descendance dans leur ADN spirituel.
L'exil égyptien était nécessaire pour nettoyer les juifs de ces défauts spirituels et les anoblir afin qu'ils soient des récipients méritants de la Torah et de la terre d'Israël.

[Rabbénou Efraïm (Vayikra 11,42) nous enseigne qu'à l'origine Hachem avait l'intention de faire le don de la Torah à l'époque de Avraham. En conséquence de son minuscule manque de confiance en Hachem (Lé'h Lé'ha 15,8), le don de la Torah a été repoussé jusqu'après la sortie d'Egypte.]

4°/ Avraham a témoigné un manque de émouna lorsqu'il a quitté la terre d'Israël et qu'il est descendu en Egypte au moment de la famine. [Ramban - Lé'h Lé'ha 12,10]
[le Ran conteste cela, puisque la descente d'Avraham en Egypte est comptée parmi les 10 épreuves d'Avraham, dont nos Sages disent que Avraham les a surmontées.]

5°/ L'exil en Egypte n'était pas une punition. Plutôt, c'était des "souffrances d'amour" (yissourim chel aava), afin de rendre les juifs méritants de recevoir la Torah. [rapporté au nom du Ran]
[Abarbanel questionne cette opinion en se basant sur le principe : "il n'y a pas de punition sans faute" (én yissourim bélo avon). Apparemment, Abarbanel souscrit à l'avis du Ramban que les "souffrances d'amour" ne sont amenées sur une personne uniquement à la suite d'une infraction mineure, par exemple une faute qui a été commise involontairement.]

6°/ La sorcellerie jouait un rôle important dans la culture égyptienne, et les juifs n'étaient pas à l'abri de ses charmes. L'exil égyptien était dans le but de démontrer la toute-puissance d'Hachem, le fait qu'il n'existe aucune force/pouvoir autre qu'Hachem.
[d'après le rav 'Hasdaei - un élève du Ran]

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-> Selon Abarbanel, l'exil égyptien était une punition des enfants de Yaakov pour avoir essayés de tuer leur frère Yossef, et pour l'avoir vendu en esclavage.
[Abarbanel ajoute que Yaakov était également coupable d'avoir montré du favoritisme à Yossef et d'avoir placé Yossef en danger en l'envoyant rejoindre ses frères pour surveiller le troupeau, bien qu'il était conscient que ses frères le détestaient.
Yossef était coupable involontairement de se vanter en rapportant ses rêves à ses frères.
Bien que Réouven ne soit pas présent au moment de la vente, il a également eu de la rancune envers Yossef, comme il l'admettra : "En vérité nous sommes punis à cause de notre frère; nous avons vu son désespoir lorsqu’il nous criait de grâce et nous sommes demeurés sourds" (Mikets 42,21).
Binyamin était complétement innocent de la vente de Yossef. Il a été puni avec eux en se basant sur le principe : "une minorité juste est punie parmi une majorité pécheresse".]

Abarbanel développe ensuite :
1°/ Puisque les frères ont vendu Yossef en tant qu'esclave en Egypte, leur descendance a également été esclave en Egypte.
2°/ puisqu'ils ont jeté Yossef dans le puits, il a été décrété que leurs enfants soient jetés dans le Nil.
3°/ la vente de Yossef est provenue en conséquence des frères qui regardaient le bétail de leur père.
De même, la motivation de leur descente en Egypte a été de trouver du pâturage pour le bétail.
["ils dirent à Pharaon : "Nous sommes venus émigrer dans ce pays, parce que le pâturage manque aux troupeaux de tes serviteurs" - Vayigach 47,4]
4°/ les frères ont trempé le vêtement de Yossef dans le sang de la chèvre/bouc, qui appartenait au bétail de la famille.
Comme expiation de cette faute, Hachem a ordonné que les juifs apporte le sacrifice de Pessa'h d'une chèvre/bouc ou d'un mouton.

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-> On a pu voir que lorsque Hachem a promis à Avraham que ses descendants hériteraient de la terre d'Israël, Avraham a demandé : "Hachem, comment saurai-je que J'en hériterai?" (Lé'h Lé'ha 15,8).
Puisque cette question témoignait d'un minuscule défaut dans la émouna quasi parfaite d'Avraham, Hachem a alors décrété que ses descendants allaient subir l'exil en Egypte.
Le Pirké déRabbi Elézer (48) rapporte les mots d'Hachem : "Par ta vie! Tu sauras sûrement que tes enfants seront des étrangers dans un pays qui n'est pas le leur".

=> Comment cette punition va-t-elle rectifier la faute d'Avraham?

Le Maharal (Guévourot Hachem - chap.9) explique qu'en subissant l'exil égyptien et en étant témoins des énormes miracles de la sortie d'Egypte, les descendants d'Avraham ont atteint un niveau exceptionnel de émouna en Hachem, et une reconnaissance de Sa providence.
Cela a rectifié le subtile manque d'émouna témoigné dans la question d'Avraham, par lequel il a cherché un certain degré de confirmation de la promesse d'Hachem.

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=> Pourquoi Hachem a-t-il choisi l'Egypte, parmi tous les pays, comme terre sur laquelle les Bné Israël subiront leur exil?

-> Le rav Avigdor Miller est d'avis que l'Egypte avec toutes sa dépravation, était quand même la nation la plus spirituellement élevée de cette époque.
En effet, lorsque Avraham a séjourné en Egypte, il a réussi à leur transmettre une compréhension d'Hachem.
Pour cette raison, l'Egypte était le pays le plus adapté pour héberger le peuple juif dans l'exil avec le moins d'impact négatif.

-> D'autres commentateurs ne sont pas d'accord. Selon eux, l'Egypte était en réalité la nation spirituellement la basse de toutes. Hachem les a spécifiquement placé dans le plus sombre de tous les endroits, à la fois matériellement que spirituellement, afin d'affiner leur corps et leur âme, le plus possible.

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-> "Tu as fait sortir de l'Egypte, du milieu de ce creuset de fer" (Méla'him I 8,51)

=> Pourquoi l'exil en Egypte est-il appelé : "kour habarzel" (le creuset de fer)?

-> Rabbi Avigdor Miller explique que dans les temps anciens, le fer était un métal très rare et très coûteux, et ainsi il n'était utilisé qu'en cas d'absolue nécessité.
La plupart des creusets étaient faits en céramique, à l'exception de ceux utilisés pour faire fondre l'or, puisque l'or requiert une température plus élevée pour être bien affiné.
Puisque les juifs sont considérés comme "l'or" d'Hachem, ils ont été mis à l'épreuve du "creuset de fer", afin qu'ils puissent émerger comme de l'or pur.

Rabbi Avigdor Miller énumère quelques avantages de cet intense processus de purification dans le "creuset de fer" de l'Egypte :
1°/ Avant le don de la Torah, aucun être humain n'a atteint le niveau spirituel suffisant pour être capable de participer à un sacrifice (korban).
En conséquence de l'exil en Egypte, le corps physique des juifs a été transformé en un autel pour Hachem, et ils ont pu manger un sacrifice dédié à Hachem (le korban Pessa'h).
C'est pourquoi la première mitsva qui a été donnée aux juifs avant de quitter l'Egypte a été de manger le korban Pessa'h.

2°/ Le "creuset de fer" de l'Egypte a purifié les juifs de toutes les saletés spirituelles.
Parce qu'ils étaient réduits en esclavage, les Bné Israël ont appris à être humbles et miséricordieux. Cela a affiné leur personnalité.
Ce n'est que par le biais de leurs souffrances en Egypte, qu'ils ont pu devenir méritants de devenir la nation choisie par Hachem et être capable de recevoir la Torah.

3°/ En raison de leur peur constante de leurs contremaîtres égyptiens, ils étaient forcés à avoir à tout moment un comportement exemplaire dans tous les aspects de leur conduite.

4°/ Avant de descendre en Egypte, les descendants de Yaakov n'étaient qualifiés qu'en tant que bergers.
Suite au fait d'être esclaves en Egypte, ils ont maîtrisé tous les types de métiers, ce qui leur a permis de construire le Michkan.

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+ Le lien entre Lavan & l'Egypte :

-> Il est écrit dans la Haggada : " L'araméen (Lavan) désira détruire mon père ; et il descendit en Égypte".

=> Quel est le lien entre ces 2 événements?

-> Le 'Hatam Sofer (guémara Guitin 17a) enseigne :
Les enfants de Yaakov auraient pu accomplir la nécessité de l'exil en résidant dans la maison de Lavan pendant 210 années. Cependant, Hachem savait que puisque Lavan était plus mauvais (racha) que Pharaon, il tenterait de détruire la nation toute entière.
C'est pourquoi, dans Sa bonté, Hachem a fait en sorte qu'ils descendent en Egypte, où leur persécution serait moins sévère.

-> Rabbi Eliézer Waldenberg (Tsits Eliézer 17,24) explique :
Nos Sages (Targoum Yonathan ben Ouziel - Mattot 31,8) disent que Bil'am était en réalité Lavan.
Lorsque les efforts de Lavan pour déraciner la maison de Yaakov se sont avérés inutiles, il les a suivis en Egypte et il a conseillé Pharaon de détruire tous les juifs.
C'est pourquoi ce passage de la Haggada se lit ainsi : "L'Araméen [Lavan] désira détruire mon père. [Lorsque cela s'est avéré un échec, ] il [Lavan] descendit en Égypte [pour détruire les juifs].
Lavan a essayé [de persuader Pharaon] de tuer tous les juifs, mais Pharaon [n'a suivi son conseil que dans la mesure où ] il détruit les mâles".

-> Selon le Ritva, c'est pour démontrer à quel point nos Patriarches ont pu éprouver des difficultés sans relâche au cours de leur vie, comme accomplissement du décret de Brit ben haBétarim.

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+ Le territoire de Gochen :

=> Pourquoi Yossef a-t-il choisi la terre de Gochen comme lieu pour établir la famille de Yaakov au moment de leur descente en Egypte?

-> Selon le Ramban (Vayigach 45,10), Yossef savait que Yaakov ne voudrait pas que sa famille vive à proximité du palais royal, ainsi il les a installés dans la banlieue de Gochen.

-> Selon le Pirké déRabbi Eliézer (26), lorsque Pharaon a enlevé Sarah, il lui a donné la ville de Gochen comme un cadeau pour sa grande affection pour elle.
Les Baalé Zékénim miBaalé haTossafot (Vayigach 46,29) ajoute que c'est pour cela que lorsque les enfants de Yaakov sont arrivés en Egypte, ils ont choisi la ville de Gochen pour leur résidence, sachant que les égyptiens ne protesteraient pas de ce choix de localisation.

-> Le midrach (cité dans Kaftor vaFérach - chap.11) affirme que la terre de Gochen a le statut de la terre d'Israël, et que c'est pour cette raison que Hachem a fait en sorte que les descendants de Yaakov vivent à Gochen pendant leur exil en Egypte.
Si les juifs auraient choisi de ne rester qu'en terre de Gochen, et se consacrer totalement à des activités spirituelles, les égyptiens auraient été incapables de les soumettre à l'esclavage.
Comme la Torah le rapporte, l'esclavage n'a commencé que lorsque les juifs ont quitté les limites de Gochen afin d'être pleinement intégrés dans la société égyptienne.
[ "ils remplissaient la contrée. Un roi nouveau s'éleva sur l'Égypte, lequel n'avait point connu Yossef" - Chémot 1,7-8]

Hachem a dit à Avraham à la Brit ben haBétarim, que : "Sache-le bien, ta descendance sera étrangère sur une terre qui ne sera pas la sienne, où elle sera asservie et opprimée" (Lé'h Lé'ha 15,13).
Les termes : "sur une terre qui ne sera pas la sienne" (béérets lo lahem) en apparence superflus, nous apprennent que la servitude ne commencera qu'à partir du moment où ils quitteront Gochen, qui est en fait leur propre terre d'Israël, et qu'ils empiètent sur le territoire d'Egypte, une terre qui n'est pas leur.
[Maharil Diskin al haTorah - Lé'h Lé'ha 15,13]

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+ L'exemption religieuse :

-> La tribu de Lévi n'était pas soumise à l'esclavage en Egypte (midrach Chémot rabba 5,16 ; Rachi Chémot 5,4).
=> Pourquoi le racha Pharaon a-t-il fait une chose aussi incompréhensible que de libérer totalement une tribu toute entière d'Israël de l'esclavage?

1°/ Rabbi Yaakov Kamenetsky (Emet léYaakov - Vayigach 47,27) enseigne :
En tant que vice-roi d'Egypte, Yossef a institué que les prêtes recevraient une allocation de Pharaon et seraient exemptés de payer des impôts. Cela a ancré dans la culture égyptienne que l'on doit accorder des privilèges particuliers aux responsables religieux.
Il en a résulté que Pharaon a reconnu la tribu de Lévi comme une caste de prêtes, et il les a ainsi exemptés de l'esclavage auquel il a soumis les autres tribus.

2°/ Le rav Yonathan Eibschutz (Tiféret Yonathan - Vaéra) explique que Pharaon a été informé par les astrologues que le sauveur d'Israël était destiné à provenir de la tribu de Lévi. Pharaon a bien compris que c'est uniquement une personne qui a pu souffrir ensemble avec ses frères juifs qui peut mériter de devenir leur dirigeant.
En dispensant la tribu de Lévi de l'esclavage, Pharaon pensait qu'il pourrait ainsi faire obstacle à la délivrance du peuple juif.
["[Moché] fut témoin de leurs souffrances" (Chémot 2,11), Rachi commente : Il s’appliqua de tous ses yeux et de tout son cœur à souffrir avec eux. ]

3°/ Le Maharal (Gour Aryé 5,4) enseigne :
Pharaon était conscient que la prophétie d'Hachem était que les descendants d'Avraham soient esclaves sur une terre étrangère, mais finalement la nation qui les aura persécutés sera elle-même punie.
Il a bêtement pensé qu'il pouvait échapper à la punition Divine s'il dispensait une tribu de l'esclavage.
Il a choisi la tribu de Lévi, puisqu'elle était la plus élevée spirituellement de toutes les tribus.

Le Maharal développe l'idée que Pharaon pensait avoir trouvé un "vide juridique" dans la prophétie Divine prédisant à un malheur final (pour avoir fait du mal à outrance au peuple juif).
Dans la Brit ben Habétarim (l'alliance entre Hachem et Avraham), il est écrit : "Sache-le bien, ta descendance sera étrangère sur une terre qui ne sera pas la sienne, où elle sera asservie et opprimée ... mais à son tour, la nation qu'ils serviront Je la jugerai" (Lé'h Lé'ha 15,13-14).
Ainsi, puisque les égyptiens ne rempliraient pas la première partie de la prophétie Divine, puisqu'ils ne vont pas réduire à l'esclavage l'intégralité de la descendance d'Avraham (Pharaon en ayant épargné la tribu de Lévi), la partie suivante de la prophétie, qui rapporte la punition destinée à la nation qui les asservira, sera également non réalisée.
Pharaon s'est trompé en considérant la tribu de Lévi comme une partie de la descendance d'Avraham, alors qu'en réalité ils étaient considéraient comme "la portion d'Hachem" et ils n'ont jamais été destinés à être soumis à l'esclavage.
[le rav Binyamin Wurzburger explique que "la descendance d'Avraham" renvoie uniquement aux tribus qui partagent le minuscule manquement de émouna d'Avraham (voir guémara Nédarim 32a), et elles devaient subir un processus de purification par l'exil égyptien. ]

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+ Le rôle central de la tribu d'Efraïm :

-> Le Pirké déRabbi Eliézer (chap.48) rapporte que les Bné Israël vivaient en toute sécurité en Egypte jusqu'à ce que Yagnoum, de la tribu d'Efraïm, a faussement prophétisé que Hachem lui a ordonné de faire sortir les juifs d'Egypte.
Les membres de la tribu d'Efraïm, qui sont des descendants de Yossef, se sont vantés de leur ascendance royale et d'être de bons guerriers, et ils ont quitté de force l'Egypte avec leur famille.
Les égyptiens les ont poursuivit et les ont tués, et c'est après cela qu'ils ont commencé à réduire à l'esclave tous les juifs.

Le Pirké déRabbi Eliézer rapporte ensuite que pendant la période de l'esclavage, les hommes, les femmes et les enfants ont été forcés de piétiner la paille pour en faire des briques, et du sang coulait de leurs pieds se mélangeant avec le ciment.
Il y avait une certaine femme enceinte nommée Ra'hél, de la tribu d'Efraïm, qui a perdu son fœtus à la suite d'avoir piétinée la paille, et il s'est mélangé avec le ciment pour former une brique.
Elle a crié d'angoisse à Hachem, et l'ange Mikhaël a pris cette brique et l'a amenée devant le Trône de Gloire d'Hachem.
Cela s'est produit la nuit du 15 Nissan, et à ce moment Hachem a ordonné que tous les premiers-nés égyptiens soient tués au même moment l'année suivante.

-> Le Radal explique le lien entre ces 2 événements.
De même que les membres de la tribus d'Efraïm ont commencé les persécutions de l'exil égyptien, de même la délivrance a commencé en conséquence d'une femme de la tribu d'Efraïm.

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+ Le "brillant" plan de Pharaon :

-> Pharaon a dit à ses compatriotes : "Agissons avec sagesse contre lui (le peuple juif) afin qu'ils ne deviennent pas nombreux" (Chémot 1,10-11), et il a décidé de les rendre esclaves.
=> Qu'est-ce qui était si brillant à propos du plan de Pharaon ("avec sagesse")? N'y avait-il pas des solutions plus simples pour limiter l'augmentation de la population juive?

Le rav Yonathan Eibschutz (rapporté dans le Maayané ha'Haïm 2) répond que Pharaon avait peur que les égyptiens deviennent si admiratif du comportement exemplaire des juifs, que cela entraînerait une conversion de masse parmi la population égyptienne.
[le rav Binyamin Wurzburger explique qu'ainsi "afin qu'ils ne deviennent pas nombreux" ne fait pas référence à l'augmentation naturelle des juifs, mais plutôt à l'augmentation de leur nombre en conséquence de la conversion de masse.]
Le plan astucieux de Pharaon était de rendre esclaves les juifs, car alors ils seraient une nation méprisable, opprimée, et ils ne seraient plus regardés avec admiration.
[qui aura comme ambition de devenir un "sale" esclave! ]

La veille de Pessa’h – Quelques enseignements

+ La veille de Pessa'h - Quelques enseignements :

1°/ Le jeûne des premiers-nés :

-> Selon le Rama (Ora'h 'Haïm 470,1), il est de coutume que les premiers-nés masculins jeûnent la veille de Pessa'h.

-> Certains commentateurs disent que c'est en souvenir de la nuit de Pessa'h durant laquelle tous les premiers-nés égyptiens ont été tués, tandis que les les premiers-nés juifs ont été épargnés.
Cette raison semble difficile, car non seulement les premiers-nés masculins ont été sauvés, mais également les féminins.
De plus, dans les maisons égyptiennes où il n'y avait pas de premier-né, Hachem a tué le membre le plus âgé de la famille.
=> Si c'est ainsi, pourquoi les premiers-nés féminins et les membres les plus âgés du foyer (peu importe qu'il ou elle soit premier-né) devraient également jeûner?

-> Le rav Shlomo Zalman Auerbach répond que cette coutume que les premiers-nés masculins jeûnent la veille de Pessa'h, n'est pas liée à leur sauvetage miraculeux, mais elle provient du fait que spécialement en jour, ils sont accablés de chagrin et d'un profond sentiment de perte.

Initialement, les premiers-nés mâles étaient affectés pour accomplir le service dans le Temple.
Ils ont reçu ce rite sacré à la suite de la plaie des premiers-nés. En épargnant leur vie, Hachem les a sanctifiés pour qu'ils deviennent Ses serviteurs.
Cependant, à la suite du péché du Veau d'or, les premiers-nés ont perdu leur statut sanctifié, et le droit de réaliser le service du Temple a été transféré à Aharon et ses descendants.

Aucun autre jour de l'année ne souligne davantage la perte des premiers-nés que la veille de Pessa'h.
A l'époque du Temple, tous les juifs se rassemblaient à Jérusalem en ce jour afin d'apporter leur sacrifice Pessa'h au Temple, et ainsi pas moins de 600 000 offrandes étaient apportées en ce seul jour.
Tandis que les Cohanim s'immergeaient totalement dans le saint service de ce jour, les premiers-nés regardaient d'un air découragé, témoins de leurs propres yeux de l'étendue de leur perte.
A chaque offrande/sacrifice supplémentaire, leur angoisse et leur sentiment de perte s'intensifiaient davantage, puisqu'ils se rappelleraient comment le service du Temple pourrait être le leur s'ils n'avaient pas participé à la faute du Veau d'or.
=> Leur douleur était si importante la veille de Pessa'h, qu'ils n'arrivaient pas à manger ou à boire.
C'est comme cela qu'il arrivait que les premiers-nés jeûnaient la veille de Pessa'h.

[ainsi en l'absence du Temple les premiers-nés ne ressentent pas cette douleur, mais le jeûne la veille de Pessa'h doit nous relier à cela, et à espérer en la venue du machia'h avec laquelle les premiers-nés auront de nouveau une part dans le service du Temple.]

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-> Le Yaavets (Siddour Yaavets, Inyané Erev Pessa'h) écrit que pendant le jeûne des premiers-nés, les personnes pieuses jeûnent également.

=> Avant Pourim, il y a le jeûne d'Esther, et avant Pessa'h, il y a le jeûne des premiers-nés. Pourquoi jeûne-t-on tout particulièrement avant ces 2 fêtes?

-> Le Maguid Mécharim (p.74) explique :
il existe un ange céleste du "côté du mal", qui encourage les gens à boire et à s'amuser.
Ensuite, cet ange monte au Ciel et accuse ces personnes pour leur imprudence.
A Pourim et à Pessa'h, nous avons l'obligation de boire une quantité considérable de vin.
Le fait de jeûner avant Pourim et Pessa'h va affaiblir cet adversaire céleste, l'empêchant d'émettre des accusations contre nous.
Le fait de jeûner en ces jours, démontre que notre consommation de boissons pendant la fête n'est pas pour satisfaire nos désirs corporels, mais uniquement afin de servir notre Créateur.

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=> Il en résulte : on peut se poser la question suivante : est-ce qu'on doit faire un effort délibéré pour éviter de susciter la colère des anges et des démons lorsque l'on accomplit une mitsva?

-> Il y a plusieurs sources qui indiquent que c'est effectivement le cas :
1°/ nos Sages ont institué que la déclaration avec laquelle nous annulons le 'hamets avant Pessa'h (le Kol 'Hamira), doit être faite en araméen.
Le Séder Hayom (séder biour 'hamets) dit que la raison pour cela est que cette déclaration éveille les accusations d'anges contre les juifs pour avoir parlé de manière désobligeante du pain ("soient considérés comme inexistants et sans valeur, comme la poussière de la terre").
Puisque les créatures célestes ne comprennent pas l'araméen (cf. guémara Béra'hot 12b), ils ne peuvent pas comprendre ce qui est dit pendant l'annulation du 'hamets.

2°/ Le Shibolé haLéket (Pessa'h 218) dit que la raison pour laquelle "Ha La'hma anya" (l'ouverture de Maguid de la Haggada, où l'on convit à notre Séder tout celui qui a faim), est récité en araméen afin que les démons (mazikim) ne puissent pas comprendre notre invitation. En effet, sinon, ils viendraient et feraient des ravages à notre repas.

3°/ Le Ritva (Haggada Chel Pessa'h) rapporte une autre raison pour laquelle nous lisons le passage "Ha La'hma anya" en araméen, c'est afin d'empêcher les anges d'élever des accusations contre les juifs.
En effet, dans cette déclaration de "Ha La'hma anya", nous nous enorgueillissons de notre stricte observance des mitsvot, au point que nous affirmons plein de confiance que "l'année prochaine à Jérusalem".
Si les anges avaient la possibilité de comprendre notre déclaration, ils rappelleraient nos péchés et affirmeraient en retour que nous ne sommes pas méritants de la délivrance.
[ à ce sujet, voir également : https://todahm.com/2018/04/22/a-lahma-anya ]

-> Cependant, d'après d'autres opinions, on ne doit pas se préoccuper du mécontentement des créatures célestes lorsque l'on accomplit une mitsva.
Le principe directeur dans ce domaine est : "Celui qui observe les mitsvot ne connaîtra pas de mal" (chomer mitsva, lo yéda davar ra - Kohélét 8,5).
D'ailleurs, le midrach (Kohélet rabba chap.8) applique ce verset spécifiquement à la mitsva de se débarrasser du 'hamets avant Pessa'h.
Cela s'applique d'autant plus pendant la nuit de Pessa'h qui est appelée : "lél chimourim" (une nuit de protection), que la guémara interprète comme signifiant : "une nuit qui est gardée des esprits nuisibles".
[rabbi Binyamin - le frère du Shibolét haLéket ]

C'est pourquoi ces autorités apportent d'autres explications sur la nécessité de réciter ces textes en araméen :
1°/ puisque l'araméen était le dialecte parlé à Bavél, les Sages babyloniens ont institué que ces déclarations soient récitées dans la langue que tout le monde comprend. [Shibolé haLéket]
Les Sages qui vivaient en Israël ont en effet formulé une version en hébreu de l'annulation du 'hamets, puisque c'était la langue couramment parlée à cet endroit.
[voir la guémara Yérouchalmi Pessa'him 2,2, qui rapporte une version en hébreu de l'annulation du 'hamets.
Le Shibolé haLéket dit qu'en réalité même les résidents de Jérusalem récitaient une version araméenne, puisque l'araméen est "une langue joyeuse".]

2°/ La matsa n'est pas seulement un signe de délivrance, mais elle rappelle également ce qui se passe lorsqu'on ne se débarrasse pas du 'hamets.
Il est écrit : "Yéhouda est allé en exil, accablé par la misère (mé'oni - מֵעֹנִי)" (Eikha 1,3), et nos Sages (midrach Eikha rabba 1,28) commentent : ils sont allés en exil à cause du fait d'avoir mangés du 'hamets à Pessa'h ("oni" [misère] fait référence à "lé'hem oni", l'autre nom de la matsa).
Le "Ha La'hma anya" commence par la phrase : "voici le pain de misère" (ha la'hma anya). Nous lisons ce passage dans une langue étrangère (l'araméen) pour se rappeler que la raison de l'exil a été leur non vigilance à manger de la matsa et à avoir consommé du 'hamets à la place.

Rabbi Binyamin (dans le Shibolé haLéket - Pessa'h 218) donne cette explication, et ajoute que le restant du "Ha La'hma anya" continue sur ce même thème :
- "quiconque a faim qu'il vienne et mange" = nous assurons aux invités qu'ils peuvent se sentir à l'aise de manger chez nous, car nous mangeons uniquement de la matsa, et aucunement du 'hamets.
- "aujourd'hui nous sommes ici" = nous réalisons que la raison pour laquelle nous sommes en exil est parce que nous avons transgressé l'interdiction de manger du 'hamets à Pessa'h ;
- mais "l'année prochaine nous serons en terre d'Israël" = puisque nous ne transgressons plus la faute de manger du 'hamets à Pessa'h, nous sommes confiants que notre délivrance est imminente.

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2°/ La matsa la veille de Pessa'h :

-> On ne doit pas manger de matsa la veille de Pessa'h afin de pouvoir la manger avec appétit pendant le Séder.
Nos Sages (guémara Yérouchalmi Pessa'him 10,1) disent que celui qui mange de la matsa la veille de Pessa'h est comme celui qui se lie avec sa fiancée alors qu'elle est toujours dans la maison de son père.

=> Quelle est la comparaison entre ces 2 actions en apparence si différentes?

-> à un niveau simple, cette analogie a pour but de montrer comment une même action peut être un grande mitsva, mais peut aussi avoir des conséquences dévastatrices si en raison de notre désir effréné nous la réalisons prématurément.

-> Le Shibolé haLéket (208) ajoute une facette plus profonde à cette analogie.
Il doit y avoir 7 bénédictions (shéva bra'hot) que l'on récite avant qu'un mari et sa femme ne puissent vivre ensemble. D'une façon similaire, nous devons réciter 7 bénédictions au Séder avant d'avoir la permission de manger la matsa.
Il s'agit de :
1°/ haguéfen ;
2°/ mékadech Israël vé'azémanim (également dans le kidouch) ;
3°/ ché'hékhiyanou ;
4°/ haadama (pour Karpass) ;
5°/ acher guéalanou (à la fin de Maguid) ;
6°/ hamotsi ;
7°/ al akhilat matsa.
[la bénédiction de nédilat yadaïm n'est pas comptée car ce n'est pas une mitsva spécifique au Séder.
Le Lévouch (Ora'h 'Haïm 471) donne une autre façon de compter les 7 bénédictions avant de manger la matsa, mais l'idée reste la même.]

-> Selon le Ritva (guémara Pessa'him 50a), la matsa est comparable à une fiancée, puisque la matsa a été la première mitsva qui a été donnée à la fiancée d'Hachem, qui est le peuple juif, et ce à leur sortie d'Egypte.

+ L'événement de la libération d'Egypte pendant le mois de Nissan n'est pas une coïncidence.
Selon Rabbi Yéhochoua (guémara Roch Hachana 11a), de même qu'en Nissan s'est déroulée la guéoula d'Egypte, de même dans le futur c'est en Nissan qu'aura lieu la guéoula finale.
Ainsi, le mois de Nissan est le mois de la guéoula.

Cependant, la notion de guéoula ne fait pas uniquement allusion au fait d'acquérir une liberté physique, mais également à une guéoula juive spirituelle et à la capacité de se libérer de l'emprise du yétser ara.
Puisque Nissan est le 1er mois de l'année, cela donne à chacun l'opportunité de se renforcer et de renouveler sa relation avec Hachem et la Torah.
[Rabbi 'Haïm Stein - roch yéchiva de Telshe]

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-> Le midrach (Chémot rabba 15) enseigne : "Lorsque Hachem a choisi Son monde, Il y fixa des raché ‘hodachim (têtes de mois) et des années ; et lorsqu’Il choisit Yaakov et ses enfants, Il y fixa le roch ‘hodech de la Délivrance dans lequel (au cours du mois) Israël a été délivré d’Egypte et dans laquelle plus tard il sera délivré, comme il est dit : ‘Comme aux jours où tu sortis d’Egypte, Je lui ferai voir des merveilles’ (Mi'ha 7,15)".

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-> b'h, voir également : le mois de Nissan - fêter l'inauguration du 3e Temple : https://todahm.com/2022/05/18/le-mois-de-nissan-feter-linauguration-du-3e-temple

Hachem est très honoré par le fait que des gens éloignés se rapprochent du service de D., car il s'agit là de l'essentiel de la gloire de D., quand ceux qui sont très éloignés se rapprochent de Lui.
[rabbi Na'hman de Breslev - Likouté Moharan - Torah 59,1]

Les jours de Nissan sont des jours de repentir, comme Tichri.
[rabbi Na'hman de Breslev - Likouté Moharan - 2e tome - Torah 4,6-9]

L'essentiel de la mitsva de l'honneur à accorder au saint Shabbath, sans montrer à D. ne plaise, nulle tristesse ou tracas durant ce jour, et en accroissant les délices du Shabbath par toutes sortes d'agréments, qu'il s'agisse de nourriture, de boisson ou de vêtements selon ses possibilités.
Car la consommation d'aliments à Shabbath est tout sainteté, tout entière spiritualité, tout entière "Divinité", et ascensionne vers un lieu qui diffère complètement de la nourriture prise durant la semaine.
Heureux celui qui s'efforce de se réjouir le Shabbath, car l'essentiel de l'honneur que l'on témoigne envers le Shabbath, c'est la joie!
[rabbi Na'hman de Breslev - Likouté Moharan - 2e tome - Torah 17]

Le soupir de sainteté est très précieux [même aux yeux d'Hachem], car grâce au fait que l'homme soupire parce qu'il est éloigné de la sainteté, il se sépare de cette manière de la corde d'impureté et il s'attache à celle de la pureté.
De même, lorsqu'il soupire après quelque désir vers lequel il est porté, c'est le contraire, à D. ne plaise.

Le soupir que l'homme pousse à l'égard de ses fautes ou sur sa faible compréhension, est bien meilleur que de nombreuses mortifications et jeûnes.
[rabbi Na'hman de Breslev - Likouté Moharan - Torah 109]

"Dix objets furent créés la veille du Shabbat [de la Création] au crépuscule. Ce sont : ... la bouche du puits [qui abreuva les Bné Israël dans le désert]" (Pirké Avot 5,6)

-> Le Sfat Emet enseigne que le Shabbath, lui-même, est la bouche d'une source de bénédiction abondante.
Pendant le crépuscule de la veille de Shabbath, tout celui qui est jugé digne reçoit ces bénédictions.
Le fait d'être considéré digne de recevoir les bénédictions, dépend de la façon dont on s'est conduit pendant les 6 jours de la semaine.
Nos Sages (guémara Avoda Zara 3a) enseignent : "tout celui qui peine/se prépare la veille de Shabbath, mangera à Shabbath".

+ Une erreur courante que certains font et qu'ils croient que ceux qui passent une bonne partie de leur journée à travailler pour gagner leur vie, sont incapables de prier aussi bien que ceux qui étudient la Torah toute la journée durant.
En réalité, c'est l'inverse.
Les gens qui travaillent, ont le jour du Shabbath, une intensité de leur lumière [spirituelle] et de leur prière qui est meilleure, car cela provient de l'obscurité de la semaine passée à faire des efforts [pour sa subsistance] et qui est maintenant élevée par eux le Shabbath.

Cela n'est pas le cas pour ceux qui sont engagés tous les jours dans la Torah, parce qu'ils ne vont pas dans le monde et ne s'engage pas sur le plan physique et matériel, comme les travailleurs peuvent le faire.
Ainsi, à Shabbath, ceux qui cessent de travailler peuvent élever tout ce qu'ils ont fait, et leurs prières sont à un niveau supérieur.
Leurs batailles et épreuves de la semaine les rendent plus forts, et elles les renforcent et élèvent d'une façon que quelqu'un qui n'a pas travailler ne peut pas atteindre.
[le Baal haTanya - sur Pirké Avot 5,2]